‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 327 sur 459 · ROUMANIE · texte numérisé non relu

ROUMANIE

ROUSSEAU

n'y eut point d'immigralion nouvelle et que le résidu des populations ronianisées du pays suffit pour rcconstituei' peu h peu la nationalité. Quoi qu'il en soit, ce petit peuple, dont les commencements sont tellement incertains, a grandi d'une manière surprenante, puisqu'il est devenu la race prépondérante sur le bas Danube et dans les Alpes transylvaines, et sert aux populations de la péninsule tliraco-liellénique de rempart contre les envahissements de la Russie. — Encore au xMi" siècle, la langue roumaine était tenue pour un patois, et les Valaques eux-mêmes devaient parler slave dans les églises et devant les tribunaux. De nos jours, au contraire, les patriotes roumains travaillent activement à purifier leur idiome de tous les mots serbes, qui s'y trouvaient dans la proportion d'un dixième environ, et des termes turcs et grecs introduits dans la langue lors de la domination des Osmanlis. Ils se sont également débarrassés de l'écriture slave pour prendre les caractères français... Il reste dans la langue roumaine un fonds de deux cents mots environ qui ne se retrouvent dans aucune langue connue et qu'on croit être un débris de l'ancien dace parle avant l'occupation romaine. « (Elisée Reclus.)

La religion des Roumains est, comme celle des populations slaves qui les environnent, la religion grecque.

On évalue à 9 millions environ le chiffre total de la population de race roumaine ; mais une moitié seulement de cette population habite les anciennes Principautés danubiennes, aujourd'hui constituées en royaume indépendant de Roumanie ; les autres Roumains sont sujets de la Russie, de l'Autriche-Hongrie, delà Serbie ou de la Turquie. La 'Valachie ou pays des Velchos (c'est-à-dire des Latins) forma, à partir du milieu du xiii'' siècle, un Etat à part, qui tantùt fut uni a la Moldavie ou vassal de la Hongrie, tantôt vécut d'une existence indépendante. En \i<i'2, Mahomet II fit de la Valachie une province de son empire, mais eu lui laissant ses princes particuliers, qui portaient le titre de hospodars ou de vaucdes. Ces princes, depuis le xvii" siècle, furent choisis parmi les Grecs de Constantinople. En 1839, le traité d'Andrinople plaça la Valachie sous le protectorat de la Russie. Après la guerre de Crimée, le traité de Paris (1856) remplaça ce protectorat par celui des grandes puissances, et, en 1859, la Valachie s'unit avec la Moldavie par l'élection d'Alexandre Couza comme hospodar des deux principautés.

La Moldavie ou pays de la Moldau eut pour premier prince un chef nommé Bogdan, qui y régna au xiii' ou au xiV^ siècle. Les descendants de Bogdan se soumirent aux Turcs au xvi^ siècle; h partir de ce moment, ce fut le sultan qui nomma le vaivode ou hospodar; et ce dignitaire fut pris, comme pour la Valachie, parmi les Grecs phanariotes. Aux traités d'Andrinople et de Paris, la Moldavie suivit le sort de la Valachie, h laquelle elle s'unit administrativement en 1S5U.

En 18(iO, le prince Couza dut abdiquer h la suite d'une révolution. 11 fut remplacé par le prince Charles de Hohenzollern. dont l'élection par le suffrage populaire fut ensuite ratifiée par le sultan. Les deux principautés ne formèrent plus qu'un seul Etat sous le nom de Houmumc, avec Bucharest (Bucuresci) pour capitale. Cependant la Roumanie restait encore rattachée à la Turquie par des liens de vassalité: ces liens furent rompus après la guerre russo-turque de 1S"7, à laquelle la Roumanie prit part comme alliée de la Russie. Mais, en acquérant sa complète indépendance, elle dut céder à la Russie la Bessarabie, que le traité de I8âG avait réunie à la Moldavie. En mars 1881, un vote des Chambres roumaines a érigé la Roumanie en royaume.

Pour la géographie, V. Tur(jiiie.

ROUSSEAU (Jean-Jacques). — Littérature française, XX. — J.-J. Rousseau est né à Genève le 28 juin 1712 : il est mort à Ermenonville, près Paris, le 3 juillet 1778. Sa famille était d'orijjinef'-ançaise: elle descendait d'un libraire que les persécu ions religieuses avaient chassé de France au XM* sièc'.'î. Sa vie s'est écoulée en partie à Paris ou aux environs de Paris. Et, bien qu'il ait toujours gardé au fond du cœur une vive affection pour ses compatriotes genevois, la France peut le revendiquer tout entier. C'est pour elle qu'il a écrit dans un langage admirable les livres qui immortalisent son nom. Son influence s'est sans doute étendue par delà la frontière sur la littérature des peuples voisins : mais on ne saurait méconnaître qu'il a laissé des traces profondes de son génie, soit comme homme pnlitique dans les discours et dans les actes de la Révolution française, soit comme écrivain dans les oeuvres littéraires de la dernière partie du win" siècle, et de quelques-uns de nos contemporains.

L'histoire des lettres françaises n'offre rien de plus extraordinaire que la vie de Jean-Jacques Rousseau. Tout est étrange dans la destinée de ce malheureux grand homme. Rousseau a commis de grandes fautes, surtout dans sa jeunesse. Et il les a aggravées encore en les racontant, non sans quelque complaisance, dans une œuvre de sa vieillesse, les Co7ifessions. Sans vouloir l'excuser, il est cependant équitable do remarquer quelle part ont eue dans ses défaillances morales les circonstances et les accidents de sa vie et surtout le caractère de sa première éducation. Il perdit sa mère en naissant. Quant à son père, bourgeois romanesque, artisan cosmopolite, il ne s'est occupé de lui que pour enflammer son imagination d'enfant par la lecture de quelques mauvais romans. Puis il l'abandonna, emprisonnant dans la boutique d'un graveur ce fougueux adolescent dont il avait prématurément éveillé les sens et les passions. Lorsque Rousseau, las de l'apprentissage d'un métier détesté, quitta Genève pour retrouver son indépendance et courir librement les aventures, il faut sans doute le rendre responsable de ce coup de tête qui fut le point de départ de ses premiers malheurs. Mais voyez comme tout concourt pour perdre ce noble esprit. Il est accueilli par un prêtre fanatique qui, au lieu de le rendre à sa famille, l'encourage dans sa faute. L'imprudent curé de Pontverre ne se préoccupe que d'arracher l'âme du fugitif à l'hérésie genevoise, et avec de bonnes intentions il lui rend le plus mauvais service qu'un homme ait jamais reçu do son semblable, eu l'adressant à madame de Warens.

Madame de 'Warens, plus encore que Thérèse Levasseur, aété le mauvaisgéniede Rousseau. Elle ne sut lui donner que de mauvais exemples, et contribua à développer dans son âme ce sensualisme instinctif dont trop d'actions de sa vie devaient témoigner.

L'isolement avait jeté Rousseau dans les bras de madame de Warens : son humeur inquiète le poussa bientôt à reprendre à travers le monde sa vie d'aventures. Pendant près de quarante ans, jusqu'en 1749, l'existence de Rousseau n'a été qu'une série d'incidents pitoyables ou comiques, qui rappellent la destinée imaginaire des héros de Beaumarchais et de Lesage. Tour à tour ouvrier, laquais, charlatan, précepteur, il courait à dix-huit ans les boutiques de 'î'urin pour y trouver de l'ouvrage et logeait dans un grenier pour un sou par nuit; plus tard il se faisait le valet d'un escroc et mendiait avec lui de porte en porte des ofl'randes pour le rétablissement du Saint-Sépulcre ; ailleurs il n'avait pas d'autres ressources que d'enseigner la musique qu'il ne savait pas encon; ; souvent il était réduit à se faire recueillir par

ROUSSEAU

ROUSSEAU

des étrangers cliaritablos. A Paris il se plaignait que le pain fiU trop cher.

Ce tiui est digne d'être noté à l'honneur de Rousseau, c'est <|ne, à travers toutes les misères et toutes les humiliations de sa vie, il n'a jamais renonce à son optimisme philosophique, à sa foi dans la Providence. Il n'a jamais laissé échapper une plainte amèrc, comme Job, ou un éclat de rire, comme Voltaire. 11 est vrai qu'i,l prit sa revanche avec la société. Toute sa mauvaise liumeur retomba sur ses semblables, et madame d'Épinay pouvait le nommer justement le « roi des ours ».

Dès sa jeunesse Rousseau était possédé de ce besoin de changement qu'il appelait lui-même sa Il manie ambulante ». Que de fois dans le cours de sa vie agitée, en Suisse, ou en Savoie, il rencontra l'occasion d'un paisible et durable établissement ! Mais il ne savait pas se fixer, et, au moment où il semblait s'être fait une situation définitive, il s'esquivait tout à coup : il avait conune l'instinct et le besoin de l'évasion.

Pendant ces folles années d'adolescence, tandis que Rousseau s'agitait, plus qu'il n'agissait, rien n'annonçait encore ce qu'il deviendrait un jour. Le style de ses lettres était incolore, lourd, embarrassé. Une seule fois, dans une lettre célèbre h mademoiselle Serres, le talent parait se révéler, mais c'était l'éloquence facile de l'amour. Dans la conversation il était froid et lourd, i moins qu'il n'en vînt h déclamer en s'échauffant. Lorsque madame de Warens, h bout d'e.\pédients, le mit au séminaire, ou se hâta de le lui rendre, comme incapable.

Une qualité cependant se manifestait déjà tout entière dans Rousseau. Sa sensibilité était extrême. L'enfant qui, maltraite injustement, éprouvait une de ces rages violentes qu'il a si bien décrites dans les Confessions, et se tordait toute une nuit sur son lit eu criant Cai-nifex! caniifex! n'était pas à coup sûr un enfant ordinaire. « Je n'avais aucune idée des choses, que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avais rien conçu, j'avais tout senti. » Une représentation même médiocre A'Ahire le mettait hors de lui, et il renonçait à voir jouer des tragédies de peur de tomber malade.

C'est Cette âme faite surtout de sensibilité et d'imagination que ces Confessions nous font connaître, ces Confessions que Rousseau a écrites avec le talent exercé de sa maturité, mais qui sont pleines des sentiments brûlants de ses premières années. L'amour, il le ressentit de bonne heure, parfois avec une timidité enfantine, plus souvent avec un emportement fiévreux. Mais on préfère ne pas parler des amours de Jean-Jacques.

Il vaut mieux considérer le sentiment naissant de Rousseau pour la nature : sentiment que d'autres causes développèrent plus tard, mais qui date dé ses plus jeunes ans. Né au pied des Alpes, sur les bords d'un lac enchanteur, ses premiers regards s'étaient portés sur quelques-uns des plus beaux paysages de l'univers. De là une passion qui ne s'éteignit jamais. Les meilleurs plaisirs de sa vie furent les longues courses à pied, les promenades solitaires. Qui ne se rappelle le tableau délicieux qu'il a laissé de son séjour aux Charmettes, le chemin à mi-côio, avec la haie en fleurs par où il passait chaque matin !

D'autres sentiments généreux et purs germaient dans sa jeune âme. L'étude de Plutarque lui avait inspiré le goùl des vertus républicaines et l'enthousiasme de la liberté. Le mensonge lui causait une véritable horreur. Il avait à un haut degré le sentiment de l'Cquité. Plus tard à la haine de l'injustice se joignit dans son cœur un implacable ressentiment contre les oppresseurs du peuple. Il avait sans doute recueilli lo premier germe de

cette haine, alors que, faisant à pied lo voyage de Paris à Lyon, il était entré dans la cabaned'un pauvre paysan et y avait trouvé, comme en un tableau, l'abrégé émouvant des misères populaires.

En même temps, il lisait avec passion, il se nourrissait des poètes, des historiens, des philosophes de l'antiquité ; il étudiait les mathématiques et l'astronomie. Comme on l'a dit : « Cette vie de lecture et de travail coupée par tant d'incidents romanesques et do courses aventureuses avivait bien autrement l'imagination qu'un cours régulier d'études au collège du Plessis. »

Ainsi le génie littéraire de Rousseau n'attendait qu'une occasion pour se révéler. Cette occasion lui fut fournie en 1749 par l'Académie de Dijon, qui avait mis au concours cette question : « Le rétablissement des sciences et des aiis a-t-il contril)Ué à épurer les mœurs ? » Du premier coup Rousseau conquit la gloire et passa grand homme. Le succès du Discours qu'il envoya à l'Académie de Dijon alla « par-dessus les nues. » Et cependant le Discours stir /es sciimces el sur les arts n'était qu'une improvisation déclamatoire. Rousseau disait plus tard lui-même : « C'est une oeuvre tout au plus médiocre. » Si l'on y joint le Discours sur l'inégalité, c'est le plus faux des écrits de Rousseau. 11 y donna carrière à tous les levains de haine qui depuis longtemps fermentaient dans son âme, à toutes les colères qu'il avait amassées dans les antichambres de ses maîtres, ou plus tard à Paris, dans la société des beaux-esprits et des gens à la mode. Qu'on ne s'étonne donc pas de trouver dans le premier écrit de liou^tseau, d'un homme dont le nom sera plus tard Je symbole même de la Révolution, des bontadet étranges contre la civilisation et le progrès, l'éloge de l'ignorance et de la vie sauvage. La civilisation apparaissait à Rousseau sous la forme qu'elle avait revêtue au xv!!!" siècle, c'est-à-dire avec sa frivolité licencieuse et ses raffinements malsains. Il avait l'imagination pleine de ses lectures de Plutarque, 0 son maître et son consolateur » ; il rêvait des républiques antiques, qu'il se représentait à l'image de Sparte, comme do petites cités, fières de leur pauvreté libre, sans luxe, sans éclat, mais vertueuses et pures. Au fond, Rousseau attaquait le XVIII' siècle plutôt que la société en général, et un certain emploi de la ponsée plutôt que le principe même de la pensée, les lettres eflféminéos et avilies plutôt que les lettres ellesmêmes. Et, en efi'et, dans les écrits qui suivirent la publication de son Discours, il s'empressa de déclarer a qu'il honorait les grands écrivains », et qu'il n'avait prétendu attaquer que les faux savants et les mauvais auteurs.

Il est plus difficile de trouver des excuses au Discours sur l'iuéyaltlé (1751). Ici la thèse est plus fausse encore, le paradoxe plus irritant. Enivré par le succès de son premier ouvrage, Rousseau se prit au sérieux dans son rôle de sauvage et do paysan du Danube. Cette fois, c'est bien au principe même de la société qu'il s'attaque. Tout est bien au sortir des mains de Dieu, tout devient mauvais entre les mains de l'homme. La nature est innocente de toutes les inégalités qui existent entre les hommes; c'est la société seule qui en est responsable. C'était donc le retour à l'état sauvage que prêchait Rousseau, dans ses rêveries bizarres dont Voltaire fit justice, en bafouant ce philosophe « qui voulait qu'on se nourrît de glands ».

Quelque jugement sévère que nous devions porter aujourd'hui sur les premiers ouvrages de Rousseau, l'efTet produit sur ses contemporains par celte éloquence paradoxale et enflammée l'ut irrésistible. Les lecteurs dont Jean-Jacques choquait et rudoyait les opinions à chaque page, n'en furent que plus ardents à la lecture. La

ROUSSEAU

19oi2

ROUSSEAU

société attafiuée et outragée sembla ne vouloir se venger de son ennemi qu'en le fêtant. Ce fut dans la vie de Rousseau un éclair rapide de gloire et de domination intellectuelle, entre la longue domesticité de son adolescence, et las tristesses infinies de sa vieillesse.

Ce qui ajouta à la renommée naissante de Jean- Jacques, ce furent ses succès musicaux. Rien ne profite à la gloire d'un liomme comme d'associer de petits talents à un grand génie. L'auteur du Devin du vil/ar/e (que l'on représenta à Fontainebleau devant la cour en no2) devint vite populaire. -N'oublions pas, d'ailleurs, que Jean-Jacques, jusqu'à la fin de sa vie, a gagné son pain en copiant de la musique et qu'il s'est garanti par lit l'indépendance qui lui était chère.

La célébrité fut salutaire à Rousseau et lui imposa le respect de lui-même. C'est de cette époque que datent ses projets de réforme morale. Sans doute il ne parvint pas à se régénérer tout h fait. Lo passé ne se laisse pas effarer d'un trait, au premier signe d'une volonté énervée par de longues défaillances. Il commit des fautes nouvelles, et les fautes déjà, accomplies se perpétuèrent dans leurs effets. On sait comment, dans son isolement déjeune homme, il était tombé dans des liens indignes de lui, en associant à son existence une servante d'auberge, Thérèse LevasSeur. Il eut, il est vrai, le mérite de la constance, mais son tort fut de ne pas élever Thérèse k la dignité de fenmie et de mère, en lui laissant ses enfants. Jetons un voile sur les faiblesses criminelles d'un homme, enthousiaste de la vertu, mais peu vertueux, qui a admirablement parlé des devoirs des pères, et qui a envoyé ses fils aux Enfants- Trouvés !

Du moins Jean-Jacques se réforma sur quelques points, et s'imposa dans sa manière de vivre une sobriété, une simplicité plus grande encore que par le passé. En même temps il voulut se mettre en règle avec sa conscience, et fit en l':A ie voyage de Genève pour y faire profession de protestantisme. On a prétendu que par cet acte public de retour à la confession protestante qu'il avait un peu légèrement abandonnée dans sa jeunesse, Rousseau s'était montré inconséquent avec ses opinions réelles et avait trahi ses amis, les philosophes. Rien n'est plus inexact. Rousseau n'avait jamais cessé d'être chrétien, de cœur et d'esprit, bien entendu, et non selon la rigueur du dogme orthodoxe. Dans son premier Discours, il prenait i partie les écrivains qui sapent les fondements de la foi. Un soir, chez mademoiselle Quinault, dans une réunion nombreuse et brillante, il menaçait de se retirer, si l'on continuait i mettre en question dev.-int lui l'existence de Dieu. 11 est vrai qu'il détestait le fanatisme et les excès de dévotion : mais il ne détestait pas moins l'incrédulité.

Son retour au protestantisnir- n'en fut pas moins une rupture éclatante avec d'Holbach et ses amis, les matéiialistes,et même avecVoltaire. Celui-ci l'accusa violemment de vouloir faire a bande àpart ».Et en effet Rousseau, par son opposition au froid athéisme ou au scepticisme alors à la mode, ouvrait un courant nouveau d'opinion qui ira tout droit àla fêle de l'Être Suprême, et même dépassera la pensée de Rousseau pour aboutir au Gcjiie du christianisme.

Dès 1754, Rousseau était disposé à quitter Paris et le monde. S'il eût trouvé à Genève l'accueil qu'il espérait, il serait peut-être redevenu Genevois pour toujours. Mais ses compatriotes l'accueillirent avec froideur. Il revint • Paris, s'y dégoûta de plus en plus des hommes et des villes, et le 9 avril 1756 il quitta la capitale, pour aller vivre à l'I'^rmitage, dansla vallée de Montmorency, OÙ son amie, madame d'Epinay, lui offrait l'hospitalité. Ce départ fit scandale dans la société pari-

sienne. Diderot, Grimm, les autres amis de Rousseau, le crurent fuu et le traitèrent comme tel. Ils ne comprirent pas qu'il cédait h ses instincts de contemplateur et de poète plus qu'à tout autre sentiment. Quoi qu'il en soit, la rupture fut complète, irrémédiable ; et le cœur de Rousseau saigna jusqu'à la mort de cette blessure. C'est de cette époque surtout que date la misanthropie ombrageuse qui devait attrister toute la fin de la vie de Rousseau. Un amour malheureux vint encore aigrir son caractère. Au milieu des champs et des bois, son ànie, qui s'essayait en vain à devenir stoïcienne, se relâcha et s'amollit de nouveau. Il était, comme il l'a dit, ivre d'amour sans oljjet. Il vit madame d'Houdetot : il l'aima. Cette folle passion, en même temps qu'elle troubla pour quelque temps son faible cœur, acheva de le brouilleravec tous ceux qui l'avaient jusque-là aimé et protégé. Il y eut des intrigues et des querelles, et le résultat fut que Rousseau, au milieu de l'hiver de l'ôS, quitta l'Ermitage pour se retirer à Montmorency. Ce fut un des moments les plus tristes d'une vie où il y en eut tant. Il avait rompu avec tous ses amis. Il n'avait auprès de lui que Thérèse Levasseur. Il succomba pendant quelques jours à un véritable abattement. Mais heureusement le printemps revint; il recommença avec passion ses promenades; surtout il se remit au travail, et c'est précisément de ces jours de retraite et de solitude à Montmorency que datent ses œuvres les plus considérables : la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (17581, \3.Nouvelle Héloïse (1759), le Contrat social etrÉmj/einiiS).

La Lettre sur tes spectacles est le dernier des ouvrages purement agressifs de ftousseau : il y attaquait le théâtre, c'est-à-dire une des formes les plus brillantes des lettres, un des divertissements les plus goûtés de la société, comme il avait déjà attaqué en bloc la société et les lettres. Toujours préoccupé de ses concitoyens de Genève, il craignait que le théâtre, avec ses plaisirs souvent frivoles et quelquefois licencieux, ne vint distraire les Genevois des joies pures de la vie de famille. El comme sa pensée ne savait se fixer que dans les extrêmes, il allait jusqu'à proscrire absoluinent les spectacles : le premier des révolutionnaires se rencontrait dans une doctrine commune avec le dernier des Pères de l'Eglise. La Lrttre sur les spectacles rééditait les jugements sévères de la Lettre de Bossuet au P. Caffaro.

La Lettre sur les spectacles est peut-être le plus éloquent des écrits de Rouseau ; mais un pareil ouvrage n'était pas fait pour lui ramener les syinpathies des littérateurs. Voltaire surtout, qui faisait du théâtre une question personnelle, se montra fort irrité. Il se lâcha publiquement et ne garda plus de mesure dans un sentiment d'hostilités qu'il eut le tort de traduire en vers médiocres et en infâmes calomnies. Quant au public, tout en admirant la forme de l'écrit de Rousseau,;! s'étonna de voir le théâtre condamné sans restriction par l'auteur d'un opéra et de quelques comédies.

L'apparition de la Nouvelle Héloïse ménageait d'autres surprises aux lecteurs de Rousseau. Le réformateur morose qui s'était rendu célèbre par ses violentes critiques contre les écrits relâchés, s'oubliait maintenant au point do composer un roman d'amour, et un roman dangereux. Pour se justifier, Rousseau, dans sa préface, faisaitvaloir qtie l'amour passionné vaut mieux que la galanterie frivole. Faire remonter les mœurs jusqu'à l'amour, rev. nir à la nature, tel est le but qu'il prétendait avoir poursuivi. La vérité est (lu'il avait d'abord suivi sans résistance le courant de son imagination : le* scrupules moraux ne lui vinrent qu'après coup, et à la fin de l'ouvrage. Voilà pourquoi, dans la seconde partie de la Nouvelte Héloïse, il essaye d'apaiser, de soumettre au devoir les passions qu il

ROUSSEAU

ROUSSEAU

a remuées et soulevées dans la première partie, et donne un sermon pliilosophiquo pour conclusion à un roman.

On a pu dire, non sans raison, que la Nouvelle Hclo'ùe était le premier modèle de Werther, et Rousseau le maître de Goethe. Prenez les trois premiers livres de la Nouvelle Héluise; achevez lo roman t cet endroit ; ôtez à Saint-Preux désespéré l'ami qui le sauve de lui-même et de sa fatale résolution ; faites-le moins raisonneur et plus passionné encore ; développez dans son àme cet amour de la nature que Saint-Preux ne manifeste que par intervalles parce que son amour est plus heureux que celui de Werther : et vous aurez à peu près le roman do Ouetlie.

Presque en même temps qu'il composait la Nouvelle Hé/oïse, Rousseau mettait la dernière main au Contrat social, ce fragment d'un grand ouvrage politique qu'il n'eutjamais le loisir d'achever. Les fanatiques de Jean-Jacques présentent volontiers le Contrai social comme un chef-d'œuvre Comparable h l'Esprit des Lois. Il parait difficile de souscrire à ce jugement. Rousseau n'a jamais mieux montré que dans ce livre combien il était incapable de s'élever au-dessus des impressions généreuses, mais confuses, du sentiment.jusqu'aux pures lumières d'une pensée ordonnée, maltresse d'elle-même. Le plan du Contrat social n'a ni clarté ni rigueur. La rêverie, dans les œuvres de Rousseau, se mêle toujours à la réflexion. Il s'en apercevait bien lui-même, et, à plusieurs reprises, comme s'il avait prévu l'impatience et les objections de son lecteur, il le prie d'attendre, de lui laisser le temps d'achever sa pensée. « Pour être clair, dit-il ingénument, il faut que j'aie tout dit. » Le Contrat social, par ses tendances générales, est en contradiction formelle avec les conclusions de l'Emile. Dans son écrit politique, Rousseau subordonne à l'État tout-puissant la liberté indivia-aelle. Dans son écrit pédagogique, il cherche au contraire avant tout à développer la conscience libre, la volonté indépendante. D'une part, il pousse le respect de la personne jusqu'à ne pas vouloir qu'on impose une religion à l'enfant ; d'autre part, il réclame des religions d'État. 11 suivait ainsi, un peu au hasard, les divers élans de sa pensée, sans s'inquiéter d'aboutir à la même conclusion.

Il est inutile d'insister sur les erreurs du Contrat social. Le temps, l'expérience en ont fait justice. On a dit que Rousseau avait retrouvé les droits de l'homme, mais on peut dire qu'à peine retrouvés, il s'est empressé de les reperdre en les sacrifiant à l'Etat. Il n'y en a pas moins, dans le Contrat social, à côté des paradoxes et des excès, de grandes vérités magnifiquement exprimées. C'était alors une hardie nouveauté que d'enseigner auxnationsqu'elles s'appartiennent à elles-mêmes. IVareraent le respect de la loi et la haine du despotkme ont inspiré de plus nobles accents. Il y avait a ailleurs du courage à dire leur fait à des pouvoirs arbitraires, consacrés par la vénération superstitieuse de iu,n de siècles. Qui donc a osé dire que Rousseau n'étau qu'„n vil flatteur du peuple? On ne flatte que les souverains. Et le peuple alors n'était rien ; ce n'est pas lui qui distribuait les honneurs, les places et les pensions. INous n avons pas à parler ici de l'Emile (V. l'article nousseau dans la I" Pahtie), ni des idées pédagogiques de Rousseau. Disons seulement que 1 Emile est le chef-d'œuvre de son auteur. Jamais l.ousseau n'avait porté plus loin la perfection de son style, de cette prose large, abondante, colorée qui subjugue le lecteur et comme un flot irrésistible entraîne la conviction.

^1^?,',.^ Montmorency que Rousseau avait composé 1 £»«/e et le Contrat social, sous la protection du maréchal de Luxembourg, dont il était 1' Partie.

devenu l'hôte et l'ami. Mais l'influence de son protecteur ne put empêcher les conséquences de la publication de ces deux ouvrages. L'Emile fut condamné à la fois à Paris et à Genève et l'auteur décrété de prise de corps par ordre du Parlement. Il fallut quitter Montmorency, et se dérober par l'exil à la persécution. Rousseau se retira sur le territoire de Berne, mais il en fut chassé, puis au village de Métiers, près de Neuchâtel, sous la protection du maréchal Keith, gouverneur de la principauté pour le roi de Prusse Frédéric II.

Du fond de son exil et au milieu do tant d'épreuves, Rousseau trouva le temps de se défendre et de défendre la tolérance et la justice violées dans sa personne et dans ses écrits. Il faut lire «a Lettre à Christophe de lieaumont, archevêque de Paris (1703). Jean- Jacques n'a jamais soutenu une cause aussi complètement juste. Combien sa dialectique était puissante, quand elle combattait pour la vérilo I

Les Lettres de la lUontar/ne (il6i) sont encore un monument remarquable do l'éloquence de Rousseau : elles furent lo dernier effort de sa polémique. De ce moment il renonça à la lutte, il s'enferma dans ses méditations solitaires et il no reprit la plume que pour la postérité. C'est pour elle qu'il composa des ouvrages qui n'ont été publiés qu'après sa mort, et qui contiennent, avec ses dernières impressions, les réminiscences de son passé, et surtout sa perpétuelle apologie : les Confessions, suivies des lie'veries d'un promeneur solitaire, les Dialogues.

Peu à peu il se déshabitua de la réflexion, vendit sa bibliothèque et vécut de souvenirs et de regrets. Une seule passion survécut toujours : celle de la nature, a Quand je me sentirai mourir, disait-il, ô mes amis, portez-moi sous un chêne et la vie reviendra. » Son imagination s'assombrissait de jour en jour. Sa rupture définitive avec ses anciens amis, les ennuis de l'exil et de la pauvreté, les maux physiques, la bizarrerie naturelle d'un caractère ombrageux, mille circonstances encore contribuèrent à troubler peu à peu un cerveau que l'âge affaiblissait. Dès 1761, à Montmorency, il avait conçu un premier projet de suicide. En 1763, nouvelle résolution de suicide. Mais la santé revint et avec elle le désir de vivre. Ce qui ne le quitta plus, ce fut l'idée qu'un grand complot était tramé contre lui. Les épreuves qu'il avait encore à subir, les événements de Mùtiers-Travers où il faillit êtro lapidé; son voyage en Angleterre, et sa rupture retentissante avec Hume, dont l'esprit froid ne comprit rien aux émotions d'une âme délicate et sensible, aigrie par l'infortune; sa vie vagabonde en France, ses aventures en Dauphiné achevèrent de bouleverser son imagination. Il croyait voir partout des espions chargés de l'observer, dej ennemis conjurés pour le perdre. Jusqu'où, hélas 1 ne poussa-t-il pas l'extravagance? Il en vint à distribuer dans la rue aux passants des réclames en faveur de>on innocence, et à la môme époque, craignant que ses ennemis, qui, disait-il, na lui laissaient pas d'encre pour écrire, ne fissent disparaître ses ouvrages, il eut la folia de les apporter à Notre-Dame, pour les placer sur 1 autel et les confier à la garde de Dieu.

Rousseau retrouva cependant quelques jours heureux à Paris do 1770 à 1778. Il y connut Bernardin de Saint-Pierre, qui devint son confident, le compagnon de ses promenades champêtres et le consolateur de ses tristesses. Mais, en 17 "8, les souffrances physiques de Rousseau augmentèrent, et il se décida ^ quitte, paris pour essayer de retrouver à la campagne le repos et la force. M. de Girardin lui ofl'rit un asile dans la délicieuse vallée d'Ermenonville. Rousseau n'en jouit que quelques semaines. Le 3 juillet 1778, il mourut subitement, et la rapidité de sa mort accrédita

RUBIACEES

RUBIACEES

l'idéo d'un suicide. Dans le débat qui s'est engagé Burce point, la lumière ne semble pas s'être faite, et il n'y a pas de preuves qui établissent que Rousseau, après avoir si éloquemment parlé contre lo suicide, dans la Nouvelle Héloïse, ait éié infidèle à ses principes. D'autre part, il est permis de rappeler que dans sa fameuse lettre Rousseau admettait une exception, le cas où la maladie rend la vie intolérable, et que, comme le prouve sa correspondance, il a eu il deux reprises l'intention avouée d'en finir avec l'existence.

C'est après sa mort surtout que Rousseau a exercé sur les intelligences une véritable domination. Les hommes de la Révolution française ont été sur bien des points ses disciples, et le 11 octobre 1794 ses restes, qui avaient été conservés dans la petite île des Peupliers sur l'étang d'Ermenonville, furent portés en triomplie au Panthéon.

Il s'en faut cependant que l'accord soit fait dans le jugement que l'on porte sur cette grande mémoire. Dans l'espace d'un siècle à quelles vicissitudes d'opinion n'a point été soumis le nom de Rousseau! Tour à tour exalté ou avili, il a connu toutes les exagérations de l'éloge comme toutes les duretés de l'injure. Nous ne songeons pas h renouveler pour un homme faible et par endroits méprisable les honneurs d'une apothéose imméritée. Mais nous demandons aussi à défendre contre des cundamnalions iniques et passionnées un écrivain qui a honoré la langue de son pays, et TevÊtu un grand nombre d'idées justes de toutes les parures d'une éloquence enthousiaste; un philosophe qui a soutenu avec cournge et relevé avec éclat la cause alors ab.indonnée du spiritualisme; un citoyen qui a retrouvé dans son cœur les beaux élans du patriotisme antique; un malheureux persécuté qui a proclamé dans ses livres et confessé par sa vie les droits sacrés de la conscience ; un homme enfin de riche imagination et de rare sensibilité dont les défauts ne sauraient faire oublier les brillantes qualités. Il ne faut pas que la France se désintéresse de son Rousseau : elle ne l'oubliera que le jour où elle aura désappris les fiers et nobles sentiments qui ont remué l'âme de Jean-Jacques, s'ils n'ont pas toujours été la règle de sa vie : l'amour du bien, l'entlionsiasme pour la liberté et pour la patrie, le mépris de la vie factice, le goût vif et pur de la nature ; le culte de la tolérance uni & l'ardeur sincère des croyances religieuses. [Gabriel Compayré.]

RUBIACEES. — Botanique, X.XI. — Ktym. : Le mot Rubiacées vient de Hubia, nom latin d'un genre de cette famille, le genre Garance.

Définition. — Les Rubiacées sont caractérisées par leur corolle gamopétale périgyne, leur ovaire infère, leurs étamines en même nombre que les lobes de la corolle, et leurs graines pourvues d'un albumen corné, abondant.

Caractères botaniques. — Les graines sont volumineuses ; elles présentent un spermoderme excessivement mince qui recouvre une masse albumineuse cornée, souvent plissée, à la base de laquelle on remarque un très petit embryon rectiligne. L'albumen est gorgé de matières grasses ; ces substances s'altérant rapidement, la faculté germinative des graines des rubiacées ne persiste que pendant très peu de temps. Exceptionnellement, certaines de ces graines germent encore après un long temps de conservation ; mais bientôt le.5 jeunes plantes cessent de se développer et meurent Pour beaucoup de rubiacées, il faut employer, pour conserver leurs graines en bon Atat, la méthode des stratiftcatlun», qui consi.ste à établir des lits de sable très légèrement humide et de graines fraîchement récoltées ; on superpose ainsi un grand nombre de couches de sable et de graines. Un conuuencement de germination se produit, mais ne tarde pas à s'arrêter; les jeunes

embryons protégés par le sable qui les entoure peuvent alors être transportés et expédiés au loin. C'est en cet état qu'on expédie chaque année en Belgique les graines du Cofjf'ea mnu' il i"7iri , iont les jeunes plants sont ensuite transportés par milliers dans les plantations de café du Brésil et des Antilles.

Les racines des rubiacées sont grêles, très rameuses. Certaines d'entre elles sont recherchées pour les matières tinctoriales qu'elles contiennent (Garance) ; d'autres sont usitées en médecine à cause de leurs propriétés émétiques (Ipécacuanha).

La tiye est ligneuse ou plus fréquemment herbacée, et alors quatlrangulaire et recouverte au moins sur ses angles de poils raides; parfois ces poils sont terminés par un crochet ; dans ce cas, ces organes permettent k la plante de s'élever en s'accrochant aux plantes voisines.

Les feuilles sont opposées, simples, entières, toujours stipulées ; le bord de leur limbe est ordinairement garni de poils raides semblables à ceux qui revêtent la tige. Les stipules sont tantôt petites, simples et caduques (Quinquina), tantôt soudées entre elles (Ipécacuanha), ou avec la feuille, tantôt enfin elles s'accroissent et deviennent exactement semblables aux feuilles; cette dernière disposition s'observe chez la plupart des Rubiacées de nos pays où les feuilles paraissent verticillées au premier abord; dans certaines d'entre elles les véritables feuilles ne peuvent être reconnues que par la présence des bourgeons axillaires, ces derniers n'existant jamais à 1 aisselle des stipules.

Les fleurs sont disposées en cymes ou en panicules ; chacune d'elles présente de dehors en dedans : • j .

r Un calice gamosépale à quatre ou cinq dents parfois tellement réduites que le calice semble ne pas exister; eu

T Une corolle gamopétale rotacée ou inron>iibuliforme dont le bord présente autant ds divisions qu'il y en a au calice; .

3° Un androcoe comprenant quatre ou cinq étamines i filets linéaires, à anthères globuleuses; ces étamines sont insérées sur la gorge de la corolle ; elles alternent avec les lobes de celles-ci ,

4" Un gynécée composé d'un ovaire biloculaire ou pluriloculaire, toujours infère, surmonte d un style que termine un stigmate divise en autant de lobes que l'ovaire a de loges. Dans quelques genres, chaque loge de l'ovaire ne renferme que deux ovules (Coffcacées) ; partout ailleurs, il y a plusieurs ovules dans chaque loge (Cinclionees).

Exceptionnellement, comme dans le genre toprosma, les fleurs sont unisexuees par suite de Vavortementdu gynécée dans les unes et de 1 androcée dans les autres. „ „„„i„

Le fruit des rubiacées est tantôt une capsule sèche déhiscente, et tantôt une baie ou une drupo.

Classification des Rabiaoees. - On divise les

^^^r ti^ r Copi^Ls, carac...'.sée par la prisence'de deux ovules d.ns ^^que Uige de l o-

:z^è %^"i^^^o^:rcepn.iis, Mcnotna,

^l^La t'^itXr-CiNCHONÉBS, caractérisée parla orésence de plusieurs ovules dans chaque logo Srf'ovafre Se's principaux genres sont : Buuvardia. Cinclion: i,Qmnquina), ^«if 'l'^,;^ ,,^^^^^ Usaoes des Rubiacées. — 1" La (jaiance (nuvia TJf.eTu-n) - La racine de la Gara.ce renferme un' pnncte colorant ro'.ge .d'utietres^ grande fixité QUe l'on nomme ahzurtne.— \. Loioi unies UVaM. -Cette plante est cultivée aux envimfsd Avignon et en Alsace; mais les racities de garance les plus estimées viennent de 1 Afrique, de nie de Chypre, de l'Orient.

IIUBIACÉES

RUBIACÉES

La garancR, donnco aux animaux comme aliment, teint leurs os on rouge ; on peut ainsi, en administrant de la garance à un animal à différentes 6pO(iues de sa vie, provoquer sur ses os <les couches concentriques alternativement rouges et blanches.

Les racines d'un certain nombre d'autres rubiacées renferment aussi une certaine quantité d'alizarine et peuvent, au besoin, remplacer la garance dans leurs pays d'origine. Ce sont : les Rubia nnguntifolia, H. longifidia, R. peregrhui, R. lu'idi, qui sont européennes ; le Ruina munjista, qui est originaire de l'Inde, le Huhia Chilensis, originaire du Chili, et le Riihia Guadaliipensis, des Antilles. Nous citerons encore le Ouiiiim vpriim et le (in/ium Molliig", qui croissent en Europe, et VOldenlandia umbeUata, que l'on cultive sur la côte de Coromandel sous le nom de Chaij'i-vair. Toutefois, comme ces racines renferment moins d'alizarine que celle de la garance, elles sont peu employées, d'autant plus que l'aniline ot les couleurs qui en dérivent ont à peu près complètement remplacé l'alizarine dans l'industrie des teintures.

2° Le Galium luteum ou Caille-lait jnime sert à colorer en jaune les fromages de Chester. Les infusions de Gnlium hdexun sont administrées comme antispasmodiques.

3° h'Ip^cttciKinlia (Cephselis Ipecacuanha) est un arbrisseau qui croit dans les forêts vierges du Brésil et dont la racine est un vomitif puissant. Cette racine est annelée et de la grosseur d'une plume h écrire. Dès l'année 10^2, on la trouve usitée en pliarmacie sous le nom de béconqnille ou àe mine d'or. V,n lUDO, Louis XIV acheta aux Anglais le secret de l'ipécacuanha Tout l'ipécacuanha du commerce vient du Brésil et de la Nouvelle-Grenade. On vend encore sous le nom d'ipécacuanha les racines de deux autres rubiacées brésiliennes : ce sont celleë du P.-i/chotrin emetiça, reconnaissables à leurs stries, et celles du Richai'dso lia brasiliensis , qui sont ondulées. Ces racines sont en effet éméliques, mais à un moindre degré que celle de l'ipécacuanha. Les autres racines que l'on a voulu substituer à l'ipécacuanha (et avec lesquelles on le falsifie), mais que l'on doit rejeter comme étant d'un emploi dangereux, sont fournies surtout par des Euphorbiacées et des Asclépiadées.

4° La racine de Caïiica est employée en Amérique contre la morsure des serpents venimeux; cette racine appariient au Cbiococca anuuifa du Brésil. ^ '

b° Le Caféier {Coffea arabica) est un arbuste toujours vert, origijialre de l'Abyssinie ; on l'a transporté en Arabie où il a très bien réussi ; c'est lui qui fournit le café m ka du commerce. De l'Arabie, on l'a transporté aux îles Mas- Cireignes et aux Antilles. Dans ces dernières localiiSs, on le greffe d'ordinaire sur le Coffea mawith.nu ou Caféier de Vile Maurice. Co caféier se distingue du caféier d'Arabie par ses fruits et ses graines. On sau on effet que les graines du caféier d Arabie, qui sont au nombre de deux dans chaque fruit, sont aplaties sur leur face ventrale, et arrondies sur leur face dorsale ; le fruit qui les contient est une baie arrondie. Les baies du caféier de l'île Maurice sont au contraire allongées et terminées en pointe ; les deux grainés que chacune d'elles contient sont également allongées et terminées à leur extrémité par une sorte do corne. Ce caféier est originaire des îles Mascareignes ; on a dû transporter ses graines aux Anulles, ce que l'on a fait au moyen de la méthode des stratifications (V. plus haut).

6" Les Quinquinas (genreCmc/(rafl).— Les quinquinas sont dos arbres élevés toujours verts, qui croissent dans l'Amérique du Sud sur les flancs de

la Cordillière des Andes, entre le 10* degré de latitude nord et le 19» degré de latitude sud, à une altitude moyenne de 1500 à, 2100 mètres, mais qui peuvent descendre jusqu'à 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans les régions les plus froides, et remonter jusqu'à 3000 mètres dans les régions les plus chaudes. Toutefois les quinquinas qui habitent à ces hauteurs extrêmes ne sont plus que des arbustes plus ou moins rabougris, comme toutes les plantes qui avoisinent la région des neiges olernelles. Les fliiurs des quinquinas sont blanches, roses ou pourprées, et d'une odeur agréable ; leur fruit est une capsule à deux loges renfermant des graines ailées.

La médecine uiilise seulement l'écorce du tronc et des branches, à cause de sa richesse en alcaloïdes, surtout en sulfate de quinine et sulfate de cinchonine (V. Pui^îî^na) ; depuis quelque temps cependant on commence à employer aussi l'écorce des racines, q le l'on a trouvée dans quelques cas plus riche même que celle du tronc.

L'écorce de quinquina réduite en poudre fut !ntroduite en Europe en 1036 par la comtesse d'El Cinchon, femme du vice-roi du Pérou (c'est de son nom que l'arbre qui produit l'écorce de quinquina a été nommé Cincliona). Jusqu'en 1679, on appela la poudre de quinquina poudre de la comtesse, poudre des jésuites, mais sans connaître son origine; à cette époque, Louis XIV acheta la secret du quinquina. En 1737, La Condamine, envoyé au Pérou avec Gudin et Bouguer pour mesurer un arc de méridien, fut spécialement chargé de découvrir l'arbre h quinquina; le premier, en 1738, il rapporta en Europe un dessin .l'un Cinchona et des échantillons de ses branches, de ses fleurs et de ses graines. Ce Coichona, observé aux environs de Loxa, reçut le nom de Cinchona officinalif ou La Condmniiwa. Joseph de Jussieu, qui avait accompagné La Condamine, ne revint en Europe qu'en 1771 ; mais, comme il était mourant, il ne put publier ses découvertes. De 1776 à 1799, plusieurs explorateurs parcoururent les Andes du Pérou et firent connaître les autres espèces de quinquina. Les quinquinas de la Bolivie ne furent connus qu'en l8i8.

L'exploitation des quinquinas se fait de la manière suivante : Une société d'entrepreneurs a à son service un certain nombre de cascarilleros (écorceurs) qui sont envoyé'; dans les forêts à la recherche des quinquinas. Quand ils ont découvert un arbre, ils l'abattent, le décortiquent, découpent l'écorce et la font sécher au soleil ; l'écorce du tronc et des plus grosses branches est mise sous presse de façon à rester plate, celle des petites branches s'enroule sur elle-même en séchant et prend l'aspect de tubes. Leur travail terminé, les cascarilleros mettent leur écorce en ballots qu ils portent au mnjord'ime chargé de les surveiller et qui est ordinairement établi à l'entrée de la forêt. Il est facile du comprendre que cette façon de procéder a comme résultat de détruire les quinquinas ; aussi les espèces qui ont été exploitées les premières deviennent de plus en plus rares ; quelques-unes même ont disparu complètement du commerce.

Nous citerons quelques-unes des espèces les plus estimées.

Les premiers quinquinas exploités, ceux que les premiers explorateurs avaient désignés comme les seuls efficaces, sont les quinquinas des environs de Loxa et de Jaen (République de l'Equateur), qui sont expédiés en Europe par Is port de Payta. Us appartiennent au Cinchona officinalis et aux espèces voisines; leur écorce est en effet riche en quinine, mais ils sont de plus en plus rares.

Au nord de la région de Loxa, entre le Chimborazo et l'Assnay, on exploite le Cinchonn snccirxtbra, dont l'écorce nous est expédiée par Guaya-

RUMINANTS

RUMINANTS

quil sous le nom de quinquina rouge; c'est une des écorces des plus riches en sulfate de quinine et sulfate de cinchonine; malheureusement, comme elle commence aussi i. devenir rare, elle est d'un prix très élevé.

Le port de Callao nous expédie les écorces des quinquinas des environs de Lima et de Huanuco ; ce sont des quinquinas gris et des quinquinas jaunes où la cinchonine se trouve en plus grande proportion que la quinine. Ces écorces proviennent en majeure partie des Cinchona nitida, C. peruviana, C. micrantha.

Les ports de Sainte-Marthe et de Savanilla expédient en Europe les quinquinas de la Nouvelle- Grenade ; ce sont des quinquinas jaunes de fort bonne qualité, riches en quinine. Ils proviennent en majeure partie du Cinchona Pilayensis.

Enfin, une des espèces les plus recherchées aujourd'hui est le Cinchona Calisai/a de la Bolivie, parce que c'est un des plus riches on sulfate de quinine ; mais il ne renferme presque pas de cinchonine. Son écorce nous est expédiée par le port d'Arica.

Le Cinchona eltiptica, de la province de Carabaya au sud du Pérou, est presque aussi riche en quinine que le Calisaya ; aussi remplace-t-il ce dernier pour la préparation du sulfate de quinine.

Les écorces qui ne renferment pas d alcaloïdes sont désignées dans le commerce sous le nom de cascarilles.

L'Europe s'est émue de la disparition des quinquinas d'Amérique, et dès l'année 1852 les Hollandais et les Anglais ont essayé d'acclimater les espèces officinales de quinquinas dans leurs colonies. Les plantations de quinquinas faites à Java ne réussirent pas tout d'abord, parce qu'elles étaient ii une altitude trop basse, et par conséquent dans une région trop chaude; on dut transplanter tous les arbres dans une région plus élevée où ils réussissent à merveille. En 1871, il y avait h. Java près do un million et \ demi de pieds de quinquinas, sur lesquels le ; Cinchona Calisai/a était en majorité ; on y coinp- ] tait près de quatre mille pieds de C. succirubra.

Les plantations de quinquinas ne purent être , établies dans l'Inde par les Anglais qu'après plusieurs essais infructueux ; tous les jeunes pieds que l'on essaya de transporter du Pérou dans l'Inde périrent en route. Alors on transporta des graines qu'on fit germer au jardin d'Oatakamund ; ces graines levèrent parfaitement. On renouvela l'essai pour les graines du C. succinihra, et pour celles du C. La Condaminea et du C. Calisaya. Tous les serais ont réussi; aujourd'hui, plusieurs régions anglaises de l'Inde sont couvertes de quinquinas. Ce sont les montagnes de Neilgherries (cote de Malabar), le Bengale, le Sikhin au pied de l'Himalaya, et nie de Ceylan. En outre, le gouvernement anglais a donné de jeunes plants à beaucoup de particuliers qui les cultivent avec l'espoir d'en faire un jour le commerce. Non seulement toutes ces plantations sont prospères, mais en outre M. de Vry a découvert qu'en entourant le tronc des arbres de mousse, pendant un certain temps, on double la quantité d'alcaloïdes contenue dans les écorces. [C.-E. Bertrand.]

RUMINANTS. — Zoologie, XI. — Les Mammirtres que l'on désigne sous le nom de Huminants sont ainsi appelés parce qu'ils jouissent de la faculté de ruminer, c'est-à-dire de ramener dans leur bouclie les aliments préalablement ingérés afin de les mâcher et de les imbiber de salive. Ils ont un régime essentiellement herbivore ; aussi possèdent-ils des dents molaires très larges dont la couronne s'use en double croissant, tandis qu'ils sont ordinairement privés de canines ou même

1 d'incisives à la mâchoire supérieure. Leur tuba ' digestif ofi're une assez grande complication ; en effet, au lieu de l'estomac unique qui existe chez l'homme et chez tous les Mammifères supérieurs, il y a plusieurs poches qui reçoivent les noms àe panse, de bonnet, de feuillet, de caillette, et 1 qui jouent chacune un rôle distinct dans le phénomène de la digestion.

Les Ruminants, pour la plupart, sont onguligrades ■ en d'autres termes, ils marchent sur 1 extrômité des doigts, ou pour parler plus exactement,, sur l'extrémité du troisième et du quatrième doigt, qui se terminent chacun par un sabot, tandis quale deuxième et le cinquième doigt ne touchent pas le sol et sont rejetés en arrière, sous forme de stylets, et que le cinquième doigt est complètement atrophié. ^ , . „ Une disposition analogue se rencontre cnez les Porcins *, que l'on a quelquefois associés â la grande majorité des Ruminants pour constituer Tordre des Bisulques, c'est-à-dire des Mammifères à pieds fourchus. Toutefois il est aussi des Ruminants qui, dans la marche, posent sur la terre non plus l'extrémité, mais la totalité des doigts, qui sont phalung, grades, comme on dit en loologie. Tels sont les Chameaux et les Lamas. qui diffèrent d'ailleurs des Ruminants ordinaires et de tous les autres Mammifères par une particularité histologique fort ■•?™='^q"=''^'<=\''^,'„,^l°7'n' 1 sanguins qui cheminent dans leurs artères et dans leurs veines n'étant plus circulaires "^^mf^: tant une forme elliptique, comme les globules sanguins des Oiseaux. Se fondant sur cette particularité, ainsi que sur l'absence de co^^es et sur la disposition du système dentaire et du tube digestif chez les Chameaux et les Lamas, plusieurs

naturalistes ont complètement sépare ces animaux des Ruminants ordinaires, de même qu ils ont créé un groupe particulier en faveur des Chevrotains. cis derniers, en effet, sont pr.vos d 9 cornes; ils se rapprochent un P«f, «^^^^^^f""! (V Porcins] par leur squelette; ils n ont que rois pochei ^tomachales'et ils .0"' "" «^^^f //, développement différent de celui des Bœufs des- Moutons, etc. Si l'on .adopte cette manière de voir, on est conduit à démembrer 1 f"""" "^Pf^ des Ruminants, tel que le concevait G. Cuvier, 1 pour former à ses dépens trois «■'dres d'.s "^cu h^-SXi;r^^j;Sk^""càe4o^ns

°\IrpX:^:NS à leur tour peuvent ét^ partagésen deux grandes catégories : les » e'^o^e"* t cornes perlistantes et les Péconens à cornes ca dunues. En effet les appendices 1"' souNent dans ipVdpux spxes ou tout au moins chez les maies, urmontenUa 'région frontale, tantôt son^ intime^ ment soudés à l'os sous-jacent et subs.sten pa^ conséquent pendant ,toute l^^^ "'^«"bri^és Var un l'animal, à moins qu ils ne soie, t brisOs P choc OU par quelque autre acçide U *.ntOt ^.^^., pour ainsi dire, surajoutes e» ^^.^^^^^^

quement POur être remp.»^«^^^ ^^ ,„,

par des aPP'="d'^'^^ ?'"; J" ' ^^^ appendices sont

mineux. »f^^'^, .''','„'? Js'desco.«e., tandis que plus spécialement appe es aes.^^ ^^^

dans le second ils sont gène ^^^^^[e^ 1

riire recouvertes par la peau, ou des cornes i,.^ ses c^est"ldire ormôes d'un axe osseux et d un étui corne" Enfin l'axe de la corne, la cliev 1 le. onimron dit vulgairement, peut être à soi ou

r^^n^r^eUr-S^^è^rgosi^^n existe chez tous nos Ruminants domestiques, chez

RUMINANTS

RUMINANTS

Iles Boeufs, les Chèvres et les Moutons ; l'autre au contraire peut être observée chez les Antilopes, et les cornes velues ne se rencontrent que chez les 'Girafes, qui se reconnaissent d'ailleurs facilement à leur tête petite, portée sur un cou démesurément allongé et à leurs pattes antérieures notablement plus hautes que les postérieures.

Les Girales, dont nous parlerons d'abord, constituent pour les naturalistes le genre Camelopardalis et la famille des Camelupm-dalidis ou ■des Girafidés. Ces animaux ont une physionomie et des allures tellement étranges qu'ils méritent d'occuper une place tout à fait à part dans la série des Pécoriens. Leur tète fine et pointue est surmontée de petites cornes qui se soudent de bonne heure avec l'os frontal et qui ne se dépouillent jamais de leur revêtement cutané ; elle porte en outre, sur le chanfrein, un troisième prolongement, de même nature que les précédents, mais plus large et moins saillant, et se termine inférieurement par un mufle aux •lèvres extrêmement mobiles. La longueur du cou est telle que la tête est perchée à 6 mètres environ au-dessus du sol, de sorte que pour boire ou pour brouter le gazon l'animal est obligé d'écarter fortement les jambes. Du reste ce n'est pas d'ordinaire sur la terre que la Girafe cherche sa nourriture; elle dévore principalement les feuilles et les jeunes pousses des mimosas et d'autres arbustes de l'Afrique tropicale, dont elle atteint facilement les plus hautes branches. Par suite de la disproportion qui existe entre les deux paires de membres, la ligne du dos est, chez la Girafe, fortement inclinée en arrière, et rétablit l'aplomb du corps compromis par l'allongement de la région •cervicale ; enfin, comme pour augmenter encore l'étrangeté de ce type zoologique, la nature a donné & son pelage un système de coloration qui ne se rencontre guère que chez les Carnassiers ; elle a marqué sa robe jaunâtre de larges taches anguleuses d'un brun roux, assez semblables à celles qui existent sur la robe des Léopards, et c'est ce mode d'ornementation qui a valu i. la Girafe le nom latin de Cameloijardalis (Chameau-Léopard). Les Girafes habitent l'Afrique tropicale et méridionale, depuis le sud du Sahara jusqu'au fleuve Orange, et se trouvent ordinairement sur la limite ■des forêts qui bordent les déserts. Elles appartiennent toutes à une seule espèce, Cat7iel-/pardalis giraffa, qui était déjà connue des anciens et qui se trouve représentée maintenant par quelques individus vivants dans la plupart des jardins zoologiques de l'Europe.

Les Ruminants qui composent le groupe des Bœufs ou la famille des Bovidés ont des formes lourdes, des allures pesantes; leur corps est massif et porté sur des jambes robustes ; leur tête puissante se termine inférieurement par un mufle épais et se trouve surmontée de cornes qui se dirigent d'abord en dehors, puis se recourbent en haut et en avant ; et leur cou présente inférieurement un large repli ou fanon constitué par une peau lâche et tombante. Ils sont tous herbivores et se tiennent de préférence dans les plaines. Les Bœufs ordinaires, les Bisons, les Buffles, les "i'acks et les Bœufs musqués appartiennent à cette division.

Chacun sait que nos Bœufs domestiques se sont prop.igés dans les quatre parties du monde et ijuf, dans les parages de l'Amérique du Sud, ils sont même retournés en partie à la vie sauvage. Suivant les localités ils offrentdans les proportions du corps, dans la forme des cornes, dans la couleur du pelage, des différences telles qu'on ne comprend pas comment tous ces types divers ont pu dériver d'une seule et même souche. Il est probable cependant que tous les bœufs à longues cornes ou sans cornes, à pelage uniforme ou ba-

riolé, à dos lisse ou surmonté d'une bosse (Z^iw), ont pour ancêtre commun quelque Bœuf qui se trouvait jadis en Europe ou en Asie à l'état sauvage. Mais quel est ce Bœuf? c'est ce qui n'est pas encore bien établi. Pour quelques auteurs c'est une espèce éteinte, pour d'autres c'est l'Aurochs, dont quelques représentants vivent encore dans les forêts de la Lithuanie. Cet Aurochs lui-même a de grands rapports avec le Bison (Bos nmerican!«),quo l'on voit dans nos ménageries, et qui a la tête et la partie antérieure du corps revêtues d'une épaisse toison. Autrefois, avant l'arrivée des Européens, d'immenses troupeaux de Bisons peuplaient les grandes prairies de l'Amérique du Nord ; mais ces animaux ont eu le sort des peuplades indiennes, ils ont été refoulés et en grande partie anéantis par le flot montant de la civilisation.

Les Buffles [Bos hubalus, Bos enfer, etc.), qui se reconnaissent à leur front bombé, â leurs cornes plus oumoinsprismatiques, à leur pelage dur, peu fourni, tirant fortement au noir, habitent les parties chaudes de l'Afrique et de l'Asie et se sont répandus dans le midi de l'Europe, en Grèce et en Italie.

Les Yacks se distinguent par leur queue garnie de crins aussi longs et aussi lustrés que ceux d'un cheval, et parleur dos et leurs flancs revêtus d'un ample manteau de poils tombant jusqu'à mi-jambes. Ils sont originaires des luontagnes du Tibet et ont été successivement introduits en Tartarie et en Chine. Leur voix est une sorte de grognement sonore ; c'est ce qui leur a valu le nom spécifique de Bos gruniens. Les étendards que les pachas orientaux font porter devant eux pour marquer leur dignité sont ordinairement faits avec de» queues de Yacks.

Enfin, dans le voisinage du cercle polaire, en Amérique, vit ie Bœuf musqué {Uvibos moschatus), ainsi nommé à cause de l'odeur dont son pelage et sa chair sont imprégnés. Il a le museau garni de poils, les cornes très larges et très rapprochées à la base, puis descendantes et relevées ensuite à la pointe, le corps bas sur pattes et couvert de poils laineux.

Une autre famille de Ruminants à cornes creuses, celle des Ooidés, est constituée par les Moutons, qui ont le nez busqué et les cornes ridées, annelées, rejetées d'abord en arrière, puis ramenées en avant, en spirale. Elle compte parmi ses représentants actuels un assez grand nombre d'espèces sauvages, telles que le Mouflon commun {Musimon inusmou) , qui vit dans les montagnes de la Corse et de la Sardaigne, le Mouflon de montagne {Musimon montanus), qui est originaire des Montagnes Rocheuses, le Mouflon à manchettes {Musimon trayelaphus), qui se trouve on Afrique, dansl'Aurès, et dont la ménagerie du Jardin des Plantes possède un véritable troupeau, l'Argali (Musimon aigali), que l'on prend on Sibérie et au Kamtchatka et qui est de la taille d'un âne, etc. Par leurs formes robustes, leurs cornes volnluineuses, leur pelage rude et peu fourni, sauf à la partie inférieure du cou, d'où pend une sorte de crinière, ces Moutons sauvages diffèrent beaucoup au premier abord de nos Moutons domestiques, et cependant, suivant toute vraisemblance, ces derniers sont dérivés d'une espèce de Mouflon. En tous cas, sous l'influence de l'homme, les Moutons ont subi des modifications profondes qui ont eu pour effet tantôt de faire disparaître leurs cornes (Moutons à tête noire), tantôt de développer leurs parties charnues (Moutons picards), tantôt d'augmenter le volume et la finesse de leur toison (Moutons mérinos).

Les Chèvres, que les naturalistes placent, sous le nom de Capridés, dans une famille distincte mais voisine de celle des Ovidés, ont en général des formes plus légères que les Moutons, le chan-

RUMINANTS

RUMINANTS

frein moins busqiié, le menton orné d'une barbiciie, les cornes dirigées d'abord verticalement, puis en arrière. A ce groupe appartiennent les Bouquetins (Ibex), qui vivent dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans le Caucase, dans l'Himalaya (Ibex alpinus, Ibex pyreiwiciis, Ibex caucaiiciis, Ibex himalayuniisj, et les Chèvres ordinaires [Capra), dont une espèce, la Chèvre égagre {Caf-d jegagrus), existe encore à l'état sauvage dans le sud dit Caucase, en Perse, en Arménie et en Crète. Cette Chèvre sauvage, qui se plaît sur les cimes escarpées, ilans le voisinage des neiges perpétuelles, et (|ui se nourrit en été de feuilles et de bourgeons, en hiver de lichens et de graminées, parait avoir donné naissance à nos Clièvres domestiques. Celles-ci offrent des variétés presque aussi nombreuses que celles qu'on observe parmi les Moutons, les unes étant de taille fort réduite (Chèvres naines), les autres portant une riche toison (Chèvres d'Angora), d'autres étant privées de cornes et revêtues d'un pelage lisse (Clièvres de la Thébaïde), etc.

La famille des Antil-pidés comprend une très nombreuse série de Ruminants qui se ressemblent par la structure interne de leurs cornes, mais qui diffèrent du tout au tout parU zonformation extérieure de ces appendices, .-".ussi bien que par les proportions des diverse.-^ parties du corps, la nature et la coloration du pelage. Il y a en effet des Antilopes aux formes légères, aux allures rapides, comme les Gazelles; des Antilopes au corps massif, aux membres robustes, comme les Bosélaphes ;des Antilopes qui tiennent à la fois du bœuf et du cheval, comme les Gnous, d'autres qui rappellent les Chevreuils, comme les Oréotragues et les Tétracères, etc. Comment passer en revue tant de types divers ! Évidemment il faut nous contenter d'en signaler quelques-uns.

Sous le nom de Gazelles (Gnzella) on désigne plus particulièrement des Antilopes de taille moyenne, ayant les jambes fines, le corps svelte, la tête petite, les yeux largement fendus, les cornes de longueur médiocre, le pelage coloré en fauve ou en brun et passant au blanc sur les parties inférieures et sur la face interne des membres. L'espèce la plus connue de ce genre est la Gazelle dorcas (G. ilorcas), qui habite la Syrie, 'Egypte, l'Algérie et le Sénégal.

Le Saïga (Saï^fa tato-iCt() constitue le type d'un autre genre, remarquable par son nez proéminent en avant de la mâchoire inférieure, par ses oreilles courtes et larges, son poil mou et épais. Il se trouve dans les steppes de l'Europe orientale et de la Tartarie.

Dans l'Afrique australe vivent de nombreuses espèces d'Antilopes : les Spring-bocks (Boucs sauteurs), ainsi nommés parce qu'ils peuvent, en s'enlevant des quatre pieds à la fois, franchir sans effort apparent des obstacles de 2 i 3 mètres de hauteur ; les Céphalophes, qui sont également doués d'une agilité extraordinaire ; les Eléotragues ou Antilopes des marais, qui fréquentent les bords humides des rivières ; les Gnous, i la tùte de taureau, à la queue longue et fournie comme celle d'un cheval ; les Bosélaphes, à. la physionomie stupide, au front rétréci, au garrot surmanié d'une bosse ; les Cannas, qui ressemblent à des bœufs par leur corps massif, leur queue grêle à la base, touffue à l'extrémité, leur cou d'où descend un vaste fanon ; les iNilgauts, dont la tête élégante et surmontéo de petites cornes contraste avec le corps épais et les pattes robustes, etc. Au Sénégal, au Gabon, en Abyssinie, et dans le pays de Mozambique se trouvent d'autres formes du même groupe, également intéressantes, les Oryx ou Algazelles, aux longues cornes presque droites ; les Guibs, au pelage tacheté ; les JJanotragues ou Antilopes naines ; l'Inde a les Antilopes cervichèvres,

dont l'estomac renferme des concrétions qui étaient jadis employées en médecine sous le nom de bêzoards; l'Amérique du Nord a les Dicranocères aux cornes fourchues, et une espèce de Chamois, propre aux Montagnes Rocheuses ; enfin notre pays possède aussi une véritable Antilope, le Chamois des Alpes (Rupicnpra b-agus), qui doit sans doute être identifié k l'Isard des Pyrénées.

La famille des Cervidés comprend les Cerfs, les Elans, les Rennes et les Cervules ou Muntjacs, c'est-à-dire toute une série de Ruminants aux formes élancées, aux jambes fines, au pelage luisant, à la tète surmontée quelquefois dans les deus sexes (cliez les Rennes) ou, plus souvent, chez les mâles seulement, de cornes caduques ou bois. Ces bois se montrent d'abord comme de simples protubérances de chaque côté de l'os frontal ; mais ils grandissent rapidement en soulevant la peau qui les recouvre et qui est le siège d'une véritable inflammation ; puis, à un moment donné, il sur\ient dans toute cette pariie un dépérissement par suite de la formation, à la base do prolongement osseux, d'un cercle de tubercules qui compriment les vaisseaux chargés d'apporter le fluide nourricier ; la peau se dessèche et tombe par lambeaux, et l'os mis à nu meurt et se détache du crâne. L'animal reste alors désarmé, mais bientôt la plaie se cicatrise, se recouvre d'une pellicule, et un nouveau bois, presque toujours plus compliqué que l'ancien, s'élève à la place de celui-ci. Comme ce phénomène se produit d'ordinaire chaque année, à la même époque, on peut souvent juger de l'âge d'un Cerf par le degré de développement de ses bois, qui, après avoir formé d'abord une simple pointe, une dague, de chaque côté, offrent un, deux, trois et jusqu'à cinq prolongements ou andouillers. Toutefois il n'en est pas toujours ainsi, et dans certains cas les bois restent â l'état de dagues, ou bien encore se transforment avec l'âge en lames aplaties et dentelées.

Les Cervidés habitent pour la plupart les grandes forêts, et préfèrent les pays plats ou légèrement accidentés aux contrées montagneuses. Ils vivent isolés ou en petites troupes dans diverses régions de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique et dans le nord de l'Afrique.

Le Cerf commun [L'ervus elaphis) est à l'âge adulte d'un gris brun, plus ou moins nuancé de fauve, et lorsqu'il est jeune d'un brun fauve maculé de blanc. Dans ce dernier état il porto le nom de faon. La femelle, qui est privée de cornes, se nomme biche. En France, cette belle espèce ne se trouve plus guère que dans certaines chasses gardées; mais elle est encore assez commune dans les forêts de haute futaie de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Russie. Au Canada vit un Cerf beaucoup plus grand que le nôtre, qu'on nomma le Wapiti [Cervui canadensis) .

Le Daim {Ceruus dama) se distingue facilement du Cerf commun par ses bois dont les aoJouiUersterminaux sont réunis en une masse unique, en une empaumure aplatie, et par son pelage qui, en été, présente des taches bl:inch-s sur lond brun.. Il est, dit-on, originaire des Etats barbaresques,. mais on le trouve maintenant en Sardaigne, et quelques grands propriétaires de France et d'Angleterre l'ont introduit dans leurs parcs, à titre de gibier ou comme animal d'agrément.

Le Chevreuil {Cervus capreoins) est le plus petit de nos Cervidés européens. Il a des bois à ti^e arrondie, dirigée verticalement et munie de deux andouillers seulement. Son pelage est ordinairement d un brun roussâtre.

L'Elan [AUes jubata), qui était jadis assez commun dans notre pays, mais qui à l'heure actuelle ne se trouve plus que dans les f ircts marécageuses de la Suède, de la Norvège, de la Sibérie et de l'Amérique boréale, se fait remarquer par sa forte

RUMINANTS

RUSSIE

taille et par le développement sxtraordinaire do ses bois, (|iil, cliez les mâles adultes, arrivent h peser jusqu'à 6U livres. Ces bois, au lieu de s'élever, comme cliez le Cerf, sous la forme d'une tige rameuse, s'étalent largement de chaque côté de la tète en présentant seulement quelques bifurcations et quelques dentelures.

Le Uenne [Tarandus rangifer) a le pelage rude, d'un brun grisâtre en été, d'un gris blancliàlre en hiver, les jambes plus robustes et plus courtes que celles des Cerfs, la tôte surmontée de cornes dont les ramifications s'aplatissent en palmes dentées. A UJie époque géologique relativement récente, et qui a reçu le nom à.\Uje du Renne, cette espèce habitait le sol de la France; mais aujourd'hui elle est conlinée dans les régions glacées de l'homisphère septentrional, on Laponie, en Finlande, au Groenland, dans l'extrême nord de l'Amérique. Le Renne est un animal précieux pour les habitants de ces contrées hyperboréennes, qui l'attellent à leurs traîneaux, se servent de sa peau pour confectionner des vêtements, et se nourrissent de sa chair et de son lait.

Los Muntjacs [Ceri-ulus) sont do la taille du Chevreuil, avec des formes encore plus fines et plus élégantes, un pelago plus lisse et plus lustré ; ils pourraient même être pris pour des Antilopes de petite taille si, parmi eux, les mâles n'avaient des cornes caduques et des canines supérieures développées au point de constituer de véritables défenses. Ces animaux sont répandus dans l'Inde, dans la Chine méridionale et dans les lies de Java, de Sumatra, de Bornéo et de Ceylan.

Chez les Ruminants de l'ordre ou du sous ordre des Traguliens, nous trouvons encore des canines supérieures qui, chez les mâles, font saillie hors de la bouche; mais les cornes font complètement défaut dans les deux sexes, particularité qui établit une transition vers le groupe des Caméliens. Les formes et la taille sont du reste à peu près celles des .Muntjacs. Parmi ces Traguliens on peut citer les Chevrotains proprement dits (Moschtii), qui habitent l'Asie méridionale et orientale, depuis le Népaul jusqu'en Sibérie ; les Tragules, {Tragulus), qui sont particuliers aux îles de Java etde Sumatra, et les Chevrotains aquatiques (W.'/œmoschus), qui sont confinés sur la cote orientale d'Afrique. Les Chevrotains aquatiques et les Tragulus portent une livrée d'un brun fauve, avec des raies et des taches blanches, tandis que les Chevrotains proprement dits ont un pelage uniforme. Ces derniers animaux sont, dans leur pays natal, l'objet d'une citasse très active, parce qu'ils fournissent la substance odorante connue sous le nom de musc.

Les Chameaux et les Lamas, pour lesquels on a créé l'ordre ou le sous-ordre des CAMÉLitîNS, se distinguent facilement des autres Ruminants non seulement par les caractères que nous avons indiqués plus haut, mais encore par leur aspect extérieur : ils ont la tête petite, dépourvue de cornes, les yeux saillants, la lèvre supérieure fendue, le cou long, la croupe faible, les jambes assez épaisses et souvent noueuses. En outre, chez les Chameaux (Camelus), le dos est surmonté d'une ou deux loupes graisseuses en forme de bosse, et la peau, sur certains points, est dénudée et couverte de callosités.

Les Chameaux, qui sont propres à l'Ancien Continent, sont des animaux de grande taille, au corps massif, aux allures disgracieuses. En marchant ils appuient sur le sol non seulement l'extrémité de leur sabot, comme le font les Chevaux, les Cerfs et les Boeufs, mais toute la face inférieure de leurs deux doigts, garnis en dessous d'une sorte de semelle. Grâce i cette disposition, les Chameaux peuvent s'avancer avec une certaine assurance au mi-

lieu des sables mouvants: aussi les emploie-t-on, de préférence aux Chevaux et aux Mulets, comme montures ou comme bétes de somme dans les grands déserts de l'Afrique et dans les steppes de l'Asie centrale. Ils jouissent d'ailleurs de la faculté précieuse de pouvoir supporter pendant un temps considérable la privation d'eau et d'aliments, et de vivre aux dépens de leur masse graisseuse et des liquides que renferment des cellules disposées sur les parois de leur panse. Le Chameau dromadaire {Camelus Dromedurins), qui n'a qu'une seule bosse sur le dos, est originaire de la Syrie, mais se trouve aujourd'hui répandu dans d'autres contrées de l'Asie et dans toute l'Afrique. En Chine et en Tartario, il est remplacé par le Chameau de la Bactriane [Camelus baclrianus), ou Chameau à deux bosses, qui vient de l'Asie centrale.

Les Lamas (Auchenia), qui vivent on Amérique, dans la grande chaîne des Cordillères, depuis la Nouvelle-Grenade jusqu'au Chili, se distinguent des Chameaux par des formes moins lourdes, un corps plus svelte et complètement dépourvu de bosse dans la région dorsale, des pattes moins élevées, terminées chacune pardeux doigts qui n'appuient sur le sol que par leur portion terminale. Ils se répartissent en quatre espèces que certains auteurs considèrent comme de simples variétés : le Lama guanaco lAuchenin huanaeos), l'Alpaca Aiich. pacos), la Vigogne (Àiicli. vicunna), et le Lama du Pérou (Auc/i. perunna). Dans la région des Andes ces animaux, qui s'apprivoisent facilement, sont employés comme botes de somme. Leur laine, dont la couleur varie du noir au blanc, en passant par le brun, le jaune et le gris clair, sert à fabriquer des tissus moelleux ; leur peau fournit un cuir estimé; enfin leur chair et leur lait entrent pour une large part dans l'aliiuontation des habitants de la Cordillère.

[E. Oustalet.l

UUSSIE (Géogkaphie). — Géographie générale, XVII. — 1. Géographie physique, — Situation. — La Russie, qui occupe toute l'Iiurope orientale, couvre plus de la moitié de l'étendue de cette partie du monde et la rattache h l'Asie.

Limites. — Les monts Oural, le fleuve du même nom et la mer Caspienne forment une limite plus conventionnelle que réelle entre la Russie d'Europe et la Russie d'Asie, soumises au môme souverain. Au sud, au contraire, le Caucase dresse un épais rempart entre des provinces d'Europe et d'Asie appartenant également au tsar, mais de natures bien différentes. La mer Noire, au sud; l'océan Glacial, au nord ; la mer Baltiqne, h l'ouest, baignent les côtes de la Russie, qui se rattache à la Scandinavie, du côté du N.-O., par l'isthme de Laponie, et à l'Europe occidentale par l'isthme beaucoup plus large qui s'étend entre la Baltique et la mer Noire, depuis Koenigsberg jusqu'à Odessa.

Do ce côté, la Russie est séparée de la Roumanie par le cours du Danube et celui du Pruth. Mais il n'y a pas de frontières naturelles i travers les plaines de la Pologne que se sont partagées les trois puissances contiguës, la Russie, l'Autriche et la Prusse.

Aspect général. — L'absence do montagnes est un des caractères distinctifs qui séparent la Russie du reste do lEurope. Le Valdai, qui forme entre Saint-Pétersbourg et Moscou le principal nœud orographique du centre de la Russie, ne dépasse guère -300 mètres. Et c'est do li quo le Volga, le plus long fleuve de l'Europe, mais non le plus abondant, s'écoule lentement vers la Caspienne. De là aussi descendent le Dtiiepr vers la mer Noire, et la Duna vers la Baltique ; mais partout ailleurs et autour même du Valdai, les bassins des divers fleuves ne sont séparés par aucune ligna

RUSSIE

RUSSIE

de faite tranchée, et des routes ou des canaux les i unissent aisément, quand leurs eaux ne se mêlent pas d'elles-mêmes dans les marais où ils prennent j naissance. '

Les côtes de la Russie ne sont pas non plus entaillées comme celles de l'Europe occidentale par des indentations nombreuses et profondes qui rapprochent les eaux de la mer des divers points de l'intérieur du continent- Les golfes de Bothnie, de Finlande et de Higa, sur la , Baltique, sont !i plus de 1200 kilomètres de la mer , Noire. Celle-ci n'a d'autre golfe que la mer d'Azov, que la presqu'île de Crimée ferme presque comme [ un lac. Au nord, l'océan Glacial projette la mer Blanche avec ses dépendances, les golfes de Mezen, d'Arkhangel, d'Onega et de Kandalakcha, — puis le golfe de Tcheskaia, et celui où débouche , la l'etchora. Mais en comparaison de l'étendue de 1 la Russie, qui en latitude va du iO' au 70', ces ' golfes ne sont que de petites baies sans profondeur, j Climat. — De cette uniformité du sol, et de l'éloignement de la mer, il résulte que le climat de la Russie est par excellence ce qu'on appelle un climat cnnlinental. Les pluies y sont rares, les hivers glacés, les étés brûlants. Depuis les bords de la Baltique jusqu'à ceux do la Caspienne, l'eau tombée du ciel est de moins en moins abondante. En Finlande, on en recueille annuellement une couche de 70 centimètres à I mètre, comme en France : il Astrakhan, la quantité recueillie est quatre fois moindre, et l'cvaporation enlève plus d'eau à la surface de la Caspienne que ne lui eu apportent les fleuves du Caucase, l'Oural et le Volga, quoique le bassin de ce dernier fleuve soit, à lui seul, trois fois grand comme la France. Actuellement la Caspienne est à 20 mètres plus bas que le niveau de la mer Noire, h laquelle elle fut autrefois réunie.

Les grandes différences entre les températures de l'hiver et celles de l'été sont d'autant pliis accusées qu'on s'avance davantage vers la Russie orientale. Ainsi, tandis qu'à Saint-Pétersbourg la température moyenne de l'été est de 10° et celle de l'hiver de — 7°, à Samara, sur le Volga, ces mêmes moyennes sont de 19" et de — 12°. Et la différence serait encore bien plus sensible entre les chaleurs et les froids extrêmes qu'entre les températures moyennes des deux saisons. Les lignes isothères, qui réunissent ensemble les points soumis à une même moyenne de température estivale, traversent la Russie de l'O.-S.-O. à l'E.-N.-E., de sorte que Varsovie ctTobolsk se trouvent sur la même ligne, bien que la première do ces villes soit sur le 52° de latitude et la seconde sur le 58'. Les lignes isocliimcnes, au contraire, qui correspondent aux mêmes températures moyennes de l'hiver, sont fortement relevées du S.-E. au N.-C. et il fait aussi froid pendant l'hiver à Astrakhan, voisine du iG" de latitude, qu'à Saint-Pétersbourg sur le C0«.

Comparée à l'Europe occidentale, la Russie est un pays froid et d'autant plus froid qu'on se rapproche davantage de l'Asie ; les lignes iiotlienues, qui correspondent à la moyenne des températures de toute l'année, traversent la Russie du S.-E. au N.-O., de sorte que Saint-Pétersbourg et Orenbourg ont le même climat moyen. La différence est grande du reste, sous ce rapport, entre les bords de la mer Noire, où la moyenne de l'année estde-+- lO'', et qui est la seule région de la Russie où la vigne mûrisse ses fruits, et les bords de la mer Glaciale, toujours gelés, et où ne croissent même plus les arbres. En redescendant de là vers le sud, on retrouve successivement les forêts, l'orge et le seigle qui mûrissent au sud de la mer Blanche, puis le froment dont la limite septentrionale va du golfe de Finlande aux sources de la Kama,

Pendant de longs mois d'hiver, le sol est recouvert d'un linceul de neige, les rivières et les lacs glacés, les navires bloqués dans les ports. La Petchora n'est libre que du 25 mai au 1" octobre; la Dvina, à Arkhangel, est prise pendant 190 jours. Le lac Onega est couvert de glace pendant 5 mois; le Ladoga pendant 4. La Neva reste gelée pendant 1-40 jours. La Kama, à Penn, l'est pendant la moitié de l'année, et à mesure qu'on descend vers le sud, la débâcle se produit de plus en plus tôt. Pris pendant 150 jours devant Kazan, le Volga, à Astrakhan, est libre an bout de 100 jours, le Don au bout de 125. Le Dniepr, à Kiev, est pris pendant 95 jours, et pendant 80 jours seulement à Kherson, près de son embouchure.

Pendant tout ce temps, la navigation est Suspendue en Russie, tous les trans])orts se font en traîneaux ou par les chemins de fer, et les cours d'eau les plus puissants n'opposent plus aucun obstacle aux races nomades qui les traversent librement avec leurs troupeaux, comme les ont sans doute passés nombre des barbares envahisseurs qui d'Asie se sont jetés sur l'Europe.

Fi-EuvES ET LACS. — Volya. — Le Volga naît au sud du Valdaï, tout prés de la source do la Duna, mais prend une direction opposée à celle-ci et coule à l'est jusqu'à Kazan. Après avoir franchi quelques rapides, il devient bien vite une rivière navigable. A Tver, àAlologa, àRybinsk, il est joint par trois canaux qui le relient respectivement au Volkhov, la rivière de Novgorod, au lac Ladoga, et enfin au lac Biélo et au bassin de la Dvina. A Nijni-Novgorod, le Volga reçoit par la droite l'Oka, presqu'aussi considérable que lui. C'est au confluent de ces deux puissants cours d'eau, de 1.500 mètres de large, que se tient chaque année la foire où se réunissent les marchands d'Europe et ceux de l'Asie, au nombre de deux à trois cent mille, et où les affaires atteignent un chiffre d'un demi-milliard.

L'Oka traverse la partie la plus peuplée, la plus riche, la plus industrieuse de la Grande- Russie. Elle reçoit par la droite la Zna, qui, comme l'Oka, coule du sud au nord en sens inverse du Volga inférieur, et par la gauche la Moskva, qui arrose Moscou, et la Kjasma.

A Kazan. le Volga tourne au sud. Rongeant sans cesse la falaise qui borde sa rive droite, le fleuve délaisse de plus en plus les villes bâties dans la plaine de la rive gauche. Kazan est aujourd'hui à plusieurs kilomètres du Volga et les eaux du fleuve ne baignent plus les murs de la ville que dans les grandes inondations. Peu après, le Volga reçoit par sa gauche le plus grand de ses affluents, la Kama, qui lui apporte les eaux du versant occidental de l'Oural et ouvre une route navigable vers les riches mines du gouvernement de Perm, et vers la Dvina du nord par la Vitchegda, branche orientale de ce dernier fleuve. En dessous du confluent de la Kama, le Volga passe au pied de Simbirsk, et forme une boucle prononcée vers l'orient au devant du confluent de la Samara. C'est dans la vallée de ce dernier cours d'eau que s'engage le chemin de fer d'Orenbourg, seule voie ferrée qui relie jusqu'ici l'Europe à l'Asie. De la ville de Samara, le chemin de fer côtoie la rive gauche du fleuve jusqu'à Sysran et le tra-verse en ce point sur un immense viaduc, seul pont fixe élevé au-dessus du Volga, depuis Tver. En aval de Sysran, le Volga reprend sa direction au S.-O., passe au pied de Saratov, et arrive à Zarizyn, où 60 kilomètres seulement le séparent du cours du Don. Mais au lieu de se joindre en ce point, les deux fleuves changent brusquement de direction pour couler en sens opposé ; le Volga se partage en plusieurs branches qui courent au sud-est et se subdivisent de plus en plus avant

RUSSIE

RUSSIE

•d'arriver h la Caspienne. Au milieu de ce delta s'élève Astraklian, ancienne ville dont la prospérité •va sans cesse en décroissant h. mesure que la barre du fleuve oppose pins d'entraves à la navigation. Aussi, à l'inverse des autres fleuves, sur lesquels la navigation devient en général do plus en plus active à mesure qu'on s'approche de la zone maritime, le trafic de la batellerie sur le Volga décroît rapidement en aval de Saratov et de -Zarizyn, pour atteindre son maximum sur le cours moyen du fleuve, au centre de ce réseau de 120U0 kilomètres de longueur que forment le fleuve et ses divers affluents navigables.

Don et nier d'Azov. — Le Don naît au centre de la Russie, non loin de Toula, qui appartient au bassin de l'Oka; il coule au sud, reçoit à gauche le Khoper et le Medvieditza, et k droite le Donetz qui traverse dans sa partie inférieure un riche bassin liouiller encore peu exploité, mais qui est appelé sans doute à un grand avenir industriel. Comme le Volga, le Don a sa rive gauche basse, et sa rive droite escarpée. C'est li ce qui le rejette à l'est vers le Volga. Au moment où il est sur le point d'atteindre ce fleuve, il tourne brusquement au S.-O. vers la mer d'Azov, qu'il comble de plus en plus de ses alluvions.

Dniepr, Hong, Dniestr. — Le Dniepr prend sa source dans le voisinage de celles du Volga et de la Duna, traverse Smolensk, descend au sud jusqu'à Kiev, puis au S.-O. jusqu'il Ekatérinoslav. Comme le Volga et le Don, sa rive droite est plus escarpée que sa rive gauche, et c'est de ce dernier côté qu'il épanche ses eaux sur une largeur de plusieurs kilomètres pendant les inondations. Mais contrairement h ces deux autres fleuves, il ne gagne son bassin inférieur qu'en traversant des rapides qui sont infranchissables aux embarcations, sauf quelquefois pend.int la grande crue du printemps. La navigation d'amont s'interrompt à Ekatérinoslav, pour ne repren'dre qu'en aval à Alexandrovsk. Entre ces deux villes le Dniepr coule du N au S. pour prendre ensuite la direction du S.-O. jusqu'à son embouchure en dossous de Kherson. Le Dniepr se grossit, à Kiev et par la gauche, de la Desna, et en amont de cette ■ville et par la rive opposée, de la Bérézina, de sinistre mémoire, et du Pripet. Cette dernière rivière, qui coule de l'O. à l'E. en drainant les marécages de Pinsk (entre Varsovie et Kiev), ouvre ■une communication navigable entre le Dniepr et le Niémen, d'une part, et avec la Vistule par le Boug, de l'autre. Ainsi se trouvent reliées la Baltique et la mer Noire.

Comme le Dniepr, le Boug, qui débouche dans ■le même estuaire que ce fleuve, après avoir traversé le grand arsenal maritmie de Nicolaiev, et le Dniester, qui forme la limite de la Bessarabie, sont interrompus par des rapides à la traversée du plateau granitique qui porte au nord les fertiles terres noires, tandis que s'étendent au sud les steppes arides et salines, dépourvues de toute végétation arborescente.

Bassin de lu nnllique. — La Vistule n'appartient k l'empire de Russie ni par sa source, ni par son embouchure, mais elle forme la principale artère commerciale de la Pologne, dont elle traverse la capitale, Varsovie, et où elle se grossit par la droite du Bug. Le Bug a lui-même un affluent ronsidcrable, le Narev. Une grande partie des produits de la Pologne suivent cette voie pour être embarqués à Dantzig sur les navires de mer.

De môme le Niémen, après avoir traversé Grodno et Kovrio, va finir dans la lagune prussienne du Kurische Haff.

La Duna s'écoule directement du S.-E. au N.-O. par Vitcbsk, Dunabourg et le grand port de Riga, la métropole des provinces baltiques, en aval de laquelle la Duna finit dans le golfe de Riga.

Dans le golfe de Finlande arrivent au sud, la Narva, à l'est, la Neva. La Narva sert de débouché aux lacs de Pskov et de Peipous. Par la Neva s'écoulent les lacs Saima, Onega, Ladoga et llnien, les plus étendus do toute l'Europe. C'est par le Wuoxen que les nombreux lacs remplissant les vasques granitiques de la Finlande et réunis sous le nom de lac Saima se déversent dans le Ladoga. C'est la rivière Svir qui réunit le lac Onega au Ladoga. Dans ce dernier lac arrive par le sud le Volkhov, qui sort du lac Umen auprès de l'antique ville de Novgorod. Grossie par tous ces affluents, la Neva, qui n'a guère qu'une quinzaine de lieues de cours entre SchlUsselbourg, où elle sort du Ladoga, et Saint-Pétersbourg, roule une masse d'eau aussi considérable que le Rhône ou le Rhin, et chaque année la débâcle des glaces y est terrible. Toutefois les gros navires de mer ne peuvent la remonter jusqu'à Saint-Pétersbourg et s'arrêtent à Kronstadt, qui est en même temps une forteresse formidable, défendant l'accès de la capitale.

Bassi7i de la mer Blanche. — La Dvina, le fleuve d'Arkhangel, se forme de deux branches principales : à l'est, la Vitchegda, qui par ses sources touche à la Kama et à la Petchora, et à l'ouest la Sukona, reliée par des canaux avec le Volga et le lac Onega, qui appartient an système de la Neva. La Dvina porte à Arkhangel les bois coupés dans les forêts immenses qu'elle traverse. C'est par ce . port que les Russes entrèrent pour la première fois en communication maritime avec les peuples de l'Europe occidentale, quand ils n'avaient pas encore conquis sur les Suédois les rivages de la Baltique, et sur les Turcs ceux de la nier Noire.

La Petchora, que l'Oural envoie k l'Océan glacial, traverse des pays trop peu peuplés pour avoir une grande importance économique malgré l'abondance de ses eaux.

Bassin île la Caspicmie (à part le Voltja). — A l'autre extrémité de l'Oural, le fleuve de ce nom sert de limite entre l'Europe et l'Asie, passe à Orenbourg et finit dans la Caspienne.

La même mer reçoit le Térek, venu du versant septentrional du Caucase. De ce côté aussi descend le Kouban, qui aboutit dans la mer Noire près du détroit de Kertch. Entre ces deux cours d'eau, le Kalaous, descendu du Caucase, déverse ses eaux, tantôt vers la mer d'Azov, et tantôt vers la Caspienne par la Manîtch, qui jalonne l'ancienne voie de communication entre les deux mers.

Montagnes. — Les plus hautes cimes de l'Oural n'atteignent pas 2000 mètres. Le Caucase au contraire a plusieurs cimes plus élevées que le mont Blanc : l'Elbourz dépasse 6500 mètres, le Kasbeck iSOO, et le défilé du Dariel, qui passe au pied de ce dernier et forme la principale voie de communication entre l'Europe et la Transcaucasie, franchit un col de près de 210() mètres. Le Caucase est d'autant plus majestueux et imposant k contempler en arrivant d'Europe que le pays entre la Caspienne et la mer d'Azov est peu élevé.

Le Caucase se continue en Crimée, au delà de la péninsule deTaman et du détroit de Kertch, par une chaîne d'un millier de mètres, au pied de laquelle règne une étroite corniche qui jouit d'un climat délicieux, et rappelle par sa situation et ses productions les environs de Nice et de Gênes, tandis qu'au nord-ouest le plateau va se rattacher aux steppes de la Russie méridionale. Là, dans le temps de leur prospérité, les Génois avaient fondé la colonie de CafTa, comme autrefois les Grecs avaient couvert de leurs comptoirs les rivages de la mer Noire. A l'ouest, la cliaine de Crimée se termine par le cap Chersonèse, sur lequel s'étaient établies les armées alliées pour assiéger Sébastopol.

Page 1