‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 341 sur 459 · SIPHON · texte numérisé non relu

SIPHON

SIRENIENS

:grande branche , sans quoi l'air , divisant la coloiiun liquide, monterait en liaut du tube et le sipl.on n'étant plus amorcé l'écoulement cesserait.

(Tost si bien la pression atmosphérique qui provoque l'écoulement du liquide que si l'air ne pénèlre pas librement au-dessus du liquide à, transvaser, le siphon cosse de fonctionner.

La petite branche ne peut donc pas avoir plus de 10"", 33 s'il s'agit de transvaser de l'eau, pas plus de 0,"G si l'on veut transvaser du mercure; sa plus grande hauteur possible pour un liquide est celle à laquelle la pression de l'air tient ce liquide dans le tube de Torricelli.

On emploie plusieurs moyens pour amorcer les siphons au moment de les mettre en marche. Le plus simple consiste à plonger le siphon renversé dans un bassin d'eau où il se remplit en quelques secondes ; on bouche la grande branche avec l(! doigt et on plonge la petite dans le vase à, vide. On se contente souvent de mettre le siphon ■en place et d'aspirer l'air par l'extrémité de la grande branche. Mais ce procédé expéditif n'est applicable qu'au cas où le liquide n'est ni désagréable ni dangereux. Si l'on a affaire à des liquides corrosifs, on prend un siphon dont la giande branche est munie d'un tube latéral ; on le met en place dans le liquide ; on bouche le bas de la grande branche et on aspire par le tube latéral. Dans le cas où les siphons ont de grandes dimensions, on fait plonger les deux extrémités; et pour les amorcer on installe à leur coudure une petite pompe qui aspire l'air intérieur et que l'on fait jouer jusqu'à ce qu'elle puise de l'eau ; on ferme alors sa communication avec le siphon qui reste amorcé. L'amorcement d'un siphun ordinaire peut également être produit par iiisufflation d'air quand le haut du vase est facile i fermer. C'est même le procédé que l'on emploie le plus souvent pour vider les touries : la courte branche du siphon est fixée à demeure dans une coiffe de caoutchouc qui s'élargit par le bas pour s'adapter sur le col du vase, et cette coiffe porte un petit tube latéral qui sert à insuffler l'air. On place la coiffe sur la tourie pleine, on souffle par le petit tube ; l'air presse sur le liquide, le fait monter dans le si- -phoii qui s'amorce ainsi et peut écouler le liquide tant qu'on laisse ouverte l'extrémité de la grande ■branche.

Le siphon sert très utilement dans le cas où il s'agit de transvaser un liquide qui repose sur un dépôt boueux. Il sert également pour faire passer l'eau d'un réservoir dans un autre par dessus un obstacle que l'on ne peut pas trancher. Il permet de réaliser un écoulement intermittent quand il est placé dans un réservoir et qu'il peut débiter plus deau que le réservoir n'en reçoit dans le même temps. Le verre de Tantale est un exemple de ce dernier cas. Ce verre porte un siphon dont la petite branche ouvre près du fond, tandis que la grande traverse le pied; l'eau versée en mince filet dans ce vase monte peu à peu dans le siphon, et quand elle est arrivée à la coudure du lube elle s'écoule. Comme l'orifice dépense plus que le filet continu alimejitant le vase ne fournit, le verre se vide, le siphon cesse d'être amorcé et l'écoulement par le pied cesse jusqu'à ce que le verre se soit rempli de nouveau à la hauteur de la coudure du siphon. Ce petit appareil permet de comprendre le jeu de certaines sources naturelles qui coulent pendant quelques heures ou quelques jours, s'arrêtent un certain temps et recommencent à couler à intervalles réguliers. Ces fontaines intermittentes reçoivent l'eau par des infiltrations dans une cavité qui ne communique à l'extérieur que par un canal replié en forme de siphon. L'eau s'y amasse peu à peu, et i|uand son niveau est arrivé à la hauteur de la coudure du tubc-si-

phnn, l'écoulement commence et le réservoir se vide. Il mettra ensuite un certain temps à se remplir à nouveau pour se vider une nouvelle fois en peu de temps.

Le siphon est un appareil très ancien: les Egj-ptiens l'employaient plus de 1700 ans avant notre ère, ain^i qu'en témoignent les dessins retrouvés sur les monuments do l'ancienne Egypte.

bxpi'riences . — Amorcer un siphon par les différents moyens. Remplir à demi un vase d'eau, y plonger une mèche de coton qui repose sur le bord du vase et retombe à l'extérieur ; cette mèche fera l'office de siphon capillaire pour vider lentement le vase.

[Haraucourt.]

SlUÉMENS. — Zoologie , XII. — Certains naturalistes ont pensé que les poètes de l'antiquité n'avaient pas inventé purement et simplement les Sirènes, ces êtres marins qui se servaient de leur voix mélodieuse pour attirer dans l'abîme les malheureux navigateurs, mais qu'ils avaient seulement tracé le portrait singulièrement flatté de quelques mammifères qui vivent encore aujourd'hui dans les eaux de la mer Rouge, de l'Océan Indien et de l'Océan Atlantique. En conséquence ils ont donné les noms de Siréniens et de Sirénides à un ordre comprenant les animaux qu'on appelle vulgairement Dugongs et Lamantins. Malheureusement, d'autres zoologistes ont appliqué également le nom de Siréniiles à un petit groupe de batraciens ayant pour type la Sirène lacertine, et d'autres encore ont cojistitué une famille des Sirènirlés pour divers poissons, tels que les Lépidosirènes, les Protoptères et les Ceratodas.De tout cela il est résulté une certaine confusion. Quoi qu'il en soit, nous n'avons à nous occuper ici que des Dugongs , des Lamantins et des Rhytines, que nous nommerons décidément Sirénieiu.

Souvent confondus avec les Cétacés, les Siréniens se distinguent cependant de ces derniers mammifères par quelques caractères importants. En effet, si les Lamantins et les Dugongs sont, comme les Baleines et les Cachalots, conformés spécialement pour une existence aquatique, si, par la forme générale de leur corps et pir l'absence de membres postérieurs, ils ressemblent également aux poissons, tout en différant de ceux-ci par la disposition de leur nageoire caudale qui est transversale et non pas verticale, ils ont les narines ouvertes sur le museau, les mamelles situées sur la poitrine et les phalanges des membres antérieurs au nombre de cinq. Au contraire les Cétacés ont les narines percées dans la région frontale, les mamelles rejetées sur l'abdomen et les nageoires latérales soutenues d'ordinaire par un assez grand nombre de rayons osseux. D'autre part, chez les Dugongs, le coeur est légèrement bifide, comme si les moitiés gauche et droite ne s'étaient pas complètement soudées, disposition qu'on n'observe pas chez les Cétacés. Enfin, tandis que les Baleines et les Cachalots se nourrissent de mollusques et d'autres animaux marins de tiès petite taille, les Dugongs et les Lamantins broutent les algues, les fucus et les herbes qui ci'oissent à l'embouchure des grands fleuves, dans lesquels ils pénètrent volontiers. Aussi désignait-on naguère encore les Baleines et les Cachalots sous le nom de Cétacés carnivores, tandis qu'on appelait Cétacés hcrbioores les Dugongs et les Lamantins.

Jusqu'à la fin du siècle dernier trois genres constituaient l'ordre des Siréniens; mais aujourd'hui les Rhytines [Rhytina ou Stelleria) ont complètement disparu de la surface du globe, et c'est à peine si elles se trouvent représentées par quelques débris dans les principaux musées-

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de l'Europe. Heureusement des renseignements circonstanciés sur ces animaux étranges nous ont été transmis par Steller, naturaliste russe qui échoua, vers le milieu du dixliuitième siècle, dans l'île encore inconnue de Behring, et fut forcé d'y séjourner plusieurs mois. A cette époque les Rhytines étaient encore extrêmement répandues dans ces parages et fournirent à Steller et à ses compagnons une nourriture abondante. C'étaient des mammifères de grande taille, atteignant jusqu'à 35 pieds anglais de longueur, et rappelant beaucoup les Phoques par la conformation de la partie antérieure de leur corps. Leur tête se terminait en avant par une sorte de mufle, garni de soies nombreuses, et se confondait en arrière avec le corps ; leurs yeux étaient gros comme ceux d'un mouton et leurs oreilles n'apparaissaient pas à l'extérieur, l'ouverture du conduit auditif étant cachée par les poils et les saillies de la peau. Les membres antérieurs, complètement transformés en nageoires, n'offraient plus de traces de doigts, et portaient en dessous des poils serrés comme ceux d'une brosse. Les flancs étaient arrondis, et, en arrière, le corps, diminuant brusquement de largeur, était muni d'une nageoire aplatie et dirigée liorizontalement. Au dire de Steller, les Rhytines vivaient en troupes nombreuses et se nourrissaient d'herbes qu'elles venaient cueillir le long du rivage ; elles étaient si peu farouches qu'elles se laissaient approcher sans difficulté et frapper à coups de harpon. Leur chair était très savoureuse et leur graisse avait toutes les qualités du beurre. Aussi n'est-il pas étonnant que les pêcheurs russes et les Kamtschadales se soient livrés activement à la chasse de ces animaux inofl'cnsifs. En peu de temps ils en détruisirent des milliers, et bientôt rfespèce fut entièrement anéantie.

Les Lamantins furent placés dans le même groupe que les Phoques non seulement par Clusius, mais par des naturalistes plus récents, et entre autres par Lacépède. C'est G. Cuvier qui reconnut le premier les véritables affinités de ces mammifères. 11 rangea les Phoques et les Morses à la suite des Carnassiers dans le groupe des Amphibies *, et il en sépara complètement les Lamantins qu'il mit avec les Dugongs dans le groupe des Cétacés herbivores, correspondant b. l'ordre actuel des Siréniens. Les Lamantins atteignent des dimensions assez fortes : ils ont la tête arrondie, le museau obtus en forme de groin, le corps renflé en avant, atténué en arrière, la queue aplatie et ovalaire ou même légèrement pointue, les nageoires antérieures allongées, très mobiles et munies encore de quelques rudiments d'ongles. Leurs yeux sont aussi petits que ceux d'un porc et leurs oreilles s'ouvrent à l'extérieur par un pcrtuis caché sous les poils. Leur bouche est dépourvue de canines et, chez l'adulte, ne possède même plus d'incisives, mais est toujours armée de huit ou neuf paires de molaires à chaque mâchoire. Sur la plus grande partie du corps la peau est très épaisse, presque glabre, et colorée, dans l'animal vivant, en gris-bleuâtre.

On n'admet généralement dans le genre Lamantin ou Manatus que trois espèces, dont deux sont américaines, savoir le Lamantin à large museau (il/, latiroslrù), des Antilles et des côtes de la Floride, et le Lamantin austral {M. australis), de la Guyane et du Brésil, tandis que la troisième, le Lamantin du Sénégal (M. senegalensis), se trouve, comme son nom l'indique, sur les côtes et â l'embouchure des grands fleuves de la Sénégambie. De ces trois Lamantins, le second, le Lamantin austral, est de beaucoup le plus connu; c'est la Sirène, le Bœuf marin, la Varlte marine des anciens voyageurs. Il remonte le cours de l'Oyapock, de 1 ' Orénoque et de l'Amazone, et se trouve même

dans les lacs herbeux en connexion avec ces grands fleuves. Les Américains prétendent avoir vu de ces animaux qui mesuraient 6 â 7 mètres de long sur I à 2 mètres de large ; mais ce sont là des dimensions exceptionnelles que n'ont pas d'ordinaire les Lamantins capturés sur les côtes de la Guyane. Du temps de Humboldt il n'était pas rare de voir jusqu'à trois mille Lamantins réunis dans un seul lac; mais depuis cette époque le nombre de ces animaux a sensiblement diminué, par suite de la guerre impitoyable qui leur a été faite par les indigènes et par les Européens. La chair du Lamantin est en effet très bonne à manger, et peut être salée et conservée comme la viande de porc. De même que les Rhytines et les Dugongs, les Lamantins sont des êtres très doux et très sociables, qui, sans être doués d'une grande intelligence, paraissent néanmoins susceptibles de recevoir une certaine éducation, et qui pourraient sans doute être élevés en captivité, au moins dans leur pays natal, et donner, comme betail,às sérieux profits. Il suffirait de leur assigner pour domaine un étang assez vaste dont les berges seraient couvertes d'une abondante végétation. Les Lamantins ont en eiïet des habitudes encore plus aquatiques que les Phoques et ils ne sortent point de l'eau pour prendre leur nourriture.

Les Dugongs (Halicore) se trouvent dans la mer Rouge, dans l'Océan indien et dans les fleuves qui s'y jettent; ils se distinguent des Lamantins par la forme de leur nageoire caudale, décoiipée eii croissant, et par le nombre de leurs molaires qui est de cinq paires au plus à chaque mâchoire. Ces molaires sont d'ailleurs pourvues d'une seule racine et presque cylindriques, comme celles de certains Edentés. Le museau des Dugongs est obtus, aplati, garni de soies rudes, et surplombe l'ouverture buccale ; leur corps est massif et letirs nageoires antérieures ne présentent aucun vestige d'ongles dans leur portion terminale.

On ne connaît que deux espèces de Dugong, VHalicure dugong ou Dugong ordinaire, qui se rencontre depuis les îles de la Sonde jusqu'aux Philippines et à la Nouvelle Guinée, et VHulicore ouslralis ou Dugong austral, qui fréquente les côtes septentrionales de l'Australie. L'espèce vulgaire est d'un gris plombé ou bleuâtre et ne dépasse guère 5 mètres de long. C'est le Nackhe el Ijakr [Chamelle de mer) des Arabes.

D'un naturel stupide, les Dugongs se metivent en général avec beaucoup de lenteur. Ils vivent en troupes nombreuses et se nourrissent principalement d'algues marines. Leur chair, pour être mangeable, doit être soumise à une cuisson prolongée ; leur cuir est assez résistant, et est employé par les Malais et les Abyssins pour la confection de sandales, qui malheureusement ne peuvent être employées que par les temps secs.

Durant la période tertiaire, dans les mers qui couvraient alors une partie de nos contrées, vivaient des animaux du même groupe que les Lamantins et les Dugongs, qui ont été appelés Hali- Iherium par les paléontologistes. [E. Oustalet.]

SLAVKS (PEtjPLEs). — Histoire générale, XXVII, XXXllI, XXXIV. — Ce Dictionnaire a consacré des articles spéciaux à la Pologne et à la Russie. Ce sont les deux pays slaves qui ont joué le plus grand rôle dans riiistoire; mais s'ils dominent les destinées de la race slave, ils sont loin de la représenter tout entière. Cette race, qui occupe la plus grande partie de l'Europe, est partagée entre un grand nombre d'Etats différents; en dehors de la Russie et de la Pologne, il y a des Slaves dans l'empire allemand, dans l'empire d'Autriche, dans l'empire ottoman, dans les principautés indépendantes ou vassales de Monténégro, do Serbie, de Bulgarie et de Roumélie. Il est très difficile do donner une statistique absolument exacte do la race slave; en effet»

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saut dans les Etats absolument indépendants comme la Russie, la Serbie, le Monténégro, ou la Bulgarie, la race dominante ne se soucie en aucune façon d'établir le cliiffre exact de la race dominée. Nous nous contenterons de la statistique approximative des peuples slaves.

On peut évaluer le nombre total dos Russes à GO millions, dont 40 millions de Grands Russes et 20 millions de Russes Blancs et Petits Russes improprement appelés Russiens (2 à 3 millions de ces Petits-Russes débordent en Autriclie, sur l'ancienne province polonaise de Galicie et dans le nord-est de la Hongrie), Les Polonais proprement dits ne dépassent guère 9 millions ; ils sont répartis entre la Russie (5 à 6 millions), la Prusse (s .'i 900000), la Galicie autrichienne (moins de 3 millions).

On trouve dans le royaume de Saxe et en Prusse environ 150 000 Vendes ou Serbes de Lusace. Ce sont les descendants d'un peuple connu dans notre histoire, les Sorabes, contre lesquels lutta Cbarlemagne. Ce peuple appartenait lui-même à la grande famille des Shves de l'Elbe ou Slaves Bàltiques, qui occupaient autrefois toute la partie orientale de la Prusse actuelle et qui ont disparu devant la conquête allemande. Les noms des principales villes de l'Allemagne dans ces régions trahissent encore aujourd'hui l'origine slave de ces cités (Berlin, Brandebourg, Leipzig, Dresde, etc.). Le nom du Brandebourg, celui de la Poméranie ne s'expliquent que par des étymologies slaves. La nation bohétne ou tchèque est le seul peuple slave qui soit compris tout entier dans l'empire d Autriche. Il compte plus de 3 millions de Tchèques dans le royaume de Bohême, et 1 SdOOOO environ en Moravie et dans la Silésie autrichienne. Cette nation est remarquable par son esprit d'initiative et par sa ténacité ; c'est elle qui, au moyen âge, a produit Jean Huss et préludé par ses luttes religieuses à la réforme de Luther. Ce sont ses penseurs et ses poètes qui dans notre siècle ont les premiers émis l'idée de grouper tous les peuples slaves en un seul faisceau pour lutter avec plus de succès contre les Allemands, Il y a dans le royaume de Bohême et en Moravie environ 2 millions d'Allemands qui.avec l'instinct de domination propre à leur race, s'efforcent d'annihiler leurs compatriotes slaves et de faire prévaloir dans la vie publique, dans l'administration et dans l'enseignement la culture et l'idiome germanique. Les Tchèques ont su résister à ces prétentions avec une ténacité digne de tous les éloges. D'autre part les publicistes allemands n'hésitent pas à revendiquer les pays de la couronne de Bohême pour l'empire allemand, sous prétexte qu'ils en ont autrefois fait partie. Les efforts des Tchèques pour maintenir à la fois l'intégrité de l'Etat autrichien et l'autonomie de leur patrie sont donc tout particulièrement dignes d'intérêt. A la famille tchèque se rattache par l'idiome et par les traditions littéraires le petit peuple slovaque, qui occupe les comitats du nord de la Hongrie, Les Slovaques sont au nombre de 2 à 3 millions; leur condition est fort pénible ; ils sont sous la dépendance des Hongrois ou Magyars, qui partaKcnt avec les Allemands la direction générale de l'empire d'Autriche et qui visent à assimiler ou à détruire tous les peuples d'une autre race que la leur. Livrés à eux-mêmes, les Slovaques n'ont point d'avenir ; ils no peuvent maintenir leur existence qu'en s' appuyant sur leurs congénères de Bohème,

Les Slaves que nous venons d'énumércr peuvent être appelés Slaves du nurd par rapport aux Slaves du nndi dont ils sont séparés par les Allemands et les Hongrois Cette séparation a été fatale à toute la race ; si les Slaves avaient formé une unité géographique, ils auraient eu plus de cohésion et de force pour résister à leurs ennemis. Les Slaves du sud comprennent les Slovènes, les Croato-Serbes et

les Bulgares. Les Slovènes {Vi à 1500 000) occupent la Styrie méridionale, la Carniole, la Carinthieet l'Islrie, Ils sont mêlés, dans ces provinces, à des Allemands ou à des Italiens contre lesquels ils ont à défendre leur existence nationale. Los Croato- Serbes (5 à G millions) sont partagés en une foule de groupes politiques: 1° les Ci'oa/e.«, dans les doux royaumes do Croatie et de Slavonie, annexe de la couronne de Hongrie ; 2° les Dalmate^, dans la province de ce nom, qui dépend politiquement de la Cisleithanie ; 3° les Serbes dispersés dans le sud de la Hongrie, où ils ne forment pas un corps politique, mais simplement une corporation religieuse : comme les Slovaques, ils ont beaucoup bt soufi'rir de l'intolérance et de l'ambition des Hongrois; i" les deux principautés serbes, aujourd'hui absolument indépendantes, de Serbie (capitale Belgrade) et do i/o/itoiejro (capitale Tsettinié); 5" les Croates et les Serbes de Hosnie et d'Herzégovine actuellement soumis à l'Autriche et à la Turquie. Les deux principautés comptent actuellement environ nuOOOO habitants. Les Serbes et les Croates ne forment au fond qu'une seule nation ; seulement les Ci;oate8 professent la religion catholique romaine et célèbrent leur liturgie en langue latine. Les Serbes professent la religion orthodoxe et célèbrent leur liturgie en langue slavonne ; cette circonstance contribue à les rapprocher davantage des Russes qui sont à la fois leurs congénères et leurs coreligionnaires. Les Bulgares appartiennent également h la religion orthodoxe. On évalue leur nombre à environ i millions. Ils sont actuellement répartis en trois groupes politiques : 1° la principauté indépen- (iante de Bulgarie, créée à la suite du traité de San Stefano (capitale Sofia); 2" la principauté de Houmèlie, vassale de la Turquie (capitale Philippopolis), 3° les Bulgares restés sous la domination immédiate de la Perte. Les deux premiers groupes peuvent dès maintenant, après un long esclavage, aspirer à des destinées meilleures ; le dernier est actuellement opprimé à la fois par les Grecs et les Ottomans.

Ainsi qu'on peut en juger par ce tableau sommaire, la destinée des peuples slaves — la Russie exceptée — a été jusqu'ici loin d'être enviable. Ils ont eu autrefois cependant leurs jours d'indépendance et de gloire. On sait ce qu'a été la Pologne; la Bohême a formé au moyen âge un royaurne important et qui a joué un grand rôle dans l'histoire politique et religieuse; les Bulgares et les Serbes ont formé autrefois deux Etats qui ont tenu tête aux empereurs byzantins et n'ont succombé que sous les coups de l'invasion ottomane. A quelles circonstances faut-il attribuer l'état d'abaissement et de misère où nous voyons les Slaves réduits aujourd'hui? La réponse â cette question n'est que trop facile; il faut noter d'abord le caractère anarchique des peuples slaves, caractère signalé dès le début de leur histoire par les historiens byzantins. Un seul Etat slave, la Russie, a .su se donner une organisation puissante ; mais il l'a calquée sur le despotisme des Mongols.

Les autres peuples slaves ont passé une partie de leur existence dans des luttes intestines. Ils sont restés formés en petits groupes et n'ont pas su se fondre en monarchies un peu compactes. Ils se sont établis dans des régions mal délimitées et n'ont pas su s'emparer de la mer qui donne la puissance et la vie aux petites nations, témoin la Grèce antique , ou les républiques italiennes. Enfin, pour leur malheur, ils ont puisé la religion chrétienne et la civilisation à deux sources différentes. Les Russes, les Bulgares et les Serbes ont été convertis par Byzance ; les Croates, les Slovènes, les Tchèques et les Polonais par Rome. Les uns ont reçu la culture la-

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tine, les autres la culture byzantine. Ils se sont ignorés les uns les autres, sont restés plus ou moins indifférents à leur destinée ou niÈnie ont usé une partie de leur vigueur dans des luttes fratricides. Le lamentable conflit de la Pologne et de la Russie ne se serait sans doute jamais produit si les deux peuples avaient appartenu à la même religion. Faute de solidarité, les Slaves ont eu le mallienr de se laisser accabler successivement perdes ennemis rapaces, avides de domination et de conquêtes, les Allemands, les Hongrois, les Turcs.

Etant donné ces circonstances, il faut que les nations slaves aient été douées d'une vitalité extraordinaire pour n'avoir pas succombé dans les luttes qu'elles ont eu à soutenir pour l'existence. Depuis la fin du siècle dernier, elles ont affermi cette vitalité par une série d'efforts généreux qui ont appelé sur elles l'attention de l'Europe et qui ont eu pour résultat presque immédiat une amélioration importante dans leur condiiion matérielle ou morale. Les Slaves d'Autriclie, guidés par les Tchèques de Bolième, ont obligé la monarchie à compter avec eux et commencent h contrebalancer avec succès la prépondérance des Allemands et des Hongrois. Les Serbes de Turquie , à la suite d'une lie\ireuse rébellion , ont fondé une principauté importante qui semble devoir être le Piémont de leur race. Les Bulgares ont préparé par de sourdes luttes l'affranchissement qui leur a été apporté par la Russie lors de la dernière guerre d'Orient. Dans cette renaissance, les lettrés, les poètes, les professeurs ont joué un grand rùle. Ce sont eux qui ont mis en avant l'idée du pimsluvisnie, c'est-àdire de la solidarité politique ou morale de tous les peuples slaves. Les Allemands prétendent étendre leur tutelle sur tous les pays où résonne l'idiome germanique. A cette théorie allemande certains Slaves veulent opposer l'unité de leur propre race. On a souvent cru que le panslavisme était d'origine russe. C'est une erreur. Ce sont les petits peuples slaves qui au contraire ont rêvé une grande fédéralion où la Russie aurait naturellement la place d'honneur. Ils ne prétendent pas — sauf quelques fanatiques — lui sacrifier leur langue et leur individualité. Ils lui demandent simplement de les protéger contre l'ennemi héréditaire, quel qu'il soit, Allemand, Turc ou Hongrois. Ainsi compris, le panslavisme, loin d'être un danger pour l'Europe, pourrait être une des conditions de son équilibre.

A l'expansion de la race germanique, il opposerait la cohésion de la race slave qui deviendrait la plus solide alliée de la race latine. Pour que les peuples slaves arrivent à se réunir ainsi sous l'égide de la Russie, il faut que ce grand empire soit doté d'institutions libérales qui le fassent définitivement entrer dans l'Europe moderne ; il faut aussi qu'il arrive à se réconcilier avec la Pologne, sur la base d'une transaction équitable. Quoi qu'il en soit, le mouvement de renaissance des peuples slaves a droit i toute notre attention et à toutes nos sympathies ; ils luttent pour une cause qui est bonne, celle de l'autonomie poliiique, de la liberté morale ; ils s'inspirent des principes de notre Révolution ; ils sont nos amis dans le présent. Ils peuvent être nos allies dans l'avenir.

A. ces considérations générales nous devons ajouter quelques détails spéciaux sur l'histoire de ceux des peuples slaves qui forment encore aujourd'hui, en dehors de l'empire russe, des groupes politiques un peu importants : les Tchèques, les Croates, les Serbes et les Bulgares.

Le- Tclièrjues. - Les Tchèques, appelés aussi en français Bohèmes, apparaissent dans l'histoire vers le v« ou VI' siècle ; ils occupent le quadrilatère formé

par les monts de Bohême et luttent victorieusement contre les Allemands; ils deviennent chrétiens et catholiques vers la fin du ix'^ siècle; vers la même époque un chef morave (c'est-à-dire tchèque), Svatopluk, forme un Etat puissant qui disparait au début du x' siècle sous les coups de l'invasion hongroise. A la fin du xi' siècle un duc de Bohême prend le titre de roi ; malgré les efforts de l'empire germanique, la Bohème unie à la Moravie maintient son indépendance. En 1212, sous Premysl-Otokar, elle repousse les Tartares devant 01mutz:Premys!-Otokar II il2i:i- 1278) étend sa domination jusqu'à l'Adriatique ; mais il rencontre un terrible adversaire dans la personne de Rodolphe de Habsbourg et succombe dans la lutte (V. Autriche). Au xiv' siècle, sous la maison de Luxembourg, les rois de Bohême sont empereurs d'Allemagne. Charles IV fonde à Prague (1348) la deuxième université d'Europe après celle de Paris et fait de cette capitale une cité magnifique. Sous son successeur, Jean Huss prêche la réforme de l'Eglise et s'efforce de restreindre l'influence que les Allemands ont peu à peu conquise dans le royaume. 11 est brûlé en 1415 par le concile de Constance. La Bohême se passionne pour les réformes religieuses, et réclame la communion sous les deux espèces ; les chefs des Hussites , Procope, Zizka, etc., tiennent tête à tout l'empire germanique. Un roi sage, Georges Podiebrad (1458-1471), réussit à rétablir l'ordre moral et matériel. En 1536 l'extinction de la dynastie nationale livre la couronne de Bohême aux convoitises de la maison d'Autriche. Les souverains autrichiens s'efforcent de supprimer la liberté religieuse ; la révolte des états de Bohême en 1618 donne le signal de la guerre de Trente ans. La Bohême vaincue est livrée aux jésuites et germanisée pendant les xvii' et xviii' siècles. A dater de la fin du xviii" siècle, elle commence à se relever, reconquiert peu à peu sa langue et son individualité et prend la tête du mouvement slave en Autriche; aujourd'hui, elle réclame dans la monarchie la reconnaissance de ses droits historiques et une situation analogue à celle qui a été faite à la Hongrie.

Les Croates. — Établis vers 638 dans les régions qu'ils occupent aujourd'hui, les Croates ont été sans résistance convertis au catholicisme ; à la fin du x' siècle, un de leurs princes prit le titre de roi; à la fin du siècle suivant, la Croatie fut réunie à la Hongrie; mais elle a toujours conservé le titre de royaume et l'autonomie nationale. Les Serijes. — Comme les Croates, les Serbes se sont établis au vu" siècle dans les pays qu'ils occupent aujourd'hui, mais ils se sont convertis à la religion grecque ou orthodoxe ; ils organisèrent un Etat indépendant dont les princes prirent au XI' siècle le titre de rois. La dynastie des Nemanias (11j9-1369) amena l'Etat serbe à un haut degré de puissance et de culture. Il atteignit son apogée sous le règne du tsar ou empereur Douclian, qui réunit sous son pouvoir presque toute la péninsule du Balkan. On cite encore aujourd'hui le Code de ce souverain. Après la fameuse défaite de Kosovo (1389), où le sultan Amurat I" écrasa l'armée serbe, la Serbie devint tributaire des Turcs. Réduite à l'état de simple province, elle était presque oubliée de l'Europe quand une révolte heureuse, au début de notre siècle, rendit la liberté à une partie de la race serbe. La dynastie des Obrénovitch. aujourd'hui régnante, semble destinée à grouper plus tard sous son sceptre les Serbes non encore affranchis. Mais elle doit compter avec la rivalité de l'Autriche. — Les Serbes du Monténégro, grâce à leurs noires montngnes, sont toujours restés indépendants.

Les liulgnres. — Leur destinée est analogue à celle des Serbes. Les Bulgares primitifs n'étaient

SOCIETE

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pas d'origine slave, mais ils ont été slavisos de bonne liouro ; ils ont été convertis au christianisme grec, et c'est cliez eux qu'a fleuri (ix' et X' siècles) la première littérature slave-clirétienne ; ils ont eu des rois nationaux jusqu':\ la fin du XIV' siècle. Opprimés par les Ottomans, ils ont commencé depuis trente ans h lutter pour leur autonomie nationale et religieuse. En 1877-18, les armes de la liussie leur sont venues en aide, et ils ont déjà fondé dmix principautés, l'une tout à fait indépendante (la Bulgarie proprement dite), l'autre vassale de la Porte (la Boumélie orientale). C'est un peuple tenace, laljorieux et sur l'avenir duquel on [jeut compter. [Louis Léger.]

SOCIÉTÉ. — Connaissances usuelles. VI. — L'Académie définit la société un « assemblage d'hommes qui sont unis par la nature ou par des lois », le <i commerce que les hommes réunis ont naturellement les uns avec les autres » : L'homme est né pour la société ; la société naturelle, la société civile ; être le fléau de la société. Dans ce sens, le mot société peut se dire de certaines espèces d'animaux qui vivent rassemblés, en troupes : ces animaux vivent en société. Société i< signifie aussi compagnie, union de plusieurs personnes jointes pour quelque intérêt, ou pour quelque affaire, et sous de certaines conditions » : une société de financiers, de commerçants, etc.; et encore « compagnie de gens qui s'assemblent pour vivre selon les règles d'un institut religieux, ou pour conférer ensemble sur certaines sciences » : la Société des Jésuites (dans ce cas, le mot Société prend une S majuscule; , la Société royale de Londres, etc. Il y a de même des sociétés littéraires, des sociétés politiques, des sociétés de conversation, de jeUj de plaisir. Dans une acception plus générale, société se dit II des rapports, des communications que les habitants d'un pays, d'une ville ont entre eux pour leurs amusements, pour leurs plaisirs» : Il n'y a point de société dans cette ville ; le ton de la société; les agréments de la société. Enfin société se dit encore ci du commerce ordinaire, habituel que l'on a avec certaines personnes » : Je trouve beaucoup do douceur, d'agréments dans sa société ; il est d'une bonne société.

Il est facile de rattacher les divers sens de ce mot, qui découlent naturellement les uns des autres, à son origine latine, dont le terme premier est socius, fignifiant compngnon, lequel a luimême pour collatéraux des radicaux plus anciens signifiant ami, amitié, et, d'autre part, .luiore.

La société, entendue comme la défijiit d'abord l'Académie, constitue, presque au même titre que celui de notre existence, un des faits primordiaux et caractéristiques de l'espèce humaine. L'homme n'est pas fait pour vivre seul, il est fait pour vivre avec ses semblables, pour s'unir à eux, s'associer h eux; l'homme est un être éminemment sociable, «zôon politikon,» suivant le mot d'Aristote.

Il est extrêmement important de donner à l'enfant une idée juste et précise de cette disposition fondamentale de notre nature, car il en découle toutes sortes de conséquences qui ne peuvent manquer d'avoir une grande influence sur ses idées et ses sentiments, et, par suite, sur sa conduite dans la vie.

Nous allons donc chercher, en nous plaçant au point de vue dis explications que le maître doit sur ce sujet donner i son élève, ce que c'est que la société et quelles sont les raisons d'être de la société ; quelles sont, d'après cela, les conditions de la vie en société ; quelles sont en outre les différentes évolutions des sociétés, telles que nous les présente l'histoire, et enfin les avantages des sociétés civilisées, particulièrement de notre société française moderne.

Nous dirons ensuite quelques mots, toujours au même point do vue, de certaines applications à

l'éducation de l'enfant des différentes acceptions du mot société, d'après les définitions de l'Académie. On a souvent dit que l'homme est né pour la société, et on en a donné cette preuve, qu'il est doué de la parole. La vérité est que la parole est le résultat même de la vie commune. L'homme isolé ne parlerait pas. C'est le besoin qu'a éprouvé l'homme de se grouper, de se rapprocluT de ses semblables, qui l'a poussé il se servir de ces éléments matériels informes, les sons et les articulations, à les associer, à les combiner pour en faire la représentation communicable de ses pensées. Les animaux ont dos cris, des chants, par lesquels visiblement ils expriment ce qui est en eux, et visiblement aussi ils transmettent au dehors, jusqu'à un certain point, ce qu ils éprouvent, ce qu'ils désirent, ce qui leur fait peur, etc. Mais combien ces moyens extérieurs de transmission sont inférieurs à nos mots, à nos phrases, à nos langues, sans lesquelles il nous semble que nous ne pourrions pas même penser! L'homme isolé ne se fût pas beaucoup élevé au-dessus d'eux.

On pourrait encore faire remarquer à l'enfant qu'au témoignage de l'histoire jamais on n'a trouvé l'homme vivant seul. Il y a toujours eu, il y a encore des sauvages ; l'homme isolé ne se trouve nulle part. Les solitaires de la Thébaide n'ont été que des exceptions volontaires fort rares ; encore leur solitude n'était pas aussi absolue qu'elle le semble; dans tous les cas, ils ne prétendaient point à faire race. Les Robinsons, dont on lui fait liie les très amusantes aventures, ne sont Robinsons que par accident ; leur histoire, d'ailleurs, est fort arrangée ; les vrais Robinsons — il s'en est trouvé quelques-uns — meurent ou deviennent des brutes, pour peu que leur isolement se prolonge. Ce n'est donc point, comme on l'a imaginé, par suite d'une sorte d'accord, de contrat réel ou tacite, que les hommes se sont déterminés à vivre en société ; l'état de société est pour eux l'état naturel et primordial. L'homme sauvage, à qui volontiers certains écrivains auraient reproché d'avoir voulu sortir de sa sauvagerie, d'avoir quitté pour l'état social un soi-disant état de nature supérieur et meilleur, n'occupe en réalité qu'un degré infime de la vie en commun: mais c'est déjà un être associé. La société, — ne nous lassons pas de le redire, — est le milieu normal où l'Iiomnie est appelé à vivre; c'est d'elle et d'elle seule que lui viennent non seulement ses moyens d'exister, qui ne seraient sans elle qu'absolument précaires et insuffisants, mais aussi tout ce qu'il peut réaliser et rêver de jouissance et de grandeur.

Seulement ces avantages de la vie en société ne frappent pas toujours les yeux ; il en est d eux comme de la santé: ils nous paraissent si naturels, que nous n'en sentons bien le prix que lorsqu'il nous arrive d'en être privés ; quelquefois même nous sommes volontiers disposés à les méconnaître, en présence surtout de quelques-unes des obligations, qui sont les garanties du bien-être social, mais qui ne laissent pas de nous coûter cher. Quand le percepteur nous adresse notre feuille de contributions, quand le maire nous invite à venir tirer le numéro qui nous enverra au régiment pour plusieurs années, au risque même parfois de n'en jamais revenir, nous ne sentons alors que la main qui pèse sur nous, nous ne sentons pas qu'en même temps elle nous soulève et nous fait marcher. L'enlant, en particulier, n'a aucune idée des services que la société lui rend : il faut les lui faire comprendre.

Montrez- lui tout d'abord la place qu'il occupe dans cette première société naturelle, qui est la famille. Sauf des cas heureusement rares, les bienfaits qu'il en reçoit sont assez près de lui pour qu'il n'y soit point insensible. A tout le moins, le pain de chaque jour, il no le gagne

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point, CB sont ses parents qui le gagnent pour lui, et souvent au prix de quelles peines! Ajoutez — les exemples ne seront, que trop souvent à votre disposition — que la société n'abandonne point ceux qui sont privés de famille; elle les recueille et elle les assiste (V. Assistance publique et Enfants assistés dans la I" Partie); elle les met en état de vivre honorablement. Ajoutez encore qu'à lui-même, à lui cbétif, elle reconnaît des droits ; le droit d'être nourri, par exemple : s'il ne lui était pas donné le nécessaire, elle interviendrait, en pressant, au besoin, sur la famille ; le droit d'être instruit : ce n'est pas celui-li peutêtre que quant à présent il apprécie le mieux, mais il en reconnaîtra plus tard l'importance ; elle le suit, pour le protéger, partout où il lui plaît d'aller; il n'a que ses deux bras pour se défendre, et ils sont bien faibles; mais il y a à chaque instant près de lui un bon et puissant génie qui ne souffrira pas, sans revendiquer de terribles responsabilités, qu'on touche à un clieveu de sa tête. Tout ce qu'il a sur lui, tout ce qui est à lui vient d'elle, et il n'est pas seulement redevable de son bien-être à la génération dont il fait partie, aux milliers et aux millions d'hommes qui vivent en même temps que lui et, sans qu'il s'en doute, sans qu'ils s'en doutent eux-mêmes d'ailleurs, travaillent pour lui; il en est redevable, dans la vérité exacte du terme, à tout le passé de l'humanité. Sa blouse de coton ou de laine a peut-être poussé dans le champ d'un planteur do l'Amérique du Nord ou sur le dos d'un moulon australien. Qu'il juge combien de mains ont dû être employées pour l'amener à l'état qui lui permet de s'en servir ; qu'il aille plus loin et qu'il comprenne que le moindre métier à tisser en usage de notre temps suppose non pas seulement la découverte toute moderne de la vapeur, mais préalablement celle du fer : le voilà dès lors constitué héritier des inventions des premiers âges. Et ainsi de tout le reste. Il a lu, dans l'histoire du plus intéressant de ces Robitisons dont nous parlions tout à l'heure, tout ce qu'un homme peut faire, avec une scie et une hache de charpentier, pour reconstituer à son bénéfice les éléments indispensables du bien-être qu'un isolement momentané lui a fait perdre. Robinson,sur son île, tient encore ainsi à la société perfectionnée où il a vécu; mais réduisezle à l'usage de ces outils informes, quoique déjà ingénieux, qu'on voit dans nos musées et qui attestent le passage sur notre terre des premières générations humaines ; descendez encore d'un degré, réduisez-le à la nécessité d'inventer seul ces rudiments d'outils, et vous jugerez de sa misère. C'est par des leçons de ce genre que l'instituteur montrera à l'enfant ce que la société fait pour lui; il lui indiquera de même ce qu'il doit faire pour elle. Peu de chose d'effectif assurément; son impuissance ne lui permet guère que des sentiments, mais c'est quelque chose déjà qu'il ait ces sentiments. Sentiments de respect, d'atfectionetde reconnaissance envers ses parents, qui sont pour lui, comme nous l'avons dit, les premiers et les plus proches représentants de la société; sentiments analogues à l'égard de la société tout entière, qui lui fait gratuitement l'avance de ses bienfaits, jusqu'à ce qu'il puisse l'en rémunérer par un retour de services. Si l'enfant se sentait partie intégrante d'un milieu où nous sommes tous solidaires les uns des autres, il semble qu'il comprendrait mieux certains devoirs de morale dont on exige de lui dès à présent l'accomplissement volontaire, ou auxquels on le prépare pour la suite. Il saisira mieux, par exemple, pourquoi on l'oblige au travail, quand on lui aura fait voir que tout liorame volontairement inattif ou incapable est une non-valeur dans la société. et frustre, par conséquent, la société de la paît

de travail productif pour laquelle elle comptait sur lui. Plus de ces fraudes, de ces maraudages, de ces soustractions au détriment de l'Etat qu'on se permet si facilement, dans les villes comme dans les campagnes, et dont les enfants sont souvent les dociles instruments, si l'on se fait de l'Eiat, représentant officiel de la société, la juste idée que nous tâcherons d'en donner tout à l'heure. Votre élève comprendra enfin qu'on ne doit pas lésiner sur l'impôt, puisque l'impôt, pris dans son ensemble, est la juste rémunération de services rendus ; qu'on ne doit pas davantage lésiner sur l'impôt du sang, s'il sait bien ce que c'est que la patrie, s'il sait qu'elle a le droit, dans les cas extrêmes, de réclamer légitimement ce dernier sacrifice,

L'histoire, bien comprise aussi, viendra fort utilement à l'appui do vos leçons et vous permettra de multiplier les exemples qui rendront ce» leçons saisissables.

11 vous sera facile de montrer, sans grands mots et d'une manière concrète, comment se forment les sociétés et comment elles passent par diverses évolutions, celles-ci ne sortant pas de l'état sauvage, celles-là s'élevant jusqu'à un certain degré de civilisation et demeurant ensuite stationnaires ; d'autres enfin — les meilleures et les mieux douées — progressant toujours et prenant la tète de l'humanité.

Dans les temps anciens comme dans les temps modernes, l'histoire (ou la géogi'aphie historique), nous fait voir les premiers hommes s'unissant pour concentrer leurs efforts de « lutte pour la vie » sur la conquête de leur nourriture de chaque jour; ils chassent et ils pochent. Mais déjà ces premiers essais de soi:iété sont supérieurs à ceux des espèces animales qui, elles aussi, s'associent. L'homme invente des engins ; il fait le choix des plantes et des animaux qui s'approprient le mieux à ses besoins; il cultive les unes et domestique les autres. « Le premier, dit Rousseau, qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eut point épargnés au genre humain celui qui, arrachant le pieu ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne. » Et Pascal : « Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants ; c'est là ma place au soleil. Voilà le commencement de l'usurpation de la terre. » N'en déplaise à Rousseau et à Pascal, le premier qui s'avisa de dire : Ce champ est à moi, ce chieji est à moi, avait eu là une idée très légitime et très féconde. Les fruits du champ qu'on a cultivé, qu'on a transformé par son travail, ne sont pas à tous, et, si la terre non occupée n'est à personne, la terre occupée est à quelqu'un. Les pauvres enfants que suppose Pascal pouvaient avec raison dire que ce chien était à eux. s'ils l'avaient soigné et nourri et si personne avant eux n'avait eu à le réclamer comme lui appartenant. Ils avaient créé une propriété (V. ce mot dans la 11= Partie ), et la propriété est, en effet, une des conditions et un des fondements de la société civile.

Ce n'est pas, d'ailleurs, la seule. Les hommes ne s'associent pas fortuitement et suivant le hasard des circonstances. L'histoire nous les montre encore se groupant d'après les affinités do race, de langue, de manières de vivre, d'habitudes, de croyances communes. C'est là le principe des nationalités. Ajoutez-y une longue coliabitatioQ dans un certain lieu, la participation prolongée aux mêmes sentiments et aux mêmes actes, le sentiment d'intérêt commun résultant de si-

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