‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 287 sur 459 · PROVERBES · texte numérisé non relu

PROVERBES

communes, qui colore en vert les eaux stagnantes des mares et des étangs; les Pfridinies, qui sont phosphorescentes, et qui contribuent avec les NoctiluqU'-s, êtres plus élevés, à produire le phénomène de la phosphorescence de la mer, etc. Plusieurs espèces forment des colonies relativement volumineuses et remarquables par la régularité de l'arrangement des individus qui les composent : tels sont les Dendrumonas, les Rhipulodendroti, etc.

Parmi les Infusoires suceurs, nous mentionnerons les Ari7iétes, qui vivent principalement aux dépens d'autres infusoires et dont les diETorents individus demeurent isolés ; les Solenophryes et les Dendrosonus, qui forment des colonies ramifiées, etc. I

Les Infusoires ciliés sont pourvus de véritables cils vibratiles. C'est à cet ordre qu'appartiennent les Vurticfl/es, qui sont ordinairement portées sur un pédoncule contractile ; les Stentors, remarquables par leur grande taille et la forme turbinée de leur corps; les Parinnéiies, qui sont également d'assez grande taille et se développent parfois en telle quantité dans les eaux douces et salées qu'elles les rendent absolument troubles; une espèce de ce genre, la Puramccie du colon, vit en parasite dans le gros intestin et le cœcum du porc et de l'homme. 1

Il faut encore rattacher aux Protozoaires les Giégrirines, organismes parasites, généralement restreints à une seule cellule; les N"itduqups, qui se rapprochent des Radiolaires dont tout le protoplasma serait contenu dans la vésicule centrale, et un certaiii nombre d'êtres ambigus formés par des groupes de cellules toutes semblables entre elles et capables de se séparer pour fonder en- ] suite d'autres groupes semblables: telles sont les Slagosjj/iœra, les Labyrintlailes, etc. |

[Victor Berlin.] 1

TROVERBES. — Connaissances usuelles, XII. — Le proverbe est une courte sentence résu- ' mant soit une vérité d'expérience, soit un conseil pour la conduite de la vie. Il y a différentes sortes de proverbes; les uns n'ont pas d'auteur connu ; ils sont, comme on l'a dit justement, la sagesse des nations. Quelque tête bien organisée a trouvé le tour original, la figure expressive, l'image plaisante ou la rime naïve qui a pour toujours fixé une idée. Telle est, par exemple, cette pensée: <> Pour 1 connaître un homme, il faut manger un minot de sel avec lui. » Ou cette autre: « Compagnie fait pendre les gens. » Quelquefois, au contraire, nous connaissons l'auteur de la pensée devenue prover- \ biale. Ce sont surtout les poètes, et parmi les poètes les plus grands et les plus fins, qui mettent cette monnaie en circulation. A La Fontaine appartiennent : « Chassez le naturel, il revient au galop. — Le sage dit, selon les gens : Vive le roi, vive la Ligue ! « A Molière : « Il y a fagots et fagots. — Le véritable amphitryon est l'amphitryon où l'on dine. » A Boileau : « L'ennui naquit un jour de l'unifornjité. >■ Quelquefois enfin les proverbes ont une origine historique et sont des mots qui ont été prononcés dans une circonstance connue, comme cette réponse des Suisses enrôlés au service de la France durant les guerres d'Italie : « Point d'argent, point de Suisses. »

De ces diflérentes sortes de proverbes, celle qui nous intéresse le plus est la première. Les proverbes sortis du peuple nous monirent au vrai quelles sont les préoccupations principales d'une population et d'une époque. Il n'y a qu'à prendre les proverbes sur Dieu, sur les saints et sur le diable pour se faire une idée de la religion moitié naïve, moitié sceptique de nos pères : o A q ui Dieu aide, nul ne peut nuire. — Contre Dieu, n ul ne peut. — Ce que Dieu garde, est bien g ardé. — En peu d'heures. Dieu labeure. — Lais-

sez faire à Dieu, qui est homme d'âge. — Mieux vaut avoir affaire à Dieu qu'à ses saints. — Il n'y a si petit saint qui ne veuille sa chandelle. — Derrière la croix souvent se tient le diable, n

Les proverbes de cette sorte forment une partie importante de la littérature populaire. Ainsi les fabliaux du loup et du renard, si chers au moyen âge, ont comme un d'Tiiier écho dans des adages tels que : » Ne donne pas au loup la brebis à garder. — C'est folie à la brebis de se confesser au loup. — Le loup et le renard tiennent ensemble conseil. — Conseil de renards, massacre de poules. — Le renard prêche aux poules. — A la fin sera le renard moine. >>

Les proverbes s'appliquent aux objets les plus divers. Il y en a qui concernent les occupations des champs, les saisons, la nature et les éléments, les animaux et les végétaux. D'autres, et c'est le plus grand nombre, concernent l'homme en ses divers états, avec ses bonnes et ses mauvaises qualités, aux prises avec les difficultés de la vie ou avec ses propres passions. C'est là qu'on peut étudier la philosophie populaire, qui est ellemême fort mélangée, prêcliant tantôt la morale du devoir, tantôt la morale de l'intérêt. A côté des maximes comme : u Fais ce que dois, advienne que pourra. . — Vis où tu peux, meurs où tu dois, » il en est d'autres d'une inspiration- moins élevée. Cependant les proverbes honnêtes et de bon aloi forment la majorité; voici un certain nombre de maximes sur l'amitié : « Aime qui t'aime. — Mieux vaut être aimé qu'admiré. — Qui s'aime trop n'a point dami. — L'amitié est une seconde parenté. — Vieille amitié ne craint pas rouille. — Ceux-là sont riches qui ont des amis. — L'ami par intérêt est une hirondelle sur les toits. — Il est toujours fête quand amis s'entre-assemblent. — Plus font deux amis que ne font quatre ennemis. — Il n'y a pas de meilleur miroir qu'un vieil ami. »

Il est vrai qu'en regard de ces saines maximes on en peut citer quelques-unes de moins louables : Il On n'a pas de plus prochain que soi même. — Qui ne se fie, n'est pas trompé. » C'est l'expérience de la vie qui a dicté ces sentences qui, entendues non comme une règle générale de conduite, mais comme avertissement en telle circonstance donnée, ont elles-mêmes leur vérité.

Toutes les nations ont leur collection de proverbes : la France en possède un grand nombre, parmi lesquels beaucoup de remarquables par le tour vif et dégagé de la pensée. Nos vieux écrivains, Villon, Marot, Rabelais en faisaient grand usage. Plus tard la mode s'en est un peu passée : mais quand on lit les développements qui ont remplacé ces anciens adages, on constate que le peuple a souvent l'avantage sur nos moralistes modernes. Combien de bon sens est ramassé en de courtes phrases telles que : « Par savoir, vient avoir. — Chacun est l'artisan de sa fortune. — Qui rien ne sait, de rien ne doute. — Tout passe, fors le mérite. — Qui fait la faute, la boit. — Mets raison en toi, ou elle s'y mettra. »

Nous avons à dire un mot des proverbes au point de vue pédagogique. L'école n'en fait peutêtre pas assez usage. Us fourniraient d'excellents sujets de composition dans les hautes classes, surtout si le maître prenait d'abord la pcécaulion de les discuter avec ses élèves et de leur en faire entrevoir la portée. Quelquefois il pourrait donner deux proverbes de signification opposée, et charger les élèves de montrer la part de vérité contenue dans l'un et dans l'autre. Ainsi l'audace est vantée en ces maximes : ■ Qui ne risque rien, n'a rien . — Il faut donner quelque chose au hasard. — Qui ne se met à l'aventure ne trouve cheval ni monture. " Mais la prudence n'est pas moins recommandée par celles-ci : a Dans le doute,

PROVINCES

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abstiens-toi. — Hasard n'est pas sans danger. — Deux sflretés valent mieux qu'une. » Comment concilier ces conseils ojiposés? en quelles occasion doit-on donner le pas à l'un sur l'autre? Parmi les exercices de i-éflexioji qui sont justement prescrits par la pédagogie moderne, il n'en est pas de meilleur que cette sorte d'analyse, qui peut être accompagnée de récits et d'exemples.

Les proverbes ont encore pour l'école un autre genre d'utilité. Comme ils renferment beaucoup de vieux mots, ils sont une occasion de remonter vers les sources de notre langue. Ainsi cette maxime pourra donner lieu à d'intéressantes explications : n Où fault mémoire, jambes travaillent. » Ce sera le cas de montrer la parenté de falloir, faille^ défaut. Cette autre : « Oignez vilain, il vous poindra: peignez vilain, il vous oindra, » pourra, outre les enseignements historiques et moraux qui y sont contenus, donner lieu à des rapprochements grammaticaux que nous n'avons pas besoin d'indiquer en détail. On y joindra ce proverbe d'origine rustique, mais à signification morale : n Qui ne point en herbe, ne croît pas en épi. » Comme l'école ne peut mettre entre les mains des élèves ni Montaigne, ni Amyot, elle atteindra au moyen des proverbes le même but, qui est d'éveiller la curiosité des enfants sur les vieilles formes du langage.

Mais le principal fruit de cette étude sera de' donner aux enfants une provision de règles de

France et les provinces voisines. Le Vexin (plateau de la rive droite de la Seine entre Pontoise et RouenJ se partageait entre l'Ile de France et la Normandie, la Brie entre l'Ile de France et la Champagne.

Sous les derniers Carlovingiens, l'Ile de France appartenait aux ducs de France, qui s'étaient illustrés par leur courage contre les Normands, et que les grands seigneurs do la Neustrie, le pays le plus exposé aux attaques de ces barbares, élevèrent à la dignité royale, en la personne de Hugues Capet, à la place des Carlovingiens. dégénérés et du reste Au-^trasieiis de race et de mœurs, et résidant hors de la Neustrie.

La convergence des rivières, qui descendent de toutes les directions vers l'Ile de France, la communication facile que la Seine lui ouvre vers la mer, oni fait depuis longtemps de cette région le fiôle attractif àetoute la France. De là résultent son rôle historique et l'importance de sa capitale, qui est devenue colle de toute la France, bien que n'y occupant pas une position centrale.

Au xviii" siècle, Paris formait un gouvernement militaire enclavé dans celui de l'Ile de France. Au point de vue judiciaire, le ressort de son parlement était fort étendu. Il allait depuis Dunkerque jusqu'à l'Auvergne.

L'Om.ÉANAis, traversé par la Loire, comprenait, au nord de ce fleuve, les campagnes fertiles de la Beauce, la grande forêt d'Orléans, les gatines de Montargis, et au sud du fleuve, les marais de la

conduite qu'ils seront habitués, non à accepter | Solnç/ne. Comme l'Ile de France, l'Orléanais faiaveuglément, mais à examiner et à discuter, de I sait partie du domaine de Hugues Capet; non pas manière à ne pas les employer au hasard et à ne ! entièrement toutefois, et il fallut, à diverses repas les appliquer à contre-sens. Ainsi cette part prises, que les rois acquissent par voie d'achat, de l'expérience de nos aïeux ne sera point perdue | ou partout autre moyen, les fiefs enclavés dans ni dédaignée, mais au contraire utilisée et honorée ] leurs domaines, pour arriver à l'unité complète par l'école, et mise au service des générations ! de tout le territoire. C'est ainsi que Chilippe I" nouvelles. acquit le Vexin français et le Gatinais.

Un recueil complet des proverbes français a été i Apanage sous les Valois à la famille d'Orléans, fait par Leroux de Lincy dans la Bibliothèque [ l'Orléanais fit retour à la couronne à l'avènement Janet. Un recueil abrégé, qui trouverait utile- j du duc d'Orléans, sous le nom de Louis XII. ment sa place entre les mains des instituteurs, a Depuis, le premier prince du sang après l'hériété publié sous le titre : Le vérita^'/e S"nchn- I tier de la couronne a continué à porter le titre de Pduzn, dans la Bibliothèque des chemins de fer duc d'Orléans, mais sans avoir de droit efi'ectif sur (maison Hachette). [Micliel Bréal.] I cotte province.

PUOVIIVCUS. — Géographie de la France, IV. ; Louis XII apporta en même temps au domaine — Avant que l'Assemblée constituante ne parta- ' royal le Biaisais, ou comté de Blois, qui, longtemps geât le territoire français en département^, aussi ! indépendant du reste de l'Orléanais, avait été équivalents que possible sous le rapport de la su- [ momentanément dans la suite réuni à la Chaaiperficie et de la population, le royaume était divisé pagne, puis acquis par l'aïeul de Louis XII. en un certain nombre de gouvernements corres- La NonMANDiE forme une région bien distincte, pondant pour la plupart aux anciennes jirovinces, ] Elle commence, au nord, avec le plateau élevé de dont l'origine remontait aux temps de la féodalité \ Caux, que la Bresle (rivière qui aboutit dans la et qui concordaient plus que les départements Manche au Tréport) sépare des plaines basses de avec les régions physiques du sol. i la Picardie. Les côtes normandes se développent

C'est par la réunion de ces diverses provinces ou en falaises élevées le long de la Manche jusqu'à pays entre les mains des rois de France, puis l'embouchure de la Seine : c'est la Haute-Norsous l'autorité des gouvernements qui les ont rem- I »ia?!dîe, que le pays de Braij (Neufchatel et placés, qu'a été constituée l'unité territoriale de la Gournay), tout couvert de pâturages, rattache au France. Nous allons les passer successivement en Vexin et au Beauvaisis. Au sud de la Seine, la revue sous ce rapport. | liasse-Normandie offre de riants pâturages, au

L'Ile de France comprenait le pays entouré par milieu desquels se distinguent ceux de la vallée la Seine, la Marne, la Nonette (affluent de l'Oise d'Auge (entre Caen et Honfleur) où l'on élève qui passe à Senlis et Chantilly) et l'Oise. C'était beaucoup de bestiaux. Puis vient la presqu'île l'ancien pays des Parisii, dont la capitale de la du Cotentin, que la baie du mont Saint-Michel France a tiré son nom. Toutefois les limites de et le cours du Couesnon. son tributaire, séparent cette province s'étendirent davantage par la suite : de la Bretagne. Au sud, la Normandie s'étend à l'ouest, jusqu'à lEpte et l'Eure, qui la séparaient jusqu'aux collines du Maine et du Perche, de la Normandie ; au sud jusqu'au pied des cam- i La Normandie tire son nom des Normands, pipagnes de la Beauce et du plateau d'Orléans, qui rates Scandinaves qui s'y établirent et s'en firent faisaient partie de l'Orléanais ; au sud-est et à concéd('r la possession par les Carlovingiens, au l'est, jusqu'au pied des contreforts du Morvan et ' début du x' siècle. A la fin du siècle suivant, le aux plaines de la Champagne; au nord , enfin duc de Normandie devint roi d'Angleterre par la jusqu'aux hauteursduVermandois (Saint-Quentin) ' conquête qu'il fit de ce royaume sur les Saxons, et à la vallée de la Somme, qui faisaient partie de ' mais il resta vassal du roi de France pour la Noria Picardie. I mandie et les autres possessions continentales

Plusieurs pays se partageaient entre l'Ile de ' qui lui échurent successivement.

PROVINCES

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Philippe-Auguste confisqua la Normandie sur le roi Jean-Sans-Terre, au commencement du xiii' sièrle Depuis, elle fut reprise par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, définitivement reconquise par la France en 1450, sous Charles VU. Rouen, la capitale de la Normandie, devint le sic'ge d'un parlement à partir de i4!i9. Le Havre formait un petit gouvernement distinct du reste de la Normandie, comme Paris dans l'Ile de

France. ... ., , j

La Bretagne forme à l'extrémité occidentale de

Picardie, mais faisaient partie du gouyernement militaire de l'Ile de France. Le reste de la Picardie formait un gouvernement, cap. Amiens. Ces divers pays ont suivi des destinées différentes, avant d'être définitivement rattachés à la couronne de

''"""vermandois formait h la fin du ix' siècle un comté qui, cent ans plus tard, fut ""'. =>" \^'«;* et fit retour à Philippe-Auguste par voie û acquisition et de conquête en même temps que 1 Amiénois et le Valois. Ce dernier pays, apanage à la

"" . ..^ .. __■-! x 1., /./Mii-nniiM avec

La Bretagne forme a 1 extrémité occiuBMw.o u>j ""■; V -^.^.T. „ j^j ^ la "couronne avec

-hiLS: j^c^gi^^'S -e^^pt ^1^ 1;SiS S^gu^^p^::^^

leurs sur le continent. Les Bretons ont longtemp PP^r^^^/J^^'^P^P^^^Sfi^^^utr'^conquis pendant maintenu leur indépendance contre les Francs. Ce | [°' Jj Anfieierre e roiR ^ ^^j^^^ au duc de n'est que par exception que les rois Mérovingiens '^g"err«^e Cent Ans pms abano ^^^^

pénétrèrent chez eux à la fin d"/"; .f .^'fi '^ . ' rfrrtuc n?a?les le Té néraire LouisXl mit la main (;harlemagn.,laBretagnedevint duché bénéficiaire, 1 du <'"=^^''"'TJ* É^^^^^^^^ étaient situés-

puis royaume indépendant et enfin duché vassal | su, '\P^^^'\\'^4'„,'''"'',,7é.îuit ainsi à la France de la Normandie. Pendant la guerre de Cent Ans, le long de 'f ,^""\™^/'/?"^„ J""' U BretagTe fit souvent cause'commune avec les , >'A-'éno.s e les viU^^^^^^ . ^^^^^^

Anglais à qui elle ofl;rait de "«mbreux ports de 1 On connal^ cents ans f^' entre lel mains des débarquement. Enfin le mariage de «-''".^l"** "f' l P'"', "^^ f5"^ ^eur dernière possession sur le avec Anne, duchesse de Bretagne, P\^y>^'\\] '^"f^'ll^'^l'^ elle leur TflVait un point sur de réunion de cette province à la couronne. Louis XII continent, ou ^'c leur ou, v ^

épousa k son tour Anne de Bretagne après la mort débarquement, et fut ei^fin repris par d!^ Charles VIII qui ne 'a-->t PO."t d'enfants. Guis^e sou^^^ ^ ,a Bourgogne

Pendant ces deux mariages, la reine ^nne con- Au sud est ae i iie ^ ; j ju bassin

tinua . gouverner son duché d'une manière mde- i occt^ipe les passages qui co ^^ ^,^^^^^

pendante. Enfin, François I", ayant épouse un an de l^.^^f'"';.''^"^/''^" te rivière. Les eaux de avant de monter sur le trône, Claude, fiUe d Anne jusqu aux rives de cette riue^^^^^^ ^^

de Bretagne, le duché se trouva, pour la seconde a ^'^'''^1,^ vZhl vTrl^Zl , lYonne; la fois, ent?e les mains de la reine de France. Apres ^/'. P«^^'^"\, '/j",'",", •„d',^[prr J'Àr oux ; la Saône, la mort de la reine Claude en l.«4, son époux se Lo!^^,' °" ^^' ^^.^^^fdfla Ti le, de l'Ouche, de la fit reconnaître comme souverain par la noblesse quelles grossissent ae m Ji , bretonne,etlaréuniondu duché à la France de-, Dheune ^^^ ^^^ Burgondes,

vint définitive, quelques années après. Rennes, ca- V^^^^'^Jf^Sne "•« ^^ ^^ j^

nitale de la Bretagne, fut dès ce moment le siège ; qu occupèrent tout '^ °;^^"' " y^„ ^^3 pre- Tun parlement frinçais. et la Bretagne conserva , Saône - "W- ^ e^ Le^ roj Robert.^l^ ^^^^^^^ ses Etats provinciaux jusqu'en 1 ,S9 1 m ers 'r=^P""=";'"^,/fut le fondateur de la prê-

ta Champagne occupe à l'est de 1 Ile de France au xi siècle^ ^"'Bourgogne, dont l'héritage revint de grands plateaux calcaires, souvent peu fertiles "^^'^«J'']^"" ^ b"» qf^el mes années après la ou couverts de forêts, qui commencent au revers au roi ^«^" .^,^g^';°"Lè' roi l'apanagea en faveur occidental de l'Argonne et s'abaissent graduelle- bataille de P° «^^- ^y^'Jji P,; /était distingué ment à l'ouest vers le bassin de Pans. L Aisne, , de son fils Philippe eHauli, 9 ^^ fondateur

la Marne, l'Aube, la Seine traversent la Cliampa- par sa valeur à l'oitie'-s. ^«'^ , do„t les

gne, h peu près parallèlement de l'est à l'ouest, de a seconde "^^'^^^^^f^j^^ur H*e^^«. é-^"?- La Champagne formait un comté indépendant <= >efs par leur pmssance et leu^^ n'y eut que depuis le milieu du ix= siècle. En l-.'34, sous seront •>'«"'"» '''^p5°''f^'//. Philippe le Hardi, saTnt Louis, le comte de Champagne, qui était un <J"^ ",/„"'^^p,^„^/^p',î,ippè îe 'boh, e?^harles le des plus grands et des plus puissants seigneurs Jean sans ^ur Flulippe le ^ j^ (^ XI

rerriWriaSx de France, hérita de la couronne ^«■^^^^^'■■^«^ ^P,^^^ , jrMurie le duché de Bourroyale de Navarre. Philippe le Bel, par son ma- , enleva à^a fille "'^ q»"' ' ;i„g, ^c la Somme, r.age avec la fille de ce comte, réunit la Cham- f,°g"« «" ^"^^^'^^"'Pollîri MaximU^ pagne à la couronne. . 1 I ' "f, '''hp ^^ .i7de Bour^^ogne, que le Chnrolais.

Dans le nord de la Champagne, Sedan, qui ap- «poux de Mane d^^»^^»''^.^ 't, ^he i celle d'Espartenait au duc de Bouillon, futvendu par celui- C«lm-ci passa de a mai>o .^^ f^^ donné

ci à Louis .Mil, et formait un petit gouvernement P^g''^ f ^P"^^! "ji revint de hi maison de Bourdistinct durestedela Champagne, qui av.u Troyes - ^-nd Conde^^Il re.^

""^[i Zd" e l'Ile de France, la P.caroie, dont la ! Comme. ^^ Bretagne la Bourgogne avaU^^^^^^^ Somme forme le principal cours d'eau et le trait Etats provinciaux et sa capitale. U.jon d'union entre ses diverses parties, <^°".''n«",«'''' 1 ** "J^; P^J f "1''"^^^^^ la B,-m6 (Bourg),

avec le Vermandois, capitale Saint-Quentin, ou ce De 1 ^"^ ^.,^"'V IV /,o,«" v Seyssel), et le pays fleuve prend sa source. A l'ouest du Vermandois, '? ''"f V 'f '^^éuni â^

on trouve successivement le Santerre cap Pe- de Ge.v qtii sont réun^^^^^^^^^ du gouvernement

ronne, l'Araiénois, le Ponthieu, cap. Abbeville, le ment de ^^l" 'l^^^l^^H '^lU appartenaient primi- Vimeu,cap. Saint-Valery, puis, en remontant au "."'''^'■■« /e la Bourgo "e Us app H

nord le long de la côte, le Calaisis, qui enveloppe tivement au duc de Sa^ol. , et ^^'\^ [^ par-

les hauteur! du Boulonnais, appartenant au pla- , de.ce pnnce en ui donna, t ^n ec g ^^^

teaude l'Artois. Au su,l de la Somme, le Beau- 'l^'^^^de Saluces qu. a^aU 0^^^^ vaisis, le Noyonnais, le Laonnais, le So.sso.nais, , français Pf"d^"'l^^.„fP'-''^,""e plateau qui dégroupés auto'ur des villes de même n,mi, et e , .A ' ""«^.^ de ^,^^''='^"„'',.'i',.^,^e et la droite da Valois cap. Senlis, étaient encore situés dans la mme la rive gauche de la bauno

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RliAiifi, au-dcS9vis de Lyon, le sol est tout couvert d'ctangs. C'i'St le pays de Donihes, t|ui appartenait au connétable de Bourbon et fut confisque sur lui par François 1". Sa capitale Trévoux éiaii le siège d'un parlement particulier. Rendu plus tard en toute souveraineté h la famille de Montpensier, le pays de Dombes fut échangé par Louis XV contre des domaines à revenus utiles et fit retour h la couronne.

Le Lyonnais, groupé autour de Lyon, i cheval sur le Rhône et la Loire, formait un comté dès la fin du IX" siècle et fit partie du royaume d'Arles. La ville devint plus spécialement le domaine des archevêques, tandis que les comtes prenaient le titre de comtes de Fojx'z (Feurs. entre Lyon et

toucliant au sud la chaîne des Pyrénées, le Languedoc couvre au nord toute la chaîne des Cévennes et déborde ^ la fois sur la Loire et le Rhône. C'est donc une des plus vastes provinces de France. Elle tire son nom de ce que oui s'y disait oc, tandis que les pays au nord de la Loire sont les pays de languf d'oil.

C'est, dans le Languedoc que l'ancienne civilisation romaine s'est le plus longtemps conservée, c'est le pays qui a le plus lutté contre la domination franque venue du nord, et celle des rois de France qui la continuait. Toulouse était une capiiale florissante sous les Visigoths, et à l'époque des croisades, les comtes de Toulouse étaient plus riches que les rois de France. L'un

Montbrison). Philippe le Bel se fit céder Lyon par , d'eux pouvait mettre 100 000 hommes sous les son archevêque (13ii*). Quant au Forez, il devint, i armes.

comme le Iteanjolais (Geuujcu, Villofranche, entre La guerre dite croisade des Albiijeois, entre- Lyon et Mâcon) et plusieurs autres provinces du , prise sous un prétexte religieux, mais envenimée

centre de la France, le domaine des sires de Bourbon, et fut confisqué par François i" à la suite de la trahison du connétable.

Le Daiphixé est compris entre le Rliône au nord et à l'ouest, la Durance au sud, les Alpes à l'est. Formé de plaines au nord-ouest, dans le Vie7inois, le Dauphiné est en grande partie couvert de montagnes. L'Isère, qui arrose la fertile vallée du Graisivaudan, et se grossit du Drac, torrent descendu du Champsaur, est la principale rivière du Dauphiné.

La Durance, sortie du Rriançonnais et de VEm-

par la haine et la jalousie des gens du Nord contre ceux du Midi, se termina par la victoire des premiers et la ruine de l'indépendance méridionale. Louis VIII acquit le Bas-Languedoc (c'était la partie riveraine, cap. Montpellier) et y établit les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne. C'est ainsi que l'autorité royale atteignit, pour la première fois depuis Charlemagne, les bords de la Méditerranée, et que saint Louis put s'embarquer pour la croisade dans un port à lui appartenant, Aigues-Mortes.

Ce dernier roi, à la suite de la guerre entre

bntnaif:, reçoit le Bucch, autre rivière dauphi- , Amaury et Simon de Montfort, chefs des croisés, noise. Entre l'Isère et la Durance, la Drùme, qui I et Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, arrose le Diois et le Valenlinois, appartient aussi acquit encore pour lui-même le Gévaudan {Mende tout entière au Dauphiné. L'héritage de ces di- et la LozèreV le Velay (haute vallée de la Loire), vers pays fut laissé au roi de France sous Phi- le Vivurais (Viviers), et maria son frère, Alphonse, lippe VI de Valois, à condition que l'héritier de la i comte de Poitiers, avec l'héritière du comte de couronne de France porterait désormais le titre Toulouse.

de Dauphin. Charles V a été le premier prince français à porter ce titre dans ces conditions. Le Dauphiné avait ses Eiats provinciaux comme la Bretagne, la Bourgogne, et sa capitale, Grenoble, était le siège d'un parlement.

Au sud de la Durance, la PnovExcE, couverte de montagnes brûlées par le soleil, mais moins élevées que celles de la Savoie et du Dauphiné, jouit d'un climat très doux. Elle s'étend à l'ouest jusqu'au Rhône, au sud jusqu'à la Méditerranée. Elle tire son nom de ce qu'elle fit partie de la provihce de Gaule romaine. Elle entra dans le royaume d'Arles, après la dissolution de l'empire de Charlemagne, puis, quand le royaume d'Arles fut absorbé nominalement dans l'empire d'Allemagne, la Provence forma un comté, qui arriva par héritage entre les mains de la maison cape

Sous Philippe III le Hardi, Alphonse de Poitiers et sa femme moururent sans postérité, et leurs vastes domaines, comprenant, avec le Poitou, le Toulousain, l'Albigeois, le Quercy (Cahors), le Ronergue (Rodez) et l'Agénois, furent réunis à la couronne do France.

Le Languedoc possédait des états provinciaux, et sa capitale Toulouse eut le premier parlement créé après celui de Paris, quand ce dernier devint sédeniaire en 1.30"2.

La Gascogne occupe principalement le triangle compris entre la Garonne à l'est et au nord, et l'Adour à l'ouest. Le sommet de ce triangle est au plateau de Lannemezan, entre Tarbes et Toulouse, et le terrain descend de ce plateau en forme de cône d'éboulement vers les deux fleuves que nous avons nommés. De nombreuses rivières très

tienne d'Anjou, fondée par un frère de saijit Louis, peu abondantes sillonnent ce triangle en formant Cette maison finit avec René, qui portait le titre l'éventail autour de son sommet. Le duché de

de roi, par suite de ses prétentions sur le royaume de Naples. Ce roi René institua Louis XI pour son héritier, et la Provence se trouva dès lors réunie à la couronne de France, en même temps que les autres possessions de René, le Maine et l'Anjou. Aix, la capitale de la Provence, était le siège d'un parlement, et la province avait ses Etats particuliers.

Au nord de la Durance, il y avait un domaine appelé marquisat de Provence, et qui appartenait aux comtes de Toulouse. Il passa à la couronne à la suite de la guerre des Albigeois.

Dans le nord do la Provence, la vallée de Barcelonnette, dans les Alpes, ne fut réunie à la France que sous Louis XIV, et la possession en fut confirmée 5, ce roi par le traité d'Utrecht.

A l'ouest du Rhône commence le Languedoc, qui occupe le col de Naurouze, passage bas et facile entre le bassin de la Méiliterranée et celui de la Garonne. A cheval sur ces deux bassins, et

Gascogne a conservé le nom des anciens Vascons que Charlemagne eut à combattre et qui représentaient l'ancieime nationalité ibère, autrefois maïiresse de tout le sud de la France.

Le duché de Gascogne, héréditaire et indépendant sous les derniers Carlovingiens, fut uni à, la fin du xi" siècle avec l'Aquitaine, dont hérita Eléonore, épouse de Louis VII. Mais après le divorce de ce roi, Eléonore se remaria avec Henri Plantagenet, roi d'Angleterre et lui apporta la possession de ses vastes domaines, c'est-i-dire do la plus grande partie d-; la France occidentale, au sud de la Loire. La réunion de l'Aquitaine avec les biens de la maison d'Anjou et la Normandie fit du roi d'Angleterre sur le continent un vassal du roi do France plus riche que lui en puissance territoriale.

La Gascogne se morcela en un grand nombre de domaines distincts, dont la plupart échurent en héritage à Henri IV, qui les apporta à la Franco en montant sur le trône. C'étaient le Labour, capitale

PROVINCES

PROVINCES

Saint-Jean-de-Luz ; les Landes, capitalfi Dax ; la Chalosse, capitale Saint-Sever; le Marsan, cnpitale Mont-de- Marsan; l'Albret, capitale Nérac; l'Armagnac, capitale Auch ; le Bigorre, capitale Tarbes ; le Couserans, capitale Saint-Lizier. Beaucoup de ces petits pays avaient leurs étals particuliers. De la Gascogne faisait aussi partie la Soûle, capitale Mauléon, qui, comme le Labour et la Basse- Navarre, se distingue par la nationalité basque de ses habitants.

Au gouvernement de Gascogne était uni celui de GiYENNE, capitale Bordeaux. Cette province, partie de l'ancienne Aquitaine, comprenait le Rouergue, le Quercy, l'Albigeois, l'Agenois, le Bordelais, le Périgord, c'est-à-dire les bassins des rivières qui, du revers sud du plateau central, convergent vers Bordeaux et le bassin de la Gironde.

La Guyenne, longtemps disputée entre les Français et les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, fut enfin reconquise pour la France sous Charles VII : la victoire de CastiUon, sur la Dordogne, et la prise de Bordeaux terminèrent enfin cette terrible guerre. Bordeaux devint alors le siège d'un parlement.

Le Périgord, apanage depuis à la famille d Orléans, puis à celle d'Albret, revint à la France à l'avèneraent d'Henri IV, héritier de la maison d'Albret. Les douze provinces que nous avons passées jusqu'à présent en revue : lie de France, Orléanais, Normandie, Bretagne, l'icardie, Cliampagne, duché de Bourgogne, Lyonnais avec le Beaujolais et le Forez, Dauphiné, Provence, Languedoc, Guyenne et Gascogne formaient les douze grands gouvernements militaires organisés sous François 1".

Au nord de la Guyenne, la Charente traverse successivement I'Angocuois , capitale Angoulême ; la Saintonge, capitale Saintes ; et I'Aunis, capitale La Rochelle. Ancien comté au ix' siècle, devenu propriété de la famille de Lusignan, l'Angoumois tomba par déshérence dans les mains de Philippe le Bel. Pris par les Anglais, puis apanage aux Valois-Orléans, il fut apporté à la couronne par François I"' à son avènement.

Quant h la Saintonge et h 1 Aunis, pays riverains de l'Océan, riches en vignes et en marais salants, ils avaient été conquis sur les Anglais par Louis Vlil. Lorsque saint Louis restitua aux Anglais une partie des conquêtes de son père et de son aieul, la Charente devint la limite des possessions françaises et anglaises, et ce fut pendant la guerre de Cent Ans que ces provinces furent entièrement reconquises par la France.

L'Angoumois et la Saintonge formaient un gouvernement militaire capitale Àngouléme, etl'Aunis un autre, capitale la Rochelle.

Au nord delà Saintonge, de l'Auni-; et do l'Angoumois, s éiend le Poitou, bas et marécageux du côté de l'Océan, où existait autrefois le golfe de Poitou, plus élevé et boisé dans le Hccaqe, qui occupe le faîte de partage entre le bassin de la Vienne, affluent de la Loire, et celui de la Sevré Niortaise et des autres affluents directs de rOccan.

Le Poitou formait un comté dès le règne des premiers Carlovingiens, et les comtes de Poitiers, sa capitale, devinrent bientôt ducs d'Aquitaine, maîtres de la Guyenne, et les plus puissants seigneurs de la France méridionale avec les comtes de Toulouse. Possession d'Eléonore de Guyenne, le Poitou fut apporté successivement en dot à Louis VII. roi de France, puis à Henri Plantagenet, roi d'Angleterre. Conquis par Philippe-Auguste, il fut apanage par Louis Vlll en faveur d'un de ses fils, Alphonse, qui devint comte de Toulouse. A la mort de ce dernier il revint à Philippe le Bardi. Pris par les Anglais pendant

la guerre de Cent Ans, reconquis par Charles V, il fut encore une fois apanage en faveur de l'oncle, puis du fils de Charles VI, et fit définitivement retour à la couronne avec l'avènement de Charles Vil. . ^

L'Anjou, capitale Angers, occupe cette plainebasse et fertile, souvent inondée, que parcourt la Loire et où elle se grossit de la Maine, formée par la réunion de la Mayenne, du Loir et de la Sarthe. Sous les Carlovingiens, l'Anjou formait un comté dont les seigneurs montèrent sur le trône d'Angleterre, où ils commencèrent la dynastie des Plantngenel-', au milieu du xii» siècle. Confisqué par Philippe- Auguste sur le roi Jean sans Terre, en même temps que la Normandie, l'Anjou fut apanage, sous saint Louis, à un frère du roi, Charles. La maison d'Anjou régna à Naples, d'où la chassa la maison d'Aragon, et en Provence. Le roi René de Provence, célèbre par son culte pour les arts et les lettres, qui florissaient à sa cour, mourut en laissant son héritage à Louis XI, ainsi que nous l'avons vu à propos de la Provence.

Le Maine, capitale le Mans, occupe le nœud élevé de collines, d'où la Mayenne et la Sartlie descendent vers la Loire, la Vire et l'Orne vers la Manche. Le Maine formait un comté sous les Carlovingiens, mais bientôt uni à l'Anjou, au commencement du xii' siècle, il suivit le sort de celte province. Le roi René le laissa à son neveu Charles du Maine, qui mourut peu de temps après en l'abandonnant à Louis XI. .

Entre le Maine, la Normandie et 1 Orléanais, le Perche forme une région accidentée, où la maison d'Alençon fut souvent puissante. Ce fief fit retour à la couronne par déshérence sous Philippe-Auguste. Apanage de nouveau, il fut confisqué par Louis XI. . , . j-

La TouRAiNE, capitale Tours, surnommée le jardm de la France, est arrosée par la Loire et ses deux affluents le Cher et l'Indre, dont les rives riantes sont bordées de superbes châteaux, comme celles du fleuve auquel ils vont s'unir. Comté au ix' siècle, sous les premiers Carlovingiens, puis devenue la propriété de la maison d Anjou, la Touraine fut reunie k la couronne par Philippe-Auguste, en même temps que l'Anjou, et depuis elle n'est plus sortie de la possession des rois de France. Même a lepoque la plus funeste de la guerre de Cent Ans, quand un roi d'Angleterre se faisait proclamer roi de France à Paris, c'est en Tourame que le pauvre Charles VII tenait sa cour et que Jeanne d'Arc vint le trouver.

Charles VII était alors appelé le roi de Bourges. Cette ville, déjà importante sous les Romains, et qui occupe à peu près le centre de la France, éiait la capitale du Bebbi. Cette province, arrosée par le Cher et l'Indre, est limitée à 1 est par la Loire. Fertile dans les vallées de ces rivières, le Berri renferme de grandes plaines calcaires peu productives, puis, à l'ouest, une contrée couverte d'étangs, qu'on appelle la Brenne.

Le Berri forme une des plus anciennes possessions des Capétiens. Philippe ï" en commença 1 acquisition en achetant le vicomte de Bouges à un seigneur qui partait pour la croisade.

Celte province fut apanagée à Un des oncles de Charles VI, puis à un frère de Louis XI, et revint définitivement à la couronne sous ce der-

" Vis-à-vis du Berri, sur la rive droite do la Loire, le Nivernais, capitale Nevers, s'étend au pied des monts du Morvan, à cheval sur le bassin de la Loire et sur celui de l'Yonne, tributaire de la Seine. La maison de Nevers fut une des dernières malsons féodales subsistant en France. Ses domaines, acquis par le cardinal Mazarin et cèdes a son neveu ne furent réunis à la couronne qu en I.SJ- L' Auvergne, capitale Clermont-Ferrand, occupe le

PROVINCES

PROVINCES

nœud principal et le plus élevé du plateau contrai de la Franco. Les eaux s'y partagent entre la Diirdogne, tributaire do la Gironde, et l'Allior, affluent de la Loire. C'est là, par opposition à l'aris, le pôle répulsif de la France, d'où le.s populations s'écoulent constamment au dehors.

Au nord de l'Auverpne, on descend dans les plaines ferlili's de la Limagne et du Boiii\bon.nais, arrosées par l'Allier et où le Clior prend sa source.

Au nord-ouest, le plateau central se continue en s'abaissant dans la Marche, capitale Guéret, dont la Creuse porte les eaux à la Vieune.

A l'ouest, le Limousin, capitale Limoges, partage ses eaux entre la Vienne, tributaire de la Loire (c'est le Haut-Limousin), et la Vczère, tributaire de la Dordogne (c'est le Bas-Limousin).

Le duché d'Auvergne, qui appartenait au connétable de Bourbon, fut confisqué par François I". Le comté d'Auvergne, capitale Vic-le-Comtc (entre Clermont et Issoire), apanage en faveur de Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, échut en héritage à Louis XUI. Le Bourbonnais et la Marche furent aussi confisqués par François l" sur le connétable de Bourbon. Avant d'appartenir à la maison de Bourbon, la Marche avait formé un comté dès le .\' siècle et avait appartenu à la famille de Lusignan, d'où elle avait passé par déshérence à Philippe le Bel.

Une partie du Limousin fut reconquise par Charles V sur les Anglais. La vicomte de Limoges, propriété du la maison d'Albret, fut réunie à l'avènement de Henri IV au trône de France. Quant à la vico7>ilé de Tinetute, dans le Bas-Limousin, elle appartenait à la maison de Bouillon depuis le W" siècle et ne perdit son indépendance féodale, comme la Dombes, que sous Louis XV.

Le long des Pyrénées, la Navarre avait appartenu à la France sous Philippe le Bel, héritier des biens de la maison de Champagne. Mais la succession de ce royaume n'étant pas réglée par la loi salique, il ne passa pas aux Valois et no fit retour à la France que sous Henri IV, héritier de la maison d'Albret; cette dernière maison possédait la Navarre depuis 1)83, mais avait perdu la partie de ce royaume située au sud des Pyrénées et qui a appartenu depuis ce temps à l'Espagne.

Le Béaiin, capitale Pau, également réuni par Henri IV, et la Basse-Navarre, capitale Saint-Jean Pied de Port, formaient un seul gouvernement militaire, capitale Pau. Cette ville était le siège d'un parlement.

Le comté de Foix, situé dans la haute vallée do l'Ariège, était uni au royaume de Navarre depuis la fin du XV' siècle. Il fut donc apporté à la France cent ans plus tard par Henri IV et formait un gouvernement, capitale Foix.

A l'extrémité orientale de la chaîne des Pyrénées, Charlemagne avait fondé la marche de Gothie. Saint Louis, en annexant le comté de Toulouse, abandonna cette marche dite do Roussillon àl'Aragon. Louis XI occupa temporairement cette province, qui fut définitivement conquise sur riispagne par Louis XIII. La possession en fut confirmée à la France par le traité des Pyrénées. La capitale du Roussillon était Perpignan

Du côté du nord, l'ARrois forme un plateau calcaire et fertile, dont la pente tournée vers l'Es caut regarde les plaines de la Flandre et les rivages de la mer du Nord. La Scarpe et la Lys en sont les principales rivières. Philippe-Auguste avait hérité de cette province. Apanagoe sous saint Louis, elle revint à la couronne sous Philippe le Bel, qui coiiquit une partie de la Flandre. Charles VII, au traité d'Arras abandonna ces conquêtes au duc de Bourgogne. A la mon de Charles le Téméraire, Louis XI réunit pour la troisième fois l'Artois à la couronne. Mais quelques années plus tard, Charles VIII, sur le point d'entreprendre ses

guerres d'Italie, renonça encore i ces provinces du nord en faveur de Maximilien d'Autriclie, aieul de Charles-Quint. L'Artois ne fut reconquis sur les Espagnols que sous Louis XIII et Louis XIV, et forma un gouvernement, capitale Arras.

Au nord de l'Artois commencent les plaines de la Flanure, h peine plus élevées que le niveau de la mer et qu'aucune limite naturelle ne sépare des pays appartenant aujourd'hui à la Belgique et qui ont conservé le nom de Flandre. Philippe le Bel commença la conquête de ce pays. Charles V en apanagea la partie française à son frère Philipe le Hardi, fondateur de la seconde maison de Bourgogne, qui épousa l'héritière du comte de Flandre. La Flandre entière passa entre les mains de Maximilien d'Autriche, gendre du Téméraire, puis à son petit-fils Charles-Quint, et resta K l'Espagne. Louis XIV revendiqua cette province en paiement de la dot de la reine son épouse, qui était infante d'Espagne. Il en assiégea, prit et reperdit les diverses places-fortes h piuïïieurs reprises. Enfin le traité d'Aix-la-Chapelle, en l(i(;8, lui reconnut la possession de la Flandre française.

Au sud-est, la Flandre touche au Hainaut, dont les terres sont plus élevées. L'Escaut l'arrose et passe à Valenciennes, capitale du Hainaut français, après avoir traversé Cambrai. Le Hainaut et le Cambrésis furent conquis sous Louis XIII et Louis \IV ei, réunis k la Flandre fiançaise, formèrent un gouvernement militaire, capitale Lille. Douai était le siège du parlement.

La Lorraine forme un plateau élevé, limité h l'ouest par lArgonne et les Ardennes, à l'est par les Vosges. La Meuse et la Moselle en sont les principaux cours d'eau et descendent au nord vers le Rhin et la mer du Nord, tandis qu'au sud la Lorraine s'appuie aux monts Faucilles. La Lorraine tire son nom de Lhthaire, h qui elle appartint dans le partage fait au traité de Verdun. Sa situation entre la France et l'Allemagne en fit le but commun de l'ambition des souverains de ces deux pays, mais leur rivalité permit, d'autre part, aux Lorrains de maintenir leur indépendance. Après avoir été la propriété de plusieurs maisons diverses, le duché de Lorraine lut occupé par les armées françaises sous Louis XllI et Louis XIV, et ne fut restitué îi son duc qu'au traité de Ryswick. Après la guerre de la succession de Pologne, François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, échangea, au traité de Vienne, son duché de Lorraine contre la possession de la Toscane. La Lorraine et le Barrois furent donnés au roi Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV et roi détrôné de Pologne. A la mort de Stanislas, la Lorraine fut définitivement réunie à la France en n(J6.

Dans la Lorraine se trouvent enclavés les trois évôchés de Toul, Metz et Verdun, qui lurent conquis et réunis sous Henri H. Ces trois évêchés sont en môme temps trois places-fortes. Metz ne nous appartient plus depuis 1S"0. Nancy, capitale de la Lorraine, et Metz étaient chacune le siège d'un parlement.

L'Alsace, perdue par la France en 1870, est comprise entre le Rhin et les Vosges, et tire son nom de l'Ill, l'affluent principal qu'elle envoie à ce fleuve et qui la traverse dans presque toute sa longueur. Ancien domaine de la maison d'Autriche, l'Alsace fut occupée par les troupes françaises pendant la guerre de Trente Ans, et la possession en fut reconnue h la France au traité de Westphalie. Sli-cisf/our;/, qui formait une ville impériale, une sorte de république distincte, ne fut réunie que sous Louis XIV, et devint capitale du gouvernement.

Mullii'usu, ville libre, ne s'anne.xa à la France qu'en 1TJ8, pour être perdue 72 ans plus tard.

PRUSSE

PRUSSE

Au sud de l'Alsace, leSundgau, capitale Belfort, 1 lonaise. Lps Prussiens véritables, les seuls à qui

est au contraire resté en partie français. l'etlinographie permette de porter ce nom antique.

Au sud des l'aucillcs, à l'ouest du Jura, la sont les habitants primitifs de cette contrée de

Comté di: R-ur ogne ou Fbanche-Comté occupe les plateaux qui descendent en gradins vers la plaine de la Saône et la Bourgogne. La liaute Saune, l'Oignon, le Doubs, l'Ain en sont les rivières principales. Cette province a souvent suivi les destinées du duclié de Bourgogne, dont elle n'est séparée par aucune limite naturelle. Comme ce duché, elle fit partie des divers royaumes de Bourgogne au moyen âge. Elle fut apportée en dot par l'épouse de Philippe V, puis apanagce il Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, prise par Louis XI à la mort de Charles le Téméraire, abandonnée par Charles Mil en faveur de Maximilien d'Autriche au traité de Senlis. La Franclie-Comté passa comme les Pays-Bas à la branche espagnole de la maison d'Autriche ; elle fut conquise deux fois par Louis XIV et définitivement réunie à la France sous ce roi. Le parlement de Franche-Comté fut transféré de Dôle à Besançon, qui devint capitale de la province.

La ville deJl/ow/J^/i'aïY/, enclavée dans la Franche- Comté et possession de la maison de Wurtemberg jusqu'à l'époque de la révolution française, fut alors conquise parla France.

Le Comtat-Ven.^issin occupe le pays groupé au pied du mont Ventoux entre le Rhône à l'ouest et la Durance au sud. Avignon, la capitale, était au moyen âge une république comme beaucoup d'autres villes du midi. Elle devini, sous Philippe le Bel, la résidence des papes, qui y passèrent environ un siècle et en conservèrent la possession jusqu'à la fin du xvtii" siècle. Ils la rendirent à la France au traité do Tolentino, en ITiH.

hdijjrincipinte d'Oranqe, enclavée dans le Comtat, fut confisquée par Louis XIV sur la maison d'Orange devenue souveraine en Hollande. Elle fit dès lors partie du gouvernement militaiî'e du Dauphiné.

La Savoie, comprise entre le lac de Genève, au nord, le Rhône et le Guiers à l'ouest, les grandes Alpes à l'est, depuis le Mont-Blanc jusqu'au Mont- Cenis, appartenait à la maison de Savoie devenue maison royale de Sardaigne, puis d'Iialie. Elle a été cédée à la France en 1860 en retour de l'alliance fournie par les armes françaises aux Sardes contre le^ Autrichiens. Cette annexion a été confirmée par un vote plébiscitaire, de même que colle du comté de Nice.

En grande partie couverte de montagnes, la Savoie est tiiut entière comprise dans le bassin du Rhône. Elle lui envoie l'Arve, descendue du Mont-Blanc, les eaux des lacs d'Annecy et du Bourget, et l'Isère, son principal cours d'eau. Cette rivière, après avoir parcouru la vallée de la Trirriiitnise, se grossit de l'Arc, qui recueille les eaux de la Maui-ieirne. La capitale de la Savoie était Chambéry, devenu chef-lieu du département de Savoie.

Le COMTÉ DE Nier, situé à l'est du Var, participe du doux climat de la Provence, qu'il continue du côté de l'iialie. Du haut de ses montagnes par un temps clair, on aperçoit celles de l'ile de CoiiSE, qui, longtemps propriété des Génois, a été vendue à la France sous Louis XV, un an avant la naissance de Napoléon I". La capitale de la Corse était Bastia. [G. Meissas.]

l'iiissiî. — Histoire générale, XXVII. — Le nom de Prusse a changé de sens si souvent, soit par I'enchaîi)ement des événements, soit par les calculs d'une politique habile, qu'il est aujotird hui impossible d'en donner une définition simple et unique. La Prusse, dans le sens primitif du mot, c'est le pays compris entre l'embouchure de la Vistule et celle du Niémen, de Dantzig à Memel, et faisant géographiquement partie de la région po-

Prusse, frères de race des Lithuaniens, Vendes et Lettons comme eux, et leurs descendants actuels très peu nombreux et disséminés surtout dans les cantpagnes entre Koenigsberg et le Niémen. Comment donc se fait-il que ces noms de Prusse et de Prussiens, si modestes dans leur sens véritable, aient pris depuis deux siècles une acception si difl'ércnte, et servent à désigner avijourd'hui un royaume et un peuple ou une agglomération de peuples dépassant tellement les limites premières et ayant leur centre, leur foyer et leur rayonnement en pleine Allemagne germanique? C'est ce que ce résumé historique va essayer de mettre en lumière.

La Prusse paiienne (9^:0-12?C). — C'est vers la fin du Ti.' siècle que le nom de la Prusse et des Prussiens apparaît dans l'histoire, lorsque l'apôtre tchèque saint Adalbert passe de Pologne dans leur pays pour les évangéliser et tombe sous les coups de ces païens rebelles à ses enseignements. S'il faut en croire le chroniqueur polono-lati.i Galles, h l'élément letton se serait déjà jointe au viii' siècle une colonie saxonne échappée au glaive de Char- Icmagne et arrivée par mer dans le pays prussien. Pendant deux sièries, les Prussiens restent dans le paganisme, tour à tour attaqués par les rois polonais de la dynastie des Piasts et prenant leur revanche par des incursions sur les terres polonaises et surtout dans la Mazovie. Leur dernière invasion est de 12n:le ducde Mazovie Conrad (un Piast polonais) fit comme Charles le Gros, il acheta à prix d'or la retraite des envahisseurs. Mais le pape Honorius III proclama la croisade contre eux, et une expédition dont la date coïncide avec la croisade des Albigeois {\T2'2) eut lieu sans grands résultats. Conrad fonda d'abord un ordre de chevalerie polonais contre les Prussiens sous le nom de frères de Dobrzyn (ainsi s'appelait le château qui! leur concéda) ; mais cet ordre ayant été exteriuiné par les païens, Conrad appela les chevaliers de l'ordre Ti-utoniquo (122lj).^

Z,a Prusse teutonique (r-'26-U<'>6,. — L'ordre Teutonique, composé presque exclusivement d'Allemands, allait donc, sous couleur de convertir les Pj usiiens au christianisme, conquérir leur pays, les exterminer et les remplacer par des colons allemands.

Fondé en 1 190, lors de la troisième croisade, cet ordre, après une brillante carrière en Palestine, avait obtenu en 1217 d'André, roi de Hongrie, un établissement en Transylvanie pour combattre les hordes des Koumans; mais, les jugeant dangereux, André s'en était débsrrassé, et c'est alors qu'ils avaient trouvé un nouvel emploi de leur zèle de convertisseurs armés. Conrad leur cédait la terre de Chelmno (Kulm), sans renoncer à sa suzeraineté sur cette terre, non plus qut; sur les conquêtes à faire dans le pays prussien.

Les chevaliers teutoniques commencent par s'approprier les terres de l'ordre de Dobrzyn, puis leur maître provincial Herniann Balk commence en 1231 la guerre contre les Prussiens; alors est fondée la ville de Thorn (Torun;, puis celles de Chelmno (Kulm) et de Marienwerder, toutes fortifiées contre les païens et peuplées d'Allemands à qui on accorda de grands privilèges et lusage du droit municipal dit de MagJebourg. De 1235 à 1237, les Teutoniques s'avancent vers le nord, fondent le château fort d'Elbing, qui devient bientôt une ville, et imposent le christianisme aux vaincus; ils s'adjoignent ensuite l'ordre des chevaliers Porte-glaives qui évangélisait alors et geriuanisait la Livonie.

La Prusse une fois vaincue, les Teutoniques veulent franchir le Niémen et convertir les Li

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thuanicns en conquérant leur pays. Mais ils ont affaire à plus forte partie, et sont repousses il plusieurs reprises.

De rji.'i h i:ill l'ordre Teutonique reste stalioniiaire. Mais en 1.311, profitant des embarras du roi de Pologne Ladislas le Bref, les Ti'Utoniques s'emparent de la l'oméranie et de la ville do Dantzig : c'est alors qu'ils s'abouchent pour la première fois avec le margrave de Brandebourg, qui leur <;ède ses protendus droits sur la Pomcranie. L'ordre Teutonique, par cette audacieuse usurpation, avait jeté le gant il la Pologne. Il en résulta une guerre assez longue qui S'; termina par la paix de Kalisz en 1343: le roi de Pologne codait aux Teutoniques la terre de Kulra et quelques places, €t leur concédait la Poméranie Ji titre de fief. De nouvelles guerres remplissent la fin du xiv° siècle et la première moitié de xv". La puissance de l'ordre Teutoniiiue, ébranlée par la terrible défaite de Griinwald (l 'ilO), décline peu à peu ; les sujets de l'ordre, que lasse sa tyrannie, font cause commune avec les Polonais; et enfin les Teutoniques sont contraints de signer la paix de Thorn (1406), qui leur enlève la plupart de leurs conquêtes; la Pologne reprend la Prusse occidentale (Kulm, Elbing, Dantzig) et la Poméranie ; elle laisse à l'ordre Teutonique la Prusse orientale avec Kônigsberg pour capitale, mais à la condition pour le grand-maître de prêter liommage au toi de Pologne.

La Prusse polonaise ou vassale de la Pologne (HdIi-U.ôU). — A partir de ce mémorable traité, la Prusse occidentale ou royale, admise à tous les privilèges de la noblesse polonaise, fut d'autant plus attachée à la Pologne qu'elle lui dut une prospérité toujours croissante. Quant à la Prusse orientale ou teutonique, elle tâcha toujours de se soustraire à l'obligalion de l'hommage, invoquant à cet effet l'appui de l'empereur d'Allemagne, de Maximilii'n surtout. En lôlO, à la mort du grand maître Frédéric de .Saxe, le roi de Pologne Sigismond fit élire grand-maître son neveu Albert de Brandebourg, fils de sa sœur Sophie Jagellon, espérant trouver en lui un vassal plus docile.

Mais c'était une illusion ; Albert de Brandebourg hérita des prétentions do ses prédécesseurs, c|ui n'avaient obéi qu't n murmurant aux clauses du traité de Thorn. Il fit la guerre, et l'ut vaincu. Alors, abandonné de ses alliés et de ses sujets, après avoir en vain mendié dos secours dans toute l'Europe, il rêvait de se mettre à la solde soit du roi détrôné de Suède (;iiristian, soit du roi de France François I", quand l'idée lui vint de séculariser l'ordre Teuloiiique et d'embrasser le luthéranisme à. l'exemple des autres membres de sa famille. Georges, margrave de Brandebourg, servit d'intermédiaire entre Albert et le roi de Pologne Sigismond, et obtint le droit de succession au duché de Prusse sous la suzeraineté de la Pologne pour la ligne de Brandebourg et d'Anspach, jusqu'à l'extinction du dernier rejeton mâle (8 avril lô25): le jour même où fut signée cette convention, Albert do Brandebourg reçut, comme duc de Prusse, sur le marché de Cracovie, l'investiture du la main de Sigismond I" dit le Vieux.

Ce Alt de la part de Sigismond I" une grande faute politique d'avoir prêté les mains à cet atrangement, et surtout d'avoir consenti à ce qu'Albert de Brandebourg transmit ses droits à la famille ambitieuse (|ui devait un jour non seulement refuser I hommage à ses successeurs, mais encore donner l'idée du partage de la Pologne.

Les règnes d'Albert I" de Brandebourg et de son fils Albert 11 ne présentent pas d'événements importants, non plus que celui de leur successeur Jean-Sigisniond, électeur de Brandebourg, qui réunit le duché de Prusse i son électorat ;itilG). Lo-

lecteur Georges-Guillaume, successeur de Jean- Sigismond, favorisa la descente de Gustave- Adolphe en Poméranie et lui facilita la conquête momentanée de la Prusse royale (polonaise), à l'exception de Dantzig qui résista à la fiotte suédoise (l(i;'G-lii2'i) ; la province fut rendue à la Pologne quand Richelieu eut lancé Gustave- Adolphe contre l'Allemagne.

Le successeur de Georges-Guillaume, Frédéric- Guillaume, surnommé le Grand-i'.lecteur, profita de la guerre entre la Suède et la Pologne pour refuser l'hommage au roi de Pologne pour le duché de Prusse orientale: le traité de Wehlau (1B57) reconnut l'indépendance de ce duché. Le traité de Westphalie avait donné en outre au Graud-Electeur la Poméranie orientale , et les évêchés sécularisés de Magdebourg, de Halberstadt et de Minden.

Il faut maintenant revenir en arrière pour dire ce qu'étaient ces électeurs de Brandebourg, qui, après être devenus les maîtres de la Prusse ducale, allaient prendre bientôt le titre de rois de Prusse.

La maison de Brandebourg ou de HohenzoUern (llG4-nOIJ. — C'est le comte Conrad de HolienzoUern qui avait, fondé cette maison. Il acheta en 1104 le burgraviat de Nuremberg, auquel ses successeurs ajoutèrent successivement Anspach, Culinbach et Bayreuth il:;4s-l3 il). En lUi, le burgrave Frédéric IV reçut <!■: Sigismond de Luxembourg la marche de Brandebourg, et en 1415, moyennant finance, il obtint le titre d'électeur sous le nom de Frédéric l". Son successeur fut Frédéric II, dit Dent de Fn\ qui arroiiiiit ses Etats par l'acquisition de la Nouvelle-Marche (1445). En 1471, Albert l'Achille réunit les possessions que Frédéric II avait divisées entre ses fils. En lijli, Jean-Sigismond se fait donner par le traité de Xanten la moitié de la succession de Juliers et obtient, comme nous l'avons vu, le duché de Prusse à la mort d'Albert II (luli;). Enfin, le Grand- Electeur Frédéric-Guillaume devient, on lh;,7, duc indépendant do Prusse et Ibnde la grandeur du nouvel Etat, qui, enrichi par l'émigration protestante après la révocation de l'Edit de Nantes (1085), joue déjà un rôle important dans la lutte de l'Europe contre Louis .XIV, et, sous l'électeur Frédéric III, devient le royaume de Prusse (1701).

Monarchie prussienne (1701-1871). — Frédéric l" (Fré'léric III comme électeur) prit le titre de roi avec la permission de l'empereur Lcopold !"■, toujours besoigneux et craintif, moyennant la somme de G millions d'écus (1701). Bien de plus curieux que d'étudier le détail dfs intrigues diplomatiques par lesquelles, s'appuyant surtout sur les Jésuites, il parvint à obtenir ce titre qui flattait tant sa vanité. Frédéric I" ajouta à ses Etats le comté de Mœrs, la principauté de Neucliàtel, et une partie de la Poméranie. Sa femme Sophie-Charlotte, l'amie de Leibtiitz, lui Ht fonder l'université de Halle et la société royale des sciences et des belle.s-lettres de Berlin, dont Leibnitz fut le premier président.

Fré'léric-GuÛlawne I" {n\-i-nWi monta sur le trône au moment où Louis XIV lui-même reconnaissait la nouvelle royauté au traité d'Utrecht, Le nouveau roi s'appela le serviteur de Dieu et n'estima que les théologiens et les soldats. Il déclara la guerre à la mode française, à la philosophie et aux lettres. .< L'Athènes du Nord en devint la Sparte. » Le roi sergent confisqua pour l'armée les tonds da la Bibliolhèque royale et paya jusqu'à 2 UO écus par tèta des soldats hauts de six pied-, qu'il recrutait même dans les pays voisins, et surtout en Russie. Il n'avait que du mépris pour son fils le jeune Frédéric, lettré et corrompu, qui, sétant enfui pour échapper à la tyrannie paternelle, fut condamné à mort comtne déserteur, puis gracié après avoir assisté au supplice de son complice Ig

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lieutenant Katt. La principale passion de ce roi, comme celle du Grand-Electeur son aïeul et de tous les HolienzoUern, fut la haine de la France. Dans la guerre de succession de Pologne (1733-33), la siule ([ui eut lieu pendant son règne, il fut l'allié fidèle de l'Autriclie et de la Russie contre la France et l'Angleterre. 11 désirait ardemment justifier par l'annexion de la Prusse polonaise le titre anticipé de roi de Prusse que lui avait légué son père, et en 1732, il fit des propositions de partage à Auguste 11 ; mais ce vœu ne devait être réalisé que par ses deux successeurs, Frédéric 11 et Frédéric-Guillaume 11.

FrrfcWc // (1740-1781;) trouva à son avènement une armée puissante et un trésor bien garni. 11 se posa dès l'abord en protecteur du protestantisme, en recueillant avec ostentation tous les persécutés d'Allemagne et de Pologne, puis il proclama pour tous ses sujets la liberté de conscience. Pour donner à ses soldats un autre mobile que la crainte, il fojida l'ordre du Mérite. Enfin, pour se concilier l'opinion des pbilosopbes, il fit de Maupertuis le président de son académie et de Voltaire son ami et son confident. Puis la fortune, le servant à souhait, lui fournit l'excellente occasion de la guerre do succession d'Autriclie, qui valut à Frédéric la Silésie (V. Guerre de la succession d'Autriche). En Silésie, Frédéric II supprima toute liberté politique, et cette province, polonaise de race, n'eut jamais lieu de se féliciter de l'annexion prussienne : elle est encore économiquement la plus malheureuse du royaume.

Dans l'intervalle des deux guerres qui ont marqué son règne (de l"48 à Uôti), Frédéric fit faire dans ses Etats de grands travaux (canaux entre l'Elbe et l'Oder, port de Stettiu) ; il fertilisa les plaines sablonneuses du Brandebourg en y faisant transpi'rter les boues de Berlin, il créa itiO villages. Econome pour sa cour, il n'épargjiait pas les dépi'iises pour agrandir Berlin et relever l'Académie des sciences. Sa puissance devenait inquiétante pour l'Europe entière.

L'Autriche n'avait pas attendu jusque-là pour se repentir de la faute de Léopold l", qui avait laissé grandir les électeurs de Brandebourg. La France s'aperçut à son tour qu'elle n'avait plus intérêt ix affaiblir l'Autriche pour fortifier en Aile magne une puissance plus redoutable encore. De là, bien plus que des intrigues féminines au récit desquelles se complaisent les historiens, naquit l'alliance franco-autrichienne et la guerre de sept ans (1706-1763). On sait comment Frédéric attaqua le premier la coalition, comment tour à tour vaincu et vainqueur, au moment d'être écrasé, il fut sauvé par la mort de la tsarine Elisa beth et l'avènement de son admirateur Pierre 111 (V. Gueire de sept ans). S'il n'avait pas gagné de territoire aux traités de Paris et d'Hubertsbourg, dont profilèrent seules l'Angleterre et l'Autriche il acquit du moins une gloire nouvelle. D'ailleurs, il reçut de l'Angleterre en six ans '24 millions d'écus. Mais son armée permanente, à laquelle il sacrifiait tout, aljsorbait les ressources de l'Etat. 11 s'appliqua alors à réparer les maux de la guerre. 11 attira dans son royaume 300000 colons et fonda SOil nouveaux bourgs et villages. 11 éta but une banque nationale en 170j et développ; l'industrie. 11 fit peu de chose pour l'instruction; il méprisait trop son peuple pour l'éclairer, disant que ce peuple n'avait jamais su que manger, boire et se battre. En revanche, il réforma la législation; mais il avilit la magistrature en se substi tuant trop souvent à elle dans son despotisme sans appel. 11 y avait " des juges à Berlin, « mais des juges forcés de rendre des services plutôt que des arrêts.

Protecteur des privilèges de la noblesse qui lui semblait le plus fervent appui de sa puissance

absolue, il laissa les bourgeois s'enrichir et sut maintenir l'équilibre entre les castes. Indifférent en matière de religion, il n'en persécuta aucune, tout en éloignant les catholiques des hautes charges ; mais, par politique, il se fit partout le défenseur du protestantisme, et son grand grief contre la Pologne, qu'il voulait démembrer, fut précisément qu'elle refusait aux dissidents ces mêmes hautes charges que lui-même n'accordait pas aux catholiques.

Ses plus ardents admirateurs, et l'admiration de Frédéric 11 est un des nombreux legs que Voltaire a laissés à la France, ne sont arrêtés dans leurs éloges que par la part prépondérante qu'il prit au partage de la Pologne, et qu'ils ne savent comment justifier, puisque Frédéric luimême, dans ses lettres à Voltaire sur ce sujet, se contentait de plaider les circonstances atténuantes, tout en reconnaissant qu'il ne n répondait pas de l'avenir, u C'est de la Prusse que partit l'idée du partage, et cela devait être. Depuis le jour où l'ordre Teutonique avait été appelé en Prusse par un prince polonais, le germanisme avait rêvé cette conquête, et les défaites des Teutoniques, ainsi que les humiliations des ducs de Prusse forcés de prêter hommage aux rois de Pologne, avaient enraciné la haine de la Pologne et le désir de s'enrichir à ses dépens dans le cœur dos souverains du Brandeboug. D'ailleurs, un roi de Prusse ne devait-il pas posséder la Prusse tout entière ? Cette spoliation ne se fit pas cependant d'un seul coup. Frédéric II ne fit et ne vit que le premier partage, celui de i773, et ne réunit à ses Etats que la Prusse occidentale sans les villes de Thorn et de Dantzig.

Frédéric-Guillaume II (17^6-1707), neveu de Frédéric 11 etson successeur, eut la joie de compléter cette œuvre en prenant part au second et an troisième partage de la Pologne (1703 et 1795). Le partage de 1793 lui donna 'l'horn et Dantzig; et il se fit adjuger en 179.5 toute la rive gauche de la Vistule et du Niémen avec Varsovie.

En même temps, il prenait part à la coalition contre la Révolution française. Il fut moins heureux de ce côté. Après la déclaration de Pilnitz (1791) vint l'insolent manifeste du duc de Brunswick (juillet 1792), l'invasion de la France par les troupes prussiennes et la prise de Longvvy et de Verdun; mais lorsque Paris semblait près de tomber aux mains des alliés, la bataille de Valmy (20 sept. 1792) sauva la France, et les Prussiens battirent en retraite. C'en était fait du projet de partage de la France, conçu par Frédéric-Guillaume II et son ministre Hertzberg. Néanmoins la Prusse reste dans la première coalition. Après la prise de Mayence, Hoche bat les Prussiens à Frœschwiller et à Woerth, puis à Geisberg; et Frédéric-Guillaume ordonne à ses généraux une immobilité complète pendant la campagne de 1794 et de 1795. Enfin, son représentant M. de Gollz signe la paix de Uàle : Frédéric-Guillaume II consent à la réunion de la rive gauche du Rhin tout entière au territoire français (o avril I79Ô).

Frédéric-Guillaume lll (1 "97-1340) resta d'abord neutre dans les guerres contre la République française : la Prusse ne prit point part à la seconde coalition (1199); ce fut même le ministra do Prusse à Rastadt qui recueillit Jean Debry, le plénipotentiaire français qui avait échappé à l'attentat des hussards autrichiens. Frédéric-Guillaume lll assista de même en témoin impassible aux guerres du Consulat. Il n'entra pas davantage sous l'empire dans la troisième coalition, et à la bataille d'.\usterlitz, l'envoyé prussien, M. de Haugwitz, vint féliciter "V.ipoléon, qui lui répondit : « Voilà un compliment dont la Fortune a changé l'adresse. » En elïet, FrédéricGuiUaume avait signé avec la Russie un traité secret par le-

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quel il s'engageait à proposer sa mcdialion, et, en cas do refus de la part de Napoléon, il se joindre aux Autrichiens et aux Russes. Après Austerlitz, Napoléon céda à la Prusse le Hanovre en échange du duché de Clèves, de Berg, d'Anspach ot de Nfucliàlel, et pins tard de Bayreulh. Mais bienlût la formation de la Confédération du Rhin, la promesse faite par Napoléon aux Aîiglais de leur rendre le Hanovre, et l'exécution du libraire Palm h Nuremberg (18OO) surexcitèrent l'opinion publique, et le roi de Prusse fit remettre un ultimatum réclamant l'évacuation de l'Allemagne.

On sait avec quelle rapidité les batailles d'Iéna et d'Auerslœdt (ISOti) détruisirent l'armée prussienne, comment la campagne de 1807 contre les Russes et ce qui restait des Prussiens se termina ;'i l'avantage des Français par la victoire de Friedland, et comment la paix de Tilsitt rétablit Frédéric-Guillaume dans une partie de ses Etats, h savoir le Brandebourg, la Silésie. la Prusse proprement dite et la l'oméranie prussienne, qui ne devaient être évacuons qu'après l'acquiicenient des contributions de guerre montant h 600 millions de francs ; Napoléon forma avec le reste le royaume de VVestphalie donné à Jérôme, et le grand-duché de Varsovie donné à l'électeur de Saxe qui recevait le liire de roi. Dantzig était déclarée ville libre.

C'est pendant cette période d'humiliation pour la Prusse (1807-1813) que des hommes d'Etat (le baron de Stein) opérèrent une révoliUion administrative et abolirent les abus féodaux. Cependant, dès 1808, le roi de Prusse était forcé par IVapoléon de renvoyer Stein du ministère et le prince Guillaume signait la convention de Paris, par laquelle le gouvernement prussien s'engageait, entre autres, à ne pas avoir sur pied, pendant dix ans, plus de 4'iOOO soldats, et laissait les Français tenir garnison à Glogau, Custrin et Stettin, aux frais de la Prusse, jusqu'à l'entier acquittement de la dette.

L'Allemagne, humiliée par Napoléon, préparait sa délivrance. Le Tugend-ouncl (association de la vertu) avait été formé par le professeur Maurice Arndt, secondé par l'ancien ministre prussien Stein, des généraux et des princes. Néanmoins, non seulement la Prusse ne put prendre aucune part à la coalition de 1809, mais encore en 1812 les Prussiens durent fournir leur contingent à la grande armée dans la campagne de Russie. Aussi quand vint le désastre et la retraite, ce fut dans toute l'Allemagne un tressaillement d'espérance. Frédéric-Guillaume III ouvrit les rangs prussiens à tous les Allemands contre l'étranger, et le 17 mars isllî, la Prusse déclara officiellement la guerre il la France. Battus à Lutzen, k Bautzen, à Wurschen, les alliés obtiennent l'armistice de Pleiswitz, et, renforcés des troupes de l'Autriche, recommencent la lutte. La bataille de Dresde est le dernic- succès de Napoléon en Allemagtie. A Leipzig Napoléon est vaincu, et c'est le général Blûcher qui a le plus contribué à sa défaite. L'Allemagne est délivrée, la France va être envahie.

On connaît les événements do la campagne de France (V. Napoléon l").

Le 30 mai Isli, Paris capitula. Le C avril. Napoléon abdiquait, le 3 mai Louis XVIII était rentré il Paris.

Mais une année ne s'était pas écoulée que s'effectuait le retour de l'île d'Elbe, et que la coalition se reformait contre Napoléon et la France. La Prusse se montra la pliis acharnée.

Blucher, dont l'armée occupait la Belgique, fut d'abord vaincu à Ligny (Ifi juin 18 1;.); mais il Waterloo ce fut lui qui porta le dernier coup à l'armée française en arrivant à la fin do la journée sur le champ de bataille (18 juin).

Après la lutte, vint le partage des dépouilles;

[après Waterloo, les traités de Vienne. La Prusse aurait voulu se faire une part léonine en annexant tous les États du roi de Saxe, et elle était appuyée dans ses prétentions par la Russie, qui espérait obtenir ainsi toute la Pologne prussienne y compris le duché de Posen. Mais ces doux puissances restèrent isolées, et l'on transigea. La Prusse n'eut qu'une partie de la Saxe et garda le duché de Posen, en laissant Varsovie et Kalicz k la Russie. Elle obtint de plus la Poméranie occidentale avec Slralsund et l'île de Rilgen, et sur la Rhin de nombreux territoires qui formèrent la Prusse rhénane; enfin elle avait pris il la France Sarrebruck et Sarrclouis. Il lui restait encore à réunir en un seul tout ses États morcelés, et à conquérir en Allemagne l'hégémonie qui avait jusque-là appartenu à 1 Autriche.

De 1815 à 1830, nous avons à noter le refus de Frédéric-Guillaume IH de donner à ses sujets une constitution, le rétablissement dans les provinces rhénanes des privilèges et des droits féodaux, les congrès de Garlsbad et de Vienne qui réagissent contre le mouvement libéral (ISll) et 1830), la loi de IS20 qui accorda des assemblées provinciales, représentant les trois ordres de la noblesse, des villes et des paysans et n'ayant qu'une voix consultative, et la création du Zolloerein (Union douanière) qui, fondé en Prusse (I818), s'est étendu peu à peu sur toute l'Allemagne et a préparé sur le terrain économique l'unité politique que la Prusse cherchait à réaliser à son profit. Ajoutons la part prise par le roi de Prusse à toutes les œuvres de réaction de la Sainte-Alliance, entre autres aux congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone.

En 1830, lorsqu'éclata à Varsovie l'insurrection polonaise contre la Russie, à laquelle prirent part un grand nombre des habitants du duché de Posen et de la Prusse royale, la Prusse rendit de grands services à la Russie en lui livrant des réfugiés et en interceptant les convois d'armes des insurgés.

L'Allemagne avait ressenti à son tour le contrecoup des révolutions de France, de Pologne et de Belgique ; mais au mois de juillet lh.i2 la diète de Francfort, sous la pression de l'Autriche et de la Pru^se, réatrit violemment contre loute velléité de liberté. En 1833, la Prusse, l'Autriche et la Russie, à la suite des conférences de Miinchen- Giaetz, enjoignirent même au gouvernement français de bannir de son territoire les réfugiés politi(|ues, ce qui leur attira de la part du duc de Broglie un refus énergique.

Frèdâric-Guillaume IV (1840-I8fil), fils aîné de Frédéric Guillaume III, succéda à son père en 1840, au moment où la question d'Orient semblait devoir faire éclater une guerre européenne. Le traité des détroits (juillet I81I) mit fin à la crise provn(|uée par les velléités belliqueuses de M. Thiurs (V. Lnuis-PhiHtipe).

A l'intérieur Frédéric-Guillaume IV se trouvait aux prises avec les réclamations de ses sujets, qui espéraient enfin le voir réaliser la promesse d'une constitution faite en 181.S. Le nouveau roi so contenta de développer l'instiiuiion dos états provinciaux ot de créer un comité général des états de toutes les provinces (iSil); les assemblées provinciales furent d'ailleurs convoquées plus régulièrement. Cependant il refusait toujours une constitution, et sa dernière concession fut de créer (l'-47) la Diète réunie, assemblée composée des membres des états provinciaux, (iette concession fut fatale : la Diète réunie (avril 1817) déclara que la nation attendait toujours l'exécution des promesses de 181.^) et de la loi île 1820, et repoussa tous les projets financiers qui lui furent soumis.

Sur ces entrefaites éclate Ja révolution fraii-

PSYCHOLOGIE

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•çaise de 1848, et toute l' Allemagne s'agite: le grand-duché do Bade , la Hesse-Darmstadt, la Hesse électorale, le Wurtemberg, le duché de Nassau conquièrent leur constitution. Le roi de Bavière est détrôné. L'insurrection triomphe i Berlin (18 mars) ; Frédéric-Guillaume IV, forcé par le peuple de se découvrir devant les cadavres des insurgé^, se voit bientôt obligé de convoquer une assemblée constituante. Mais des conflits surviennent entre le roi et l'assemblée ; celle-ci est dissoute le G décembre, et le roi octroie une consiituliiin. Mais les chambres chargées de la réviser (18i9) ne peuvent s'entendre avec le roi. La seconde chambre demande que Frédéric-Guillaume IV accepte la couronne impériale d'.\llemagne, q\n lui est offerte par le parlement de Francfort: le roi de Prusse ne voulait rien devoir k la Révolution, il refusa, et la seconde chambre fut encore dissoute. Cependant des insurrections avaient éclaté dans le duché de Posen et dans la Prusse rhénane; elles furent promptement réprimées. De nouvelles chambres terminèrent enfin la révision de la Constitution, et, le 6 février I8)(l, le roi prêta serment à la charte. C'est cette constitution qui est encore en vigueur. Tous les sujets prussiens sont égaux devant la loi et admissibles aux

de l'âme : le domaine de la psychologie varie selon la façon d'entendre l'âme, et selon ce qu'on croit pouvoir connaître d'elle scientifiquement.

Quand on entend par âme simplement l'ensemble des faits de conscience, et quand on croit ne pouvoir connaître de jioire vie mentale rien de plus que les pliénomènes qui la composent, on est conduit naturellement à exclure de la science psychologique les grandes questions niétaphy.'iques de la nature, de l'origine et de la destinée de l'âme. Ainsi cunçue, la psychologie prend le nom de psychologie expcrunaitale. Simple science de faits, elle prétend regagner en rigueur scientifique ce qu'elle perd en intérêt métaphysique et en portée ; elle aspire à se fonder sur l'expérience seu'e, à l'image des sciences physiques et naturelles, c'est-à-dire à découvrir, par l'observation et l'analyse, des relations constantes ou lois des phénomènes moraux, aussi certaines que les lois physiques ou physiologiques. Ces lois, bien connues, ne pourraient m,uiquer de fournir dos lumières pour la pratique, puisque la première condition pour a:;ir sur un ordre quelconque de phénomènes est d'en connalfe la marche naturelle et le mécanisme. C'est pourquoi cette i manière de concevoir la psychologie est celle qui emplois publics, la liberté de la presse et des i importe le plus à l'éducation. Elle a prévalu dans cultes sont proclamées. Le roi a le pouvoir exécu- | les pays où les esprits sont surtout préoccupés de tif et partage l'initiative des lois avec le parle- la pratique, notamment en Angleierre, où depuis ment, composé de la Chambre des seigneurs ; longtemps la philosophie est, pour ainsi dire, (Herren'iinis) et de la Cliambn; des députés \Huus tout orientée vers les intérêts moraux et les rfec ylij'-o/' '«■' e/i). Tout Prussien âgé de vingt- questions sociales. Chez nous, elle a gagné du quatre ans fait partie des assemblées primaires ' terrain à mesure qu'ont été connus les travaux qui nomment les électeurs du second degré, étrangers, à mesure aussi que s'est accentuée, chargés d'élire les députés. Les ministres sont sous l'influence de l'école positiviste d un côté et responsables. ■ de l'école kantienne de l'autre, la tendance à nous

Frédéric-Guillaume IV régna jusqu'en 1861. Il , défier de nos forces en métaphysique et à donner a eu pour successeur son frère, i le pas à la murale.

Guillaume I". dont le règne doit son impor- | Cependant, tel est l'attrait des questions dertance et sa grandeur à un ministre célèbre, VI , de nières, et en paiticulier de celles qui concernent Bismarck Schœnhausen. Il est à peine besoin de j l'âme humaine, que c'est sans doute une tentative rappeler ici la suite heureuse des enireprises de : chimérique (d'ailleurs inutile) d'en vouloir décet homme d'Etat : la conquête du Schleswig- ' sintéresser les esprits. S'il n'est pas facile déjà. Holstein. faiie de concert avec l'Autriche, mais au de se résigner à ne savoir jamais ni l'essence delà profit exclusif de la l'russe il8iî4); la défaite de ■ matière, ni d'où vient ce monde, ni où il va, et si, l'Autriche à Sadowa et l'hégi'monie de l'.illema- i en fait, la science même ne sait pas s'interdire gne définitivement acquise à la Prusse (i86(;) ; absolument ces problèmes, à plus forte raison se l'organisation de la Confédération du Nord et la posent-ils, bon gré mal gré, el reviennent-ils obsticonfiscation du Hanovre, de la Hesse-Cassel, du nément quand c'est de nous-mêmes qu'il s'agit, duché de Nassau et de la ville de Francfort-sur-le- Or, dès qu'on leur ouvre la porte, ils envahissent Mein (lst>6) ; la convention militaire avec les Etats toute la psychologie, et en cliangent radicalede l'Allemagne du Sud, la terrible guerre de ment le caractère. La psychologie qui n'esclut 1870-71 ; la proclamation de l'empire d'Allemagne pas la métaphysique de l'âme devient aussitôt le 18 janvier 187 1 au palais de Versailles et la une psychologie m' tnphi/sique, c'est-à-dire tout couronne impériale mise sur la tête du descen- le contraire de la psychologie expérimentale. Tout dant des électeurs de Brandebourg, des vassaux autre est l'objet, en elTet, car il ne s'agit plus des de la Pologne; enfin, l'annexion de l'Alsace et pliénomènes, mais bien de la substance même de d'une partie de la Lorraine par la paix de Franc- l'âme; et tout autre aussi la méthode, car, si l'on fort (lit mai 1811). L'œuvre paraissait achevée; observe encore, ce n'est plus pour enregistrer des grâce à M. de Bismaick et à son collègue M. de faiis et en dégager la loi, c'est dans la convic- Molike, la Prusse semble avoir couronné l'édifice lion que l'âme peut saisir par l'effort de la rôde sa politique, être parvenue à l'apogée de sa flexion son essence même, et que cb l'ait unique, sans grandeur. Mais rinn ne se termine dans l'histoire: analogue, l'inirospeciion de l'âme par l'âme, est sans parler des complications extérieures, ni des à lui seul ou contient la psychologie tout entière, dangers du socialisme militant si puissant on bien plus, nous donne jour sur l'absolu même, Allemagne, que de causes do faiblesse dans cet qui .se révèle ainsi directement à chacun de nous, empire créé par la violence, où les querelles reli- Cette ps\chologie a été, en i rance, mise, ou gieusos, rallumées par les lois de mai, ne sem- plutôt remise en honneur par Maine de Biran, au blent pas piès de s'éteindre, où la rivalité commencement de ce siècle, et y a toujours eu, entre le Nord et le Sud couve sans cesse. Ce surtout dans l'enseignement, des représentants que le génie d'un homme a élevé tombe souvent érainents. Elle n'a jamais cessé de combattre et avec lui . qui sait si l'organisation poliiique et de conire-balancer l'infiuence de l'école empirimilitaire imposée par M. de Bismarck à l'Allema- que qui perpétue chez nous la tradition de Locke , gne sera longtemps celle que préférera la nation et de Condillac.

allemande? [V. Gasztowtt ] ! Peut-être néanmoins n'est-il pas nécessaire,^ en

PRl'SSI.VTE et FUUSSIQL'E (Acide). —V. Cl/a- optant pour une de ces deux psychologies. d'ex-

noi/ène. dure entièrement 1 autre. Ne pouriait-on pas,

FSïCIIOLOUIE:. — Psychologie veutdire science sans les mêler, sans leur accorder la même valeur

PSYCHOLOGIE

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scientifique, compléter l'une par l'autre, s'élever, [ait pas; quand il serait démontré que les opérapar exemple, des certitudes de la première aux ! tions mentales ne sont rien de plus que les fono problèmes qu'agite la seconde ? Il n'est guère pos- i tions mêmes du cerveau, cela n'empéclie pas les sible, à la vérité, qu'un même esprit réunisse les faits de conscience d'être, comme tels, des faits à qualités si dift'érentes requises par les deux mé- ' part, et sui i/eneris : c'est là le plus certain des tliodes/ opposées ; mais il n'en est pas moins | lieux communs pour quiconque a tant soit peu de vrai qu'une psycliologie complète, que la psyclio- pliilosophie. Les faits psycliologiques sont essenlogie sans épitliète et sans restriction, comporte à ! liellement les faits do conscience ; car, môme s'il y la fois les deux ordres de problèmes. Scientifique | a des faits psychologiques inconscients (comme par un côté, elle peut sans doute, elle doit avant il est difficile de ne pas l'admettre), ils ne sont tout aspirer à se constituer comme science; elle connus que par induction, ils sont interprétés à n'est, h ce titre, que la plus élevée des sciences ' la lumière et conçus à l'image des faits de connaturelles. Mais comment nier qu'elle conduit ' science. Or, un fait de conscience, un sentiment, plus nécessairement, plus directement qu'aucune j une pensée, une décision est tout autre chose que autre science aux inévitables interrogations de la i le mouvement qui peut y correspondre dans le métaphysique'? Comment éviter que la question ' cerveau; même une sensation de brûlure est pour suprême de l'existence en général et de l'intelli- ' celui qui l'éprouve, et en tant que douleur ressengibilité des choses se pose .ivec une force parti- tie, fort distincte de la lésion qui la cause. Quelle culière h qui étudie précisément l'intelligence et ressemblance y a-t-il, je ne dis pas entre le sensés lois, c'est-à-dire à qui se trouve ainsi d'emblée , timent du devoir et la circulation du sang ou de la au cœur même de la philosophie et à la racine de ' digestion, mais, dans un seul et môme événement, tous les problèmes? Quel avantage y aurait-il, comme un accès dans une maladie, entre les émoaprès tout, à décourager par des fins de non-rece- tions du malade et les désordres physiologiques voir la plus naturelle, la plus invincible des eu- ■ qu'elles accompagnent. Le fait psychologique, riosités '? 11 suffit, semble-t-il, d'éviter avec soin essentiellement conscient, n'est connu, à parler toute confusion en traitant scientifiquement la rigoureusement, que par la conscience, c'est-àpsychologie scientifique et à part la métaphysique j dire par le sujet même qui l'éprouve ; et il n'est, de l'âme, en s'imposant, surtout, de savoir autant I qu'autant qu'il est connu ou senti. On pourra que possible comment toutes choses se passent ' l'analyser de mieux en mieux, mais on n'a pas à le en nous, avant de cherclier ce que nous sommes découvrir. Aucune peinture, aucun signe extéen dernière analyse et quel sort est le nôtre. , rieur n'en donnerait jamais l'idée à qui n'aurait

Dans la présente étude, il ne s'agit pas de don- I éprouvé rien de tel; il échappe à l'observation des ner en abrégé un traité de psychologie : tout ce sens, parce qu'il n'occupe aucune place, du moins qu'on peut faire est d'indiquer à grands traits les ' aucune place directement assignée : il dure, mais questions qu'il devrait comprendre et l'ordre (un ! il n'a pas d'étendue ; il est dans le temps, non ordre entre autres) dans lequel ces questions ' dans l'espace. Tout fait physiologique, au conpourraient être rangées. Insister sur toutes serait ' traire, est saisi dans l'espace, occupe un lieu, impossible; insister sur quelques-unes de préfé- ' offre une figure, peut être représenté schématirenceaux autres serait sans raison. Tous les points I quement, parce qu'il tombe essentiellement sous importants sont d'ailleurs, dans ce Diction- I le sens et n'est même connu que par les sens;

imire, l'objet d'articles particuliers, auxquels le lecteur peut se reporter. Il est clair, par exemple, que de longs développements sur les sens, ou l'imagination, ou la mémoire, feraient ici double emploi.

La première chose à faire est de déterminer la place de la psychologie dans le cadre général des sciences, au premier rang ou plutôt au centre de la grande famille des sciences philosophiques. Rien n'est plus facile que de repousser les attaques de certains savants contre la psychologie comme science originale, ayant son objet propre •et sa méthode. Sans doute les phénomènes qu'elle étudie ont une face physiologique, et l'idéaliste Leibnitz le proclame aussi haut que nos positi- •vistes, « tout ce qui se passe dans l'àme de César est représenté dans son corps ; » mais de là à ne voir en elle qu'un chapitre de la biologie, il y a loin. Pour qui pose la question comme il faut, aucune prétention ne paraît plus chiiuérique que celle d'absorber la psychologie dans la physiologie cérébrale. C'est un fait bien remarquable, que ceux qui affichent cette prétention n'ont encore pour ainsi dire rien fait pour la connaissance de l'homme moral, tandis que les vrais psychologues, les disciples de Locke en Angleterre jusqu'à Stuart Mill et Bain, ceux de CondilJac en France, jusqu'à M. Taine, ont toujours cru à une psychologie analytique, aussi stire, aussi positive que la physiologie elle-même, mais indépendante, hétérogène, par la nature des phénomènes qu'elle étudie, comme par sa manière de les atteindre. Il faut bien entendre, en effet, qu'il ne s'agit ici que des phénomènes, non des substances. Le débat n'est pas etitre le spiritualisme et le matérialisme; la ijuBstion métaphysique de la nature du principe pensant est ajournée. Peu importe qu'il y ait une âme distincte du corps ou qu'il n'y en i' Partie.

c'est au dehors qu'on l'observe, rarement et difficilement sur soi-même ; il peut s'accomplir dans nos organes à notre insu : la circulation du sang a dii être découverte; presque toutes les fonctions s'exécutent chez l'immense majorité des hommes sans que rien les révèle dans la conscience, et le plus savant physiologiste ignore encore aujourd'liui la fonction de plus d'un organe : si on l'observe un jour, ce sera dans quelque laboratoire, avec le scalpel et la loupe et tout l'appareil des vivisections dont n'a que faire le psychologue.

Les deux sciences, en effet, diffèrent de méthode comme d'objet. II est vraique l'étude portant départ et d'autre sur des faits, la méthode est, de part et d'autre, celle des sciences naturelles, l'observation. Constater ce qui se passe dans tels cas déterminés, pour arriver à savoir comment les choses sepassentdanstousles cas de même genre, en d'autres termes, s'élever des faits particuliers aux causes générales et aux lois, voilà des deux côtés la tache qu'on entreprend. On cherche à ■savoir, afin de prévoir et de pourvoir. Mais, en psychologie, les moyens de savoir ne sont pas les mômes qu'en biologie. L'observation par la conscience, première et nécessaire ressource du psychologue, n'atteignant directement que l'individuel, ne suffirait en aucune manière à donner des connaissances scientifiques, puisqu'il n'y a de science que du général ; d'autre part, cette observation intime ne peut s'étendre, se dépasser elle-même, par l'expérimentation qui donne aux sciences physiques leur caractère de précision en y introduisant l'exactitude et la mesure. On a bien essayé de soumettre à l'expérience proprement dite les faits de conscience, par exemple de mesurer la vitesse de la pensée, le rapport enlie l'excitation et la sensation, etc. Mais ces oxpé-

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1762 — PSYCHOLOGIE

riences de Donders, de Fecliner, de Weber, de Delboeuf, mettent en lumière beaucoup moins les opérations mentales elles-mêmes que leur relation avec ce qui les précode ou les suit; la science qu'elles constituent (car partout où il y a des rapports d'un certain ordre ix étudier, il y a matière à une science) est très proprement appelée psyc/w-physiqne, mais n'est point la psychologie proprement dite. La psychologie proprement dite n'expérimente pas, et c'est là, on peut l'admettre, ce qui fait la lenteur de ses progrès. C'est aussi ce qui met en défiance d'elle les esprits qui se disent positifs. Elle est pourtant en mesure d'atteindre à des vérités générales. De mèm.^ que la conscience individuelle n'est pas bornée à un moment unique, mais se prolonge en quelque sorte par la mémoire, ce qui rend déjà possible à qui veut s'étudier une certaine connaissance générale de lui-même, de même l'observation psychologique n'est point bornée à l'individu, mais peut s'étendre indirectement à toute l'espèce, car les signes de tout genre, la parole, la littérature, l'art, l'histoire, l'étude des langues, le témoignage des médecins, des voyageurs, permettent au psychologue de contrôler ce qu'il a observé en lui, de passer par conséquent de la connaissance de soi à la connaissance de l'homme.

Ce n'est pas tout; comme on peut par l'induction et l'analogie projeter sur les régions inférieures de la vie psychologique la lumière de la réflexion, et faire de la sorte une psychologie de l'enfance, de la folie, du sommeil, de l'hallucination, de l'extase, on peut aussi, et par les mêmes procédés, descendre au-dessous de l'humanité même, et par la psychologie comparée étendre infiniment le champ des recherches. Jusqu'à quel point est légitime cette extension de la psychologie à l'animal, jusqu'où est-elle possible en descendant l'échelle des vivants'? question neuve et des plus intéressantes, mais qui mène en droite ligne au cœur de la métaphysique. Tout porte à croire, en efl'et, que partout où il y a organisation, il y a aussi quelque lueur de vie intérieure répondant (d'une manière de plus en plus imparfaite h mesure qu'on s'éloigne de l'homme) à ce qu'est chez l'iiomme la vie mentale. Mais que peut être la conscience d'un reptile, d'un mollusque, d'une plante? Et quel moyen avons-nous d'en savoir quoi que ce soit, quand c'est déjà par une induction, illégitime aux yeux de quelques-uns, que nous parlons de celle des animaux supérieurs? Cette conscience inférieure, indéfiniment décroissante et évanouissante, nous n'en pouvons rien pire qu'à la condition de la concevoir partout à l'image de la nôtre. Or, dans cette voie, il n'y a pas de limite où s'arrêter. Nulle raison de s'arrêter même où cesse la vie, car où cesse-t-elle, et qui peut assigner la borne'.' Mais concevoir l'être à tous les degrés, l'être en général, o à l'image de l'âme», comme Leibnilz fait ses monades, n'est-ce pas tout un système métaphysique, ou mieux, selon plusieurs, la méthode même de la métaphysique?

La psychologie confine ainsi à la métaphysique plus que toute autre science et y conduit plus directement; libre à chacun de céder ou de résister à la tentation de s'aventurer plus ou moins sur cette pente. Ce qui est certain, c'est que la psychologie proprement dite et qui veut rester scrupuleusement scientifique, c'est que surtout la psychologie dirigée en vue de la pratique morale et de l'éducation, a tout intérêt, après avoir établi ses droits à l'existence en revendiquant son objet et sa méthode propres, à ne point creuser A plaisir un abinie iniaginaiie entre elle et la l)hysiologie. Pour être à un rang supérieur dans la nature, l'homuie moral n'en est pas moins un être naturel, et la science qui l'étudié n'est que la

plus haute des sciences naturelles. « Ni anges ni bètes >s comme dit Pascal, nos facultés mentales sont étroitement liées à l'organisme et aux fonctions animales : le nier ne sert à rien, et l'ignorer volontairement est une pauvre ressource. Le mieux est de connaître notre coniUtion telle qu'elle est et d'en prendre notre parti, ou plutôt, d'en tirer le meilleur parti possible. La relation entre le physique et le moral étant certaine, comment douter qu'elle donne lieu à des observations utiles? Ces relations apparemment ont leur constance, c'est-à-dire leurs lois : et, s'il en est ainsi, comment ne pas avouer que ces lois sont intéressantes, sont urgentes à connaître s'il en fut? Est-ce que la devise « savoir, afin de prévoir et de pourvoir, » ne s'applique pas là comme partout? L'éducateur n'a pas le droit d'écarter par des fins de non-recevoir une seule vérité concernant le mécanisme de la vie humaine. D'abord parce que l'organisme, quand on ne tient pas compte de ses exigences et de ses droits, se venge en quelque sorte et nous fait payer cher nos ignorances ou nos dédains ; c'est le sens profond "du mot de Pascal : « qui veut faire l'ange fait la bête. » Ensuite, à supposer qu'on fût en droit de mépriser son propre corps, ce qui n'est point, on a certainement le devoir de respecter celui des autres. Le respecter, c'est trop peu dire, puisqu'il faut le cultiver et le fortifier, puisqu'il y a, en un mot, une éducation physique. En réalité personne n'a jamais admis l'indépendance des fonctions corporelles et des opérations mentales ; cette chimère, fruit de l'abstraction, ne répond à rien dans le bon sens public ni dans la pratique universelle. Elle a été inventée par crainte du matérialisme, pour sauver la spiritualité de l'âme. Mais la spiritualité de l'âme n'est point ici en cause; elle ne peut rien gagner à être établie sur la négation des faits. Pauvre spiritualisme qtte celui qui ne pourrait s'accommoder des vérités que tout le monde constate, et qui tomberait en poussière au contact de la réalité ! Que la matière vivante, que la substance cérébrale en particulier soit la chose même qui sent et qui pense-, ou que le cerveau ne soit que la condition temporaire, l'instrument actuel de la pensée, les faits s'expliquent également bien dans les deux cas; les deux hypothèses métaphysiques sont donc possibles; le spiritualisme et le matérialisme ne sont pas plus impliqués l'un que l'autre dans la franche et simple reconnaissance des faits. Aucune de ces doctrines n'a le droit de se dire srimbfique à l'exclusion de l'autre; elles se valent aux yeux du savant; et, quand il faudra choisir entre elles, ce sont des raisons d'un autre ordre, des nécessités morales qui devront dicter le choix. Amsi l'éducateur n'a à craindre pour auctine croyance raisonnable, pour aucun credo métaphysique : il a toute liberté d'esprit pour voir les choses comme elles sont. Or son devoir est de se tenir ouvert à tous les enseignements de la science sur les rapports du physique et du moral : il serait inexcusable de négliger une étude plus riche peut-être que toute autre en applications pédagogiques. Pourrait-il ignorer impunément qu'il y a une hygiène morale et intellectuelle, des conditions physiologiques nécessaires au travail mental, d'autres favorables, d'autres nuisibles au bon équilibre des facultés? Le lien entre le tempérament et le caractère est sans doute fort mal connu, mais s'il venait à l'être mieux, qui se pardonnerait d'ignorer un seul jour la moindre découverte sérieuse, la moindre indication probable sur un point de si grande conséquence? Ce qui est siir, c'est qu'il y a littéralement des aliments de 1 intrlli^ence, et surtout ce qu'on a pu appeler d'une expression singulièrement éloquente rfe» poisons de l'intelligence : imagine-t-on un père ou un

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maître ignorant à plaisir de tels faits, ou négligeant d'en instruire ceux dont il a charge? Enfin qu'on pense ce qu'on voudra de ['hérédité psychologique. Quand elle serait moins certaine qu'elle n'est, quand la transmission des aptitudes mentales et des dispositions morales en germe avec la vie ne serait que probable ou seulement possible, quel phénomène serait plus digne d'une étude attentive? Quelle étude plus digne d'être suivie avec un intérêt passionné par celui qui a pour mission de préparer l'avenir do notre espèce 'l La pensée de l'hérédité est si salutaire, si propre à nous faire réfléchir sur la portée de nos actes, qu'il faudrait tenir pour certaine, quand elle serait douteuse, cette loi qui lie entre elles les générations successives. Quiconque agit de quelque manière sur l'opinion devrait professer et répandre cette croyance que de nos œuvres rien ne se perd, que toute qualité fixée dans les parents et passée en habitude tend à se transmettre avec le sang, que tout vice qu'ils contractent tend à infester leur descendance.

Ces questions mi-partie physiologiques et psychologiques une fois traitées, étant bien établi que la distinction profonde des deux sciences n'entraîne ni leur désaccord ni leur scission, on peut aborder l'objet propre de la psychologie, c'est-àdire l'étude des faits do conscience. Si compliqués' qu'ils soient, ces faits se rangent assez bien d'euxmêmes en trois catégories : actes proprement dits, dont le mouvement est le .signe extérieur, et dont le vouloir est psycliologiquement le type ; — phénomènes affectifs caractérisés par l'émotion de plaLsir ou de peine; —phénomènes mtflleciuels ou pensées. Il n'échappe à personne que ces trois groupes de faits, indissolublement unis et mêlés dans la vie consciente, ne sont séparés que par abstraction, qu'agir est, au fond, toute la vie psychique, que sentir et penser ne sont que des modes divers d'une seule et même activité. Si donc on maintient cette division, nécessaire à la science du moi, consacrée par le langage, ce doit être à condition de n'en être pas dupe. Et si le psychologue continue (ce qui est peut-être moins nécessaire) à compter aussi, avec le commun langage, trois facultés, répondant h ces trois catégories de faits. Volonté, Sensibilité, Intelligence, il ne saurait trop résister à la tentation de prendre pour trois causes réelles ces trois abstractions. Il est plus difficile qu'on ne croit de ne pas prêter inconsciemment une réalité distincte à ce qui porte un nom distinct, et, par suite, de ne pas croire qu'on a expliqué suffisamment un fait de conscience quand on l'a rapporté à sa faculté. Comme les propriétés réalisées et données pour des explications ont été une grande cause de retardement pour la physique, de même les facultés ont pu être dénoncées comme le fléau de la psychologie. Mais, le charme une fois rompu et le péril signalé, il n'y a pourtant pas d'inconvénient irrémédiable à conserver le langage reçu; et, en fait, personne n'a pu tout à fait l'abandonner. Les facultés après tout ne sont pas de pures chimères, de simples dénominations arbitraires pour des groupes de faits artificiellement distingués. Ce ne sont que des modes d'une même activité, mais des modes Jiaturels, qui difl'èrent vraiment et notablement dans la conscience. Agir ou vouloir est autre chose que sentir et que penser; sentir et penser ne sont pas des phénomènes identiques. Les personnes les plus intelligentes ne sont pas nécessairement les plus résolues ni les plus sensibles; le moment où je suis le plus ému n'est S pas celui où j'ai les pensées les plus claires. La ' synthèse naturelle des trois ordres de faits (synthèse qu'il faut commencer par considérer en prenant une vue d'ensemble de la vie intime, où tout se tient) n'empêche donc pas, mais appelle

au contraire l'analyse, sans laquelle il n'est point de science. Il sera seulement bon de refaire de temps en temps des synthèses partielles, pour ne pas perdre de vue le concret et le vivant, et surtout de faire succéder à toutes les analyses une synthèse finale. L'ordre à suivre dans l'analyse peut varier selon le point de vue où l'on se place, mais il n'est point indifférent. Le mieux semble être de commencer par l'étude de ce qui est le plus général et le plus essentiel, savoir l'activité. Si penser et sentir sont des modes divers de l'activité consciente, il ne peut qu'être bon d'étudier d'abord cette activité en elle-même : ce qui est vrai d'elle d'une manière générale ne manquera pas de se retrouver en toutes ses manifestations, soit affectives, soit intellectuelles : peut>être obtiendra-t-on de la sorte un ordre plus profond et plus vraiment naturel que ne serait un prétendu ordre chronologique. Bien que les trois facultés, en effet, ne se développent pas d'une façon rigoureusement parallèle, n'atteignent pas en même temps leur plus haut période, leur croissance est si bien simultanée en réalité, et leur mutuelle solidarité est telle, qu'il semblera toujours un peu arbitraire d'étudier, comme quelques auteurs l'ont proposé : d'abord la sensibilité, sous prétexte qu'elle apparaît et domine la première, ensuite l'intelligence, comme n'étant mûre qu'après l'âge des passions, enfin la volonté comme n'assurant qu'en dernier lieu son empire. \ cet ordre factice, une bonne méthode devrait, semble-t-il, substituer le suivant.

L'activité proprement dite (dont le vouloir humain est le type parfait, et qui, à ses degrés inférieurs, est peut-être déjà la volonté s'ignorant elle-même) affecte trois degrés et comme trois phases : elle est d'abord tout instinctive et aveugle, puis devient réfléchie et volontaire, puis, par l'habitude, redescend vers l'instinct. Commençant, en d'autres termes, dans la région de la pure nature, elle s'élève au-dessus, jusqu'à la personnalité, pour revenir bientôt à l'automatisme, qui caractérise la seconde nature comme la première. Or dans la sensibilité aussi, ou activité affective, quoique chose répond à l'instinct, ce sont les besoins primitifs ou penchants; quelqvie chose à la volonté, ce sont les émotions conscientes-, quelque chose à l'habitude, les passions. Et l'intelligence de même a ses instincts, puisque les principes de la raison ne sont autre cliose que des exigences à priori de l'esprit, besoins universels et éternels de la pensée; elle a ses opérations proprement dites, par lesquelles elle acquiert, combine, élabore les connaissances, s'élevant de la sensation brute à l'idée pure, de la perception actuelle au raisonnement abstrait; elle a enfin ses habitudes, car le souvenir et les associations d'idées sont, à la lettre, des habitudes mentales.

A propos des instincts on rappellera seulement ici que deux théories sont en présence : la théorie traditionnelle, suivant laquelle l'instinct est immuable et imperfectible; la théorie transformiste contemporaine qui le représente au contraire comme modifiable et susceptible de progrès lents à l'infini, mieux encore, comme formé de toutes pièces au cours des siècles par l'habitude, l'adaptation au milieu, la sélection, l'hérédité. Point de doute, selon nous, que ces deux théories ne doivent être corrigées, complétées l'une par l'autre. Il y a certainement des instincts acquis, comme il y a des formes organiques produites et fixées par les causes qu'on allègue; l'acclimatation, la domestication, le dressage, seraient impossibles sans la variabilité des formes et des instincts. Mais certainement aussi, il y a, dans la constitution psychique comme dans l'organisation des vivants, un fonds naturel, antérieur à toute

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acquisition, résistant à toute cause de modification. Pour prendre des liabitudes nouvelles, pour s'adapter peu à peu à un nouveau milieu, pour transmettre ses caractères avantageux, il y a au moins deux condiiions nécessaires, c'est de vivre et de se reproduire, ce qui suppose au moins deux genres d'instincts fondamentaux aussi rudimentaires qu'on voudra, ceux qui assurent la conservation de l'individu, ceux qui assurent la perpétuité de l'espèce. Et, pratiquement, il n'y a pas moins d'enseignements à tirer d'une théorie que de l'autre. La connaissance des instincts premiers, vraiment irréductibles et sans doute indestructibles, doit nous rendre modestes en présence de la nature et respectueux de ses lois, qu'il serait insensé d'espérer ni changer ni contrarier impunément; mais par la connaissance de la variété infinie que la nature produit elle-même avec ses lois immuables, on comprend mieux ce que peut faire l'art humain opérant selon la science, et en particulier l'éducation éclairée par la psychologie. De même que l'éducation physique, sans pouvoir jusqu'ici entamer les espèces, tire pourtant de leur sein des variétés de plus en plus belles et avantageuses, de même l'éducation morale ne changera sans doute pas l'humanité, mais elle peut améliorer singulièrement l'homme.

Le propre de l'homme n'est pas d'nbéir à l'instinct, ce que l'animal fait comme lui, mais d'agir avec volonté. Vouloir est le fait des personnes. C'est se résoudre en connaissance de cause. Tandis que les mouvements instinctifs sont assimilables à des réflexes plus ou moins compliqués, le vouloir est essentiellement spontané. Par lui on s'élève de l'automatisme à l'activité autonome, de la vie animale à la vie proprement liumaine. Il y a la même distance, et plus grande encore, entre l'instinct et la volonté, qu'entre le pur mécanisme et l'instinct. La volonté est pour nous le type même de l'activité, l'activité par excellence ; bon gré mal gré, c'est sur ce modèle que nous imaginons toute force. En réalité, l'être qui veut ne fait pas autre chose que produire des actes appropriés aux circonstances, et vouloir, en dernière analyse, ce n'est toujours que réagir contre les impressions reçues. Mais un intervalle parfois très grand sépare ici les impressions des actes qui en résultent ; et le vouloir occupe précisément cet intervalle. Le résultat, c'est-à-dire l'acte, n'est plus une simple résultante mécanique ; il n'apparait pas sans doute ex nihito, puisqu'il est motivé par toutes sortes de pensées et de sentiments provenant de notre expérience antérieure ; tuais ces sentiments, ces pensées sont quelque chose de nous-mênie et portent notre marque, et quand la résolution apparaît, elle émerge vraiment de notre propre fonds. Nous touchons ici à un des problèmes les plus graves de la psychologie et tout ensemble de la métaphysique : Le vouloir n'est-il que le concours ou le conflit plus ou moins compliqué des pensées et des désirs, le produit indirect et conscient des impressions passées ; ou bien révèle-t-il, sous les émotions mêmes et les jugements qui le déterminent, une spontanéité pure, une liberté absolue ? Ou ne peut ici avoir la prétention de trancher en quelques mots un tel débat ; nous signaleroiis seulement quelques points importants dans l'analyse du vouloir. Le premier point est la différence du désir et du vouloir, que le langage tend à confondre, mais qui ne semblent pouvoir être pris pour identiques en dépit de leur étroite union. Saus parler des cas où l'on veut ce qu'on ne désire nullement, le vouloir, même conforme au désir, est toujours un peu autre chose que lui ; c'est tout au moins un désir contrôlé, sciemment autorisé à passer à l'acte Mais ceci nous amène à un second point difficile:

le vouloir est-il autre chose qu'une pensée dominante '? Certes l'intelligence est une pièce nécessaire de la volonté, laquelle pourrait se définir l'activité consciente, clairvoyante et maîtresse d'elle-même; mais ici encore, l'indissoluble union n'est peut-être pas la pure identité. En tout cas, la question du libre arbitre est toute là ; la solution du problème de la liberté (autant qu'il peut être résolu par la psychologie) ne dépend de rien tant que des résultats que donnera sur ce point l'analyse. Si, des quatre moments qu'on a coutume de distinguer dans le phétiomène complexe de la volonté, conception des fiOssibles, déhbération sur les motifs, résolution, exécution, on considère le troisième seul, ou les deux derniers, comme manifestant le vouloir, on donne par cela même cause gagnée au déteryninisrne. Il est indubitable, en effet, que la décision résulte nécessairement des possibles conçus et des motifs pesés; et si l'on n'a point de volonté avant d'être décidé, on n'est point libre. Mais c'est depuis longtemps, depuis Duns Scott et Descartes tout au moins, une idée familière aux logiciens, que la volonté domine l'intelligence elle-même et préside déjà à nos jugements. Pour le psychologue de même, il semble bien qu'en faitla volonté entre d'abord en jeu dans l'évocation des possibles, puis dajis l'évaluation des motifs tour à tour appelés, retenus, écartés, rappelés encore. Loin donc de n'apparaître que dans la décision, c'est elle-même qui la prépare, la diffère, la prononce et lui imprime son sceau, comme c'est elle encore qui l'accomplira, pourra en interrompre, en reprendre, en arrêter ou achever l'exécution. Il n'y a pas d'ailleurs d'illusion à se faire : admettre le libre arbitre, c'est admettre le choix absolu, c'est par conséquent admettre des cas (en aussi petit nombre qu'on voudra) où deux ou plusieurs actes sont également possibles, entre lesquels celui-là seul sera réalisé que la volonté aura choisi. Elle ne l'aura pas choisi sans raison, et le principe de raison suftisante ne peut jamais être en défaut; mais elle aura ete ellemême la dernière raison déterminante. S ecrierat-on pour cela que la science est dès lors impossible, car elle exige le déterminisme absolu des phénomènes' Il faut répondre sans hésiter que la liberté est, en effet, le contraire du déterminisme absolu, qu'elle consiste essentiellement dans la possibilité de déjouer les prévisions et d'échapper au calcul; l'admettre, ce n'est rien moins qu admettre des futurs cuntinyenU dans l'ordre des actions humaines. La science n'a nullement besoin que toutes nos actions soient nécessaires, et surtout ne prouve point qu'elles le soient. Le déterminisme n'a pas le moindre droit à se donner pour scientifiquement établi. Ce qui est établi, c'est qu il y a une part de détermination dans nos actes, c està-dire des éléments donnés avec lesquels la volonté doit compter, ce qui rend jusquà un artain point possibles les prévisions; mais les prévisions ne sont jamais dune rigueur mathématique ; et si l'on prétend que leur incertitude ne tient qu'à notre ignorance, on préjuge précisément ce qui est en question. Ainsi la liberté n'est ni impossible à priori, c'est-à-dire absurde, ni condamnée par les faits : chacun peut à son .-ré la rejeter ou l'admettre. Or des raisons morales peuvent seules nous décider, mais elles sont j impérieuses et nous obligent de prendre parti. Scientifiquement la liberté n'est pas prouvée, elle n'est que possible, mais moralement il faut y croire. Condition sine quù non de la moralité etJ du devoir, on pourrait dire que c est déjà uni devoir et notre premier devoir de 1 admettre.! C'est un acte de foi rationnel que Kant demanaei à notre bon vouloir. Ceux qui le refusent^ on! théorie l'accordent dans la pratique, car U ny af guère qu'en Orient qu'on s'en tienne pratique!

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mont au fatalisme, à ce fatum mahumctanum dont parle Loibiiitz. Chez nous, tout lo monde croit sans doute que ce qui doit arriver arrivera (c'est une pure et simple tautolor/ie) ; mais on croit que cela seul doit arriver, dont les conditions seront réalisées, et qvie parmi ces conditions il en est qui dépendent de nous. Aussi n'ost-il pas de déterministe qui ne continue h admettre, au moins dans certaines limites et dans certains cas, la rosponsabilité des personnes.

La responsabilité n'est pas plus illimitée que la liberté; elle a ses bornes et ses dfgrés; elle varie d'un individu à l'autre et d'un moment à l'autre pour un même individu. Si en effet le choix ne peut être qu'absolu là où il est, et l'arbitre absolument libre quand il a lieu, il ne s'ensuit nullement que nous ayons tous et toujours le choix entre un égal nombre de possibles, que nous soyons tous et toujours également bien informés , également clairvoyants , également maîtres de nous. Il suffit moralement C|ue chacun n'ait h répondre que de ce qu'il a vraiment et proprement voulu. Une fois écartées les protentions du déterminisme radical et pseudo-scientifique, il y a tout avantage h ne point nous exagérer l'étendue de notre liberté, à en reconnaître au contraire les conditions. Il est certain que la liberté d'indilférence que chacun s'attribuerait-à lui-même comme infinie, constante, inaliénable, est une pure chimère. La liberté s'affermit ou se compromet, s'acquiert ou se perd au cours de la vie, par l'usage même qu'on en fait; elle dépend de mille circonstances qui la favorisent ou la contrecarrent ; elle grandit par l'instruction et les bonnes habitudes, diminue dans les passions vicieuses, est toujours menacée par l'influence du milieu, de l'opinion, de la coutume. C'est raison de plus pour veiller sur elle à chaque instant, et en cela même consiste avant tout Ja moralité. Se croire trop libre est le plus sur moyen de l'être fort peu.

La personnalité consiste essentiellement dans la volonté : une personne est un être qui veut réellement, par opposition aux choses qui ne font que répercuter mécaniquement les impulsions reçues, et aux animaux menés par l'aveugle instinct. La dignité, l'inviolabilité de la personne libre, voilà le fondement de la morale : respecter les personnes, c'est toute la justice; faire mieux encore et les prendre pour fins, c'est la charité. Car si la personne a une valeur infinie, la plus grande preuve qu'elle en puisse donner, c'est de relâcher en faveur des autres quelque chose de ses droits stricts, c'est de se sacrifier volontairement. Elle n'a tout son prix que lorsqu'elle s'oublie. L'idéal social est une communauté où chaque personne respectée par toutes (car il faut commencer par exiger le respect) serait toute dévouée aux autres et prête à faire don de soi pour le bien commun. L'ordre ainsi obtenu par le concours des volontés, sans compression d'aucune sorte, serait inaltérable et ferait la nation la plus heureuse comme la plus forte : réaliser autant que possible un tel état est la tâche que la morale assigne à la politique.

Le plus grand danger que coure la volonté libre vient de {'habitude. Toute activité contracte en agissant une tendance à répéter son acte : cette tendance est l'habitude même. Elle devient de plus en plus impérieuse à mesure que le même acte a été plus souvent répété; elle peut à la fin devenir irrésistible. « C'est, dit Montaigne, une violente et traistresse maîtresse d'eschole, que la coutume. Elle establit en nous peu à peu, à la desrobée, le pied de son auctorité, mais par cet humble commencement, l'ayant rassis et planté avec l'aide du temps, elle nous descouvre tantôt un furieux et tyrannique visage, contre lequel

nous n'avons plus la liberté de hausser seulement les yeux. Nous lui voyons forcer à tous les coups les règles de la nature, u Par là nos actes, d'abord délibérés, tendent à se produire bientôt mécaniquement : partis du mécanisme de l'instinct pour nous élever à la liberté, nous risquons à chaque instant de retomber de la liberté dans le mécanisme de l'habitude. Comme si un être naturel ne pouvait que rarement et par exception agir en pleine possession de soi, à la claire lumière de la réflexion, à peine échappons-nous aux liens de la première nature que ceux de la seconde nous enlacent. Se défendre de la tyrannie des habitudes, se maintenir libre autant que possible, se soustraire à toute routine est si difficile, qu'il faut sans doute en désespérer, quoique ce doive être notre continuelle étude. Il y a pourtant une consolation à cette loi de notre nature. Les habitudes ne sont pas toutes également contraires à la liberté, et s'il faut en contracter quoi qu'on fasse, au moins tient-il à nous d'en prendre qui ne nous fassent pas déchoir. A tout prendre, la loi de l'habitude est celle de notre perfectionnement en môme temps que celle do notre chute; tout dépend de ce que la volonté lui livre. Elle conserve, amplifie, accumule, reproduit avec une facilité croissante le bien comme le mal. Elle mena indilTéremment à. la parfaite sagesse quasi infaillible, et à l'extrême abjection à peu près irrémédiable. Si d'une part les associations d'idées étroites et aveugles, les passions animales, les fautes répétées engendrent la fatalité du vice, en revanche l'habitude de réfléchir et de raisonner, d'obéir aux sentiments généreux, de faire ce qu'on doit, loin d'enchaîner la liberté, la fortifie, loin de diminuer la personne, l'alTermit dans sa dignité. Former de bonnes habitudes d'esprit, de cœur, et de conduite, et empèclier les mauvaises de naître ou de durer, c'est, en somme, tout l'objet de l'éducation. Nul chapitre de psychologie ne peut être plus important que celui qui traite des habitudes, et des lois selon lesquelles elles se forment, se fixent ou se perdent.

La sensibilité et l'intelligence n'étant que des modes de l'activité, on y retrouve les trois mêmes degrés, savoir : un fond primitif fourni par la nature même, des phénomènes conscients, occupant le champ de la réflexion, des dispositions acquises devenues comme une seconde nature.

La sensibilité est le pouvoir de jouir et de soulTrir, mais les émotions de peine et de plaisir présupposent des tendances ou inclinations, et ne peuvent ni durer beaucoup ni se renouveler souvent sans engendrer des passions-.

Dans l'étude de ces inclinations ou penchants primitifs, qui sont comme nos instincts affectifs, le difficile est de distinguer ce qui est véritablement naturel et originel, do ce qui est acquis et maintenant héréditaire. Deux besoins au moins semblent se rencontrer chez tout vivant, celui de persévérer dans son être et celui de développer son être. Chez l'homme, dont l'être est à la fois physique et moral, les biens pressentis et recherchés pourront se diversifier à l'infini. Ce qui parait hors de doute, c'est que la nature nous a donné, au-dessus dos appétits et des inclinations égoïstes, la sympathie, lien de la vie sociale, et certaines aspirations rationnelles ou idéales, sources de la science, de l'art et de la moralité.

L'émotion résulte immédiatement de Vinclination satisfaite ou contrariée, et seule nous la révèle. Tout déploiement d'activité normal en quantité et en qualité cause le plaisir; l'activité empochée ou surmenée, ou dépensée dans des voies contraires k celles de la nature, c'est la douleur. Il n'est pas vrai par conséquent que lo plaisir soit tout négatif; il est lié à l'activité même

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et à la vie; il en est l'épanouissement et, comme dit Arislote, la fleur. Le jeu n'est agréable que parce qu'il est, en tout genre, un libre et vif exercice de nos énergies; le travail et l'effort sont agréables au même titre et aux mêmes conditions : il ne faut que les varier et en éviter l'excès. Sur la relativité du plaisir et de la douleur, sur leur rôle dans la vie, sur les mille degrés de la sensation et les mille nuances du sentiment, il y a une somme inépuisable d'analyses et de documents.

Les passions sont des dispositions du cœur en partie naturelles, mais en partie acquises : ce sont tantôt des inclinations devenues dominantes et tyranniques, tantôt des émotions violentes devenues liabituelles. Il importe tout particulièrement de bien décrire leur formation, pour voir si la volonté y intervient concurremment avec le tempérament héréditaire, le milieu, l'éducation, l'exemple; car si nous n'étions pas responsables de les laisser naître, nous le sommes encore moins de ce qu'elles nous font faire une fois formées. La description de la genèse des passions et de leur mécanisme fait l'objet d'un chapitre de la psychologie important entre tous pour l'éducation et la morale.

Reste l'étude des opérations intellectuelles : elle est si vaste qu'on ne peut pas même l'ébaucher ici, à peine peut-on en tracer le plan. Ce qui dans la faculté de juger et de comprendre répond aux instincts et aux besoins, ce sont les données à /)rwri de la raison, les exigences nécessaires et universelles de la pensée, les principes. Il faut d'abord établir qu'il y a de telles données antérieures et supérieures à l'expérience et sans lesquelles l'expérience même no serait pas possible. 11 semble difficile de ne pas compter comme telles au moins les fo7-mfs de temps et d'espace, sans lesquelles l'intuition ne se conçoit pas, certaines cati>gories sans lesquelles l'entendement ne serait qu'un chaos, enfin les principes pratiques et spéculatifs, en aussi petit nombre qu'on voudra. Le principe pratique est l'impératif moral. Les principes spéculatifs sont : ou analytiques, comme les principes d'identité et de contradiction, qui forcent simplement l'esprit à rester d'accord avec lui-même; ou synthétiques, comme les principes de raison suffisante, de causalité, de finalité, qui le poussent à chercher l'explication des choses. Ceux-là sont le fondement des axiomes, des sciences exactes et du raisonnement déductif; ceux-ci des sciences de faits et de l'induction. A 1 empirisme rajeuni qui prétend ramener tous ces principes à des habitudes héréditaires, il faut répondre que, sans doute, bien des tendances mentales, aujourd'hui générales et vraiment innées, ont pu être acquises au cours des siècles; mais que pour prendre des habitudes de pensée il faut d'abord que l'esprit pense, et que la pensée pas plus que la vie n'a jamais pu être tout à fait sans lois.

La raison est ce qui donne à l'intelligence humaine son caractère et rend possible tout le travail delà pensée par lequel, de la simple sensation, elle s'élève à la science et à la philosophie. Ce travail commence par l'intuition des sens et de la conscience; l'acquisition des premiers matériaux de la connaissance est le fait de la double expérience.

Vingt questions du plus vif intérêt se posent dans la théorie des sens : Faut-il aux cinq sens universellement reconnus ajouter, comme on le fait souvent aujourd'hui, le sens organique et le sens ^ musculaire 7 Les sens nous trompent-ils, ou n'y a-t-il point d'erreurs des sens? Comment distmguer pour chaque sens les perceptions primitives des perceptions acquises? Comment se fait 1 éducation d'un sens par le concours des autres? Comment nos sensations sont-elles rap-

portées à quelque chose hors de nous? Les sens nous renseignent-ils sur la réalité et la nature des objets? etc., etc. Parti de simples descriptions physiologiques, on est bientôt conduit aux problèmes derniers de la légitimité et dos limites de la connaissance.

Les données des sens sont reçues dans la cojjscience, et le sujet qui les reçoit n'est point passif : il réagit contre les impressions, et dans l'effort qu'il fait contre ce qui n'est pas lui, se connaît, devient pour lui-môme objet de réflexion. La question se présente alors, de savoir ce que la réflexion ajoute à la sensation, et quelles données le moi trouve en lui par l'analyse. Est-il causa et le type premier de toute causalité, ou l'idée de cause se réduit-elle à celle d'une simple succession de sensations? Est-il une substance ou seulement une suite ininterrompue de pliénomènes reliés par la mémoire, laquelle produirait l'illusion de l'identité, loin de supposer elle-même un sujet identique? Une fois de plus on voit la psychologie confiner à la métaphysique. L'idéalisme de Hume n'est que le phénoménisme de Berkeley poussé i. ses conséquences, transporté de l'objet au sujet.

Quand l'expérience a donné les matériaux bruts de la connaissance, l'esprit les combine par \'iniagination, et les élabore par Vabslraction, la généralisation, le raisonnement.

L'image, au plus bas degré, n'est que l'écho de la sensation; l'imagination n'est d'abord, selon le mot de Bossuet, qu'un sens intérieur. Dans la rêverie, le rêve, le somnambulisme naturel ou provoqué, l'hallucination, l'extase, la folie, le champ de la conscience est tout occupé par le jeu des représentations involontaires; le sujet s'abandonne sans contrôle au cours de sa fantaisie. Mais réglée par la rai- |son, soumise à la volonté, l'imagination est la faculté inventive par excellence : elle crée, dans l'ordre spéculatif, les hypothèses si nécessaires au progrès et à la vie de la science, dans l'ordre pratique et moral les inventions et innovations de tout genre, dans l'ordre esthétique les arts. Si l'on ne fait pas de l'esthétique une science à part, mais seulement un chapitre de la psychologie, c'est ici mieux qu'ailleurs que se place l'étude du beau. Le beau est essentiellement l'idéal prenant forme et vie, l'intelligible devenant sensible, pour ravir l'imagination et toucher le cœur.

L'abstraction dégage de la sensation l'idée, qui est tout autre chose que l'image : l'étude des idées abstraites et de leur rôle dans la vie mentale est inséparable de celle des mots et de leur fonction. Par ce point la psychologie touche à la logique, à la linguistique, voire à la mythologie.

La formation des idées générales n'est pas identique à celle des idées abstraites; la généralisation n'est pas l'abstraction, quoiqu'elle la suppose. Les idées d'espèces, de genres, de classes, etc., ne sont qu'à demi abstraites ; la nature même nous les oflre ou du moins nous invite à les former. Mais on retrouve ici sous une forme rajeunie l'antique débat du réalisme et du nominalisme; et la tentative du transformisme conteiuporain pour sup» primer toutes barrières entre les espèces donne un regain d'intérêt à la question de savoir si le besoin qu'a notre esprit de penser par catégories et de ranger toute multiplicité dans des cadres est purement subjectif, ou bien si les choses offrent effectivement un ordre intelligible répondant au vœu de notre intelligence.

Le dernier degi é d'élaboration de la connaissance est le raisonnement qui consiste à passer du connu à l'inconnu. Quand on s'élève d'expériences particulières à des affirmations générales, on induit; quand on tire d'affirmations générales des conclusions qui s'y trouvaient impliquées, cela s'appelle déduire. La déduction en forme est le syllogisme.

PSYCHOLOGIE

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C'est une question, de savoir si les deux espèces de raisonnement se ramènent i une seule, et laf|uelle est la plus fondamentale. Elles difl'èront comme le principe de contradiction et le principe de causalité, et restent distinctes au même titre. L'induction a seule un caractère synthétique et est seule instructive; la déduction doit sa rigueur l'ormelle à son caractère purement analytique. Au reste l'une et l'autre ne sont que la raison en acte, la raison discursive, et s'expliquent, en dernière analyse, par un môme besoin d'unité et de liaison, qui est l'essence même de la pensée.

Il est clair qu'aucune des opérations qu'on vient devoir ne serait possible sans [arnémoire. La mémoire est à l'activité intellectuelle ce qu'est l'habitude à l'activité proprement dite. Le souvenir est littéralement une habitude de l'esprit : il s'acquiert, se conserve et se perd comme une habitude : la répétition fréquente, l'effort intense, l'émotion vive, la méthode contribuent à graver et ;\ fixer les souvenirs comme k créer et à fixer les habitudes; l'oubli de part et d'autre est produit par les mêmes causes. Toutefois le souvenir n'est qu'une espèce dans le genre habitude; il a un caractère distinctif, c'est une habitude reconnue; e-ii le pensant de nouveau, on le rapporte au passé. Le souvenir le plus parfait est celui qu'on replace le plus exactement au milieu de ses circonstances : la réminiscence est le souvenir peu ou point reconnu.

L'association des idées est la loi commune de toutes nos conceptions : selon Stuart Mill, elle est en psychologie ce qu'est en astronomie la loi de la gravitation universelle. Non seulement toutes nos pensées se suivent et se lient de telle façon qu'il n'y a jamais de vide entre elles, mais elles se lient et s'appellent selon des rapports déterminés. Le plus général de ces rapports est celui qyi résulte d'une expérience antérieure : <' deux idées qui ont été précédemment en connexion étroite dans l'esprit tendent à y revenir ensemble et à se rappeler mutuellement; » c'est une conséquence de l'habitude. C'est pourquoi le signe nous fait penser à la chose signifiée, un certain lieu aux lieux voisins, un certain temps au temps qui précède ou qui suit. Mais on discute pour savoir si toute association d'idées se ramène ainsi à une liaison de fait dans les états de conscience antérieurs, ou s'il n'y a pas, en quelque sorte, des associations de droit, autrement dit, des rapports rationnels entre certaines idées (comme celles de fait et de cause, de principe et de conséquence, de fin et de moyens). C'est, sous une nouvelle forme, le grand débat du rationalisme et de l'empirisme.

Après une étude complète de la vie psychologique considérée en elle-même, il reste à la considérer dans ses manifestations : la théorie des signes et du Innr/atje suppose la connaissance des faits de conscience, mais ajoute beaucoup à cette même connaissance, car si les signes servent h traduire les sentiments, les pensées et les résolutions, on sait combien est grande l'influence réciproque du langage sur la pensée d'abord, puis sur les affections et la conduite même. Cette piirtic de la psychologie touche aux sciences les plus diverses; à la linguistique, à la philologie, à la .grammaire comparée, par l'étude des lois les plus hautes qui régissent les langues; ;\ la physiologie et i l'histoire naturelle par l'étude de la physionomie. On sait que les recherches les plus neuves sur ce point sont dues à des savants, comme Gra- ■tiolet en France, Darwin en Angleterre.

La psychologie comme science positive pourrait être regardée comme épuisée quand on aurait traité, dans cet ordre ou dans un autre, toutes les questions jusqu'ici énumérées; mais c'est alors que peut-être la curiosité métaphysique pourrait

être admise Ji se donner carrière. Qu'est donc, en fin décompte, ce mni, qui s'étudie lui-même, qui s'attribue les faits si divers de la vie psychique'? Substance, ou simple suite liée de phénomènes? Substance immatérielle et impérissable, ou résultante éphémère, presque accidentelle, du co7isensiis des fonctions cérébrales? Ces questions et les pareilles, on peut assurément se les interdire, et il faut savoir qu'en se les posant on quitte le terrain de la science proprement dite ; mais chacun aussi a le droit de les agiter, d'y appliquer toutes les ressources de la dialectique, toutes les forces de la méditation intérieure et de l'induction. Les conclusions vaudront ce que vaudront l'esprit et la méthode de chacun ; mais elles seront toutes légitimes dans la mesure ot'i elles respecteront la logique et les faits. Non seulement il n'est ni désirable ni possible de désabuser de tels problèmes les esprits qu'ils tentent; mais tous sans exception nous devons les avoir une bonne fois regardés en face, et, soit que nous les ayons écartés ou résolus à notre satisfaction, être à leur égard dans un état d'esprit compatible avec les exigences de la morale et la pratique du devoir.

[Henri Marion.] Comme l'indique l'article qu'on vient de lire, les questions qu'embrasse la psychologie peuvent être traitées soit dans l'ordre mentionné ci-dessus, soit dans un autre ordre, suivant les convenances de l'enseignement. Nous avons cru devoir joindre, dans ce Dictionnaire, à la psychologie proprement dite, quelques notions élémentaires de logique, de morale, de théodicée, et d'histoire de la philosophie. On trouvera ci-dessous l'énumération des articles du Dictionnaire entre lesquels nous avons reparti les matières de ce programme; nous avons rattaché la logique aux leçons sur l'intelligence, la morale et la théodicée aux leçons sur la volonté, la responsabilité et la conscience, et terminé I& cours par quelques notions sommaires d'histoire de la philosophie.

PROGRAMME

DU COUBS DE PSYCHOLOGIE (COMPLÉTÉ PAR DES NOTIONS DE LOGIQUE, DE MORALE, DE THÉODICÉE ET D'HIS- TOIRE DE LA PHILOSOPHIE).

I. — Définition de la psychologie : son domaine, sa méthode, ses divisions. — Rapports de la psychologie avec l'éducation. — V. Psychologie.

II. — Les facultés de l'âme : sensibilité, intelligence, volonté. — V. Facultés de l'âme.

III. — La sensibilité. — Le plaisir et la peine. — Différentes catégories de plaisirs et de peines. — Les sensations et les sentiments. — V. Sensibilité.

IV. — Diverses formes dos phénomènes sensibles : instincts, inclinations, passions. — V. Instincts, Inclinations, Passions.

V. — Les facultés intellectuelles, ou l'intelligence. — Division générale des faits intellectuels et des facultés correspondantes. — Des éléments d", la pensée. Le jugement, ses diverses formes. Les idées. — Intelligence, Jugeme?it, Idée.

VI. — La perception extérieure : les sens. — Perceptions naturelles, perceptions acquises. — Education des sens. — Idées fournies parles sens. — Du rôle des connaissances sensibles dans le développement de l'esprit. — V. Sens.

VIL — La conscience, la perception intérieure ; divers degrés de la conscience. — Les notions qu'elle nous permet d'acquérir. — V. Conscience.

VIII. — La mémoire. Notions de durée et d'identité personnelle. fVùle de l'imagination et de l'association des idées dans la mémoire. Culture de la mémoire. — V. Mcmoire.

IX. — L'imagination. — Comment les images se produisent. — Passage de l'imagination représentative h l'imagination créatrice. — Comment on

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développe l'imagination. — Comment on la règle.

— Son emploi dans les arts, dans la vie pratique, dans la science. — V. hnai^inatiun.

X. — L'association des idées. — Les idées acquises par les sens, par la conscience, conservées parla mémoire et par l'imagination, se réveillent et se représentent à l'esprit en vertu des lois de l'association des idées. — Comment tout se tient dans l'esprit. Influence des premières impressions. — V. Association des idées (au Supplément), Mcrii'iire, hnnijination.

XI. — De l'attention : son influence sur les diverses facultés intellectuelles. — Des moyens pratiques i employer pour exciter et fixer l'attention.

— Des différentes formes de l'attention ; la distraction et ses causes. — Les idées abstraites et générales. Leur rôle et leur importance. —V. Atti-iition (dans la I" V ky^iiy.) , Abstraction, Idée, Volonté.

XII. — Le raisonnement : ses diverses formes. Raisonnement instinctif et réfléchi. — Inférence du particulier au particulier, du particulier au général, ou induction; des lois aux cas particuliers, ou déduction. — V. Raisonnement.

XIII. — La raison, ou les principes directeurs de l'intelligence. — Discussion sur leur origine.

— Sont-ils indépendants des notions expérimentales, et irréductibles au travail de l'abstraction et du raisonnement. — Le principe de causalité, etc. -.- 'V. Raison.

XIV. — Le langage. — Formes du langage. — Ses rapports avec la pensée. — Origine du langage. — V. Langage.

XV. — Logique ou étude des lois de l'intelligence. — Définition. — Histoire de la logique. — Division de la logique. — Son utilité. — V. Logique.

XVI. — L'activité, ses diverses formes : l'instinct, la volonté, l'iiabilude. — De l'instinct : ses caractères. — Tous les instincts sont-ils originellement bons? — Origine du vice et du mal.

L'activité volontaire : ses conditions, réflexion, délibération. — Education de la volonté : comment on la fortifie. — Moyens pratiques, examen de conscience, etc.

L'habitude. — Sa puissance. — Les bonnes et les mauvaises habitudes : comment peut- on former les unes et réformer les autres. — V. Activité, Instinci, Volf^nté, Habitude.

XVII. — La responsabilité, conséquence de la liberté ; limites de la liberté. — Le fatalisme. — V. Responsabilité.

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