‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 278 sur 459 · I. PUONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

I. PUONOMS PERSONNELS

Les pronoms personnels sont ceux qui désignent les personnes, en indiquant le rôle que ces personnes jouent dans le discours.

Dans cette phrase : « Je devine que tu viens de cheî lui, )■ on distingue trois personnages différents -.je. tu et lui, qui sont les trois acteurs de ce petit drame. Ces acteurs ont des rôles différent*, que nous trouvons marqués ici par trois mots distincts ; le premier rôle ije) est celui de l'acteur qui parle de lui-même ; le second (tu), celui de l'acteur à qui l'on parle; le troisième {lui), celui de l'acteur dont on parle.

En trrmcs de grammaire, on appelle ces trois rôles des personnes (du latin persona, rôle, personnage do théâtre).

Les pronoms personnels sont :

' personne Je, i)ie, moi-

— Th, le, toi.

— //, elle, lui, le. la, i

— Us, eHes, eux; les, leurs.

n Tous ces pronoms viennent directement du latin; les deux premières personnes, des personnes correspondantes en latin ; la troisième personne a été empruntée aux pronoms démonstratifs latins.

Je, au xii« siècle yo, au x' io, au ix" in et aussi eo dans les fameux serments de Strasbourg de 84'2, vient du latin ego (je) ; par la chute du g, e(g)o devient eo, comme li{g)are est devenu lier : eo s'adoucit en i >, comme leonem en lion : io est postérieurement devenu jo (comme Dihionem est devenu Dijon). Enfin, jo s'est adouci en je. Nous avons vu le vieux français Io, ço, adouci en le, ce. — Me est le latin me (moi). — Mot vient également du latin me, comme toile vient de tela, voile de vélum. — N'^us est le latin nos (nous). — Tu, te, représentent le latin tu (tu), te (toi). — T:i vient également de te. — Vous est le latin vos (vous).

Le pronom' de la troisième personne latine is (il), ea (elle), a été abandonné par le français, sans doute i cause de son peu d'ampleur, et notre langue a emprunté sa troisième personne au pronom démonstratif i//e (celui-là), illa (celle-là!, illud (cela) : ille est devenu il, comme nulle a donné mil; illi a donné elle, comme axilla, aisselle; le pluriel iiU a donné le vieux français il, auquel la langue moderne a ajouté un s, d'où Us; elles vient de illus. — Eux vient de illos, comme cheveux, de capiUos. — On a vu (V. Article) l'origine de le, la, les. — Me, te, se, viennent du latin me, te, se. — Lui est le latin itlihuic (à ce-

lui-ci) qui, contracté en illuic, se trouve déjà sous la forme illui dans une inscription romaine publiée par Muratori. Illui est devenu l"i, comme illiim est devenu la, comme illorum est devenu leur, par la chute de la première syllabe.

Quand le ne désigne pas les personnes, mais les choses (comme dans cette phrase : la Pologne périra, jo le prévois), il signifie cela, vient du neutre latin illud icelaj, et nous représente à peu près le seul débris du genre neutre que nous possédions en français. Ce qui nous explique pourquoi aux questions : « Etes-vous la mère de cet enfant '? » ou » Etes-vous la malade ?» il faut répondre, je la suis (c'est-à-dire, je suis la personne dont vous parlez), — tandis qu'aux questions : « Etes-vous /«ère ? Etes-vous malade ?» il faut répondre je le suis, c'est-à-dire, je suis cela, (illud,, c'est ce que je suis, ce que vous m'avez demandé; jo possède <« qualité de mère ou l'état de malade. ^ £?i, dans le vieux français ent, vient du latin inde (en, de là) comme souvent vient de subiiide. — y, dans le vieux français i, vient du latin uhi (là). » (Brachet, Nouvelle grammaire.) Remarque. — 1° Les pronoms il, ils, eux, le, remplacent les noms masculins ; elle, elles, la, remplacent les noms féminins; les autres servent pour les deux genres.

2° Nous s'emploie parfois au lieu de je, soit comme marqua d'autorité : Nous décrétons ; soit pour donner à la phrase un ton moins tranchant : Nous sommes prêt à vous écouter ; soit dans le langage familier : On l'a réprimandé souvent, mais nous sommes opiniâtre. Alors l'adjectif reste au singulier.

3» Vous s'emploie par politesse au lieu de tu, et l'adJHCtif reste au singulier : Paul, vous êtes sage. i' Le, la, les, pronoms, ne doivent pas être confondus avec le, la, les, articles. — Le, la, les, pronoms, sont toujours placés avant ou après un verbe : Je te le donne, prends-i«. — Le, la, les, articles, accompagnent toujours un nom : Ni l'or, ni la grandeur ne nous retident heureux ;

5° Leur est pronom lorsqu'il signifie o eux, à elles; il accompagne alors le verbe et ne prend jamais de s. Ex. : Je leur ai donné un livre. Il est adjectif lorsqu'il signifie d'eux, d'elles, et il peut alors prendre la marque du pluriel : J'ai donné leurs livres à ces enfants ;

6° En est pronom lorsqu'il est mis pour de lui, d'elle, d'eux, d'elles, de cela. Ex. : J'aime cet enfant et j'en suis aimé. Autrement il est adverbe : S'en viens; ou préposition : Je suis en France ;

7» J' est pronom quand il signifie à cette chose, à ces choses, à cela. Ex.: L'aiîaire est imporunte, j'î/ donnerai tous mes soins. Autrement il est adverbe : Tu v cours.

8° Se, soi, s'appelle aussi pronom réfléchi parce qu'il rappelle toujours le sujet de la proposition. Ex. : On a souvent besoin d'un plus petit que soi. 9° Lorsque le pronom il ne se rapporte à aucun nom, comme dans ces phrases : // pleut, il faut aimer ses parents, on dit qu'il est impersonnel. li est alors véritablement le neutre latin il/ud. (On sait que neutre (neutrum) signifie ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire ni masculin ni féminin.)

10° Pour donner plus de force à l'expression, on joint aux pronoms personnels l'adjeciif même ; on a alors les pronoms composés : moi-même, toimême, lui-même, 7ious-)nêmes, etc. Ex. : Il a lu lui-même ma lettre; je viendrai moi-même.

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