SANTE
SATIRE
liquide incolore, d'autres fois bleuâtre comme chez les colimaçons, ou devenant rosé dans le vide, comme cela se passe pour le sang des crustacés (crabe). Ce liquide est brun chez quelques insectes; il est rouge chez certains annélides (siponcle), et peut alors communiquer sa couleur aux cellules lymphatiques.
De cette rapide esquisse, qui nous a dévoilé les analogies et les différences qui existent dans la composition du liquide sanguin chez les animaux, nous pouvons tirer cette conclusion :
Les animaux dont la complexité organique ne permet pas aux éléments anatomiques de se pourvoir dans le milieu, extérieur de matériaux de nutrition, doivent nécessairement être pourvus d'un milieu intérieur ou sang, dont les éléments, essentiellement mobiles, irontchercher dans le milieu extérieur naturel (air introduit dans les poumons) ou modifié) produits de la di<?estion intestinale) les aliments nécessaires à l'entretien de la vie. Nous ne devons pas croire pour cela h des di( férences profondes dansle fonctionnement vital des éléments cellulaires suivant qu'ils appartiennent à un organisme simple ou à un organisme complexe. Toujours la vie des éléments anatomiques consiste en une mutation, un échange.
Harmonie dans la fonction, variation dans la manière dont s'accomplit cette fonction, telle est est la loi générale qui régit la vie des cellules. (D' M. Laffont.J SA.VTÉ. — Hygiène, XVI. — La santé est un état de notre corps caractérisé par le fonctionnement régulier et concordant de tous les organes, en harmonie avec le milieu où nous vivons. Cet état constitue un idéal dont nous trouvons peu d'e.>Lemples, surtout chez les peuples civilises ; mais heureusement nous sommes organisés de telle sorte que nous pouvons nous en écarter sensiblement sans qne notre existence se trouve compromise. Entre la santé parfaite et la désorganisation qui produit la mort, on peut établir une série conventionnelle d'états intermédiaires commençant à l'indisposition et finissant à la maladie grave ou mortelle. Le langage usuel est suffisamment précis: par indisposition l'on entend un désordre peu considérable et passager des fonctions; par maladie, un désordre profond et de longue durée. Au point de vue médical, le mot maladie implique, en outre, l'idée de lutte, ouplutotderoactiondcs organes contre une cause de désordre ou de destruction Pour chaque individu la santé est d'ailleurs influencée par le ttmpérament et la constitution. Le tempérament résulte de la prédominance fonctionnelle de certains organes, qui détruit l'harmonie générale, accapare, pour ainsi dire, la vitalité et localise les impressions. On appelle constitution l'ensemble des organes considérés dans leur développement, leur activité, leurs rapports: c'est, pour ainsi dire, la pliysionomio de la santé. Lorsque tous les organes sont bien développés, régulièrement actifs, fonctionnent harmonieusement, on est en présence d'une constitution forte, vigoureuse; dans le cas contraire, elle est faible, délicate, maladive.
Outre le tempérament et la constitution, chacun possède une sorte d'individualité médicale ou idiosyncrasie, c'est-à-dire une disposition particulière qui modifie l'impression produite par les causes de maladie et celle que produisent les remèdes.Découvrir et mettre en action cette individualité médicale constitue pour le médecin une difficulté sérieuse que les personnes non initiées sont incapables de comprendre et d'apprécier; c'est une des raisons pour lesquelles on doit, autant que possible, confier aux seuls médecins le soin de conserver ou de rétablir la santé.
L'homme n'étant ni un simple animal ni un pur espritj la vie n'est complète, normale, régulière,
qu'autant que le corps et l'esprit, ces doux associés inséparables, agissent pour ainsi dire instinctivement en faveur du bien commun. Le corps ne doit pas, dans les circonstances ordinaires, s'apercevoir qu'il obéit à l'esprit, et l'esprit, auquel les sens transmettent des impressions, doit les recevoir comme si elles étaient spontanées. Lorsque cette harmonie de fonctions est complète, le corps accomplit automatiquement toutes les fonctions purement animales et se trouve prêt à recevoir la moindre impulsion volontaire de l'àme ; tandis que l'âme, presque inconsciente de la vie végétative, perçoit avec une merveilleuse délicatesse les impressions du monde extérieur, les recherche, les varie à son gré, ou bien, s'isolant dans le domaine de la pensée, arrive, par moment, à n'avoir plus conscience de l'existence du corps.
Tel est l'homme dans son intégrité native qui constitue l'état idéal de santé. Telles sont les conditions dans lesquelles il doit s'efforcer de demetirer poursuivre sa destination sur la terre, remplir ses devoirs et accomplir la plus grande somme possible de bien.
Quelques-uns, mus par une fausse appréciation de la dignité humaine, croient devoir le prendre de haut avec le corps, traiter celui-ci en infime subalterne. Ils négligent de pourvoir régulièrement à. ses besoins, lui imposent des tâches exagérées, et ne tiennent aucun compte des avertissements qu'ils reçoivent sous forme de lassitude, do malaise, de douleurs, de maladie. Evidemment cette manière d'agir est incompatible avec une bonne santé.
La plupart des personnes vouées aux professions libérales négligent les exercices corporels, adoptent une nourriture excitante, retranchent des heures au sommeil, et, contraignant l'intelli; gence à, un travail excessif, diminuent la vitalité des organes, produisent une surexcitation du cerveau et du système nerveux et détériorent irrémédiablement leur santé en même temps qu'elles abrègent leur existence.
D'autre part, ceux qui doivent au travail manuel le pain quotidien, ceux dont la vie s'épuise en une lutte incessante pour subvenir aux besoins les plus pressants, se trouvent forcés de demander au corps une dépense de forces exagérée, prolongée outre mesure. Dans de telles conditions, l'esprit n'est appelé k Intervenir que dans la direction plus ou moins mécanique du travail. Cet emploi abusif des forces physiques a pour conséquences fatales l'affaiblissement graduel, l'étiolement, et hvre le corps sans défense à toutes les causes de destruction.
C'est l'hygiène qui nous enseigne les moyens de conserver la santé, source de toutes nos puissances effectives, qui prolonge notre virilité, épargne lesinfirmités à la vieillesse, et retarde la mort jusqu'au terme qui lui est assigné par les lois de notre nature. [D' Saffray.]
SATIRE. — Littérature et style, III. — Dans une acception très générale, le mot satire s applique à >< tout discours, à tout écrit qui reprend, qui raille. » (Littré). A l'entendre ainsi, la satire comprendrait à peu près toute la littérature : il n'est guère possible de rencontrer œuvre de vers ou de prose où elle ne soit mêlée, où l'écrivam n'ait eu occasion ou ne se soit principalement proposé de s'élever contre ce qu'il regarde comme mauvais et contre les auteurs do ce qu'il regarde comme mauvais. On pourrait même dépasser les limites des littératures et retrouver la satire dans les arts plastiques : c'en est une terrible, par exemple, que le Jugement dernier de Michel- An "e où les damnés ne sont autres que les ennemis de l'artiste; satires aussi, et très curieuses satires, toutes ces scènes burlesques ou grossières que le moyen âge a sculptées sur le porche
SATIRE
SATIRE
rt jusqu'aii sanctuaire des catliédrales. A tout le moins, le Rcnre satirique ainsi défini s'étendrait h un certain nombre d'écrits, tant en prose qu'en vers, qui en agrandiraient considérablement le domaine ; en prose, par exemple, au libelle et au pamphlet et à toute une catégorie de romans, depuis le Sutyricon de Pétrone, dans la langue latine, jusqu'au Giirr/aiitua et au Pantnjjrtiel, au Don Qiiicliotte de Cervantes et aux Voijages de Gulliver; en vers, sans parler de toute une partie du théâtre, sans parler non plus des sirventes, et d'un grand nombre de romans-poèmes du moyen âge, à l'apologue, à l'épigramme et i la chanson. C'est aux dictionnaires de littérature et aux ouvrages spéciaux qu'il faut s'adresser pour une définition de tous ces genres.
Mais on donne ."pocialement le nom de satire b. tout K ouvrage en vers, fait pour censurer, pour tourner en ridicule, pour châtier les vices, les passions déréglées, les sottises, les. impertinences des hommes, » ou encore « à certains ouvrages, ordinairement mêlés de prose et de vers, qui sont faits dans la môme intention. » (Académie.) C'est de ce dernier sens que vient le nom de satire, et non, comme on l'a cru quelquefois, des drames satyrique^; c'est-à-dire des petites pièces dont les principaux personnages étaient des s':tyres, et que l'on donnait, chez les Grecs, après les grandes tragédies. Le mot latin salira ou satura veut dire proprement pot-pourri, farcissure, et l'on désignait ainsi primitivement h Rome une sorte de pièce dramatique, mélangée de musique, de paroles et même de danse; cette satire ne se développa guère; mais le nom resta et passa â la satire proprement dite, que celle-ci rappelât ou non la forme première du genre.
On comprend que, d'après sa définition, la satire peut se distinguer, suivant les objets auxquels elle s'attache, en plusieurs types. Il y a, par exemple, la satire politique, comme, de notre temps, les lamhes, d'Auguste Barbier, les Chdtiliients, de Victor Hugo ; la satire religieuse, comme les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné, au \\i° siècle ; la satire morale, comme celles d'Horace, deJuvénal ou de Perse, chez les Romains ; de Régnier, de Boileau, au xvii= siècle ; la satire littéraire, comme plusieurs de nos satires classiques, par exemple, la neuvième satire de Boileau.
On comprend aussi que, suivant l'époque où le poète écrit, suivant le milieu où il vit, suivant son tempérament et la nature de son génie, la satire prenne des allures et un caractère très différents. C'est le poète qui parle dans la satire et qui parle en son nom ; la satire est, en ce sens, un genre de poésie éminemment personnel. Dans cette neuvième satire, qui est adressée « à son esprit » et qu'il intitule n Mon Api.tocjie », Boileau a tracé ce qu'on pourrait appeler les règles de la satire, telle qu'il la comprenait, comme il a tracé l'historique du genre dans le second chant de YArt poétique. Et son idéal, il faut le dire, est celui d'un esprit honnête, mesuré, ennemi de tout excès:
L'ardeur de se montrer, et non pas de médire, Arma la vérité du vers de la satire.
Cette vérité non médisante, qui est la muse da Boileau, ira bien jusqu'à stigmatiser sans scrupule des travers d'esprit, des défauts de style; elle dira volontiers, s'adressant à des individus notoirement décriés, qu'il faut appeler « un chat un chat et Rolet un fripon »; quelque jour même, elle se risquera assez méchamment à tourner en ridicule la vie besoigncuse d'un CoUetet,
r.rolti* jusqu'à l'échinc, Qui va chercher son pain de cuisine en cuisine ;
mais ses plus grosses critiques ne seront d'ortUnaire que des critiques générales, et, sauf de
bien rares exceptions, elle se refusera péremptoirement à toute malignité capable de blesser la réputation morale de ceux qu'elle prend à partie sur d'autres points :
11 a tort, dira l'un; pourquoi faut-il qu'il nomme?
Attaquer Chapelain! ah! c'est un si bon homme!
Balzac en fait l'éloRe en cent endroits divers.
II est vrai, s'il m'eût cru, qu'il n'eut point fait de vers.
II se tue à rimer ; que n'écril-il en prose?
Yoilà ce que l'on dit. Et que dis-je autre chose?
En blâmant ses écrits, ai-je, d'un style affreux.
Distillé sur sa vie un venin dangereux?
Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète.
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète...,.
Tel est l'idéal de Boileau ; mais on peut dire que cet idéal n'a jamais été une loi que pour lui, et que ceux qui l'ont précédé comme ceux qui l'ont suivi, sauf quelques disciples immédiats, ne se sont jamais crus obligés de s'en tenir à cette discrétion. Les poètes, d'ordinaire, ne se piquent pas de tant de mesure, et, en ce qui concerne les satires, on pourrait (lire sans exagérer que les plus belles senties plus passionnées. Kous ne pouvons juger sur les quelques vers qui nous restent les I poésies de cet Archiloque qui fut, dit-on, chez les 1 Grecs, le père de la satire, et dont les vers iambiques, invejités toutexprès pourservirsavengeance, ; poussèrent à la pendaison Lycambès, qui n'avait ' point voulu être lo beau-père du poète, et Néobulé, qui avait dédaigné d'être sa femme. Mais on chercherait vainement la modération, par exemple, dans le portrait que fait Juvénal de Messaline ou dans celui que d'Aubigné fait de Charles IX, ou encore dans certaines strophes que Victor Hugo ne songe certes pas à renier et qui sont peut-être, en effet, malgré leur âpreté singulière, celles où l'on peut le mieux sentir toute la puissance de sa verve. De même, le poème satirique peut se plier à toutes les formes du vers. S'inspirant d'Horace et de Juvénal, notre xvii" siècle a écrit ses satires en alexandrins, qui répondent à l'iiexamètre latin. Mais André Chénier, à la fin du xvin" siècle, et Auguste Barbier, après 1830, ont employé pour leurs satires l'alexandrin alternant avec un vers de huit pieds, rappelant le mètre boiteux d'Archiloque. C'est dans ce mètre, parexemple, qu'est écrite la célèbre allégorie où Auguste Barbier représente la France sous la figure d'une cavale que Bonaparte a domptée et menée quinze ans à la guerre, jusqu'à ce qu'elle tombe mourante dans une dernière lutte, en entraînant son ca'valier :
0 Corse aux cheveux plats, que ta France était belle
Au grand soleil de messidor !
C'était une cavale indomptable et rebelle.
Sans frein d'acier ni rênes d'or.... etc.
Enfin, Victor Hugo, dans ses Châtiments, s. employé toute espèce de rythmes.
Ce n'est point ici le lieu de f.iire l'histoire de la satire, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, particulièrement en France. On pourra, dans l'article consacré à la Littérature française, en suivre la trace bien marquée à travers les diverses périodes de nos annales littéraires.
Disons seulement ici que le moyen âge ne l'a point connue sous la forme propre qu'on lui attribue ordinairement. La veine satirique de nos pères s'épanche d'abord dans des couplets chantés, dont les sirventes de la poésie provençale sont les principaux modèles ; puis dans de longs romans rimes, comme le roman de Renart, comme la seconde partie du Roman île la rose, sous la plume vigoureuse de Jehan de Meung ; enfin dans les représentations dramatiques, les farces, les soties, les moralités, les mystères mêmes. Le XVI" siècle voit paraître, après les épigrammes de Clément Marol et de Mellin de Saint-Golais, les invectives, souvent illisibles, mais pleines do foi