‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 220 sur 459 · PHOSPHORE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE

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peciinare, pecl'nare, peigner; elle ne se maintient (|U0 si c'est une dos liquides l,r,7i, m, mais alors il n'y a pas, à proprement parler, de combinaison ternaire, parce que la liquide appartient h la syllabe pr('cédente et se fond même avec elle : cii-culus, cir-c'his, cercle; soivere, so/-v're, soudre. Exercices. — Les explications qui précèdent sont destinées au maître, qui doit savoir le plus pour enseigner le moins, et ce moins doit consister ici à donner à l'élève les lois phonétiques les plus simples, surtout celles qni rendent compte des flexions et des dérivations, comme, par exemple, la permutation de / en u dans les noms (clieva/, chevawx ; loya', loya»té) et les verbes (va/-oir, je va!<x), de /"en o dans les adjectifs {vif, vive, vivacité), de ou en eu et de e en oi et ie dans les verbes (mourir, je m^îMrs ; devoir, je doi'a ; acquérir, j'acquiTs), etc. [C. Ayer.]

Ouvrages à consulter. — Dîez, Grammaire des înnffucs romanes, tr.itim'lioii fr.inçaisc, tome prtmier ; Ayer, Phonologie de la langue française.

PnOQL'KS. — V. Amphibies.

vnOSl'IlORE. — Cliimie, VII. — Ce métalloïde doit son nom à la propriété qu'il a de luire dans l'obscurité (l'adjectif grec pho^ihoros signifie lumineux). C'est un corps solide h. la température ordinaire, incolore ou jaunâtre, translucide ; sa densité, à 10°, est 1,83; il fond à ■44"; son odeur rappelle un peu celle do l'ail. Insoluble dans l'eau, il se dissout facilement dans le sulfure de carbone.

Le phosphore a été découvert dans les résidus de l'urine, en 1069, par l'alchimiste Brandt, de Hambourg. Un siècle plus tard, Gahn constata dans les os la présence d'un composé phosphaté; et bientôt un pharmacien suédois, le savant chimiste Scheele, trouva le moyen d'extraire le phosphore de la cendre provenant des os calcinés. Son procédé est encore en usage aujourd'hui ; il consiste il tra-ter successivement la cendre d'os, mélange de phosphate et de carbonate de chaux, par l'acide sulfuriquo étendu et par le charbon : ion kilogrammes d'os calcinés contiennent de I(î à n kilog. de phosphore, mais on n'en retire guère que 8 ou 9 par le traitement indiqué.

On sait aujourd'hui que le phosphore joue un rôle très important dans l'organisation des animaux et des végétaux. Entrant pour une assez forte proportion dans la composition des os, on le trouve encore dans la substance cérébrale, dans les nerfs, etc. Presque tous les végétaux en contiennent, à l'état de sels; et il esta remarquer que nombre de plantes, les céréales en particulier, ne pourraient croître dans un terrain qui ne renfertnerait pas en quantité suffisante des sels phosphatés. Tous les agronomes connaissent l'efficacité des phosphates employés comme engrais. Et pourtant, cette substance si utile est un violent poison, auquel malheureusement on ne connaît pas d'antidote.

Sous l'action de la chaleur, le phosphore subit ■une modification moléculaire très curieuse : il devient rouge, perd sa solubilité dans le sulfure de carbone, sa phosphorescence et d'autres propriétés encore ; il n'est plus vénéneux. L'influence directe do la lumière solaire produit aussi cette modification sur le phosphore.

Chaufl'é à "0°, et refroidi brusquement dans l'eau, à 0°, il devient noir.

L'affinité du phosphore pour l'oxygène est très énergique. A (iO°, il s'enflamme, à l'air, et brûle en donnant une vivo lumière. Il ne faut le tenir à la main que pendant un temps très court; un contact plus prolongé suffirait pour cnnammor le phosphore, et il en résulterait des brûlures dangereuses. En cas d'accident, il faut laver la plaie avec de l'eau dans laquelle on a délayé de la magnésie. Si l'on veut couper du phosphore, c'est

toujours sous l'eau que l'opération doit être faiteS C'est d'ailleurs dans l'eau que l'on conserve lo phosphore.

On connaît trois composés oxygénés du phosphore: l'acide hypophosphorcuxPhO, l'acide phosphoreux PhO^, et l'acide phosphorique PhO'. Les deux premiers, très avides d'oxygène, décomposent les sels d'argent et de mercure, et passent à l'état d'acide phosphorique.

L'acide phosphorique s'obtient en brûlant du phosphore dans un ballon dont l'atmosphère est bien desséchée. L'acide se dépose sous forme de flocons neigeux; il est anhydre, et se montre très avide d'eau; aussi l'emploie-t-on pour dessécher les gaz. Projeté dans l'eau, il y produit un sifflement aicu.

Cet acide présente trois degrés d'hydratation : PhOs.HO; Ph05,2HO;Ph05,3HO; et, chose remarquable, les propriétés de ces trois composés sont tellement difl'érentes, que chacun d'eux doit Être regardé comme un acide distinct. Le premier est monobasiquo, le deuxième bibasique, le troisième tribasique. Celui-ci, qui est précisément l'acide phosphorique ordinaire, s'obtient en chauffant, dans une cornue de verre, une partie de phosphore avec 15 parties d'acide azotique à 20" Baume. L'acide phosphorique ordinaire est l'un des éléments constituants des phosphates naturels.

Avec l'hydrogène, le phosphore donne aussi trois combinaisons: un phosphure gazeux PhfP, un phosphure liquide, PhH'^, et un phosphure solide Ph^H. Le premier, que l'on peut obtenir en chauffant doucement, dans un ballon, une dissolution de potasse caustique avec du phosphore, s'enflamme spontanément au contact do l'air, mais cette inflammation est due à la présence d'une certaine quantité de vapeur de phosphure liquide produit par la réaction ; pur, il ne s'enflammerait qu'à 1110°. On explique les feu.r follets que l'on observe parfois dans les cimetières humides par la combustion de ce gaz, dont la formation serait due à la décomposition des matières animales enfouies dans le sol.

Les affinités du phosphore pour le chlore, le brome et l'iode sont très puissantes.

M. Dumas a fait, du phosphore, de l'azote et de l'arsenic, une famille naturelle de métalloïdes, caractérisée par la propriété qu'ont ces corps de former avec l'hydrogène des composés gazeux qui jouent le rôle de bases ou de corps neutres.

La plus grande partie du phosphore ordinaire extrait par l'industrie est employée h. la fabrication des allumettes. En substituant le pho.sphore rouge au phosphore ordinaire, on obtient des allumettes qui ne présentent aucun danger, car pour les enflammer, il faut faire usage d'un frottoir spécial, et, comme nous l'avons dit, le phosphore ronge n'est pas vénéneux. [H. Clerc]

l'IlOTOGRAPlUE. — Connaissances usuelles, II-V. — Etym. : dos deux mots grecs phàs, lumière, et rjraphein, écrire, tracer. — On raconte qu'un jour de la fin du xvii= siècle (lfi9l)), un physicien napolitain, J.-B. Porta, resté d'ailleurs célèbre pour la part très grande qu'il prit au mouvement scientifique de son époque, étant enfermé dans sa maison, dont tous les volets étaient fermés, remarqua que, par un trou de volet, pénétrait un rayon de lumière qui semblait peindre sur le mur blanc de la chambre plongée dans l'obscurité l'image d'une troupe d'enfants jouant au dehors. Porta fit mieux que remarquer la chose, il l'étudia ; et après avoir reproduit ce singulier effet par des ouvertures nues, il reconnut que si l'ouverture était garnie d'une lentille convexe, qui concentrait les rayons lumineux, le phénomène, embrassant alors un champ plus vaste, se produisait avec une netteté parfaite. Et ainsi se trouva inventée la chamtire

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obscure ou chambi-e noire, qui pendant un siècle 'et demi eut sa place non seulement dans tous les cabinets de physique comme un des plus curieux appareils de démonstration des phénomènes optiques, mais encore en beaucoup de mains comme un jouet scientifique très amusant, de telle sorte que la chambre noire et ses efl'ets étaient à peu près de notoriété générale.— V.Ojo<iÇî(e (/?)«</ !imfn/sd'). Or pendant que les gens du monde se bornaient à trouver singulières les images produites par la chambre noire, le nombre fut presque toujours grand des savants, des observateurs, des chercheurs qui se demandaient s'il ne serait pas possible d'arriver un jour à la fixation de ces images. En fouillant même attentivement les vieux documents, on pourrait signaler plus d'un essai, plus d'une tentative avortés; mais nous ne saurions ici nous livrer à ce travail. Toujours est-il que parallèlement, si nous pouvons ainsi dire, aux recherches qui étaient faites dans ce sens, d'autres observations ou expériences avaient lieu qui, sans qu'on s'en doutât, préparaient indirectement l'une des plus grandes et desplus merveilleuses découvertes de l'époque moderne. Ces observations, qui d'ailleurs remontaient en principe i des temps antérieurs à l'invention de Porta, furent notamment celle de Fabricius et de plusieurs autres chimistes constatant que les principaux sols ayant l'argent pour base avaient la propriété de noircir à la lumière. Ces expériences furent notamment celle du physicien Charles qui, dès IT.SO, ayant imprégné de chlorure d'argent une feuille de papier sur laquelle il dirigeait un rayon solaire, en interposant la silhouette d'une personne qui faisait écran aux faisceaux lumineux, obtenait sur la feuille de papier le profil de cette personne marqué en blanc sur un fond noir ; ou encore l'essai de Wedgwood qui obtenait une empreinte visible, mais fort imparfaite, de l'image que la chambre noire avait projetée sur un papier enduit d'une solution de nitrate d'argent, etc. En .somme de très menus faits, qui doivent aujourd'hui un certain intérêt au fait notable dont ils ont été suivis, mais qui seraient absolument oubliés sans l'événementraajeur dont ils semblent être le prélude inconscient. ■ Donc, comme on était venu jusqu'au premier tiers de notre siècle, sans qu'aucune apparence de solution eût été apportée à l'important problème, il se trouva que trois chercheurs aussi ingénieux qu'opiniâtres, deux Français, Nicéphore Niepce à Chàlons, Daguerre à Paris, un Anglais, Talbot, Ji Londres, consacraient simultanément leurs veilles h le résoudre, mais chacun par une voie différente. Le premier, Niepce (ce n'est pas sans raison que nous entrons ici dans quelque détail) prenait pour point de départ de ses recherches cette remarque aussi neuve que singulière, bien digne d'un subtil observateur, qu'en exposant une plaque métallique recouverte de bitume de Judée aux influences de la chambre noire, il arrivait que partout où avaient frappé les rayons lumineux recueillis et projetés par la lentille, le bitume se modifiait de telle sorte qu'il cessait d'être, comme en son état primitif, soluble dans l'essence de lavande. De telle sorte que si, après avoir exposé une plaque ainsi préparée aux rayons de la chambre noire, on la couvrait d'essence, le bitume se dissolvant dans les points correspondant aux ombres, tandis qu'il restait insoluble dans les points correspondant aux lumières, on obtenait une planche qui était analogue à celle du graveur à l'eau-forte, et qui, après la morsure aux acides, devait donner des épreuves du même genre que la taille-douce.

Le second chercheur, Daguerre, — qui n'a jamaisnipublié, ni fait connaître l'historique détaillé de ses longs et multiples essais, — était destiné à l'honneur bien mérité de donner son nom à une magnifique découverte, sur laquelle nous allons

bienlôt revenir, et qui était aussi absolument la sienne, qu'elle est, en réalité, étrangère à ce quo nous appelons aujourd'hui du nom de photographie.

Le troisième, Talbot, partait pour ses travaux du principe depuis longtemps avéré que les sels d'argent noircissent à la lumière ; mais, étant donnée la lenteur de l'impression lumineuse, il s'était attaché à découvrir ce que nous pourrions appeler Y ad ■ juvant de cet effet ; et il avait reconnu que si, après avoir soumis pendant untemps relativement court aux rayons de la chambre noire un papier imbibé d'iodure d'argent, on le baignait dans une solution d'acide gallique (extrait de la noix de galle), l'image jusqu'alors demeurée latente, si nous pouvons ainsi dire, appparaissait et devenait distincte — bien entendu en sens inverse de la nature, puisque le noircissement du papier n'avait lieu que sur les points correspondant aux parties lumineuses de limage.

Mis en rapport par l'opticien Chevalier, Niepce et Daguerre, qui s'étaient communiqué leurs procédés, avaient formé une association ; mais le premier étant mort peu de temps après, Daguerre dut seul continuer les recherches, et au cours de l'année 1839 grand bruit fut fait tout à coup des résultats qu'il avait obtenus. Bientôt l'Etat se fit acquéreur du procédé, qui fut rendu public en une mémorable séancede l'Académie des sciences(10 aotit 1839),et le daquerreotype, première méthode pratique de fixation des images de la chambre noire, était à bon droit proclamé par l'enthousiasme général l'une des inventions les plus merveilleuses des temps modernes.

Une plaque d'argent, bien nettoyée, bien brunie, et donnant par ce bruni même une surface noire, était l'élément premier de l'opération ; après avoir été soumise aux vapeurs d'iode, qui formaient à sa surface une mince couche d'iodure d'argent, la plaque, maintenue à l'obscurité, était portée dans la chambre noire, dont on laissait l'image agir sur elle pendant un temps plus ou moins long, selon le plus ou moins de vivacité d'éclairage des objets à reproduire. Au sortir de la chambre noire, la plaque, encore soigneusement garantie de la lumière extérieure, n'offrait aucune empreinte, aucune image; mais si, agissant à la faible lueur d'une bougie ou d'une veilleuse, on posait cette plaque au-dessus d'une cuvette contenant du mercure, et que l'on chauffât un peu ce métal liquide, pour en provoquer légèrement la volatilisation, il arrivait que les blanches gouttelettes constituant la vapeur mercurielle allaient se fixer sur la plaque d'argent iodurée, mais seulement aux points correspondant aux parties lumineuses de l'image produite dans la chambre obscure ; tandis que les autres points n'en retenaient aucune, et restaient nus. De là un dessin en blanc mat sur fond noir brillant. L'image, avant de pouvoir être apportée au jour ordinaire, avait besoin d'être débarrassée de l'iodure, resté sensible aux rayons lumineux. On la plongeait donc dans une solution d'hyposulfite de sonde, qui détruisait cet iodure. On la lavait à grande eau, on la séchait sur une flamme d'esprit devin, et l'on avait enfin Vêijreuve daguerrieiine, qui bien que n'offrant, au moins en principe, qu'une image assez terne, afl'ectée en outre d'un miroitement assez désagréable, ne laissait pas cependaiit de constituer une des plus remarquables conquêtes inscrites jusqu'alors dans l'histoire des sciences physiques ; un premier pas était fait vers l'étonnante solution du problème, qui consistait à transformer le soleil lui-même en reproducteur des tableaux d<mt il peignait les originaux.

Ajoutons que maints chercheurs ingénieux et savants, Claudet, Reiser, Thierry, Fizeau.s'étant lancés sur la voie indiquée par Daguerre, de notables et rapides progrès s'accomplirent, dont les plus

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importants furent l'adjonction des vapeurs du brome à celles de l'iode, qui, centuplant \asensi/jilUé de la plaque d'argent, diminuait d'autant la durée do l'exposition à la chambre noire; et l'emploi d'un précipité d'or pour aviver et fixer l'image, En quelques années le daguerréotype, dont on ne saurait redire aujourd'hui la vogue, eut atteint son apogée ; mais, subissant la loi commune, il ne se trouva guère consacré que pour se voir presque aussitôt monacô de déchéance par la pliotographie sur papier, qui aujourd'hui l'a complètement fait onblier, sans lui laisser, somble-t-il(mais qui peut répondre des destinées ?) aucun espoir de renaissance.

Depuis longtemps Talbot, avons-nous dit, poursuivait ses essais d'obtention de l'image photographique sur papier. Quand, au milieu de l'admiration universelle, fut publié le procédé de Daguerre, le chercheur anglais crut devoir faire connaître le sien, mais malheureusement sans pouvoir produire à l'appui autre chose que d'assez informes résultats. C'en fut assez cependant pour donner l'éveil, et provoquer les recherches en cette nouvelle voie. Le progrès fut en réalité assez lent, mais seulement au point de vue pratique, car presque dès l'abord, la théorie expérimentale se trouva nettement indiquée par MM. Blanquart- Evrard de Lille, et Legray de Paris, qui tous deux ne tardèrent pas à montrer des épreuves photographiques sur papier relativement fort satisfaisantes. En principe, donc, le procédé était fixé, mais, — curieux enchaînement des conquêtes du génie humain — pour qu'elle pût prendre définitivement rang parmi les arts usuels, cette découverte attendait qu'une autre découverte fût faite, qui, pour sembler appartenir à un ordre de choses complètement étranger, n'allait pas moins devoir sa seule et réelle importance à son application aux expériences photographiques.

Le procédé photographique d'alors, — qui d'ailleurs est resté théoriquement le môme, — consistait à baigner une feuille de papier léger et d'un grain bien uni dans un bain d'iodure de potassium, à le poser, après qu'il avait été séché, sur une solution d',azot,ate d'argent, afin de former un iodure d'argent (cette opération faite en lieu obscur), à porter cette feuille, en la préservant soigneusement de la lumière extérieure, dans la chambre noire,, où elle restait soumise à. l'influence des rayons lumineux pendant quelques instants; puis à la rapporter dans le laboratoire obscur, où son immersion dans une solution d'acide gallique faisait se développer une image inverse de la nature, ou néyatiue. Cette feuille, débarrassée de son iodure parl'hyposulfite do soude, lavée à grande eau et séchée, donnait un lijpe ou, comme nous disons aujourd'hui, un cliché, à l'aide duquel il s'agissait de produire l'épreuve positive, ramenant l'image à son état naturel. A cet effet, l'épreuve négative ayant été au préalable cirée h chaud, pour donner plus de transparence aux parties restées blanches du papier, on l'appliquait sur une autre feuille qui, dans l'obscurité, avait été imprégnée de chlorure d'argent par son séjour successif sur un bain de sel de cuisine (ou chlorure de sodium), puis sur un bain d'azotate d'ai'gent. Le tout était exposé aux rayons du soleil. La lumière, traversant les parties transparentes du papier, noircissait sur ces points le papier chloruré, qui restait blanc partout où les noirs de l'épreuve négative formaient écran. L'effet d'impression solaire étant arrivé h l'intensité voulue, on détruisait la smsihiiité du papier chloruré par ! immersion dans l'hyposulfite de soude ; puis on l.ivait et séchait l'épreuve positive qui était ache-

. p" réalité, quand ces diverses opérations avaient ete bien conduites, les épreuves obtenues par ce

procédé ne laissaient pas d'offrir un certain intérêt qui les faisait apprécier dos amateurs, surtout quand elles étaient consacrées à la copie de monuments ou de sites qui n'exigeaient pas trop de finesse. Pour les portraits, que le daguerréotype était arrivé h produire avec une délicatesse et une douceur de modelé vraiment remarquables, et moyennant une très courte exposition h la chambre noiro, l'application était impossible. Le négatifpapier, outre qu'il exigeait un temps de pose beaucoup trop long, ne pouvait transmettre à l'épreuve positive, par suite de sa translucidité imparfaite, que des détails dont la netteté était de plus atténuée par le grain du papier.

Ce qu'attendait la photographie pour prendre son véritable essor, n'était donc autre chose que la création de l'épreuve négative à l'aide d'un intermédiaire possédant les qualités de transparence et de finesse qui manquaient au papier.

Ce fut un neveu de l'associé de Daguerre, M. Niepce de Saint-Victor, qui, le premier, indiqua la nouvelle marche à suivre, en substituant de la façon la plus heureuse le cliché-verre au clichépapier. Etant donnée une feuille de verre, une glace sans tain, M. Niepce la couvrait d'une couche d'albumine (blancd'œuf) mélangéed'un iodure qu'il faisait sécher, etqui, plongée, en lieu obscur, dans un bain acide de nitrate d'argent, se coagulait et constituait à la surface du verre une pellicule insoluble contenant l'iodure d'argent sensible à la lumière. Et, traitant absolument le verre albuminé comme on traitait l'épreuve sur papier, il obtenait un négatif où l'image était d'une extrême délicatesse de détails, puisqu'elle se trouvait formée sur une pellicule aussi mince qu'unie ; et qui avait une transparence parfaite, puisqu'elle reposait sur une feuille de verre.

Les épreuves positives que donnaient les négatifs obtenus par le verre albuminé étaient d'une finesse merveilleuse, mais le procédé, qui demandait un temps de pose relativement assez prolongé, ne pouvait encore s'appliquer qu'aux vues, paysages, objets d'art, sans qu'il fût possible de songer au portrait et autres reproductions exigeant une opération plus rapide. Toujours est-il qu'un pas immense était fait, et que la voie féconde se trouvait indiquée.

Sur ces entrefaites, il arriva qu'un chimiste découvrit le fulmi-coton ou coton-poudre, un autre expérimentateur et observa que ce produit, déposé dans l'éther, s'y dissolvait et donnait une sorte de liquide visqueux qui, répandu à l'air, laissait évaporer son éther et se prenait en pellicules transparentes qui, comme l'albumine, se coagulaient et devenaient insolubles par l'immersion dans une solution acide.

Ce composé sijigulier, fort préconisé, tout d'abord pour le pansement dos plaies à soustraire au contact de l'air, reçut le nom de coUodion. Bientôt, presque simultanément, en France et en Angleterre, on eut l'idée de le substituer à l'albumine, pour obtenir des épreuves négatives sur verre ; et de cette substitution, qui eut pour effet de donner i la couche ioduréc une sensibilité, une subtilité d'impression aussi grandes que celle de la plaque daguerrienne, date, en môme temps que la déchéance du daguerréotype, ce que nous pourrions appeler l'ère de la photographie véritable, qui, loin d'éluder aucune difficulté, semble au contraire les rechercher pour les résoudre d'une façon toujours plus triomphante, et nous montre chaque jour quelque résultat plus étonnant, plus merveilleux.

I! va de soi que nous ne saurions décrire en détail ici les divers procédés particuliers qui ont été ou qui sont encore en usage dans les ateliers photographiques. Nous croyons avoirnctteraentindiqué les principes théoriques sur lesquels repose

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la photographie : ils n'ont pas varié ; nous les ré- ; sumons : 1° seusiljilisatio?i d'une feuille ou pellicule par l'iodure d'argent ; 2° exposition dans la chambre noire, dont l'objectif a été braqué sur ^ l'objet i reproduire ; 3° développement de l'image négative par des solutions qui, après avoir eu tout d'abord pour base exclusive les sels extraits de la , noix de galle, ont maintenant pour succédanées , des solutions ferrugineuses (sulfate de fer ou couperose verte) ; 4° destruction de la sensibilité par des bains qui dissolvent l'iodure (hyposulfite de [ soude, cyanure de potassium) ; 5° lavage et séchage de l'épreuve négative ou cliché ; C" tirage de l'épreuve positive ; (•pération qui se subdivise i en : sensibilisation d'un papier par un sol d'ar- ' gent ; séchage de ce papier ; application de ce pa- j pier sous l'épreuve négative; exposition aux rayons i de la lumière diffuse qui, agissant par transpa- \ rence. noircit le papier positif partout où les noirs ou demi-noir^ du négatif ne forment pas écran ; fixage de l'épreuve par la destruction d\i sel d'argent resté libre; enfin, lavage et séchage. Telles sont, — avec quelques variantes pour des applications particulières, — les pratiques qui consti- i tuent l'ensemble des opérations par lesquelles au- i jourd hui on obtient, sous les formes les plus | multiples et les plus imprévues, la solution du , grand problème qui, si longtemps, mit tant d'es- | prits en travail, à savoir, la fixation des images , de la chanibi-'' noire.

Formes multiples et imprévues, avons-nous | dit ; à quelles applications, en effet, ne se prête pas ^ cet art, dont la première manifestation date à , peine de quarante années, et qui, depuis vingt i ou vingt-cinq ans seulement, est entré dans la i période vraiment féconde de son histoire. j

Et d'abord, voici ces portraits, ces images qu'on i pourrait appeler instantanées, où, grâce à la sub- ! tilité des procédés, des tours de mains propres aux J opérateurs habiles, semble s'être immobilisée la vie \ du modèle. Puis ces vues, qui font que maintenant nulle physionomie vraie des diverses régions du globe ne reste incertaine devant le contrôle pliotographiquo. Substitués aux infidèles tableaux que rapportaient les voyageurs, et qui, presque toujours, , n.'attestaient que l'inhabileté ou la vision fantaisiste de l'auteur, nous avons maintenant l'em- , preinte exacte de tout ce qui peut intéresser, in- ' slruiie, amuser. Voulons-nous mêine ajouter à la | vérité, à l'illusion, alors la photographie nous donnera les sites vus sous deux angles, répétant la convergence de nos deux yeux, et, à 1 aide du stéréoscope, nous nous croirions transportés dans les lieux mêmes que représente la dou- , ble épreuve photographique, et qui retrouve- i ront ainsi leur relief et leur étendue. S'agit-il, | pour un conteur de voyage, pour un démonstrateur scientifique, de mettre sous les yeux d'un auditoire nombreux les pays, les choses dont il parle, alors la photographie, au lieu de tirer du cliché négatif une épreuve positive opaque, tirera sur verre albuminé ou coUodionné cette épreuve qui. placée au foyer d'une lentille de lanterne i magique, donnera, par le grandissemcnt optique, ces magnifiques projections qui presque toujours maintenant accompagnent les couis ou conféren- [ ces du genre de celles que nous venons d'indi- 1 quer. Et quels sujets, d'ailleurs, ne seront pas mis i au nombre de ces projections, alors que la pho- i togra|jhie, toujours prête aux œuvres subtiles, aura fixé les images qui, fournies par le microscope. ] nous initient aux existejices, aux organisations infimes, aussi bien que les tableaux télescopiques i qui enregistrent les phénomènes célestes ou nous révèlent la con-,titution des astres? 1

Vous souvient-il du merveilleux concours que la photographie dite microscopique nous prêta au temps du siège de Paris, pour le transport dos I

dépêches, qui voyageaient au nomhrede plusieurs milliers fixées sur une pellicule presque imperceptible, attachée h. la plume d'un pigeon messager? A l'arrivée, on déroulait le mince tissu, on le plaçait au foyer d'an projecteur lumineux, et sur une vaste paroi blanche se lisaient les nombreuses correspondances (certains pigeons apportèrent parfois sur des pellicules de collodion qui ne pesaient guère plus d'un gramme, un ensemble d'un million de caractères, équivalant au contenu d'un volume ordinaire). Et d'ailleurs n'avez-vous jamais admiré les larges tableaux qui, gros en réalité comn.e une pointe d'épingle, sont insérés dans une breloque, dans un œillet de porte-plume?... Au point de vue de la sûreté publique, ne savonsnous pas les services que rend le portrait photographique pour l'établissement d'identité des gens dont il est bon que la police garde le signalement? Et n'est-il pas de notoriété générale que pour mainte observation, mainte expérience scientifique, la photographie est encore lijouant, aussitôt qu'on l'y convie, le rôle d'enregistreur, de témoin irrécusable? etc., etc.

Ce n'est pas d'ailleurs, et aussi nombreux ou importants qu'ils puissent être, à ces services eu quelque sorte immédiats, que se borne l'intervention de la photographie; car chaque jour nous la trouvons participant d'une manière toute spéciale h des travaux d'un autre genre. Sous le titre à' héliogravure ou de photogravure, elle crée soit des plajiches gravées en creux, dont on tire des épreuves à la presse de taille-douce, soit des clichés en relief qui peuvent prendre place dans les formes typographiques, et servir à l'illustration des livres, des journaux, en suppléant très économiquement aux dessins gravés sur bois. Sous le titre de photoglyptie, autre procédé de gravure en creux, elle permet d'obtenir des épreuves absolument semblables aux positifs photographiques, sur lesquels elles ont le grand avantage d'un tirage beaucoup plus rapide, beaucoup moins coûteux et d'une parfaite inaltérabilité.

Or il y a cela de remarquable que pour arriver à la production de ces divers types de gravure, les chercheurs ont remonté au delà des principes originaux de Talbot et Daguerre pour aller retrouver le procédé du premier Niepce, qui, n'ayant été l'inventeur ni de la photographie sur plaque, ni de la photographie sur papier, se trouve longtemps après sa mort devenu l'initiateur aux divers systèmes de photogravure. Là, en effet, reparait le principe d'une substance dont le contact des rayons lumineux modifie la manière d'être, et tout d'abord même c'est ce bitume de Judée dont se servait Niepce qui est mis eji cause. Seulement, au lieu de soumettre cette substance au faible et lent effet des rayons dont la vigueur s'atténue dans la chambre noire, c'est en plaçant sous un cliché photographique transparent la plaque enduite et en l'exposant aux rayojis directs de la lumière céleste, comme pour le tirage des épreuves positives ordinaires, qu'on détermine la modificatioii de la surface sensible. Cela fait, on dissout les parties qui sont restées solubles, en conservant celles que la lumière a rendues insolubles : puis tantôt (héliogravure) on fait mordre par des acides pour creuser le métal, qui porte la couche impressionnée; tantôt i photoglyptie) cette couche étant faite de gélatine devenue d'une densité, d'une résistance extraordinaire, on en obtient par une très forte pression l'empreinte en creux sur une planche de plomb, qui sert au tirage des épreuves : tout cela bien entendu par des procédés particuliers, spéciaux, que nous ne pouvons ici que constater sans prétendre à les décrj-e.

U/i mot nous reste à dire des essais réels ou prétendus de photi.chromie, c'est-à-dire de l'ob- , tontion d'images photograpliiques avec leurs cou-

PHYLLOXERA

— Vi8i —

PHYLLOXERA

leurs naturelles : problème considérable qui, malgré (les recherches très actives, et quelques résultats partiels, peut-être même plus illusoires que positifs, nous semble pouvoir être encore considéré comme restant tout entier h résoudre. Jusqu'i\ présent, à part quelques épreuves, d'ailleurs très fugaces, où des chercheurs sérieux comme MM. Poitevin, Niepce de Saint- Victor, Becquerel ont obtenu quelques apparences d'empreintes polychromes, l'on n'a guère vu que des imafies à la coloration desquelles l'actisn photogénique est complètement étrangère. Ces productions, très agréables, très intéressantes à vrai dire, ne sont rien de plus que des épreuves photoglyptiques, où par des manipulations successives les couleurs, juxtaposées comme dans la chromo-lithographie, enluminent le dessin photographique proprement (lit. Tout est donc encore h, trouver en ce sens. — Trouvera-t-on ? Bien que reconnaissant l'espèce de Caractère suprême de la difficulté à vaincre, nous nous garderions bien de répondre né;;a.tiveraent ; rar il est permis de tout attendre do l'ingéniosité humaine. [Eugène Muller.]

PHYLLOXÉRA. — Zoologie, XXIV. — Ce nom a deux significations. Il appartient d'une part à un genre d'insectes, devenu le type d'une tribu, les Phylloxériens, intermédiaire entre les Aphidiens ou Pucerons et les Cocciens ou Cochenilles, dans les Hémiptères-homoptères (V. Insectes, p. 1032). Ce genre fut établi d'abord pour un très petit insecte, découvert dans le midi de la France, dessdchaitt let feuilles de chêne par ses succions, et de là vient le nom de Phylloxéra qui lui fut donné. Une autre espèce, plus voisine de celle do la vigne, existe aux environs de Paris, dans le centre et le nord de la France, et se voit sous les feuilles du chêne blanc ou pédoncule ; il y en a encore d'autres sur les diverses espèces du genre chêne ou Quercus; ces insectes sont sans importance.

Dans sa signification habituelle, le nom de Phylloxéra s'applique à une seule espèce, vivant exclusivement sur les vignes d'Europe ou d'.4mélique, notamment sur la vigne cultivée en France (Vitis vinifera, Linn.), et dont les ravages sont devenus une calamité nationale, qui a nécessité l'intervention des pouvoirs publics. La maladie de la vigne, ou, plus exactement, la maladie phylloxérienne, se reconnaît dans les vignobles à un ensemble de caractères. Les points d'attaque ou taches sont visibles à distance par l'aspect des feuilles flétries, jaunies ou rouges, contournées sur les bords, tombant en automne avant les feuilles des vignes saines, et des raisins arrêtés dans leur croissance et ridés, si le mal est invétéré. On est en outre frappé du rabougrissement des ceps comparés aux ceps voisins, du faible nombre de leurs feuilles, de la petitesse de celles-ci. Quand l'attaque date de deux ou trois ans, on aperçoit, au centre, quelques ceps morts et sans feuilles, tout autour des ceps chétifs, n'ayant que quelques feuilles et pas de fruits, puis une ceinture de ceps à feuilles flétries et tachées, enfin une ceinture dernière de ceps verts et luxuriants et cependant déji atteints par l'insecte sur leurs racines. C'est là l'apparence si justement appelée la tache d'/mi'e. Si on veut essayer d'arrêter le mal à ses débuts par un arrachage, il faut aller au delà de cette ceinture de ceps verts, et arracher la bordure externe de ceps parfaitemi;nt intacts sur les racines ; sans cela on risque de faire une opération illusoire. La marche du mal est quelquefois très rapide; par les temps de chaleur et de grande sécheresse, favorisant la croissance et la propagation de l'insecte, des ceps, isoles et superbes, présentent, tout d'un coup, l'alioration des feuilles et ont le lual sur leurs racines. Les caractères qui précèdent peuvent tromper et être

dus à d'autres causes. 11 est absolument nécessaire d'examiner les racines; un indice presque absolu de la maladie est fourni par les radicelles, sur lesquelles le phylloxéra se porte tout d'abord au début de son attaque, car elles sont les parties les plus tendres et les plus succulentes des racines de la vigne. Sous ses succions elles se gonflent sans cesser de s'allonger, et prennent l'aspect de renflements fusiformes (Hg. 1), d'abord d'un jaune blanchâtre, puis jaunissant, enfin devenant bruns. Sur leurs dépressions, dans les plis fréquents do leurs courbures, on voit, attachés et suçant, des phylloxéras, principalement jeunes ou à l'état de larves (fig. 2). Puis les renflements

Renflements avec phyllû- (figure très grossie).

tombent en pourriture, et l'insecte, pour se nourrir, gagne la surface des petites racines, puis des grosses. Cette surface, au lieu de rester lisse, comme dans les racines saines, devient raboteuse et noueuse (flg. 3) ; le bois n'est plus blanc, mai» prend une teinte d'un rougejviolacé.

Tout cela ne permet pas d'affirmer le mal ; les renflements même, sans les insectes, n'apportent pas une certitude complète. 11 faut v/ir l'insecte sur les racines, de sorte que sa description entomologique se trouve naturellement amenée. Cet examen est très facile ; une loupe ordinaire suffit, non seulement pour l'adulte, mais môme pour les larves et los œufs. Il est inutile d'ai'racher le cep. Il faut simplement faire sortir une racine d'un coup de pioche et la couper. Avec la moindre habi-

PHYLLOXERA

PHYLLOXERA

tude, on observe très bien le phylloxéra à l'œil nu. Nous avons même reconnu, lors de notre mission dans les Cliarentes comme délégué de l'Académie des sciences, que les paysans préfèrent

lpl?l)p/ f\ I

pondent aussi des œufs, mais après leur accouplement avec des mâles également privés d'ailes, ce qui les sépare bien des mâles des Cochenilles qui sont ailés.

1° Femelles sédentairps rosti'ées, sans ailes, et larves. — C'est presque exclusivement sur les racines des vignes qu'on trouve, pendant toute la belle saison, des phylloxéras privés d'ailes, du sexe femelle, donnant, .sans le concours de màlos, une série de générations successives, d'autant plus nombreuses, que la chaleur est plus intense. A l'état adulte, c'est-à-dire quand ils sont capables de reproduire leur funeste postérité, ce sont des insectes dodus et renflés, ayant un peu l'apparence de petits poux, de couleur jaune rembrunie, ayant

environ - de millimètre de long sur - de large.

Le corps est arrondi en avant, atténué en arrière, partagé en segments par des sillons transversaux, qui portent des rangées de petits tubercules iig. 4 et 5). La tète se replie un peu au-dessous

Fig. 3. — Grosses racines chargées de phylloxéras (mal déjà avancé).

abandonner les loupes et se fier à l'œil seul. Cela provient de ce que ces hommes, habitués à se I coucher à la fin du jour, n'ont pas, comme les ci- 1 tadins, la sensibilité de la rétine de l'œil émoussée par l'action prolongée de la lumière jaune des i lampes et surtout du gaz à éclairage. Quand les vignes ne sont pas encore très gravement malades, auquel cas le phylloxéra les quitte, comme un convive qui se lève de la table dégarnie, les racines sont parfois tellement chargées d'insectes qu'elles paraissent couvertes d'une poussière jaune, et tachent en jaune les doigts qui les pressent.

C'est en 1868, dans le Vaucluse, après plusieurs années d'une maladie des vignes sans cause connue, que M. Planchon découvrit sur leurs racines un insecte, appartenant au genre Phylloxéra déjà établi, et qui reçut de ce savant le nom de Phtjlloxera vastatrix (dévastateur). A peu près en même temps, l'insecte fut reconnu et étudié en Amérique, sur les vignes de ce pays, par des entomologistes américains, et en Angleterre, par M. Westwood, sur des vignes américaines, importées dans les serres à raisins, ou graphei-ies. L'étude complète de l'espèce est due à .\I Balbiani, professeur au Collège de France. L'évolution de l'insecte, qui est au reste celle de tous les Phylloxériens, est compliquée, car on y trouve trois formes distinctes, offrant toutes des femelles qui pondent des œufs et jamais des petits vivants, distinction importante d'avec le cas des Pucerons. Jl y a des femelles pondant des œufs sans le concours des mâles, les unes sans ailes, les autres ailées, et une troisième phase, renouvelant la fécondité de l'espèce pour un grand nombre de générations, dans laquelle on trouve, suivant les lois ordinaires, des femelles sans ailes, qui

Fiir. -k — Femelle sans ailes, vue en dessus.

Fig. 5, — Femelle sans ailes, vue en dessous, et ses œuf^.

du corps ; elle porte sur les côtés deux yeux bnàns, formés chacun de trois facettes. C'est que ces Insectes, souterrains d'habitude, ont besoin de percevoir la lumière en certains cas ; ils peuvent en effet passer sous le sol des racines d'un cep ;1 celles d'un autre, et même sortent de terre, se promenant à la surface. On en voit par les jours

PHYLLOXERA

PHYLLOXERA

<le chaleur, en so couchant à plat sur la terre ou en examinant les mottes entourant les ceps ; les phylloxéras se. rendent ainsi d'un cep à, un autre, par les fontes de la terre desséchée, et ceci explic|uo l'agrandissement graduel des taches. D'autre part l'insecte porte, eu avant de la tête, deux furies antennes, organes de l'odorat et de l'ouio. Elles ont trois articles, les deux premiers gros et courts, le troisième en massue allongée et dont l'extrémité est taillée en biseau obli(|ue. Enfin un bec •ou rostre grêle se recourbe sous la tête, articulé, analogue au suçoir avec lequel la punaise des lits perce notre peau. Deux pièces internes accolées forment une soie centrale, deux autres extérieures constituent une gaine, et la sève de la racine monte par capillarité dans l'e-space intermédiaire. Les phylloxéras des racines demeurent continuellement fixés en place par ce suçoir, dont le premier tiers s'enfonce dans la racine (fig. G). Sou-

Fig. 6. — Phylloxéra de pi-ufil, suçant une racine.

■vent, au microscope, on voit trois soies grêles divergentes sous la tôte du phylloîséra; c'est la soie centrale et ses deux valves qui se sont disjointes. Les pattes sont courtes et grêles.

La mère pondeuse, ainsi fixée, pond en petits tas, autour d'elle, des œufs ellipsoïdes, d'abord •d'une couleur d'un beau jaune soufre, puis prenant peu à, peu une teinte grisâtre et enfumée, ayant 0'"",ï4 de long sur 0""", l'i de large, avec deux points rouges à un bout, visibles au microscope ; ce sont les yeux de l'embryon qui s'est formé à l'intérieur. Au bout de huit jours environ sort de cet oeuf une larve ressemblant, sauf la taille, b la mère pondeuse; car le phylloxéra appartient aux insectes à métamorphoses incomiplètes. Les petites larves sont d'un jaune un peu verdàtre. Elles sont d'abord errantes et agiles; on les voit se promenant sur les radicelles, remuant vivement les pattes, et surtout les antennes, qu'elles élèvent et abaissent akernativeraent l'une après l'autre ; on dirait que ce sont des béquilles dont elles s'aideraient pour marcher. Au bout de trois ou quatre jours, la petite larve a choisi sa place, enfonce son rostre dans la racine, et, dos lors, demeure stationnaire. Les larves subissent trois changements de peau, distants entre eux de trois à cinq jours; tant qu'elles restent larves et infécondes elles demeurent plus étroites que les mères pondeuses et dépourvues de tubercules saillants sur la face dorsale. Au bout de vingt jours environ chaque larve est devenue une mère pondeuse adulte, donnant à peu près une trentaine d'œufs. Les pontes se succèdent pendant toute la belle saison, 2* Partie.

et i dos intervalles assez variables, courts si la saison est sèche et chaude, plus éloignés quand le temps devient froid ou pluvieux. On évalue à huit en moyenne le nombre des générations de l'année ; ce qui, h trente teufs par mère pondeuse, produit en octobre une postérité do vingt-cinq à trenta millions de sujets (le calcul ne peut avoir une rigueur mathématique, car il y a des morts accidentelles) pour un seul sujet de printemps. Ainsi s'explique la progression effrayante de la maladie phylloxérieniie.

A la fin de l'automne, plus tôt, plus tard, suivant l'année, aux premières gelées blanches intenses, les femelles cessent de pondre des œufs et meurent. Un grand nombre de petites larves, fixées aux racines par leur rostre, demeurent engourdies pendant tout l'hiver. Elles sont difficiles à voir, aplaties, ridées et brunâtres, se confondant par la couleur avec celle de l'écorce de la racine, entre les fentes de laquelle elles adhèrent, ne prenant pas de nourriture. Si on porte ces racines dans une chambre chaude, on s'aperçoit que ces petits phylloxéras font de légers mouvements, preuve qu'ils étaient seulement on torpeur. Au printemps, h une époque variable suivant le climat, ils se renflent d'abord, signe qu'ils ont aspiré de nouveaux sucs; puis, de leur peau fendue le long du dos, sortent des larves jaunes et dodues, dont la nouvelle peau molle est très absorbante; c'est par conséquent une époque très j favorable pour employer les agents insecticides et j tenter, sinon de détruire, au moins de diminuer j très fortement la désastreuse engeance. L'existence de ces larves d'hiver, à peau en quelque sorte durcie et cuirassée contre le froid, nous fait comprendre qu'il n'y a aucune chance de destruction du phylloxéra par le froid de nos hivers, même les plus rigoureux, et, sous ce rapport, on peut dire que l'expérience de l'hiver I.s7y-I880 a été concluante. Nous avons du reste établi, par des expériences directes, au moyen de mélanges réfrigérants, que les larves d'hiver du phylloxéra supportent sans périr des abaissements de température de — 8° à — 10° centigr. Or, e'i raison de sa très mauvaise conductibilité, le sol demeure toujours à. une température supérieure h zéro, à. une profondeur moindre que celle où végètent les racines des vignes chargées de phylloxéras. En thèse générale, il règne une erreur répétée partout, et que les instituteurs doivent chercher à détruire, c'est que les hivers froids tuent les insectes nuisibles et nous en débarrassent. Le froid tue très bien les plantes, immobiles par nature ; mais les insectes savent s'abriter par instinct pour échapper à ses rigueurs, et nous ne craignons pas d'affirmer que les hivers froids, loin de faire périr les insectes, fortifient leur race.

2° FemHtes de tni'/ralion, ailées et roslrées. — Si le phylloxéra ne possédait que la forme privée d'ailes que nous venons de décrire, il aurait cessé de ravager nos vignobles depuis longtemps. On aurait en effet circonscrit les taches par des tranchées remplies de coaltar, et on aurait, à l'intérieur, arraché les vigLies et empoisonné le sol. Malheureusement pour nous, la nature, ainsi qu'elle le fait po\ir beaucoup d'espèces de pucerons, semble avoir prévu le cas où le phylloxéra des racines, ne pouvant se propager sur la terre à, de grandes distances, eut été exposé à périr par majique de nourriture, après avoir épuisé et détruit un vignoble. A mesure que, la chaleur augmentant, les sujets sans ailes des racines se multiplient en conséquence, quelques ind vidus ont comme un instinct que la nourriture pourrait faire défaut aux colonies souterraines. En effet, certaines femelles pondeuses s'allongent et laissent apercevoir sous la peau des rudiments de fourreaux d'ailes. Une quatrième mue s'opère et donne

PHYLLOXERA

PHYLLOXERA

igsue ù une iijraplie, tuberculée comme la mère pondeuse, plus allongée et môme un peu étranglée en son milieu, pourvue aussi d'un long rostre, portant sur les côtés du corps deux moignons noirs, fourreaux des ailes supérieures, et deux plus petits en dessous pour les ailes inférieures, lisibles si on écarte les premiers Ifig. 7). Ces

- NjmpI

nymphes, d'où naîtront les pliylloxcras ailés, se montrent surtout sur les renflements des radicelles, montent peu à peu au pied du cep, près de la surface du sol et sortent même au dehors. Alors le cinquième changement de peau s'opère, et les femelles migratrices apparaissent, fécondes sans le concours de mâles, comme les femelles sé'lentaires des racines. Elles ressemblent un peu à de microscopiques cigales, avec quatre grandes ailes, claires et irisées, les antérieures bien plus longues que le corps, un peu enfumées au bout, où oUes sont larges et arrondies, les postérieures plus étroites et plus courtes. Les fortes nervures de ces ailes montrent que ces femelles sont de bons voiliers, malgré leur petite taille, environ un millimètre, un peu plus grande par conséquent que celle des femelles sans ailes des racines (fig. 8). Si, dans un grand bocal de verre, on met des racines de vigne ponant des nymphes, on ne tarde pas i voir éclore des femelles ailées, volant comme une flèche d'une paroi à l'autre du bocal. On comprend tout de suite que ces femelles peuvent soutenir à l'air libre un vol de grande étendue, et que cette forme est celle de la propagation du phylloxéra à grande distance. Avec l'aide des vents, elles vont tomber à 8 ou 10 kilomètres de leur point de départ, et c'est là l'extension normale annuelle de la maladie phylloxérienne; mais le transport peut être par accident bien plus rapide, au njuyen des vents violents, à l'aide des véhicules de toute sorte, pampres d'enveloppe, raisins, voilures et wagons, l'homme même, tous les objets sur lesquels ces femelles seront posées. Ainsi s'expliquent ces foyers phylloxériques d'avant-garde, à distances considérables des vignobles d'invasion générale.

Il était nécessaire «lue ces femelles de migration fussent capables de voir les vignes au loin et tout autour d'elles, afin de se diriger vers les lieux propices. Klles sont luunies d'yeus de trois espèces : latéralement leur large tête porte deux gros yeux noirs, k nombreuses facettes, appareil de vision panoramique, télescopes en tous sens pour les distances éloignées ; puis, pour les visions rapprochées, les mêmes yeux à trois facettes que les insectes des r.icines, et en outre, au-dessus de la tête, trois yeux simples ou stcmraates. Le corps

Fig. s. — Femelle ailée, vue en dessus.

de ces femelles ailées est plus grêle que celui des femelles des racines, les pattes et les antennes plus longues ; leur couleur est d'un jaune terne, avec une bande brune sur le dos.

C'est de juillet en septembre que ces femelles ailées, par les jours de beau temps et de chaleur, s'abattent sur les pampres, toujours par essaims très nombreux en individus, fait important dont nous verrons la signification. Elles sont munies d'un rostre, plus court que celui du phylloxéra des racines, au moyen duquel elles sucent les organes aériens des vignes, jeunes feuilles et boiirgeons. C'est dans leur duvet que, le plus souvent, elles pondent, sans concours de mâles, un petit nombre d'œufs, ceux-ci de deux grandeurs, d'abord d'un blanc jaunâtre translucide, puis plus jaunes ; les gros œufs ont (i»",4Û de long sur ti'"",20 de large, les petils 0"",2e sur 0"'",I3. Si la saison est plus avancée, c'est sous les écorces exfoliées des ceps que ces femelles ailées font leur ponte, et sur le sol même par les temps humides et froids.

3» Sexués, mule et femelle, sans ailes et sans rostre. — Des petits œufs précédents naissent des mâles sans ailes, difiérence complète entre les Phylloxériens d'une part, les Pucerons et les Cochenilles de l'autre ; des gros œufs naissent des femelles, aussi sans ailes. Ces phylloxéras sexués des deux sortes, éclosant en général au commencement de septembre, n'ont pas de rostre, qui est remplacé par un court tubercule, ni de tube digestif (fig. 9 et 10); aussi, de même qu'un assez grand nombre d'insectes, tels que les papillons du ver à soie, les éphémères adultes, etc., ces sexués ne prennent aucune nourriture et ne vivent que quelques jours, uniquement consacrés à la reproduction. Toujours errants, ces miles et ces femelles, très petits, comparables à des avortons, courent çà et là sur les ceps, se recherchent et s'accouplent.

PHYLLOXÉRA — 1387

PHYLLOXERA

iifs mâle et femelle (le lii fe-

Fig. 10. — Sejiué femell

On comprend pourquoi la migration des femelles ailées a eu lieu par essaims considérables. Il était nécessaire rjue les sexués sans ailes, ne pouvant par conséquent se transporter qu'à faible dislance, se trouvassent h la fois, en grand nombre, sur les mêmes ceps, pour qu'il y eut chance de reproduction. La femelle sexuée n'a qu'un seul œuf, mais énorme par rapport à son corps et dont elle est toute gonflée peu de jours après l'accouplement. Elle pond cet œuf d'hiver entre les exfoliations de l'écorce, où il est maintenu par un petit crochet situé à un de ses bouts, toujours i l'air et sur le cep seul, point capital. En eff'et l existence de cet œuf, desUnc à passer l'hiver, eût été fort compromise s'il eût été pondu sur les feuilles, qui tombent à l'arrière-saison et que le vent disperse. Il est cylindroide, arrondi aux deux bouts, plus allongé que les trois formes d'œufs des femelles vierges, non plus jaune, mais d'un vertolive, tout piqueté de noirâtre, de sorte qu'il est fort difticUe à apercevoir entre les fentes de l'écorce. La mère meurt bientôt après sa ponte et devient d'un brun-rougeâtro, toute ridée et ratatinée (lig. 1 1). De l'œuf unique de la femelle sexuée naît au printemps, vers le mois d'avril ordinairement, un phylloxéra sans ailes, h. très long suçoir, ayant àl'ifltérieur beaucoup d'œufs. Le cycle phyl-

- oEuf ail.

la poQte.

loxérien se trouve renouvelé pour un grand nombre de générations par l'éclosion de ce sujet printanier, né selon les lois animales ordinaires. Une partie de sa descendance gagne immédiatement les racines et donne les mères pondeuses, souterraines et sans ailes de la première phase. D'autres rejetons do l'œuf d'hiver se portent sur les feuilles de la vigne, et leurs succions font naître à la face inférieure des feuilles des galles en forme de cupules, profondes de 2 à 3 millimètres, et dans chacune desquelles se loge une mère pondeuse sans ailes entourée de ses œufs. On a môme vu en provenir des nymphes et des femelles ailées de migration. Remarquons que ces phylloxéras des galles sont tout à fait pareils à ceux des racines, et qu'on a pu, par expérience, les faire passer sur les racines et réciproquement. Ces galles à phylloxéras, analogues aux galles où so logent diverses espèces de pucerons, sont très nombreuses sur les feuilles des vignes américaines, mais rares sur nos vignes, où elles disparaissent peu à peu c|uand la chaleur devient intense, soit que leurs phylloxéras passent sur les racines, soit qu'ils meurent par la dessiccation des galles.

Pour terminer cette longue et difficile entomologie du phylloxéra, nous devons dire un mot de la réapparition d'été, phénomène où quelques personnes avaient cru voir une nouvelle phase de cette espèce multiforme. On observe subitement, lors des grandes chaleurs de juillet, des phylloxéras dans les vignobles soumis aux traitements insecticides dont nous parlerons et qu'on pouvait croire à l'abri du mal, au moins pour plusieurs années. Leur origine tient i diverses causes : il y a des phylloxéras sans ailes, des vignobles voisins non traités, sortis de terre par les chaleurs et que le vent qui les balaie pousse sur les vignobles soumis aux opérations; d'autres proviennent de quelques sujets isolés qui échappent toujours aux traitements insecticides, môme à une submersion de cinquante jours, et à qui la chaleur donne une fécondité extrême ; enfin un certain nombre de ces nouveaux insectes des racines proviennent des œufs d'hiver pondus sur les ceps, parties dos vignes qui ne reçoivent pas les iasocticides réservés d'ordinaire aux racines et qui sont au-dessus de l'eau dans les traitements par submersion.

Orif/iiie du PliylloxJra. — 11 importe beaucoup que les instituteurs aient soin de détruire cette opinion erronée que le phylloxéra s'est montré

PHYLLOXERA

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plus d'une fois sur les vignes k d'anciennes époques, et qu'il a ensuite, disparu de lui-même, confiant optimisme eu rapport avec U par.-sse et l'avarice et qui dispense de rien faire. Le pliylloxéra est un insecte américain; il parait provenir, comme lieu de sa première origine aux Etats-Unis, des vignes sauvages naturelles de l'ouest, dans la région du Colorado, et s'est propagé sur les vignes américaines cultivées en vignobles et qui sont d'autres espèces que notre vigne; deiiuis une vingtaine d'années il a fait périr en Amérique un grand nombre de cépages, ne respectant que quelques espèces dites résistantes, h ',bois des racines plus dur que dans la vigne d'Europe et dont le chevelu des racines se régénère en bien plus grande abondance. On a prétendu que ce sont des vignes d'Europe qui ont donné le phylloxéra h l'Amérique, d'où il nous serait revenu ; une récente observation réduit à néant cette hypothèse. A l'isthme de Panama, dans des forêts sauvages, très loin de tout vignoble, sans communication avec l'Europe, on a trouvé sur une vigne spontanée, en liane grimpante, le pliylloxéra, identique à celui des vignes cultivées dans les deux mondes. Le phylloxéra a été importé dans les serres d'Angleterre et en divers points de la France, dès que la facilité des transports a permis aux pépiniéristes de faire venir des vignes américaines, enracinées et en caisses, au lieu des boutures d'autrefois, qui arrivaient souvent mortes et desséchées.

Les vignes importées d'Amérique ont amené en France la maladie phylloxérienne, en deux centres originaires d'infection bien distincts, l'un dans le S.-E. , l'autre dans le S.-O. Le premier, qui remonte environ à ISà'i comme première constatation du mal, se trouve non loin de Tarascon, au plateau de Fujaut, près Roquemaure, dans le Gard ; un autre point de départ du mai apparaît en 18C6, dans la Gironde, tout près de Bordeaux, dans les vignes des palus de Floirac ; depuis ces époques le mal a été en progression continuelle. Aujourd'hui plus de quarante départements sont atteints, à divers degrés, y compris la Corse; dans les pays voisins le mal a gagné les provinces rhénanes, la Suisse, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Les causes sont variables, soit le transport, par les moyens que nous avons indiqués, des femelles ailées, soit l'introduction imprudente de vignes américaines infectées chez des pépiniéristes, soit celle de plants de la vigne ordinaire provenant de pays contagionnés.

Le Phi/tloxéia cause directe et unique de la maladie des viijnes. — Beaucoup de [lersonnes, ne comprenant pas les immenseu effets que peuvent produire les petites forces agissant simultanément, se refusent à admettre les désastres produits par les insectes, qui sont les véritables fléaux du règne animal. Au lieu d'une cause simple, directe, unique, bien des gens, surtout ces prétendus ;»nticieiis qui ont fait et font encore tant de mal dans la question du phylloxéra, mettent une étrange obstination à chercher le complexe, l'obscur, le mystérieux. On prétend que le phylloxéra, au lieu d'être l'agent direct et primordial de la maladie, n'en est au contraire que V effet, ou, tout au plus, un symptôme, une cause accessoire peut-être venant ajouter son action à d'autres causes, les seules importantes et dont elle dérive. Sf ulement on s'entend peu sur ces causes premières et réelles. Pour les uns c'est l'humidité, pour les autres la sécheresse ; le sol est épuisé par une culture séculaire do la vigne k la même place ; le précieux arbuste, toujours reproduit par bouture ou par marcotte et non par semis, a dégénéré, comme si les lois de reproduction des êtres supérieurs s'appliquaient nécessairement aux végétaux On a invoqué la pratique, se généralisant de plus en

' plus, de la taille courte, etc. Pour tout esprit qui consent à raisonner de bonne foi, rien de sérieux dans ces préjugés. Depuis plus de vingt ans que la

' maladie phylloxérienne existe en France, on a

! passé par toutes les alternatives météorologiques.

i L'expérience a fait voir que l'insecte attaque les

1 vignes de tous les cépages, jeunes ou vieilles, dans tous les sols, argileux, siliceux ou calcaires, qu'il se porte sur les lambrnsques, ou vignes de semis

! accidentel, comme sur les vignes cultivées, qu'il atteint également la vigne plantée en terre d'ancien vignoble ou en terre vierge, les vignes de bouture, comme celles de couchage, de taille longue ou courte, etc. On n'a pas réfléchi que les vignes de Bourgogne, par exemple, restaient parfaitement saines, alors que celles du Vaucluse et du Gard

I étaientdélruites, et cependant toutes les influences étaient les mêmes de part et d'autre ; seulement le pliylloxéra n'existait pas sur les premières, tandis que ses légions couvraient les racines des secondes. Dans tous les laboratoires d'expérience, on a pris des vignes en pots, et contre leurs racines, on a placé des fragments de racines portant des phylloxéras. Au bout de peu de jours, les insectes ayant passé sur le nouveau sujet, on a toujours vu paraître les renflements des radicelles; puis la racine pourrit, les feuilles se flétrissent et se sèchent, la vigne d'essai meurt; il y a Hi inoculation du mal, à la façon d'une personne à la peau saine qui se coucherait contre un varioleux. L'inverse

j s'est également produit; dans les serres à raisin d'Angleterre, on a déplanté dos vignes souffrant du phylloxéra, on a brossé et lavé les racines avec un soin minutieux, de façon à enlever tous les insectes, et les vignes, remises en terre, ont repris leur vigueur et leur santé. Il y a là une dé-

1 monstration par directe et par réciproque, comme en géométrie. Nous ne craignons pas de dire que les instituteurs qui chercheront à détruire la funeste doctrine du Phyllo.rira-effet rendront un véritable service au pay-. Elle encourage toutes les sourdes résistances aux prescriptions légales, elle confirme les vignerons dans leur apathie, en attendant nous ne savons quel secours naturel ou surnaturel.

Destruction du Phylloxéra. — Le détestable préjugé que nous venons de flétrir a empêché d'arrêter la maladie de la vigne à son début, iiar un arrachage énergique et forcé, comme on .igit contre la peste bovine. U n'était possible qu'avec des foyers très restreints ; actuellement le mal est fait et'on ne détruira jamais complètement le Phylloxéra. Nous devons seulement chercher à vivre avec lui, à le limiter dans sa propagation, de sorte qu'il permette la vie et la récolte du vignoble. Cet état de tolérance ne sera obtenu que par une intervention énergique et continue de l'homme, comme il le fait depuis longtemps contre d'autres insectes importés malgré lui, tels que la punaise des lits, la blatte des cuisines, le puceron lanigère du pommier, etc. Ce sont les insecticides seuls, bien appliqués, qui peuvent nous permettre d'équilibrer les ravages du phylloxéra avec l'existence de la vigne, puisqu'il est parfaitement établi que le phylloxéra cause seul sa maladie.

Le procédé le plus efficace, selon la découverte de M. Faucon, est la submersion complète du vignoble phylloxéré, pendant au moins quarante jours, l'eau dépassant d'environ un décimètre le collet des ceps. Cette submersion s'obtient par dérivation des cours d'eau naturels ou des canaux, ou par des machines élévatoires; malheureusement elle est impossible pour la plupart des vignobles, et des meilleurs, c|ui sont si tués sur les coteaux, loin des rivières et ruisseaux, des étangs et des sources. Le meilleur agent chimique contre le phylloxéra des racines est le sulfure de carbone, liquide très inflammable, dont l'emploi exige certaines précau-

PHYLLOXERA

PHYLLOXERA

lions. La méthode la plus générale de s'en servir est l'usage direct, comme le fait la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranoc, sons la direction de MM. les professeurs Marion et Catta, (jui ont formé des moniteurs que la Compagnie met à la disposition des propriétaires. Le sulfure de carbone est contenu et dosé à l'intérieur d'un pal en fer, qu'on enfonce dans le sol autour des ceps (pal injecteur Gastine). On fait ordinairement quatre trous de pal par mètre carré, avec G il 10 grammes de sulfure de carbone par trou, de façon à donner, en deux fois, à huit jours de distance, 35 à 40 grammes de vapeurs toxiques, diffusibles dans le sol, par mètre carré. La seconde application, huit jours après la première, est destinée à tuer les insectes ccliappés à la première. Le mois de mars est une e.'ccellente époque pour ce traitement, alors que les phylloxéras d'hiver vont se réveiller; parfois, dans les vignobles très attaqués, il est bon d'opérer un second traitement en juin. Chaque traitempiit doit être suivi d'une riche fumure avec chlorure de potassium, pour fortifier la vigne. Les engrais sont absolument sans effet sur le phylloxéra ; mais il est certain par les faits et conforme aux prévisions rationnelles, qu'une vigne bien fumée, reproduisant aisément une foule de radicelles, résiste plus longtemps qu'une vigne en sol maigre et pierreux, aux succions mortelles du phylloxéra, destructeur du système souterrain, qui est comme l'estomac de la plante. Les traitements au sulfure de carbone ont déjà permis de mninteiiif en récolte suffisante beaucoup de vignobles.

Un de nos plus iflustres savants, M. J.-B. Dumas, s'est occupé de la destruction du phylloxéra avec une sollicitude patriotique. 11 a cherché un composé chimique, permettant au sulfure de carbone de se dégager lentement dans la terre arable, sous l'action de l'acide carbonique, qui y circule d'une manière incessante, et à laisser en même temps dans le sol un engrais potassique, si utile à la vigne pour former le tarirate de potasse ou crème de tartre du vin. Cette substance est le sulfocarbonate de potasse ; c'est du carbonate de potasse où le soufre remplace l'oxygène, et qui, en redevenant carbonate de potasse, met. en liberté peu il peu le sulfure de carbone. Les traitements au sulfo-carbonatede potasse s'opèrent maintenant dans les Charentes, la Dordogne, la Gironde, l'Hérault, sous la direction de M.Mouillefert. avec l'aide des appareils hydrauliques de M. Hembert, destinés à amener l'eau nécessaire. Le sol du vignoble est partagé par des bourrelets de terre en cuvettes d'un mètre carré, et on verse dans chacune de 40 à 50 grammes de sulfo-carbonate de potasse, mélangé à la quantité d'eau nécessaire (variable selon le sol et la sécheresse) pour imbiber complètement, à la profondeur des racines, le volume de terre infesté ; cette quantité peut varier de 8 à 15 litres par mètre carré; ensuite, pour pousser ii fond la solution toxique, on verse 10 litres d'eau pure. L'inconvénient capital du traitement au sulfo-carbonate de potasse est d'exiger l'emploi de l'eau.

Une méthode de destruction toute différente des précédentes est de s'attaquer à l'œuf d'hiver, qui est toujours sur les ceps et qui est l'origine première des colonies souterraines. Si on parvient à le détruire on préviendra le mal, ou du moins on en retardera longtemps l'invasion. C'est donc surtout aux vignobles non encore atteints sur les racines que s'appliquent les procédés de destruction aérienne de l'œuf d'hiver. On peut opérer mécaniquement par un décortiquage des ceps frottés avec un gant à mailles d'acier (gant Sabalé), en ayant grand soin d'enlever toutes les raclures d'écorce et de les brûler. Il est préférable, comme le font M. Boiteau près de Libourne et M. Prosper de

Lalitte, près d'Agon, de tuer l'œuf d'hiver sur les ceps un peu avant son éclosion, c'est-à-dire en février, mars ou avril, selon les climats, au moyen du badigeon suivant : huile lourde de houille 2 parties, carbonate de soude 1, eau pure 2: on fait bouillir pendant une heure à un feu doux, en remuant le mélange. On obtient ainsi les eaux mèi-rs qu'on conserve et (|u'on transporte dans des barriques usuelles. On mélange ultérieurement un litre de ces eaux mères avec neuf litres d'eau, et c'est ce dernier liquide qui sert à opérer le badigeonnage des ceps au pinceau. Il contient, sur 100 parties : huile lourde 4, carbonate de soude 2, eau pure 94. L'élément toxique est l'huile lourde, qui entre profondément dans l'écorce et qui, employée seule, tuerait la vigne. Comme ce mélange est instable et peu soluble, il doit être remué avec soin et longtemps dans la barrique à eaux-mères, toutes les fois qu'on y puise avec les bidons qui sont remis à chaque ouvrier.

Nous ne ferons que citer, pour mémoire, deux procédés mécaniques qui ont produit de bons efl'ets, mais qui ne sont applicables que dans des cas très particuliers. L'un est l'ensablement des ceps, l'insecte ne pouvant pénétrer entre 1 s grains de sable trop mobiles; l'autre est un tassement énergique du sol qui maintient l'insecte comme enfermé et sans pouvoir passer d'un cep à l'autre ou envoyer au dehors les essains de femelles ailées.

Beaucoup de viticulteurs ont placé leurs espérances sur des auxiliaires végétaux ou animaux. On a annoncé nombre de fois que des plantes cultivées intercalairement dans les vignes, plantes très variées du reste, attirent le phylloxéra sur leurs racines, en le détournant des racines do la vigne. On montrera souvent aux instituteurs des racines de graminées, ou de diverses plantes potagères, chargées de pucerons qui sont confondus avec le phylloxéra. Lesinstituteurs n'auront aucune peine à reconnaître l'erreur, avec les caractères détaillés que nous avons donnés, principalement ceux des antennes, et les figures qui accompagnent cet article. Le phylloxéra attaque exclusivement la famille végétale des Arnpélidées, représentée chez nous par une seule espèce, la vigne ou Vîtisvinifera. La circonstance la plus fâcheuse pour nous est l'existence de l'insecte sur les racines, à une profondeur souvent très grande. Il est soustrait par là aux influences atmosphériques, gelées, pluies d'orage, vents froids, etc., funestes àbeaucoup d'insectes aériens. Les entomophages internes (Iclineumons, Bracons, Chalcidiens), qui font périr beaucoup de pucerons ou de cochenilles, fixés aux tiges ou aux feuilles, ne pénètrent pas dans le sol et ne peuvent atteindre le phylloxéra des racines, tandis qu'ils sont nos meilleurs auxiliaires contre la pyrale de la vigne, dont la chenille, à l'air sur les feuilles, ne peut échapper à leurs recherches. Les carnassiers des profondeurs du sol sont des insectes rares; on a bien cité un myriapode, le Polyxène à queue en pinceau, comme destructeur du phylloxéra souterrain ; un acarieo, le Trombidion ou Araignée rouge des jardins, a été observé détruisant sur les bourgeons les femelles ailées; mais ces articulés sont bien peu nombreux. De plus, comment s'y prendre pour les multiplier à volonté et les répandre par légions sur chaque cep? La femelle ailée, qui vole rapidement et ne reste pas en place, comme un puceron sans ailes ou une chenille, se trouve hors de l'atteinte des entomophages, qui ont besoin d'un certain temps pour pondre à l'intérieur du corps d'un insecte, en perçant sa peau. Il ne reste contre elle que quelques insectes carnassiers de proie vivante et des oiseaux insectivores, dédaignant en général une aussi chétive proie. Tous ceux qui habitent la campagne savent

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combien peu on doit attendre d'auxiliaires aussi [ Il est bon de rappeler ces principes en parlant incertains et qu'il est impossible d'enrégimenter d'une science où ils ont été trop longtemps oncontre l'ennemi. bliés. Nous ne devons pas plus chercher l'essence

Tout récemment r|uelques personnes ont fondé de la vie que le physicien ne cherche celle de la de grandes espérances sur les cryptogames in- [ gravitation, le chimiste celle de l'affinité. Nous secticides. Nous connaissons tous cette épidémie devons seulement étudier ses manifestations et qui fait périr la mouche des maisons sur les murs chercher ses lois. Sa définition, nous la trouveet sur les vitres ; de son ven're gonflé sortent, en ronsdans ses phénomènes, sans la demandera son s'irradiant, des filaments blancs, répandant par- [ essence, nécessairement inconnue. tout des spores qui contagionnent d autres mou- Physiologie générale. — Les corps qui nous elles; un assez grand nombre d'insectes sont atta- entourent se groupent en deux catégories. Les quéspardesparasitescryptogamiques.D'aprèscela, ' uns sont immobiles, sans cesse semblables à euxon a pensé i un moyen de destruction du phyl- 1 mêmes, inertes, éternels si rien d'extérieur ne loxéra, en lui communiquant une aflection de ce vient les détruire, identiques chimiquement et genre, et on a prétendu, d'après des expériences ] physiquement dans leur masse entière. Ce sont révoquées en doute depuis, qu'en répandant sur , les corps bruts ou inorganiques. le sol des vignobles phylloxérés des infusions Les autres ont une forme déterminée, constant

contenant de la levure de bière, pareille, a-t-on dit, au cryptogame des mouches, on ferait périr de proche en proche les phylloxéras souterrains. Nous regrettons de combattre des illusions. Quelle quantité de levure de bière, en la supposant efficace, ne faudrait-il pas ? En outre les épidémies, soit animales, soit végétales, sont un des moyens de la nature pour limiter le nombre des individus d'une espèce; mais il estsans exemple qu'une épidémie ait fait disparaître une espèce enentier. Enfin les sporules de la levure ou d'autres crypto

ou évoluant suivant une loi constante; ils apparaissent, ils meurent; ils sont dans un état continu de renouvellement moléculaire. Enfin ils possèdent une faculté qui les fait, en quelque sorte, participer à la puissance ciéalrice, celle de produire des êtres semblables à eux. Ce sont les corps organisés, les élres vivanla.

Parmi eux, maintenant, une division naturelle se présente k l'esprit. Les uns, en effet, fixés au sol, reçoivent par des racines une nourriture qu'ils ne vont pas chercher ; ce sont les végétaux.

games sont des corps solides et non des gaz dif- Les autres, au contraire, se meuvent plus ou fusibles. Ils seront arrêtés par la terre, agissant moins librement dans l'espace, cherchent et saicomme un filtre, et n'arriveront pas aux insectes ; sissent leur proie, et sont doues d'une sensibilité souterrains. Notre conviction est qu'il n'y a ^ que démontrent leurs mouvements volontaires : ce d'efficace que les insecticides gazeux, les seuls sont les anî»m"X. • j- . j-o-

qui puissent traverser le sol en tous sens. Ces êtres vivants peuvent être étudies à diue-

Biblior/raphi". — En présence du nombre con- rents points de vue. Le classificateur, botaniste ou sidérable de travaux publiés sur le phylloxéra, ! zoologiste, étudiant leurs caractères extérieurs, nous ne pouvons que renvoyer les instituteurs à cherche à les grouper en un ordre méthodique notre peiit livre populaire : le Pla/lloxéra de la ' qui soulage la mémoire et présente comme un racvigne, 3' édit., Paris, Hachette et O', 1880. Ils y courci de la nature. L'anatomiste scrute leurs partrouveront la liste des meilleurs mémoires à con- lies profondes, découvre le plan gênerai qui a presulter, et le texte des lois, décrets et circulaires ] sidé à leur organisation, et les modifications mille les plus récents relatifs au phylloxéra; ils pour- I fois variées de son exécution. Le physiologiste va ront rendre de grands services en ce genre par plus loin; il recherche le rôle des parties quadis; leurs conseils et empêcher des résistances absur- tinguées l'anatomiste, il exarahie le corps vivante des, car, si chaque citoyen est supposé connaître l'étudié dans ses actes extérieurs comme dans ses la loi, en réalité presque tout le monde l'ignore, modifications intérieures : ce qui 1 interesse, ce [Maurice Girard. 1 n'est plus la structure, mais le rôle; ce n est plus

[Maurice

PHYSIOLOGIE. — La physiologie a pour objet l'élude des êtres vivants en action, et pour but la connaissance des lois qui régissent la vie.

Nous étudierons rapidement, d'abord, la physiologie générale, qui s'applique à tous les êtres vivants, puis nous résumerons i grands traits la physiologie spéciale des animaux voisins de l'homme.

Il semble que la physiologie ne parle pas à l'imagination. Elle ne dispose pas de l'infini dans le temps, comme la géologie, dans l'espace, comme l'astronomie. Sa grandeur réside dans la difficulté des problèmes qu'elle se pose, non dans les dimensions matérielles des choses. La vie est aussi difficile à expliquer dans les êtres microscopiques que dans les êtres gigantesques. Ses problèmes sont profonds : nutrition, sensibilité, mouvement, volonté. Ils conduisent l'homme aux plus hautes questions, jusqu'au seuil des causes premières.

Aussi, le physiologiste arrivé îi ces hauteurs doit se défier de son imagination. Il doit se contenter du comment et ne pas se demander pourquoi. Il doit se garder des idées théoriques préconçues. 11 doit marcher d un pas lent, mais sûr, et ne pas se lancer de prime-saut à la recherche des causes premières. Celles-ci nous sont interdites. Nous ne savons, a dit Pascal, que le milieu des choses: le commencement et la fin nous seront éternellement inconnus. Le physiologiste ne

plu. -

le plan, c'est la vie. Nous ne ferons ici que de la physiologie.

Et tout d'abord, cherchant, parmi tous ces phénomènes qui caractérisent les êtres vivants, celui qui est le plus général, celui qui appartient à tous, nous nous apercevons bien vite que ce n'est pas la sensibilité, que ce n'est pas le mouvement, puisqu'ils manquent chez les végétaux, que ce n'est même pas la faculté reproductive, puisque l'être organisé peut être considéré en dehors d'elle; mais que c'est cette nutrition, ce mouvement incessant, ce tourbillon qui sans cesse renouvelle chacune des parties du corps vivant, et nous serons amenés à prendre cette faculté pour base do la définition de la vie,

La vie, dirons-nous avec de Blainvilie, se caractérise par un double mouvement intestin de composition et de décomposition, que présente d'une manière continue sans se détruire, toute matière organisée, placée dans des conditions convenables. . .

Cette composition, cette décomposition, comment s'opèrent-elles? Sans aucun doute, suivant les lois de la physique et de la chimie générale. C'est une grande erreur, et mallieureusement encore enracinée aujourd'hui dans beaucoup d'esprits, que de considérer les corps vivants comme le siège de réactions spéciales et d'une chimie dite vivante. D'une manière plus générale, c'est une erreur de considérer la vie comme un agent mys-

doit S'occuper ni des origines^ni des destinées. 1 térioux, capricieux, défiant les règles et 1 expé-

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rieiice. Les phénomènes vitaux sont aussi nettement déterminés que ceu\ do la matière brute, accessibles, comme eux, àl'exporionce, réductibles comme eux en formules, on lois. Dans les corps vivants se passent des actes qni dépendent d'abord des lois générales de la matière, et le pliysiologiste doit tenir de celles-ci le plus grand compte. Un être vivant qui tombe obéit à la pe.santeur comme tous les corps bruts, et il est évident que le sang qui revient des pieds vers le cœur doit vaincre, entre autres obstacles, la gravitation qui tend il l'entraîner en bas. Lorsque nous dilatons notre poitrine p.ir une inspiration, l'air s'y précipite absolument comme dans un soufflet, suivant une loi physique bien connue. Les réactions cliimiquos se passent dans le corps comme liors du corps ; si l'on injecte dans une veine de l'amygdaline, dans une autre de l'émulsine, ces deux principes se rencontrant dans le sang, il se forme de l'acide prussique qui foudroie l'animal : la chose se passe dans l'organisme comme dans le verre d'un chipiiste. Toutes les manifestations de la vie, en un mot, s'opèrent suivant les lois physicochimiques de la matière. Mais ce qui caractérise la vie, c'est d'être l'excitant de ces phénomènes physico-chimiques. Le corps est le verre du chimiste, mais la vie est le chimiste même, qui prépare les conditions des phénomènes et les force ainsi à s'exécuter. Nous devons donc, dans l'analyse des propriétés de la matière organisée, distinguer des propriétés qui lui sont communes avec la matière brute, et des propriétés qui lui sont particulières et dont les premières sont, pour ainsi dire, les ministres, des propriétés vitales.

Revenons maintenant à notre caractéristique de la vie. Elle suppose pour l'existence et pour l'entretien de la vie deux éléments : 1° la matière sous forme organisée ; '2° des conditions extérieures et des milieux convenables.

Ceux-ci sont l'air, l'eau, des matières nutritives, un certain degré de chaleur et peut-être aussi d'électricité. Tout être vivant a besoin d'air, car il est manifeste que dans le vide les liquides qu'il contient disparaîtraient par évaporation ; de plus, le gaz oxygène que l'air contient est le premier moteur de toutes les moditications chimi"ques qui se prissent dans les êtres vivants. L'eau ou l'humidité est de même indispensable pour éviter la dessiccation. Les matières alimentaires interviennent nécessairement pour réparer les pertes incessantes des organismes, sans elles bientôt épuisés. Quant à la chaleur enfin, les limites dans lesquelles elle est compatible avec la vie sont fort étendues, et occupentplus de 120° de l'échelle centigrade.

Arrivons à la matière organisée. Sa composition chimique est des plus simples quant au nombre des éléments constituants, des plus complexes quant à leur arrangement. Parmi les soixante-cinq ou soixante-dix corps simples connus, quatorze ou quinze seulement entrent dans sa constitution, et quatre surtout : oxygène, hydrogène, carbone, azote, en forment la plus grande partie. Rare chez les végétaux, l'azote prédomine, au contraire, chez les animaux ; il entre dans la composition de la chair, du blanc d'œuf, de la gélatine, de tous les tissus. Les autres corps simples, soufre, phosphore, chlore, fluor, sodium, potassium, calcium, silicium, fer, manganèse, entrent pour une bien moindre part dans la constitution des corps organisés. Les matériaux qui forment ces corps par leur groupement peuvent être rapportés à quatre types:

1° Sels, eau ; 2» matières féculentes et sucrées; 3« matières huileuses et grasses ; 'i° matières albuminoïdes (chair, blanc d'œuf, gluten).

Mais laissons ces questions anatomiques, et tirons-en seulemeiit cette conséquence physiolo- .gique q ue les éléments, pour être complets, doi-

vent contenir tous ces matériaux en quantité suffisante.

Au point de vue physique, la matière organisée est demi-solide ou liquide. Quelquefois elle s'incruste de matière calcaire et devient complètement solide. La matière demi-solide se présente sous des apparences de figure déterminée, les parties liquides sont répandues dans les cavités qu'elle forme ou dans leurs intervalles. C'est cet agencement des particules qui constitue l'organisation, et l'on comprend aisément que la vie n'aurait pu exister ni dans une matière entièrement liquide qui se répandrait aussitôt, ni dans une matière entièrement solide, où les changements moléculaires n'auraient pu s'opérer.

La matière organisée est donc, en somme, composée de particules figurées dans lesquelles ou entre lesquelles se trouvent des liquides. Ce sont ces particules, de forme déterminée et qu'on ne peut diviser sans leur faire perdre leurs propriétés, qu'on appelle les éléments anatomiques., c'està-dire les deriiières parties dans lesquelles l'analyse anatonio-physiologique puisse réduire lus corps vivants.

Ces particules, ces éléments se présentent ii nous tantôt sous la forme de cellules, tantôt sous celle de fibres, tantôt sous celle de tuhes. Leur juxUposition constitue les tissu--, leur groupement sous des formes à fonctions déterminées constitue les .ji-ijanes.

Le corps vivant peut être comparé i une république dont les éléments anatomiques seraient les citoyens. Ei Je même que les citoyens remplissent tous une fonction déterminée, de môme les clé ments ont chacun leur rôle ; de même aussi qut, tous les citoyens, quels qu'ils soient, présentent ceci de commun qu'ils naissent, vivent, se nourrissent et meurent, de môme tous les éléments ont ce caractère commun de naître, de vivre, de se nourrir, de mourir.

Il est des êtres inférieurs qui ne paraissent composés que d'un seul élément anatomique fsphœrococcus, amibe). Ces êtres sont tous aquatiques, et cet élément, baignant dans un liquide chargé de particules élémentaires, les absorbe directement. Mais chez presque tous les êtres vivants, le nombre des éléments anatomiques est immense ; aussi ne peuvent-ils entrer tous directement eu rapport avec les milieux extérieurs ; alors c'o'ît dans le liquide qui les baigne, sève chez les végétaux, siing chez les animaux, qu'ils puisent tout ce qui est nécessaire à leur nutrition ; ces liquides ont donc mérité le nom de milien intérieur que leur a assigné Claude Bernard, par comparaison et par opposition avec les milieux extérieurs. Gomment s'entretiennent ces liquides eux-mêmes, c'est ce que nous verrons plus tard.

L'absorption constitue le premier temps de la nutrition. Les matières absorbées subissent dans l'intérieur de l'élément des modifications chimiques qui varient avec la nature de celui-ci ; une partie y est conservée, emmagasinée, c'est là ce qu'on appelle l'assimilation ; l'autre est rejetée au dehors {c'cs\,\\ l'excrétion], et tombe dans le liquide ambiant, milieu intérieur ou milieu extérieur. Enfin, après un certain temps, 'es matériaux assimilés subissent une série de modifications chimiqups (désassimilalion), s'épuisent, deviennent inutiles et même dangereux à l'élément dont ils faisaient partie, et sont ii leur tour rejetés, eux aussi, au dehors. Absorption, assimilation, désassimilation, excrétion, tel est le cercle que parcourent les matériaux de l'organisation, tel est l'ensemble des phénomènes de la nutrition. An milieu de ces changements dans ses molécules constituantes, l'élément reste le môme dans sa forme et dans ses propriétés; il constitue comme une espèce immuable; il est comparable an lit

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d'nn fleuve dans lequel s'écoulent sans cesse des eaux toujours renouvelées, et qui ne change pas cependant.

La propriété àemitrition appartient, avons-nous dit, à tous les éléments; mais cliez tous elle ne se fait pas avec la même activité; chez tous le cercle n'est pas parcouru avec une rapidité égale. Bien mieux, dans le même élément cette rapidité varie aux différents moments de son existence. On peut enfin la ralentir expérimentalement, ou même supprimer complètement le mouvement nutritif. Si l'on fait en sorte que l'élément use peu, il n'aura besoin que d'une faible réparation; c'est comme une sorte do budget dont l'équilibre peut . être obtenu à tous les degrés de la recelte et de la dépense, et ce budget, si la dépense est nulle, peut être amené à zéro.

Voici la preuve expérimentale de cette proposition étrange. 11 existe dans la mousse des toits un animal fort petit, mais d'organisation fort complexe , qu'on nomme rotifère. Spallanzani a le premier constaté que ce petit animal peut être impunément desséché, et qu'une fois desséché, il peut être conservé pendant un temps indéfini, immobile, semblable à un grain de sable. Si ensuite on lui rend de l'eau, on le voit s'agiter, et revenir à la vie. 11 est évident que par la dessiccation ménagée, tout échange chimique, toute usure do matériaux a été supprimée dans ses éléments, et qu'il a pu vivre ainsi sans aliments, d'une vie sans manifestation.

Il ne faudrait pas croire que ce phénomène de la vie élémentaire indépendante est propre aux animalcules dits inférieurs. Les éléments anatomiques des êtres les plus rapprochés de nous présentent les mêmes phénomènes. Prenez un organe d'un mammifère, coupez la queue d'un rat, par exemple, où se trouvent des éléments nombreux osseux, cartilagineux, tendineux, nerveux, et laissezla dans un tube pendant cinq ou six jours d'hiver. Elle ne mourra pas pour cela, car si vous l'introduisez par un petit trou sous la peau d'un autre rat, vous la verrez^revivre, et même grandir, si elle n'a pasencoie acquis son développement.

J'insiste sur cette dernière expérience, parce qu'elle va nous permettre de proclamer une grande vérité, à savoir l'unité physiologique.

Les manifestations de la vie sont infiniment variées, quand on les examine dans les expressions fonctionnelles; je m'explique. Une plante est fort différente d'un animal; un insecte est fort différent d'un poisson ; un ver de terre fort difiérent d'un homme, et cependant, entre les propriétés des éléments anatomiques de ces êtres si divers, il y a identité complète, sauf de simples variations en plus ou en moins. C'est dans la façon dont sont mises en œuvre ces propriétés, c'est dans le nombre proportionnel de certains éléments, dans leur mode d'agencement, soit entre eux, soit avec d'autres éléments, c'est en un mot dans la constitution et les fonctions des organes que gisent toutes les différences. Ceci nous montre qu'."! côté ou plutôt au-dessus de la physiologie spéciale à chaque être vivant, existe une physiologie générale qui embrasse les vérités vraies partout et qui domine l'autre, laquelle ne révèle que des vérités relatives à l'être qu'elle étudie. Cette physiologie générale est une conquête toute moderne. Entrevue par Haller au siècle dernier, oubliée depuis par les physiologistes classiques, elle n'a pas eu dans ce siècle d'adepte plus fervent et plus fécond en découvertes que mon' illustre maître, Claude Bernard.

C'est de cette physiologie générale que nous nous occupons ici, et c'est à elle encore qu'appartient ce que nous allons ajouter, touchant les propriétés des éléments anatomiques. La nutrition est, à proprement parler, la seule qui leur soit

commune à tous; sans elle ils ne seraient pa» vivants. Mais un grand nombre possèdent encore la propriété vraiment merveilleuse de donner naissance à des éléments semblables à eux. Cette naissance se produit de trois manières différentes :

1° Cloisonnement d'un élément anatomique, segmentation : l'oeuf des animaux nous en présente le plus complet exemple;

2° Gemmation, formation à la surface de l'élément d'une saillie qui bientôt s'individualise par une cloison, et reste adhérente à l'élément primitif;

3° Bourgeonnement, formation d'une saillie qui se sépare de l'élément primitif pour vivre d'une vie indépendante.

Plusieurs anatomistes pensent que ce ne sont pas là les seules manières de naître des éléments anatomiques. On les voit encore, affirment-ils, apparaître de toutes pièces, au soin des liquides vivants, dans le voisinage des autres éléments; ce sont alors des granulations qui se groupent, et qui s'entourent ensuite d'une membrane enveloppante, laquelle délimite l'élément.

Ces détails sont arides et semblent oiseux ; mais à ces différents modes de la génération des éléments correspondent autant de modes de la production des êtres complets ; en outre, cette étude est indispensable pour bien comprendre la façon dont doit être posée la question de la génération, si malheureusement nommée spontanée. Si celleci existe, elle correspond à la naissance de toutes pièces, au sein d'un liquide qu'on croyait mort, et qui serait en réalité vivant.

Enfin si l'on songe que c'est par cette génération des éléments que s'accroît l'être vivant, si l'on songe que c'est cette génération exagérée qui donne naissance à l'horrible cancer, on ne regrettera sans doute pas le temps consacré à son étude.

Ce que nous avons dit jusqu'à présent s'applique à tous les éléments anatomiques, qu'ils appartiennent à des végétaux ou à des animaux. Comme les éléments végétaux ne possèdent guère que ces propriétés de nutrition, de reproduction, on a donné à celles-ci le nom de propriétés végétatives ; celles dont il nous reste à nous occuper sont désignées sous le nom de propriétés animales, parce que les animaux seuls les possèdent à un degré marqué.

Mais avant d'en arriver à ce qui est spécial aux animaux, il est nécessaire de dire quelques mots d'un antagonisme qui existe en apparence entre les cellules animales et les cellules végétales. On sait, depuis Priestley, que les végétaux exposés au soleil décomposent l'acide carbonique de l'air,fixent le carbone et exhalent l'oxygène, tandis que Lavoisiera montré que tous les animaux absorbent l'oxygène et forment l'acide carbonique.

Cet antagonisme tient exclusivement .^ la présence de la matière verte, de \aclilorophglli'. Lesvégétaux sans matière verte, comme les champignons, les parties de végétaux dépourvues de celte matière, comme les bois, les fleurs, les fruits, se comportent comme les animaux. Inversement, certains animaux microscopiques, qui contiennent de la chlorophylle, décomposent l'acida carbonique. Enfin, les parties vertes elles-mêmes absorbent de l'oxygène à l'obscurité.

L'antagonisme n'existe donc pas entre les animaux et les végétaux, mais bien entre les cellules à chlorophylle et celles qui n'en contiennent pas.

Arrivons maintenant à des propriétés spéciales aux cellules animales.

Les animaux nous présentent, en effet, un phénomène remarquable et à eux spécial ; ils se meuvent, et ce mouvement, dont à peine quelques traces se voient chez les végétaux, leur permet de lutter contre les influences extérieures cnne.

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mies, de se diriger au gré d'une faculté supérieure qui leur est propre, do la volonté. Or, ce mouveniont résulte de changements dans la dimension des parties de leur corps, et en dernière analyse d'une propriété élémentaire qu'on nomme la contractilité.

Aux plus bas degrés de l'échelle zoologique, chez ces animaux gélatineux, homogènes, qui ne semblent composés que d'un seul élément, cet élément possède, avec les propriétés végétatives, les propriétés animales. La matière glutineuse qui les constitue est en effet douée de contractilité, et sans cesse change de forme sous les yeux de l'observateur. Chez certains animaux plus élevés, on signale encore plusieurs éléments anatomiqnes doués d'une contractilité obscure. Mais chez eux déjà la contractilité vraie, si j'ose dire, est l'apanage d'un seul élément, de Vêlement musculaire; celui-ci possède par lui-même la propriété contractile, il la manifeste sous toutes les excitations et ne l'emprunte à aucun autre élément.

La question que je tranche ici d'une manière aussi nette a été bien souvent un sujet de controverse. On s'est longtemps demandé si la contraction du muscle n'était pas due h l'action du système nerveux dont nous verrons les éléments entrer en contact avec lui. Déjà l'observation des animaux inférieurs était contraire h cette idée. Une expérience do Cl. Bernard dont je parlerai dans un moment la détruit complètement.

Mais si le muscle se contracte en vertu d'une propriété qui lui est spéciale, il ne saurait par lui-même et spontanément mettre cette propriété en jeu. Il ne la manifeste que sous l'influence d'un excitant. Cet excitant, il le reçoit dans l'état de vie par l'intermédiaire d'un élément spécial, de l'élément nerveux. Mais cet élément nerveux n'a pas non plus la spontanéité. L'excitant qu'il apporte au muscle, il le reçoit lui-même, et il le tient soit de la sensibilité, soit de la volonté.

Revenons encore une fois à ces êtres homogènes dont nous avons déjà parlé. Chez eux la sensibilité, la volonté, l'incitation motrice résident dans cet unique élément qui les constitue. Tout est confondu dans ces êtres rudimentaires ; aussi ne nous étonnerons-nous pas de voir qu'ils peuvent être divisés en une multitude de fragments dont chacun constitue une individualité et emporte une volonté.

Mais chez les autres animaux le système nerveux se compose de deux ordres d'éléments. Les uns, tubulaires, forment les nerfs proprement dits, qui s'irradient des centres dans toute la périphérie du corps. Les autres , cellulaires, constituent les centres nerveux d'où partent les filets.

Ceux-ci possèdent la propriété de transmettre les impressions qu'ils reçoivent, de les propager dans toute leur étendue et dans les deux sens, à la manière d'un fil électrique. L'une de leurs extrémités aboutit à un centre nerveux, l'autre se rend à la périphérie du corps, et ici, de deux choses l'une : ou bien elle se termine dans un élément musculaire, ou bien elle se termine dans la peau, ou plus généralement dans quelque appareil de sensation, appareil incapable de se mouvoir. Dans le premier cas, si on l'excite, le muscle se contractera ; il y aura mouvement, mais non pas sensation. Dans le second cas, si on l'excite, il n'y aura aucune contraction locale, mais l'irritation se propageant vers le centre y ébranlera d'autres éléments, y mettra enjeu d'autres propriétés, et l'animal sur lequel on expérimente manifestera, comme on dit, la sensibilité.

On a cru pendant longtemps que ces ébranlements nerveux avaient un sens déterminé, que les nerfs de mouvement étaient toujours centrifuges, et les nerfs de sensibilité toujours centri-

pètes. Voici une expérience très simple qui démontre le contraire.

J'écorclie l'extrémité de la queue d'un rat, et, la recourbant en anse, j'insinue la partie dépouillée dans un trou fuit à la peau du dos. Les choses étant ainsi fixées en place, il est possible, après quelques jours, de séparer complètement la queue de ses connexions premières. Elle pend alors le long du dos de l'animal, et toute sensibilité y a disparu. Mais voici qu'après plusieurs mois, cette sensibilité reparaît, si bien que l'animal crie quand on pince la queue parasitaire. Or il est facile de voir que la sensibilité se propage maintenant dans les nerfs en sens inversn de son cours primitif, qu'elle se meut du gros bout vers le petit bout, et non comme auparavant du petit vers le gros. La proposition que j'ai avancée plus haut est donc démontrée.

J'ai dit que le muscle ne doit pas au nerf sa contractilité ; que le nerf suscite sa propriété contractile, mais ne la lui donne pas. Pour arriver à démontrer ce fait, il fallait pouvoir détruire complètement le nerf sans toucher au muscle : œuvre impossible au scalpel, comme chacun le comprend. Cl, Bernard a découvert dans un poison avec lequel les Lidiens de l'Amérique du Sud empoisonnent leurs flèches, le curare, cette propriété merveilleuse d'empêcher l'action du nerf moteur sur le muscle, sans altérer la contractilité du muscle. Chez une grenouille ainsi empoisonnée, le muscle se contracte sous une incitation directe, mais non plus sous l'incitation par la voie nerveuse. C'est donc là encore une question résolue.

Arrivons maintenant à l'élément nerveux des centres, à l'élément celluleux. Cet élément est toujours en rapport d'une part avec un ou plusieurs éléments semblables à lui, d'autre part avec des tubes nerveux, soit sensitifs, soit moteurs. Or, voici les propriétésvraiment admirables dont il jouit. Lorsqu'une impression lui est transmise par le nerf centripète qui vient d'un appareil de sensation,l'élément celluleux transforme cette impression sensitive en une impulsion motrice ; ce qui était venu en sensibilité s'en retourne en mouvement, si bien qu'une contraction musculaire, excitée par cette incitation centrifuge, vient traduire aux yeux cette incompréhensible transformation. Il y a, comme on dit dans le langage physiologique, réflexion de l'incitation apportée par le nerf sensitif, et le mouvement ainsi déterminé est dit mouvement réfle.xe. On peut, dans des expériences délicates, sur certains animaux, isoler soit des portions de centres nerveux, soit des centres très petits et ne contenant que quelques cellules ; l'excitation des nerfs sensitifs produit toujours le mouvement dans les parties où se rendent les filets moteurs qui naissent do ces cellules.

Certains centres nerveux (un seul chez les animaux élevés) sont, comme nous le venons bientôt, le siège des instincts et de l'intelligence. Ces centres sont composés de cellules semblables à celles des autres centres, auxquels aboutissent des tubes nerveux semblables aux autres tubos. Il est hors do doute que les incitations sensitives qui déterminent les mouvements volontaires sont transmises à ces cellules de la même manière, et que le mécanisme de la transformation de la sensibilité en mouvement est le même. Mais ces cellules se caractérisent par ce fait qui dépasse, et de beaucoup, en merveilleux, tout ce que nous avons dit Jusqu'ici, à savoir que la sensibilité n'y excite pas seulement des mouvements, mais y éveille des idées, et encore que, sans excitation extérieure, elles entrent en activité sous l'influence do la volonté, et témoignent cette activité par le mouvement volontaire. Ce sont là les instruments directs de la volonté ; cet incitant

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mystérieux et sublime peut remplacer l'incitant ordinaire, la sensibilité, qui seule agit sur les cellules des autres centres. Bien plus, rinlcKrité de ces cellules est indispensable pour le libre exercice de celte volonté : viennent-elles à être lésées, les rapports anatomiques qu'elles ont entre elles viennent-ils à être altérés, détruits, la mémoire s'enfuit, la volonté se pervertit, la conscience même, la notion du moi disparait. Mais n'anticipons pas, nous allons bientôt nous retrouver en face de ces importants problèmes.

Nous avons terminé la première partie de notre étude, la pliysiologie générale, l'étude des propriétés vitales des éléments anatomiques. Je n'ai point parlé de leurs propriétés physicochimiques, parce qu'elles sont peu intéressantes; je fais exception pour l'élasticité extraordinaire que présentent certains d'entre eux, nommés par celte raison fibres élastiques (ce qu'on appelle nerf de bœuf en est exclusivement composé], et aussi pour la Iranslucidilé remarquable de ceux de ces éléments qui entrent dans la conslilulion des appareils de la vision.

Arrivons maintenant à la seconde partie, à la physiologie des organes, des appareils, des Êtres entiers, à la physiologie spéciale ; et, pour le dire avant toutes clioses, ce que nous dirons s'appliquera surtout à ce groupe des animaux vertébrés auquel l'homme appartient par sa constitution anatomique.

Physiologie spéciale. — On peut considérer chaque élément comme un être distinct, vivant, possédant des propriétés spéciales. C'est l'agglomération de tous ces éléments qui constitue les organes, comme le cœur, l'estomac, le cerveau, organes qui ont chacun un rôle spécial, ou, comme on dit, une fonction.

Parallèlement à la nutrition de iclémnit, nous trouverons, dans l'étude des actes généraux de l'être vivant, la jmtrition de cel être ; parallèlement à leur propriété de reproduction, id. faculté yénératrice ; parallèlement à leur coniraclilité, son mouvement ; à leurs propriétés nerveuses, sa sensibilité, sa volonté, ses instincts et son inltltiijence.

Les éléments, avons-nous dit, se nourrissent aux dépens d'un milieu intérieur, du sa>iij. Ce sang oscille et circule dans des canaux, et chez nous, son mouvement est déterminé par Ib jeu d'une double pompe foulante qu'on appelle le cœur. C'est là la fonction de la circulation.

Mais le sang s'épuise lui-même à fournir ainsi la nourriture à chaque élément. Aussi, pour le réparer, une série d'organes entrent en action, qui préparent des matériaux aptes à la réparation du sang. C'est là la digestion. \ous avons vu qu'il y a dans le corps vivant quatre sortes principales de matériaux : des sels métalliques, des matières féculentes et sucrées, des matières grasses, des matières^albuminoîdes; les aliments devront évidemment contenir ces quatre ordres de matériaux.

Le mouvement incessant de nutrition qui constitue la vie a pour cause et pour résuliat des modifications chimiques qui ne peuvent s'opérer que sous l'influence de l'air. Sans l'air ou plutôt sans l'oxygène qu'il contient, la vie serait impossible. Le sang doit donc apporter de l'air aux éléments, pour les déterminer à se nourrir. Aussi va-t-il en chercher aux poumons, et, se chargeant ainsi de cet élément gazeux, il opère la respiration.

Enfin les matériaux devenus impropres à la vie de l'élément sont, comme nous l'avons vu, rejetés, excrétés par lui. ils tombent dans le sang; mais celui-ci ne pourrait, sans danger, les conserver; il les rejette à son tour au dehors, à l'aide d'organes nommés glv7>des, qui les séparent et les excrètent. Les matières albumineuses s'en vont

par les reins, sous forme A' urée; les matières grasses parle foie, dans la bile; les matières féculentes et sucrées par le poumon, sous forme de gaz acide carbonique.

Telle est à grands traits l'histoire de la nutrition. Elle estj on le voit, la même au fond pour l'être tout entier que pour chaque élément; c'est un circulus, un budget réglé, où la recette doit équilibrer la dépense, et, là comme ailleurs, plus on dépense, plus il faut recevoir, à peine de mourir de misère, de faim.

Ajoutons que toutes ces modifications chimiques donnent naissance à de la chaleur, d'où résulte la culorification.

Je me contente de cette esquisse à larges traits, ne pouvant ici entrer dans le détail des fonctions, et je me hâie d'arriver à ce qu'il y a de plus intéressant, et si l'on peut dire, de plus vivant chez l'animal, aux fonctions de ses organes nerveux, à sa sensibilité, à ses excitations motrices.

Reprenons une comparaison dont nous nous sommes déjà servi : les éléments sont les citoyens du corps, de la république organisée, vivante. Ces citoyens ont des propriétés, des droits ; des propriétés qui leur sont communes à tous, et certaines qui sont spéciales à quelques-uns d'entre eux. Ils ne vivent pas isolés, mais réunis les uns aux autres en sociétés. Tantôt ces sociétés ne comprennent que des citoyens tous semblables; ce sont des corporations, des systèmes, comme le système musculaire, le système nerveux. Tantôt elles comprennent des citoyens différents les uns des autres, et concouranttous à un but, à une œuvre déterminée ; tels sont les orgnnes, comparables aux villes.

Enfin, le sang, comparable aux ressources de l'agriculture et de l'industrie, nourrit les éléments comme celles-ci nourrissent les citoyens; et il circule dans ses canaux, sous la force impulsive du cœur, comme elles circulent sur les grandes routes, poussées par le commerce.

Ainsi sont établies les conditions de la vie pour les organes comme pour les sociétés.

Mais ce n'est pas tout; ces sociétés organiques ne sont pas isolées les unes dos autres ; elles ne concentrent pas leur activité en elles-mêmes, elles la manifestent au-dessus. De plus, elles obéissent (lux lois de l'Etat dont elles font partie ; elles sont dirigées, surveillées, protégées par un gouvernement. Ce gouvernement, c'est le système nerveux.

Elles ne pourraient, sans lui, constituer un tout harmonique ; sans elles il ne pourrait exister. Ce sont elles, ce sont les citoyens, les éléments qui le nourrissent. Chacun d'eux, agissant dans sa sphère, prépare des matériaux que le sang emporte, et avec lesquels il nourrit le système nerveux. S'ils cess;iient tous de travailler, le gouvernement mourrait bientôt d'inanition, et eux aussi. C'est ce qui arrive à la fin, quand l'organisme vivant meurt.

Qu'on me permette de poursuivre jusqu'au bout cette comparaison ; elle nous servira à éclairer bien des points obscurs, à exposition difficile.

Il y a des gouvernements locaux, agissant dans une circonscription déterminée. On les appelle, dans l'organisme, ijanqlions, moelle épinière. Ils sont en rapport avec les villes et les citoyens, les organes et les éléments, par des fils télégraphiques, des nerfs, qui les avertissent de ce qui se passe et qui transmettent leurs ordres. Pour toutes les questions dont l'intérêt ne dépasse pas les bornes do leur circonscription, ils jugent en dernier ressort. Pour les autres, ils entrent en communication les uns avec les autres, se consultent, agissent en commun. Pour les plus grandes, enfin, celles dont l'intérêt einbrasse le pays tout entier, ils ont recours au gouvernement central. Celui-ci réside dans la tête ; c'est une partie de ce qu'on appelle Vencéphale,

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Là sont les ministères, les organes centralisateurs, régulateurs, qui envoient les ordres à l'empire tout entier, à toute la macliine vivante; nous verrons tout à l'heure quels ils sont.

Au-dessus d'eux plane la volonté, l'intelligence, le chef de l'Etat. Quand il commande, tout obéit. C'est lui surtout qui veille aux relations extérieures. S'il est intelligent, énergique, s'il utilise bien les forces du puye, le pays est glorieux; et de môme si l'intelligence emploie heureusement les forces vives de l'organisme, non seulement l'être vivant exécute ses fonctions, mais il est applaudi dans ses actes.

Mais il n'a pas besoin de s'occuper du détail des questions intérieures. Que deviendrait un chef d'Etat s'il lui fallait s'occuper de la charrue de chaque citoyen ? Que deviendrait l'inlelligcnce s'il lui fallait s'occuper de la digestion, de la nutrition, de l'excrétion, etc.'? Tout cela se fait sans elle. Les ministères, les gouvernements locaux s'en chargent; le mécanisme, l'automate est si bien monté que ces détails de pot-au-feu s'exécutent sans qu'elle s'en occupe et lui laissent sa liberié. Ce chef de l'Etal réside dans la tête, dans un organe spécial, le cerveau proprement dit.

A ses ordres ou à ceux de ses ministres, tout obéit, avons-nous dit. Les lois commandent au commerce : c'est le système nerveux, en effet, qui règle les battements du cœur, les accélère ou les arrête ; c'est lui qui dilate les vaisseaux où circule le sang, ou qui les rétrécit. C'est lui qui anime les organes digestifs, qui veille aux mouvemejits de la respiration, qui est l'incitant des sécrétions, le régulateur de la chaleur animale.

Les gouvernements locaux de l'organisme reçoivent leurs avis tous par la môme voie : c'est le toucher général, le toucher do la peau, qui les avertit. Mais le gouvernement général a d'autres ressources : il a, si je puis ainsi dire, une police spéciale, supérieure, admirablement organisée : cette police, ce sont les se/is, la vue, l'ouïe, 1 odorat, le goût, qui l'avertissent de tout ce qui se passe de près ou de loin, et qui lui permettent de veiller au salut du pays tout entier:

J'ai poussé bien loin cette comparaison : nous allons voir combien cela va nous être utile. Je n'ai pas tout dit, tant s'en faut. Ainsi, dans l'état ordinaire des choses, l'intelligence ne sent pas les mouvements intimes de la nutrition ; mais qu'un phénomène anormal se présente, la douleur l'avertit, le chef de l'État s'occupe de cette rébellion ; il commande, et tout s'ébranle pour conjurer le mal ou pour l'éloufTer et rejeter la partie malade, le citoyen rebelle.

Et maintenant, quittons le langage figuré et faisons de la physiologie pure.

Les centres nerveux principaux de l'homme, les seuls dont nous nous occuperons ici. sont constitués par une moelle épinière que protège la colonnei!erlé//rale,etqmpénblTeeniieTenllnrn{mne/le allongée) dans le crclne. Là, deux organes principaux se trouvent surajoutés à son épanouissement général, le cervelet e\, le cerveau.

Les nerfs qui viennent de toutes les parties du corps se rendent à la moelle et y pénètrent par deux racines : la postérieure (supérieure chez le quadrupède), munie d'un ganglion, est exclusivenient sensible ; l'antérieure, exclusivement motrice. Si l'on pince la première sur l'animal vivant, il s'agite et donne des signes de douleur; si l'on pince l'autre au contraire, il n'y a aucune manifestation de sensibilité, mais bien des contractions dans les muscles où se rend le nerf.

Cette moelle est composée de deux parties : I une, centrale, grise, contient beaucoup de cellules nerveuses; l'autre, enveloppante, blanche, est «xclusivement constituée par des tubes en conti-

nuation d'une part avec les nerfs, d'autre part avec les cellules.

La moelle est un centre, un gouvernement local, ou plutùt une série de gouvernements locaux. Séparons un fragment de la moelle, en coupant une grenouille par le milieu du corps; si alors nous excitons un nerf sensible de la purtie postérieure, si nous pinçons une patte, nous voyons cette patte se remuer; il y a donc eu dans la moelle réflexion de l'incitant sensitif et transformation en incitant moteur. Ces mouvements sont nommés mouvements réflexes : ils sont purement automatiques ; ce sont eux que nous comparions tout à l'heure aux actions des gouvernements locaux. Un exemple familier de cette sorte de mouvements est le mouvement de déglutition, complètement involontaire quand l'aliment a dépassé l'arrière-gorgo.

Les cellules nerveuses, les tubes nerveux, sont en commuiiication les uns avec les autres, d'un bout de la moelle à l'autre; aussi les impressions reçues par la moelle se généralisent. Voici une grenouille, à laquelle la tête seulement est coupée ; si nous pinçons une patte, elle agite toutes les autres.

Il est un point de la moelle fort curieux à étudier : c'est dans la moelle allongée, vers l'endroit où elle entre dans le crâne. De là partent les incitations qui déterminent les mouvements respiratoires ; si on blesse ce point, ces mouvements cessent tout à fait. C'est là que les torréadors frappent les taureaux : c'est le nœud vital de M. Flonrens.

A côté se trouvent les origines des nerfs jmeumo-i/'istrigues, qui, entre autres destinations, se rendent au foie. Or, si l'on pique cette origine, il apparaît du sucre dans l'urine, l'animal devient diabétique. Ce résultat extraordinaire, constaté par Cl. Bernard, est en rapport avec la fonction du foie, par lui découverte, de former du sucre. Dans l'état ordinaire ce sucre se détruit dans l'organisme au fur et à mesure de sa formation. Quand celle-ci s'exagère, il apparaît dans l'urine.

Le cervelet est l'organe coordinateur des naouvements. Si on le blesse, si on l'enlève, l'animal devient incapable d'exercer harmoniquement les mouvements de la marche, du vol, etc. Il tourne, recule, avance, culbute, mais ne peut conserver ni son équilibre statique, ni son équilibre dynamique.

Lu cerveau n'a aucune part à ces mouvements, ou plutôt ils peuvent s'exécuter, et harmonieusement, sans lui. Si on l'enlève, l'animal peut comme auparavant marcher, voler, nager ; son cœur continue abattre, son intestin à digérer. 11^ vit, mais il est réduit au rôle d'automate ; il n'a plus ni intelligence ni instinct. Il n'a plus de volonté. C'est donc dans le cerveau que résident ces facultés sublimes qui constituent l'individualité; c'est là qu'est le moi : mémoire, imagination, jugement, habitent le cerveau.

Et non pas tel ou tel point du cerveau; il ne paraît pas y avoir localisation cérébrale, et ces facultés semblent se présenter partout où apparaît la cellule nerveuse cérébrale. M. Vulpian ayant enlevé le cerveau d'une grenouille s'aperçut qu'elle avait conservé une partie de son intelligence ; elle cherchait et attrapait des mouches. Or, l'autopsie lui montra qu'il avait involontairemont laissé intacte la région postérieure du cerveau.

La phrénologie do Gall n'est qu'une suite d'erreurs que rien ne justifie. Le développement de telle ou telle partie du cerveau n'est aucunement en rapport avec telle ou telle faculté, et réciproquement la destruction de telle ou telle partit! par une maladie quelconque n'entraîne pas la disparition d'une faculté qui lui correspondrait. On a bien constaté des rapports constants entre

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Vincitation de telle ou telle circonvolution cérébrale et les mouvements des membres. Mais ce n'est pas là de la localisation à la façon dont l'entendent les phrénologues. La découverte de Broca, qui a montré que la destruction d'une partie très limitée du lobe antérieur gauche du cerveau supprime la faculté de parler, est bien plus intéressante.

La puissance intellectuelle est-elle en rapport avec le volume du cerveau ? D'une manière générale, les animaux les plus intelligents ont le cerveau le plus volumineux. Il en est de même si l'on compare entre elles les races humaines. Il en est encore de même dans notre race quand on compare en moyenne un certain nombre d'hommes intelligents el un certain nombre d'hommes au-dessous du médiocre. Nombre de grands hommes ont eu un énorme cerveau : celui de Cuvicr pesait 1840gr.; d'autrn part, au-dessous de 1000 grammes, un cerveau appartient toujours à un idiot. Mais il ne faudrait pas croire qu'on peut juger de l'intelligence par la balance et le ruban métrique. Sans parler des objections et des difficultés purement philosophiques, il faudrait, cela est évident, ne tenir compte dans la comparaison que des parties vraiment actives du cerveau, à savoir des cellules et des tubes qui les relient, non de la gangue qui les unit. Or, c'est ce qu'il est aujourd'hui impossible de faire.

Les instincts et l'intelligence sont donc des fonctions du cerveau, et leur exercice est entièrement lié à son intégrité.

Qu'est-ce que V instinct? C'est une faculté en vertu de laquelle l'animal exécute un acte qu'il n'a pas appris et dont souvent il no connaît pas l'importance. Ainsi les femelles de beaucoup d'insectes prennent pour enfouir leurs œufs des précautions de l'utilité desquelles elles ne peuvent se rendre compte, car elles sont nées avec le printemps et ne passeront pas l'hiver. Ces actes sont souvent merveilleux de complexité : il suffit de mentionner les fourmis et les abeilles. Mais ces actes sont reproduits par tous les animaux de la même espèce, fatalement, d'une manière toujours identique, sans perfectionnement, parce qu'ils sont exécutés sans calcul. Si, en effet, c'était par calcul que l'abeille mesure la forme de ses cellules, il y a longtemps qu'elle aurait inventé la géométrie.

h'intelligeme, au contraire, a conscience de ses actes, les mesure, les varie, les perfectionne ; elle observe, pèse, juge, choisit, se souvient, imagine.

Exemple : les araignées de même espèce tissent toutes une toile construite sur le même plan : instinct; mais chacune d'elles choisit le lieu et varie les circonstances secondaires, la pose des premiers fils : inlelligence.

Les animaux ne sont pas des machines, comme le disait Descartes; ils ont, avec les facultés instinctives, les facultés affectives, les facultés intellectuelles. Mais, chez eux, l'intelligence est presque exclusivement au service de l'instinct; chez l'homme, au contraire, l'intelligence commando à l'instinct, et la domine tellement qu'elle l'annihile presque.

L'intelligence des animaux, à peiue libre, reste stationnaire, presque incapable de perfectionnement. Le perfectionnement de l'animal est propre à l'individu, mais ne se transmet pas h l'espèce, hormis certains perfectionnements instinctifs.

L'intelligence animale conlient bien en germe, en rudiment, toutes les facultés de l'intelligence humaine, mais quelle différence dans le degré de développement!

L'homme seul, observant les faits naturels, en cherche et trouve les lois. Seul il a l'idée du progrès et se perfectionne indéfiniment dans la triple voie du vrai, du beau, du bien ; seul, il a le sentiment du bien et du mal moral. Seul il a la faculté d'abstraction assez développée pour attacher à sa

pensée des signes particuliers qui constituent un langage. Seul il s'imagine qu'il peut y avoir en lui quelque chose d'immortel, et s'élève dans la série des causes jusqu'à l'idée d'une cause première.

Cette rapiiîe esquisse des fonctions cérébrales termine la physiologie de l'individu. La physiologie de l'espèce reste à faire tout entière : la génération, l'hérédité, la transformation des espèces sont de son domaine.

Nous avons étudié successivement la vie dans les éléments, dans les organes, dans l'organe cérébral, dans l'individu. La mort doit être de même envisagée dans l'individu, dans les organes, dans les éléments. Si l'on enlève le cerveau, l'individu est mort; les organes vivent encore, mais la destruction d'un élément important (musculaire, nerveux) tue l'organisme entier, et c'est ainsi que la physiologie comparée enseigne à considérer la mort.

La mort est la condition de la vie ; tout être vivant ne vit qu'à la condition qu'un autre être vivant meure ; d'où la nécessité de la reproduction. La vie a commencé sur notre terre, probablement donc elle finira. Mais quand, comment? Questions aussi insolubles que celle de savoir comment elle a apparu. A la fin comme au début de cette rapide étude, nous retrouvons cette grande vérité que l'homme de science ne doit s'occuper ni des origines, ni des destinées. [Paul Bert.]

On trouvera à l'article Zoologiele détail du programme des leçons de physiologie, et l'indication des articles spéciaux auxquels il renvoie. L'article Végétal contient en outre des notions générales de physiologie végétale.

PHYSIQUE. — La physique était autrefois la science de la nature, c'est-à-dire de ce grand nombre d'objets divers que l'homme reconnaît autour de lui par l'intermédiaire des sens. Son domaine allait s'étendant à mesure que les observations se multipliaient; il a fallu le diviser en plusieurs branches formant chacune une science distincte, mais rattachées les unes aux autres par des points nombreux et s'empruntant des vérités nécessaires à leur développement. On en a séparé l'astronomie qui étudie les mouvements des corps célestes, l'histoire nalurel/e, qui s'occupe tout spécialement des êtres organisés, animaux et végétaux. Il restait encore à étudier les caractères naturels des corps, c'est-à-dire leurs propriétés, les forces qui agissent sur eux, les phénomènes ou les changements de toute nature qui s'y produisent par leur action réciproque et ceux qu'y font naître ces causes encore inconnues dans leur nature intime, la chaleur, l'électricité, la lumière, que nous appelons des agents physiques et dont les effets frappent tout observateur attentif. On a réservé à la chimie les propriétés particulières à chaque espèce de corps et les changements qui en altèrent la nature. Il reste à la physique l'étude des propriétés généralei de la mntière et des phénomènes qui n'y apportent pas de chnugemenls permanents.

La physique appelle à son aide l'observation et l'expérience ; l'observation, c'est-à-dire l'étude attentive des objets qui se trouvent sous nos yeux, l'examen scrupuleux des faits dont nous sommes témoins dans la nature et qui se produisent sans notre participation; l'expérience, qui consiste, au contraire, à faire naître nous-mêmes, quand nous le voulons, quand nous en avons le loisir, les phénomènes que nous désirons étudier. Lorsqu'on hiver, par un froid rigoureux, on suit attentivement la formation de la glace dans un bassin, on fait une observation; quand, au contraire, on détermine, en été, la congélation de l'eau, par un mélange réfrigérant ou par le vide, on fait une expérience.

Ainsi, constater les phénomènes, décrire avec soin les circonstances qui les accompagnent et les 1 conditions nécessaires à leur apparition, puis rc-

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clierclier la relation, la loi qui les unit, remonter à la cause qui les produit, tel est le double rôle de la physique.

Il n'est pas toujours possible de rattacher un fait à d'autres faits connus par l'expérience, à des propriétés dont l'existence matérielle est incontestable. Alors, le physicien supplée à, l'explication vraie qu'il ne trouve pas, par une hypothèse qui rend compte avec vraisemblance des phénomènes ilans tous leurs détails, dans tontes leurs particularités. Les hypothèses servent encore la science, bien qu'elles se modifient parfois avec les progrès; elles permettent d'établir une sorte d'unité dans la multiplicité des phénomènes naturels; et elles ont l'avantage de susciter des contradicteurs dont les recherches agrandissent le champ de nos connaissances et nous dotent d'appareils nouveaux : l'admirable découverte de la pile, i laquelle Volta a été conduit en cherchant à renverser les opinions que Galvani s'efforçait de faire prévaloir, en est un des plus mémorables exemples.

Histoi ique. — La science de la nature tenait bien peu de place dans l'ensemble des connaissances que possédaient les anciens. Qu'on lise ce qui a rapport à la physique et à l'histoire naturelle dans les écrits d'Aristote, de Lucrèce, de Pline et de Sénôque, et on constatera que tout se réduit à l'indication le plus souvent incomplète ou inexacte des phénomènes qui se produisent habituellement dans l'atmosphère ou dans le sol, et à des tentatives d'explications sans valeur.

Les faits, à de rares exceptions près, étaient mal obseï vés, quelquefois même on les dénaturait à plaisir pour qu'ils pussent servir de base ou de démonstration à telle ou telle théorie plus ou moins singulière sur la constitution de la matière et des corps.

Ce qui a manqué aux philosophes anciens pour arrivera pénétrer les secrets de la nature physique, c'est la connaissance de l'instrument essentiel, indispensable de toute recherche scientifique, de cet instrument qu'ont utilisé avec tant de succès les modernes : la méthode expérimentale. Ils observaient tant bien que mal, mais ils n'expérimentaient pas; ils voulaient plier la nature aux exigences de conceptions purement idéales, au lieu de tendre par de patients efforts à découvrir les lois, lois immuables, qui régissent le monde matériel. Ils aimaient mieux tout rapporter à des causes occultes que d'établir par des séries de bonnes observations, par des expériences bien con-' duites, la dépendance mutuelle des phénomènes, leurs relations avec les agents physiques.

Le moyen âge n'a pas été plus heureux. Ce ne «ont pas pourtant les expériences de laboratoire qui cette fois ont fait défaut. Les alchimistes, préoccupés do l'idée de la transmutation des métaux, se sont épuisés en stériles efforts pour réaliser leurs chimériques conceptions, (chemin faisant ils ont sans doute, de temps k autre, opéré quelque trouvaille ; on leur doit la préparation de ceriains composés d'antimoine que la médecine emploie encore aujourd'hui ; on leur doit la découverte du phosphore, que l'alchimiste Brandt isola sans le vouloir, en cherchant la pierre philosophale. N'ous trouverons encore un assez grand nombre de préparations curieuses dont les ans et l'industrie sont redevables aux alchimistes; mais leurs découvertes, en somme, ne peuvcntêtre attribuées qu'à des hasards heureux. Les chercheurs du moyen âge cheminaient en aveugles dans les sentiers de la science, aucun flambeau n'éclairait leur marche. Tout progrès sérieux était impossible dans de pareilles conditions.

C'est au commencement du xvii' siècle (1G'20) lue François Bacon, dans un ouvrage demeuré célèbre, le Novum oi-ganum, démontra la nécessité de recourir toujours à l'expérience pour l'é-

tude des phénomènes naturels. Bacon jeta le premier dans ce livre la base véritable de la méthode expérimentale; et quoique ses travaux sur les sciences physiques n'aient pas une grande valeur, il ne faut pas moins le considérer comme le promoteur de cette doctrine féconde à laquelle la science moderne doit ses rapides progrès.

Après Bacon et pendant toute la durée du xv!!" siècle, cette branche de connaissance humaine que nous nommons aujourd'hui la p/u/sk/iie, avec les limites que nous lui assignons, n'existait pas, à vrai dire, chaque savant travaillant à sa guise, en obéissant à ses goûts et à ses tendances. C'était un astronome, Galilée, qui, trenie ans avant la publication du Novum oryimum, s'étaitoccupé tout spécialement de la pesanteur et de ses lois et avait formulé notamment les lois du pendule. C'était un philosophe. Descartes qui, en 1637, faisait paraître sa Dioptrique, qui est devenue l'un des chapitres les plus intéressants de la physique moderne. En lUiS, Pascal, à la fois philosophe, littérateur et mathématicien, posait les bases do l'hydrostatique dans son livre sur VÈquitibre dei liqueurs. Newton (1704) publiait son Traité d'Ofitique, œuvre étonnante pour l'époque et qui, à elle seule, eût suffi pour illustrer son auteur.

Pendant le xviii' siècle, les découvertes des hommes de science portèrent surtout sur l'électricité; les mémoires, les opuscules sur cette branche nouvelle de la science se multiplièrent d'année en année; et c'est seulement en 1743 qu'un savant français, l'abbé NoUet, put réunir et grouper en un traité spécial, sous le titre do Leçons de plii/sique expérimentale, les divers travaux relatifs à la pesanteur, à la chaleur, à l'électricité et à la lumière. Le domaine de la physique était dès lors délimité. Quant à la chimie, la chimie véritable, elle n'exisiait pas encore à l'état de science distincte.

Il faut arriver ensuite à l'année 1816 pour trouver un livre de physique véritablement complet; c'est celui de Biot, qui porte ce titre : Traité de plii/sique expérimentale et théorique. Cet ouvrage a rendu à la science de très grands services. Rédigé avec clarté et méthode, il a signalé aux physiciens du commencement du siècle les lacunes qu'il fallait se hâter de combler, et indiqué la meilleure voie i suivre pour enrichir la physique de nouvelles découvertes.

En tout cas, dès cette époque la physique était nettement séparée des sciences voisines, la mécanique, la chimie, l'histoire naturelle. Mais, il faut bien le reconnaître, ces distinctions, ces séparations, ces classifications que nous sommes obligés d'introduire dans les objets de notre étude, n'ont rien d'absolu. Nous avons beau faire, la nature nous déborde, elle s'impose à. nous avec la complexité de ses manifestations; la physique et les sciences voisines ont toujours eu des points de contact nécessaires, et leur nombre ne fait que s'accroître tous les jours. Le courant électrique est un agent puissant de décomposition chimique, que nous utilisons sur une grande échelle pour la galvanoplastie et la dorure ; où placera-t-on l'électro-chimie : en chimie ou en physique '? D'autre part, la thermo-chimie, dont un savant français, M. Berthelot, a récemment posé les bases d'une façon si majestueuse, doit-elle former un chapitre de la physique ou bien une annexe do la chimie'? La force vitale, que devint-elle après les découvertes de Claude Bernard? Notre manière de classer les phénomènes est évidemment tout à fait artificielle. Il y a mieux : les agents physiques eux-mêmes, pesanteur, chaleur, électricité, lumière, représentent-ils des forces absolu ment distinctes, comme les physiciefis du dernier siècle et du ccnnmencenient de celui-ci se sont acharnés i le démontrer '? Non, il faut encore revenir de

PHYSIQUE

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cette idée. La science actuelle emprunte le secours ;\ la fois de l'expérience et du calcul pour montrer partout l'unité. La force se transforme, elle no s'augmente jamais. Ses manifestations sont diverses, mais elle reparaît le cas éclicant avec son énergie première. Avec do la chaleur nous produisons du travail mécanique, de l'électricité, de la lumière, suivant les cas ; le travail mécanique à son tour peut être transformé en chaleur, en électricité, etc., et l'énergie se trouve toujours intacte. Ce ([ui s'applique au monde des minéraux est tout aussi vrai pour les êtres vivants, pour les végétaux et les animaux dont les physiologistes se chargent d'étudier les fonctions. Il n'est pas jusqu'aux mondes planétaires pour lesquels cette unité de plan et de composition ne se trouve parfaitement établie.

Les conséquences de ce qui précède, c'est qu'il n'est plus possible de délimiter avec précision le champ do la physique ; elle pénètre, quoi qu'on fasse, dans le domaine des autres sciences. Ces distinctions pendant longtemps admises des phénomènes physiques, chimiques et vitaux n'ont rien de réel ; elles tendent à s'effacer de plus en plus. On les conservera néanmoins pour rendre possible le travail d'analyse de l'esprit humain à la recherche de la vérité scientifique.

Méthodes d'enseiynement. —L'enseignement do la physique peut être fait par deux méthodes :

On peut prendre pour base les propriétés de la matière, considérées d'une manière abstraite, grouper en formules algébriques les phénomènes connus et les lois auxquelles ils sont soumis, s]adresser à l'analyse mathématique pour déduire les conséquences des lois élablies et prévoir les résultats nouveaux ; c'est la méthode mathématique, hardie dans ses déductions, mais à la portée seulement de ceux qui ont une culture scientifique suffisante.

Ou bien on peut prendre comme point de départ la description des phénomènes saillants dont nous sommes tous les jours les témoins plus ou moins inconscients, et demander leur explication à l'expérience et à l'observation ; c'est la méthode expérimentale, sans contredit la plus commode et la plus convenable pour l'enseignement élémentaire. Elle conduit comme la première à une notion exacte de la nature ; l'expérience y précède et y prépare la généralisation et la théorie, au lieu d'en être le complément et la preuve. Les principes y sont rendus sensibles plutôt que démontrés par des considérations théoriques ; des exemples numériques nombreux et convenablement choisis remplacent les formules algébriques trop abstraites et servent à fixer dans l'esprit les principales lois physiques ; la description et les usages des principaux appareils y occupent la première place.

On n'y présente pas d'abord le principe d'Archimède comme une conséquence des pressions des liquides ; on le démontre expérimentalement ; on l'applique à dos exemples divers ; le problème posé i Archimède par Hiéron, ceux qu'on emprunte à la charge des navires dont on connaît le volume et le poids, M'effort nécessaire pour tirer de l'eau un corps lourd, permettent d'établir la théorie des corps flottants et les conditions d'équilibre lies corps plongés.

La première partie de la physique est consacrée à l'étude des propriétés générales de la matière et aux propriétés particulières des solides, des liquides et des gaz.

la deuxième partie passe en revue les phénomènes dépendant des agents physiques, la chaleur, l'cleciricité et la lumière.

Et dans chaque chapitre, on groupe un choix d'applications graduées, prises parmi les plus usuelles et notamment parmi celles qui peuvent développer les connaissances météorologi-

ques, si importantes et encore si peu répandues.

La physique, ainsi envisagée, est accessible i tous; à tous elle est utile. Outre qu'elle répond, comme toutes les autres sciences, au désir de nous rendre compte de tout ce qui se passe autour de nous, elle détruit des préjugés vulgaires en nous faisant voir comme tout à fait naturels une multitude de phénomènes qui ont longtemps paru surprenants et dont les esprits ignorants se font encore une terreur chimérique ; de plus, elle est d'une incontestable nécessité pour les arts et l'industrie, qui lui empruntent leurs procédés et leurs appareils.

Voici le programme que nous avons suivi dans ce Dictionnaire pour la distribution des articles de physique :

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