POINT-VIRGULE
Le point-virgule sert à indiquer une coupure plus forte que la simple virgule. Quoiqu'il fût connu des anciens copistes, il n'a pas toujours été employé par les anciens imprimeurs. Etienne Dolet. dans son court Traité de la ponclutdion, semble ne pas le connaître; il le remplace par le deux-points, qu'il appelle comma. Aussi voit-on les typographes des xvi', xvii' et xviii' siècles employer souvent l'un pour l'autre et mettre un deux- points là où l'on met aujourd'hui un pointvirgule, et vice lersa. Cependant le rôle de ces deux ponctuations est loin d'être le même ; l'une et l'autre ont leur fonction propre, qui est aujourd'hui définitivement fixée, grâce aux études et à la sagacité des bons correcteurs du xix* siècle.
Propositions coordonnées. — On doit séparer par un point-virgule deux ou plusieurs propositions coordonnées toutes les fois que chacune d'elles, prise isolément, offre un sens complet :
Sylla mène violemment les Romaios à la liberté ; Auguste les conduit doucement à la servitude.
Elevé dans le palais, Narsès avait plus la conflance de 1 empereur; car les princes regardent toujours leurs courtisans comme leurs plus fldeles sujets.
La nature nous a fait un besoin du travail; la société nous en fait un devoir ; l'habitude nous en fait un plaisir.
Période à plusieurs membres. — Quand une période est composée de plusieurs membres subdivises eux-mêmes par des virgules, on met un pointvirgule après chaque membre :
On peut (lire que le chien est le seul animal dont la Odéhte soit a 1 épreuve ; le seul qui connaisse toujours son maître et les amis de la maison; le seul qui, loi^squ'il arrive un inconnu, s'en aperçoive; le seul qui entende son nom et qui reconnaisse la voix domestique ; le seul qui ne se conBe pas à lui-même ; le seul qui, lorsqu'il a perdu son maître et qu il ne peut le retrouver, l'appelle par ses gémissements ; le seul qui, dans un voyage long qu'il n aura fait qu'une fois, se souvienne du chemin et retrouve sa route; le seul enfin dont les talents naturels soient évidents et 1 éducation toujours heureuse.
Enumémtion. — Le point-virgule sert aussi à séparer, dans une énumération, les parties de diverse nature:
Cette ville, fondée sous les meilleurs auspices ; ce Ro- "•■'■-, leur roi et leur dieu; ce Capitole, éternel
ville ; et la ville, éternelle comme son fondateur, avaient Lait autrefois sur l'esprit des Romains une impression qu'il eut été à souhaiter qu'ils eussent conservée.
Voir d'un même œil la couronne et les fers, la santé et la maladie, la vie et la mort; faire des choses admirables et craindre d'être admiré; n'avoir dans le cœur que Dieu et son devoir ; n'être touché que des m,aux de ses frères ; être toujours en présence de son Dieu ; n'entreprendre, ne réussir, ne mourir que pour lui : voilà saint Louis, voilà le hjros chrétien.
Lorsque l'énumération est disposée en alinéas, on met un point-virgule à la fin de chaque alinéa :
Sont incapables de tenir école :
i" Les condamnés à des peines afflictives ou infamantes;
2° Les condamnés pour vol, escroquerie, banqueroute, abus de confiance ou attentat aux mœurs, et les individus qui auront été privés par jugement de tout ou partie des droits de famille mentionnes aux paragraphes 5 et 6 de l'article 42 du Code pénal;
3» Les individus interdits en exécution de l'article 7 de la présente loi. ^Loi du 18 juin 1833.)
in. - DEUX-POINTS.
Le deux-points est un signe destiné à suppléer à l'insuffisance de la virgule et du point-virgule dans le corps de la phrase. Il annonce un complément, un développement, une explication de la proposition qui le précède. Tandis qu'en général les propositions terminées par un point-virgule offrent un sens complet et parfaitement intelligible, celles qui sont suivies d'un deux-points seraient tronquées et pour ainsi dire suspendues sans appui, si l'on n'avait soin d'y ajouter la proposition complémentaire et explicative.
On emploie le deux-points : 1° Pour annoncer un discours direct ou les paroles d'une autre personne :
Le chêne un jour dit au roseau ; "Vous avez bien sujet d'accuser la nature.
2° Pour indiquer la cause, le résultat, la raison, la conséquence, l'explication de l'idée ou du fait exprimé par la proposition qui précède :
Un peuple peut aisément souffrir qu'on exige de lui de nouveaux tributs : il ne sait pas s'il ne retirera pas quelque utilité de l'emploi de l'argent ([u'oo lui demande.
Octave se conduisit avec Cicéron en homme habile : il le flatta, le loua, le consulta, et employa tous ces artifices dont la vanité ne se défie jamais.
Maîtres de l'univers, les Romains s'en attribuèrent tous les trésors : ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants qu'en qualité de législateurs.
Je ne connais qu'une manière de voyager plus agréable que d'aller à cheval : c'est d'aller à pied.
PONCTUATION
3° Pour opposer successivement l'une h l'autre deux parties d'un membre d'une période composée de plusieurs membres séparés par un point-virgule.
L'acccssoii-p chez Cicéron, c'était la vertu ; chez Calon, c'était la ffloiro ; Cicérori se voyait toujours le premier : Caton s'oubliait toujours ; celui-ci voulait sauver la république pour cHc-mènie ; celui-là pour s'en vanter.
Si la période qui précède ne renfermait que la première antitlièse, on pourrait l'écrire ainsi, en substituant le point-virgule au deux-points :
L'accessoire chez Cicéron, c'était la vertu ; chez Cafon, c'était la gloire.
Mais il est facile de voir que la succession des points-virgules dajis toute l'étendue de la période aurait le grave inconvénient de mêler des membres de phrase tout h fait dissemblables et d'empêcher l'œil, et par suite l'esprit, de saisir do prime abord le caractère des idées exprimées. L'emploi judicieux du deux-points vient ici au secours de la clarté, et c'est là sa fonction la plus utile.
4° Pour annoncer une énumération, ou pour la terminer.
Il y a trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité.
Monsieur, du pénic pour les sciences, du goût pour la littérature, du talent pour écrire ; .de l'ardeur pour entreprendre, du courage pour exécuter, de la constance pour achever ; de l'amitié pour vos rivaux, du zèle poijr vos amis, de l'entiiousiasme pour l'humanité : voilà ce que vous connaît un ancien ami, un confrère de trente ans, qui se félicite aujourd'hui de le devenir pour la seconde fois.
PONCTUATION