TIRET
âge (ou, suivant une méthode plus exacte, de 28 mariages pour 1000 habitants non mariés et en âge de l'être : de li) à (iO ans). Cette proportion est assez satisfaisante. Pourtant l'Angleterre dépasse la France sous ce rapport (.32 mariages au lieu de 2K) ; elle a sur nous un avantage plus précieux : c'est que les Anglais se marient plus jeunes que les Français (âge moyen des garçons : 25 en Angleterre, 28 en France ; âge moyen des filles : 24 ans au lieu de 25). De plus, les mariages disproportionnés sont plus rares chez eux que chez nous. Mais la grande supériorité des époux anglais, celle qui assure dans l'avenir la grandeur de leur patrie, c'est qu'ils ont plus d'enfants que les Français. C'est un point sur lequel nous aurons à revenir.
On a observé que la fréquence des mariages augmente quelque peu dès que les aflaires (industrielles, mais surtout agricoles) sont prospères. Au contraire, elle diminue si la récolte est mauvaise, ou si quelque crise pèse sur le pays; mais les fiancés dont une mauvaise année a retardé la mariage le concluent généralement l'année suivante : aussi trouve-t-on que les années qui suivent une mauvaise récolte sont généralement remarquables par une forte nuptialité.
Les pays pauvres (Bretagne, Gévennes, Alpes) comptent généralement peu de mariages; il en est de même du Nord et de la Normandie.
Influence du mariage sur la santé physique et morale. — La démographie établit entre l'homme marié, le célibataire et le veuf de profondes différences, qui sans elle ne pourraient être soupçonnées : les hommes mariés meurent moins vite que les célibataires, et ceux-ci meurent moins que les veufs. Et cette différence est tellement forte ' qu'on calcule que les célibataires de 25 ans meu- Dans le dialogue non divisé en alinéas on em- 1 rent dans les mêmes proportions que les gens
ploie le tiret ( — ) pour éviter la répétition, souvent fastidieuse, des locutions dit-il, répondit-il. repritil, ou pour indiquer le ctiangement d'interlocuteur :
<i Regardez bien, ma sœur; Est-ce assez? dites-moi; n'y suis-jc point encore?
— Nenni. — M'y voici donc? — Point du tout. — M'y
[voilà?
— Vous n'en approchez point. » ^
On emploie quelquefois, — et c'est là une innovation fort plausible, — le tiret à la place des parenthèses :
Ce jour-là, — je n'aurai garde de l'oublier jamais, — c était le 9 septembre 1854.
Le souper terminé, les trois plus grandes sœurs, — de belles jeunes ûlles de quinze à vingt ans, — reprennent allègrement un délicat travail de lingerie ou une tapisserie attrayante.
Nous venons de passer en revue la série complète des règles de la ponctuation. Ces règles ne sont pas difficiles à comprendre, et les exemples qui les éclairent en faciliteront l'application. En terminant cette étude, nous croyons doue pouvoir dire comme Etienne Dolet : « Si tu entends et ob- 2° Partie.
mariés de 45 ans 1 Les veufs sont encore plus mal partagés que les garçons, et l'on peut bien dire, en thèse générale, qu'ils meurent deux fois plus que les gens mariés du même âge. Dans ce qtii précède, nous ne considérons que les hommes. Pour les femmes, les mêmes lois se vérifient, mais avec moins de netteté.
Il est pourtant un âge où le mariage, loin d'être favorable, est nuisible : c'est pour les très jeunes gens. Un homme de 18 à 20 ans n'est apparemment pas assez développé pour se marier; s'il commet cette erreur.il décuple sa mortalité; les jeunes veufs (ils sont rares heureusement) sont encore plus frappés.
Dire que les célibataires sont plus exposés à la mort, c'est indiquer qu'ils sont plus exposés à la maladie. C'est en effet ce qui résulte des chiffres assez rares ((u'on a sur ce sujet.
L'influence du mariage sur le moral de l'homme est encore plus grande que sur la mort. La folie est plus fréquente chez les célibataires, et surtout chez les veufs, que chez les époux. Do même pour le crime; M. Bertillon père, à ([ui sont dus la plupart de ces calculs, a prouvé plus encore : les époux qui ont des enfants coininet.l/'nt moins lOG
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de crimes (18 crimes pour lUUOuO époux avec enfants) que ceux qui n'en ont pas (28 crimes). De mÈme les veufs qui ont des enfants sont moins portés aux idées criminelles que ceux qui n'en ont pas. Quel enseignement moral ressort de ces chiffres, et qu'ils démontrent avec évidence la sainteté de la famille!
Les femmes commettent toujours moins de crimes que les hommes. Mais, parmi elles aussi, on observe les différences que nous venons de noter pour les hommes.
Un document suédois permet d'étudier l'influence de la famille sur la tendance au suicide : tandis que l'envie de se tuer reste un phénomène rare chez les gens mariés, elle augmente avec l'âge chez les célibataires et les veufs, et finit chez eux par être une cause de mort assez fréquente ; les différences deviennent prodigieuses à la fin de la vie (ly suicides sur lOuOOU époux, 333 pour les non mariés!). La présence des enfants a sur la tendance au suicide la même influence salutaire que sur le crime. — Mêmes différences pour les femmes, qui d'ailleurs ont moins de tendance au suicide que les liommes.
Ainsi nous voyons que le célibataire parait être le plus souvent un être malheureux, plus exposé à la mort, à la maladie, et aux tentations mauvaises. L'homme (et la femme jusqu'à un certain degré; gagne considérablement au mariage. Si les individus y gagnent, la nation y gagne plus encore.
Conditions individuelle!: qui favorisent le mariaye. — Ces conditions sont nombreuses et elles sont encore assez mal connues au point de vue statistique. Nous n'en mentionnerons (ju'une : c'est que les veufs (et jusqu'à un certain point les divorcés; se marient beaucoup plus volontiers que ceux qui ne connaissent pas le mariage par expérience. (Pour les femmes, le fait se vérifie, mais moins exactement.) Il semble que les veufs sentent eux-mêmes qu'ils sont dans une condition mauvaise, ain^i que nous l'avons montre tout à l'heure. Un document alsacien prouve que leur second mariage se fait généralement très peu de temps après la mort de la première femme. Un document de Berlin montre en outre que les divorcés se remarient à vrai dire peu de temps après la dissolution du premier mariage, mais non pas plus vite que les veufs.
Naissances. — Les naissances ne sont pas assez nombreuses en France. Elles sont plus rares qu'en aucun pays de l'Europe; loOO femmes mariées procréent par an : 13C enfants en Angleterre, 13(1 environ en Belgique, en Hollande, etc., 160 en Prusse et lU'i seulement en France ! On compte souvent la nutalité (proportion des naissances) en comparant le nombre des enfants à la population totale ; cette méthode, moins exacte que la précédente, donne d'ailleurs des résultats analogues à ceux qu'on vient de lire ; 20 naissances en France et 38 en Prusse pour 1000 habitants. Au siècle dernier, la natalité française était d'environ 40 pour 1000 hab., à peu près ce qu'elle est en Prusse aujourd'hui. Depuis le commencement du siècle, elle n'a fait que décliner, en sorte que la population française ne s'accroit presque plus (3,5 hab. pour 1000 et par an).
Le département le plus fécond de France est le département du Nord (136 naissances pour IdOO femmes de 15 à 50 ans) ; mais il est le seul dont la natalité ressemble à celle des autres pays de l'Europe. La rareté des naissances est un mal répandu à peu près dans toute la France. C'est surtout en Normandie et dans la vallée de la Garonne (Lotet-Garonne, Gers, etc. I qu'on l'observe. Au contraire, la Bretagne, certaines parties des Cévennes, l'Alsace, présentent un nombre plus grand de naissances.
M. BertiUon père a observé que les départements dans lesquels la propriété est le plus divisée sont, en général, plus inféconds que les autres, ce qui confirme l'opinion que l'observation individuelle a suggérée à beaucoup dauteurs : c'est que cette infécondité est en rapport avec le désir qu'ont beaucoup de familles d'éviter le partage de leur héritage. Ce qui prouve que la rareté des naissances n'est pas, chez les Français, un attribut de leur race, c'est leur fécondité au siècle passé ; c'est aussi ce fait que, transporlés dans un pays moins rempli que le nôtre, tel que le Canada, ou même que l'Algérie, leur fécondité devient beaucoup plus grande.
Si l'on considère la natalité à un point de vue plus général, on voit que ce qui règle le nombre des naissances, c'est (jusqu'à un certain point) la quantité de vivres disponibles : a Là où naît un pain, nait un homme. » Et inversement, liélas : Cl Là où disparaît un pain, disparaît un homme. » Telle est la formule générale. C'est donc avec raison qu'on a comparé la société à un banquet où aucune place ne reste jamais vide : dès qvi'un convive disparaît, par la mort ou par l'émigration, sa place est prise soit par un immigrant, soit par un nouveau-né. Par exemple, si une mauvaise récolte, ou une épidémie, ou une guerre a fait périr un grand nombre d'hommes, on peut être sûr que pendant les années suivantes la natalité augmentera, en sorte que les places qu'ils ont laissées vacantes seront occupées très rapidement. De même, si une bonne récolte, une année industrielle prospère, augmente le nombre des places disponibles au banquet de la vie, elle sera toujours marquée par une augmentation do naissances.
Du même principe résulte que, si un pays fournit beaucoup d'émigrants (tels sont l'Angleterre, l'Allemagne, et depuis peu les pays Scandinaves), les places que ces émigrants laissent vacantes seront rapidement occupées au moyen de naissances plus nombreuses ; et c'est en efl'et ce qu'on observe. Au contraire, si un pays jusque là migrateur cesse subitement d'envoyer au loin des émigrants, sa natalité ne tardera pas à baisser (ce qu'on a observé en Suisse).
Si un pays, jusque-là stérile, devient productif, aussitôt il se peuple, soit parce que des colons vont s'y établir, soit parce que sa natalité augmente, et le plus souvent par les deux procédés simultanément. Tel est, par exemple, le Canada, où de nombreux colons anglais vont s'établir chaque année, et où la fécondité est en outre très considérable.
Exceptions au principe de l'cgualion des sutisistances. —S'il en est ainsi au Canada, c'est que le Canada est un pays salubre pour notre race. Mais en Inde ou en Cochinchine, les subsistances disponibles auront beau être abondantes, la natalité des hommes de notrerace n'en sera pas accrue, parce que ces climats sont pour nous rapidement mortels. L'Algérie a beau être un pays fertile, les hommes du midi de l'Europe (Provençaux, Italiens, Espagnols) sont les seuls qui y aient beaucoup d'enfants, tandis que les Allemands y ont une natalité inférieure à celle de leur pays et n'y élèvent pas le peu d'enfants qu'ils y ont, parce que le sol africain ne convient pas à leur race. Ainsi le climat a sur la natalité une influence plus grande que l'abondance des subsistances.
La quantité de subsistances nécessaire à 1 entretien d'une population varie d'ailleurs avec le climat, avec la race, avec le degré de culture do la population considérée : par exemple la Sicile nourrit une population très abondante, quoique elle soit moins riche que la France, mais aussi laut-il très peu de chose pour nourrir un Sicilien, paresseux et inactif; au contraire, un paysan ou
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un ouvrier normaïul consomme beaucoup plus : il est vrai qu'il travaille bi'aucoup plus aussi.
En résumé, ou peut dire que le nombre des liommes dépond de la quantité de substances alimentaires qu'ils savent tirer du sol: l'industrie règle moins le nombre dos liommes que leur répartition sur la surface du sol (ils tendent naturellement h se masser dans les régions industrielles). Eu général, la population, dans un climat salubre, et toutes choses égales d'ailleurs, tend à se proportionner aux subsistances disponibles.
Propurtion des sexes. — Il nait un peu plus de garçons que de filles (lOG, 6 garçons pour lllO filles), et cela est fort heureux, car les garçons meurent beaucoup plus que les filles dans les premières années, en sorte que l'équilibre entre les deux sexes s'établit dans le cours de la vie. Parmi les naissances illégitimes, la proportion des garçons est toujours un peu moins considérable (104). La position sociale des parents, leur âge, leurs mœurs modifient ce rapport d'une façon curieuse, mais que nous ne pouvons étudier ici. En général plus le père est fort et bien portant, plus la naissance Q un garçon parait probable.
Natalité illégitime. — En France 1000 filles et veuves de 15 à 50 ans produisent chaque année 18 naissances illégitimes : c'est une proportion qui n est pas très considérable (elle est plus forte dans les villes, plus faible dans les campagnes), et qui, contrairement à ce qu'on écrit souvent, est inférieure à celle qu'on rencontre en Allemagne, même dans l'Allemagne du Nord (Prusse 25). L Allemagne du Sud et surtout l'Autriche propre sont les pays d'Europe où les naissances illégitimes sont le plus nombreuses. Dans beaucoup de villes autrichiennes, la moitié des naissances sont illégitimes (à Paris, le quart seulement, soit &3 naissances pour 1000 femmes non mariées de 15 a 50 ans;.
Les naissances illégitimes sont beaucoup plus freqvientes dans le nord et l'est de la France j25 il :tO naissances pour 1000 filles) que dans le midi {:, à 10 naissances). On remarque que la région ou les naissances illégitimes sont le plus ■nombreuses sont aussi celles où les légitimations sont le plus fréquentes pa;- rapport aux naissances lltf/itt'tiei.
La natalité illégitime est plus forte dans les villes que dans les campagnes; plus forte dans les pays industriels que dans les contrées agritPsL'i, " n' '^""'r ''"'' "'^ catholiques et les proestants allemands que chez les Juifs, etc. On ne la malheureusement pas étudiée suivant les conditions sociales et les professions.
rTr,°n«'"^^' ~ °" ^PV'Me leur proportion par p:PP u ","" naissances mor/i-natalité. Dans ces ou enf :„; '=°""<="' félimin^-r les faux mort-nés, î'Vscr nit^ '' T^' 1 accouchement, mais avan obspri/o p '"'■ '^ '■^S's^'-e des naissances. On Observe en France les ciiiffres suivants :
Mort-nés sur 1000 naissances.
garçons 37
filles 26
2 sexes 32
garçons 08
filles 57
2 sexes 62
Parmi les légitimes...
Parmi les illégitimes
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ces prétendus mort-nés illégitimes sont dûs tout simplement à des infanticides. Le fait est incontestable au moins pour une; grande partie d'entre eux. Ce qui le prouve, c'est que la fermeture des derniers tours a augmenté du tiers la proportion des mort-nés illégitimes.
Mortalité. — On ne devrait jamais étudier la mortalité générale sans distinction d'âges. Cette mesure (sur 100 Iiab., combien de décès) est trompeuse, et le plus souvent inutile.
C'est par âges que doit être étudiée la mortalité d'un peuple quand on veut prendre idée des conditions de salub-'té dans lesquelles il se trouve. C'est un point de méthode élémentaire qui pourtant a trompé beaucoup d'auteurs; mais nous ne pouvons le prouver ici. Le tableau suivant donne les principaux éléments de la mortalité des Français :
Sur 1000 rii.'a7its de char/ne l'iye et de chaque sexe, combien de décès par an.
Ans. Masc. Fém. 2 scxess
60 à la mort.. G7,8 68,4 08,2
Mortalité des enfants de 0 « 1 an. — La mortalité à cet âge est sans doute très considérable, puisque un enfant qui vient de naître a autant de chances do mourir qu'un vieillard de 88 ans. Cependant, il faut reconnaître que, chez la plupart des nations étrangères, ia mortalité h cet âge est plus forte encore que dans notre pays. Dans plusieurs parties de l'Allemagne, près du tiers des enfants meurent dans la première année delà vie. Au contraire, les pays Scandinaves en perdent beaucoup moins que nous.
Parmi les causes qui aggravent la mortalité des jeunes enfants, il faut citer l'industrie des nourrices mercenaires, surtout quand elles allaitent au petit pot les enfants qui leur sont confiés. Les aliments solides leur sont encore plus funestes. Le lait de vache est impropre h nourrir les enfants, parce qu'il contient trop de caséine. Le lait des carnivores serait peut-ôtre meilleur. C'est pour surveiller les nourrices et étudier la mortalité des jeunes enfants qu'a été votée la loi du 23 déc. 1.S74 (loi Th. Roussel). C'est surtout autour de Paris, en Normandie, en Champagne, en Bourgogue que s'exerce cette fuueste industrie ; aussi la mortalité y est-elle énorme, tandis qu'elle est faible daus la Basse-Normandie, dans quelques départements du centre et dans U vallée de la Garonne.
Notre tableau montre que les petits garçons sont beaucoup plus exposés à la mort que les petites filles. 11 est assez singulier que ce soit justement k l'âgo où le sexe est le moins apparent que son influence sur la maladie soit le plus forte.
C'est surtout la diarrhée et la méningite (dont les convulsions sont souvent les symptômes) qui font périr les jeuues enfants. Ces maladies sont surtout fréquentes en été. Eu hiver, la pneumonie fait mourir beaucoup d'enfants. Mais cette maladie est moius redoutable que les deux premières. Aussi la mortalité est double en juillet de ce qu'elle est en décembre, et l'on peut dire que les enfants à la mamelle craignent deux fois plus la chaleur que le froid; ce qui est contraire au préjugé public et môme aux doctrines médicale» classiques.
Si, au lieu de considérer la mortalité de l'année entière, on étudie avec plus de détail l'âge des enfants, on trouve qu'ils meurent d'autant moins que leur âge est plus avancé. 11 semble que
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la naissance soit une opération critique dont ils se rétablissent progressivement.
La mortalité des enfants illégitimes est énorme dans notre pays. En France (et en France seulement!), elle est double de celle des légitimes. La mortalité de ces enfants malheureux est wrtout énorme dans les premières semaines qui suivent la naissance, et principalement pendant la seconde semaine. Cette circonstance et quelques autres encore font penser que c'est la faim qui les fait périr. Est-ce faute de lait, est-ce au contraire volontairement que les filles mères manquent souvent h nourrir leurs enfants? 11 serait délicat de se prononcer sur ce point. Quelle que soit la solution , l'enfant n'en meurt pas moins, et la cause première de sa mort est toujours la misère.
Moitittilé de làb ans. — Les enfants de cet âge meurent dans des proportions effrayantes autour de la Méditerranée : tandis que leur mortalité est de 20 à 25 p. 1011 dans le reste de la France, elle atteint autour de cette mer les cliiffres inouïs de 50, GO et même 80! « Il semble, dit M. Bertillon, que de cette mer d'azur s'clève je ne sais quelle vapeur funeste qui répand la mort autour d'elle, et tue l'enfant k son âge le plus gracieux et le plus charmant. » Mais ce n'est là qu une ligure de rhétorique. Quelle est la cause qui decime ainsi la population infantile de la Provence et du Languedoc ? On n'en sait absolument rien. Elle coûte chaque année 15 00 jeunes enfants à notre pays (non compris ceux dont la mortalité normale faisait prévoir la mort).
Mortalité de b à 15 ans. — C'est à lage de 10 ;\ 15 ans que la mortalité atteint son minimum.
Murtalilé de 15 à 30 aiis. — La mortalité à cet âge est plus forte en France qu« dans la plupart des autres pays de l'Europe. C'est à la mortalité des jeunes hommes de 20 à '2b ans que cette funeste aggravation est due. On ne sait comment expliquer cette mortalité si anormale. Elle est plus forte encore parmi les militaires que parmi les autres hommes. La phtisie est à cet âge la principale cause de mort. , ,
Moi-la/ité lie :i0 à 60 ans. — La mortalité à cet âge est plus faible en France que dans la plupart des pays de l'Europe. Plus nous avançons en âge et plus nous l'emportons sur nos voisins. C'est surtout en Champagne, en Bourgogne, en Normandie, dans le bassin de la Garonne, que la mortalité est faible. Elle est considérable au contraire en Bretagne, dans le Centre, dans les Alpes et dans la Provence. Les saisons n'ont sur la mortalité des âges aduhes qu'une action peu prononcée. „ , , ■ i .
Mortalité de 60 ans à la fin de la vie. — A cet âge la mortalité est moindre en France que dans aucun autre pays (la Norvège exceptée). Ce sont surtout la Champagne et la Bourgogne qui se font remarquer par leur faible mortalité. Les vieillards meurent surtout par les maladies des organes respiratoires : aussi est-ce particulièrement l'hiver qui leur est funeste : plus ils sont vieux et plus le froid leur est nuisible.
Migrations. — De tous les pays, ce sont les îles Britanniques et l'Allemagne qui fournissent la plus forte proportion d'émigrants. Chaque année 250 0(10 Anglais et lOOOilO Allemands quittent leur pays pour aller chercher fortune au loin. Les Allemands, n'ayant pas de colonies à eux, sont obligés d'aller chez les autres, et là ils oublient généralement assez vite leur langue et leur patrie. 11 n'en est pas de même des Anglais.
Grâce à la loi de l'équation des subsistances expliquée plus haut : 1° l'émigration anglaise a pour effet de stimuler la natalité des îles Britanniques; 2° arrivés dans leur nouvelle patrie (Amérique ou Australie), les colons, trouvant devant eux desJ
immenses ressources naturelles non exploitées, ont une fécondité souvent prodigieuse.
Ainsi l'émigration ne diminue pas la population de la mère patrie (sauf en Irlande, mais 1 Irlande est dans une position particulièrement malheureuse), et accroît énormément celle des colonies. On compte aujourd'hui, dans les cinq parties du monde, SO millions d'individus parlant anglais, mais il est impossible de deviner combien il y en aura dans un siècle. On peut seulement assurer que ce nombre sera énorme. Au commencement du siècle, cette langue n'était parlée que par 15 millions d'hommes environ.
L'accroissement de notre nationalité est malheureusement loin d'être aussi rapide. Nous étions 26 à 21 millions au commencement du siècle, et nous sommes 31 millions aujourd'hui : cela constitue une bien faible augmentation ; notre population, qui formait alors 2" pour 100 de la population des grandes puissances, ne compte aujourd'hui que dans la proportion de H pour 100. Tel est le résultat lamentable de la faible natalité que nous signalions tout h l'heure.
Le grand malheur de notre nation, c est de ne tirer aucun parti de notre grande colonie algérienne, où près de la moitié des immigrants sont des étrangers. Si ce beau pays était le but d un courant colonisateur sérieux, on peut espérer que notre natalité se relèverait, et que le nombre de nos concitoyens augmenterait de manière à assurer à la France la puissance militaire, la puissance économique, et surtout la puissance intellectuelle dont elle a joui jusqu'à ce jour.
[Jacques BertiUon.]
PORC ET KACES PORCINES. — Agriculture, XV.— Le porc se place, au point de vue de l'importance agricole, au même rang que le bœuf et le mouton; on pourrait même dire qu il a une plus grande importance, â raison de sa diffusion dans l'immense majorité des exploitations rurales. C'est surtout à cause de sa croissance et de sa multiplication rapides, comme du peu d entretien qu'il réclame, que le porc est estimé par tous les cultivateurs; dans les plus petites habitations rurales, on trouve moyen de l'entretenir et d en tirer
''"'est exclusivement pour la consommation de sa viande que le porc est élevé. Tout, dans le corps de cet animal, peut être considère comme produit. Non seulement la viande du tronc et des membres, et la graisse qu'ils renferment et qu on appelle lard, mais encore les pieds, la tète, la queue, le poumon, le foie, entrent dans 1 ahmentation. L-s intestins servent à fabriquer des saucisses et des boudins, pour lesquels on fait usage du sang de l'animal. Les poils ou soies du porc sont recherchés par l'industrie pour faire des
"^Différentes dénominations ont été données au porc suivant son âge et son sexe: les jeunes porcs sont appelés </o,-e(s ou porcelets; les maies reproducteurs sont dits verrats, et les femelles sont désignées sous le nom de truies.
Les variétés nombreuses de races porcines que l'on rencontre dans les exploitations rurales doi- . vent être rapportées à un certain nombre de types originaires qui forment autant d espèces. Pendant longtemps, on a admis que le porc domestique dérive du sanglier: cette liyP«t''fe ne peut être soutenue depuis que les recherches de M. Sanson ont démontré que le sanglier et les diverses espèces de porcs n'ont pas le même nombre
Trois types primordiaux paraissent être les origines de touies les variétés de porcs. Dans sa classification zootechnique, que nous avonsadoptce ici, M. Saiison I s .nppelle : race asiatique, race ccliique et race ibérique.
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La raco asiatique, qu'on a souvent appelée race •cliinoiso, se distingue par un front large et plat, un profil de la tête anguleux, une face large et très camuse, des oreilles courtes, étroites et drossées, un col épais et court, un corps cylindrique, dos membres courts et peu volumineux, et par conséquent une taille toujours petite, une peau plus ou moins pigmentée suivant les individus. Cette race, importée en Europe, a créé de nombreuses races métisses avec les autres races porcines.
La race celtique est caractérisée par une tcte relativement forte, une face allongée, un groin large et épais, des oreilles larges ei tombantes, un corps très allongé, un dos voûté, étroit et même tranchant, des membres longs, volumineux, fortement musclés, des soies grossières et abondantes, une peau de nuance rosée, dépourvue de pigment. Les animaux de cette race sont de grande taille; les femelles sont très prolifiques. Leur lard est d'excellente qualité ; d'ailleurs ces animaux élaborent plus de viande que de graisse. L'aire de cette race paraît être la plus grande partie de l'Europe occidentale; elle s'est principalement développée en France. Les principales variétés sont : la variété craonnoise, répandue dans l'ouest central ■de la France, et qui se distingue par son grand volume, la longueur de son corps, la brièveté relative de ses membres, la finesse de sa chair; la variété mancelte. à peu près la même que la précédente; la variété normande, à ossature plus grosse et à membres plus développés que les précédentes variétés : elle donne aussi une viande moins savoureuse.
La race ibérique a pour caractères : une tête peu forte, une face étroite à sa base, allongée et effilée, le groin petit, les oreilles étroites, allongées ■et dirigées obliquement en avant, presque horizontales, le col court, le corps de longueur moyenne, •cylindrique, à ligne dorsale droite, les membres Telativement courts et fortement musclés, la peau jortement pigmentée. Les animaux de cette race sont doués d'un tempérament vigoureux et rustique ; ils donnent une viande très estimée, d'une saveur accentuée. Ce type est originaire de l'Europe méridionale, et il s'est répandu dans la plupart des contrées qui la forment. Les principales variétés qu'il présente sont les variétés napolitaine, Tomagnole, toscane, grecque, hongroise, béarnaise, •espagnole et portugaise ; et en France, la variété ■bressane, h la tête relativement forte, au dos -voûté, au corps aplati, aux membres longs et grossiers; la peau est noire, avec une bande blanche ou jaunâtre autour de la partie médiane du corps; la variété du Quercy, du Périgord pA ■du Limousin, à. corps parfois entièrement noir, mais présentant le plus souvent des taches blan- ■ches plus ou moins abondantes, donnant une chair •de bonne qualité, et s'enfrraissant assez facilement; les variétés gasconn'' et languedocienne, plus tar- -dives et moins améliorées que les précédentes ; les variétés du Roussitlon et de la Provence; enfin 3a variété béarnaise, qu'on rencontre dans les Pyrénées, de couleur blanche et noire, à corps mince et à membres un peu longs; cette variété, rustique et tardive, est celle qui donne les fameux jambons de Bayonne.
Les croisements entre ces types primordiaux ont amené la formation de nombreuses populations métisses. Au premier rang de celles-ci se placent les races anglaises, obtenues par des croisements multipliés des animaux des races locales avec la race asiatique et la race ibérique, nu napolitaine, l'une et l'autre importées à diverses reprises dans les îles Britanniques. Il en est résulté une confusion absolue dans les types, si bien que les races ne sont plus distinguées maintenant, en Angleterre, •que par leur taille et leur couleur. Le plus grand
nombre de ces variétés sont remarquables par leur développement très rapide, la petitesse des membres et des os, et par la rapidité avec laquelle l'animal s'assimile les plus grandes quantités d'aliments. Les principales parmi ces races sont : la race Yorks)nre, de taille très variable, à peau blanche, présentant tantôt les oreilles dressées, tantôt les oreilles rabattues, d'une précocité de première ligne ; la race Berkshire, noire et blanche, rustique et féconde, à oreilles petites et dressées, à corps court et bien cylindrique; la race JVeuj- Leicester, à peau blanche, petite, à membres très fins, très précoce, mais d'une faible fécondité, et ne présentant pas de caractères zootechniques constants; la race de Hampshire, qui ne diffère de celle de Berkshire que par un corps plus allongé et un moindre perfectionnement; la race d'Essex, petite, à peau noire, à corps bien cylindrique. D'autres populations métisses ont été formées ailleurs par le croisement des races ibérique et celtique ; c'est ainsi qu'ont été formées notamment les races lorraine, westphatienne, remarquables par la qualité de leur chair.
Le but principal cherché par les éleveurs anglais dans les croisements qui viennent d'être indiqués «lait d'obtenir des animaux d'un développement très rapide, et d'un rendement considérable en chair et en graisse. Ce but a été complètement atteint: il faut toutefois faire observer que, chez ces porcs, la graisse prédomine beaucoup sur la chair, et que celle-ci est d'une qualité généralement inférieure à celle des porcs du continent. Cette considération n'était pas de nature à arrêter les éleveurs qui cherchent à obtenir le plus grand profit. Aussi un grand nombre de reproducteurs anglais ont été introduits, depuis quarante ans, en France, et dans les autres parties de l'Europe ; leur action a eu pour résultat la création d'un grand nombre de nouvelles races métisses, qui ont pris à ces reproducteurs leurs qualités, mais aussi leurs défauts. Ces races sont aujourd'hui très nombreuses. En même temps, des efforts considérables ont été faits pour développer, p.ir la sélection, la précocité des races locales, de telle sorte que celles-ci luttent aujourd'hui, parfois avecavantage, contre l'envahissement des croisements anglais, tout en ayant gardé les qualités primordiales de leur chair et de leur lard .
Les caractères que l'on doit trouver dans un beau porc sont les suivants : le dos sera très large, depuis le cou jusqu'à la queue, ce qui entraîne nécessairement la largeur des épaules et celle des reins; le tronc doit avoir une grande profondeur, et se terminer supérieurement et inférieurement par une ligne droite; les côtes doivent être bien arquées, do sorte que les flancs affectent la forme cylindrique ; quant aux cuisses, elles doivent être larges et bien développées ; les jambes doivent être fines et courtes ; la tête doit aussi présenter beaucoup de finesse. Dans un animal qui possède ces caractères, il y a prédominance des parties les plus utiles, en vue de la production de la chair et du lard. — Pour la truie, il faut ajouter que l'abdomen et le bassin doivent être amples, les flancs larges et les mamelles nombreuses et bien développées.
La durée de la gestation est, chez les femelles, de lui à 120 jours. Elles peuvent commencer à porter dès l'âge de huit à dix mois, et faire ensuite deux portées par an sans inconvénients jusqu'à l'âge de quatre à cinq ans ; dans les races précoces, on les conserve même moins longtemps. On prend le plus souvent ses mesures pour que les petits naissent au printemps et à l'automne. A chaque poitée, on a de six à dix petits.
La première nourriture des gorets est le lait de leur mère. Au bout d'une quinzaine de jours, on commence à leur donner un peu de lait avec de
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la farine. La ration est augmenlée progressivement jusqu'au moment du sevrage, qui se pratique au bout de six semaines ou de deux mois. La castration des animaux destinés à être engraissés doit être faite un peu avant le sevrage. Cette opération est pratiquée aussi bien pour les femelles que pour les mâles, quand on ne veut pas les faire servir i la reproduction.
Le porc est, de tous les animaux domestiques, celui qu'il est le plus facile de nourrir. 11 absorbe les eaux grasses et une grande quantité de détritus qui seraient perdus sans son intervention. C'est, à ce point de vuo un animal très précieux, et, dans un grand nombre d'cxple-tstions, on considère à juste titre sa production comme n'occasionnant presque aucun frais. Les porcs mangent aussi bien les matières animales que les matières végétales ; le plus avantageux est de les méiinge: les unes aux autres. D'un ^utro côté, le régime de l'été ne peut pas être le môme que celui de l'iiiver. En été, les animaux sont nourris h la porcherie ou au pâturage. A la porcherie, on leur distribue des fourrages verts, des choux, des feuilles de betteraves, de carottes; quant au pâturage, il est pris soit sur les prairies artificielles, soit dans les bois ou dans les champs cultivés, après 'enlèvement des récoltes. Durant l'hiver, la base ae la nourriture est dans les racines cuites, pommes de terre, carottes, épluchures de légumes, et dans le son ou les farines grossières. Ces derniers aliments, de même que le petit-lait, sont particulièrement réservés aux animaux placés dans la dernière période d'engraissement. Les eaux grasses forment, dans tous les temps, la principale partie de la boisson pour les porcs.
11 est assez difficile de donner des formules de rations alimentaires. Toutefois, il sera utile de placer ici quelques indications sur des rations dont la valeur pratique a été démontrée par M. Boussingault. La truie qui vient de mettre bas reçoit une nourriture en rapport avec le nombre de ses petits; pour une portée de cinq petits, on lui donnera, par jour, pendant la durée de l'allaitement, un mélange formé de 11 kilog. 250 de pommes de terre cuites, G kilog. de lait écrémé et caillé, et 1 kilog. 'Jô'> de farine de seigle. Après le sevrage, cette ration est réduite de moitié. Peu à peu, on revient à la ration d'entretien qui peut consister en 7 kilog. âUO de pommes de terre, broyées et délayées dans de l'eau de vaisselle et du petit-lait. Pour les jeunes gorets, M. Boussingault recommande la ration suivante pendant les trois mois qui suivent le sevrage : pommes de terre, '2 kilog. 500 ; eaux grasses, 4 kilog. ; lait écrémé et caillé, 300 grammes. — Dans les circonstances ordinaires, l'engraissement dure deux mois îi deux mois et demi. Pendant ce temps, les rations alimentaires doivent être plus fortes. Les racines et surtout les pommes de terre cuites et mélangées avec de la farine grossière et avec des tourteaux, sont les aliments le plus généralement employés pour l'engraissement. Dans les pays qui renferment de grandes forêts de chênes, les porcs sont conduits dans les bois où ils mangent à volonté du gland vert; ce régime, désigné sous le nom de gluiulce, convient très bien à leur engraissement. Les glands peuvent aussi être recueillis pour la nourriture à la porcherie. L'important est que les porcs à l'engrais absorbent la plus grande quantité possible d'aliments. L'engraissement est achevé, quand leur poids n'augmente plus d'une manière sensible. Le rendement moyen, en viande et lard, ea de SO à 85 pour 100 du poids de l'animal vivant.
Dans presque toutes les familles de cultivateurs, on tue chaque année un ou deux porcs, suivant les besoins de la liaison, pour la consommation ménagère. Dans les grandes porcheries annexées
aux fromageries, aux féculeries, aux brasseries, et qui en uiilisent les résidus, les procédés d'engraissement et d'élevage sont analogues à ceux adoptés dans les fermes.
C'est une erreur presque généralement répandue que le porc se plaît dans la saleté et que celleci profite à son développement. Aussi laisse-t-on le plus souvent les porcheries de côté, S5ns leur donner les soins qu'on prodigue aux étables, aux bergeries, à la basse-cour. La porcherie doit, au contraire, être entretenue dans un grand état de propreté : il faut en enlever le fumier et renouveler les litières régulièrement, en laver le pavé à grande eau. Pendant l'été, les porcs recherchent la fraîcheur; la chaleur leur est désagréable à l'excès, et, plutôt que de la supporter, ils se roulent partout sans avoir égard h. la saleté. Le mieux est d'avoir près de la porcherie un petit bassin ou une mare d'eau propre, où les animaux puissent se baigner, ainsi qu'une cour dans laquelle ils puissent prendre leurs ébats. En règle générale, les lois de l'hygiène doivent être observées aussi bien pour les porcs que pour tous les autres animaux domestiques.
Le porc est sujet à un certain nombre de maladies qui affectent divers degrés de gravité. Celles qu'il convient de citer pariiculicrement sont l'angine, la constipation, la diarrhée, la gale, l'entérite, rinflaminaiion des poumons, et surtout la ladrerie et la trichinose. — La ladrerie est provoquée par le développement, dans le tissu cellulaire, d'un ver vésiculaire, appelé cysticerque ladrique ; ce ver est une des métamorphose- du ténia. La maladie, quand elle est développée, est caractérisée par le développement de points blancs ou de vésicules sous la langue. Cette maladie est, pour le moment, incurable. Elle est dangereuse pour l'homme, car la viande de porc ladre peut donner le ver solitaire h ceux qui en mangent. — 11 en est de même de la trichinose; cette maladie est due au développement et à la multiplication, dans la chair du porc, de vers très petits appelés trichines. Les larves de ces insectes entrent dans l'organisme par les voies digcsiives. et pénètrent dans le sang et les organes où elles se développent. La trichinose a été principalement observée en Allemagne et aux États-Unis d'Amérique où. Si certaines époques, elle a fait de nombreuses victimes. Pour s'en préserver, il suffit de ne jamais manger de viande île porc crue, et, dans la cuisson de cette viande, de porter toute l'épaisseur de la masse i une température minimum de 71) à 80 degrés; les trichines ne résistent pas à cette température, et la, viande infestée devient inoffensive.
— V. Helminthes.
[Henry Sagnier.] PORCELAINE. — Connaissances usuelles, il V.
— On a beaucoup et vainement discuté sur l'éiymologie de ce mot, ou plutôt sur l'origine de cette désignation, et il n'est aucune langue ."i laquelle les chercheurs ne se soient adressés pour résoudre le problème. En résumé, nous savons que le» Romains avaient donné à une belle coquille, dont la valve est lisse et translucide, le nom de porca, dont les Italiens (sous-entendant le mot terre) ont fait le diminutif /^0)-ce//rt;(a, ou terre ayant l'aspect de la coquille appelée porca (que d'aillçurs nous connaissons aussi sous ce même nom vulgaire de porcelaine). Quoi qu'il en soit, la porcelaine peut être définie une sorte de poterie à pâte très fine, très dure, se distinguant des autres produits de la céramique par une translucidité qui la rapproche du verre. Sur la provenance première do la porcelaine, aucun doute possible. C'est aux Chinois qu'en revient l'honneur. Autant qu'on peut le déduire de leur lointaine histoire, ils en inventèrent la fabrication bien avant notre ère. Tout nous porte à croire que la porcelaine fut conmie dos Romains
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qui, au cours de leurs guerres avec les peuples de l'Asie centrale, rapportaient beaucoup de produits dont l'origino restait pour eux incertaine (comme, par exemple, la soie, sur la production de laQuelle ils avaient, toutes sortes de légendes). Selon plusieurs commentateurs de l'antiquité, les fameux vases 7nur>-hiiis, qui se payaient des prix exorbitants, n'auraient été rien autre que des pièces de porcelaine ricliement décorées, apportées à Rome par des marchands qui les allaient acheter en Asie Mineure, où elles arrivaient par les caravanes tartares. Il en fut ainsi jusqu'il l'époque où les conqufttesmusulmanes, jetantune grande perturbation dans les contrées d'Orient, imposèrent une sorte de barrière aux trafics commerciaux dès longtemps établis entre l'Asie et l'Europe. Les choses reprirent leur cours quand l'empire du Ijroissant fut régulièrement assis, et l'on sait qu'au ix" siècle la porcelaine arrivait en assez grande quantité chez les Arabes qui la recevaient par la double voie des caravanes et des navires leur apportant les marchandises de l'Inde. Il va de soi que dans les siècles qui suivirent, étant donné les relations fréquentes, pacifiques ou guerrières, entre le monde chrétien et le monde mahoraétan, l'Occident a dû voir arriver des pièces de porcelaine chinoise; mais nulle mention ne s'en trouve dans les auteurs. Au xiii° siècle, le voyageur Marco Polo, revenvi d'un assez long séjour en Chine, parle à plusieurs reprises dans son curieux récit de cette magnifique poterie, dont il avait nécessairement dû rapporter quelques échantillons en son pays. Lentement, d'ailleurs, nous voyons se répandre en Europe et le nom et la chose, jusqu'au moment où les Portugais, en doublant le cap de Bonne-Espérance, eurent ouvert la route maritime des Indes. Dès le commencement du xvi'^ siècle, en effet, la porcelaine chinoise fut répandue en assez grande quantité, mais encore tenue ;'i haut prix et recherchée cotutue objet de grand luxe dans les principaux États de l'Europe occidentale. Dès lors aussi beaucoup d'esprits furent en travail pour tâcher de connaître la nature de ce charmant produit de l'art asiatique.
Tout d'abord les idées, les opinions les plus étranges furent émises à ce propos. Des savants très sérieux écrivaient, par exemple, que la pâte de la porcelaine était due k un mélange de blanc d'œufs, de plâtre et d'écaillés d'huîtres, que, après l'avoir bien intimement malaxé, on enterrait pour qu'il se mûrit pendant cent ou cent cinquante ans. Le jour vint cependant, mais relativement tardif, où, au lieu de voir dans la fabrication de la porcelaine une sorte d'opération mystérieuse, on se mit en quête dos terres, des roches qui, soumises â la cuisson, pourraient donner une poterie translucide. On imagina en premier lieu un mélange d'argile marneuse et de minium, et l'on produisit une sorte de porcelaine qui, en réalité, n'avait rien de commun avec celle de la Chine, et qui depuis a reçu le nom de porcelaine tendre ou à fritte. Ces essais commencèrent la réputation de la manufacture de Sèvres, où ils avaient été faits ; et les produits de cette époque, obtenus par ce système, sont connus et recherchés dans le monde des amateurs sous le nom de vieux Sèvres. Cette porcelaine, qui, répétons-le, n'en est pas une dans la vraie acception du mot, a le désavantage de s'érailler au contact des corps durs, et de résister mal aux transitions vives de température, de telle sorte que les produits qu'elle donne sont peu propres aux usages journaliers. Par contre, elle se prête plus avantageusement â la décoration que la porcelaine dure; les couleurs y prennent mieux, y gardent plus d'éclat, et ainsi elle convient particulièrement h la fabrication des objets de pure ornementation.
Quoi qu'il en fût de l'importance de cette dé-
couverte, le problème posé n'était pas résolu, et il ne devait l'être que le jour où le hasard ferait connaître cliez nous l'existence d'une terre an.ilogue il celle qu'emploient les Chinois. Cotte terre, pour l'appeler du nom que lui donnent les artisans du Céleste empire, est le Icnolin, sorte d'argile provenant de la décomposition des feldspatlis; et la couverte (V. Poterie) de cet élément infusible est formée d'une autre roche feldspathique mé langée de quartz, dite pegmatite (chez les Chinois petuntse), qui est fusible à la haute température nécessaire à la cuisson de la pâte formant le corps de la poterie. Ces deux terres ou roches étant d'origine commune (car elles ne sont en quelque sorte que des modifications d'un même principe), il s'en suit que la porcelaine dure, corps et couverte, forme un composé plus homogène que ceux qui constituent les autres produits de la cérarai que : d'où un caractère parfaitement distinct et supérieur.
Or, quand il fut bien avéré pour les Occidentaux qu'ils feraient de la porcelaine le jour où ils auraient trouvé la terre convenable, ils la cherchèrent obstinément. Ce fut en Saxo que la première trouvaille en fut faite, en nti9, par un chimiste, ou plutôt par un alchimiste du nom de Cœttcher, qui dut au hasard d'être mis sur la trace d'un giseiuent de kaolin, avoisiné, comme cola a généralement lieu, de la pegmatite propre îi la couverte. Les premiers essais ayant donné d'excellents résultats, l'électeur de Saxe établit aussitôt h ses frais, dans le château d'Albrechtburg, une manufacture qui livra dès l'origine des pièces presque aussi belles que celles de la Cliine, dont elles imitaient parfaitement d'ailleurs le style et l'ornementation. Ce fut, pour employer le terme consacré, le Saxe, qui si longtemps, comme aujourd'hui encore d'ailleurs, eut la vogue dans le monde des amateurs. Quelque soin que prit, dès lors, le gouvernement saxon pour garder le monopole de cette fabrication, la plupart des grandes villes allemandes no tardèrent pas à avoir aussi leur fabrique de porcelaine; et bientôt le secret — car il y avait encore un secret ~ de la fabricatioii se répandit généralement. A vrai dire, sans rnatière première, la connaissance des procédés était lettre morte. Déji des manufactures étaient en pleine activité dans la plupart des Etats européens, et la Franco en était réduite à sa fabrique do Sèvres, qui continuait â produire sa porcelaine apocryphe, lorsque enfin, en nCS, une femme des environs de Limoges trouva dans le ravin de Saint Yriex une terre blanche et grasse qu'elle prit, la croyant simplement propre au blanchissage du linge, et qui n'était autre que du kaolin, de la plus belle et de la plus précieuse qualité.
De ce jour date pour la céramique purement française une grande et magnifique époque : car, mis en possession d'éléments de fabrication identiques à ceux de l'Orient, nos artisans, nos artistes ne s'astreignirent pas, comme l'avaient fait d'autres nations, à imiter, h contrefaire servilement les produits chinois. Un art propre fut créé chez nous de toutes pièces, qui, pour la beauté, pour .le bon goût des produits, n'eut bientôt rien à redouter des fabriques les plus renommées, et qui on plus d'un cas peut défier et vaincre les produits de plus pure provenance. Pendant près d'un demi-siècle, du reste, la fabrication de la porcelaine, concentrée aux mains de spécialistes parisiens, resta chez nous â l'état d'industrie de luxe, ne produisant que dans des conditions exceptionnelles et en vue de la seule clientèle opulente. Mais le jour vint où, sur les lieux mêmes des gisements do kaolin primitivement découverts, et sur plusieurs autres points où l'on en découvrit par la suite, d'importantes manufactures s'établirent, qui, répandant Ji profusion leurs excellents et écono-
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miques produits, ont peu à peu vulgarisé l'usage de la porcelaine. Ajoutons que, pour avoir pénétré sous les formes les plus simples, les plus communes, dans les intérieurs les plus modestes, et pour avoir ofl'ert h tous le confortable, d'abord réservé à quelques-uns, l'art du porcelainier n'a nullement renoncé au charmant privilège de se prêter à toutes les hautes et riches fantaisies qui le placent au premier rang parmi les gloires bien vivaces de notre grande activité nationale. On sait que, coocurremment avec notre itianufacture nationale de Sèvres, dont les œuvres sont universellement considérées comme autant de modèles accomplis, tant au point de vue industriel qu'au point de vue artistique, plusieurs grands établissements dispersent aujourd'hui dans le mnndo entier de véritables merveilles d'élégance, de bon goût, qui font que la porcelaine française jouit partout d'une renommée sans rivale.
Nous ne saurions nous étendre longuement sur les nombreux détails de fabrication, qui font rentrer l'art du porcelainier dans un ordre de procédés communs à la plupart des applications de la céramique. Etant donné la grossière argile destinée à produire les poteries les plus communes, ou la fine pâte de kaolin devant servir à former quelque riche pièce de porcelaine, il va de soi qu'en beaucoup de cas les procédés de manipulation seront identiques ou tout au moins analogues : l'artisan emploiera ou le tour ou le moule avec plus ou moins d'habileté, de soin, de délicatesse. Nous pouvons donc renvoyer le lecteur à l'article Poterie, où le? pratiques générales sont convenablement indiquées, nous bornant à signaler les quelques particularités qui différencient le travail de la porcelaine des autres manipulations céramiques.
A l'analyse chimique, la pâte de la porcelaine dure (dont, à vrai dire, les dosages peuvent varier selon les objets à fabriquer) accuse la présence en quantités majeures de silice et d'alumine, pour une toute petite proportion (:! à b p. 100) de chaux et de potasse. La couverte ou gluçure, toujours formée de pegmatite, a pour éléments principaux la silice, l'alumine et la potasse, et parfois un peu de magnésie. Les matériaux, broyés sous des meules, lavés, recueillis par décantation, sont d'abord pétris dans des cuves. La pâte obtenue est mise à ressuer, c'est-à-dire à s'égoutter dans <les sacs, sur lesquels on exerce une certaine pression. On doit ensuite (pratique qui rappelle en principe la légende dont nous parlions plus haut) la faire mûrir ou vieillir en la tenant immergée, non pas durant un siècle, mais pendant au moins une année, ce qui a pour efl'et non seulement de la débarrasser par pourriture de toutes les molécules organiques qui pourraient y être renfermées, mais encore de rendre plus intime le mélange des éléments qui la composent. Au bout du temps voulu, elle est battue, pétrie, roulée en cylindre, que l'on taille en menus copeaux appelés taurnasxures ; et l'on |ieut enfin la manipuler pour le façonnement des pièces.
Quand celles-ci sont façonnées, on les laisse sécher pendant quelques jours à l'air, puis, après les avoir enfermées dans des cassettes (caisses do terre réfractairc),on les place dans le haut du four rie cuisson, pour qu'elles y prennent ce qu'on ap- [lelle le dégourdi, qui est moins une cuisson qu'un parfat dessèchement des pièces. Après cette opération, elles sont en état de recevoir la I ouverte ou glaçure. qui s'applique soit par immersion di' la pièce dans un liquide où la pegmatite très finement pulvérisée est tenue en suspension, soit par aspersion du même liquide. La pièce dégourdie, étant encore poreuse, absorbe l'eau de la glaçure, et sa surface reste couverte d'une
poussière fusible, qui doit à la cuisson produire la couche vitrifiée.
Quelquefois, et surtout quand il s'agit de pièces ornementales, statuettes et sujets de fantaisie, la porcelaine reste sans couverte; c'est ce qu'on a coutume d'appeler le biscuit, qui, lorsque la pâte en est bien réussie, a l'aspect du marbre blanc le plus pur.
Quelle que soit enfin la disposition adoptée : porcelaine mate ou biscuit, porcelaine glacée ou avec couverte, il faut, après ce premier feu, ou dcgnurdissement, procéder à la cuisson proprement dite et définitive, qui a ordinairement lieu dans des fours cylindriques, où les pièces sont méthodiquement disposées, placées au préalable et à nouveau dans des cassittes, ayant pour principale fonction d'égaliser les effets du calorique.
Quand la cuisson est achevée (ce que l'on constate en retirant de temps en temps du four des fragments de porcelaine sur l'état desquels on juge du degré de l'opération), on ferme tous les orifices du four, pour laisser le refroidissement se produire avec lenteur et sans l'accès des courants d'air, qui pourraient causer de grands dommages dans les produits de la fournée. Enfin l'on retire du four les pièces achevées, qui, au cas où elles doivent être décorées avec plus ou moins d'art ou de luxe, passent aux mains des artisans ou artistes chargés de procéder aux travaux d'enjolivement. Cette décoration s'effectue â l'aide de couleurs généralement composées d'oxydes métalliques mêlés à des substances vitrifiables incolores connues sous le nom de foridants. Le tout étant réduit en poudres impalpables, les peintres, pour s'en servir, délayent les couleurs avec une essence : leur travail achevé, les porcelaines peintes sont soumises dans des fours spéciaux à une chauffe qui vitrifie le fondant, et fixe la couleur en la faisant adhérer à la couverte. L'or et les autres ornements à éclat métallique peuvent être obtenus par des applications de feuilles de métal, qui alors conservent leur brillant; mais le plus souvent on les obtient, comme les autres couleurs, à l'aide de précipités donnant des tons mats, que l'on amène au brillant par le /jrunissage (frottement à l'aide d outils en silex poli).
Ici se borne le résumé que nous pouvons faire dos pratiques générales afférentes à la fabrication do la porcelaine. Nous aurions encore de longues pages â écrire si nous voulions comprendre dans cet article les notions qui composent le savoir des amateurs appelés â se prononcer sur la nature ou la provenance des divers produits de cette grande et magnifique branche de la céramique. Toute une science spéciale existe, Ji laquelle on ne saurait être initié que par des études longues et minutieuses, avec pièces :"i l'appui. Pour la seule porcelaine de Chine, de gros manuels ont été composés où d'après la pâte, le glacé, le coloris interne, la décoration extérieure, les pièces sont classées par familles, par genres. Autre étude analogue pour les porcelaines du Japon, contrée qui, pour être plus jeune dans celte f ibricatioii, ne le cède en rien à sa devancière comme beauté, finesse, élégance des produits. Puis viennent les recherches relatives aux porcelaines que jadis fabriquait la Perse, etc. Pour l'Occident, l'amateur n'a pas à faire preuve de moins de tact et de subtilité quand il veut ne pas se méprendre sur l'âge, l'origine, la valeur artistique ou marchande des pièces qui lui sont soumises : car le nombre est grand des centres producteurs, délicats sont les caractères à saisir, et complexes les détails à retenir, â comparer pour arriver juste dans les diverses appréciations. C'est donc, répétons-le, une science d'amateur pratiquant, que nous n'aurions nullement la prétention d'enseigner. Il y a là d'ailleurs tout un vocabulaire S connaître, en