RICHELIEU
ROCHES
lègos, sii|ipriiii.iit les (îi'andes dignités militaires, trop il;iii^ rriiM's entre des mains seigneuriales (le liiir .le .nniirtahlc et celui de grand-amiral). il (le-, uni. m lis cliàteaux féodaux, instituait dos m:ifii^li.ii^ iiouveaux (les intendants), hommes du Tiers-Elat, qui supplanteront bientôt les anciens gouveiiu'urs pour l'administration des provinces. La sauvasse coutume du duel, vieux reste do l'ancien droit féodal do guerre prirce et du prétendu jiii/cinent dr Uiru, était sévèrement prohibée. La bourgeoisie et la magistrature parlementaire, corps tout dévoués au gouvernement, s'élevaient sur les débris du monde féodal, oppresseur et anarchique, dont les plus illustres représentants tombaient l'un après l'autre sous les coups du grand ministre de la monarchie absolue.
La France enlin centralisée, unie et forte, pouvait entrer en scène dans le grand drame qui se jouait alors en Europe, la guerre do Trente Ans. Deux principes étaient aux prises. D'une part, l'intolérance religieuse et l'asservissement de l'Europe aux deux grands Etats catholiques d'Autriche et d'Espagne. De l'autre, la liberté de conscience et l'indépendance des peuples, représentées par les petits Etats prolestants de l'Allemagne et de la région Scandinave. Richelieu, évèque et cardinal, foule aux pieds les préjugés de son temps, et tire l'épée pour la défense du protestantisme en danger. Grâce à lui, la France apparaît tout à coup comme la protectrice de tous les peuples menacés dans leur foi ou leur indépendance par les envahissements de Rome ou l'ombrageuse tyrannie de l'Autriclie-Espagne. Ajoutons que derrière la défaite de l'Autriche et la liberté de l'Allemagne protestante, Richelieu a entrevu l'indispensable conquête tant négligée par la vieille monarchie, la conquête de la rive gauche du Rhin.
Il commence par chasser l'Espagne de la Valtoline, qu'il restitue aux Grisons calvinistes (iC'iO). Il établit de vive force un prince français, le duc de Nevers, dans les importantes possessions de Mantoue et du Montferrat, maigre les Espagnols (l6-i0). L'Italie est entamée. Mais en Allemagne, l'armée protestante vient d'être vaincue et dispersée, malgré l'appui des Danois. Richelieu contient un moment l'Autriche victorieuse (diète de Ratis bonne) par la diplomatie du père Joseph. 11 négocie un traité avec la Suède, au grand avantage et des Suédois et de la France, prodigue l'argent pour lever des troupes en Allemagne, et jette sur l'Autriche le premier homme de guerre de l'époque, le héros de la Suède, Gustave-Adolphe (I(j30-I6;ri). Celui-ci parcourt en vainqueur tout l'empire germanique, mais il meurt au milieu de son triomphe, à la bataille de Lutzeu (lliS'i). Dès lors Richelieu n'hésite plus. Il s'assure l'appui, moral ou matériel, de tous les Etats menacés par l'ambition autrichienne, et déclare la guerre(lC35j. Ce n'est pas ici le lieu de la raconter (V. Guerre de Trente Ans). Malgré les trahisons de la noblesse et les complots de la reine Anne d'Autriche, qui ne craint pas de livrer les secrets d'Etat à l'Espagne, la France tient tète à l'ennemi sur toutes ses frontières. Un moment envaliie au nord par l'armée espagnole qui s'avance jusqu'à C.orbie (I63G), elle est sauvée par la fermeté de Richelieu et l'enthousiasme des Parisiens qui s'enrôlent en foule. L'appui de la Hollande et les victoires de Bernard de Saxe venant en aide à nos généraux, l'Alsace est conquise (lO:iS), une révolution éclate en Portugal contre les Espagnols (Ifi4li), le Roussillon et la Catalogne même se soulèvent et réclament l'appui de la France (lG4l) ; au nord, l'Artois est conquis; au sud, Perpignan est pris (IG42). Mais Richelieu épuise meurt avant d'avoir pu achever son u;uvre, en léguant à la France Mazarin, son élève, qui était digne do la compléter.
Malgré ses nombreux ennemis, ses faibles ressources et sa santé chancelajite, Richelieu était donc parvenu à réaliser, au moins dans ses grandes lignes, le plan qu'il s'était tracé. Il fut, comme administrateur, aussi actif et aussi habile qu'il était bon diplomate et grand patriote. Sa persévérance, son énergie soutenue, son intelligence des temps nouveaux sont également admirables. C'est le premier ministre, avant Louvols, qui organise une armée forte et régulière (18(1, OUO hommes); le premier, avant Colbert, qui équipe une flotte de cent vaisseaux. Il comprend l'importance des colonies naissantes, et cherche à devancer l'Angleterre sur tous les points du monde (au Canada, à Terre-Neuve, à Saint-Domingue, aux Petites Antilles, au Sénégal, à Madagasear, à la Guyane). 11 fait refondre les lois civiles (111-28). il institue l'Académie française (IU:15), protège la jeunesse de Corneille, honore les lettres en la personne de Voiture, de Gombault, de Chapelain, les arts en pensionnant Poussin. La construction du Palais-Cardinal (Palais-Royal), la création du collège du Plessis, de la Bibliothèque royale, du Jardin des plantes, attestent assez son activité et ses efforts pour embellir la capitale.
On lui a reproché son despotisme, et la mort des grands seigneurs, conspirateurs ou traîtres, qu'il fit monter à l'échafaud. Mais ces exécutions étaient nécessaires à son système de gouvernement, et II ne pouvait exercer le pouvoir et réaliser ses plans qu'à ce prix. Quoi qu'il en soit, rirapartialité oblige à reconnaître que Richelieu est, avec Philippe-Auguste et Philippe le Bel, Louis XI et Henri IV, un des rares hommes d'Etat de l'ancienne monarchie qui aient voué leur vie à fonder l'unité française, à élever l'édifice de la grandeur nationale, et qui aient su marcher avec l'esprit du temps, souvent même devancer l'avenir. [p. Martine.!
nuBKRT. — Histoire de France, VIII. — Robert, fils et successeur de Hugues Capet, régna de 9()G à IflSI. Les principaux événements de son règne ont été racoiités à l'article Hwjues Capet et les premiers Ca/jétie?is.
nucuii.s. — Géologie, II. — On donne le nom de roi:he à tout minéral ou assemblage de minéraux formant des masses assez considérables pour jouer un rôle notable dans l'écorce du globe. Les caractères généraux des roches se rapportent surtout : r à la composition; 2° an gisement ; 3° au mode de formation ; 4°i la structure. Il suffit d'un examen très surperflciel pour constater que les roches sont les unes simples et les autres composées. Les premières, souvent désignées sous le nom de roclies liumogénes, sont formées d'éléments ou d'individus minéralogiques de nature uniforme. Le grès quartzeux, le sel gemme, le marbre blanc peuvent être cités comme exemples de roches homogènes. Los roches composées, dites aussi h/Srotéi/éiies, sont constituées par la réunion d'individus appartenant à diverses espèces minérales. Parmi ces roches, qui sont extrêmement nombreuses, on peut citer le granité, la pegmatlte, l'ophicalce, etc. Le nom de roches surcmiposiSes convient à celles qui, comme la brèche universelle d'Egypte ou le nagelfluhe, sont formées de fragments appartenant à des roches diverses, composées ellesmêmes.
En général, les individus minéralogiques contenus dans les roches sont fort petits et souvent même d'un volume inappréciable à l'oeil nu. Dans certaines roches le volume dos parties minérales élémentaires échappe aux instruments grossissants les plus perfectionnés; ainsi, de quelque manière que l'on s'y prenne, il est jusqu'ici imuûssible de distinguar les dernières par-
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tics indivisibles de l'argile, de la marne, du silex, comme aussi des masses vitreuses qui résultent de refroidissement de certaines laves comme l'obsidienne et la gallicane. On peut distinguer, sous le rapport des parties individuelles : 1» les roches pluinéroyènes, c'est-à-dire dont les parties sont apparentes et discernables à l'œil nu (ex. le granité, la dolérite) ; 2° les roclies adélogènes, où le volume des parties est caché et invisible (ex. : le basalte, le pétrosilex); 3° les roches partie adélogènes et partie phanérogènes : tels soi'.t les mélapbyres, composés dune pâte compacte avec cristaux discernables et reconnaisbles à l'œil nu.
En général, les caractères tirés du gisement des roches présentent extrêmement peu de précision. S'il est vrai que le granité occupe une autre position que la houille et une autre aussi que la galène, il faut reconnaître qu'on trouve des calcaires dans les situations géologiques les plus diverses, et qu'il en est encore de même pour beaucoup d'autres roches. Les considérations stratigraphiques ne sauraient donc être que d'un très faible secours relativement à la classification des roches.
L'étude du mode de formation des roches est un des points les plus intéressants de la géologie; mais cette élude est bien loin d'être complète. Dès à présent on sait d'une manière générale que certaines roches se sont formées par voie purement aqueuse (limon), et d'autres par voie hydrotherniale, c'est-à-dire par l'intermédiaire de l'eau aidée d'une forte chaleur (les filons); d'autres par une sorte de voie mixte supposant d'abord un dépôt aqueux, puis un échaufifement plus ou moins considérable (roches métamorphiques). Il est de plus en plus douteux que des roches aient jamais été produites par la voie ignée seule, c'est-à-dire par la chaleur non aidée de vapeurs, et s'il en existe, on ne saurait les chercher même parmi les masses les plus profondes, telles que les roches de péridot dont les éruptions de basaltes nous ont parfois apporté des échantillons.
On entend par structure l'aspect que présente l'enchevêtrement, l'enlacement des éléments minéralogiques dune roche. Cet aspect dépend du volume respectif, de la figure, de la proportion et de la position réciproque des parties élémentaires. Il convient d'énumcrer quelques-unes des principales structures qui peuvent se rencontrer : 1° Une roche est dite Idnielkiire lorsiiue la cassure offre de petites lamelles cristallines à peu près planes; elle e&t sacchdruide lorsque sa couleur blanciie lui donne une apparence analogue à celle du sucre; '2° une roche yrenue ou granulaire est formée de grains distincts plus ou moins gros ; 3" une roche est porplujrique lorsqu'au milieu d'une pâte d'apparence plus ou moins homogène, on trouve des cristaux disséminés de feldspath ou des divers autres éléments qui constituent la roche; 4° on la dit porphyroïd- lorsque, étant grenue, elle contient des cristaux disséminés beaucoup plus gros que ceux qui forment la base de la roche; ô" i/tandu/aire quand, au milieu de la pâte, les cristaux, au lieu d'être disséminés en grains cristallins, se présentent sous forme de rognons glanduleux ; i.» gtohulifére, ysohaire ou variolaire, ami/gdahiire, ou pisulit'iiyue, ou oolithique, quand la roche contient, disséminées dans la masse, des parties plus ou moins sphéroidales; 7° schistuide, lorsque la roche parait formée de lits minces et quelquefois même de feuillets ; S° compacte, quand tous les éléments, réduits à un volume microscopiques, sont très serrés dans le tissu de la roclie ; y vacuolaire ou cellulaire, lorsciue la roche contient des cavités nombreuses; 10° argiloide oa
terreuse, lorsque le tissu est serré et poreux ; 11" vitreuse, quand la roche présente l'aspect du verre; 12° yrésiforine ou arénacée, quand la roche prend l'aspect du sable agglutiné ou non ; 13° poudinguiforine ou pséphitique quand elle a l'aspect de grains agglutinés ou non; 14° bréckiforine, quand elle est formée par la réunion de fragments anguleux; 15° zoogène ou pJiylogène, quand elle résulte de l'agglutination de débris animaux ou végétaux.
Pour la détermination des roches, l'analyse minéralogique doit seule intervenir, et non pas l'analyse chimique, comme on le fait trop souvent. La raison en est très simple. En elïet, les roches étant, d'après leur définition même, des mélanges en proportions variées de diverses espèces minérales, il pourra arriver, si on les soumet à l'analyse chimique, des résultats dilïérents pour des roches évidemment identiques . et, par contre, des roches certainement difl'érentes donneront les mêmes résultats. C'est ainsi que du granité très feldspathique n'a pas la même composition chiiniiiue que du granité très quartzeux; c'est ainsi, à l'inverse, que l'analyse donne les mêmes chiffres quand elle s'applique à certains granités et à certaines ardoises.
Reste à savoir si l'analyse minéralogique est toujours possible ; si, par exemple, on pourra dire quels minéraux entrent dans la constitution de telle ou telle roche à grains très fins et d'apparence homogène. Mais ce sont là des détails que les études ultérieures viendront sans dtiute éclaircir et qui, dans tous les cas, ne sauraient infirmer le principe de la méthode. On en est d'autant plus assuré que divers procédés ingénieux ont dès maintenant fourni une foule de documents i)récis à l'égard de roches qui semblaient défier toutes les tentatives de triags minéralogique.
En première ligne doit être citée à ce point de vue l'étude au microscope de lames taillées au ira» vers des roches sans moclifier la situation relative de leurs parties constituantes, et cependant avec une minceur telle que la lumière passe sans difficulté au travers de leur substance. M. Sorby est certainement un des savants qui ont les premiers employé ce mode opératoire. En opérant dans la lumière polarisée, on arrive à déterminer ainsi beaucoup de substances minérales. Toutefois, il ne faut pas aller trop vile dans l'application de ce délicat procétié, et justement à cause de sa délicatesse. On sait, en effet, que les cristaux agissent sur la lumière polarisée de faisons diverses dans leurs diverses directions, et on n'a pas toujours le moyen de reconnaître la direction cristallographique suivant laquelle sont coupés les éléments d'une roche réduite en lame mince. Mais les résultats déjà acciuis peuvent faire prévoir de nouveaux progrès qui permettront de rejeter des déterminations sans doute hasardées, faites trop vite par la lumière polarisée.
Dans beaucoup de cas, il importe de séparer les uns des autres les minéraux associés daiis une ruche, et parfois cette séparation est possible grâce à l'application de dilt'érenles méthodes. L'une des plus habituellement suivies porte le nom de lêvigation : elle s'applique au cas où les minéraux à séparer, ayant un volume à peu près égal, ont des densités dift'érentes. On met la matière réduite en poudre dans une capsule et l'on y fait arriver un filet d'eau d'une vitesse convenable : les parties peu denses sont entraînées et vont se déposer dans un second vase où l'on reçoit l'eau qui les entraine ; les autres restent dans la capsule, à laquelle on a soin d'imprimer, durant l'opération, un mouvement particulier d'oscillation. On sait que c'e.st par lêvigation que les orpailleurs séparent le» paillettes
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d'or (les matièros moins donscs qui constituent les sables aurifii-es.
Des triages physiques peuvent être cités h cM de ces triages purement mécaniques. L'un d'eux consiste dans l'emploi d'un barreau aimanté. Si l'on promène un aimant dans la poudre obtenue par le broyage d'un basalte, on en retire facilement tout le fer titane, qui est magnétique, tandis (|uo les parties pierreuses restent à peu prés complètement inertes. Parfois, on peut utiliser la conductibilité électrique des éléments des roches. On sait en quoi consiste l'expérience de Leichtenberg : on prend un plateau de résine bien uni et l'on dépose sur sa surface, au moyen d'une bouteille de Leyde que l'on tient par la panse, de l'électricité positive suivant des lignes quelconques. On répète cette opération, mais en suivant d'autres lignes, après avoir chargé l'intérieur do la bouteille d'électricité négative. On a donc sur la résine des bandes électrisoes positivement et d'autres électrisées négativement ; on projette alors sur la résine ainsi préparée un mélange de poudres fines de minium et de soufre, au moyen d'un petit soufflet dans lequel on les a introduites. Les deux poudres s'électrisent par frottement en passant par la tuyère du soufflet; le soufre, qui est électrisé négativement, se porte sur les couches électrisées positivement, et le minium sur celles qui ont reçu le fluide négatif. Or, l'expérience réussit très bien si au lieu du mélange de minium et de soufre, on fait usage de la poudre de certaines roches complexes naturelles, telles que certains trachytes sulfurifères. Le triage des éléments de ces roches est donc ainsi réalisé.
Comme les acides n'exercent pas une action égale sur tous les minéraux, on peut les employer à opérer des séparations; seulement il faut remarquer qu'ils donnent simplement le moyen d'isoler les minéraux inattaquables ; les autres sont détruits. Par exemple un acide étendu agissant sur du cipolin, dissout et fait disparaître le calcaire, tandis que le talc reste inaltéré ; de même ce réactif agissant sur la Iherzolithe respecte le pyroxène et attaque le péridot.
L'analyse aussi complète que possible des roches les plus diverses conduit comme dernier résultat à l'établissement d'un nombre plus ou moins grand de types fondés à la fois sur les caractères •de composition et do structure.
Evidemment, nous no confondrons pas le basalte vacuolaire avec le calcaire saccharoide ou la pegmatite graphique ; mais il est certain que nous chercherions tout de suite à réunir ces types en espi-'ccs, comme on le fait dans les autres branches de l'histoire naturelle, en minéralogie par exemple. Orce travail nous conduit à cette conséquence peutêtre imprévue pour quelques-uns de nos lecteurs, qu'il n'existe pas d'espèces en lithologie.
D'ailleurs, la raison en est bien simple : c'est que parmi les roches, il n'existe pas de véritables indittidus. En zoologie, en botanique, en chimie, en minéralogie, on sait ce que c'est qu'un individu. Mais rien de pareil n'existe en lithologie, abstraction faite bien entendu dfs roches simples, dans lesquelles on ne peut voir que des minéraux présentant simplement ce caractère particulier d'être très abondants.
Toutefois, la division en types ne saurait suffire pour rendre nos études faciles, et si nous n'avons pas la faculté de distinguer des espèces, nous pouvons du moins faire des rjroupes qui leur seront en quelques points analogues. On peut citer difl'érents types de granités : granité porphyroîde, granité grenu, granité schistoide, etc., c'est-à-dire différents types de roches ayant la même composition minéralogir/ue. Il parait tout indiqué de les réunir en un seul groupe qui sera le groupe des 2« Partie.
i/raniles, ou plutôt, pour no pas nous enchaîner trop vite il des dénominations spéciales, le groupe des roches formées par la réunion du quartz, du feldspath orthose et du mica.
Nécessairement, à cùté de ce groupe nous en ferons trois autres, l'un pour les roches formées de quartz et de feldspath {pegniatitos, etc.), le second pour les roches formées de quartz et de mica (gneiss), et le troisième pour les roches formées de feldspath et de mica (minette).
A ce propos une remarque importante est indispensable : il n'est pas un type, il n'est pas un groupe qui soit nettement délimité. Partout les transitions les plus insensibles relient entre eux les termes qu'un premier coup d'œil montrait comme parfaitement distincts les uns des autres. Ainsi, ce qui nous frappera tout de suite dans l'étude des types, c'est le nombre de leurs passages intermédiaires. Si l'on examine une suite suffisamment nombreuse d'échantillons, on en trouve immédiatement qui participent à la fois des caractères de plusieurs types difl'érents etdont la définition est dès lors incertaine.
Pour les groupes, il en est de même. Ainsi, nous trouvons parmi les granités de très grandes variations. Le mica par exemple y est en proportion très diverse, et cet élément venant à disparaître progressivement, nous serons insensiblement en présence de roches qui seront de plus en plus semblables aux pegmatites. A quel moment ce groupe fera-t-il place i l'autre'? Il est impossible de le prévoir.
Ce que nous disons relativement au mica peut se dire pour le feldspath et pour le quartz, c'esti-dire que nous trouverons des passages entre le granit et le gneiss, de même qu'entre le granit et la minette.
Ces mômes passages qui viennent de se produire par appauvrissement, c'est-à-dire par disparition progressive de l'un des éléments d'une roche donnée, pourront aussi être dus à une cause inverse : on rencontrera des échantillons de pegmatite un peu micacée. Il n'y a pas pour cela à pensera en faire un granité; mais cotte pegmatite est évidemment un passage vers leS roches à trois éléments.
Les faits de ce genre nous conduisent tout naturellement à dire quelques mots d'une distinction capitale qu'on doit établir, malgré son arbitraire, entre les divers minéraux qui peuvent entrer dans la composition d'une roche donnée.
Outre le feldspath, le quartz et le mica, l'analyse minéralogique de certains granités donne du grenat, du talc, de la tourmaline, de l'émeraude, de la topaze, du zircon, de l'andalousite, du disthène, de la pinite, du sphène, de la magnétite, de l'apatite, de la fluorine, du graphite, etc. Mais ces divers minéraux ne jouent évidemment dans la roche qu'un rôle tout à fait accessoire; et c'est CB qu'on exprime en disant qu'ils sont des minéraux accidentels. Le quartz, le feldspath et la mica sont au contraire, dans ce cas particulier, des minéraux essentiels.
Comment s'y prendra-t-on pour reconnaître qu'un minéral est, daus une roche donnée, essentiel ou accidentel? Deux cas peuvent se présenter: ou bien le minéral on question est très rare dans les roches, ou bien, au contraire, il y est très abondant. Dans le premier cas, l'étude des échantillons suffit; dans l'autre l'observation sur le terrain peut seule conduire à la solution du problème.
Ainsi, le calcaire saccharoide contient quelquefois de petites paillettes de graphite ; elles sont rares et disséminées çà et là : évidemment le nom d'accidentel convient sans conteste à ce graphite. An contraire, certains micaschistes sont complètement criblés de cristaux do grenat. Le
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grenat est-il essentiel ou accidentel ? L'étude de l'échantillon conduirait à répondre qu'il fait partie essentielle de la roche ; mais l'examen des grands massifs do micaschistes montre que les régions grcnatisées sont exceptionnelles, et que le grenat est par conséquent un accident de composition.
De pareils exemples font voir quel vague doit exister dans la distinction des minéraux en essentiels et en accidentels. Les lithologistes sont nécessairement contraints, dans nombre de cas, à trancher la question d'une manière tout à fait arbitraire, et dès lors il ne faut pas s'étonner de voir varier plus ou moins la caractéristique qu'ils donnent d'une même roche.
Ajoutons que la présence des minéraux accidentels lournit le meilleur caractère pour l'établissement des variétés.
Les observations qui précèdent nous donnent le moyen de repartir les diverses roches, non pas d'après une cla>iifii:ation proprement dite, dont l'impossibilité en lithologie est manifeste, mais conformément à un arrangement systématique susceptible de faciUter nos études.
Ce que cet arrangement ainsi compris prosente de particulier, c'est la rigueur avec laquelle le principe de la subordination des caractères y est appliqué. Nous divisons d'abord les roches en deux grandes catégories, suivant qu'elles sont liomogénes ou hétérogènes, ces dernières consistant en fragments agglutinés de roches homogènes.
Les roches hétérogènes sont caractérisées par la nature des fragments qui entrent dans leur constitution, et ceux-ci font partie de la première catégorie. 11 n'y a donc pas lieu ici d'y insister spécialement.
Quant aux roches homogènes, nous les répartissons dans de grandes divisioifi d'après le nombre de leurs éléments constituants essentiels. Nous avons ainsi les roches unitaires, les roches binaires et les roches ternaires.
Chaque division comprend des groupes exclusivement caractérisés par la composition minéralogique. C'est ainsi que toutes les roches essentiellement formées de feldspath et de mica sont réunies dans le même groupe. S'il se trouve que ces minéraux essentiels subissent des variations dans leur composition, à chacune d'elles correspond un sous-groupe. Ainsi les roches qui nous occupent se diviseront en trois sous-groupes : le premier comprend les roches formées d'orthose et de mica ordinaire (gneiss, leptynolithes) ; le second les roches formées d'orthose et àe mica brun (minette, kéralite) ; le dernier enfin les roches formées de mica ordinaire et d'oligoclase (kersanton).
D'après la structure, les groupes (ou les sousgroupes quand il y en a) se divisent en types. Ainsi, le groupe des roches essentiellement formées par le mélange du quartz avec le feldspath comprend des masses se rapportant à sept structures principales : nous en faisons sept types distincts. Ce sont ceux qui correspondent aux roches : r grenues (granulites) ; 2° graphiques (pegmatite) ; .i° porphyroldes (porphyre feldspathique quartzifère) ; 4° granitoides (!'/.); 5° schistoides (((/.);()" globulifères (pyromérides) ; 7" grésiformes (arkose).
Chacun de ces types admet enfin des variétés dues exclusivement à la présence de minéraux accidentels, et l'on ne voit d'indétermination possible que dans le cas où plusieurs de ces minéraux se présentent à la fois. Dans ce cas, la roche pourrait au même titre être considérée coumie appartenant à |)lusieurs variétés, mais, celles-ci étant toutes com|)rises dans le même type, le vague ne serait pas très grand.
Pour ce qui concerne le classement géologique des roches et l'étude des phénomènes de stratifi-
cation, nous renvoyons à l'article Terrains (Classificalioii des). i Stanislas Meunier.]
RODOLPHE 1" KT II. — V. Habsbourg.
R(>.M.v.\. — Littérature et style, IV. — Le roman est le dernier-né parmi les genres littéraires. Sans remonterjusqu'aux littératures de l'Orient et sans rechercher si des livres comme Estker et Ruili, par exemple, doivent être ou non considérés comme des romans, en nous arrêtant à la littérature grecque, ce n'est que fort tard que nous voyons apparaître le roman. L'épopée et la poésie lyrique ouvrent la marche, puis viennent la chronique et bientôt l'histoire. La tragédie et la comédie se dégagent de la poésie lyrique et presque aussitôt fleurissent. Athènes voit à peu près en même temps éclore et s'épanouir l'éloquence et la philosophie. Ce n'est qu'après la chute d'Athènes, lorsque la période alexandrine est venue, que le roman se montre ; après la poésie bucolique, c'est lui qui donna aux lettres grecques leur dernier éclat avec l'auteur de Théagène et Chariclée, avec celui de Daphnis et C/iIoé. La véritable Grèce, on peut le (lire, n'a pas connu le roman. A Rome, Pétrone, au temps de Néron, en donne, dans le Satgricon, le premier échantillon qui nous soit parvenu dans la langue latine. Apulée écrit V.ine d'or, un siècle plus tard. S'il fallait chercher l'origine directe du roman dans l'antiquité, c'est probablement parmi les contes de l'ancienne Egypte qu'on aurait le plus de chance de la rencontrer.
Le roman dans l'antiquité ne se montre jamais que comme un genre secondaire. Né à une époque de décadence littéraire, il n'a produit aucune œuvre animée d'un grand souffle. Il est médiocrement composé, afl'ecté et maniéré, le plus souvent licencieux.
C'est durant la période historique que l'on est convenu d'appeler le moyen âge que le roman conquiert définitivement la faveur générale. 11 y revêt une double forme. Tantôt il raconte les incidents de la vie populaire, les petits drames ou les petites comédies de la vie ordinaire et bourgeoise, les mésaventures des maris, les bons tours de la rouerie féminine, les conflits des intérêts et des passions humaines ; tantôt, haussant le ton, il peint, au contraire, la vie héroïque, les vaillants coups d'épée des chevaliers, les luttes épiques, tantôt contre les monstres, tantôt contre les infidèles, tantôt contre les hérétiques, les combats grandioses et terribles et les nobles amours, les tournois hardis et galants, la foi invincible du paladin défendant tour à tour son Dieu, son roi ou sa dame. Il est à la fois l'épopée, la tragédie ou la comédie. Un caractère le marque : terrible ou gai, le récit en est toujours le caractère principal. Et voici son second caractère. A mesure qu'il avance, le merveilleux y lient de moins en moins de place. Il a commencé par mettre en action le ciel et la terre. Dieu, les anges et les démons aussi bien que les hommes; il l'a fait sans scrupule; les récits édifiants de la Légende Dorée n'appartiennent pas moins au genre du roman que les exploits des chevaliers ou les contes joyeux des Gaulois, nos vieux pères. Le roman, selon le sujet qu'il aborde ou la fantaisie dts auteurs, s'écrit tantôt en prose, tantôt en vers. Puis, peu h peu le merveilleux est éliminé. La prose remplace définitivement le vers. L'intervention des puissances surnaturelles cesse de se manifester. Le romancier abandonne aux poètes, aux faiseurs d'épopée tout ce qui dépasse l'humanité. Il se borne à étudier celle-ci et à la peindre. La transition n'est pas brusque. Longtemps encore le roman de clievalerie continue à charmer les imaginations ; il met en scène des hommes plus grands que nature, il se plait à peindre des amours idéales, ou a raconter des événe-
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iiients extraordinaires. Il semble plaire d'autant plus qu'il transporto davantage le loctour dans un monde plus diirérent du monde réel. Pourtant le mouvement une fois imprimé ne s'arrêtera plus. Le roman abordera tous les sujets et tentera toutes les formes, il cliorcliera tour à tour h faire pleurer ou îi faire rire : mais qu'il se propose d'émouvoir l'iuinianilé ou de la distraire, c'est toujours rimmanité elle-même qu'il s'appliquera à mettre en scène.
Ce qui est incontestable on tout cas, c'est qu'un genre littéraire nouveau s'est développé. Du second, du troisième plan, il s'est avancé sur le premier. Il n'est plus un genre inférieur et dédaigné. Si riiistoire en Italie a Guichardin et Machiavel au xvi'' siècle, si elle a eu Philippe de Commines en Franco dès le xv'; si Lope de Vega en Espagne a ressuscité le drame ; si Shakespeare en Angleterre se lève comme un soleil, portant l'art dramatique à un degré de vérité iiumaine, supérieur peut-être h ce que la Grèce nous avait montré de plus adEuirable; en France, en Espagne, les deux plus magnifiques productions de l'esprit humain, les deux ouvrages où le siècle nouveau a le mieux exprime son génie sont deux romans, le Gargantua et le Pantagruel de Rabelais, le Don Quichotte de Cervantes. Le roman a conquis sa place qu'il n'abandonnera plus.
Il pâlit légèrement durant le xvii° siècle. Le goût classique, l'admiration passionnée de l'antiquité et des formes littéraires consacrées par les chefs-d'œuvre font un peu de tort au roman, surtout auprès des lettrés. Cependant, VAstrée de d'ilrfé, plus tard les romans de M'i" de Scudéry, s'ils ne sont pas parmi les ouvrages dont la critique s'occupe le plus, sont au nombre des ouvrages les plus lus. Les contes et les romans du xvie siècle, les romans de l'Espagne et de l'Italie, comptent eux aussi beaucoup de lecteurs et de lectrices. Scarron publie son Roman comique. Tandis que Perrault compose ses contes, l'amie de La Rochefoucauld, M'"' de Lafayette, écrit Zénaide et la Princesse de Clève'-; elle prouve ainsi, au moment où Racine écrit ses tragédies, que le roman n'est pas moins que le théâtre capable d'animer des caractères, et d'analyser les sentiments les plus délicats du cœur humain.
Les génies qui ont fait au xvn« siècle la gloire du théâtre français disparaissent l'un après l'autre, Molière meurt, Corneille meurt. Racine meurt : nul n'est capable de recueillir leur héritage. C'est le roman qui va bénéficier surtout de cette situation. Fénelon, le pieux arclievêque, trouve dans le Télémnque le titre le plus durable de sa gloire. Voici Lesage, îi la fois auteur dramatique et romancier : mais le romancier est supérieur à l'auteur dramatique ; le Diable boiteux et Gil Blus seront ses œuvres les plus incontestées, les plus durables. Le roman de mœurs est né, cheminant de compagnie avec le roman d'aventures. Voici Montesquieu, qui choisit la forme du roman pour écrire ses Lettres persanes. Voici bientôt l'abbé Prévost, qui va émouvoir son temps, qui émouvra tous les temps avec son court récit de Manon Lescaut. Daniel de Foe en Angleterre vient de son côté de se servir du roman pour glorifier dans le liubinson Crusoë l'énergie humaine. Swift lui aussi s'en est servi dans le Conte du Tonneau, dans ses Voi/aijes de Gulliver, pour lancer contre les vices et les travers de l'humanité ses âpres et amères satires. Un moment, durant la première moitié du xviii" siècle, la vogue en France revient vers le théâtre. Crébillon et Voltaire s'emparent de la scène tragique. C'est l'heure do Z«iVe, d'Alzire,<\a Rhadamiste, à'Atrèe, de Mérope, de Scmiramis. Le roman cependant ne consent plus à perdre son
importance littéraire. En Angleterre, il a Fieldini;, l'auteur do Tom Jones, il a Richardson, l'auteur de Paniéla et de Clarisse liarlowe, qui le portent plus haut qu'il n'a jamais été. En France, il va briller durant la seconde moitié du siècle d'un éclat extraordinaire. Ce ne sont pas seulement les auteurs secondaires, les Duclos, les Crébillon fils, les Laclos, qui vont le cultiver, exploitant les curiosités licencieuses et libertines du temps. Il va servir à de plus nobles entreprises. C'est d'abord Voltaire qui s'empare do cette forme de l'art, comme étant celle qui peut arriver au public le plus nombreux, qui peut le mieux le servir dans l'œuvre qu'il poursuit. En se servant du roman, il le rehausse dans l'opinion, il l'élève au premier rang par le prestige qu'il lui apporte, par le génie qu'il y déploie, par les imitateurs qu'il va susciter parmi ses disciples. Tout jeune homme, hanté de l'ambition littéraire, s'exercera désormais à composer dus romans, comme il s'exerçait naguère h composer des tragédies. Les romans conduiront i l'Académie française. Voltaire écrit en se jouant cent contes et dix romans : c'est la Princesse de Babyinie, c'est Zadig, c'est Micromégas, c'est l'Homme aux quarante écus, c'est ïhigénu, c'est Candide. A côté de lui Diderot écrit Jacques le Fataliste, la Reli/jieuse, qui servent à la fois les passions du siècle, flattent son libertinage, propagent l'audace des doctrines nouvelles. Soudain Rousseau apparaît tenant d'une main l'Emile, de l'autre la Nouvelle Héloise, et le rôle du roman s'agrandit encore. Aucun livre ne sera plus lu, aucun n'exercera sur une société une influence plus profonde que ces deux ouvrages. Ils auront sur les femmes plus d'influence encore peut-être que sur les hommes.
C'est depuis la seconde moitié du xvm' siècle, depuis Richardson, surtout depuis Voltaire et Rousseau, que le roman a conquis dans les lettres sa place incontestée. Un romancier, s'il a du génie, ne le cède désormais comme autorité, comme considération, comme influence, ni i un grand poète tragique ou comique, ni à un grand philosophe, ni à uu grand historien, ni à un puissant orateur. La France après Rousseau se passionne pour Bernardin de Saint-Pierre; l'Angleterre a Sterne et Goldsmith ; l'Allemagne moderne qui s'éveille voit apparaître Werther.
A partir de ce moment on ne disputera plus au roman l'égalité avec les genres littéraires les plus éminents. Loin de dédaigner cette forme de l'art, les plus beaux génies tiendront à honneur de la cultiver. Gœthe, qui a débuté par le roman de Wertlier, après avoir écrit Gœlz de Berlichinqen, Egmonl et Faust, ne croira pas déchoir en revenant au roman avec Wilhelm Meister ou les Affinités électives. Madame de Staël, avec les romans de Corinne et de Delphine, passionnera toute une génération. Atala, René, Le dernier des Abencerrnges, exerceront plus d'influence et assureront mieux la gloire de Chateaubriand que le Génie du christianisme ou les .Martyrs. De tous les livres de Benjamin Constant, c'est Adolphe qui trouvera le plus de lecteurs. Walter Scott, en Angleterre, avec des romans partage la gloire de lord Byron, et le romancier est plus populaire peut-être que le poète ; il est traduit dans toutes les langues et admiré par tout l'univers C'est un romancier, Fenimore Coopor, qui le premier donne à l'Amérique, sa patrie, un rang dans la littérature.
Raconter l'histoire du roman au xix' siècle, ce serait pour ainsi dire raconter l'histoire de la littérature elle-même. On aurait beaucoup plus tôt compté les grands écrivains qui ne se sont pas essayés dans le roman que ceux qui s'y sont exercés. Plusieurs, parmi les plus illustres, ont demandé au roman seul de leur assurer la ré-
ROMAN
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putation et la gloire. Durant la période romantique, la poésie lyrique, le tliéàtro et le roman se sont partagé la faveur publique. Depuis quarante années la France attend en vain une génération nouvelle de poètes : elle compte les auteurs dramatiques vraiment dignes de ce nom qui se sont révélés. La fortune du roman, au contraire, semble n'avoir fait que grandir. C'est au roman que va comme de lui-même tout jeune auteur qui se sent quelque imagination, quelque vocation littéraire. Une bonne parue de nos ouvrages dramatiques ont été des romans d'abord, et c'est le succès du livre même qui a inspiré la pensée d'en porter le sujet à la scène. Le roman peut revendiquer comme siens les noms les plus glorieux : en France ceux de Victor Hugo, de Lamartine, d'Alfred de Musset, de George Sand, de Balzac, d'Alexandre Dumas père et lils, de Stendhal, de Tliéopliile Gautier, de Mérimée, de M. Jules Sandeau, de M. Octave Feuillet, de M. Edmond About, de Gustave Flaubert, de MM. de Goncourt, de M. Victor Clierbuliez, de M. Alphonse Daudet, de M. Emile Zola; en Angleterre, ceux de Thackeray, de Dickens, de George Eliot, de Buhvcr, de Charlotte Bronté, de madame Gaskell ; en Amérique ceux de Hawthorne, d'Edgar Poe, de Washington Irving, de Bret Harte ; en Allemagne ceux d'Auerbach et de Freitag ; en Italie de Manzoni, de Massimo d'Azeglio, de M. De Amicis ; en Espagne de M. Juan Valera; en Russie de Pouchkine et de M. Ivan Tourguénief. Ce n'est plus assez de dire qu'il est dans les lettres au premier rang; à ce premier rang c'est lui qui occupe la première place. C'est lui que le critique aperçoit d'abord quand il jette les yeux sur les productions du temps ; c'est lui que le public recherched'abord. Plus il s'écrit de romans, plus il semble que la foule en demande; par tout pays des milliers d'écrivains composent chaque jour des romans pour des millions de lecteurs ; en France il ne se publie pas do journal petit ou grand qui ne découpe par tranches matin et soir un roman-feuilleton pour la consommation de ses abonnés : faire des romans est devenu une industrie aussi bien qu'un art. Les sujets ont beau s'épuiser, les intrigues, les situations, les caractères ont beau avoir été tournes et retournés de toutes les façons possibles et impossibles, le genre a beau avoir donné dans tant de mains qui le manient tout ce qu'il semble qu'un genre littéraire puisse donner, la vogue est au roman et lui reste : c'est à qui transformera le roman et lui procurera par cette transformation un ragoiit nouveau; personne ne découvre un genre littéraire qui puisse remplacer le roman, personne même ne cherche à découvrir ce genre nouveau. Si l'histoire littéraire offre un spectacle curieux, c'est bien certainement cette prodigieuse fortune du roman que nous venons de raconter en quelques pages. Comment du dernier rang a-t-il pu passer ainsi au premier? Si l'on prend un peu la peine de réfléchir, il nous semble que l'on s'étonnera moins de ce succès. C'est qu'en efi'et le roman participe de tous les genres; c'est qu'en même temps il est le plus souple et le plus libre de tous. Il peut tenir dans les quelques pages d'une nouvelle, il peut s'étendre en un nombre considérable de volumes. Comme l'épopée, il raconte; comme le drame ou la comédie il met en scène les personnages et les fait dialoguer, il heurte et entrechoque à son gré les caractères. Il analyse les passions et les sentiments, et aucun détail n'est trop subtil ou trop insignifiant pour lui : il décrit les fibres les plus délicates du cœur. II ne peint pas l'humanité seulement, il peint la nature entière ; les animaux, les plantes, les montagnes et la mer, la terre et le ciel, tout appartient au romancier aussi bien qu'au poète. Le passé
comme le présent sont également de son domaine. Veut-il faire rire ou faire pleurer? Il le peut également; les vices et les travers de l'humanité sont ses clients. Rien n'est si gai qu'il ne puisse s'en emparer pour divertir son lecteur, rien n'est si tragique OU si terrible qu'il n'en puisse exprimer la terreur dans toute son énergie'? Lui plaît-il d'évoquer les siècles descendus au tombeau'? S'il a reçu du ciel la baguette magique, il le peut. A son appel Irs morts ressusciteront vêtus de leurs armures et recommenceront la bataille de la vie. Aime-t-il mieux peindre la génération qui s'agite autour de lui? Il n'a qu'à ouvrir les yeux, à observer, à rendre à son siècle ce que son siècle lui a prêté. S'il est un rêveur qui se nourrit surtout de l'idéal et que les faiblesses du temps offensent en même temps qu'elles l'attristent, s'il imagine volontiers des hommes plus braves et moins égoïstes, des femmes plus belles et plus nobles de cœur que les êtres qu'il coudoie dans la vie, le roman accueillera ses rêves ; s'il est au contraire un esprit précis, positif, qui n'entend point se repaître de chimères, que n'effraie pas la laideur morale ou physique, ou même cette pire des laideurs, la vulgarité, le roman s'offre encore à lui. Aucune forme littéraire n'est plus romplaisante et plus élastique. A son gré l'auteur presse ou ralentit l'action. Il commence, s'arrête, finit où bon lui semble. Tour à tour, il cède la parole à ses personnages ou il parle en son nom. Il peut prendre tous les tons, tous les styles ; il peut dans une même œuvre les prendre tour h tour. Un couplet de poésie chante dans son esprit, ce couplet poétique est à sa place dans le roman ; il a observé l'humanité en moraliste: les réllexions du moraliste se liront avec intérêt. Il pourra être tour à tour poète, historien, chroniqueur, philosophe. Ne veut-il que raconter d'extraordinaires et étranges aventures? S'il y apporte le mouvement et la vie, il sera lu. S intéresse-t-il au contraire surtout :~L ces petits drames de la vie ordinaire où les incidents ne sont rien pour ainsi dire, où toute l'action est dans les mouvements du coeur? Le lecteur s'y intéressera comme lui-même. Est-ce la fantaisie qui l'attire? Il n'a qu'à suivre sa fantaisie? Est-il né satirique? Rien ne l'empêche d'enfermer sa caricature dans le cadre d'un roman. Si elle est juste et capable de porter, elle n'en portera que mieux. Enfin est-il préoccupé de quelque grosse question philosophique, politique, religieuse ou sociale; le roman est prêt à accueillir la thèse qu'il lui plaît d'y déposer, et le roman pourra être non pas seulement une œuvre d'art, mais un instrument d'action. Il risque sans doute à la génération suivante de trouver des lecteurs que ses sermons fatiguent ou rebutent; mais si les questions pour lesquelles l'auteur s'est pris do passion sont aussi celles qui passionnent ses contemporains, il devra souvent aux thèses mêmes qu'il soutient un succès extraordinaire.
Le roman a peut-être dû une partie de sa fortune précisément à ce qu'il n'avait point de place dans la littérature classique. On n'a pu trouver pour lui de prétendues règles d'Aristote. Les docteurs qui ont « régenté le Parnasse « n'ont point songé à lui. Ils l'ont volontairement ignoré ou dédaigné. Ils n'ont pas pensé à lui imposer des lois. Il y a gagné d'êire atïranchi des conventions, de n'être point emmailloté de langes. II a grandi librement, cherchant sa vie à lui seul, n'ayant d'autres maîtres que la nature et les circonstances. Les critiques ne se sont occupés do lui que sur le tard, i l'heure où il était assez robuste pour n'avoir plus à redouter aucune contrainte, à l'heure aussi où la critique a perdu la foi dans les règles écrites, et croit volontiers qu'il n'y a au monde que deux sortes d'ouvrages : les bons et les mauvais.
ROMAN
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L'e^trftme souplesse du genre a ses inconvénients. Tandis que la faveur dont jouit le roman et les succès do réputation et plus encore d'argent où il conduit appellent les vocations, la liberté du genre les encourage. Qui ne serait capable d'écrire des romans? Tandis que la poésie veut un don, que le théâtre exige une main vigoureuse, que presque tous les genres littéraires réclament de longues et patientes études, le roman conimo le moulin semble ouvert à tous. Beaucoup conviennent qu'ils ne sauraient mettre sur pied ni un drame en cinq actes, ni môme un vaudeville en un acte : il n'est presque personne qui ne se croie capable de faire un roman. Un flacon d'encre et une rame de papier, que faut-il de plus? Ignorants ou lettrés, femmes du monde, jeunes filles mômes, déclassés, s'improvisent romanciers avec une facilité égale. Les romans abondent où manquent également l'observation, l'analyse, la pliilosopliie, les caractères, l'action et le style. Nulle part la platitude n'a fleuri davantage. Aucun genre non plus n'a été pratiqué davantage par des industriels sans vergogne, soidisant écrivains, qui ont exploité les curiosités publi(iues comme im vice et cherché le succès dans le scandale ou la dépravation. C'était l'écueil du genre, mais qu'y faire? Le genre n'est responsable ni des sots qui le cultivent ni des malhonnêtes gens qui l'exploitent. Il suffit qu'il ofl're à ceux qui ont h la fois du talent et le coeur haut placé le moyen de produire de beaux ouvrages : ceux-là dureront seuls; les autres mourront vite ou plutôt sont morts avant d'ôtre nés.
Si l'on voulait dire les causes principales qui, dans l'âge moderne, ont déterminé le triomphe du roman, il en est deux qu'il ne faudrait pas oublier.
La première, c'est l'invention de l'imprimerie et les conséquences nécessaires qui ont suivi : le livre, c'est-à-dire la parole écrite, a conquis une puissance jusqu'alors inconnue. Quelque importance qu'ait prise la science, quelque importance croissante encore qu'elle doive prendre, l'humanité n'est pas et ne sera jamais toute intelligence : elle a besoin d'art et d'émotion, elle en aura toujours besoin, et il faudrait la plaindre si elle en venait à ne plus vivre que pour la curiosité de l'esprit; car ce jour-là elle aurait étoulTé toute une moitié d'ellc-môme qui est souvent la plus noble et presque toujours la plus généreuse. Or de toutes les formes que l'art littéraire ait à sa disposition, celle qui est la plus aisément comprise, celle qui peut atteindre le public le plus nombreux, c'est incontestablement le roman. Le moraliste et le philosophe ne s'adressent qu'à une élite déjà cultivée ; la poésie pour ôtre goûtée demande une éducation préalable ; l'histoire est souvent sinistre et triste; l'éloquence suppose un orateur, et combien n'auront jamais l'occasion d'entendre un véritable orateur : la tragédie comme la comédie supposent des théâtres, des décors, des acteurs. Le roman va partout, pénètre partout, se suffit à lui-même. 11 est son décorateur, son interprète, son machiniste. Il peut plaire à tous également. Quoi que le lecteur y cherche, l'analyse, les idées, l'action, la nature ou l'humanité, la description, le dialogue ou le récit, il y peut trouver son compte. Ce n'est pas tout : chacun le trouve quand il veut ou quand il peut. Qu'il dispose d'une journée entière de loisirs ou de quelques minutes seulement, il le trouve toujours à sa disposition. Il est là qui attend à toute heure du jour ou do la nuit. A son gré on l'ouvre, à son gré on le ferme, à son gré on le reprend. Pour quelques francs on l'achète, pour quelques sous on le loue; il est vraiment tout à tous, il est vraiment l'art démocratique par excellence. II est fait pour être lu et pour ôtre lu seulement.
Voici une seconde raison, toute morale et non moins considérable. L'humatiité a deux besoins également impérieux : l'un de retrouver dans l'art la peinture de la réalité, comme en un miroir l'homme se reconnaît. L'autre de trouver dans l'art autre chose encore que la réalité. L'histoire, qui raconte seulement ce qui a réellement été, n'arrivera jamais à la satisfaire entièrement. Elle réclame la fiction. Un fait divers authentique ne la touchera jamais autant qu'une histoire inventée. Elle veut éternellement qu'on lui conte Peau d'Ane. Elle sait bien que Peau d'Ane n'a jamais existé, et peut-être si elle avait existé la toucherait-elle moins. Elle veut retrouver dans les œuvres littéraires ses passions, ses idées, ses sentiments ; elle vent être émue et ne s'émeut que de ce qui est humain, et en même temps, elle a besoin de savoir que les maux ou les félicités qui l'émeuvent ne sont qu'imaginaires. L'émotion, où elle cherche d'abord du plaisir, perdrait quelque chose à so trouver en présence d'une réalité, et elle s'abandonne d'autant plus aisément qu'elle sait mieux qu'il n'y a pour elle ni heureux à envier ni infortunés à secourir. Elle peut palpiter de terreur et frissonuer au spectacle des douleurs humaines sans avoir de cruauté à se reprocher, puisqu'elle sait que les maux sont imaginaires et non réels; elle peut s'abandonnera la joie et à l'ivresse sans qu'aucune obligation prosaïque vienne troubler sou extase et du firiuament la ramener sur notre pauvre terre.
La tragédie, la comédie, le drame, la poésie, l'épopée, le roman peuvent également procurer les émotions à l'humanité, et partout en effet ce sont elles qu'elle cherche; mais le roman peut les procurer plus complètes, et c'est là sa supériorité. Il unit les mérites de la poésie, du drame, de la tragédie, de la comédie ; il en possède qui ne leur appartiennent pas. Un seul genre lui peut ôtre comparé, qui, comme lui, tour à tour raconte, décrit, fait agir, presse ou ralentit l'action : l'épopée. Mais voici où est la difl'érence. L'épopée a besoin d'un sujet historique ou légendaire ; l'épopée surtout, et cela môme a été sa grandeur, a besoin de mêler sans cesse dans son action le monde surnaturel et l'humanité. De là vient que l'épopée a fleuri seulement aux âges où la croyance naïve faisait sans cesse intervenir dans les conflits des hommes, dans les exploits des héros ou des paladins, les dieux et les déesses, les bons génies et les magiciens, les anges et les démons. Elle se rapetisse et s'abaisse, elle n'est plus que la chronique, sitôt que dans ses récits l'homme apparaît conme le seul acteur. Le roman au contraire vit des hommes et vit d'eux seuls: il ne fait point intervenir des puissances célestes ou infernales : il ne croit pas qu'aucun bon génie s'occupe de protéger les chétifs habitants de notre planète ou qu'aucun mauvais génie se donne la peine de les persécuter. Il les montre s'agitant et luttant, animés de leurs seules forces, possédant en eux-mêmes leurs meilleurs appuis et souvent aussi leurs pires ennemis ; il raconte leurs victoires et leurs défaites, leurs grandeurs et leurs faiblesses, il montre leurs conflits. Il les met aux prises les uns avec les autres, ainsi qu'il arrive dans la réalité. Plus l'humanité avance dans ses voies, phis elle s'intéresse au spectacle qu'elle s'offre à ellemême ; plus elle prend plaisir à voir retracer dans leur exactitude la vie humaine et ses mille vicissitudes, tristes ou gaies ; plus elle sait gré à ceux qui lui ofl'rent le tableau fidèle de ses épreuves, de ses douleurs et de ses joies, de ses désillusions et do ses espérances. Elle n'a cessé de môler aux drames qu'elle joue chaque jour les êtres surnaturels que pour s'y voir plus clairement elle-même. Cespectacle lui suffit désormais, et les acteurs expliquent tout. Ni la poésie, ni le
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