‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 320 sur 459 · RICHELIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU

1er; on fait aujoui'd"liui une large part Ji l'enseignement, oral, plus vivant et plus fécond que celui du livre. La plume reste sans doute la maîtresse par excellence de l'art de bien dire, mais elle ne suffit pas; il faut encore la pratique et comme une culture particulière de la parole. Bien des sujets de composition écrite peuvent devejiir à un moment donné des sujets de composition parlée, récits, descriptions, développements de pensées morales, jugements sur un personnage liistorique ; les leçons d'histoire et les leçons de choses doivent être orales, une analyse littéraire peut être improvisée. Jusqu'à la mémoire et à l'action, cultivées par la récitation et la lecture, il n'est pas une partie de la rhétorique qui', réduite à de justes proportions, ne puisse et ne doive trouver son emploi dans une école normale.

De môme, avec les exercices de composition écrite, tous les degrés de l'école primaire comportent certains exercices de parole, et nos élèves sauront parler, quoi qu'on en dise, si nous leur apprenons à parler, si nous ne les tenons pas courbés sans cesse sur le livre ou le cahier, si l'interrogation volant dans la classe fait partout jaillir la parole; invitez-les h raconter ce qu'ils ont vu, h répéter tout haut ce qu'ils viennent d'apprendre, h. résumer de vive voix une leçon d'histoire ou les premières notions de la science, à animer par des exemples les leçons abstraites de la morale; à la faveur de la lecture, apprenez-leur à soigner leur débit. Citoyens d'un pays libre, maires de leurs villases, conseillers municipaux, témoins devant un tribunal, pour eux bientôt, dans les professions les plus diverses, que d'occasions de parler 1 Qu'ils apprennent dans les écoles à s'exprimer avec clarté, correction, aisance et sincérité : la rhétorique ne leur en demande pas davantage. [C. de Lostalot.J

RICIIAIID. — Histoire générale, XXVIII. — Nom de trois rois d'Angleterre. Pour Richard I"' Cœur de Lion, V. Plantayunet et Croisades; pour Richaid II, V. Plantarjenet et Guerre de Cent Ans; pour Richard III, V. Pla>itage7iet et Guerre rfev Deux Ros-^-. — V. aussi Angleterre.

KICHEI.IEU. — Histoire de France, XXII. — Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu, fut l'un des plus grands hommes d'Etat de l'ancienne monarchie française, un de ceux qui ont le plus contribué à fonder l'unité nationale et la l)répondérance de notre pays en Europe. Richelieu naquit i Paris (5 septembre I.îS.i). 11 avait pour père un gentilhomme poitevin, François du Plessis, qui avait suivi Henri III en Pologne et vigoureusement combattu les Ligueurs aux cùtés d'Henri IV. Elève du collège de Navarre, le futur cardinal se destinait i la carrière des armes. Mais la pression de sa famille le contraignit à entrer dans les ordres, où il devait porter son caractère tranchant et son esprit tout militaire. Le frère aine de Richelieu venait de se faire chartreux et lui cédait sa place d'évêque de Luçon, bien qu'il eût à peine vingtdeux ans(lGO"). Aux Etats-Généraux de 1614, il fut élu pour représenter le clergé du Poitou. La femme du maréchal d'Ancre, Léonora Galigai, le présenta !\. la reine-mère, Marie de ^lédicis (16151 qui, remarquant sa vive intelliïence, le fit entrer au conseil comme secrétaire d'Etat pour la guerre (1016). La réaction féodale qui suivit le meurtre du luaréchal d'Ancre (24 avril 1017) fit tomber Richelieu. Exilé de la cour, il s'attache à la reinemère, négocie en son nom un double accommodement avec son fils Louis XIII, à Angoulème (1019) et à Angers (1021). La mort du duc de Luynes, représentant du parti féodal, réconcilie le jeune roi avec Marie de Médicis. Elle obtient pour Richelieu le chapeau de cardinal (1623) et parvient h le faire entrer au conseil, malgré les défiances de Louis XllI (I0'i4j. Dès lors Richelieu saisit le pouvoir

d'une main vigoureuse, exerçant en fait depuis 1024, en titre depuis 1629, le rôle de premier ministre pour le plus grand bien de la France, la confusion de l'étranger et la défaite du parti féodal.

A peine maître de la situation, Richelieu met à exécution ses grands desseins. Placé entre la jalousie du roi qui le redoute et le supporte en frémissant; les complots du duc d'Orléans qui veut le faire assassiner; lus intrigues honteuses des deux reines, maintenant réconciliées (Marie de Médicis et Anne d'Autriche), qui le trahissent tantôt pour l'Angleterre et tantôt pour l'Espagne ; harcelé par la noblesse, qui appelle les armées étrangères pour le combattre, et par les favoris royaux, le poignard des meurtriers et les vengeances féminines, Richelieu poursuit imperturbablement son œuvre, broyant tous les obstacles, avec l'aide de quel(|ues agents dévoués (le père Joseph, le cardinal de Sourdis).

Arracher la France aux mains des f,ictions religieuses qui la déchirent, du parti seigneurial qui la déshonore, tel est son premier but. Réunir ensuite toutes les forces de la nation pour briser la puissance de la maison d'Autriche en Europe et assurer du même coup la prépondérance de la France et la liberté de conscience de l'Allemagne, telle fut la seconde partie de son rôle. Essayons de l'analyser brièvement.

Evoque et cardinal, Richelieu eut la gloire, en plein xvii" siècle, de subordonner toujours les questions religieuses aux intérêts nationaux. Deux partis étaient en armes : catholiques et protestants. Ces derniers, se sentant menacés, avaient conclu, par l'intermédiaire de leurs chefs (Henri de Rohan et le duc de Soubise), une alliance avec l'Angleterre. Richelieu les attaque (1026), leur enlève l'île de Ré, assiège leur principale place d'armes, La Rochelle, jette dans la mer une digue de liOil mètres qui ferme le port, canonne la flotte anglaise, et s'empare de la ville après 14 mois de siège (1628). Les protestants vaincus et désarmes, il les réconcilie avec le pouvoir en leur accordant le libre exercice de leur culte et les mêmes droits qu'aux catholiques jpaix d'Alais, 1629). Par cette sage conduite, les guerres de religion étaient terminées.

Il se tourne alors contre la noblesse, dont les complots et les soulèvements avaient déjà failli paralyser son œuvre, contre la noblesse qui parlait ouvertement de le poignarder, avec l'assentiment de la reine et du frère du roi. Le conspirateur Chalais est décapité (1026) ; les comtes de Boutteville et de La Chapelle, qui ont bravé l'édit contre les duels, le suivent à l'échafaud (1627). César de Vendôme est dépouillé de ses titres, enfermé à Vincennes ; d'Ornano meurt dans sa prison. Les deux reines font un nouvel effort pour renverser Richelieu (1B3U), mais la journée des dupes, qui le consolide, amène la disgrâce des conspirateurs, Bassompierre et les deux Marillac. Marie de Médicis est exilée (1631). La noblesse de province se révolte, entraînée par le duc de Lorraine et le maréchal duc do Montmorency, gouverneur du Languedoc. Ce derjiier est vaincu à Castelnaudary et décapité à Toulouse (1632). La Lorraine est occupée par l'armée royale. En 1635, Gaston d'Orléans essaie en vain de faire assassiner le ministre à Amiens. Puis c'est le comte de Soissons, aidé du duc de Bouillon, qui se soulève et appelle l'armée espagnole. Il est tué à la bataille de la Marfée (1641'. Le favori du roi, Cinq- Mars, complote avec de Tliou la chute du puissant ministre. Richelieu parvient à saisir le traité secret qu'ils ont conclu avec l'Espagne, et les fait exécuter à Lyon (1642).

La noblesse effarée, domptée, courbait la tôle. Pour mieux la réduire encore, il brisait ses privi-

Page 1