‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 286 sur 459 · PROPRIÉTÉS DES CORPS — 1740 — PROPRIÉTÉS DES CORPS · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DES CORPS — 1740 — PROPRIÉTÉS DES CORPS

père de famille : il y a destination du père de fa- 1 résulte de ce que les parties matérielles qui commille lorsque deux fonds actuellement divisés ont ' posent les corps ne sont pas juxtaposées, qu'il y appartenu au même propriétaire, qui a créé entre . a des vides entre elles, de sorte que la pénétra-

eux un rapport do servitude.

bilité apparente des corps peut se concilier avec

Exttn-tion des servitudes. — On ne peut avoir ! limpénétrabilité de leurs éléments de servitude sur sa propre chose : la servitude ] 3. La divisibilité. — Tous les corps sont divi- ■s'éteint donc dès que les deux héritages entre , sibles, c'est-à-dire peuvent être partagés en parlesquels elle existe se trouvent réunis sur la ties très petites. Les exemples abondent pour

même tête. Le non usage pendant trente ans en traîne aussi extinction de la servitude : pour les servitudes disi'ontinues, le point de départ du délai se trouve au jour ou a eu lieu le dernier acte d'exercice de la servitude; pour les servi-

mettre cette propriété en évidence. Tous les so lides peuvent, sous des efforts mécaniques, être réduits en poudre impalpable, les métaux étirés en fils très fins ou étendus en feuilles très minces. Wollaston a pu obtenir des fils de platine qui

fonds grevé un acte contraire h la servitude.

6. Différentes manières d'acqiérir la propriété. — La propriété peut s'acquérir de difïé-

tudes continues, le délai ne commence à courir | n'avaient que un douze-centième de millimètre que du jour où il a été fait par le propriétaire du i d'épaisseur, et on fait des feuilles d'or si minces ■ ' ; que 250,000 superposées font à peine un centi-

mètre d'épaisseur.

; La divisibilité des liquides est très considérarentes manières. La simple prise' de possession , ble ; en plongeant la main dans un liquide, on n'en ou occupation suffit pour faire acquérir la pro- peut sentir directement les particules, comme on prioté d'une cho^e qui n'appartient encore à per- ] sent encore celles du sable le plus fin ; la divisisonne, comme un animal sauvage. Les choses qui bilité y est donc poussée assez loin pour que les sont déjà la propriété d'une personne peuvent , particules matérielles échappent h nos sens. ^ être transmises et acquises par divers modes : les ! Les substances colorantes agitées dans l'eau successions ab intestat, les donations entre vifs, atteignent à un très grand degré de division : un les testaments, les contrats, comme la vente et centigramme de carmin peut donner sa couleur l'échange, la prescription, c'est-à-dire la posses- j à 10 litres d'eau, et chaque millimètre cube do «ion continue pendant un certain temps et avec cette eau contient au moins une parcelle de la certaines conditions. On trouvera au mot Droit 1 matière colorante ; c'est donc en dix raillions de priré les développements sur ces différents modes parties qu'est divisé le granule primitif.

d'acquisition de la propriété. [E. D«lacourtie.

On pourrait multiplier beaucoup les exemples

l'KOi'IlIlJïÉS DES CORPS. — Physique, L — | en emprunter aux matières odorantes qui par- Les propriétés des corps sont les différentes ma- fument d'énormes quantités d'air sans que nos nièros d'être, les divers aspects sous lesquels les ^ balances puissent accuser leur perte de poids, corps se présentent : les unes sont communes à citer les fils d'araignée, les globules du sang, les tous les corps, aux solides comme aux liquides et ! animalcules microsco|)iques ; ce qu'il importe le aux gaz, aux êtres inorganiques comme aux êtres plus do remarquer, c'est que le raisonnement organisés ; on les appelle pr.//rie/t;s jén^ra/es. Le j continue la divisibilité des corps au delà de nom de propri-lés particulières est réservé à celles j celle que nos sens^ peuvent constater^ Au point d'un corps ou d'un groupe de corps. ' ' ' '*' "'

Les propriétés générales sont Vétendue, Vimpénètraiilite, la divisi'iitHé, la porosité et la rompressihi.ité, la mobilité et {'inertie. Les deux premières sont essentielles, c'est-à-dire que sans elles

de vue mécanique, la divisibilité a des bornes; au point de vue rationnel, elle semble n'en pas avoir.

Doit-on conclure qu'elle est, en effet, sans limites? On ne l'admet pas. On croit (|ue les corps

on ne peut pas concevoir l'existence même de la sont formés de parties insécables, incomparable matière. i ment plus petites que les dernières parcelles que

1. L'ttoidHcestla propriété dont jouit tout corps nous saisissons avec le sens le plus délicat, môme d'occuper, dans l'espace, une place déterminée, armé de 1 instrument le plus grossissant ; et on Son étude fait l'objet d'une science rigoureuse, donne le nom d'atomes à ces corpuscules indivila géométrie, qui se rattache ainsi à la physique sibles des corps simples. Ces atomes des corps

générale.

La portion limitée de l'espace qu'occupe un corps constitue son volume, la manière dont le corps est limité constitue sa forme ou sa figure. Le volume peut être compris sous des formes géométriques simples et évalué au moyen de Ion

simples forment, en se combinant entre eux, les molécules des corps composés. Quant aux particules, si petites quelles soient, qui résultent d'une division mécanii|ue poussée aussi loin que possible, ce sont des assemblages de molécules. -Vinsi, on considi-re tous les corps comme résul-

gueurs mesurées dans la figure du corps. La , tant de l'association de molécules qui se grou

forme est, dans beaucoup d'objets, ou symétrique ou parfaitement régulière, comme dans les fleurs, le corps des animaux et beaucoup de cristaux.

2. L'iiiip- nétrabilité est la propriété que possède chaque corps de remplir l'espace qu'il occupe à l'exclusion de tout autre qui ne peut, au même moment, occuper la même place. C'est cette propriété qui empêche un liquide de couler dans un vase plein d'air si on ne permet pas à celui-ci de sortir; elle explique également que le niveau d'un liquide s'élève quand on plonge un corps solide dans le vase qui le contient ; elle fait comprendre pourc|uoi l'eau ne monte pas dans une cloche renveisée que l'on enfonce verticalement dans un liquide.

Il y a cependant des cas de pénétration apparente. Ainsi, le volume de l'alliage de plusieurs métaux e^t moindre que la somme des volumes des métaux alliés. De même, l'alcool et l'eau réunis occupent un volume moindre que la somme des deux liquides séparés. Mais ce phénomène

pent sans se toucher, laissant entre elles des espaces vides, qui peuvent, à leur tour, être remplis d'une substance autre que celle du corps.

4. Porosité, Compre.ssihilité. — Ces espaces vides ont reçu le nom de pores; ils sont invisibles comme les molécuh'S qu'ils séparent. Il y a en outre, dans beaucoup de corps, des vides acci dontels, des trous inoccupés, visibles avec on sans le microscope, qui tiennent à un arrangement spécial de la matière; ce sont les pores sensibles. Ainsi l'éponge a des vides accidentels de très grandes dimensions, tandis qu'une plaque métallique n'en a pas d'apparents et ne possède que les pores intermoléculaires.

Toutes les substances possèdent cette propriété de la porosité. Elle est de toute évidence dans les gaz, évidente aussi pour les luiuidos qui dissolvent les gaz. On peut également la démontrer avec facilité pour les solides. Ainsi les pierres,U bois dur, les vases en terre cuite non vernissés, le papier non collé, se laissent plus ou moins fa-

PROSE

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cilenient traverser par les liquides; les métaux euvniOnies sont poreux ot laissent suinter h leur surface les lii|uides que l'on y comprime assez fortement : les savants de Florence avaient montré la porosilé de l'or dès I(j(il. Quant aux solides pour lesquels on no peut constater aucune perméabilité aux fluides, comme le verre par exemple, si l'on remarque qu'ils possèdent la propriété de se dilater par la chaleur, on sera conduit à admettre qu'ils contiennent aussi des espaces vides entre leurs molécules.

D'ailleurs tous les corps diminuent plus ou moins de volume quand on les presse ; or, puisque la matière est impénétrable, cette diminution de volume ne peut avoir lieu qu'autant que les molécules se rapprochent ; c'est dire qu'il y avait entre elles, dans le premier état du corps, des vides assez grands que la première compression a diminués et qu'une compression plus forte peut diminuer encore.

5. Moliililé, inertie. — Tous les corps ont la propriété de pouvoir passer successivement du repos au mouvement et du mouvement au repos; c'est la mobilité: elle comprend le niotiveiiient, c'est-à-dire l'état d'un corps qui occupe successivement plusieurs positions dans l'espace, et l'inertie, la propriété de la matière de ne pouvoir pas d'elle-même modifier l'état de repos ou de mouvement dans lequel elle se trouve.

ExpÉRiENCKS. — Plonger la main ou un corps, volumineux dans une éprouvett.e contenant de l'eau jusqu'à un niveau noté ; marquer le second niveau, retirer le corps, 1 eau déplacée reprend sa place.

Verser un liquide dans un flacon surmonté d'un entonnoir qui joint bien, le liquide ne descend pas. — Placer une bougie allumée sur un bouchon flottant sur l'eau d'un cristallisoir profond; la couvrir d'une cloclie que l'on enfonce peu à peu.

Mettre une égale quantité de sable fin dans deux verres ; ajouter de l'eau dans l'un, le volume n'augmente pas ; l'eau s'est logée dans les vides. On met ceux-ci eti évidence en tassant le sable du second vase dont le volume diminue.

Pulvériser un corps insoluble dans l'eau et séparer les poudres diverses par lévigalion.

Verser sur une feuille de papier blanc de la fuchsine cristallisée ; promener le solide sur la feuille; le remettre dans son flacon ; secouer fortement la feuille ; il n'y reste aucune parcelle visible du solide ; de l'alcool versé sur la feuille retrouve les fines particules invisibles de fuclisine et colore fortement en rouge la feuille sur laquelle rien n'était apparent.

Montrer que l'huile tache le marbre non poli .ou fraîchement cassé, et que l'argile enlève l'huile ainsi répandue dans un corps poreux.

Montrer la porosité des liquides les uns pour les autres par le mélange d'eau et d'acide sulfurique ou d'alcool et d'eau, la porosité des liquides pour les gaz par la solution dans l'eau du gaz ammoniac, la porosité des solides pour les gaz par l'absorption du gaz ammoniac par le charbon, fllaraucourt.]

PROSE.— Littérature et style, I\. — Etym. : du latin prorsa, directe (sous-entendu « construction w). — Les anciens regardaient la prose comme une forme du langage inférieure au discours rythmé : pour les Grecs, c'était le pézos logos, ce que les Latins traduisaient par sermo pedestris, le style terre à terre ; ceux-ci l'appelaient aussi oratio so/ula, langage libre, non assujetti aux règles poétiques, et enlin /trosa : ce dernier mot se trouve dans Quintilien. Dans l'histoire littéraire, l'emploi du langage rythmé précède celui de la prosi : il était naturel que voulant composer des hymnes religieux ou gu-rriers, ou des narrations destinées à être apprises par cœur, les hommes eussent choisi une forint de langage qui

se distinguât du parler ordinaire, qui frappât l'oreille et qui s'imposât à la mémoire. Ce fut seulement lorsque l'usage de l'écriture fut devenu commun, que l'on vit paralire chez les Grecs des prosateurs à coté des poètes. Les premiers en date furent des chroniqueurs ou logogfnphfS, qui recueillirent des souvenirs historiques : tels sont Hccatée de Milet, Phôrécyde de Léros, Hollanicus de Lesbos, et bien d'autres, qu'Hérodote, leur continuateur et le péri- de l'histoire, a fait oublier. Puis la philosophie, qui d'abord avait parlé en vers avec Pythagore, Empédocle, Xénophane, Parménide, commença à se servir à son tour de la prose au temps d'Heraclite, de Démocrite, des sophistes et de Platon. Enfin à côté des historiens et des philosophes vinrent se placer les orateurs : l'éloquence, devenue un art que des maîtres enseignaient, enrichit la prose d'un genre littéraire de plus. Chez les Romains, on vit aussi paraître d'abord les historiens, puis simultanément les orateurs et les philosophes; le genre épistolaire prit naissance avec les lettres de Cicéron. Enfin, chez les modernes, un genre nouveau, le roman, a fait son apparition ; c'est lui (|ui dans la. prose occupe aujourd'hui la première place.

Certains écrits, formant la transition entre la prose littéraire et la science proprement dite, ont été rangés dans un genre à pan, qu'on a appelé didactique : \\ en est parmi eux qui, par les qualités de leur style, relèvent décidément de la littérature : ainsi l'Histoire nntw elle de Bufîon ou l'Emile de Rousseau ; d'autres, au contraire, n'appartiennent qu'à la science, comme certains traités d'Aristote ou la Géograpfiie de Strabon.

D'autre part, il n'existe pas entre la prose et la poésie une ligne de démarcation absolue; la prose peut, aussi bien que levers, servir à l'expression du sentiment poétique, ot l'on trouvera dans Fénelon, dans J.-J. Rousseau, dans George Sand bien des pages descriptives ou lyriques pleines de la poésie la plus gracieuse ou la plus élevée.

Nous consacrons des articles spéciaux à l'histoire, à la philosophie, à l'éloquence, au genre épistolaire, au roman : nous y renvoyons le lecteur. — V. Histoire et Histmienx, Philnsnp/ne {Histoire de la), Orateurs, Discours, EpisloUnre (Genre), Roman.

PnosODli:. — Littérature et style, III ; Grammaire, XMV. — Le mot prosodie, d'origine grecque, a désigné primitivement, dans cette langue, le chant dont on accompagnait un instrument, puis la cadence des vers et, spécialement, l'accent du mot ; enfin la quantité longue ou brève des syllabes, qui déterminait, dans la versification grecque, la justesse des vers. C'est d'après cette origine que l'Académie française, après avoir défini la prosodie « la prononciation des mots conformément à l'accent et à la quantité <i, ajoute : « 11 se dit, dans les collègis, de la connaissance des règles de la qu intité en grec et en latin, des syllabes qui sont longues ou brèves, de la mesure des dilTérents vers. » La langue de la criti(|ue littéraire a pris pour elle ce terme de collège et élargi la définition, en appelant prosodie les règles de la versification en usage dans toutes les langues. C'est en ce sens que nous l'entendons ici, nous préoccupant, d'ailleurs, principalement dos notions qui sont nécessaires à l'instituteur pour faire comprendre aux élèves les règles de la versification de notre langue nationale.

L'article P'ésie, auquel les lecteurs devront se référer, montre comment les vers sont l'instrument priipre de la poésie ; l'article Aoenlwdion explique ce qu'est, en général, dans notre langue, le rôle de l'accent tonique; ils devront s'y référer aussi.

l,a langue française, qui doit tout au latin, no lui a point emprunté sa prosodie.

PROSODIE

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Voici, par exemple, le début de l'Enéide de Virgile, le grand poème épique des Romains :

Anna virumque cano, Trnjx qui priiniiS ab oris lialiam. fato profugus, Laviinague vcnit Litiora : multum ille et terris jactatus et alto, Vi superûm, sxvx memorem Junonis ob iram: Multa qnoque et bello passus, dum condcret urbetn, Inferretque deoA Laiio : genus unde Latiiium, Albanique paires, alqite altx mœnia Humx.

( « Je chante les combats et ce héros qui, chassé (Î3 Troie par le destin, vint le premier en Italie, aux rives de Laviniuni. Longtemps, sur la terre et sur les mers, il fut le jouet de la puissance des dieux, qu'excitait l'implacable colère de Junon. Longtemps aussi il eut à souffrir les maux de la guerre, avant qu'il put fonder une ville et transporter ses dieux dans le Latium : de li sont sortis la race latine, les rois d'Albe et li-s remparts de la superbe Rome. » — Tr/i'hicHrm de VUlfnove.)

Voici une strophe d'une ode d'Hurace, le célèbre poète lyrique du siècle d'Auguste :

Vides ut altâ stet niue candidiim Soracle, nec Jam sustineant nntis

Silvz laborantes, geluqite

Fluinina constiterint acuto.

(HoiiiCB, livre I, oJe n.)

(o Vois comme le Soracte élève son front blanchi par une neige épaisse ; déjà les forêts s'affaissent sous le poids qui les accable, et la gelée pénétrante enchaîne le cours des fleuves, u — Traductio-i de M. A. Oesportes.)

Il est évident qu'en deliors de toute question de sens, la structure de ces vers n'a rien de commun avec celle des vers français.

C'est qu'en effet les Latins, qui ont eux-mêmes emprunté aux Grecs tout leur système de versification, sauf peut-être quelques mètres archaïques dont il est resté des traces peu nombreuses, ont fondé ce système, non, comme nous le faisons, sur le nombre des syllabes, mais sur leur mesure ou quantité. Le vers latin a pour éléments ce qu'on appelle les pieds, c'est-à-dire des groupes de syllabes dont la valeur est déterminée par la pronouciaiioii, et le rythme en est marqué pour l'oreille par ce qu'on appelle la quantité, ce qui ne veut pas dire un nombre déterminé de syllabes, mais une suite régulière de syllalies longues et de syllabes brèves. H faut voir, dans ce système prosodique, quelque chose d'analogue à ce que présente la musique, quand nous nous arrêtons U7i te-iips sur une note blanche, et seulement uv rfem;femps sur une note noire. Le pied est un ensemble déterminé de longues ou de brèves. Ainsi deux longues forment le pied qu'on appelle spondée : Trfjjli (on marque les longues par une petite barre horizontale placée au-dessus de la syllabe) ; une longue et deux brèves forment le d,icti/ie: tittôrà (on marque les brèves par un petit demi-cercle, les pointes en haut); une brève et une longue forment X'inmb" : v'vlês; une longue et une brève, le trochée: àirnà. Une série régulière de pieds forme la mesure d'un vers. Ainsi le vers de l'épopée, celui dont s'est servi Virgile, est Vite rjimètre, c'està-dire le vers de six pieds, dont les quatre premiers sont dactyles oa spondées indifféremment, le cinquième dactyle et le sixième spondée ;

Arma m\rumque ca\no Tro \js qui[primus ab\orïs.

On remarquera que, dans ces vers, la dernière syllabe no de cano ne fait pas partie du même pied que la syllabe ca, et que la dernière syllabe f^e de Trois ne fait pas non plus partie du même pied que la syllabe Tru. C'est là encore une autre loi du vers latin, au moins dans les mètres les plus longs et les plus soutenus, comme l'hexamètre, la loi de la césure (coupure), d'après la-

quelle, à certains endroits du vers, la dernière syllabe d'un mot doit rester en dehors du pied dont font partie les autres syllabes, pour former la première syllabe du pied suivant. Ainsi l'hexamètre doit avoir au moins une césure après le second pied, ou, à défaut de celle-ci, deux césures, la première après le premier pied et la seconde après le troisième.

La poésie latine comptait un grand nombre d'espèces de vers ; ainsi, dans le genre dramatique, on employait un vers ayant pour base l'iambe et appelé pour cela iambique ; dans les genres narratifs moins sévères que l'épopée, on employait les distiques, système alterné de vers de six pieds (hexamètres) et de vers de cinq pieds (pentamètres). Les strophes de la poésie lyrique comprenaient des vers de mesure très variée, et bien souvent aussi des mélanges de mesures.

Ajoutons qu'en dehors de leurs longues et de leurs brèves, les mots latins avaient encore des syllabes marquées de l'accent tonique, c'est-à-dire que ta voix devait, dans la prononciation des mots, s'élever sur certaines syllabes, indépendamment de leur quantité. Ajoutons encore que, dans la langue latine, les syllabes muettes sont inconnues, contrairement à ce qui a lieu en français.

De ce mélange symétrique des brèves et des longues, de l'alternance à intervalles réglés des syllabes accentuées et des syllabes non accentuées, de la possibilité de combiner harmoniquenient toutes sortes de rythmes, résultait une versification très riche, très souple, très sonore, assez puissamment marquée pour qu'aujourd'hui, à tant de siècles de distance, nous en sentions encore le cliarme, mais très compliquée aussi, et plutôt faite assurément pour des oreilles de lettrés que pour celles du peuple.

Aussi ne put-elle survivre aux époques de la littérature latine que l'on peut appeler classiques. L'accent tonique, dans lo vers latin, n'étant pas toujours d'accoi-d avec la mesure primitive des syllabes distinguées en brèves et en longues, il y eut une sorte de lutte entre la syllabe accentuée et la syllabe métrique, et, aux époques de décadence, la prédominance exclusive do l'accent tunique finit par faire oublier cotte distinction des brèves et des longues qui avait constitué la quantité, c'est-à-dire le fond même de l'ancienne versification. Elle dut disparaître complètement, lorsque la langue, se transformant dans la bouche de nos pères. Ht porter l'effort de la prononciation sur la dernière syllabe sonore des mots. II resta bien, en deliors de cette syllabe accentuée, des brèves et des longues, et quelquefois même nous indiquons celles-ci, dans la langue écrite, par un signe spécial ; mais la distinction de ces brèves et de ces longues n'a jamais suffi à notre oreille pour valoir en intensité cette dernière syllabe accentuée qui est véritablement pour nous, au point de vue de la sonorité, l'âme du mot. Et de là l'eiT.îUrde ces savants qui, à différentes époques, ont imaginé de faire des vers en y marquant la quantité à la façon des anciens : la cadence de ces vers n'était pas saisissable pour notre oreille.

A cet élément, très délicat, de la mesure prosodique, la quantité des syllabes, la langue du moyen âge en a substitué un autre, le nombre des syllabes, élément plus grossier peut-être, mais plus commode, et susceptible, lui aussi, de devenir avec le temps un véritable élément rytlimique. Les syllabes de nos vers ne sont plus .\cun'lé-'s, dans la véritable acception du terme, c'est-à-dire évaluées pour leur valeur métrique propre ; elle sont comptées.

C'est aussi le moyen âge qui a introduit dans notre prosodie la cîv/e, c'est-à-dire la consoanance

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do la terminaison des mots à la fin do deux ou de plusieurs vers <|ui so suivent plus ou moins ininiédialcmcnt. L'origine du mot rime est incertaine: peut-être y faut-il voir une abréviation populaire du mot ri/thme, qni vient du grec et signifie mesure, cadence. L'origine de la rime en elle-même est aussi incertaine que celle du terme qui la désigne. Sans douie elle a été amenée par la nécessité d'anôter le vers d'une manière frappante pour l'oreille. Le plaisir — car c'en est un — que la rime donne i l'oreille peut être assimile 4 celui que nous procure, dans un chant ou dans un morceau do musiqui', le retour fréquent de cette note qu'on appelle la toniiiup, laquelle donne au chant ou au morceau de musique comme un caractère spécial et qui est comme le centre et aussi le terme de toutes les modulations. La rime est une espèce de tonique du vers. Cela était vrai surtout de nos anciens poèmes, des poèmes monofimes du trouvère ou du troubadour. Destinés à être chantés aux accords d'un instrument, ces poèmes étaient en général composés de couplets plus ou moins longs dont tous les vers se terminaient par une seule et même rime.

L'imitation d'une espèce particulière de vers latins, qu'on app 'Ile léonins, n'a peut-être pas été non plus sans influence sur l'adoption de la rime dans la prosodie du moyen âge. Ces vers, dans lesquels la syllabe finale d'un mol placé vers le milieu rime avec la syllalie finale du dernier mot, étaient en usage môme du temps de Virgile ou d'Ovide. En voici deux, par exemple, de cette époque, le sens en importo peu :

Défait et scripjis uttU

h de sciiptis rime avec is de mcis.

Il en est de même de la syllabe tas dans cet autre vers :

Vixit DamœTks; iuvidit stultus Amymxs.

Fort restreint dans la langue latine des bonnes époques, l'emploi du vers léonin se répandit davantage dans les derniers siècles pendant lesquels on parla encore latin en Gaule et ailleurs ; on en trouve, par exemple, un grand nombre dans des poètes gaulois parlant latin (comme Ausone, de Bordeaux, et Prudence, aux iv" et V siècles). Plus tard, à une époque ancienne, mais où toute notion de l'ancienne versification latine a disparu, l'Eglise, s'inspirant des procédés poétiques définitivement acceptés par la langue vulgaire, applique la rime au latin de ses plus beaux morceaux de ijoésie chantée. C'est ainsi que, dans les couplets ou strophes du Dies irs, que l'on chante à la messe des morts, les vers riment entre eux trois à trois ;

Dies irx, dics illa, Soivet seclum in favilla.

Teste David cum Sibylla, etc.

Dans le Stahat mater, les deux premiers vers de chaque strophe riment entre eux, et le troisième vers avec le troisième de la strophe suivante. Il existe des morceaux de poésie dramatique destinés à, entrer dans la représentation de certaines pièces écrites moitié en latin, moitié en langue vulgaire, et datant du xi' siècle. Les vers latins que contiennent ces pièces sont mesurés, comme nos vers modernes, d'après le nombre des syllabes, et rimes.

La césure, telle que l'entendaient les Latins, a disparu de nos vers comme tout le reste de la prosodie antique. Ce que l'on appelle césure dans le vers français est uji repos marqué par une "uspejision du sens après un certain nombre de jyllabes. Ainsi, notre plus long vers, qui est le •■■(■.rs de don?» syllabes, divise ces douze syllabes

en deux parties égales, de six syllabes chacune, qu'on appelle hémistiches (demi-vers):

Celui qui met un frein | à la fureur des flots Sait aussi des méchants | arrêter les complots.

Il ne faudrait pas croire que l'accent tonique, dont le rôle est si important dans notre projionciation, n'ait pas sa place marquée dans le vers français. La succession, dans un certain ordre, des syllabes accentuées et des syllabes non accentuées forme la plus grande part de ca qu'on pourrait appeler la musique du vers. La rime appelle nécessairement une syllabe accentuée à la fin de chaque vers; quand cette syllabe accentuée est suivie d'une syllabe muette, comme dans Maris, bénit, la syllabe muette ne compte pas dans la mesure du vers. Quand il y a césure, il faut aussi que la syllabe après laquelle se fait le repos soit accentuée; si elle est suivie d'une syllabe muette, cette syllabe doit pouvoir s'élider, c'est îi-dire disparaître dans la prononciation, absorbée, en quelque sorte, par une voyelle qui commence le mot suivant :

La cruelle

entre I est vide (

La syllabe accentuée qui précède la césure est venir; Ve final est élidé, la prononciation n'en tenant aucun compte, grâce à la voyelle qui commence le mot suivant est ; nous ne disons pas : ventrsv e^t, mais venir' est.

D'après cela, les vers suivants :

L'ingrat, il me laiss*? ) cet embarras funeste... Mais bieatôt les prêtres j nous ont enveloppés,

seraient vicieux, parce qu'ils ont à la césure une syllabe qui n'est pas accentuée. Racine les a faits corrects, en les construisant ainsi :

II rae laisse, l'ingrat, cet embarras funeste... Mais les prêtres bientôt nous ont enveloppés.

Le vers suivant ne serait pas moins défectueux : Et redire avec tant | de plaisir les exploits,

parce que le mot limt est de ceux qui, dans certaines situations, perdent leur accent tonique. Le vers deviendra régulier si on le lit comme Racine l'a fait:

; tant de plaisir | redire le

xploils

Pour faire sentir la règle de l'hémistiche, dit M. L. Quicherat, dans son excellent Traité de versification française, Voltaire a fait à dessein ce mauvais vers :

Adic

:je I

i vais à 1 Paris pour mes aflFaires.

On a remarqué que les vers les mieux rythmés, les plus agréables h entendre, sont ceux où les syllabes accentuées sont relevées pour l'oreille par un nombre plus ou moins grand de syllabes non accentuées qui les précèdent ou qui les suivent, de façon à former une sorte de cadence ondulée, la voix devant se baisser et se hausser alternativement, à des intervalles à peu près égaux, le tout, bien entendu, sans préjudice du sens général de la phrase et des nécessités supérieures de la pensée et du mouvement. Exemple:

Oui, je viens dans son temple adorer l'Élernel; Je viens, selon l'usa;^e antique et solen//e/, Céléôrer avec voits la tanneuse journée Ou sur le mont Sina la loi nous fut donnée.

Ces vers de Racine ne contiennent guère chacun que quatre syllabes fortement accentuées, dont l'une à la césure, l'autre formant la rime, à la fin du vers, et les deux autres à peu près au milieu de chaque hémistiche.

Quand les vers sont surchargés de syllabes ac-

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centuées, on n'en sent plus la mesure. Molière fait dire à Alceste dans le Misanthrope :

Quel aifaniaçe a-t-on qu'un homtac vous carejse, Vous jjxro &m\Uè, foi, rèle, esf;me, tenrf/Tîsc... ?

Ce dernier vers, qui renferme six syllabes accentuées, ressemble à une ligne de prose.

Entrons maintenant dans quelques détails sur les principales lois de la prosodie française : mesure, rime, enjambement et inversion, et aussi sur les différentes espèces de vers français.

La mesure, avons-nous dit, résulte du compte des syllabes. Le plus long vers français, que, du nom d'un poète et d'un poème du moyen âge, on appelle souvent alexandrin, est de douze syllabes. Il n'y a pas de vers de plus grande longueur, parce qu'au-dessus de ce nombre l'oreille aurait peine à juger, sans le secours des doigts, si la mesure est exactement remplie. Quelques tentatives ont été faites de nos jours, notamment par un poète fort habile, M. Théodore de Banville, pour déroger à cette règle : elles n'ont pas eu d'éi-ho. Les syllabes que l'on compte dans la mesure sont celles qui se prononcent, même les syllabes dites muettes, comme metil dans ils d.\ment, lesquell'S donnent, à proprement parler, un son, si étouffé qu'on le fasse. Quant aux syllabes qu'on ne prononce pas du tout, comme les e muets de la fin des phrases ou les e muets qui, jilaccs à la fin d'un mot, sont suivis dune voyelle au commencement du mot suivant, elles ne comptent pas, comme nous l'avons dit, 5 la fin du vers, et, dans le corps du vers, elles sont élidées et ne comptent pas davantage.

Voici quelques vers, où Lamartine peint une belle nuit sur un rivage de l'Ilalie ; nous soulignons les syllabes qui ne comptent point dans la mesure :

II est nuit ; mais la nuit sous ce ciel n'a point d'om6re .- Son astre, suspendu dans un dôme moins somôrf, Blanchit de ses lueurs dos bords silencieux Où la vague se teint du bleu pâle des cieux ; Où la côte des mers, de cent golfes coupée. Tantôt humô/e et rampanf;? et tantôt escarpée. Sur un sa/j/e argenté vient mourir mollement Ou grande sous le choc de son flot écumant...

La délicatesse de notre oreille, peut-être exceslive sur ce point, n'admet point dans les vers un accident do prononciation dont la prose, même la plus harmonieuse, s'accommode souvent fort bien, Vhiatus (d'un mot latin qui veut dire ouverture de bouche, bâillement!, c'est-à-dire la rencontre de deux voyelles ou d'une voyelle et d'une h muette, placées, l'une à la fi'i d'un mot, l'autre au commencement du mot suivant. Ainsi on ne peut pas dire dans un vers ; 'u es, tu auras, si elle vient, etc. La conjonction et, dans laquelle le t final ne se prononce pas, fait également hiatus ; et l'on ne peut pas dire non plus : et il vient, sage et heureux. Les anciens poètes ne se faisaient pas faute de l'hiatus. Malherbe lui-même, qui a beaucoup contribué à fixer les lois de notre versification moderne, écrit encore :

Il demeure en danger quo l'âme, gui est née Pour ne mourir jamais, meure éternellement.

Mais la règle de l'hiatus est acceptée aujourd'hui par tous nos poètes sans excep'ions.

Quand la rime a lieu entre deux syllabes sonores qui ne sont point suivies d'un e muet, on la dit masculine, et féminine dans le cas contraire, probablement parce qu'un grand nombre de mots désignant des femmes ou des femelles d'animaux ou pouvant s'appliquer aux femmes ou aux femelles d'animaux sont termines par un e muet, tandis que les noms d'hommes, d'animaux mâles, les mots qui ne peuvent s'appliquer aux hommes ou aux animaux mâles, sont souvent terminés par un

son plein. Mais rime masculine ne veut pas dire, comme on serait porté h le supposer, rime formée par un mot masculin, ni rime féminine rime formée par un mot féminin ; homme forme une rime fénjinine aussi bien que pomme; et maison forme une rime raasciiline aussi bien f|ue poison. Comme les rimes masculines donnent en général un son plus plein, plus fort que les rimes féminines, l'oreille se plaît à l'alternance régulière des unes et des autres. Aussi notre poésie a-t-elle renoncé depuis longtemps aux longs couplets monorimes des trouvères et des troubadours. Lefranc de Pompignan s'est encore amusé, au dix-huitième siècle, k décrire dans des vers exclusivement rimes en if les merveilles du fameux château d'If :

Nous fûmes donc au château C'est un lieu peu récréatif Défendu par îe fer oisif De plus d'un soldat maladif..

d'If:

Et ainsi de suite pendant une trentaine de vers; mais ce ne sont li que des jeux d'esprit.

Dans les vers de Lamartine que nous avons cités, les vers se suivent deux à deux, un couple de rimes féminines alternant avec un couple de rimes masculines. Cet arrangement constitue ce «lue l'on appelle les rimes plates ou suivies. C'est l'ordre le plus ordinairement adopté dans les grands poèmes, comme l'épopée, le genre dramatique, les poèmes didactiques, la satire classique, les grands récits en vers de nos poètes contemporains. Mais il y a bien d'autres combinaisons de rimes admises par la poésie française. La succession des rimes n'est soumise, à proprement parler, qu'à une seule règle générale, qui est celle-ci : Une rime masculine ne doit pas être suivie immédiatement d'une rime masculine différente, ni une rime féminine d'une rime féminine différente. A cela près, toutes les combinaisons de rimes peuvent être employées. Ainsi, on appelle rimes croisées celles qui présentent alternativement un vers masculin et un vers féminin, ou encore deux rimes masculines séparées par deux rimes féminines suivies, ou réciproquement. Voici, dans une même strophe, un exemple de ces deux combinaisons :

J'ai vu mes tristes journé^'S Décliner vers leur penchant;

Je touchiiis à mon couchant.

La mort, déployant ses ailes.

Couvrait d'ombres éternelles La clarté dont je jouis.

Et, dans cette nuit funeste.

Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.

(J.-B. RousSBiu.)

Les rimes dont la succession n'est soumise qu'à la règle générale que nous avons indiquée tout à l'heure sont dites rimes me'/ées. La plupart des fables de La Fontaine, de Florian et des autres fabulistes, \' Amphitryon de Molière, sont en rimes mêlées.

Lorsque, le sens d'une phrase ne se complétant pas à la fin d'un vers, il faut rejeter sur le vers suivant un ou deux mots qui en rompent la cademe, on dit qu'il y a eyijnmbement. Il y a, par exeniple, enjambementdans ces vers des l'iaidiurs de Racine :

Mais j'aperçois venir madame la comtesse

De Pimbesctie...

L'Intimé, dans la même pièce, dit en plaidant contre Petit-Jean :

Puis donc qu'on nous permet de prendre

haleine, et que l'ou nous défend de nous étendre. Je Tais, sans rien omettre, etc.

PROSODIE

PROSODIE

Ici encore il y a enjambement, et enjambement prcmodilci, le rejet du mot lialeine étant comme une sorte de preuve plaisante de l'essoufflement de l'avocat.

Et, en effet, l'cnjambemont, qui peut avoir lieu, dans certains cas. pour la plus grande commodité du poète, est employé, dans certains autres, pour contribuer au développement de la pensée poétique en portant sur un mot rejeté toute l'attention du lecteur, ou encore pour rompre la monotonie des vers, surtout des grands vers rimant deux à deux, dont la cadence répétée et uniforme finit par fatiguer l'oreille. Il est vrai, d'ailleurs, qu'il conduit h. déranger tellement le mouvement rythmique qu'on ne saisit plus au passage l'arrêt nécessaire de la rime qui marque la fin de chaque vers, et qu'on peut perdre ainsi tout à fait le sentiment de la mesure. Pendant nos deux siècles classiques, tous les poètes sans exception ont souscrit sur ce point aux arrêts exclusifs de Malherbe, dûment formulés par Boileau,

Elle

; n'osa plus enjamber.

Notre école contemporaine est peut-être tombée dans l'excès contraire.

Un moyen d'atténuer ce que l'enjambement pourrait avoir d'excessif, c'est de faire suivre les mots rejetés par un développement qui s'y ral« tache et complète le vers; on évite ainsi que le ■rythme soit coupé trop brusquement. C'est ce que i'on remarque, par exemple, dans ces vers de Britannicus :

Je parlerai, madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal farder la vérité.

L'école moderne dirait peut-être :

; je

Ces deux procédés, suivant les cas et dans une juste proportion, peuvent avoir une égale raison d'être.

L'usage accorde aux poètes, pour la facilité de leur tache, certaines immunités d'orthographe et de construction, qu'on appelle des licences poétiyuei. Ainsi dans le mot encore, ils retranchent au besoin l'e final; ils écrivent indifféremment guère ou g-œref, certe ou certes, et quelques autres mots où 1'^ finale peut se supprimer. Mais leur principal privilège consiste dans des invrsions qui sont propres à la poésie. Pour le besoin de la rime, souvent dans une intention d'harmonie ou d'élégance, les poètes dérangent h plaisir l'ordre ordinaire dos mots dans la phrase, et se permetterjt, à la condition de rester clairs, les interversions les plus hardies.

Lisez, par exemple, ces vers de Racine, dans le •début d'Alhalie :

3 jour

Que les temps sont changés ! Sitôt que de

L;i trompette sacrée annonçait ie retour,

Du t«;mple, urne partout de festons magnifiques,

I e peuple saint nn foule inondait les portiques ;

Et tous, devint l'autel avec ordre introduits,

De leurs charnps dans leurs mains portant les nouveaui

Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices, [fruits,

Essayez maintenant de traduire en simple prose ces beaux vers, sans y rien changer que l'ordre des mots, rétablis tels que la prose les comporte, €tvous verrez comme cet ordre sera différent.

Il est à ri'marquer, d'ailleurs, que nos poètes contemporains n'usent pas autant que les poètes du dix-septième et du dix-huitième siècle du procédé de l'invers'itin, qui est beaucoup plus, en réalité, dans le génie de la langue latine que dans ■celui de la nôtre, et qu'ils la considèrent plutôt comme une ressource utile ou commode, que T Partie.

comme un véritable principe d'harmonie et d'élégance.

Le plus long vers de ta poésie française, avonsnous dit, est l'alexandrin, de i/ouze syllabes, ou, en d'autres termes, de six pieds, le pied, dans le vers français, n'étant autre chose que l'ensemble de deux syllabes qui se suivent dans un même vers et qui comptent dans la mesure. La césure, dans ce vers, tombe après le troisième pied, partageant ainsi l'alexandrin en deux hémistiches égaux.

Il n'y a point de vers de onze syllabes ; l'inégalité des deux hémistiches, dont l'un aurait deux pieds et un demi-pied et l'autre trois pieds, rend ces vers, dont il existe à peine quelques types, d'une cadence pénible à l'oreille. Il n'y a guère non plus, pour la même raison, de vers de Jieuf syllabes. Mais il y a des vers de dix, de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, do deux syllabes; il y a même des vers monosyllabiques. De tous ces vers, les plus usités sont, après le vers de douze syllabes, ceux de dix, de huit et de sept; ce sont à peu près les seuls que notre oreille — car c'est là, une question d'oreille — permette d'employer de suite et sans mélange de vers d'autres mesures ; les autres, particulièrement ceux de six, de cinq, de quatre, de trois et de deux syllabes ne s'emploient guère qu'accouplés à des vers plus longs, avec lesquels ils forment des couplets, des strophes, des stances ; les vers de deux syllabes et les vers monosyllabiques sont d'un usage fort restreint.

Si l'on veut juger de l'effet mélodique que peuvent produire les différentes espèces de vers que possède notre prosodie, employés seuls et successivement dans une série de strophes, il faut lire la pière des Urie?itiiles, de Victor Hugo, intitulée les Djiuns. Dans cette pièce, plus curieuse, d'ailleurs, que véritablement intéressante, le poète veut donner l'idée d'un bruit qui nait au loin, augmente de sonorité k mesure (|u'il approche, devient h un certain moment très éclatant, puis diminue par degrés en s'éloignant et finit par mourir. Il emploie pour cela une série ascendante de strophes de huit vers chacune, la première en vers de deux syllabes ; la seconde, de trois, la troisième, de quatre, et ainsi do suite jusqu'à huit syllabes. Une strophe en vers de dix syllabes forme en quelque sorte le point central du crescendo ; puis vient une autre série descendante de strophes en vers de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois et do deux .syllabes.

Le vers de dir syllabes ou de cinq pieds a une césure après la quatrième syllabe, et se partage ainsi en deux hémistiches inégaux, le premier de deux pieds et le second de trois ; il a deux accents toniques principaux, celui de la césure et celui do la rime, et de plus un accent mobile, qui se place dans le second hémistiche sur la sinième, la septième ou la huitième syllabe. C'est le vers narratif par excellence, celui qu'employaient le plus volontiers nos anciens poètes. En voici un exemple dans des vers de La Fontaine :

Deux perroqui^ls, | l'un père et l'autre fils. Du rot d'un roi | hisaienl leur ordinaire; Deui demi-dicux, | l'un fils et l'autre ;)ére, eaux I (basaient leurs Snvoris.

(Là ForiTiisE, les Deux Pirroquets, le Itoi

et son Fils.]

Quelquefois aussi le vers de dix syllabes se coupe en deux hémistiches égaux, de cinq syllabes chacun :

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur ; N'est-ce point assez de tant de tristesse 7 Et ne vois-l.i pas que changer siins cesse, C'est à chaque pas trouver la douleur?

(Alpred db Mussbt.)

PROSODIE

PROSODIE

Le vers de huit syllabes, et tous ceux qui en ont un nombre moindre, ne sont pas soumis k la règle de la césure. Le vers de huit syllabes est encore un de nos vers les plus anciens. Croupis en ensemble de dix vers, dont les quatre premiers riment entre eux, et les six autres se composent de deux tercets dont les derniers vers riment aussi entre eux, le tout formant ainsi une suite de cinqconsnnnances différentes symétriquement entrelacées, les vers de liuit syllabes sont l'élément ordinaire de notre grande strophe lyrique des odes, des élégies, de tous les sujets poétiques qui réclamant le plus de richesse, de mouvement et d'ampleur. Telle est cette strophe célèbre de Lefranc de Pompignan dans l'ode sur la mort de J.-B. Rousseau :

Le Nil a vu sur ses rivages Les noirs habitants tles déserts Insulter par leurs cris sauvages L'astre Mlataut de l'univers.

Cris impuissants, fureurs bizarres i Tandis que ces monstres baibares Poussaient d'insolentes clameurs, Le dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.

Le vers de huit syllabes s'accouple admirablement au vers alexandrin pour former des distiques d'une très grande vigueur. C'est le rythme favori des satiriques modernes, d'André Ciiénier flagellant ses bourreaux :

Quand au mouton bêlant la sombre boucherie

Ouvre ses cavernes de mort.

Pasteurs, chiens et moutons, toute la bergerie.

Ne s'informe plus de son sort. Etc.

C'est le rythme des ïambes d'.Vuguste Barbier :

0 Corse aux cheveux plats, que ta France était belle Au grand soleil de messidor I Etc.

Le vers de sfpt syllabes, moins propre aux grands effets, se prête aussi à la strophe lyrique; nous en avons cité plus haut un exemple à propos des rimes croisées. La fjble de La Fontaine : Le rat de ville el le rat des champs est en vers de sept syllabes :

Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs D'une façon fort civile A des reliefs d'ortolans. Etc.

de curiosité littéraire, un sonnet monosyllabique d'un poète de notre lemps, M.-J. de Ressé(;uiep, sur une jeune femme morte prématurément :

Fort Belle, Elle Dort.

Frêle Sort ; Quelle Mort!

Rose Close,

En réalité, ces vers de mesure minuscule ne peuvent servir que mêlés à d'autres vers de mesure plus saisissable. La Fontaine, par exemple, a introduit à dessein un vers de trois syllabes dans la fable des Atiimaitx malades de la pesle :

Mèu

m'est arrivé quelquefois de mauger Le berger,

Le vers de six syllabes est d'une coupe fort gracieuse, par exemple, dans cette jolie pièce de Lamartine :

Il est, sur la colline.

Une blanche maison ; Un coteau la domine ; Un buisson d'aubépine En fait tout l'horizon. Etc.

Accouplé à des vers de plus grande ampleur, il peut donner lieu à des effets très énergiques ;

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;

On A beau la prier La cruelle qu'cll

Et j

i laisse t

bouche les oreilles

(MALHBnBB.)

Madame Deshoulières a employé seul le vers de cinq syllabes dans son idylle bien connue :

Dans ces prés fleuris Qu'arrose la Seine, Cherchez qui vous mène.

Mes chères brebis. Etc.

Les autres vers, comme nous l'avons dit, ne s emploient seuls que dans des morceaux qui sont plutôt des jeux d'esprit, des tours de force poétiques plus ou moins lieureux que des compositions normales. C'est ainsi qu'on peut citer, à titre

dit le lion, cherchant à étouffer, dans un vers si court, l'énormité de son crime.

Victor Hugo, s'appropriant un rythme probablement inventé par Ronsard, fait intervenir très gracieusement deux vers de trois syllabes dans des couplets de vers de sept syllabes, où il met en scène les rêveries de Sara la baigneuse :

Sara, belle d'indolence.

Se balance Dans un hamac, au-dessus Du bas.^^n d'une fontaine

Toute pleine D'eau puisée à l'ilissus.

Et la frêle escarpolette

Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la baigneuse blanche

Qui se penche, Qui se penche pour se voir. Etc.

Les ballades, les villanelles, les chansons, toutes les formes do la poésie li^gère se prêtent volontiers à ces fantaisies, comme, par exemple, la chanson bien souvent citée de Panard, où a trouvé I place le vers monosyllabique :

Et l'on voit des commis

Mis Comme des princes, Qui jadis sont venus

Nus De leurs provinces.

La plupart des langues modernes, celles surtout qui dérivent du latin, ont adopté un système de versification analogue au nôtre, au moins en cequi concerne la mesure. V.Ues comptent comme nous les syllabes de leurs vers, et la plus grande partie de leurs poésies sont, comme les nôtres, et» vers rimes. Cependant en italien, en anglais, en allemand, on emploie, dans certains genres de poésie, le vers sans rime aussi bien que le vers rimé. Ces vers sans rime sont ce qu'on appelle des vers blancs. D'autre part, dans la langue anglaise, dans la langue allemande surtout, l'accent tonique permet do distinguer assez nettement les syllabes pour produire dans la durée et l'intensité de la prononciation des différences qui correspondent aux longues et aux brèves des anciens. Il en résulte que, parallèlement aux vers où les syllabe» soiit comptées, les .allemands ont tout un .système de versification avec des dactyles et des spondées, des Ïambes, des trochées, et tous les autres piedsde la prosodie grecque et latine. Cela leur a per-

PROTOZOAIRES

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mis, par exemple, do traduire les poètes de la Grèce et do Rome dans les mètres mêmes qu'ils avaient consacrés. On a fait plus, dit M. Vapereau dans son Dictionnaire '/es IMn-ntuvet (article sur la versificiition nllemnnile), « on a poussé la res

monts ou p'eudopodes que la monèrc se déplace, saisit ses aliments et même les digère. Un infusoire, par exemple, viont-il à toucher l'un de ces pseudopodes, il est aussitôt arrêté ; les pseudopodes l'entourent de leur réseau gélatineux, et un

semlilance du rythme jusqu'aux plus minutieux dé- mouvement insensible le transporte dans l'intétails, ot, pour rendre certains effets d'harmonie, rieur de la masse protoplasmique où il ne tarde 10 vers a lemand s est calqué sur le vers grec, pied pas à se dissoudre. Un mouvement analogue rejette pour pied, longue pour longue, brève pour brève..... , au dehors les parties qui résistent à l'action dia- M ce n est pas seulement, continue M. Vapereau, suivante du protoplasma.

« aux traductions que les Allemands appliqu(^rent | La monère s'assimile les substances ainsi di-'éla variété de rythme naissant des combinaisons rées et sa masse grandit assez rapi.Icment La phiprosodiques des anciennes langues classiques, part de ces organismes ne peuvent toutefois déc est aussi à leurs poésies originales. Klopstock, passer une taille déterminée. Lorsqu'ils l'ont Lessing,(jœtlie, Schiller, Kcerner.Ruckort, Platon, atteinte, la masse de leur corps s'allonge légèreet Dion d autres ont employé tour à tour l'hexa- ment, elle s'étrangle dans sa région moyenne et se mètre, le vers lambique et toutes les sortes de partage bientôt en deux sphères à pou près égales vers lyriques combines en stances ou en strophes, dont chacune se comporte exactement comme la avec ou sans le concours accessoire de la rime. » ' monère primitive.

Il va sans dire que nous n'avons pu, dans cette I Chez quelques espèces cependant, la reproducetude.quelllourertrès sommairement 6e qui arap- ' tion ne s'opère plus d'une façon aussi simple- il port aux principes généraux de notre prosodie. A 1 y a formation de corps reproducteurs spéciaux, de ceuxqui voudraient étudier plusà fondcet intéres- , zuospores comparables à celles qu'on observe chez santsujet, nous indiquerons les principales sources ' un grand nombre de végétaux inférieurs. C'est auxquelles nous avons puisé nous-môrae : le ainsi qu'à une certaine période de leur existence, jrraiié de ver..ificalion française, ée M.Louis les PTOÏowow/'te rétractent leurs pseudopodes et guicherat, cite dans noire article, et dont nous se transforment en de petites sphères régulières avons en divers endroits, suivi d'assez près le dont la portion extérieure devient plus résistante texte (I vol. in-8. Hachette et C'») ; un abrégé très , et constitue une sorte de kyste membraneux dans bien lait de ce traite, le Petit traité de versifioa- , l'intérieur duquel le protoplasma se partage en tioii f>-/mçaise (in-l2 classique) ; ils trouveront en- un certain nombre de très petits globules arrondis. core d utiles renseignements dans un Précis i/es ' Plus tard le kyste se rompt, et les corps reproregles île la versification, qui est en tête du Peil , ducteurs s'échappent sous la forme de corpuscules aictwnnau-e des mues françaises, de M. E. Soni- : piriformes, pourvus à leur extrémité amincie

mer (in-18 classique, Hachette et G'"), et enfin dans différents articles du Dictiojinaire des littératures, de M. Gustave Vapereau (1 vol. gr. in-8 1876, même librairie). (Charles Defodon.l

PROTESTA.^ riS.ME. — V. Réfo.

d'un long filament dont les mouvements ondulatoires permettent aux zoospores de se déplacer avec rapidité dans le liquide ambiant. Des pseudopodes se montrent bieniôt, et la spore se transforme en une nouvelle protomonade. La Proto-

PUO'TOZOAIRES. — Zoologie, XXX. — On | nvjxa awanliaca, magn'ifique monère de très donne le nom de Protozoaires aux plus petits et ' grande taille qu'on rencontre ordinairement sur aux plus simples de tous les animaux. , les coquilles abandonnées d'un petit mollusque

Les Protozoaires sont constitués par une sub- voisin des Poulpes, la S/drule de Pérou, s'enkyste stance contractile, de consistance gélatineuse, comme les Protomonades, puis sa masse centrale

sans forme déterminée, parfois absolument liomo- ' " '

gène, plus souvent granuleuse, douée de la faculté de se mouvoir, sans cesse parcourue par des courants qui entraînent dans un sens ou dans un autre les granules qu'elle contient. Cette substance, qui constitue le substratum le plus simple

se divise en un nombre considérable de petites sphères qui se séparent et s'agitent dans l'intérieur du kyste jusqu'à ce que la rupture de celui-ci les ait mises en liberté.

Le nombre des Monères actuellement connues est assez considérable ; elles affectent d'ailleurs

de la vie animale, est designée par les naturalistes des formes extrêmement variées. Les unes, telles sous le nom de sarcode ou plus généralement ' que la /'/•o%é«f/»-(mo>f/!a/f, représentent de pesous celui de p'o;û;)/rtsnitf. Identique dans toute ' tites sphères hérissées de filaments; d'autres, sa masse cliez les plus simples des Protozoaires, î comme la Protamibe primitive, ont une forme able protoplasma présente chez certains autres des solument indéfinie : leurs contours, soumis à de parues neiiement difierenciées qui ne forment ! continuels changements, se découpent en lobes toutelois jamais de véritables organes composés ^ arrondis dont l'apparence et la position ne préoe cellules. senlent aucune fixité et qui n'émettent d'ailleurs

CLASSIFICATION. — Sous cc nom de Protozoaires, jamais de véritables pseudopodes. Certaines eson réunit des formes d'organisation assez diffé- | pèces vivent en société. La Monohh- confluente rentes que 1 on divise généralement en trois clas- forme des colonies dans lesquelles les individus ne ses, les Monères. les Rliizopodes et les Infusoires. | se séparent que rarement, bien qu'ils changent

Monères. — La classe des Monères renferme ; fréi|uemment de position relative et ne demeurent

les formes les plus simples sous lesquelles la vie animale se manifeste dans la nature actuelle.

Ces organismes, dont la connaissance est toute récente, — le plus anciennement observé, la Pro

fixés pendant ces migrations que par un ou plusieurs de leurs pseudopodes. Chez le Mijxodiclyon social, les différents individus, qui sont nés les uns des autres par division de la masse primitive.

togene primoidide, a été découvert par le natu- demeurent soudés par leurs pseudopodes d'une raliste allemand Hœckel en 186i, — vivent dans ■

les eaux douces et salées, ainsi que dans la terre humide. Ils sont uniquement formés par une petite masse de proioplasma qui émet généralement sur toute sa surface des filaments grêles de formes variées qui s'allongent, se contractent, se ramifient, se soudent entre eux de tout.s les façons possibles et peuvent même rentrer complètement dans la masse protoplasmique dont ils ne sont que les prolongements. C'est à l'aide de ces flla-

manière si intime que les granules protoplasmi ques peuvent passer de la masse d'un individu dans celle d'un individu voisin. Quelques espèces enfin paraissent constituer des masses complètement amorphes, capables de s'accroître indéfiniment sans être astreintes à se diviser. Tel serait le Hathi/tiins Hieclielii, ramené des profondeur» de l'Atlaniique par les naturalisti'S anglais Carpcnter et VVyville Tliomson pendant la croisière du navire Porcupine ; tel serait également le Pro-

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tobathi/bius. plus récemment découvert dans le détroit de Smiili par le docteur Bessels, naturaliste de l'expédition du Po/m-is, etc.

C'est également à la classe des Monères que l'on rapporte généralement les lioctérvs, organismes ambigus que certains naturalistes considèrent comme des champignons inférieurs voisins des /ei'«len, avec lesquelles ils partagent le pouvoir de provoquer dos fermentations ; ces naturalistes en font une classe spéciale sens le nom de Sclnznmycètes. Les Bactéries (ïnchijmonè'es de Hœckel) se distinguent des Monères proprement dites par l'extrême petitesse de leur taille, par la consistance de leur protoplasma qui est devenu plus ferme, par la fixité de leur forme, enfin par l'absence de pseudopodes et de mouvements amiboides. Elles se multiplient par division transversale avec une rapidité telle i|ue, d'après Cohn, la postérité d'une seule bactérie est représentée au bout de vingt-quatre heures par plus de seize millions d individus.

Les bactéries sont de tous les ôtres les plus répandus dans la nature : elles se fixent à la surface de tous les corps, pullulent dans tous les liquides organiques exposés à l'air et pénétrent même dans les tissus drs animaux et des végétaux chez lesi|uels elles déterminent presque toujours les désordres les plus graves. Le charbon ou pustule maligne, le croup des enfants, la variole, le typhus des bêtes à cornes et probablement aussi la plupart des maladies épidémiques ou contagieuses sont dus au développement dans l'organisme de diverses espèces de bactéries. Nous citerons, parmi les plus remar(|uables de ces espèces, les Micncocci/s, parasites des animaux, dont la forme est globulaiie les Baaltus et les Vibrio. qui ont la forme de bâtonnets, les Spiri/luni et les Spiroc/iasla, qui sont enroulés en spirale et se meuvent avec rapidité à l'aide du • cil vibratile que porte chacune de leurs extrémités, les Ba'ieiium, qui forment des colonies li-

un très grand nombre de petits pores percés dans l'épaisseur du test livrent en général passage aux pseudopodes concurremment avec l'orifice de la dernière loge. Certaines de ces coquilles, celles des Glohigérines, des Rnsiilines, des Rotalies, et surtout celles des NunmiulUes, dont les chambres sont disposées en spirale, présentent une structure tellement complic[uée que des naturalistes éminents ont pu les considérer comme provenant de céphalopodes voisins des nautiles et dos ammonites.

La plupart des Foraminifères sont manns; ils habitent ordinairement le fond de la mer et rampent lentement sur les tiges des algues sousmarines. Quelques espèces sont fiuviatiles , comme les Ai celles et les Diffngies, dont la membrane extérieure peut agglutiner des grains de sable, de petites coquilles, etc., et édifier ainsi une habitation assez semblable à celle que construisent les larves des phryganes.

La structure des Kadiolaires est un peu plus compliquée que celle des Foraminifères. Au centre de leur corps, il existe généralement une capsule membraneuse dont le contenu, parfois segmenté en masses polyédriques, est en continuité avec le proloplasma qui entoure extérieurement la capsule. On trouve également, disséminés dans la masse sarcodique, certains corpuscules de couleur jaune qui paraissent être de véritables cellules contenant de l'amidon. Chez nombre d'espèces enfin on voit, de temps à autre, se former en un des points de la masse protoplasmique une vésicule limpide qui grossit lentement, puis se contracte et se vide brusquement, déversant ainsi à l'extérieur le liquide qu'elle contient. Cette vésicule contractile peut être considérée comme constituant un appareil d'excrétion rudimentaire à l'aide du(|UBl l'organisme se débarrasse des résidus de l'échange moléculaire.

Quelques espèces de Radiolaires seulement sont nues ; les autres sont pourvues d'un squelette intérieur, de nature siliceuse, qui consiste

néaires semblables à des chapelets, etc. .^.^„ , - , .

Khizopodes. - les Hliizopodes doivent leur tantôt en une ou plusieurs sphères treillissees, emnom à la propriété qu'ils ont d'émettre, comme boitées les unes dans^les autres^ tanto^ en^Qe les Monères, des prolongements sarcodiques, des " ' ' ' " '"' ""°

pseud' pndes ramifiés que Dujardin comparait au chevelu d'une racine de végétal, (."est à l'aide de ces pseudopodes que les Rhiznpodes se déplacent et saisissent les iiifusoires et les petits crustacés

dont ils font leur nourriture.

Le protopla^ma des Rliizopodes sécrète généralement ries formations calcaires ou siliceuses

qui constituent une sorte de squelette. Cette différence dans la composition chimique du squelette

et queli|ues autres particularités d'organisation

ont conduit les naturalistes à panager les lUiizo-

podes en deux ordres, les Foraminifèiies et les

Radiolaikes.

Plus élevés en organisation que les Monères,

les Foraminifères présentent dans leur masse

sarcodique un noyau et parfois une ou plusieurs

vésicules coniractiles semblables à celles des Radiolaires et des Infusoires.

Ceriains Forammil'ères sont entièrement nus;

tels sont les Amibes ou Prolées, ainsi nommés à

cause de l'instabilité de leur forme, les Actyno-

phrijs, etc. D'autres ne sont revêtus que d'une

simple membrane albuminoide qui, chez les Ar-

celles, ne recouvre niême que la région dorsale,

tandis que chez les ('•roiiiies elle forme une sorte

de petite bouteille dont le goulot livre passage au

protoplasma qui s'étend sur la surface extérieure

de la membrane, émettant de toutes parts de

nombreux pseudopodes ramifiés. Chez la plupart

des es|icces il existe une coquille calcaire simple

ou cloisonnée, toujours pourvue d'une large ouverture, et dont les logns, diversement disposées,

donnent lieu à des formations variées à 1 infini ;

longues épines diversement réunies, ou en corpuscules épars ayant la forme d'ancres, de crochets, de casques, etc. .

Les Radiolaires ..ont des animaux pélagiques qui se tiennent généralement à la mer où ils forment des lé'.;ions innombrables.

On ignore à peu près complètement comment s'opère" la reproduction chez les Foraminifères. Chez les Radiolaires, le phénomène se passe ordinair.Mnent de la façon suivante : à un certain momenl, les pseudopodes .t le protoplasma qui entourent la capsule centrale disparaissent pou à peu ; e contenu de celle-ci se partage en une multitude de petits corps sphéroidaux, puis la capsule se rompt, et les corps reproducteurs se niontrent sous la forme de globules munis d un filament mobile qui leur sert d'appareil locomoteur.

Malgré l'exiguitô de leur taille, les Rhizopodes pourvus d'un squelette, qui furent d ailleurs connus par leur test longtemps avant qu on n eut étudié leur organisation, ont joué un rôle des plus importants dans la formation des assises geologiqu.-s. Des dépôts puissants, tels que la ccaie et Xeckaire à mi/iolites des environs de Parts, en sont presque exclusivement pétris; les niiramulites, dont certaines espèces avaient des dimensions supérieures \ colles d'une pièce de deux francs, ont présenté pendant la période tertiaire une ère de prospérité telle que leurs débris constituent presque à eux seuls certains pics aes Pyrénées. , , „„♦„-«

Ces petits êtres jouent d'ailleurs dans la nature actuelle un rôle non moins actif qu aux cpt»]"»» géologiques antérieures. Les dernières expéditions

PROTOZOAIRES

PitOTOZO AIRES

d"explorat.ions sous-marinos ont montré qw prosque panoiu le fond de l'Atlantique et de l'Océan Paciiiqne est formé par un limon fin oxclusivsmont Constitué par dos Foraminifèros ou di-s Radiolaires vivants. Le sable dune muliitude de plages, principalement dans la mer des Aniilles et l'Amérlqui', est presque enlièrement composé lie coquilles abandonnées par ces mènios animaux. D'après un auteur allemand, l'once de sable du môle de Gaëte en contiendrait plus d un million et demi !

Les dépôts dus aux Rliizopodes d'eau douce, bien que moins répandus que les précédents, ne laissent pas que d'avoir aussi leur importance. D'après Ehrenberg, les dépôts vaseux qui se forment dans un très grand nombre de sources minérales, dans celles de Carlsbad en particulier, sont en partie formés par les spicules siliceux produits par des animaux appartenant au groupe qui nous occupe.

Infusoires. — Le nom que les naturalistes ont imposé à ces organismes rappelle qu'on les trouve en abondance dans toutes les infusions de substances organiques; on les rencontre également dans l'air, dans le sol liumide et jusque dans les tissus et les humeurs des animaux

Ccrtaiiies espèces, par l'accumulation de leurs débris, peuvent donner naissance à des couches de plusieurs mètres d'épaisseur : Ehrenberg a

se détacher de temps h autre et nager librement dans le liquide ambiant. Les espèces privées de cils sont munies d'un on de deux prolongements mobiles {flngellum), qui leur servent d'organes locomoteurs. Les quelques espèces, souvent parasites, formant le groupe des Acinéte.\, sont pourvues de suçoirs contractiles et rélractiles, ,'i laide desquels elles aspirent les sucs nutritifs. Chez quelques infusoires ciliés parasites, les Opalines, par exemple, dont une espèce est extrêmement fré(|Uonte dans le tube digestif des grenouilles, l'absorption se fait par simple endosmose à travers les téguments.

Le parencliyme du corps des Infusoires est partagé en deux couches qui se relient du reste l'une à l'autre d'une manière insensible : une corticale, visqueuse et granuleuse, et une masse centrale fluide et transparente.

La couche corticale, dans laquelle la sensibilité et le mouvement paraissent localisés présente souvent des stries analogues K des stries musculaires : de véritables muscles existent dans le pédoncule des Vorticelles et de quelques autres espèces C'est également dans cette môme coucheque se trouvent les vésicu'es contractiles, ainsi que deux organes qui paraissent jouer un rôle prépondérant dans la reproduction sexuée, le nucléus et le nucléole.

Le ?niclf'Ux, que l'on a longtemps comparé a»

signalé dans le pays de Lunebourg un de ces dé- noyau d'une cellule, peut être unique ou multipôts qui n'a pas moins de 14 mètres d'épaisseur. \ pie. Déforme extrêmement variable, il est constitué

Les terres comestibles auxquelles certaines peu plades ont recours dans les années de disette, la farine dit ■moningne des Lapons en particulier, doivent leurs propriétés nutritives à la présence d'un grand nombre de débris de ces petits êtres. La coloration verte que présentent les flaques d'eau, la couleur rouge que prennent, à un certain degré de salure, les eaux des marais salants, sont dues à la présence de nombreux infusoires. La Monas prodigiosn, qui se développe assez fréquemment sur les substances amylacées, a plus (l'une fois déterminé par son accumulation sur des hosties la production des tacites sanguinolentes dont l'apparition a souvent été considérée par le peuple ignorant comme une manifestation de la colère divine.

Un grand nombre d'Infusoires appartiennent à la catégorie des animaux reviviscents. La dessiccation suspend chez eux toutes les manifestations vitales. Devenus absolument inertes, ils peuvent demeurer pendant plusieurs années dans cet état de mort apparente et ressusciter ensuite lorsqu'une goutte d'eau vient humecter leurs tissus. Le corps des Infusoires est constitue par une masse protoplasmicine de forme variable, limitée par une fine membrane ou cuticule, qui est qu'lquefois elle-même protégée par une mince coquille, ainsi qu'on l'observe chez quelques Vorticell'S. La cuticule porte des appendices de diverses natures qui presque tous paraissent se rattacher au parenchyme intérieur. C'est ainsi qu'un grand nombre d'Infusoires présentent des cils vihraliles, qui peuvent être uniformément répartis sur toute la surface du corps ou n'en occuper que certaines régions déterminées. Chez les Vorth elles, dont la bouche est située au fond d'une sorte d'entonnoir, ces cils forment autour de ce vestibub,' une véritable couronne vibratile destinée à diriger vers 1 orifice buccal le liquide chargé de particules alituentaires. Indépendamment des cils vibratiles, il existe fréquemment chez h;s Infusoires ayant une existence errante des cirrhe<, des soies rii/ide^, des crochets, qui leur servent ii ramper ou à se fixer. Les espèces dont les habitudes sont sédentaires se fixent à l'aide d'un pédoncule ou simplpinent par leur extrémité postérieure; elles peuvent d'ailleurs

par une substance visqueuse, renfermant de très fines granulations, entourée d'une membrane extrêmement délicate.

Le nucléole, dont l'existence paraît du reste être moins constant'' que celle du nucléus, peut être, comme ce dernier, simple ou multiple. II n'égale jamais en grosseur le nucléus, dans le voisinage duquel il est toujours situé.

Nous avons précédemment indiqué par quels procédés l'absorption des substances nutritives s'effectue chez quelques espèces parasites, les Opalines et les Acinètes. Ce ne sont d'ailleurs li que des dispositions exceptionnelles. La plupart des Infusoii-es sont pourvus d'un nrifire hiircal, gcnéralfment voisin de l'extrémité aniérirnro du corps, et d'un orifice anal qui n'est parfaitement visible qu'au moment de l'expulsion des résidus de la digestion . One sorte de tube œsophagien, parfois armé de parties cornées, conduit les aliments réduits en bols alimentaires de très petites dimensions dans le parenchyiue interne où s'opère la digestion. Il n'existe par conséquent pas, chez les Infusoires, d'estomac permanent pourvu de parois propres, et les prétendus estomacs multiples décrits autrefois par l'illustre micrographe Ehrenberg chez des infusoires poli/gaitriques n'étaient autres que les bols alimentaires eux-mêmes.

Les Infusoires se multiplient par division transversale, plus rarement par scission longitudinale, ainsi qu'on l'observe chez les Vorticelles. Il existe, en outre, chez ces êtres une véritable reproduction sexuelle, dans laquelle le nucléus joue le rôle d'ovaire.

Les Infusoires, qui sont extrêtnement nombreux en espèces, peuvent être subdivisés en trois ordres : les Infusoires fla./ellifrres, les Infusoires suceurs, les lufuS'dres ciliés.

Les Infusoires flagellifères sont les Monarles des auteurs anciens ; ils sont rarement pourvus de cils, et leurs organes locomoteurs sont réduits à un ou deux prolongements filiformes [flfigellum) animés de mouvements ondulatoires. Parmi tes espèces les plus remarquables, notis citerons la Moiias prO'ligiosa, \'.4stnsia hiemntodes, l'HJug'enn samjuineri, élc, dont la couleur est d'un roug« yU, VEuylena viridis, l'une des espèces les plus.:

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