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extraire autant que possible le venin par une succion vigourouse, qui ne présente aucun danger pour l'opérateur, alors mOme que sa muqueuse buccale ne serait pas absolument intacte. Par les cordiaux et l'exercice forcé, on réagit contre la torpeur qui envaliit le blessé, et on accélère l'élimination (lu virus. Il n'est pas inutile aussi de placer une ligature, s'il est possible, au-dessus du point mordu, ligature que l'on déplace de temps en temps, en s'éloignant de plus en plus de la périphérie : ainsi le venin est absorbé plus lentement ; son élimination est par là môme retardée, mais son action sur l'organisme e.st moins intense que s'il entrait tout à la fois dans la circulation. Enfin on recommande la cautérisation de la plaie, pour détruire tout le venin qui n'aurait pas encore été absorbé.
On divise très naturellement le sous-ordre des Thanatnpidos en deux tribus, et chacune d'elles à son tour en deux familles.
La tribu des Protéroglyphes est caractérisée par son aspect colubriforme, sa taille. élancée, sa tète recouverte de plaques, ses dents venimeuses en gouttière souvent suivies de dents pleines non venimeuses. Les deux familles qui la composent sont celle des Elapides, appelés aussi Gonocerques à cause de leur queue arrondie et semblable à celle des couleuvres; et celle desHydrophides,ou Platycerques, les Serpents de mer, à corps et à queue fortement comprimés et en rame. Ces derniers, qui habitent les mers et plus rarement les lacs des pays chauds, sont peu nombreux en espèces. Parmi les premiers nous citerons le Serpent corail, Elaps Corallitnis (Linné), de l'Amérique centrale et méridionale, annelé de noir profond et de rouge cramoisi ; et le Serpent à lunettes, Naja tripudians (Linné), des Indes orientales où il ferait, d'après des statistiques anglaises, 10 000 victimes humaines par année. Ses premières côtes, très longues, s'écartent quand il est irrité, dilatent la peau très extensible du cou. qui devient infiniment plus large que sa tête, et donnent à l'animal une allure bizarre qui lui a valu le nom de serpent à coiffe, cobra capello des Portugais, et qu'exploitent les charmeurs de l'Inde. Une espèce voisine, la Naja linje (Linné), se voit également entre les mains des jongleurs d'Egypte et d'Algérie : c'est V Aspic de Cléopâtre.
La tribu des Solénoglyphes a généralement des formes plus ramassées, la tête plus élargie, la queue plus courte. Les mâchoires supérieures, très courtes, ne portent jamais que les dents venimeuses. Rarement la tête montre les neuf grandes plaques polygonales habituelles aux Couleuvres et aux l'rotéroglyphes, mais elle est plus ou moins entièrement couverte de petites écailles semblables à celles du dos. La pupille est verticale.
Beaucoup d'espèces mettent au monde des petits vivants, |rropriété qu'elles partagent avec beaucoup de Sauriens, peu importante d'ailleurs bien qu'elle ait valu leur nom à nos vipères (de vivipari) : dans ce cas, l'œuf éclot dans l'oviducte maternel, d'ordinaire au moment de la ponte, et ses enveloppes sont évacuées en même temps que les jeunes. Ces animaux sont àiis ovovivipares, \tQ\iT les distinguer des vrais uiuzpares qui se développent dans le corps de la mère et se nourrissent directement de sa substance.
Les deux familles des Vipérides et des Crotalides se distinguent l'une de l'autre par l'absence ou la présence de fossettes glandulaires aux lèvres, entre les narines et les yeux.
Cinq espèces de la première famille habitent l'Europe, toutes appartiennent au genre Vipera. Ce sont la V. irrus (Linné), do toute l'Europe septentrionale et moyenne et d'Asie, de l'Angleterre au Kamtchatka, française aussi ; le V. Seoa-
nei (Lataste), des montagnes de la Galice en Espagne; la V. atpis (Linné), d« France et de quelques pays limitrophes ; la V. Latastei (Bosca), d'Espagne et d'Algérie; la V. (immodyles 'Linné), de l'Europe sud-est.
Parmi les Crotalides, une espèce, le Trigonocephahts habjs (Pallas), de Sibérie, a été indiquée en Europe. Citons encore les Bolhiops des Antilles, désignés à tort dans ces colonies sous le nom de Trigonocéphales, et le terrible genre Crolalus, les Serpents à sonnette, nombreux en espèces, des deux Amériques. La queue porte à son extrémité l'appareil particulier qui leur a valu leur nom, la sonnette, formée par des anneaux cornés cngainés les uns dans les autres. A chaque mue un nouvel anneau, de formation exclusivement épidermique, se détache du corps de l'animal, mais reste accroclié h l'extrétnité de la queue élargie. La sonnette s'allonge ainsi, mais ne peut servir néanmoins à déterminer lo nombre de mues et l'âge du reptile ; car les derniers anneaux s'usent, se brisent et se fendent souvent. [Fernand Lataste.] RÉPUBLIQUE. — Histoire générale, XXXIX-XL. — Etym. : du latin [iespublicaoti res publica, chose publique. — Ce mot, que nous avons emprunté aui Romains, ne désignait pas cliez eux une forme particulière de gouvernement; c'était l'équivalent de notre terme français d'Etat, exprimant la société civile constituée en corps de nation. Aussi, même après l'établissement du gouvernement impérial, continua-t-on à appeler l'Etat romain du nom de république. Chez les Grecs, on ne rencontre pas de terme qui corresponde exactement à la reipuhlicn des Romains ; l'Etat y est appelé /lolis, « la cité » (c'est de là que nous avons tiré le mot de politique) ; le gouvernement de la cité est une démocratie, si le pouvoir appartient au peuple tout entier ; une oligarchie ou une aristocratie, si le pouvoir n'appartient qu'à quelquesuns, i une classe privilégiée do citoyens; une tyrannie, si le pouvoir est aux mains d'un seul (le mot grec tyrannos, tyran, ne se prend pas nécessairement en mauvaise part, et signifie simplement souverain, maître). On a pris l'haljitiide, néanmoins, d'appeler républiques celles des cités grecques dont le gouvernement était soit démocratique, soit aristocratique, par opposition aux monarchies des peuples voisins. Pris dans son acception usuelle, le mot république signifie donc un Etat qui n'est pas gouverné par un roi, par un monarque : c'est ainsi qu'on a pu dire, malgré les dilTérences notables qui existaient entre les institutions politiques de ces cités ou de ces peuples, la république de Carthage, la république de Venise, de Florence, de Gênes, les républiques suisses, la république des Sept Provinces unies, etc. La • République de Pologne » fait seule une exception : elle avait un roi ; mais ce roi, ajoutons-le, otaitélectifvV.Po/o,9fte, p. 1644). Les républiques de nos jours sont toutes des Etats démocratiques; mais chez quelques-unes, la démocratie est directe, c'est-à-dire que le peuple assemblé délibère lui-même sur les lois (par exemple dans deux ou trois petits cantons suisses) ; chez les autres, la démocratie est représentative. D'autre part, il y a des républiques unitaires, comme la France, et des républiques fédératives, comme la Suisse et les Etats-Unis.
Les Etats qui sont actuellement constitués selon la forme républicaine sont les suivants:
En Europe: La France, la Confédération suisse, la république d'Andorre et celle de Saint- Marin. En Amérique : Les Etats-Unis do l'Amérique du IVord; la Confédération mexicaine; la république de Haiti et la République dominicaine, qui se partagent l'Ile de Saint-Domingue; les cinq Républiques de l'Amérique centrale : Guatemala, Hondu-
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ras, San-Salvador, Nicaragua, et Costa-Rica ; et 1 l'ont fort rapprocliée du but ; elle a, dès i prosent, les républiques espagnoles de l'Amérique du Sud : atteint une sorte de demi-suffrage universel qui
la Nouvelle-Grenade, le Venezuela, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, le Paraguay, l'Uruguay, et la république Argentine.
En AFniorE, la république nègre de Libéria, sur
bientôt sera universel tout à fait, sans avoir coûté à ce pays ni révolution, ni démembrement.
Cependant, la première heure du suffrage universel eut quelque chose de radieux comme une
la côte de Guinée ; et les républiques hollandaises ' aurore. Huit millions d'hommes votèrent le 2o avril
du Transvaal et d'Orange, près du cap de Bonne Espérance.
UÊPUBLIQUE FRANÇAISE (Première). — V. Hcvnliition française et Directoire.
ItÉl'UBLlQUEFUANÇAlSE iDeu.xième). — Histoire de France, XXXVl. — Durant le cours de l'année 1847, l'opposition libérale avait organisé une série de banquets politiques, dans lesquels des orateurs tels que Lamartine et Ledru-RoUin réclamèrent la réforme électornle, c'est-à-dire une révision de la loi électorale qui abaissât le chiffre du cens et augmentât le nombre des électeurs. Le ministère Guizot refusa toute concession, et, pour en finir avec l'agitation produite par cette question, il crut devoir interdire le banquet annoncé dans le XII" arrondissement de Paris pour le '2.' février 1.S48. Cet acte imprudent, joint au mécontentement que causaient la politique extérieure du gouvernement de Louis-Philippe et les scandales qu'avait dévoilés la session parlementaire de 184", provoqua une insurrection du peuple parisien. Devant les insurgés victorieux le 24 février, le roi prit la fuite, l'armée évacua Paris. Quelques hommes acclamés par la foule se réunirent à l'hôtel de ville et se constituèrent chels de l'Etat avec le titre de Gouvernement provisoire. C'étaient M.^L Dupont de l'Eure, Arago, Lamartine, Ledru-I'oUin, Marie, Garnier-Pagès, Crémieux, Louis Blanc, Marrast, Flocon et Albert. Cette autorité décréta que la République serait la forme du gouvernement de la France, et la France accepta sans résistance les faits accomplis. Quelques jours après, un décret du gouvernement provisoire établissait le suffrage universel. C'est uniquement par cette grande innovation, renouvelée de 1789 et de 1793, que la révolution de 1S48 est considérable dans l'hisloire. Les autres événements qui semblent la composer sont peu ' de chose en comparaison.
On peut juger aujourd'hui favorablement du suffrage universel, fondement de toutes nos institutions, et convenir cependant que ceux qui l'établirent brusquement firent un acte d'une imprudence sans égale. La manière simple et étroite dont ils raisonnaient la politique explique leur extraordinaire témérité. « Tout homme, disaient-ils, paie à l'Etat l'impôl de l'argent et celui du sang : il a donc le di-oit indéniable de décider des affaires publiques. » La possibilité que cet homme, par un vote mal éclairé, se rendît l'usage de son droit nuisible à lui-même, ne se présenta pas à leur esprit ou fut écartée. Ce qu'ils voulaient, d'ailleurs, était juste : ils en conclurent que les suites en seraient nécessairement avantageuses. Idée très fausse, par malheur!
n y avait certes quelque chose à faire. Toute révolution constate un besoin public. En lSi8, le besoin senti était d'élargir le système de suffrage. On aurait pu se proposer le suffrage universel comme but à atteindre, et faire sur le champ une étape vers ce but : accorder le suffrage à tons pour l'élection des conseils municipaux, tripler ou quadrupler le nombre des électeurs politiques, qui était à peine de 2.^nOilÛ. L'exercice du vote, universel pour les affaires communales, momentanément partiel pour le reste, aurait fait l'éducation des masses. Cette marche en avant, mesurée et sagement progressive, a été le fait de l'Angleterre. Partie en IS30 vers les mêmes institutions démocratiques que nous, l'Angleterre a f-jurni plusieurs relais qui
sauf sur un ou deux points) tranquillement, et même avec une sorte d'allégresse. Les votes exprimèrent une acceptation confiante du nouvel ordre de choses. Les élus du peuple, en majorité, voulaient la République, une République modérée. Tel fut l'esprit de l'Assemblée constituante. En la nommant, les masses populaires avaient cédé à un entraînement passager : elles allaient bientôt manifester une tendance contraire, plus conforme il leur état de culture et à leurs instincts naturels. En fait de conceptions politiques, le paysan, l'ouvrier ne pouvaient avoir et n'avaient au fond que cette idée simple : trouver un homme en qui on pût se confier, et lui livrer la conduite de l'Etat. Il faut un assez haut degré de culture pour comprendre ce système de pouvoirs limités et pondérés qu'on appelle le régime parlementaire. En second lieu, les masses n'avaient retenu de la révolution et de l'empire que le souvenir d'un homme éblouissant. Pour toute histoire, elles savaient un nom : Napoléon; et ce nom ne signifiait pour elles rien de moins que génie extraordinaire, capacité presque surhumaine. Un homme existait qui portait ce nom prestigieux. C'était Louis-Napoléon Bonaparte, fils de Louis Bonaparte, frère de Napoléon 1".
Le prince (il portait ce titre) avait une confiance fanatique dans l'ascendant de son nom. Sous Louis-Philippe, à Strasbourg, à Boulogne, il avait deux fois tenté les troupes, essayé de se faire porter au trône par un pronunciamiento do soldat^. Esprit fort chimérique, Louis- Napoléon s'était trompé d'heure comme de moyen; il avait échoué misérablement et était resté ridicule aux yeux de la classe intelligente. Mais, après la révolution de IS48, le suffrage universel établi, la classe intelligente se trouvait comme noyée dans les masses populaires. Celles-ci ou ignoraient les aventures de Strasbourg et de Boulogne, ou n'en sentaient ni l'absurde, ni l'odieux. L'heure du prétendant cette fois était venue. Quoiqu'il fût absent de France, et qu'il ne se présentât pas expressément, dès le mois de juin 1848 Louis-Napoléon fut élu dans quatre départements, parmi lesquels la Seine. Il avait suffi que le peuple apprît, par les vieux soldats survivants de l'Empire, ses instituteurs en histoire, l'existence du descendant de Napoléon.
Cependant d'autres causes concouraient avec les instincts populaires pour la future élévation du prince. Le nom de République lui-même effrayait déj'i un grand nombre de personnes. Les clubistes de Paris, certains journaux républicains, les écrivains socialistes, prirent comme à tâche de porter cet effroi à son comble. Ils semblaient persuadés qu'une société d'hommes est une pâte inerte, insensible, qu'on façonne comme on veut. Conséquemnient, on voyait se produire tous les matins quelque rêve nouveau et absurde touchant la forme k donner à la propriété, îi la famille ott h l'Etat, et cela dans un pays d'esprit timoré où tout le monde est disposé Ji croire que la parole va immédiatement produire l'acte. Au reste, il y eut des actes dangereux pour la société; mais ils partirent d'une autre espèce de théoriciens. Le parti républicain renfermait une sorte d'hommes très redoutables pour qui la République et la démocratie, dont ils se prétendaient les chevaliers à outrance, n'étaient absolument respectables qu'à la condition do se laisser gouverner autocraliqucmcnt par eux. Intraitables pour
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tout gouvornemeiil autre que leur propre dictature, conspirateurs incorrigibles, sans foi ni loi politiquement parlant, ces hommes tentèrent plusieurs fois d'enlever le gouvernement provisoire ou (le l'assi'rvir. Ils essayèrent au 15 mai d'enlever tout à la fois la Commission executive, par la(|uelle l'Assemblée venait de remplacer le gouvernement provisoire, et l'Assemblée elle-même. Colle-ci, envaliie avec succès, fut un instant dissoute, et les insurgés occupèrent l'hôtel de ville. La garde nationale vint peu après les y arrêter. C'était un coup manqué, mais il en.resta une impression do déliance quant à la durée des institutions républicaines.
La révolution avait naturellement arrêté le travail ; tous les métiers cliùraaient dans Paris. L'ouvrier, désœuvré, misérable, fréquentait les clubs, parcourait la ville en corps de métier, assiégeait le gouvernement provisoire de ses députalions. Excusable d'ailleurs par son ignorance et par ses soufl'rances, il prétendait hautement que le gouvernement lui procurât du travail et du pain. C'était la suite de cette croyance assez commune dans toutes les classes de la société française que le gouvernement peut tout, de luimême, pour le bien-être de ses administrés, sans avoir besoin de leur concours éclairé. Il y a des gens qui ont trouvé sublime un mot de l'ouvrier de cette époque : « Nous avons trois mois de misère au service de la République. « Ce qui signifiait : Vous avez trois mois pour trouver le système par lequel vous assurerez désormais à tout ouvrier un travail constant et bien rémunéré, quelle que soit d'ailleurs la conduite do cet ouvrier. Le gouvernement provisoire eut la faiblesse, explicable d'ailleurs par l'état do dépendance où le tenaient les foules qui l'assiégeaient, de promettre qu'il résoudrait ce problème, aussi insoluble que la quadrature du cercle. Il s'engagea par décret à garantir l'existence de l'ouvrier, ou, suivant le langage du temps, il reconnut le « droit au travail ». En attendant d'avoir trouvé Vorganisaiion du travail, pour débarrasser la rue, pour employer et secourir ces foules oisives, il ouvrit des ateliers nationaux. Tout ouvrier sans ouvrage fut admis et embrigadé dans une sorte d'armée dont la solde fut fixée d'abord à 2 francs, puis à 1 fr. bO par journée de travail, ù 1 fr. 50 et à 1 franc par jour sans travail. Au bout de trois mois, l'effectir de cette armée se montait à 117 000 hommes appartenant à 150 métiers différents. Il arrivait des ouvriers de tous les coins de la France. Comment occuper valablement cette énorme main-d'œuvre, si diversifiée ? Comment l'Etat aurait-il pu employer effectivement les horlogers, les bijoutiers ou les peintres enrôlés dans ses ateliers 'i' Il ne put offrir que quelques travaux d'espèce fort simple, terrassements, arrachages d'arbres, etc. Encore, les ouvriers nationaux s'en acquittèrent-ils fort mal. La plupart du trnips, toute besogne manquait. Les ouvriers recevaient alors l'aumône de la paie de chômage, leur conscience s'y habituait, ils perdaient le sens de l'honnêteté. Et avec cela, la concurrence des ateliers nationaux empêchait les ateliers privés de se rouvrir. Imaginés comme remède à la grève universelle, ils la perpétuaient. Enfin, ils obéraient le trésor public en un temps de pénurie. A la fin de juin, l'Assemblée décida de les licencier. Elle s'y prit mal, les ouvriers se révoltèrent. Des socialistes, des républicains dictatoriaux, des conspirateurs h la solde des princes, des malfaiteurs, se joignirent h eux. En quelques heun-s, une insurrection formidable éleva partout ses barricades. Paris se divisa en detix années qui se choquèrent avec fureur. D'un coté la classe ouvrière, de l'autre la troupe, la garde mobile, la bourgeoisie enrôlée dans la garde |
nationale. Quatre jours dune bataille acharnée, parfois impitoyable, des morts par millji'rs ; autour de Paris, la France troublée jusque dans ses couches profondes, toutes les gardes nationales, debout, dans l'attente la plus anxieuse, partant pour Paris ou prêtes h partir, telles furent les fameuses journées de juin (du 23 au 2(1). Elles furent suivies de transportations t|ui enlevèrent à leurs femmes et à leurs enfants quantité de maris et de pères : en résumé, une somme énorme de maux pour des idées vaines ou pour des appétits.
Ces événements mirent en lumière un homme, le général Cavaignac, quo la Commission executive avait appelé au ministère de la guerre. Lorsque éclata l'insurrection, l'Assemblée fit de lui le chef du pouvoir exécutif au lieu et place do la Commission executive, discréditée. Cavaignac avait une probité rare, de la fermeté, de la prudence: s'il fût devenu président de la P>épublique, il est probable que cette forme de gouvernement aurait duré. Nos destinées étaient changées et avec elles le cours des événements en Europe. Cavaignac fiit devenu président de la République si, en faisant la constitution, l'Assemblée s'était réservé l'élection présidentielle. Mais, repoussant l'amendement Grévy, qui voulait que le président fût l'élu révocable de l'Assemblée, elle décida Ci octobre) qu'il serait nommé par le suffrage universel. Ce vote imprudent fut l'œuvre des monarchistes et des conservateurs; les plus avisés d'entre eux prévirent bien qu'ils élevaient Louis-Napoléon, mais ils préférèrent l'homme problématique à l'homme sûr, déjà éprouvé, en haine aveugle des républicains dont Cavaignac s'entourait nécessairement. Les partis, collections d'individus, ont de ces improbités, parce qu'ils sont irresponsables. Le peuple, appelé il élire le président, donna h Louis-Napoléon 5 millions 1/2 de suffrages et h Cavaignac 1 million 1/2 (10 décembre). Le sort de la République était fixé.
Louis-Napoléon, avec ses idées et si l'on veut ses rêves, son nom, les traditions de sa famille, ses ambitions de jeunesse, et, ajoutons, ses besoins et ceux de sa camarilla, ne pouvait pas consentir à quitter le pouvoir à l'expiration de sa présidence : il devait viser à l'empire. Il avait bien des chances de réussir. Toutes les forces, immenses chez nous, du pouvoir e.xécutif, étaient dans sa main. L'armée devait lui obéir par discipline et par inclination. L'empire n'était-il pas voué par sa tradition à faire la guerre et à favoriser l'élément militaire'? Louis-Napoléon avait, nous l'avons déjà dit, les sympathies aveugles des masses rurales. La fraction considérable de la bourgeoisie quo les théories des socialistes et Ja conduite parfois impolitique du parti républicain avaient tout à fait apeurée, faisait dos vœux pour lui: elle souhaitait, pour se rassurer, un maître absolu. Contre lui il avait la majorité des grandes et des moyennes villes, et. ce qui était de plus grave consé(|uonce, l'hostilité de Paris.
En mai 1840, l'Assemblée constituante avait cédé la place h l'Assemblée législative. Celle-ci fut composée en grande majorité d'hommes dévoués à Louis-Philippe ou i Henri V et hostiles à la République ou au moins aux républicains; pensant trouver eu Louis-Napoléon un instrument docile, cette majorité lui accorda d'abord son appui dans les mesures qu'il prenait contre la démocratie. Elle donna son approbation à l'expédition romaine. Le pape ayant été chassé de Rome par une révolution à la fin de 'année 1848, Louis-Napoléon s'était décidé i envoyer contre la république romaine une armée chargée de restaurer la .souveraineté de l'ie IX (avril 1849). En vain les républicains français, dirigés par Ledrii-RoUin, essayèrent-ils de pi-otester contre cette mesure impolitique (manifestation du Conservatoire dos arts et
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métiers, 13 juin 18491 ; les auteurs de la manifestation furent proscrits, et le 3 juillet Rome capitulait devant les canoiis du général Oudinot.
Préoccupés avant tout de soustraire la société française au péril cliimérique dont les républicains leur semblaient la menacer, et ne voyant pas que le véritable danger était celui de la dictature, les monarchistes de l'Assemblée firent des lois contre les clubs, contre la presse. Sous l'inspiration de M. Tliiers, devenu le chef du grand parti conservateur, ils combinèrent une loi sur l'inst'uction primaire (15 mars 1850), moins pour instruire lesenfants que pour leurinculquerlecatholicisme. Incrédules d'ailleurs, ou indifférents pour cette religion en elle-même, ils l'apprécièrent uniquement comme antidote au poison du socialisme. Us mutilèrent le suffrage universel par la loi du 31 mai 1850, qui, en imposant comme condition d'électoral trois années de séjour, réduisit de neuf millions à six le nombre des électeurs.
Bientôt, certains faits démontrèrent à tous que le prince président tendait à l'empire. La majorité réactionnaire de l'Assemblée se divisa alors en deux parties presque égales. L'une se composa de ceux qui voulaient détruire la République au profit des d'Orléans ou de Henri V, mais non de Bonaparte; l'autre, de ceux qui voulaient l'empire ou le jugeaient la seule porte praticable pour sortir de la République. La minorité républicaine redoutait également et les amis du président, qui se montraient disposés à appuyer un coup d'Etat, et les monarchistes, qui ne défendaient la légalité que pour la faire servir à leurs desseins de restauration orléaniste ou légitimiste.
La lutte engagée par Louis-Mapoléon contre l'Assemblée, devenue dans sa majorité hostile à la politique du président, remplit de ses péripéties la seconde moitié de 185'i et toute l'année 1851. Nous en omettons les détails. Dès juillet 1850, l'Assemblée institua une Commission de permanence pour surveiller les menées du pouvoir exécutif. Les voyages du président en province n'en furent pas moins l'occasion de nombreuses manifestations bonapartistes. Kn janvier 1851, lors de la révocation du général Changarnier, privé de son commandement parce qu'il avait interdit à la troupe de pousser le cri de Vive l'empereur, M. Thiers put dire : « L'empire est fait. » Cependant Louis-N'apoléon n'était pas encore décidé à recourir aux moyens violents, et il voulut essayer d'abord de la voie légale pour se perpétuer au pouvoir. La constitution stipulait que le président, à l'expiration de son mandat, ne pourrait pas être réélu ; Louis-Napoléon proposa à l'Assemblée la révision de la constitution. L'Assemblée rejeta celte proposition (juillet 1851). Le président, décidé alors, à tenter un coup d'Etat, voulut se i-endre favorable l'opinion populaire : il demanda :\ l'-^ssemblée, à l'ouverture de sa nouvelle session (novembre 1851), l'abî-ogation de la loi du 31 mai. L'Assemblée refusa encore ; et comme chacun sentait que le moment critique approchait, une propo-ition significative, connue sous le nom de prnposition des que-tews, fut déposée : elle donnait au président de l'Assemblée le moyen de requérir directemeut la force armée. Cette proposition fut rejetée, les républicains ayant refusé de lui donner leurs voix parce qu'ils craignaient de faire ainsi le jeu des partis monarchiques. Le 'J décembre, le conflit était dénoué par un coup de force. Dans la nuit du 1" au 2 décembre, Louis-Napoléon fit arrêter les principaux représentants; une proclamation annonça à la France que l'Assemblée était dissoute, que le suffrage universel était rétabli, et que le président demandait au pays de lui donner le pouvoir pour dix ans, avec le droit de faire une con^^tiiution. Paris essaya de la résistance (3 et 4 décembre), ainsi que quelques dé-
partements, entre autres la Nièvre et le Var ; mais l'armée, tout acquise au bonapartisme, fit triompher le coup d'l''.tat. Le 20 décembre, le peuple français, convoqué dans ses comices, approuvait par sept millions de oui l'acte illégal du président de la République, et ouvrait ainsi la porte au rétablissement de l'empire (V. Napoléon III).
En résumé le suffrage universel, en son premier essor, alla droit à l'empire. On aurait pu le prévoir : les masses ne concevaient en fait de gouvernement que le pouvoir absolu d'un homme. Slais en politique, on méconn.iît généralement cette vérité simple que l'arbre doit donner son fruit naturel. De même l'empire, avec ses souvenirs, ses traditions, était nécessité à reproduire plus ou moins les aventures militaires du grand Napoléon. Le caractère de Napoléon lll, par malheur, n'était pas tel qu'il aurait fallu pour contrarier ce courant- C'était un esprit à projets vastes, mal définis, chimérique dans l'appréciation des moyens; un cerveau d'aventurier en un mot. Parmi les hommes politiques qui aidèrent à son élévation, beaucoup le connurent pour tel, mais, soit intérêt, soit faiblesse de raison, ils se plurent à espérer que les conséquences prévues pourraient être évitées. Ils s'étaient trompés. La France, sous Napoléon 111, se livra de nouveau au jeu de la guerre. Comme tous les joueurs, elle rencontra, après des jours de gain, sa veine de perte et de malheur.
Et c'est ainsi que, pour avoir établi sans opportunité, sans progression, non pas la République, mais le suffrage universel, la France a été engagée dans une voie aboutissant on droite ligne à un démembrement. Mais une institution comme le suffrage universel a des effets multiples dans tous les sens, et il a, par exemple, probablement plus fait pour l'éducation dos masses que toutes les écoles de France.
I L'histoire de la Révolution de 1848 ne conclut donc pas contre le suffrage universel en soi, mais,
' en montrant à quel point une innovation politique a des effets complexes, vastes, prolongés et parfois terribles, elle conclut contre la précipitation ; elle recommande aux politiques la plus scrupuleuse prudence. [Paul Lacombc]
I RÉI'UBLiyUE FUANÇ.VISE (Troisième).— Histoire de France, XXXVI. — Dans les articles que nous avons consacrés à l'histoire contemporaine de la France — V. entre autres Napoléon III,Moder-
' nés (Temps) et Pans, — nous avons, par une ré-
' serve facile à comprendre, arrêté le récit des faits à la date du 4 septembre 1870. Mais si le moment n'est pas encore venu d'écrire l'histoire des premières années de la troisième République, il peut être utile de rapprler au moins, à titre d'aide-mémoire, quelques faits et quelques dates. Au i septembre 1870, à la nouvelle do la capitulation de Sedan, le peuple de Paris avait proclamé la République : un gouvernement provisoire, prenant le titre de gouvernement de la Défense nationale, s'était installé i l'Hôtel-de-Ville sous la présidence du général Trochu. Ce gouvernement remit ses pouvoirs le 13 février 1871 à l'Assemblés nationale élue le 8 février et réunie à Bordeaux. L'Assemblée nomma M. Thiers chef du pouvoir
' exécutif (17 février). Le 24 mai 1873, i. la suite d'un vote hostile de la majorité de l'Assemblée, M. Thiers dut donner sa démission, et fut rom-
' placé par le maréchal Mac-Mahon. Après de longs débats qui montrèrent l'impossibilité de rétablir
' une monarchie, l'Assemblée vota, le 25février 1S75, à une voix de majorité, la loi constitutionnelle sur l'organisation des pouvoirs publics, loi qui confère le pouvoir législatif à un Sénat et à une Chambre des députés, et le pouvoir exécutif à un président de la républiiiue qui choisit ses ministres. Le pouvoir exécutif resta entre les mains du