II. Géographie agricole, industrielle et com
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meroiale. — Agricultcre. — Zones de culture. — Au point de vue des productions agricoles, la Russie se partage en cinq zones. Au nord la zone glaciale est couverte de rochers ou de marais tourbeux, gelés pendant la plus grande partie de l'année et qui ne sont propres qu'à nourrir quelques rennes. Au sud de la zone glaciale, la zone forestière couvre la Finlande, les gouvernements d'Olonetz, d'Arkliangel et de Vologda. Dans la partie septentrionale on ne trouve d'abord que des arbrisseaux, puis des pins et des bouleaux, et à mesure qu'on descend vers le sud, ceux-ci font place aux sapins, mélèzes, cèdres, trembles, puis aux tilleuls et aux chênes. Dans les gouvernements d'Olonetz et de Vologda, les bois couvrent les 9/10 de la superficie. Dans toute la région forestière, la chasse et la pèche forment avec l'exploitation des forêts (coupe du bois, fabrication de la potasse, du goudron, de la térébenthine), les principales ressources d'une population du reste très clairsemée, qui ne récolle qu'un peu d'avoine, de seigle ou d'orge et mélange souvent à son pain de la sciure de bois pour en augmenter le volume sans le rendre plus nutritif.
Au sud du golfe de Finlande, les forêts deviennent plus rares, les défrichements plus étendus ; aux grains secondaires comme l'orge, le seigle et l'avoine, se mêlent maintenant les champs de froment ou de lin. Les chênes remplacent en ' partie les arbres verts. Là commence une troisième région qui occupe l'ouest de l'empire et comprend les provinces baltiques, la Lithuanie, la Pologne. Les forêts couvrent encore la moitié de ce territoire, mais les chênes, les ormes, les tilleuls, les frênes et les érables s'y mêlent aux sapins et aux pins comme dans l'Europe occidentale, et on voit réussir sous un climat plus doux ^ le froment, le seigle, le lin, le chanvre, la betterave. Les prairies se couvrent aussi de troupeaux.
Au sud des forêts et des marais qui limitent la Pologne du côté du S.-E., on entre dans la zone des terres noires. Les arbres n'y croissent pas spontanément, mais le sol s'y recouvre d'herbes assez hautes pour cacher à la vue un cavalier monté. Les débris de cette végétation accumulés depuis des milliers d'années y ont formé une cou- ' che de terreau dont l'épaisseur varie de 60 centi- ! mètres à 1>°,50. La zone des terres noires [Tcliev- \ nozon) s'étend du S.-O. au i\.-E. à travers toute la Russie et res>emble à un pont jeté sur cet empire ' depuis la Galicie et l'Europe occidentale jusqu'à | l'Oural, du cùlé de Kazan et d'Orenbourg. Son ' étendue est presque double de celle de la France, \ son sol produit dos céréales sans se lasser, de sorte que l'on a comparé la richesse qu'en peut retirer la Russie à celle dont les Anglais sont redevables à leurs mines de houille. Les engrais capables de fournir l'azote que renferme la terre | noire, ne vaudraient pas moins de seize milliards, et là l'engrais est déjà transporté et assimilé au sol.
La terre noire est, comme la Hongrie dont le sol est analogne au sien, un des grands centres de production des céréales pour toute l'Europe, et l'étendue qui y est ensemencée ne pourra qu'augmenter, à mesure que des voies ferrées j plus nombreuses en amèneront plus économiquement les produits aux poris d'embarquement d'Odessa et de la mer d'Azov. ]
La cinquième zone de la Russie est celle des steppes qui occupent les bassins inférieurs du Dniepr, du Don et du Volga, et s'étendent le long de la mer Noire et de la mer d'Azov jusqu'à la Caspienne. Ces steppes, où ne pousse aucun arbre, se recouvrent au printemps, après la fonte des neiges, d une herbe savoureuse qui nourrit de î grands troupeaux de bœufs, de moutons et de , chevaux. L'aliitude de ces steppes va en dimi- |
nuant du coté de la Caspienne, où brillent un certain nombre de lacsrecouverts de cristauxdesel. Productions agricoles. — Après les Etats-Unis, la Russie est le pays du monde où l'on récolte le plus de céréales (hûO millions d'hectolitres). Aucun ne la dépasse pour la production du lin et du chanvre. La betterave est aussi de plus en plus cultivée, dans la Pologne, le sud et l'ouest de la Russie. La récolte des pommes de terre, très considérable, est en partie convertie en alcool.
Les troupeaux sont très nombreux en Russie. On y compte plus de IG millions de chevaux, soit 5 chevaux pour '.'5 habitants, tandis qu'en France nous n'en avons que 2. Les trotteurs russes sont recherchés pour leur rapidité ; les chevaux des Cosaques sont connus pour leur rusticité et leur résistance à la fatigue.
Sous le rapport des bêtes à cornes, des moutons, des porcs, la Russie est aussi plus riche que les autres pays de l'Europe, mais d'une manière absolue seulement. Relativement à la population, l'Europe occidentale possède un plus grand nombre de bêles à cornes, l'Angleterre et la France sont plus riches en bétes à laine ; l'Autriche et l'Allemagne ont la supériorité pour le nombre des porcs. La Russie a donc encore bien des progrès à accomplir pour tirer meilleur parti de son sol. L'émancipation des serfs sous le dernier règne a déjà fait faire un grand pas en affranchissant les paysans et en les rendant propriétaires. Mais, d'une part, les procédés de culture sont souvent fort arriérés, et, d'autre part, les institutions communales d'ujie grande partie do la Russie, qui mettent les terres en commun, ne stimulent peut-être pas autant les effort» individuels que celles des pays où la propriété privée est constituée.
Industrie. — Mines. — La Russie possède dans l'Ou rai de riches mines de métaux. Depuis un siècle environ qu'on s'est mis à les exploiter on en a retiré plus de 700,000 kilogr. d'or; elles produisent annuellement oOÛO tonnes de cuivre, et c'est à peu près le seul point du monde où l'on trouva du platine.
Le fer forme de nombreux gisements autour de Perm, et est aussi exploité à Pétrosavodsk, sur les bords du lac Onega, où l'on trouve de riche minerai de fer magnétique presque pur, et où cette extraction a fait établir une fonderio de canons et une fabrique d'armes, dès le règne de Pierre le Grand. De même Toula, qui est un petit Birmingham russe, se trouve au milieu des mines de fer.
L'Oural renferme aussi des pierres précieuses, comme la malachite, et des mines de sel gemme. Le reste du sel consommé dans l'empire est fourni par les lagunes des bords de la mer d'Azov et de la mer Noire, et les lacs des steppes Les terrainshouillers couvrent une grande surface en Russie, mais sont encore fort mal exploités. Cependant en dix ans, de 1804 à 1874, la quantité extraite a presque décuplé et de 175,000 tonnes a passe à I, '200,000- Bientôt sans doute la production nationale équivaudra en importance à l'importation étrangère, qui est de 'J millions de tonnes environ. Le principal bassin est celui du Donetz; d'autres existent en Pologne, sur les confins de la Silésie et dans l'Oural.
Manufactures. — Les manufactures ne sont pas encore très nombreuses en Russie ; ainsi l'indtistrie du coton, qui occupe le plus grand nombre de bras et dont les produits atteignent la plus haute valeur, ne possède encore que la moitié des broches employées en France. Ces établissements sont concentrés autour de Saint-Pétersbourg. Moscou, Vladimir, et Lods, en l'ologne Après la filatiire et le tissage des cotons, les principales industries manufacturières de la Russie sont la fabrication des draps à Moscou, en Pologne, et dans la Grande- Russie en général ; la préparation des cuirs, re-
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cherchés pour l'odeur que leur communique réoorce de bouleau qui sert îi les tanner ; la filature et le tissage du lin et du chanvre, qui se fait dans les campagnes ; la construction des macliines, la préparation des suifs, et des produits chiiniquos tels que la potasse, pour utiliser les troupeaux des steppes et les bois des forôts; la fabrication de quincaillerie i Moscou, Toula, Nijni-Novgorod.
En résumé les manufactures forment cinq groupes principaux autour do Moscou (c'est le plus considérable), de SaiutPélersbourg, de Riga, de Kiev, et eu Pologne. Et les industries qui ont fait le plus de progrès pendant ces dernières années sont celles du coton, du sucre de betterave, des machines et des cuirs.
Commerce. — A l'extérieur, la Russie n'envoie guère que des matières premières. Les céréales à elles seules forment par leur valeur les deux tiers de l'exportation générale. Puis viennent le lin à l'état de graine ou de filasse, les bois, les laines, le chanvre, et le bétail, souvent infecté par des épizooties dont il transmet le germe dans les pays de l'Europe occidentale, où on le transporte.
En échange on importe en Russie de la quincaillerie et divers objets manufacturés, tissus ou autres, du thé, principale boisson des Russes et qui jusqu'ici est apporté de Chine par les caravanes, du coton venu de l'Asie centrale, des vins et liqueurs, du tabac.
C'est avec l'Allemagne que la Russie entretient le plus de relations commerciales, à cause de la frontière commune aux deux Etats, par où passent beaucoup de marchandises en provenance ou i destination de l'Europe occidentale. L'Angleterre vient au second rang, puis la France et l'Autriche- Hongrie.
La plus grande partie de ce trafic s'opère par mer; cependant l'importation est presque aussi considérable par terre que par mer, parce qu'elle comprend surtout des objets manufacturés et chers que transportent les chemins de fer. Le commerce maritime se fait plutôt par les ports de la Baltique que par ceux de la mer Noiie ou de la mer d'Azov et surtout que par ceux de la mer Blanche et de la Caspienne. La mer Caspienne occupe le dernier rang pour l'exportation, la mer Blanche pour l'importation.
Ports de ttier. — Saint-Pétersbourg et Riga sont les débouchés les plus rapprochés et les plus commodes vers l'Europe occidentale de la Grande Russie et de la Russie occidentale, qui forment les régions les plus peuplées de l'empire. Revel, en Ehstonie, et Libau, en Courlande, occupent respectivement des positions plus avancées que Saint-Pétersbourg et Riga, et sont plus vite débarrassées des glaces. Viborg, Helsingfors et Abo sont les principaux ports de la Finlande. Taganrog, Rosiov et Berdiansk, sur la mer d'Azov, Odessa, sur la mer Noire, sont les principaux débouchés des céréales de la région du Tchornozon (la terre noire). Sébastopol, ruiné par la guerre de Crimée et le traité de Paris qui avait neutralisé la mer Noire en 185G, reprend son ancien rûle depuis que ce traité a été dénoncé en l870. Il est relié à Saint-Pétersbourg par un chemin de fer. Ses fortifications relevées et augmentées sont plus formidables que jamais. Son excellent port abrite une flotte puissante. Nicolaiev, près de l'embouchure du Boug dans le liman du Dniepr, renferme les établissements militaires et les arsenaux qui travaillent à l'armer. Nous avons déjà nommé Kronstadt, près de Saint-Pétersbourg. Astrakhan, bien que voisin de l'embouchure du Volga, ne fait pas un grand commerce maritime. La pèche, fort importante sur ce fleuve et dans la mer voisine, alimente un grand trafic. Arkhangel, sur la mer Blanche, a été dépossédée, par la fondation de Saint-Pétersbourg, d'une grande partie des re-
lations qu'elle entretenait avec l'Europe occidentale. Du reste, son port bloqué parles glaces pendant plusieurs mois chaque année et la population clairsemée qui l'entoure ne sont pas des conditions favorables pour le commerce de cette ville, malgré l'étendue du bassin de la Dvina qui y trouve son débouché naturel.
Marine. — La flotte commerciale de la Russie n'occupe qu'un rang secondaire dans le monde, malgré les matériaux de construction que le pays possède en abondance. Elle n'est que de 3 à 4 000 navires, jaugeant une centaine de tonnes en moyenne. La flotte de guerre est de près de 400 navires, jaugeant 2JO,000 tonnes.
Navigation intérieure. — Bien plus considérable est la flotte qui dessert la navigation intérieure. On construit chaque année I0,0ii0 embarcations de cette sorte, dont la plupart sont dépecées en arrivant au bas du fleuve qu'elles ont descendu. Quelques-uns de ces bateaux de rivière atteignent des dimensions considérables. Sur le Volga, il y en a qui portent jusqu'à 2000 tonnes ; 400 tonnes est le maximum sur la Dvina ouïe Don, 200 sur le Dniepr.
Nous avons fait connaître, en décrivant les fleuves et les rivières, les canaux qui relient leurs bassins entre eux.
Ch'tnins de fer. — Le réseau des chemins de fer, moins développé que dans les pays riches et industrieux de l'Europe occidentale, va en resserrant de plus en plus ses mailles. Actuellement, il comprend 2;),OuO kilomètres en exploitation : dix fois moins qu'en France, relativement à la superficie des deux pays desservis. Moscou en est le principal centre. Les points extrêmes en sont au nord et à l'est: Vologda, Nijni-Novgorod, Orenbourg, Saratov, 'l'sarJlsin. Il s'avance jusqu'à Vladikaukasz, au pied du Caucase, à Sébastopol, à l'extrémité de la Crimée, se relie aux railways de la Roumanie, de la Galicie et de la Prusse, et va jusqu'à Abo, à l'entrée du golfe de Finlande.
111. Géographie politique. — Divisions adminisiratwei et villes priiici/jales. — La Finlande forme un grand-duché distinct du reste de l'empire de Russie, mais soumis au même souverain. Celui-ci y est représenté par un gouverneur général qui préside le Sénat finlandais. Ce pays a des représentants et des diètes qui ti'existcnt pas en Russie. L'armée, la flotte, et toute l'administration en général sont indépendantes de celles de la Russie. Helsingfors (40,000 hab.) est la capitale politique de la Finlande. Abo en est la métropole religieuse et judiciaire. Les Finlandais sont en majorité luthériens et de race finnoise.
Les autres gouvernements de l'empire se classent en plusieurs grands groupes d'après leur situation géographique, les traditions historiques, les nationalités iju'ils renferment.
A l'ouest, les Provinces balliques comprennent les gouvernements de Saint-Pétersbourg; d'Ehstonie, capitale Revel ; de Livonie, capitale Riga ; de Courlande, capitale Mitau. Los villes les plus considérables situées dans ce groupe sont la capitale del'empiri'^qui renfermeprès de 700,000 habitants, lliga, dont la population est de 100,000 habitants, et Kronstadt (50,000 liab.}.
La Husste occidentale comprend les gouvernements de Kovno, Vitebsk, Mohilev, Vilna (63,000 hab.), Grodno, la Volliyuie, capitale Jilomir, et la Podolie, capitale Kamcnetz.
Cette région correspond au noyau de l'ancienne principauté de Lithuanie.
Le royaume de Pologne est divisé en dix goiivernements, dont les chefs-lieux sont : Varsovie (:i00,000liab.), la troisième ville de l'empire, Souwalki, Lomza, Plock, Kalisz, Piotkrov (ville principale, Lods 40,000 hab.), Siedlce, Kielce, Radom et Lublin.
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La Petite Russie comprend les gouvernements de Kiev (130,000 hab.), avec Berditchev (environ 80 OOOliab. presqu' exclusivement juifs); do Tchernigov, de Poltava, et de Kliarkov (près de 100,000 hab.)- Le principal centre de cette région, Kiev, est une des métropoles religieuses de la Russie. C'est par là que le christianisme a été introduit de Constantinople en Russie, et les pèlerins viennent se presser en foule autour de ses monuments religieux. .
La Nourelle Russie ou Russi'^ méridionale a été la dernière conquête faite par les tsars sur les Turcs et les Tartars. Elle comprend la Bessarabie, capitale Kichenev (100,000 hab.), villes principales Akkermann (40,000 hab.) et Bender, sur le Dniestr ; les gouvernements de Kherson (4.i,000 hab.), ■villes principales, Odessa (185,000 hab.l et Nicolaiev (8;., 000 hab.); de Tauride, capitale Simféropol ; d'Ekatérinoslav, villes principales Taganrog (S0,000 hab.l et Rostovsur le Don, grand port d'expédition pour les céréales ; et le gouvernement de l'armée du Don, chef-lieu Novo-Tcherkask, près de l'embouchure du Don.
La Grande Russie comprend tout le centre de l'empire : au nord, les gouvernements d'Arkhangel, Olonetz et Vologda; à l'ouest, celui de Novgorod, première capitale de la Russie, peuplée au moyen âge de plusieurs centaines de mille liabitants quand elle était le centre du commerce de la Russie avec les villes hanséatiques ; Pskov, sa •voisine et sa rivale à cette époque, est la capitale d'un autre gouvernement de la Grande Russie. , Puis viennent ceux de Tver, laroslav, Kostroma, Vladimir, Nijni-Xovgorod (45,000 hab.), Kiazan, Toula (00,000 hab.), Kalouga et Smolensk, groupés autour du gouvernement central de Moscou. ■Cette dernière ville renferme plus de 600,000 habitants. Enfin, dans le sud de la Grande Russie, se trouvent les gouvernements d'Orel, Tambov, ■Koursk et Voronej.
A l'est de la Russie, l'ancien royaume de Knznn comprend les gouvernements de Viatka, Perm (celui-ci, achevai sur l'Oural, appartient en partie h l'Europe et en partie à l'Asie), Kazan lOO.OOi) hab.) et Simbirsk. Principal centre des populations tartares de la «ussie, Kazan est en même temps une ville universitaire.
L'ancien royaume d'Astrakhan comprend les gouvernements d'Oufa et Orenbourg (à cheval sur l'Oural), Samara'(50,000 hab.), Saratov,{85,000 hab.), et Astrakhan (50,000 hab.).
La lieutenance du Caucase s'étend au nord de cette chaîne en Europe, et au sud, en Asie. La partie du nord comprend les gouvernements de Stavropol et les territoires du Kouban, sur la mer d'Azov, et du Tcrek, sur la mer Caspienne. Population. — D'après les derniers recensements officiels, la population de la Russie d'Europe (sans la Finlande, la Pologne et le Caucase) était de 06 millions d'habitants, celle de la Finlande de 2 millions, celle de la Pologne de G millions et demi. Enfin la partie septentrionale du Caucase renferme 1,850,000 liabitants. Cette population augmentant très rapidement (1 million par an), elle doit dépasser maintenant 80 millions. D'après les recensements successifs, on a calculé qu'elle doublait en 05 ans, tandis qu'en France ce n'est qu'au bout de plus de 200 ans qu'on arriverait i ce même résultat. Et comme la vie moyenne est beaucoup plus courte en Russie que dans le reste de l'Europe (24 ans seulement), il faut que le nombre des naissances y soit très considérable. Cette population est encore très peu compacte. En moyenne, on ne trouve guère sur l'ensemble de la Russie d'Europe que 15 habitants par kilomètre carré. La Suède et la Norvège offrent seules en Europe des populations encore plus clairsemées. La rigueur du climat en est en partie la cause ;
mais, dans la Russie méridionale, il y a encore bien des terres fertiles à mettre en culture dans la steppe, et des colonies à fonder, comme on l'a déjà fait à plusieurs reprises, notamment avec des Allemands dans la Nouvelle Russie.
Actuellement la population est très inégalement distribuée. C'est autour de Moscou et au sud de cette ville, dans la Grande Russie, \h où se trouvent réunies les ressources de l'industrie et de l'agriculture, que les habitants sont le plus pressés. Le même fait a lieu en Pologne pour la même raison. Et encore dans aucun gouvernement la densité kilométrique n'atteint-elle le cliiffre de 60 habitants, tandis que la moyenne de la France entière est 70. Mais autour de ces régions relativement populeuses de la Russie, la densité va sans cesse en diminuant, pour ne plus être que de 3 habitants par kilomètre dans les steppes qui bordent la Caspienne et do moins d'un habitant par deux kilomètres dans le bassin de la Petchora.
Races. — La Russie, ayant servi de grand chemin à toutes les invasions qui, de l'Asie, se sont avancées vers l'Europe, garde dans son sein des restes de toutes ces races successives qui ne se sont pas encore fondues les unes dans les autres. Au centre dominent les Slaves, d'origine aryenne comme les peuples de l'Europe occidentale, mais plus ou moins altérés par leur croisement avec les races jaunes qui, sous le nom de Finnois, au nord, et de Tartares, slm sud, ont menacé h diverses reprises de les absorber, avant d'être définitivement vaincus.
I Les Slaves, qui semblent être les descendants des Sarmates ou Scythes de l'antiquité, se sont eux-mêmes divisés en plusieurs branches souvent en lutte les unes contre les autres, et différant entre elles par les mœurs et la langue.
Les Grands Russiens ou Moscovites, les plus nombreux puisqu'on en évalue le nombre h 40 millions, ont souvent été accusés par les autres Slaves d'être des Mongols, des Tartares ou des Finnois usurpant la nationalité slave. Ils sont seulement de sang plus mélangé que les autres Slaves, et ont su établir leur suprématie dans l'empire.
Ees Petits Russiens, au nombre de IG ou U millions, s'appellent aussi Oukrainiens, et occupent tout l'espace compris entre le Doiietz en Russie, le San (tributaire de la Vistule) en Galicie, et les sources de la Theiss.
Les Polonais, au nombre de 5 millions, forment un groupe de Slaves bien compact, avec quelques îlots dispersés dans la Petite Russie et la Russie Blanche.
Cette dernière comprend les plaines couvertes de forêts qui s'étendent de la rive gauche de la Duna aux marais du Pripet. Les Russes blancs sont au nombre de 3 à 4 millions.
Les Juifs (sémites), au nombre de 3 millions, se rencontrent dans toutes les villes de commerce de l'ouest de l'empire.
Les autres races aryennes sont moins fortement représentées. Les Letles, qui habitent la Livonie et la Courlande, dépassent le million; les Lithuiniiens, au nombre de 1,000,000, occupent le bassin du Niémen depuis Vilna jusqu'à la mer.
Un million à'.illemands sont dispersés dans tout l'empire, notamment à l'état de cultivateurs dans les colonies agricoles de la Nouvelle Russie. Ils occupent aussi beaucoup de fonctions administratives; le commerce, la fortune et la propriété du sol sont entre leurs mains dans les provinces baltiques. Presque aussi nombreux sont les Roumains, anciens Daces latinisés qui occupent la Bessarabie. ,
Les Suédois, anciens maîtres de la Finlande, y sont encore au nombre de 300 nOO. Puis viennent des Grecs, des Arméniens, des Rutyares, des
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Set-bes, priiicipalemont établis au voisinage de la mer Noirn.
Parmi los races finnoises, les Fmlandais se distinguent par leur degré avancé de civilisation. Us l'emportent aussi par le nombre, car ils sont plus de 1,800,000 entre le golfe de Finlande et le golfe do Botnie. Les Knréliens, qui leur confinent à l'est et s'étendent jusqu'au bord de la mer Blanche, sont de même race que les Finlandais, mais s'en distinguent par leur taille plus élancée et la couleur brune de leurs cheveux. Ils sont 3,00000.
Au sud du golfe de Finlande, ot jusqu'au lac Péipous, habitent 800,000 Ehstes et Livonkns, frères de race des Finlandais.
Le bassin du Volga renferme de son côté d'autres Finnois : ce sont les Mordues ou Mordvines, au nombre d'un million, entre l'Oural et les sources de l'Oka ; les Tchouvachfs, au nombre de 700,000, dont le gouvernement de Kazan forme le centre; les Votiaks (Viatka) et les Tcliéréniisses, qui occupent aussi les bords du Volga. Puis, au nord, d'immenses espaces sont occupés par les Pet-miens (150,0(i0), les Lapons et les Samoyédes, au nombre de quelques milliers seulement. Les Lapons s'étendent au nord des Finlandais jusqu'en Suéde; les Samoyédes occupent tous les rivages de l'océan Glacial, à l'est de la mer Blanche.
Ces derniers sont frères de race des Kalmouks, autres llongols de religion bouddhique, qui habitent les steppes de la Caspienne, entre le Don et le Vol^a, et y mènent, au nombre de 120,000, une existence exclusivement pastorale.
Parmi les représentants de la race tartare, les principaux sont les Tartaresde Kazan, au nombre de plus d'un million, les Daclikirs des gouvernements d'Oufa et d'Orenbourg (750 000), les Kirghiz des bords de la Caspienne (180 000), les Tartares de Crimée.
Reliyions. — Toutes ces races, très différentes au point de vue des mœurs et du degré de civilisation, n'ont pas adopté le même culte. On compte 05 millions de chrétiens grecs qui suivent la religion orthodoxe, dont le tsar est le chef, et dont la direction est confiée à un saint-synode. Mais dans ce nombre sont comprises de nombreuses sectes hérétiques, dont les adeptes cherchent à se cacher pour éviter la persécution officielle. Certaines de ces sectes refusent le service militaire, d'autres ne reconnaissent pas le clergé actuellement en exercice; il y en a une enfin qui prêche la mutilation.
Il y a peu de pays au monde où les pratiques religieuses soient plus observées qu'en Russie, où les reliques soient plus honorées, les pèlerinages plus nombreux malgré la longueur et les fatigues des voyages, les jeûnes plue fréquents.
En dehors du culte orthodoxe et des sectes dissidentes, on compte en Russie 8 millions de catholiques romains, principalement en Pologne, 3 millions de protestants, autant d'Israélites, i millions Ë' demi de niahométans. Beaucoup de peuplades arriérées, comme les Tchérémisses, bien que convertios;nomiualement au culte orthodoxe, ont conservé beaucoup de coutumes des anciens cultes païens ou musulmans qu'elles ont successivement pratiqués. Les Samoyédes sont encore païens.
Gouvernement. — Le gouvernement de la Russie est une autocratie absolue, et ne peut pas être comparé aux gouvernements parlementaires de l'Europe occidentale Ce n'est que depuis moins de deux cents ans que Pierre le Grand a commencé à, tirer les Uusses de l'état de barbarie où les avait plongés l'invasion mongole , sous laquelle ils avaient succombé. Ce n'est que le tsar Alexandre II qui a entrepris l'émancipation des serfs. Les assemblées électives n'ont com-
mencé qu'avec l'Institution des Zemslvos, élusdans cliaquo gouvernement par les trois corps do la noblesse, du clergé et des paysans. Leurs attributions ne sont du reste pas fort étendues, et la gouvernement central, au besoin, casse les assemblées, quand leurs décisions lui déplaisent.
L'état de l'empire, au point de vue de la liberté, est singulièrement différent de celui de tous les autres pays voisins. La police y est toute puissante et fait déporter suivant son bon plaisir les citoyens en Sibérie. Cette absence de liberté de la nation ne semble pas avoir procuré aux souverains et aux personnages qui les entourent une sécurité on rapport .avec leur puissance, puisque la Russie a été à diverses reprises ensanglantée par de terribles attentats, auxquels les Nihilistes doivent actuellement leur sinistre réputation.
Armée. — Comme puissance militaire, la Russie occupe un des premiers rangs dans le monde. C'est elle qui peut lever le plus do soldats, et sestroupes ont montré dans plus d'une guerre d'excellentes qualités de bravoure, de discipline, do résistance aux privations. L'abnégation entre dans leur caractère qui n'est pas exempt de fatalisme» et le dévouement h. la personne du tsar est un véritable culte dans l'armée.
Parmi les soldats russes, il convient de citer les Cosaques, qui conservent toujours leur organisation militaire et dont le grand-duc héritier est Vatuman ou chef nominal. Leur origine remonte au temps où les Tartares dominaient encore dans la steppo, d'où ils poussaient chaque année leurs expéditions de pillagei sur les terres occupées par les chrétiens. Ceux-ci leur opposèrent les Cosaques, soldats d'aventure, qui s'établirent dans le pays disputé entre les deux nations et y contractèrent l'Iiabitude de la guerre dans leurs luttes et leurs combats continuels. Possessions en deliors de l'Europe. — Nous avons décrit, h l'article Asie, les possessions des Russes au sud du Caucase, dans l'Asie centrale et en Sibérie. En joignant la superficie de ces possessions (16 millions et demi de kilomètres^ carrés) il celle de la Russie d'Europe (5 millions et demi), on trouve pour l'empire russe entier une étendue plus grande que celle de toutes les possessions anglaises réunies. Nul souverain au monde ne règne sur des Etats aussi grands que ceux du tsar. Ajoutons que la Russie ayant fait en Asie des progrès considérables, sur lesquels elle ne semble pas appelée à revenir, cette supériorité n'est probablement pas près de disparaître. Mais un plus grand nombre de sujets reconnaissent l'autorité de l'empereur de la Chine ou celle de la reine des Iles Britanniques, impératrice des Indes. En chiffres ronds, le premier règne sur 400 raillions d'hommes, la deuxième sur 250, et le tsar sur 100 millions. [G. Meissas.]
nUSSIE (Histoihe et littérature). — Histoire générale, XXXIll ; Littératures étrangères, XX. — Chacun sait que l'Europe moderne est partagée entre trois grandes races rivales. Les Latitis en occupent l'ouest et le sud; les Germnnis le nord et le centre ; les Slaves sont massés en orient. Chacune de ces grandes familles se subdivise en un certain nombre do peuples unis entre eux par la communauté d'origine, la similitude des moeurs et surtout l'analogie des idiomes. Chez les populations latines comme chez les populations germaniques, la même race est représentée par un certain nombre de nations indépendantes qui se font équilibre et rendent impossible l'absorption des différents peuples en un seul. Chez les Slaves, au contraire, derniers nés de la civilisation européenne, les divers rameaux de la branche commune tendent manifestement à se réunir en un seul et immense État. Cet État, c'est la Russie,
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qui paraît douée d'une puissance expansiye et lune force d'assimilation supérieures à colle de l'Allemagne, et au moins égales à celle des Etats- Unis d'Amérique. . . , , . „„„ Nous ne pouvons raconter ici la longue et confuse histoire du peuple russe, qui n'est autre (|ue celle de l'Europe orientale, bornons-nous hjesamer en quelques mots les origines de la Uussie primitive, à rappeler les grandes étapes qm ont signalé sa marclie, son développement social et ses conquêtes jusqu'il l'époque contemporaine. Nous terminerons par un expose rapide de la situation actuelle du pays et de ses destinées pro-
''t'ïés origines d, la Russie. - C'est aux historiens grecs et aux monuments scythiques seuls que nous pouvons demander le peu que no"s sachions sur la Russie primitive. Vers le sixième siècle avant J.-C. des colons grecs partis les uns de Milet, les autres de Mégare fondaient sur la côte s'eptentrionale du Pont-Euxin me Noire) les premiers établissements d ou soilirent peu à peu les cités commerçantes d Odessos de Tyras, d'Olbia (aux bouches du Dniepr), de Chersonnesos (non loin de Sébastopo ), de Palakion (Balaklava ,Tl.éodosie (Caffa) Pantiçapée (Kertc 11, Phanagorie (sur le détroit d'Ienikale), Tanais (sur le Don) et divers comptoirs sur le flanc du Caucase Dans la grande plaine qui s'étend au nord de ia mer Noire, les voyageurs et les colons grecs découvrirent de nombreuses tribus barbares que l'historien Hérodote nous a dépeintes. Ces^aces primitives et nomades, tour à tour connues sous les noms de Cimmoriens de Scjtlies de Massagètes, de Sarmatcs, sont les premières nui nous apparaissent comme ayant peuple le grand déserïde la Russie du sud. Les kourganes sorte de monticules oblongs iiui parsèment la plaine russe au nombre de plus de trente mille sont les seuls monuments que ces tribus errantes et les Slaves qui leur succédèrent aient laisses. L'ouverture de ces tombes où reposent les squelettes des guerriers barbares, a révèle aux modernes archéologues de curieux détails sur la religion, les mœurs et les usages de ces temps primitifs uremière époque de civilisation rudimcntaire par laquelle tous les peuples ont successivement passe. Survint la grande migration des races qui bouleversa le monde barbare et détermina la chute de ['empire romain. Les Alains les Goths, es Huns élevèrent tour à tour sur 1 Europe orientale leur fragile domination. Les Roxolans (Russesi avaient déji paru, s'efforçant de briser le joug imposé par la nation germanique des Golhs Au milieu de la grande bataille des f 7'«^;, <>" « " trevoyait vaguement se dessiner la famille i^lnie (c'est-à-dire « les hommes 9'",f°'''^"' ,»• P^f "P; position aux Germains, appelés par les Slaves « les muets "1. Au ix* siècle de notre ère, les Slaves occupaient déjà la Russie occidentale et Ta Pologne^'^du lac llmen aux monts Karpathes etiusqu^au cours moyen du Dniepr. Mais ils étaient divisés en tribus nombreuses, errantes, toujours en armes. De tous côtés les entouraient des races ennemies : au nord-ouest, les Finnois, population mystérieuse et primitive ; à l'ouest, «ur le Niémen et la Duna, les Lithuameus, qui se fond rent plus tard avec les Polonais ; au sud et k 1 est, d'innombrables peuplades turques, aussi féroces que sauvages, les Avars, l-s Kh„zars, les Dolgares, les pelrhé'iégues et les P^lovlsi. .
L'espace nous manque pour esquisser ici le tableau des mœurs de la Slaùe primitive, la religion sans prêtres du dieu Péroun, les cnants des bardes la légende des héros (Hia de Mourom), les funérailles et les mariages. Notons pourtant deux institutions politiques, le mir (ou la conimune souveraine), le volost (ou le .canton auto-
nome), si profondément conformes au génie particulier des peuples slaves, qu'aucune révolution depuis lors n'a pu les effacer.
La grande ville de Novgorod était déjà le centre des SÎaves du Nord, entre les sources du Volga et le golfe de Finlande. C'est là qu'arrivèrent, à l'appel des habitants, quelques aventuriers Scandinaves, frères des Normands qui dès lors infestaient les côtes de France. On les appelait les Vai-ègues. Leurs trois chefs, Rourik, Sinéous et Trouvor, allaient fonder, grâce à leur supériorité militaire, le premier empire russe sous des chefs étrangers (8m2). ....
Deux autres guerriers Varègues fondaient, vers le même temps, une domination éphémère a Kiev, où ils furent massacrés par le successeur de Rourik, après avoir tenté do surprendre Constantinople. .
II. Dominatinn de Kiev. Les princes hormands. — Maître de Kiev par ce double meurtre, Oleg, frère de Rourik, y établit le centre du nouvel empire, qui s'étendait de Novgorod aux frontières de la Hongrie. Il tenta contre Constantinople une expédition qui faillit réussir (i)07). Son successeur I<'or, fils de Rourik, renouvela cette tentative avec une nombreuse fl.ittille. Byzance ne fut sauvée que par le feu grégeois. De retour en Russie, Igor fut pris et massacré par les Drevlianes (94.i). , ,,„
Sa veuve, la .< sage « Olga, le vengea cruellement en brûlant la ville de Korostliène. Convertie au christianisme dans un voyage à Constantino; nie elle s'efforça vainement d'entraîner à la loi nouvelle son fils Sviatoslav. Celui-ci, poussé par l'esprit d'aventure et la soif des conquêtes, comme nos premiers Mérovingiens, entraîna ses jiordes guerrières du Don jusqu'au Balkan (9i;4-9i2). Là, il écrasa la nation des Khazars. Ici, il fit trembler l'empire grec et soumit toute la Bulgarie. Mais le vaillant Jean Zimiscès le repoussa d Andrinople et extermina son armée sur le Danube, à Dorostol (Silistrie). . ... „
Cependant l'heure était venue où 1 influence byzantine allait amener le triomphe du christianisme chez les princes de Kiev. Vladimir, un des trois fils de Sviatoslav, après avoir massacre ses frères et conquis leurs provinces, tout couvert de crimes comme notreClovis, imagina de reformer le vieux culie des Slaves. Il faut lire dans le chroniqueur Nestor, moine de Kiev, la curieuse histoire de l'ambassade envoyée par le barbare pour étudier tour à tour la religion des juifs, des mahométans, des catholiques et des grecs byzantins, les scrupules de Vladimir, sa conversion et son mariage avec une princesse de Constantinople , la destruction de l'idole Péroun et le baptême donné en masse à tout le peuple de Kiev descendu dans les eaux du Dniepr. Vladimir mort (1015), une guerre d'extermination commença entre ses nombreux fils. , . . „„„,, i Jaroslav, l'un d'eux, reste vie orieux, POrta » son plus haut point de grandeur '^ P"'f ^,"J« ^^! nrinces de Kiev (lOlG-lOâi . H soutint I attaque des Polonais sous Boleslas le Brave, extermma devant Kiev l'armée des l'etchénè.ueset envoya son fils assiéger encore Constantinople. Jaroslav est Te Charlemagne de la Russie. Il fit de sa capitale de Kiev .< aux quatre cents églises », le çlu^ grand centre commercial et l'"eraire de 1 0 lent Tous les rois recherchaient son alliance. Casimir de Polosne éoousa sa sœur. Les souveiMiiis de Hon grt.^de SuMe et môme de France épousèrent ses trois filles mariage d'Anne avec ««"" .?, )• ';;^ Russie Kiévienne était dès lors un grand Ltat eu ropéen. Elle n'allait pas tarder à retomber au m veau de la barbarie asiatique. A„„„„„ntable m. Vnnarchie priucière. - Une épouvantable anarchie, comparable à celle que nous montrent
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les derniers Carloviiigioni=, éclata après la mort de Jaroslav. Diverses principautés indépendantes se formèrent autour de Smoli'iisk, de Tclierjiigov. de lUazan, de Snusdul, de Kiev, do Polotsk. Au nord, Pskov et Novgorod redevinrent des villes libres. L'unité morale de la nation se maintenait pourtant encore par les mœurs, par la langue et par la suprématie tliéorique du grand-prince de Kiev.
Deux noms se détachent parmi ceux des nombreux compétiteurs qui se décliirèrent l'empire d'Iaroslav: Sviatopolk (I093-I I i:j) et Vladimir Monomaque (1113-1125). Ce dernier, vainqueur des Grecs et des barbares petcliénègues, a laissé un testament curieux sous forme do « Conseils i ses fils, » où les traits caractéristiques de l'esprit slave se manifestent avec une puissante originalité.
Finalement le pouvoir central fut brisé. Kiev succomba sous les coups des princes de Sousdal, de Vladimir et do Rostov, réunis par André Bogolioubski (11(9). Elle fut une seconde fois ravagée par les Polovtzi (1203). La prépondérance allait passer à la liussie du Nord, à la Russie barbare des forêts du Volga.
André Bogolioubski, prince do Sousdal (1157- 1174), soupçonneux, despote, ami des prêtres, essaya d'inaugurer le gouvernement autocratique, terrorisant le peuple elles boiars (seigneurs). Il fut assassiné. Undeses successeurs, Georges II {1J12- 123S), entama contre les républiques de Novgorod et de Pskov une guerre sans pitié. Il fut vaincu à Lipetsk (121G), mais se retourna vers l'Orient où il fonda une cite nouvelle, Nijni-Novgorod (1220), qui devait attirer à elle tout le commerce du Volga.
De leur côté les princes de Volbynie, Roman et son fils Daniel, appelés par les Galiciens, essayaient d'établir sur cette province polonaise leur tyrannie maintenue à force de supplices. L'anarchie était partout. Au nord, enorgueillies par la victoire de Lipetsk, dominaient les communes libres, Pskov, Viatka et Novgorod la grande, fières de leur commerce et de leur indépendance. Sur cette Russie divisée, affaiblie, allait s'abattre une triple et formidable invasion.
IV. Les invasions du treizième siècle. — La conquête (d'cmande. — Depuis longtemps l'influence de l'empire d'Allemagne se faisait sentir sur les provinces riveraines de la Baltique. De même que jadis Cliarlemagne avait conquis et dévasté la Saxe païenne en s'appuyant à la fois sur ses guerriers et ses missionnaires, de même les missionnaires catholiques et les chevaliers allemands apparurent à. la fois en Livonio et en Courlande. En vain les Livoniens soulevés massacrèrent les envahisseurs (ll98K Le pape Innocent III prêcha contre eux une croisade, et l'évêque allemand Albi'rt de Buxliœvden, en fondant Riga (1200), donna une capitale au nouvel Etat des chevaliers Poiie-g/aives. Les Livoniens furent écrasés (120G), puis chassés, traqués comme des bêtes fauves par les tyrans germaniques. Partout s'élevfcrent des églises et des forteresses allemandes. L'Esthoniemème fut conquise. Une seconde confrérie religieuse et militaire, celle des chevaliers Teutoniqices, vint achever (1237) la soumission et la ruine du pays.
V. L'i conquête des Tatars- Mongols. — Un danger plus terrible allait fondre sur les principautés slaves. Partis des montagnes de Chine, les féroces Tatars-Mongols, semblables aux Huns d'Attila, venaient de constituer un vaste empire sous Gengis-Kl.an (1 164-1227J. A la seule nouvelle de leur approche, l'Europe trembla dépouvante. Cinc^ siècles auparavant, Charles-Martel avec ses Francs avait arrêté, devant Tours, l'invasion des Arabes. Qui arrêterait celle des Asiatiques? Les
Polovtzi furent écrasés. Les princes russes, réunis un moment par le péril commun, voulurent les venger et subirent un vrai désastre sur les bords de la Kalka, non loin de la mer d'Azov (1224). Le massacre et l'incendie signalaient la marche des barbares. Us revinrent bientôt sous Batou (1237), saccagèrent la grande ville de Bolgary, extermineront l'armée du prince de Riazan, brûlèrent Sousdal, Moscou, Kolomna, Vladimir, terrorisant toute la région du Volga (1238). Puis ce fut le tour des provinces du sud. Tchernigov, Kiev, la Volhynio, la Galicie, furent dévastées. «Les têtes russes tombaient sous l'épée des Tatars comme l'herbe sous la faux. » Cette fois l'Europe latine était ouverte a. l'invasion. Les Polonais et les Allemands arrêtèrent les barbares à la journée de Liegnitz, en Silésie (r242).
Les Tatars se replièrent. Batôu leur chef établit sur le Bas-Volga sa capitale, qu'il nomma Sarai. Ce fut le centre du nouvel empire de la Horde d'or. Batcu mort (12.i5), les Tatars embrassèrent l'islamisme (127'2). C'était l'époque où les croisades en Occident venaient de linir (mort de saint Louis, 1270). Elles allaient recommencer en Orient sous les princes moscovites.
L'Europe latine n'y prit aucune part. Convertis par Byzance, ayant reçu le christianisme sous la forme grecque ou orthodoxe, les Russes n'avaient aucun secours i espérer de l'Occident catholique. Les Polonais eux-mêmes, bien que Slaves de race, mais convertis par Rome et sous la forme latine ou catholique, devaient être ])our la Russie de dangereux rivaux plutôt que des alliés.
Un prince habile et populaire, Alexandre Nevski, releva les courages. Héiitier de la Sousdalie, et choisi pour clief par la grande commune de Novgorod, il avait à faire face aux chevaliers Porte-glaives, aux Scandinaves et aux Tatars. Il attaqua vaillamment l'armée Scandinave que le pape Grégoire IX avait appelée à la croisade contre les chrétiens grecs, et remporta sur elle la célèbre victoire de l'Ijora près des bords de la Neva (1240). Se retournant contre les Porte-glaives, il reprend Pskov et disperse l'armée allemande à la bataille livrée sur la glace du lac Peipous (1242). Mais l'immense empire des Tatars était autrement redoutable. Alexandre Nevski préféra la soumission à la ruine. Par son conseil, la fière Novgorod accepta la suzeraineté des barbares (1260). Mais Vladimir et Sousdal avaient massacré leurs garnisons mongoliques (IVU2). .\lexandre courut offrir sa tête au khan des Tatars, qui l'épargna. La Russie reconnaissante a mis Alexandre Nevski au nombre de ses saints nationaux.
L'invasion asiatique s'était arrêtée, mais le pays restait esclave. Courbés sous un joug atroce, les Russes allaient voir périr le germe de leurs institutions nationales, se creuser le fossé profond qui les séparait déji de l'Europe catholique, et semblaient destinés à retomber dans la barbarie à l'heure même où l'Occident latin allait se dégager des misères du moyen âge.
VI. Lu conqupte Lithuanienne. — Malgré les efforts des chevaliers Teutoniques, la Lithuanie était encore indépendante et païenne. Un do ses chefs, Mindvog ou Mendog, fut proclamé roi (1252), embrassa puis abjura le christianisme romain. Sous le vaillant Gédimine ou Giedymin (1315- 1340), la Lithuanie s'agrandit de Grodno à Tchernigov et à Kiev. Vilna en fut la capitale. Sous Olgcrd, les Liiliuanions parcoururent la Russie de Moscou à la Crimée, ébranlant le joug des Tatars. Un de ses iils, le sanguinaire Jagellon, décida du sort de la Lithuanie (137S-I434). Il se convertit au christianisme catholique pour épouser la reine Hedvvige, héritière du trône de Pologne (138G). Les doux Etats allaient désormais s'unir on
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un seul. La conversion sommaire du peuple suivit celle de Jagellon.
Vitovt ou Vilold reprit, sous Jagellon, l'œuvre de la conquête. Une ruse déloyale lui donna Smolensk. 11 osa défier les Talars de Sarai, et leur livra bataille sur les bords de la Vorskla, non luinde Poltava (1399). Il fut vaincu et perdit Kiev. Mais sa victoire sur les chevaliers Teutoniques compensa cette défaite. A la journée de Tannenberg ou Griinwald (1410), la grande armée polono-lithuanienne écrasa les 80,000 hommes d'Ulrich de Junginnen. Ainsi se formait un grand Etat militaire, aux mœurs polonaises, à la religion gréco-russe. L'union définitive avec la Pologne s'accomplit en 1501.
Vn. Domi}iation de Moscou. — Les premiers princes Moscovites. — La Russie avait été organisée militairement par les Normands Varègues. Elle avait reçu son organisation religieuse et politique des Grecs byzantins. Les relations fréquentes avec Constantinople avaient fait établir alors la capitale sur les bords du Dniepr. C'est l'époque de la domination de Kiev. La triple invasion des xiii'= et xiV siècles dispersa les débris de cet empire, rompit toute relation avec la Grèce et rejeta les Russes sous la main des barbares d'Asie. Le centre de la nationalité renaissante fut reporté sur un affluent du Volga, le plus asiatique des fleuves russes. Kiev avait été une ville à moitié byzantine. Moscou fut une cite à moitié mongolique et l'est restée en dépit du temps et des hommes, tandis qu'une troisième capitale, celle-ci européenne, s'élevait plus tard sur les bords de la Neva grâce au génie de Pierre le Grand.
Placés, comme les premiers Capétiens, au centre d'un grand pays morcelé par une féodalité barbare; soumis en outre à la domination brutale des Tatars-Mongols, les premiers princes de Moscou entreprirent contre leurs innombrables adversaires une lutte où la perfidie et la ruse furent employées de préférence aux moyens chevaleresques. Humbles devant les Tatars, arrogants devant leurs compatriotes, peu belliqueux, grands acheteurs de terre, fort amis du clergé, protecteurs des moines de Troitsa, les grandsprinces moscovites agrandirent lentement l'humble domaine fondé par Daniel, fils d'Alexandre Nevski. Tels furent le servile Georges Danilovitch (13l)3-13"25), le persécuteur de Michel de ■iver et l'humble ami des khans ; Ivan Kalita (1328-1340), le dévot; Siméon le Superbe (1340- (1353), qui remplit le Kremlin d'églises, Ivan II le Débonnaire (1353-1359), et Dmitri de Sousdal.
Cependant, l'empire éphémère des Tatars tombait en ruine. Un héros apparut, le valeureux Dmitri Ivanovitch, plus célèbre sous le nom de Dmitri Donskoï (1363-1389). Débarrassé de ses premiers adversaires, les princes de Tver, de Riazan et de Lithuanie, il fond sur l'armée tatare, la bat sous Riazan (I37S), la poursuit aux rives du Don, et remporte, sur toutes les hordes réunies du grand-khan Marnai, l'inoubliable victoire de Koulikovo ou du « Champ des bécasses » (1380). Moscou fut reprise, il est vrai, et saccagée. .Mais l'héroïsme des vainqueurs de Koulikovo avait porté à la domination étrangère un coup mortel, tout comme, à la même époque, la vaillance de Du Guesclin et l'habileté de Charles V émancipaient une première fois la France de la domination des Anglais.
VassiliDmitriévitch(13î>9-1425) etVassili l'Aveugle (liib-\iij'l) revinrent à la politique de prudence et de servilité. Elle leur réussit. Le premier, enfermé dans Moscou, laissa passer les invasions lithuaniennes et tatares. Le second, après vingt ans d'efforts, parvint i se débarrasser des princes apanages Georges et Cliémiaka, et fit trembler Novgorod.
Trois hommes, Ivan le Grand, Vassili Ivanovitch et Ivan le Terrible, achevèrent la révolution lentement commencée par les premiers princes moscovites. En Angleterre, en France, en Espagne, les Tudors, Louis XI et Ferdinand le Catholique élevaient la royauté sur les débris du monde féodal. Telle fut aussi l'œuvre des princes de Moscou, et quelle qu'ait été leur férocité, leur perfidie, leur violence, c'est à eux que la Russie dut son unité nationale et sa délivrance.
Ivan m le Grand, véritable créateur de l'empire moscovite, soumit d'abord la turbulente cité de Novgorod (1471-1481) et détruisit toutes ses franchises ; dompta Viatka (1489) ; annexa Tver, Rostov et laroslavl. En même temps, il secouait 1& joug des Tatars (148U), et prenait sur l'Islam la grande ville de Kazan (1487). Deux guerres heureuses contre les Lithuaniens portèrent sa frontière à la Desna, puis à la Soja (1494 et 1503). Tatars, Lithuaniens, chevaliers Porte-glaives étaient partout vaincus. Le mariage d'Ivan avec une princesse byzantine, Sophie, iille de Thomas Paléologue (1472), ouvrit la Moscovie barbare h l'influence heureuse de la Renaissance et de la Grèce. Aristote Fioraventi organisa l'artillerie russe. Piétro Antonio construisit des palais et Théodore Lascaris fonda des bibliothèques.
Sous Vassili Ivanovitch (1505-1535), le mouvement ne s'arrêta pas. La république de Pskov anéantie (1510), Riazan et Novgorod-Severski confisquées sur leurs princes, Vassili put recommencer la double lutte, à l'orient contre les Tatars, i l'occident contre les Lithuaniens. La reprise de Smolensk sur l'armée lithuanienne (1514) fut ratifiée douze ans plus tard. Une invasion des Tatars criméens fut repoussée. A l'intérieur, des exécutions nombreuses apprenaient aux boiars que les temps de la licence féodale étaient passés.
VIII. Iv'in le Terrible. — Ivan IV, le Terrible (1533-1584), devait achever cette grande tache. Profond politique et sombre despote, ami des petits et persécuteur des boiars, il a trouvé, comme notre Louis XI, des historiens pour le blâmer et d'autres pour l'applaudir. Son règne sanguinaire marque toutefois une époque de progrès pour la nation.
La régente Hélène Glinska, mère du jeune Ivan, venait de mourir empoisonnée parlesnobles (1538). Lui-même avait failli périr. Il dissimula, puis fit massacrer le chef des boiars, André Chouiski(1543), et se décerna à lui-même le titre impérial romain et byzantin de tsar ou de César (1547). Cette révolution fut sanctionnée par un premier appel aui Etats généraux de la nation (1549).
Désormais sur de son pouvoir, Ivan IV se jette sur les deux royaumes musulmans et tatares de Kazan et d'Astrakhan. La cité de Kazan, défendue par 35,000 guerriers, est prise d'assaut après un siège mémorable (1552). Astrakhan est conquis (1554), et la Russie moscovite s'étend désormais des bords du lac Peïpous aux rivages de la Caspienne.
Partout attaqué, Ivan IV fait tête à tous ses adversaires ; aux Suédois de Gustave Vasa (1554), et l'ordre des chevaliers Livoniens dont il enlève les places-fortes (1558) ; au roi de Pologne Sigismond- Auguste ; enfin aux boiars révoltés. La trahison d'André Kourbski le pousse aux plus atroces vengeances. Mais les Tatars criméens soutenus par les Turcs viennent incendier Moscou (1571). Le vaillant Etienne Batory, élu roi de Pologne, reprend Pobtsk et assiège Pskov (158 1), tandis que les Suédois occupent Narva.
Ivan IV vaincu ne désespérait pas. Il recherchait l'alliance d'Elisabeth d'Angleterre (1558), et clierchait à créer la navigation de la mer Blanche. D'ailleurs l'audace d'un aventurier cosaque lui donnait un monde. Irmak Timofeiévitch, i la tête
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d'une poignéo de cavaliers, découvrait et conquérait la Sibérie sur le khan Koutchoum (1580-l.'iSl). Il se noya dans l'Irticli, léguant un monde inexploré au tsar de Moscou. La môme année mourait Ivan le Terrible, inconsolable d'avoir, trois ans auparavant, tué son fils aîné (I5S4).
Sur cette Russie barbare, sur cette Chine européenne, mal façonnée par la rude main des Ivan, régnaient encore les mœurs et les usages de l'Asie. Pourtant le souffle bienfaisant de la Renaissance allait la régénérer peut-fttre, quand une atroce guerre civile la rejeta pour vingt années dans le sang et les larmes.
IX. — linris Godouniiv et les faux Dmitri. — Ivan le Terrible laissait deux fils : le faible Féodor, qui fut proclamé tsar, et le jeune Dmitri, qui fut relégué h Ouglitcli et secrètement assassiné par les agiMits de Boris Godounov (1591). Celui-ci, tout-puissant sur l'esprit de Féodor dont il était le beau-père, se débarrasse de ses rivaux Chouiski et Belski, réagit contre la politique d'Ivan le Terrible et s'appuie sur le clergé et les boiars. Il fait consacrer l'arclievftque de Mo.'-cou patriarche souverain de la Russie. Il décide l'indolent Féodor à signer le célèbre oukase qui déclarait le paysan russe désormais asservi à la glèbe, précisément à l'époque où le servage était battu en brèche partout ailleurs en Europe.
Féodor mort (151)8), la noblesse et leclergéoffrirent le trône à Boris. Parvenu à réaliser son rêve ambitieux, celui-ci chercha du moins h s'entourer de savants et d'artistes étrangers. Mais la malédiction populaire pesait sur le représentant des nobles. Un imposteur, Grégoire Otrépiev, moine défroqué du couvent des Miracles, se souleva, prétendant être ce Dmitri qu'on disait mort à Ouglitch. Réfugié en Pologne, le faux Dmitri en revient avec une armée et l'appui du roi Sigisniond et des catholiques (1604). La mort de Boris (1G05) lui ouvre les portes de Moscou, où les partisans du feu tsar sont massacrés.
Cependant la prédilection d'Otrépiev pour les Polonais exaspère le peuple moscovite. Le faux Dmitri est surpris et égorgé par les boiars (IG06). Ceux-ci proclament leur chef, Vassili Chouiski, énergique vieillard. Mais l'exemple d'Otrépiev a engendré de nombreux imposteurs. Un second faux Dmitri vient assiéger Moscou. Il est soutenu par les Cosaques, troupe aventureuse de guerriers, de bandits ou de serfs révoltés qui sont venus chercher, aux bords du Dniepr, la libre indépendance du désert. Les paysans s'insurgent. Les Polonais passent la frontière, enlèvent Smolensk après un combat sanglant. Vassili Chouiski est déposé, enforiné dans un monastère. Le second Dmitri meurt assassiné, et Moscou ouvre ses portes à l'armée polonaise enproclamanttsarVladislas, fils du roi de Pologne.
La Russie semblait anéantie comme la France au temps de Charles VII. Un Polonais régnait au Kremlin; les Suédois avaient saisi Novgorod la grande. Le peuple se soulève dans Moscou sans succès. A Kazan, à Nijni-Novgorod, la résistance s'organise. Le boucher Kou»ma Minine et le prince Pojarski entraînent la foule. Les Polonais, bloqués dans le Kremlin, se rendent après avoir incendié la ville (lOlî). Une assemblée composée des délégués de tous les corps de la nation se réunit et proclame tsar le jeune Michel Romanov, j'ancôire de la dynastie qui règne aujourd'hui sur la Russie (161:!).
X. ie>- /jvemiers Romanov. — Moscou était délivrée, mais la Russie n'était pas reconquise. Michel Romanov dut la reconstituer par ses victoires (l(;i:i-l(;45;. Astrakhan fut arrachée au khan des latars du Don; les Cosaqiies Zaporognes domptés; la Suéde, réconciliée par le traité de Stolbova. Restait le principal ennemi, la Pologne. Conseillé par
tl' Paktie.
son père, l'intelligent Philarète, métropolitain de Moscou, Michel se tint sur une prudente défensive. Sigisniond de Polognefutponrtantvictorieux(1633). Vaincue sur les champs de bataille, la Russie essayait de se soulever par la diplomatie, de prendre rang dans la famille européenne. Elle s'alliait avec la Suède, ébauchait une autre alliance avec la France (1(115-1629), essayait de réorganiser son armée naissante. Les querelles religieuses qui commençaient à déchirer la Pologne, et le soulèvement des libres Cosaques de l'Ukraine contre la persécution catholique et l'oppression aristocratique des Polonais, allaient fournir un plus vaste théâtre à l'activité militaire dos tsars de Moscou.
Ce rôle guerrier fut celui d'Alexis Mikhailovitch (lGi5-16"(i), prince débonnaire dont les circonstances firent un conquérant. Guidé par le boiar Marozov, le Richelieu de cet autre Louis XIII, il remet un peu d'ordre dans l'Etat bouleversé, écrase les Novgorodiens et les Pskovites révoltés, calme l'émeute de Moscou (ICi.î), et prend en main, contre les Polonais, la cause des Cosaques de l'Ukraine.
Appuyé sur les Zaporogues, aventuriers vaillants campés le long du Dniepr, Bogdan Chmielnitski, le héros de la Petite-Russie, soulève les paysans et les Cosaques contre la gentilhommorio polonaise. Une guerre à mort éclate, où les Cosaques exterminent à la fois les Polonais, les Juifs, les prêtres catholiques. Vainqueur i la bataille de Korsoun, Bogdan enveloppe à Zborovo le roi de Pologne Jean-Casimir, et rançonne Leniberg. Vaincu à son tour, il se jette dans les bras du tsar moscovite, que la conformité de religion et la haine du nom polonais lui donnent pour allié et pour suzerain. La guerre est votée par l'assemblée de Moscou (1()54). Elle débute par d'éclatants succès. Polotsk, Mohilev et Smolensk sont reprises (1654); Vilna, Grodno occupées (1(;55); les Suédois, vaincus i leur tour, perdent Dunabourg et Dorpat (1656). La paix de Cardis rétablit l'ordre le long de la Baltique (1661).
Mais Jean-Casimir prépare sa revanche. Vainqueur de Schérémétiev à Tchouduovo, il envahit rUkraine. Le traité d'Androussovo abandonne pourtant i la Russie Smolensk, Kiev et toute la rive gauche du Dniepr (1661).
Restait à plier au joug les Cosaques de la Petite-Russie, ainsi que ceux du Don. Bogdan s'était fait moine ; mais Stenka Razine, à la tête d'une armée d'aventuriers, désolait les rives du Don et du Volga, prenait Saratov, Samara, Nijni. Moscou trembla, comme plus tard au temps de Pougatschev. Stenka Razine, vaincu par Bariatinski, fut égorgé (l(i"l).
Vainqueur des Polonais, des Suédois et des Cosaques, Alexis Mikhailovitch voulut réformer et civiliser sa grossière Moscovie. Par les conseils du paysan Nikon, devenu patriarche de Moscou, une révision des livres saints débarrassa les manuscrits slavons des fautes et des interpolations, souvent ineptes, qui s'y étaient introduites. Mais le peuple et les moines protestèrent. Il fallut dompter à coups de canon ces observateurs passionnés du traditionnalisme (16.i4l668). Les monastères de la mer Blanche furent pris d'assaut. En maint endroit les paysans refusèrent d'admettre la réforme nikonienne et formèrent ces innombrables sectes de ras/co/ni/ts (vieux croyants), qui s'élèvent aujourd'hui à plus de treize millions d'individus.
Entoures d'hommes savants tels que Siméon Polotski, Matvéiev et le Serbe Krijanitch, le tsar avait fait élever dans Moscou un premier théâtre, avait noué des relations diplomatiques avec Charles I" d'Anglutcrre et Louis XIV. On jota lus bases d'un traité de commerce avec ColbiTi.
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Le fils aîné d'Alexis, Féodor {1G7G-1682), poursuivit son œuvre. Le klian de Crimée lui reconnut la suzeraineté du pays des Zaporogues. Louis XIV reçut ses ambassadeurs (|C81). Une Académie gréco-latine fut fondée à Moscou. Préparée par les trois premiers Romanov, l'œuvre de Pierre le Grand était désormais possible.
XI. — l'ipn-e le Grand (1682-1725). — La Russie avait été jusqu'alors une puissance d'abord exclusivement byzantine, puis asiatique. La gloire de Pierre le Grand fut de faire de son peuple une nation européenne. Esquissons brièvement ce grand règne, qui demanderait Ji être étudié, comme celui de Catherine II, dans une histoire spéciale.
Alexis Mikhaîlovitch avait laissé trois fils, Féodor, Ivan et Pierre, et neuf filles dont la plus intelligente était la célèbre Sophie. Féodor mort, i qui reviendrait l'empire moscovite 7 Ivan était à peu près idiot. Le patriarche elles boiars élurent le jeune Pierre, qui n'avait pas neuf ans. Mais l'ambitieuse Sophie, aidée de ses sœurs, soulève la garde des streltsi (tireurs). Les partisans de Pierre sont massacrés, sa mère insultée, le Kremlin inondé de sang. Ivan et Pierre sont proclamés conjointement tsars moscovites, sous la régence ou plutôt la domination altière de Sophie (1682).
Menacée i son tour par la turbulence des streltsi, Sophie les décime. Son favori, le prince Galitzine, essaie vainement de nouer une alliance avec Louis XIV (1687), puis entreprend deux expéditions malheureuses contre le khan de Crimée (1687-16X9). Un revirement d'opinion se produit contre la régente. I/intelligence et la valeur précoce du jeune Pierre séduisent la foule et les soldats. Sophie est enfermée dans la prison d'un monastère (1689), ses favoris exilés ou mis à mort. Le règne de Pierre I'^' commençait.
Pierre a dix sept ans. Passionnément épris de la civilisation européenne, il rêve une transformation complète de l'empire et de la société russe. Il s'entoure d'étrangers, IcSuisse Lefort, l'Anglais Gordon. Il apprend le hollandais, l'allemand, le latin. D'Arkhangel, il essaie de lancer une flottille sur la mer Blanche. Contre les Turcs, il entreprend une double expédition qui doit lui ouvrir la mer Noiri'. Vaincu devant Azov (1695), il s'en empare bientôt à la tète des régiments réguliers qu'il a formés, des 1860 radeaux ou galères qu'il a fait construire (1690). Mais il lui faut voir par ses yeux l'Occident. Il court, déguisé en simple matelot, demander îi la Hollande, à l'Angleterre, le secret de leur puissance navale (lei97). 11 travaille de ses mains, dès quatre heures du matin, sur les cliantiers, apprend la construction, la manœuvre, le pointage.
Mais une formidable opposition éclate, en Russie, dans les rangs du clergé et du peuple, contre ce tsar ami des étrangers et du progrès. Les streltsi se révoltent à Azov, à Moscou. Pierre accourt de Vienne (1698), dissout la milice, châtie les mutins, couvre Moscou de potences, déiapile de sa main les plus rebelles, répudie sa femme Eudoxie Lapouchine, ennemie des réformes, enferme plus étroitement Sophie.
Les Cosaques du Don s'insurgent (1706) ; il les extermine. Ceux de l'Ukraine ont à leur tête le légendaire Mazeppa, son allié. Les succès des Suédois décident Mazeppa k quitter l'alliance russe (1709); mais il en est châtié par la dévastation de l'Ukraine, désormais bien conquise, et par l'exil et la mort à Bender.
Une plus terrible lutte absorbait alors toute l'attention de Pierre I". Charles XII venait d'entrer en scène. A qui serait la domination de la Baltique et de ses rives? Pierren'y possédait encore ni un pouce de terre ni un vaisseau. Le Danemark
et la Pologne se liguent avec lui contre la Suède. Mais l'armée suédoise est partout victorieuse. Le tsar se jette sur l'Ehstonie, assiège Narva avec une cohue de 63,000 soldats guidés par des officiers allemands. Charles XII, à la tête de 8400 hommes, disperse cette multitude en l'absence de Pierre (30 novembre 1700), puis se détourne pour tomber sur la Pologne.
Cette écrasante défaite n'a pas abattu le tsar. Il réorganise l'armée à la mode européenne, fond les cloches des églises pour en faire 300 pièces d'artillerie. L'habile Schérémétiev, son général, inflige une double défaite au Suédois Slipenbach en Livonie (1701-1702). Menchikov remporte un nouveau succès (1706) devant Kaliscli. L'Ingrie est conquise, Narva enlevée (170i): Riga ouvre ses portes. Le pavillon russe flotte sur la Neva et la Baltique.
Charles XII, exaspéré de ces succès d'un ennemi qu'il dédaigne, jette à la torture l'ambassadeur du tsar, le Livonien Reynold Patkul (1707). Conseillé par le perfide Marlborough, il se jette de nouveau sur la Russie avec 43,000 soldats d'élite, repousse l'arrière-gard' ennemie à Grodno (1708), à Hollosin, à Mohilev, à Dobroe, mais en perdant la moitié de ses troupes. Pierre se replie sur Moscou. Ses éclaireurs harcèlent et affament l'armée suédoise. Charles XII appelle Lœwenhaupt et ses 18,000 hommes de réserve. Mais l'habile Schérémétiev anéantit, dans les marais de la Saja, les trois quarts de ces troupes.
Charles XII s'arrête. Appelé par Mazeppa, il tourne au sud vers l'Ukraine. L'horrible hiver de 1709 achève de démoraliser son armée. Il s'acharne au siège de Poltava, malgré ses g.néraux. Pierre passe alors de la défensive à l'offensive. Avec 60,000 hommes, il vient débloquer Poltava qu'assiègent les 29,000 soldats épuisés du roi de Suède. Charles XII est blessé, ses troupes se débandent sous le canon (8 juillet 1709). Le roi vaincu s'enfuit, comme un aventurier, derrière Is frontière turque, abandonnant les restes de sa glo rieuse armée, 16,000 soldats qui capitulent ave( Lœwenhaupt aux bords du Dniepr. La victoire de Poltava inaugurait la prépondérance de la Russie en Orient, et légitimait les réformes hardies d( Pierre le Grand.
Quelles étaient ces réformes ? La place nous manque pour les raconter complètement. Totj était h créer. Il créa tout. Imprimeries, hôpitaux, casernes s'élevèrent. La flotte, qui n'exis tait pas, monta d'un seul coup à 50 vaisseaux dt ligne, 800 bâtiments légers, 30000 matelots. Uni armée régulière de v 10 000 hommes, divisée en régiments de fantassins et de dragons, se form: sous des chefs étrangers et d'après la tactique française et allemande. Des journaux parurent Des écoles s'ouvrirent. Ordre fut donné aux vieu' Moscovites d'adopter les modes occidentales, di se couper la barbe, de dépouiller la robe asiatique Défense fut faite de maintenir les femmes enfer mées dans le gynécée. L'établissement du tchini ou noblesse administrative, divisée en 14 degrés stimula le zèle des fonctionnaires et fit de la no blesse la récompense des services ou du talent Une administration savante entama partout 1 lutte contre l'anarchie et les résistances cies par tisans du vieux système. La police fut créée ; 1 patriarcat de Moscou, sorte de papauté russe, aboi (1700), pour éviter i l'Etat ces luttes entre le gou vernement et l'Église qui tant de fois ont désol l'Occident. Des milliers d'étrangers, encouragé par la faveur du tsar, établirent en Russie de manufactures, des magasins, des écoles. L'alpha bet fut réformé, la géographie développée, de canaux crrusés ; des ports s'ouvrirent. Enfin se leva, sur le delta de la majestueuse Neva, la cap taie nouvelle, audacieusement jetée sur la Baltiqut
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la superbe Pétersbourg, qui devait éclipser vite la vieille et asiatique cité de Moscou (n03).
La dernière partie du rèi;iie ne démentit pas ces grandes choses. Tandis que Cliarles XII s'endormait h Bender, Pierre se jette sur ses provinces, occupe Réval (1710), toute la Livonie, toute l'Elistonie, entame la Finlande. Cependant la Turquie faisait mine de soutenir les Suédois. Pierre, enivré ,par le succès, s'avança imprudemment sur le Prutli, appelé par les liospodars Moldo-Valaques, Cantacuzène et Cantomir. Enveloppé le long du Prntli, avec 38000 hommes, par les 200000 Turcs du grand-vizir Baltagi-Méhémet, il est sauvé grâce à la présence d'esprit de sa femme Catherine, mais abandonne Azov au sultan (1711). Il s'en vengea sur les Suédois, qui perdirent Helsingfors et Abo (ni3).
Cependant Louis XIV expirait, et Pierre 1°' caressait l'espoir de conclure une alliance avec la France devenue moins hostile. Il apparut à Versailles (n 17), étonnant cette cour raffinée par son génie barbare et ses allures étranges. Il tourna le dos aux grands seigneurs et s'entretint de préfé- ■rence avec les ouvriers et les soldats. Vainement il s'efforça d'opérer avec la France unrapprocliement politique qui nous eût été bien utile. Le régent refusa tout, enchaîné qu'il était à l'Angleterre. « On a eu depuis lors, dit tristemuat Saint-?:mon, un long repentir des funestes cliarmesde l'Angleterre et du fol mépris que nous avons fait de la Russie. 1/
Charles XII mort (1718), la Suède dévastée par les flottes russes (ni.S-1720 , la cour de SiotKholm traita. Par la pai.>; de Nystadt (1721), les Russes gardaient l'Ingrie, l'Ehstonie, la Livonie et l'entrée de la Carélie et de la Finlande. Vainqueur au nord, Pierre termina ses campagnes par une heureuse attaque au sud. La Perse perdit Derbent et Bakou (1722); le Daghestan et le Mazendéran même, au sud de la Caspienne, furent occupés.
Mais un drame sanglant venait d'affliger les derniers jours du grand tsar. Sa première femme et son fils conspiraient contre lui avec tous les ennemis des réformes. 11 avait enfermé Eudoxie et disgracié Alexis, l'ami des rnuines. Ce dernier s'enfuit en Allemagne, puis reparut (17 18). Arrêté, jugé, convaincu de liaute-trahison, il fut mis à mort. Les principaux conspirateurs, Glébov etLapouchine, périrent dans les tortures. Dès 1712, Pierre avait épousé solennellement la Livonienne Catherine, ancienne servante d'auberge, dont le ■talent et l'énergie l'avaient sauvé aux bords du Pruth. En 1723, elle fut couronnée impératrice. Deux ans après, le fondateur de la puissance russe, Pierre le Grand, expirait (1725).
XII. Cat/iei-ine I" (1725-1727). — Sa veuve, la paysanne livonienne, fut proclamée impératrice sous le nom de Catherine I". Dans cette Russie ou naguère les femmes étaient à peu près esclaves, c'était une révolution. Soutenue par les étrangers, les soldats, les vieux compagnons du tsar, Catherine fut fidèle à la politique de son époux, fonda l'Académie des sciences (1726), conquit la Courtaude, choisit pour favori Menchikov. Elisabeth, fille de Pierre le Grand, fut un moment fiancée à Louis XV.
XIII. Pierre II (1727-1730). — La mort de Catherme fit passer la couronne à Pierre, fils de ce tsarévitch Alexis que Pierre le Grand avait immolé au salut de son œuvre. Excité par Elisabeth, ce jeune tsar secoua la pesante tutelle de Menchikov (1727), qui mourut disgracié (1729). Les Dolgorouki le remplacèrent, mais la disgrâce allait les atteindre à leur tour, quand Pierre II expira (i720).
XIV. Anne Ivaiwvna (1730-1740). — Sa mort amena un double coup d'Etat. A qui reviendrait 1 empire? Les lois de succession n'étaient guère J)récises. Deux filles restaient du tsar Pierre ; deux
autres de son frère Ivan. L'aiiiée de ces dernières, Anne Ivanovna, fut choisie par le conseil secret, mais dut jurer d'obéir h la constitution improvisée parles membresde l'aristocratie (1730). Quelques mois après, un soulèvement des troupes, du clergé et du peuple, renversait le conseil secret, dont les membres périrent dans les tortures, et rendait à Annelo pouvoir absolu (1731).
Anne Ivanovna, veuve du duc de Courlande, méprisait les Russes et ne voyait que par les yeuï des Allemands. Son favori, le cynique Biren, peupla la cour d'aventuriers germaniques. Il en remplit la garde à. cheval, et l'école des cadets (assez semblable .'i notre école de Saint-Cyr) dut enseigner aux officiers l'histoire d'Allemagne et non celle de leur pays.
A l'extérieur, Anne abandonnait les conquêtes de Pierre le Grand sur la Perse. En revanche, elle soutint h Varsovie Auguste II contre Stanislas Leszczinski (1733). Ce dernier fut chassé, bloqué i Dantzig par l'armée russe que commandait l'Allemand Munich. Le petit bataillon français du comte de Plélo ne put le délivrer. Dantzig fut pris. Pour appuyer l'Autriche, une armée russe s'avançait déjà au coeur de l'Allemagne, à Heidelberg, juand le traité devienne termina la guerre en donnant la couronne de Pologne au candidat de la Russie (1735). Toujours appuyée par l'Autriche, Anne se retourna contre les 'furcs. La Turquie fut assez forte encore pour vaincre les Autrichiens, mais succomba sous les coups des armées russes. Munich et Lascy enlevèrent Azov, Pérékop, Batchi-Sarai, Otchakov et Chotim (1736- 1739> La Russie recula sa frontière du Dniepr au Boug (traité de Belgrade, 1739).
XV. Ivan Vide B;-«;;,yU)ic/t(l740-1741). — Anne mourut, léguant la régence au Courlandais Biren. On proclama le fils de sa sœur, un enfantau berceau, sous le nom d'Ivan VI. La cour, le gouvernement, les provinces furent entièrement livrés aux Allemands. Les parents du petit empereur, Antoine de Brunswick et Anne de Mecklembourg, firent arrêter Biren et renvoyer Munich. Ces aventuriers se déchiraient entre eux. Le peuple grondait. Un souffle de révolte passait sur les casernes. Elisabeth, la fille aînée du grand tsar Pierre, saisit le moment. Appuyée par la Suède, encouragée par l'ambassadeur français La Chétardie, elle soulève les grenadiers de Préobrajenski. Tous les Allemands sont arrêtés, le petit Ivan VI déposé, Elisabeth proclamée impératrice (26 octobre 1741).
XM. Elisabeth Petrovna {Mil-ndi). —Forte de l'appui de la nation, conseillée par les Chouvalov, les Voronzov, les Bestoujev, Elisabeth repoussa vigoureusement l'attaque desSuédois(1741- 1743), leur enleva Helsingfors, leur fit signer l'humiliant traité d'Abo. Elle allait intervenir en faveur de Marie-Thérèse quand le traité d'Aix-la- Chapelle (1748) arrêta son armée sur le Rhin. La grandeur croissante de la Prusse effraya bientôt la cour de Russie. Elle s'allia avec la France et l'Autriche contre Frédéric II, et faillit l'anéantir. D'abord vaincu à Ja?gersdorff (1758), puis vainqueur à Zorndorff (1758), le roi de Prusse fut complètement écrasé par les Russes à Ziillichau et à Kumorsdorff 11759). Berlin même fut pris (1760). Frédéric désespéré songeait au suicide, quand la mort subite d'Elisabeth sauva la Prusse inO'i). , j
Ennemie acharnée des Allemands, des Juifs, des raskolniks, Elisabeth ouvrit la cour aux idées et aux moeurs françaises. Chouvalov devint le correspondant de Voltaire. L'Université de Muscou, l'Académie des beaux-arts de Péiersbourg furent fondées. L'illustre Lomonossov, historien, poète, orateur, dramaturge, inaugura avec éclat la littérature nationale.
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\ni. Pierre III de Hohiein (1762). — A cette lirincesse patriote, h la grande Elisabetli, succéilait un écervelé, fanatique admirateur de Frédéric et des Prussiens. Petit-fils de Pierre le Grand par sa mcre Anne Pétrovna, duc de Holstein par son père, Pierre III était un véritable Allemand égaré sur le trùne de Russie. Ses folies, ses insultes à l'armée, ses basses flatteries à l'adresse du roi de Pi-usse excitèrent une fermentation universelle. Rompant avec la politique d'Elisabeth, il mit ses troupes au service de Frédéric contre l'Autriche et la France, menaça d'attaquer le Danemark, appela à Oranienbaum une garde allemande. Une vaste conspiration se forma aussitôt.
La femme de Pierre III, Catherine d'Anliult- Zerbst, se mit à la tête des mécontents. Biwi qu'Allemande, elle embrassa hardiment la cause nationale. Aidée par ses nombreux favoris, par les Orlov surtout, elle soulève les casernes, entraine l'armée, le clergé, le peuple, con!-e le tremblant Pierre 111 (juin 1762). Il abdique, est enfermé au château de Robclia où les conjurés l'étranglent. L'impératrice est proclan^ • sous le nom do Catherine II. Vainement une poignée d'officiers essaie de tirer de prison et de proclamer Ivan V'I. lie dernier est massacré par ses gardiens (1164). • '.atherine II n'avait plus de prétendant à redouter.
XVIII. Catherine II (n6-M796). — Ce long et glorieux règne, qui devait faire de la Russie un lies plus puissants Etats du monde, rappelle à bien des égards celui de Pierre le Grand. Mêmes conquêtes au dehors, mêmes réformes à l'intérieur. 'Frois royaumes en décadence barraient à Catherine II la route de lOccident (Suède, Pologne, Turquie). Pour les réduire elle s'appuya d'abord ."•ur l'alliance des pavs du nord i^Prusse et Anglelerre); plus tard sur ceux du sud (Autriche et France;. A l'intérieur, ce fut l'influence de la philosophie française qui présida à toutes ses créations.
Restait d'abord Miquider la guerre de Prusse. Elle rappela ses troupes, se déclara neutre entre Frédéric et Marie-Thérèse (1762), et hâta ainsi le traité de-Paris qui termina la guerre de Sept ans (176-3). Elle remit la main sur la Courlande, sous prétexte de la donner à Biren. En Pologne, elle fit élire son ancien favori Stanislas Poniatowski contre le candidat saxon. L'intolérance fanatique des jésuites de Pologne lui donnait, pour intervenir, un excellent prétexte. Ils torturaient odieusement les chrétiens grecs de la Lithuanie et de la Russie Blanche, pour les contraindre à embrasser le catholicisme. Catherine protesta au nom de la liberté de conscience. Mais les supplices redoublèrent. Elle fit envahir la Pologne (r67 , arrêter plusieurs évêques, garantir la liberté des dissidents (1768). Mais les catholiques se soulevèrent, formèrent la confédération de Radow, puis ceKe de Bar. Catherine lança sur eux les Cosaques Zaporogues et les paysans révoltés. Une horrible guerre, à la fois nationale, sociale et religieuse, éclata partout.
Pour soutenir les Polonais, Choiseul envoya Dumouriez et quelques officiers français qui défendirent Cracovie (1772). Il arma la Turquie contre le.s Russes (1767-1774). Mais Galitzine et Roumiantzov dispersèrent trois armées turques, à Choiim, sur la Larga et au Kagoul (1768-1770). La Crimée fut conquise. Une flotte russe, dirigée par Alexis Orlov, Spiridov et Greig, anéantit la marine turque dans l'Archipel, devant Chios et à Tchesmé (1770j. La Grèce se souleva. Les défaites de la Turquie entraînaient la ruine de la Pologne. Déjà l'armée russe, franchissant le Danube, bloquait Choumla. La Pologne céda la première. Perdue par le fol orgueil de son
aristocratie et l'intolérance de son clergé, elle fut démembrée entre trois puissances, la Prusse, la Russie, l'Autriche (1772). A ce premier partage, elle perdait cinq millions d'habitants, dont 1 60(1 nOU seulement furent livrés à la Russie, avec les provinces de Polotsk, de Vitepsk, de Mohilev et d'Orcha. La Turquie vaincue céda de son côté, à la paix de Kainardji (1774), Azov et Kinburn aux Russes, la Crimée aux khans tatares, la libre navigation du Bosphore et une contribution de guerre. Un coup d'Etat sauva la Suède d'un sort semblable. Gustave III renversa l'aristocratie vendue à l'étranger et s'empara du pouvoir absolu (1772).
A l'intérieur, une double et violente commotion venait de mettre en péril le trône de Catherine. Exaspérés par la grande peste de Moscou, les serfs de la Grande-Russie se révoltèrent (1771). Grégoire Orlov réprima les insurrections. Puis ce fut un aventurier cosaque, Pougatschev, qui souleva toute la région du Volga en se donnant pour le vrai Pierre III (1772). Une immense armée de Tatars, de paysans, de Cosaques, de musulmans pilla Tsaritsine, Samara et Kazan. Moscou tremblait. Mais Biliikov vainquit ces hord s confuses Pougatschev fut pris et exécuté (1773). Cette révolte malheureuse perdait du même coup les Cosaques Zaporogues. Ils furent soumis ou dis perses (1775).
Catherine était partout victorieuse. Conseillée par Potemkine et Bezbaradko, elle se rapprochait de la France. La médiation commune des cabi nets de Pétersbourg et de Versailles imposa Is paix à la Prusse et à l'Autriche en armes (traité de Teschen, 1777). Louis XVI était alors en luttt avec l'Angleterre pour l'indépendance de l'Amérique. Catherine lança contre les Anglais sa fa' meuse déclaration du droit des neutres^ qui fut sa luée avec joie par tous les petits Etats dont la ma rine était livrée au brigandage britannique (1780/1
En même temps la Russie annexait la Crimée le Kouban (178u-17l;'3), méditait d'affranchir le: populations roumaines, préparait contre l'Angle terre une alliance militaire avec la France. Li déclaration de guerre du sultan remit tout ei question (1787). La Suède appuyait la Turquie La double bataille navale de Svenska-Sund (1790) et la paix de Varéla arrêtèrent les Suédois. L'Autriche contint les Turcs, et donna le temps i Potemkine d'enlever Otchakov (1788). Souvarov trois fois vainqueur des Turcs, emporta d'assau Ismail (1790). La prise d'Ackermann, la victoir de Matchin (1791) effrayèrent le sultan et ame nèrent la paix d'Iassy (1792), qui portait la fron tière russe jusqu'au Dniestr.
Restait la Pologne, qui avait tenté de se régé nérer par la constitution du 3 mai 1791. Mais le chefs de l'aristocratie, confédérés à Targowicz,ap. pelèrent les Russes (1792). Trompée par les Prus siens, la Pologne voulut résister. La bataille d Dubienka amena le second partage. Cette foi Catherine enlevait au.t vaincus trois million d'âmes, et le vaste territoire comprenant 1 Podolie, la Voihynie et le reste de la PetiU Russie. La diète de Grodno ratifia ce traité lamei table (1793). Par haine des gentilshommes, li paysans n'avaient pas bougé.
Mais l'armée se révolta, mit à sa tète un hén patriote, Thaddée Kosciuszko. Le bruit de Révolution française ranimait les courages. Ko eiuszko bat les Russes à Raclawice (^1794), marcl sur Varsovie qui se soulève, expulse le génér Igelstrom et massacre les traîtres. Mais, appuynsF les Prussiens, les Russes reprennent Vilni Kosciuszko est vaincu et laissé pour mort à journée de Maciejowice (l"9i). Souvarov enlè d'assaut Praga, qui est inondée de sang. Varsov capitule (1794). Le troisième et dernier panajl
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)péré par la Prusse, l'Autriche et' la Russie, ïonnait à celle-ci Vilna, Kovno, Grodno, lo reste ie la Litliuanie et de la Volhynie. Varsovie res- ;ait aux Prussiens (ni)5).
Les partages do la Pologne et surtout la Révolution de nK9 avaient rompu l'alliance ébauchée ntre la Russie et la France. Catherine II entra, comme tous les rois, dans la première coalition contre la République (ITj:i), mais elle se garda bien d'envoyer un soûl homme sur le Rhin pour appuyer l'Allemagne. Elle laissa battre la Prusse, puis l'Autriche par la Révolution française, et mourut, laissant la Russie agrandie et paci- Sée (1706).
Elle la laissait surtout transformée par ses réformes, qu'avaient longtemps applaudies Diderot, Grimm et Voltaire. Elle avait confié l'éducation de ses petits-fils au Suisse Laharpc, imbu de principes nettement républicains. Elle citait à tout propos Montesquieu. Elle avait fait ofTrir en Russie une superbe hospitalité h d'Alembert, à Jeah-Jacques Rousseau même. Elle composait des comédies, des satires, dos traités philosophiques, écrivait des mémoires, fondait l'Académie russe, encourageait les écrivains, surtout le poète Derjaviiie et le satirique Fon-Vizon. Elle commandait à Pallas des voyages de découverte, au Français Falconnet la superbe statue équestre de Pierre le Grand. Elle fondait, pour les filles de la bourgeoisie et de la noblesse, le magnifique Institut de Smolna, où l'éducation fut I donnée par des maîtres français. Elle divisait ' la Russie en 50 provinces subdivisées chacune en | districts, réformait les scandales de l'administra- 1 tion, créait une savante organisation judiciaire, déterminait les droits des bourgeois, des marchands, colonisait la steppe et les rives du Volga, sécularisait les riches biens du clergé russe, mais ouvrait son vaste empire à tous les cultes, sans privilège pour aucun. Elle agita môme la question de l'éiuancipation des serfs, et réunit à, Moscou, sous la présidence de Bibikoff, une grande assemblée nationale élue par toutes les classes, toutes les provinces et par tous les secj tateurs des diverses religions de l'empire (HCG- , ncs). De ses délibérations, trop confuses, sortit pourtant un nouveau Code de lois.
XIX. Paul I" (1796-1801). — Ces réformes furent d'abord mises en péril par Paul I", fils et ,i successeur de la grande Catherine. Il disgracia , Souvarov, s'entoura des représentants du vieux J|: parti moscovite, Araktchéev et Rostopchine. Il acctieillit avec faveur les émigrés français et les Bourbons. Toutefois les prisonniers polonais et Kosciuszko leur chef lui durent leur liberté (171)6). L'occupation des îles Ioniennes, de Malte et de l'Egypte par la France (1797-1798) le jeta dans [.. la seconde coalition. La Russie envoya une flotte contre les lies Ioniennes, et quatre armées en Hollande, à Naples, sur l'Adige et en Suisse pour . appuyer la marche des Autrichiens et des Anglais. Souvarov rappelé, mis à la tête de l'armée de Lombardie, battit, avec 1 On 000 Austro-Russes, les 30 000 soldats de Moreau i Cassano (1799), les 18 000 hommes de Macdonald à la Trebbia et les 40000 de Joubert h Novi (août 1799). Les réfugiés polonais de Dombrowski combattaient dans les rangs français.
Maître de l'Italie, mais brouillé avec l'état-major autrichien, Sonvarov se retourne vers la Suisse, pour y prendre à revers l'armée do Masséna. Mais celui-ci l'arrête au Saint-Gothard et sur la Reuss, grâce à l'énergie de Lecourbe, puis fond j sur les Austro Russes que commande Korsakov, j les enferme, les écrase et les prend dans Zurich (septembre 1799). Souvarov enveloppé i son tour s'échappe à travers les glaciers on perdant son artillerie et les trois quarts de ses soldats. En même temps le général Brune battait devant
Bergen l'armée anglo-russe débarquée en Hollande, et qui capitula dans Alkmaèr (octobre 1799). La coalition était vaincue.
Paul I", exaspéré contre l'Autriche et l'Angleterre, qu'il rendait responsables de ce double désastre, ouvrit des négociations avec la France, expulsa les Bourbons, s'éprit du talent de Masséna et du génie de Bonaparte. Une alliance offensive et défensive s'improvisa entre les deux pays. Paul I"' devait avoir l'île de Malte et le protectorat de l'ordre des chevaliers. H mettait trois armées au service de la France pour descendre à travers la Perse et enlever l'Inde aux Anglais (1801). Il renouait la ligne des neutres contre les tyrans des mers. Déjà la flotte anglaise partait pour la Baltique. Paul I" sommait la Prusse d'entrer dans l'alliance franco-russe. Tout à coup on apprit que le tsar venait d'être assassiné C2'i mars 1801"). Les conjurés étaient Pahlen et Bennigsen, deux Allemands ; Platon Zoubov, ancien favori de Catherine; plusieurs agents de l'ambassade anglaise ; peut-être même .\raktchéev et F .itopcn.ue, deux boiars fanatiques, ennemis acharnés de la Pologne et des Français. Alexandre I""' lui-môme avait trempé dans le meurtre de son père.
XX. Alexandre I" (1801-182,^). — Le règne du premier Alexandre est trop intimement lié à l'histoire générale de l'Europe, et en particulier à celle des guerres napoléoniennes, pour que nous en esquissions ici le tableau. Bornons-nous i rappeler les grands événements dont il se compose, et qui sont dans la mémoire de chacun.
Paul I" avait été un admirateur passionné de Napoléon. Alexandre 1" en fut le plus dangereux ennemi. Entraîné par ses jeunes favoris vendus à l'Angleterre, Novossiltsov, Czartoryski et Kotchoubey, il signa, pour gagner du temps, un traité provisoire avec la France consulaire (octobre 1801), se fit donner un subside par Pitt, et tout à coup lança l'ultimatum qui annonçait la troisième coalition (180.i).
Trois armées russes s'avancent au secours de l'Autriche, trop tard pourtant pour sauver Mack. Koutouzov livre aux Français le sanglant combat de Diermstein, et Bagration celui de llollabrunn. Les deux empereurs de Russie et d'Autriche se réunissent en Moravie et perdent ensemble la mémorable bataille d'Austerlitz {1 décembre 1805).
Abandonnée par l'Autriche, qui s'humilie à Presbourg, la Russie est soutenue tout à coup par la Prusse (18(16). Mais la quatrième coalition se brise comme les autres. .Vvant l'arrivée d'Alexandre, les Prussiens sont vaincus àléna, Berlin envahi, Varsovie délivrée . L'armée russe de Bennigsen (l'assassin du tsar Paul) est successivement vaincue à Pultusk, à Ostrolenka (1306), i moitié détruite i. Eylau, où elle perd 26 000 hommes (1807), puis à Friediand, où elle laisse 15 000 hommes et 80 canons (1807). Désespéré, ruiné, privé des subsides de l'Angleterre, Alexandre demande la paix. Elle fut conclue k Tilsitt, sur le célèbre radeau du Niémen (juin 1807). La Prusse était sacrifiée, la Pologne rétablie sous le nom de grandduché de Varsovie. Napoléon permettait au tsar d'enlever la Moldo-Valachie aux Turcs, la Finlande aux Suédois. Alexandre promettait de déclarer la guerre h l'Angleterre, et laissait Napoléon libre en Allemagne et du côté de l'Espagne. Ce n'était rien moins que le partage de l'Europe entre les deux empereurs.
Mais Alexandre et l'aristocratie russe ne voulaient pas sérieusement l'alliance française. Pour s'attacher la Russie contre l'Autriche et l'Angleterre, Napoléon eut une nouvelle entrevue avec Alexandre h Erfurt (1808). Le tsar lui prodigua les promesses, feignit de rompre avec l'Angle-
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terre et d'appuyer les troupes franco-polonaises contre l'Autriche (1809), tandis que Napoléon livrait bataille à Essling et Wagram. En réalité Alexandre n'attaqua que la Suède. L'imprenable Svéaborg capitula ; Helsingfors, Abo, furent enlevées ; une armée russe osa franchir la Baltique gelée, et faillit prendre Stokholm (1808-1809). La Suède céda toute la Finlande, à laquelle Alexandre garantit ses privilèges (1809). En même temps, il battait les Persans et reprenait Derbent (1806-1813). Les Turcs, vaincus par Michelson et Kamenski, cédaient la Bessarabie, Chotim, Bender, Ismail et Kilia (1806-1812). Toutes ces conquêtes se perdaient au milieu du bruit des batailles qui bouleversaient alors l'Europe s.";tière.
Cependant Alexandre préparait sourdement une rupture nouvelle avec la France. Bien que gratifié d'une partie de la Galicie au congrès de Scliœn brunn (1809), il protestait contre l'extension donnée au grand-duché de Varsovie, contre les annexions de la France en Allemagne. Il hésitait à donner une de ses sœurs en mariage à Napoléon, qui, se retournant vers l'Autriche, épousa Marie-Louise. Bientôt Alexandre refusa de participer au blocus continental qui devait tuer l'An gleterre. On échangea d'aigres paroles, des notes menaçantes, et la sixième coalition commença.
Chacun connaît la douloureuse histoire de la campagne de 181"^. Napoléon, traînant avec lui 650,000 liommes dont .320,000 alliés (Polonais, Italiens, Allemands), franchii le Niémen. Alexan dre et ses généraux se replient vers Moscou, ,-n bataillant à Krasnoé, à Smolensk, à Valoutina. Koutouzov, nommé généralissime, veut du moins sauver la vieille capitale. Avec 1-30,000 hommes, il livre bataille, près de Eorodiiio, à la principale armée de Napoléon qui s'élevait h un chiffre égal. Vainqueur à la journée de la Moskova (1 septembre 1812), où 10,000 cadavres jonchèrent la plaine, Napoléon entre à Moscou, où les agents du gouverneur Rostopchine allument un effroyable incendie. Cependant, à la voix du tsar et des popes, toute la Russie se lève avec enthousiasme. Des bandes de Cosaques, de paysans fanatisés interceptent les convois, assassinent les soldats isolés, les blessés, les vedettes, massacrent les prisonniers, incendient les villages pour affamer les Français. Napoléon ordonne la retraite (octobre 1812), s'ouvre péniblement un chemin à la bataille de Malo-jaroslavetz, aux combats de Viazma, de Krasnoé, au passage de laBérézina, où 40,000 hommes enfoncèrent trois armées russes, en sacrifiant les canons. Les Cosaques rentrent à Vilna où commence un affreux Carnage des blessés et des malades (décembre 1812). La Russie était délivrée de l'invasion.
Dans l'acharnement du succès, Alexandre ne s'arrêta pas. Toute l'Europe se soulevait derrière la grande armée vaincue. Mais à Liitzen, à Bautzen, à Dresde, Napoléon écrase Russes et Prussiens réunis (I.S13). Une victoire inespérée à Kulm leur rend l'avantage. Pendant trois jours, autour de Leipzig MC-18 octobre 1813), 330,000 coalisés disputent la domination du monde h 170,0(10 Français. Napoléon, accablé sous le nombre, se replie vers le Rhin, abandonnant les garnisons bloquées le long de la Vistule. L'armée russe envahit la France. Repoussée à Saint-Dizier, àChamp-Aubert, à Montmirail.àReims, elle écrase une division de gardes-nationaux à la Fère-Champenoise, et contribue à la bataille qui livre Paris à la coalition (3(1 mars 18U).
A Paris comme ati congrès de Vienne, ce fut le tsar Alexandre qui seul prit la défense de la France vaincue etdésarmée. Après Waterloo (1815), ce fut encore lui qui la sauva des fureurs de Bliicher, qui s'opposa au démembrement rêvé par
l'Autriche et l'Allemagne. Dans le grand partagedes peuples, Alexandre, qui pourtant avait porté les coups les plus rudes, ne se réserva qu'une part relativement modeste (trois millions d'âmes en Pologne). Toutefois il avait mis la main sur Varsovie.
Mais cette éblouissante fortune parut avoir troublé l'esprit rêveur et mystique d'Alexandre. I! avait donné au royaume de Pologne, reconstitué sous le protectorat russe, une constitution libérale, deux Chambres, une armée nationale, une presse libre (1815). Puis il conçut l'idée bizarre de la Sai7ite-Alliance des rois pour la défense de la religion et de la monarchie. Lancé sur cette pente, il ne s'arrêta plus. Aux Congrès d'Aix-la- Chapelle (1818), de Carlsbad (1819), de Troppau- (1820), de Vérone (1822), on le vit appuyer chaque fois plus résolument la politique d!e réaction. Le soulèvement de la Grèce chrétienne contre les Turcs le trouva indifférent, même hostile (1821). Il laissa la barbarie musulmane insulter à l'Europe et à l'humanité, sans reprendre le rôle de Catherine et de Pierre le Grand. L'inondation terrible qui ruina Pétersbourg (19 novembre 1824) frappa encore son esprit déjà troublé. Il expira dans la solitude, à Taganrog (1825).
Nous avons vu son rôle militaire. Quel fut son rôle administratif? Il se divise nettement en deux périodes. Dans la première (1801-1812), Alexandre sembla marcher dans la voie tracée par son aïeule Catherine et s'inspirer des principes libéraux que lui avait inculqués son précepteur Laharpe. Il parlait d'humanité, de constitution, de réformes ; à ses intimes il se disait théoriquement républicain. La persécution cessa contre les ra^kotniks. L'oukaze de 1803 adoucit le servage des paysans. Des ministères furent créés, i l'image de ceux del'Occident (180'-'). L'empire se couvrit d'universités, d'écoles, de gymnases (collèges). Speranski,. le fils d'un humble pope, devint président du conseil de l'empire et s'efforça de faire prévaloir les idées françaises contre Czartoryski, admirateur des institutions britanniques. Un code civil fut projeté, à l'imitation du code Napoléon. Un parlement composé de fonctioimaires s'ouvrit (1810). Mais l'invasion de 1812 amène la disgrâce de Speranski. Le tsar se jette dans les bras des partisans d'Araktchéev et de Rostopchine. L'influence française est proscrite^ les théâtres fermés ; les sociétés bibliques se répandent dans. tout l'empire. Les universités sont surveillées,, les professeurs destitués, les catholiques inquiétés. Des colonies militaires, imaginées par Araktchéev, enrégimentent les paysans. La censure et la police s'acharnent à dénoncer toute idée libérale. Aussitôt des sociétés secrètes s'organisent, à Pétersbourg, à Moscou, h Kiev (1816-1825). L'aristocratie, les officiers de la garde sont à la têtedu mouvement révolutionnaire. Une sourde fermentation se manifeste en Pologne. Le régimetit de Semenowski se mutine. Une conspiration militaire était formée pour se débarrasser de l'empereur, quand l'avènement de Nicolas précipita la. crise (1825).
La réaction politique n'avait pu paralyser lebrillant essor de la littérature nationale. Le poète Derjavine, l'historien Karamzino, le fabuliste Krylov représentaient la vieille école vis-à-vis des poètes Joukowski et Pouchkine, premiers apôtres du romantisme russe. Krusenstern faisait le tour du monde (1803) et Kotzebue explorait les régions polaires (1815). Pétersbourg voyait s'élever des monuments superbes, la cathédrale de Kazan et celle disaac, oeuvre de l'architecte Français Montferrand.
XXI. Nicolas I" (1825-1855). — Au romanesqtie et mystique Alexandre, tour à tour partisan, puis ennemi acharné des idées libérales, succéda l'era-
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pormir de fer, le génie même de la réaction monarchique, l'apôtre de l'autorité, le tsar Nicolas. La couronne devait revenir, par droit liérc'.ditaire, au second fils de Paul I'^', au grand-duc Constantin, alors vice-roi de Pologne. Mais Constantin généreux et fantasque, avait refusé le tr6ne pour être libre d'épouser, au mépris des usages monarchiques, une comtesse polonaise (182;'), Le peuple ignorait cette renonciation. Aussi, le jour où fut proclamé Nicolas, une émeute éclata dans Pétersbourg. Les conjurés militaires, saisissant cette occasion inespérée, soulevèrent les grenadiers et les marins {'iti décembre 1825). Le vieux Miloradovitcli fut tué, le métropolitain faillit périr. La canonnade dispersa les insurges sur la place d'Isaac. Ciiiq potences s'élevèrent pour les chefs du complot. Nicolas gracia ou fit déporter les autres. Dans le midi, un bataillon soulevé par Pestel fut mitraillé au village d'Ouslimovka.
La révolution prématurée du '^G décembre avait tristement échoué. Elle exaspéra encore le despotisme intolérant de Nicolas 1". Pour fortifier le principe autoritaire, il rendit légal l'établissement des majorais, antipathique aux mœurs slaves. Il compila les vieilles lois de l'empire (1830-1815) en remontant jusqu'à celles des premiers Romanov. Il éloigna les professeurs étrangers, entrava la liberté des voyages hors des frontières de l'empire, aggrava les rigueurs de la censure. Le comte Bobrinski n'obtint qu'après de longs efforts l'autorisation de créer en Russie le premier chemin de fer (de Pétersbourg ;\ Tzarskoe-Sélo). Une surveillance mesquine pesa sur les brillanis littérateurs de la pléiade romantique, les poètes Pouchkine et Lermontov (l'un et l'autre tués en duel dans un âge encore jeune), le mélancolique Kaltsov, le chantre des paysans ; l'inimitable romancier Gogol, un des plus charmants conteurs du siècle ; Ivan Tourgueniev, qui a su populariser la Russie à l'étranger; Dostoïevski, que son libéralisme fit condamner aux mines sibériennes. Les comédies d'Ostrovski et de Griboyedov, la musique de Glinka montrèrent l'égale facilité du génie slave à rivaliser avec les artistes et les écrivains de l'Occident.
Mais c'est vers la guerre que se tourna exclusivement l'esprit de Nicolas. En deux campagnes (I8"J6-1827), il vainquit la Perse. Les victoires d'Elisabethpol et de l'Araxe, la prise de Tauris et d'Erivan, immortalisèrent le nom de Paskievitch Evivanski. Au traité de Tourkmantchai (18ïS), le chah de Perse abandonna deux provinces. Le meurtre de l'ambassadeur russe Griboyedov (1829) amena de nouvelles concessions. Au grand scandale de l'Angleterre, l'influence russe domina à la cour de Téhéran.
Après la Perse, ce fut le tour de la Turquie. De concert cette fois avec l'Angleterre et la Franco, Nicolas intervint en faveur de la Grèce que désolaient les fureurs des pachas. Les trois flottes coalisées anéantirent la marine turque dans la rade de Navarin 120 octobre 1821). La Grèce était sauvée, mais la Turquie proclama la gnerre sainte. Deux armées russes l'envahirent. En Asie-Mineure, Paskiévilch enleva les fortes places de Kars et d'Erzeroum (I82S-182:)). En Europe, Wittgenstein et Diebitch Zabalkunski conquirent les provinces roumaines, la Bulgarie, Silistrie, et Andrinople au delà des Balkans (182s-18i9). La Turquie vaincue céda aux Russes, par la paix d'Andrinople, quatre districts en Asie, les bouches du Danube en Europe, une forte indemnité, et la libre navigation du Bosphore (18'^9).
L'influence russe grandissait rapidement en Asie. L'expédition du général Perovski sur Khiva échoua (1841), mais la Chine s'ouvrit aux Russes, admit leurs ambassadeurs (1827), leurs marchands (18,)2;, et laissa leurs pionniers annexer tout le
bassin de l'Amour et les rivages du Pacifique(1854). Au Caucase, l'héroïque Schamyl, prophète et général, sorte d'Abd-el-Kader des Circassiens, arrêta trente ans les armées impériales; mais les Abkhases, les Tcherkesses, les Lesgliis furent domptés.
Du côté de l'Europe, Nicolas se posa hardiment en champion des rois contre les peuples. Les Polonais, irrités do le voir fouler aux pieds la constitution do 1815, se révoltèrent (29 novembre 1830), encouragés par les nouvelles qui venaient de Paris. Le vice-roi Constantin s'échappa avec peine. La diète polonaise proclama la déchéance des Romanov (janvier 1831), organisa une armée de 90 01)0 hommes, fit appel aux puissances d'Occident. Mais la Russie, appuyée par la Prusse, concentra sur la Vistule les troupes de Diebitch et de Paskievitch. Les Polonais furent chassés de la Lithuanie, de la Podolie. Les sanglants combats de Grochow, de Bialolenska, de Wawer, d'Ostrolenka épuisèrent l'armée polonaise. Paskievitch franchit la Vistule, enleva Vola et canonna Varsovie qui dut capituler (septembre 1831). Une violente répression se déchaîna sur la Pologne, la constitution fut déchirée, les biens des Polonais confisqués, les vaincus déportés en Sibérie. La persécution religieuse, jadis exercée par les catholiques sur les dissidents, se retourna dès lors contre les catholiques. Le second exode des Polonais commença.
Les sympathies montrées par la France à la Pologne avaient profondément irrité Nicolas. Pour combattre la politique française, favorable i l'Egypte, il appuya le sultan contre les Egyptiens et se déclara protecteur de la Turquie (traité d'Unkiar-Skélessi, 1833). La môme année, aux conférences de Miinchen-Graetz, il appuyait les remontrances adressées à la France par la Prusse et l'Autriche. Il inspira le traité de Londres (1840), qui faillit amener la guerre entre la France et la coalition reformée. Il aida l'Autriche :\ écraser la révolution polonaise de Galicie (1840) et la révolution hongroise (1»<49). Vainqueurs des troupes autrichiennes, les Hongrois durent capituler devant l'armée russe de Paskievitch. Nicolas encouragea la Prusse à écraser la révolution allemande (1849), et lui interdit de soutenir le soulèvement des Holsteinois contrôle Danemaik (1852).
La réaction triomphait partout on Europe. Le tsar crut le moment venu de reprendre en Orient l'ccuvro de Catherine II. Il comptait sur l'appui des rois qu'il avait sauvés, de l'Angleterre qu'il avait soutenue contrôla France. Mais la reconnaissance des rois fut courte et l'Angleterre comprit que ses intérêts étaient en danger. Les armées russes avaient envahi la Moldo-Valachie (1853!, et la flotte de Nakliimolï détruisait celle des Turcs à Sinope. La France et l'Angleterre envoyèrent leurs marins et leurs soldat* en Orient (1854) Silistrie fut débloquée, Odessa bombardée. Une expédition anglo-française enleva les îles d'Aland, dans la Baltique, à la grande joie des Suédois. L'Autriche même mobilisa ses troupes. Abandonné de tous, le tsar vit son armée vaincue sur les bords de l'Aima (20 sept. 1854), Sébastopol assiégé, sa flotte anéantie. Il lutta avec son opiniâtreté obstinée. Mais l'armée russe fut encore vaincue à Bahiklava, à Inkermann (1854), à la Tchernaia (1855). Sébastopol fut bombardé, pris d'assaut après une résistance admirable (S sept. 1S55). Nicolas, désespéré, doutant de son système, n'avait pas voulu être témoin de cette grande chute. Le 3 mars 1855, il expirait. Le bruit courut qu'il s'était suicidé.
XXII, Alexaivlve II (1855-1881). — La Russie semblait perdue. Plus d'argent, plus d'armée. Une administration désordonnée, vexatoirc, avait mécontenté toute la nation, humiliée sous le double poids du despotisme et de la défaite. Le successeur do Nicolas, instruit par le malheur, se pro-
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posa immédiatement un double but : la paix d'abord, la réforme sociale ensuite.
Bien différent de son père, Alexandre II avait les idées généreuses de Catherine et du premier Alexandre, sans avoir l'ambition de l'une ni la duplicité de l'autre. Pacifique, humain, ami des paysans, fort enclin aux réformes, il avait toujours désapprouvé le système irritant du tsar Nicolas. A Sébastopol, il lutta pour l'honneur. La ville prise, il envoya ses diplomates au congrès de Paris (ISifi), et se résigna à la paix douloureuse qui faisait perdre à la Russie la libre navigation delà mer Noire, le protectorat des chrétiens d'Orient, et un lambeau de territoire aux bouches du Danube.
Aussitôtconimençala grande œuvre de la régénération sociale, rêvée jadis parles décembristes, à peine entrevue par Speranski et Catherine II. Secondé par le mouvement général de l'opinion, Alexandre II aborda courageusement l'entreprise. A l'heure même où, de l'autre côté de l'Atlantique, Abraham Lincoln, président des Etats-Unis, émancipait quatre millions d'esclaves, le tsar de Russie lança le grand oukaze libérateur du 3 mars 1861, qui affranchissait du servage quarante-sept millions et demi de paysans (25 millions de paysans de la couronne, et 22 millions et demi de serfs appartenant à des propriétaires). Cette colossale réforme s'opéra pacifiquement. A Kazan seulement, quelques milliers de serfs se mutinèrent et nécessitèrent l'intervention des troupes.
En outre, pour éviter la formation d'un immense prolétariat rural, Alexandre II fit partager le sol entre les paysans affranchis et la noblesse. Chaque serf émancipé reçut, en moyenne, trois à quatre arpents de terre en toute propriété. Il devait payer, en retour, un certain droit de rachat qui, en fait, ne fut généralement pas acquitté.
Les paysans, désormais libres et propriétaires, reçurent le droit de se gouverner eux-mêmes, d'élire leur maire {staroste] et leur chef de canton lst(jrchi7U!), d'organiser leurs tribunaux, d'administrer à leur gré la commune.
Les autres classes de la nation ne furent pas oubliées. Des conseils d'arrondissement, des conseils généraux {zemstvos) furent créés. Ils sont élus par toutes les classes de la nation, délibèrent publiquement, jouissent de droits assez étendus au point de vue administratif. Chaque ville put élire son conseil municipal ((/oi/mo). La décentralisation et les libertés locales devaiejit habituer peu à peu la nation à la pratique des institutions parlementaires.
La magistrature de Nicolas fut transformée, les tribunaux reconsiitués, les juges de paix créés à l'instar de la France, avec cette différence qu'ils durent être éhis par les citoyens.
L'odieux emploi du knout fut aboli. La Russie se couvrit d'un vaste réseau de chemins de fer (22,000 kilomètres en vingt ans). Près de 200 gymnases (collèges) s'ouvrirent pour les garçons et tout autant pour les filles, versant à flot l'instruction dans les masses. On cessa de perséciiter le» raskolniks ; on leva la plupart des barrières qui confinaier.t les Juifs dans les provinces de l'ouest. Sous l'énergique impulsion du général Miloutine, l'armée se transforma. Le service militaire obligatoire, égal pour tous, sans rachat d'aucune sorte (mais avec réduction de temps pour les plus lettrés), mit chaque année à la disposition du pays près de 700, OUO conscrits (187.3).
Jamais gouvernement monarchique n'avait montré une si vive intelligence des intérêts populaires. Mais la malheureuse question polonaise, triste héritage de Catherine H, amena des complications fâcheuses pour la Russie comme pour
l'Europe, en brisant l'alliance franco-russe qui nous eût épargne les malheurs de 1870 .
A Varsovie, des manifestations menaçantes avaient amené des fusillades (1800-1861). Au libéral gouverneur Vielopolski succéda le brutal Luders. Les Polonais, réfugiés dans les bois, commencèrent une guerre de partisans où s'illustrèrent Langiewicz et Bosak, mais qui fut comprimée (18tl3-I8641 et entraîna des représailles. La France, l'Autriche et l'Angleterre protestèrent. La Prusse, au contraire, offrit ses services et noua l'alliance qui lui permit d'écraser la France quelques années plus tard. En Pologne, les derniers vestiges de libertés locales furent supprimés.
Cependant la Russie se relevait rapidement de sa défaite de Sébastopol. Les historiens Soloviev et Kostomarov, les romanciers Alexis et Léon Tolstoï, le dramaturge Ostrovski, le poète Nékrassov, l'économiste Tcliernycbevski se donnaient libre carrière. L'école russe de peinture se développait avec Aivazovski, Verechtchaguine et Sémiradski. En musique, Rubinstein succédait à Glinka.
La Russie, libre du côté de l'Europe depuis le traité de Paris, étendait chaque jour ses conquêtes en Asie. Sdiamyl fut pris dans son dernier noul du Caucase (18.)9). La colonne russe de Tchernaiev enleva Tachkent (1864). L'émir de ïîokliara céda Samarkand (1866-18U8). Le gouvernement du Turkestan fut fondé (1867); Khiva conquis, et à peu près annexé (1872) ; Khokand réuni (1875); les frontières de Chine entamées (1870- 1880). Le Japon avait cédé l'Ile de Saghalian. Une convention conclue avec les Etats-Unis assura à ceux-ci la cession de l'Amérique russe ^186").
Chacun connaît les derniers événements du règne : l'alliance éphémère des trois empereurs de Russie, d'Allemagne et d'Autriche (1873) ; l'intervention diplomatique de la Russie à Berlin en faveur de la France (1875); les revendications du prince Gortchakov en faveur de la Serbie, du Monténégro et des Bulgares (1876) ; la guerre de Turquie (1877), le passage du Danube, les batailles sous Plevna, la traversée des Balkans, la victoire de Philippopoli (1878), la prise de Kars et d'Erzeroum, le traité de San-Stéfano, amendé par le congrès de Berlin (1878). Déjà, pendant la guerre franco-allemande, la Russie avait obtenu de l'Europe la mod4fication du traité de Paris et la libre navigation de la mer Noire (1871). Le congrès de Berlin, malgré l'impuiBsante opposition de lord Beaconsfield, lui restitua les bouches du Danube, lui céda la forteresse de Kars, le port de Batoum, divers territoires en Asie, et assura l'indépeiidance plus ou moins complète de ses alliées du sud, les principautés de Roumanie, de Serbie, de Monténégro, de Bulgarie et de Roumélie orientale (1878).
On sait aussi que ce règne réparateur vient de finir d'une façon tragique par le meurtre du tsar Alexandre II (13 mars 1881), qui avait échappé cinq fois déjà aux complots du nihilisme. La Russie semble être entrée, depuis deux ans, dans une voie de bouleversement dont nul ne peut encore prévoir l'issue.
Malgré l'extrême gravité de cette crise, la Russie reste, à l'heure actuelle, un des plus puissants Etats du monde. L'immensité de son territoire; le chiffre élevé de sa population (près de 90 millions d'àmes) ; l'extrême rapidité avec laquelle elle se développe ; les millions d hommes qu'elle peut jeter dans un conflit européen; les liens de religion et de race qui la rattachent aux Slaves d'Autriche et de Turquie, assurent au peuple russe, dans un temps donné, un rôle considérable en Europe. [Paul Martine.]
SAISONS
SAISONS
SAISONS.— Cosnicgrapliie, IV; Hygiène, V. — L'action du soleil à la surface de la terre est variable : nous le reconnaissons par l'expérience de cliaque jour, et nous appelons xfiixons les périodes pendant lesquelles ces variations sont le plus frappantes. Envisagées à ce point de vue, les saisons ne constituent pas des divisions générales de l'année applicables à tous les pays. Mais si l'on étudie le mécanisme astronomique auquel sont dues les saisons, on reconnaît que l'on peut diviser en périodes qui n'ont rien d'arbitraire les variations d'intensité de l'action solaire qui causent la difl'érence des cUtimts et celle de la longueur du jour et de la nuit.
Si l'axe de rotation de la terre était perpendiculaire au plan dans lequel elle se meut autour du soleil, le jour et la nuit seraient égaux pendant toute l'année, chaque point du globe recevrait chaque jour la même quantité de chaleur, il n'y aurait pas de saisons. Mais pour la terre, l'axe de rotation est incliné de telle sorte que l'équateur terrestre forme toujours avec le plan de l'écliptique un angle d un peu plus de '.'3 degrés. C'est cette inclinaison de l'écliptique qui cause les saisons. En effet, l'axe de rotation do la terre restant parallèle à lui-même pendant la translation du globe autour du soleil, il arrive qu'aux deux extrémités de l'orbite elliptique le pôle sud et le pôle nord se présentent successivement au soleil. Le 21 juin, la terre se trouve à une des extrémités de son orbite; ce jour-là, au tropique du Cancer, situé à 23° 28' au N. de l'équateur, on voit, à midi, le soleil au zénith. A partir de ce jour, il cesse de s'élever chaque jour davantage dans le ciel comme il faisait depuis trois mois. Le lendemain et les jours suivants on constate qu'à midi l'astre est un peu moins haut au-dessus de notre horizon ; il redescend désormais vers l'équateur. Cet arrêt du soleil au 21 juin s'appelle so/s/îce. Ce jour-là est le plus long pour notre hémisphère, et le plus court pour l'hémisphère opposé. Pour nous c'est le jour du solstice d'élé; pour l'autre hémisphère, c'est le jour du solstice d'hiver. Pour nous les jours décroissent à partir du solstice d'élé, jusqu'au 21 décembre qui est le jour du solstice d'hiver.
Trois mois après le solstice d'été, lorsque la terre a décrit le quart de son orbite, c'est-à-dire le 23 septembre, elle présente son équateur aux rayons perpendiculaires du soleil : ce jour-là, sous l'équateur, le soleil passe au zénith à midi, et pour tous les points de la terre l'astre se lève à 6 heures du matin et se couche à 6 heures du soir : le jour est donc égal h la nuit. Voilà pourquoi on appelle équinoxe (égalité de la nuit et du jour) le moment où la terre occupe cette position. Le 23 septembre est le jour de Véqui7ioxe d'automne. Lî terre, continuant sa course, atteint le 21 décembre le solstice d'hiver, moment où le soleil s'élève le moins pour nous au-dessus de l'horizon, tandis qu'au tropique du Capricorne il passe au zénith à midi ; puis l'astre se relève chaque jour pendant trois mois, et la terre se trouve le 21 mars, jour de Véquinoxe du printemps, en face du lieu où elle se trouvait le jour de l'équinoxe d'automne.
Nous avons admis ((ue pendant son mouvement de translation autour du soleil, l'axe de la terre restait toujours parallèle à lui-môme. Cela n'est pas strictement exact. Il résulte de l'attraction so laire sur la partie renflée de l'équateur un déplacement appréciable dans la direction de l'axe de rotation ; celui-ci décrit très lentement un cercle,
à la manière d'une toupie, qui se trouve animée des trois mouvements du la terre : rotation autour de son axe, translation sur un plan, et mouvement conique de l'axe autour de la verticale passant par la pointe. Pour la terre, ce mouvement conique est très lent : il accomplit un tour en 2<i 000 ans.
Ce changement ainsi produit dans la direction de l'axe de la terre pendant qu'elle parcourt son orbite n'est guère que de i degré en 12 ans. Néanmoins on peut constater chaque année qu'il apporte une perturbation dans l'ordre que nous venons d'établir pour la succession des équinoxes. Cette perturbation ramène l'équinoxe de printemps environ 20 minutes et 19 secondes plus tôt chaque année, et comme l'année tropique est le temps qui s'écoule entre deux équinoxes de printemps, on voit que cette année est plus courte que l'année sidérale. L'équinoxe de printemps se trouvant chaque année précéder un peu l'époque qui correspond à l'équinoxe de l'année précédente, on appelle précession des équinoxes le mouvement très lent effectué le long de l'écliptique par les points équinoxiaux, en sens inverse de la translation de la terre.
La saison astronomique est un espace de temps compris entre un équinoxe et un solstice. Le printemps commence du 19 au 21 mars, l'été du 2) au 22 juin, l'automne du 22 au 23 septembre, l'hiver du 20 au 21 décembre. Sile soleil se trouvait au centre de l'orbite de la terre, les quatre saisons seraient d'égale durée : l'inégalité est produite par la vitesse inégale de la terre, dans son orbite, causée par l'excentricité du soleil. La durée des saisons est à peu près la suivante :
Printemps 94 jours.
Eté 93 —
Automne 89 —
Hiver 89 —
Maintenant que nous connaissons le mécanisme dos saisons astronomiques, examinons leurs relations avec la température, qui forment la base des divisions adoptées en météorologie.
Il semble, à première vue, que la température d'un point de la terre devrait augmenter pendant tout le temps que, pour ce point, le soleil s'élève chaque jour davantage au-dessus de l'horizon, puis diminuer dans la même mesure. Ainsi, pour nos latitudes, elle augmenterait depuis le solstice d'hiver jusqu'au solstice d'été. S'il en était ainsi, les saisons météorologiques ne coïncideraient plus avec les saisons astronomiques : le printemps commencerait un mois et demi avant l'équinoxe de printemps, l'été un mois et demi avant le solstice d'été, et ainsi de suite. Mais la température d'un lieu dépend à la fois de la chaleur émise par le soleil et de la chaleur que la terre rayonne après l'avoir emmagasinée. En réalité, la température augmente tant que la chaleur émise par le sol est plus que suffisante pour compenser la déperdition due à l'inclinaison croissante du soleil. Aussi la chaleur continue-t-elle do s'accrokro pendant quelque temps après le solstice d'été. De même le froid continue d'augmenter après le solstice d'hiver, parce que l'obliquité moindre des rayons solaires ne suffit pas pour compenser l'absorption par le sol longtemps refroidi.
D'après la division astronomique des saisons, l'hiver devrait être identique à l'automne et le printemps identique à l'été, puisque la terre occupe, dans l'un et l'autre cas, des positions identiques par rapport au soleil. C'est donc à la raison que nous venons d'exposer qu'il faut attribuer,
SAISONS