PHÉNICIE
PHENICIE
elles en reçoivent au contraire un nombre considérable chez les monocotylédones ; 3» Presque tous les pbanérogames présentent des racines *. Le premier de ces organes qui apparaît sur l'embryon en voie de développement se place souvent h l'extrémité inférieure de l'axe liypocotylé, dont il semble alors être le prolongement (dicotylédones) ; 4° La dispersion des grains de pollen et leur distribution sur le stigmate se fait toujours dans l'air; 5» Tous les phanérogames produisent des graines *, c'est-à-dire des appareils chargés d'assurer la dispersion des jeunes plantes.
[C.-E. Bertrand.!
PHÉNICIK. — Histoire générale, IV. — D'après la tradition grecque, le nom de Pliénicie viendrait de phoinix. patminr, et signifierait le pays des palmes; d'après les conjectures de plusieurs savants modernes, il dériverait d'un vieux nom national, Pœni, Puni, conservé plus tard par les Carthaginois, et dont la forme originale Pyjm, Pounit, se trouve sur les monuments égyptiens, appliquée à des pays de l'Arabie et de l'Afrique orientale.
Géoqraphie. — LaPhénicie proprement dite s etendait le long de la côte syrienne, de la pointe du Carmel au sud jusqu'en face de l'Ile de Cliypre, sur une hauteur de cinquante lieues environ. Plus tard on appliqua ce nom à toute la partie du littoral située entre Juppé et l'embouchure de l'Oronte. La Pliénicie n'est à proprement parler que la bande de terre resserrée entre le Liban et la mer, et dont la largeur moyenne varie entre huit et dix lieues. Elle est coupée de ravins et de vallées profondes qui servent de lits à des torrents dangereux au moment de la fonte des neiges, le Nahr-el-Kebir, le Nahr-el-Kelb (Lykos), l'Adonis ; la partie sud du pays possède une véritable rivière, le Litany (Léontès), dont le cours inférieur seul et l'emboucliure se trouvent sur territoire phénicien. Des forêts couvraient le flanc des montagnes, pins, cyprès, cèdres d'une espèce particulière : le fond des vallées et le penchant des cùteaux portaient le palmier, l'olivier, le figuier, la vigne, le grenadier, plusieurs espèces de céréales. Si petit qu'il fût, le pays pouvait nourrir une population nombreuse. Les villes, presque toutes situées au bord de la mer, étaient, en partant du nord, Warath, Arad et Simyra,Gebel(Byblos),Bérythe et Sid»n,<a/?e!<Wc, Tyr et Ako (Saint Jean d'Acre). Tyr et Arad étaient bâties sur des îlots fort étroits : Tyr avait en face d'elle sur le continent un faubourg qu'on appelait Palœo-Tyr, Tyr la Vieille .
Histoire. — Les traditions nationales plaçaient l'origine des Phéniciens sur les bords de la mer Erythrée et dans les îles du golfe Persique : deux des Bahreîn portaient encore à l'époque gréco-romaine le nom de Tyros et d'Arados. Ils en vinrent avec le reste des tribus chananéennes, probablement à la suite du grand mouvement de migration qui produisit l'invasion des pasteurs en Egypte (V. Egijpxe), peut-être vers le vingt-cinquième siècle avant notre ère. Tandis qu'une partie des tribus occupaient la vallée du Jourdain et celle de rOronte, la partie qui devint plus tard la nation phénicienne s'empara de la côte et y fonda ou y agrandit les villes que nous venons d'onumérer. Resserrés entre le Liban et la mer, les Phéniciens se jetèrent bravement à la mer et devinrent bientôt les marins les plus expérimentés de la première antiquité. Le Liban leur fournit des bois de construction en .abondance : ils chargèrent sur leurs navires les produits de leur sol et surtout les produits de l'industrie des nations voisines, et allèrent les porter aux peuples encore à moitié barbares qui v.vaient sur les côtes de la Méditerranée.
Gebel parait avoir été celle de leurs villes qui se développa le plusanciennement. Située presque en face de l'île de Chypre, ses marins y passèrent
attirés par les richesses forestières et par les mines de cuivre : ils commencèrent à y fonder des comptoirs et inaugurèrent le régime de colonisation qui réussit plus tard aux autres villes du pays. Mais Gebel fut bientôt effacée par Sidon, « le premier-né de Canaan. » Sidon ne songea jamais à devenir puissance continentale. Elle se contenta d'exercer une sorte d'hégémonie sur le reste de la nation, sauf Arad et Simyra, et n'essaya même pas de résister aux Egyptiens quand ceux-ci conquirent la Syrie. Elle pensa qu'il valait mieux faire le commerce avec elle que do se ruiner à soutenir contre elle une lutte par trop inégale. Depuis Thoutmôs I" jusqu'à la fin de la xx= dynastie (V. Egypte), pendant six siècles, elle resta soumise aux Pharaons et profita de la sécurité que leur assurait leur protection sur terre pour reporter sur mer tout ce qu'elle avait de forces. Elle explora et colonisa toute la partie orientale de la Méditerranée. Chypre fut occupée tout entière, puis la Crète, puis Rhodes et les Cyclades. Tout au long des côtes de l'Asie Mineure, en Cilicie, en Pamphylie, en Lycie, des centaines de comptoirs dont beaucoup devinrent des villes importantes, des pêcheries, des exploitations de mines s'élevèrent : les flottes des Sidoniens, franchissant les détroits de l'Hellespont et dii Bosphore, s'engagèrent dans l'orageuse mer Noire et atteignirent la Colchide, même l'embouchure des grands fleuves de la Russie actuelle. D'autre part, la Grèce n'échappa point à leur influence, et tandis que le Péloponèse les voyait s'établir à Cythère, à Corinthe, sur les côtes de ce qui fut plus tard la Laconie, l'Elie et l'Achaîe, une véritable colonie pénétrait dans le bassin du Céphise avec Cadmos et y fondait Thèbes. En même temps, la côte africaine recevait la visite de leurs vaisseaux; Leptis, Thapsus, Clique, devenaient le centre d'un véritable empire dont la population mêlée d'indigènes et de Chananéensportachezlesauteursclassiqueslenom deLibypIiéniciens.On croit qu'ils pénétrèrent plus loin, que la Sicile et l'Italie méridionale subirent leur influence : mais le souvenir de leurs expéditions s'effaça de bonne heure dans ces régions devant la suprématie de Tyr.
Tyr avait été d abord la vassale de Sidon, et peut-être n'aurait elle jamais réussi à se rendre indépendante, si les Sidoniens n'avaient pas été épuisés par la grandeur même de leur colonisalion. Un peuple, d'abord soumis à l'Egypte, celui des Philistins, profita de la faiblesse des grands prêtres d'Ammon (V. Egypte) pour se livrer à la piraterie, et se mit en rivalité avec les Sidoniens: une de ses flottes battit la flotte phénicienne et s'empara de Sidon vers 1200. Tyr succéda presque aussitôt b. Sidon dans le rôle de métropole. Le développement des tribus helléniques la força à renoncer en partie aux conquêtes que Sidon avait faites de ce côté : elle ne conserva guère dans la mer Egée que Thasos, Rhodes et Mélos. Elle reporta toute son énergie sur les pays occidentaux encore mal connus : la Sicile et Malle, la Sardaigne, la côle septentrionale de l'Afrique, les Baléares, la côle orientale de l'Espagne furent explorées et colonisées tour à lour ; enfin le détroit fut franchi et les flottes tyrienncs débouchèrent dans l'Océan Atlantique. Elles trouvèrent là, entre le Xucar et le Guadiana, un pays d'une richesse et d'une fertilité merveilleuses, dont les mines d'or, d'argent et de plomb attirèrent bientôt une population" ombreuse. Malacca :Mulaga),Tartessos, Gadès (Cadix^ devinrent le centre de la domination tyrienne aux régions de Tarshish et servirent de point de départ à de nouvelles explorations. On ne sait jusqu'où les Phéniciens s'avancèrent le long des côtes d'Afrique ; mais au Nord, ils allèrent chercher l'étain jusque sur les côtes de la Cornouaille, aux îles Cassitérldes (Scilly). Quand on songe que
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tous ces voyages ont été entrepris et exécutés sans boussole par des navires dont les plus considérables avaient à peine la force de nos gros bateaux de piclie, on ne peut s'empêcher d'admirer l'énergie et l'iialjileté des pilotes tyriens : les grands peuples maritimes îles temps modernes nom rien fait de plus audacieux et do plus grand. Tyr, ariivée à l'apogée de la puissance, se donna des rois, dont le premier fut Abibal, contemporain de David, lliram I "■, qui succéda à Abibal, fut l'ami constant de Salomon (98(1-947) : il agrandit Tyr, fournit au souverain israélite des architectes et des sculpteurs qui bâtirent et ornèrent le temple de Jérusalem. En échange de ces services, il obtint la permission d'équiper h Esiongéber, sur la mer Rouge, une flotte qui alla au pays d'Ophir (probablement l'Afrique tropicale) clierclier l'or, l'ivoire et l'ébène. La bonne harmonie continua de régner entre les successeurs d Hiram et ceux de Salomon, même après que le schisme des dix tribus eut amené la ruine de la puissance israélite. Ithobaal (807-866) maria sa fille Izebel au roi d'Israël Akab, et la fille d'Izebel, Atlialiah, fut plus tard reine de Juda (V. Juifs); on put croire un moment que le culte de Jéhovah serait remplacé chez les Hébreux par celui du Baal et de l'Astarté phénicienne. Mais des luttes sanglantes entre les nobles et le peuple alTaiblirent Tyr au dedans et au dehors. Sous le règne de Pygmalion, Cartilage fut fondée par un personnage mystérieux auquel la tradition a doiiné un nom de déesse, Dido, et bientôt la Ville-Nouvelle (Kart-Hadshat, dont les Romains ont fait Carthage) enleva à sa métropole la possession de l'Afrique, de l'Espagne, de la Sicile (entre 8iO et 820). Vers le même temps, les Assyriens commençaient à paraître en Syrie. Assour-nazir-habal (8S5-8G0) imposa le tribut à Tyr, à Sidon, k Gebel, à Arad. Tyr et Sidon résistèrent à ses successeurs, souvent avec bonheur. Tyr fut assiégée dix ans sans succès par Salmanasar V et par Sargon II (V. Assyrie), et ne fut réduite qu'en 7(io par Sinakhéirib. Mais ces luttes, pour glorieuses qu'elles furent, achevèrent de ruiner l'empire colonial des Phéniciens : Rhodes, Thasos furent conquises, et Chypre à moitié colonisée par les Grecs.
Désormais la Pliénicie se borna à faire le commerce de commission, ou, comme on a dit, le TOMlage des mers, pour le compte des difl'ércnts peuples qui se partagèrent l'Orient. Alliée de l'Egypte, elle repoussa Nabou-Koudour Oussour (V. Vhaldée) vers 574, et fournit au Pharaon Néko la flotte qui fit le tour de l'Afrique pour le compte de ce prince. Conquise par Apriès, elle passa sous la domination d'Amasis, puis snus celle de Kyros,et fut à partir de ce monn-nt une province de l'empire perse. Elle fournit i Darios et àXerxès la plus grande partie des flottes ([ui soutinrent contre les Grecs les batailles des guerres médiques. Elle faisait alors partie de la satrapie d'Arabie, mais ses villes avaient chacune leur roi indépendant : c'est ainsi que nous connaissons à Sidon Eshmounasar, dorit le sarcophage est au musée du Louvre, et à Gebcl Schavmelek. Une seule tentative de révolte contre Artaxerxès Ochos aboutit à la desti-uction de bidon. Tyr, demeurée fidèle au grand roi, arrêta pendant sept mois Alexandre : il fallut, pour la prendre, joindre au continent, par une digue, l'Ilot qm la portait (332). Désormais enclavée dans l'empire macédonien, la Phénicie, après avoir été disputée pendant deux cents ans entre les Ptoléraées û fcgypte et les Séleucides de Syrie, tomba définitivement, à la mort de Cléopàtre 129), aux mains des Romains.
lieligion. — La religion phénicienne était apparentée de très près aux cultes babyloniens et assyriens (V. Assyrie et Clmldée) ; mais penaant la durée do la domination pharaonique
elle parait s'être imprégnée fortement de mythes égyptiens. Le dieu suprême, le dieu-soleil qui conserve et détruit tout à la fois, prenait comme à Babylone le nom de maître, Baal [Bélos des Grecs) : ses formes locales joignaient à ce titre tantôt le nom de la ville où elles étaient adorées, liual-Tsour ix Tyr [Tsour), Bnal-Sidm à, Sidon, tantôt des épithètes, Meikirth (le rui de la ville, à Tyr), Adonis, etc. Melkarth, introduit en Grèce comme Mélicerte, fut de plus identifié avec l'Hercule hellénique, et devint comme une personnification de la colonisation tyrieime: son culte se retrouve sur tous les points de la Méditerranée où les Tyriens s'établirent. Les déesses qui accompagnaient ces dieux n'en étaient le plus souvent que la contre-partie féminine, et n'avaient pas toujours une forte personnalité : c'étaient Baaiit (Beltis) à Gebel. et surtout Astarté à Sidon. Le culte de ces divinités, que l'on désignait d'une manière générale sous le nom de Baalim, les maîtres, était parfois voluptueux et sanguinaire : certaines d'entre elles exigeaient le sacrifice humain par le feu, et demandaient dans des circonstances solennelles l'olTrande des premiers-nés ; la loi religieuse des Phéniciens se trouvait consignée dans dos livres dont une rédaction, attribuée à un certain Sanchoniathon, nous est connue par quelques fragments en langue gi-ecque. Les Phéniciens pensaient qu'il y avait eu au commencement un air trouble et venteux, un soiiflle (roudh) et un chaos confus et sombre : le souffle devint amoureux de ses propres éléments, les mêla par le désir, et de ce mélange naquit la boue {mâthj ; de cette boue sortit la semence et la génération de toutes choses.
Industrii-, commerce, littérature. — Les peuples de l'antiquité classique attribuent la plupart des grandes inventions aux Phéniciens : c'est une exagération qui s'explique aisément, si l'on songe que les Grecs, ayant connu ces inventions par les Phéniciens, furent tout naturellement portés à leur en donner le mérite. En fait, les Phéniciens, placés entre les grandes nations civilisées du vieux monde, l'Egypte et la Chaldée, ne firent guère que répandre et perfectionner ce qu'elles avaient trouvé. Ils emiiruntorent l'art de fabriquer le verre à l'Egypte, dérivèrent leur alphabet des hiéroglyphes égypiiens, et apportèrent probablement avec eux du voisinage de la Chaldée la science astronomique et mathématique, qui fit d'eux les premiers marins de l'antiquité. Tout ce que nous connaissons de leur architecture et de leur industrie porte le sceau de l'imitation : leurs tombeaux, les débris de leurs temples, la figure de leurs divinités est surtout égyptienne, avec un mélange d'assyrien ou de perse selon les époques. C'est justement ce manque d'originalité qui explique la grandeur du rôle qu'ils ont joué dans le développement de la civilisation antique. Ils ont servi de lien entre le monde oriental déjà en décadence et le monde occidental encore barbare, et ont transporté pêle-mêle et sans choix tout ce qui pouvait développer chez les peuples méditerranéens le sentiment des arts et le goût des sciences. Par l'échange, ils leur donnèrent les modèles égyptiens et chaldéens, auxquels les Grecs et les Italiens empruntèrent certaines formes de leur architecture, de leur céramique, do leur orfèvrerie. Les comptoirs furent non seulement des marchés où l'on faisait le commerce, mais des écoles où les tribus barbares du voisinage apprirent peu à peu la navigation, l'industrie, et connurent certaines idées religieuses, qui influèrent sur la direction de leur développement moral ou philosophique. Les Grecs reçurent leur écriture de la Phénicie, et par les Grecs le monde entier.
Les principales industries purement phéniciennes étaient la fabrication de la poui-prc, la construction des navires et l'exploitation des mines. La