III. GÉOGRArniE AGRICOLE ET ODUSTRIELLE
La superficie totale de la Suisse est de 41 3i)0 kil. carrés, dont 7 714 sont occupés par des forêts, 305 par des vignobles et 21 618 par des champs, jardins et pâturages. La proportion entre le sol productif et le sol improductif varie considérablement suivant les cantons: tandis que le sol improductif ne représente dans le canton d'Appcnzell Rhodes-Extérieures que le 2.69 p. lOi), dans celui de Bâle-Campagne que le 3.80 p. 100 de la superficie totale, il représente dans le canton d'Uri 55.60, dans le Valais 54.07, dans les Grisons 46.39 p. IfiO de cette superficie.
D'après une estimation approximative, le sol de la Suisse qui se prête à la culture proprement dite ne forme que 15 p. 100 de la superficie totale. Aussi le pays est-il loin de produire de quoi suffire à sa consommation. Le bétail constitue une de ses principales richesses ; les vaches de la Gruyère, noires ou tachetées de noir, celles du Simmcntlial (Oberland bernois), rouges ou tachetées de rouge, elles vaches de Schwytz, brunes, moins grandes, mais meilleures laitières que les préccileiites, sont très recherchées pour l'exportation. Une partie notable de la population, surtout dans les cantons
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alpestres, vit presque oxchisivoment de l'élève du bétail et de ses produits en Uiil, beurre et fromage. La Suisse a, exporté en 1880 207 189 quintaux métriques de fromage, et 92 393 de lait condensé. On olève en Suisse beaucoup de poules, oies et canards. L'apiculture ou élève des abeilles est florissante dans les cantons da Valais, de Berne, de Lucerne et du Tessin. On élève le ver à soie dans les vallées du sud des Alpes et même dans quelques parties du nord de la Suisse.
Les rivières et les lacs sont riches en poissons, mais cependant moins qu'autrefois. Les forêts, qui, dans plusieurs cantons, sont très bien entretenues, fournissent, outre le combustible, de magnifiques bois de marine et de construction. Il en a été exporté en 1880 pour plus de 8 millions de francs.
L'agriculture est en honneur et livre des produits considérables ; cependant il n'y a guère que six cantons qui produisent assez ',de blé pour leurs besoins. L'importation des céréales en 1880 a été de 3,S"0093 quintaux métriques, représentant une valeur d'environ 110 millions de francs. La France figure dans cette importation pour 1300 048 quintaux.
La vigne est, avec le blé, la principale culture : elle est cultivée dans presque tous les cantons et réussit sur le plateau jusqu'à 000 mètres audessus de la mer, en Valais et dans le Tessin jusqu'à 700 mètres et même au delà. Les meilleurs vins sont ceux do Neucliàtel, du Valais, des Grisons et de Vaud. Malgré cela le vin fait l'objet d'une importation considérable: il en est entre en Suisse en 1880 1 04698-2 quintaux métriques, dont 479 782 ont été fournis par la France. Les pommes de terre, cultivées partout en Suisse, y sont de bonne qualité et constituent une partie importante de la nourriture de toutes les classes de la population. Ce qui prouve combien la Suisse est tributaire de l'étranger pour son alimentation, c'est que, même pour cet article, l'importation dépasse considérablement l'exportation (en 1880 de 271 18? quintaux). Il n'y a pas de pays où la culture des arbres fruitiers ait atteint un degré de développement aussi considérable que dans le nord de la Suisse ; la Thurgovie, en particulier, est comme une forêt de pommiers et de poiriers, dont les fruits servent à faire da cidre et de l'eau-de-vie. Le chanvre et le lin sont cultivés presque partout ; le tabac l'est essentiellement dans les cantons de Vaud et de Fribourg, mais sa culture commence à s'introduire dans plusieurs autres parties do la Suisse.
Le pays est pauvre en mines. La houille, ce combustible précieux qui est l'âme de l'industrie, ne s'y trouve qu'en quantité insignifiante. On en a importé en 1880(10331)18 quintaux métriques. On exploite du fer en Valais, dans le canton de Saint-Gall et surtout dans le Jura bernois, dont le fersidérolilhi(iueest unpruduit très apprécié ; mais l'exploitation de ce minerai est bien insuffisante pour les besoins. 11 en est de même du sel que fournissent h-s salines de Bex (Vaud), de Schweizerhalle (Bâle), et de Rheinfelden (Argovie). Le Val-de-'Travers possède de riches mines d'asphalte et produit du ciment qui égale en qualité celui de Portland.
Aucun pays n'a, en proportion de son étendue, un nombre aussi prodigieux de sources minérales que la Suisse, On en compte plus de 600. Ici des eaux, trop chaudes pour qu'on puisse y tenir la main, sortent du pied d'un glacier : là elles jaillissent dans les cavernes profoodes et obscures des ruchers ; ailleurs dans les plaines ou même, comme à Lavey et à Baden, au milieu d'un fleuve. Les stations d'eaux thermales les plus fréquentées sont : Saint-Moritz et Tarasp [Gri-
sons), Ragatz (Saint-Galli, Schinznach, Baden et Uheinfelden (Argovie), Loueclie (Valais), VVeissenbourg et le Gurnigel (Berne), etc.
L'industrie manufacturière est très développée, et la Suisse est devenue, pour certains articles, une rivale de l'Angleterre, malgré les difficultés provenant de son manque de houille et de sa position au centre de l'Europe, loin des ports qui lui amènent les matières premières, et loin des pays qui lui servent de débouchés. Les trois industries principales sont : les tissus de coton et les broderies dans les cantons de Zurich, Argovie, Glaris, Saint-Gall et Appenzell; les étoffes et rubans rie soie à Zurich, rivale de Lyon, à Bâle et dans les cantons de Berne, Schaffhouse, Argovie, Glaris, Tliurgovie et Grisons ; l'industrie liorlogère, qui a son centre dans le Jura neuchàtelois et à Genève, et qui s'est aussi répandue dans les cantons voisins de Berne, Solenre et Vaud. Cette branche importante de l'activité industrielle de la Suisse produit annuellement plus de 200 000 montres dont la valeur dépasse cent millions de francs. La fabrication des boîtes à musique se rattache à celle des montres; on en fabrique surtout à Genève et dans le district vaudois de Sainte-Croix, qui fournit à lui seul annuellement environ 100 000 de ces instruments d'agrément. La bijouterie de Genève est aussi liée à l'industrie horlogère. Il faut encore mentionner l'industrie des laines, florissant dans les cantons de Zurich, Berne et Glaris; celle du lin, qui a son siège principal dans l'F.mmenthal bernois; le tressage de la paille et des crins en Argovie, à Fribourg et à Lucerne; la construction de macliines dans un grand nombre de cantons, les tanneries dont la Suisse possède environ 500, et plusieurs branches d'industrie secondaires, telles que la fabrication d'instruments de mathématiques et do physique à Aarau, Zurich et Berne; les fabriques de pianos à Zurich ot Berne; de parquets dans le Valais, à Fribourg, Berne ot Lucerne; la sculpture du bois dans l'Oberlajid bernois ; les excellentes papeteries de Bâle, Zurich, Argovie, Soleure, Vaud, Genève, Neuchàtel et autres localités, et enfin les poteries des cantons do Schaffhouse, Tessin et Berne. La fabrication de la céramique a été reprise il y a quelques années avec succès, à Heimberg, près de Thoune, grâce à l'initiative du gouvernement bernois, et les produits de cette industrie sont répandus sur tous les grands marchés de l'Europe.
Le commerce international et de transit est favorisé par d'excellentes voies de communication, par des lacs, des canaux, des chaussées superbes, de nombreuses routes de montagnes, un réseau de chemins de fer qui va tous les jours se complétant; enfin une organisation postale et un ensemble de lignes télégraphiques qui desservent jusqu'aux plus petites localités du pays.
La Suisse compte environ 35 banques d'émission avec un capital versé de 108 raillions, et qui émettent des billets de banque environ pour la même somme. Quelques-unes seulement de ces institutions sont des établissements d'État, organisés par les cantons. Une loi fédérale, récemment votée, les place sous le contrôle de la Confédération. Il existe également en Suisse un très grand nombre de caisses d'épargne.
IV. INSTITUTIONS POLITIQUES ET ADMINISTRATI- VES. — Développement historique. — L'alliance que les cantons d'Un, de Scliwytzet d'Onteiwald formèrent entre eux, en 1291, estlabase ctlepoint de départ de la Confédération suisse. Depuis lors, jusqu'à la fin du siècle passé, la Snis-^c fut une simple allianre d'Etats souverains, ligués pour se prêter mutuellement secours contre l'otran^er au dehors et les insurrections au dedans, n'ayant on commun que le strict nécessaire pour atteindra
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Co but, et conservant d'ailleurs une pleine indépendance. La Diète, composée de représentants des cantons, était moins une assemblée délibérante qu'un congrès de souverains, où les affaires so décidaient par voie de contrat et à l'unanimité, bien plus qu'à la majorité des voix.
En 1798, à la suite de l'invasion frança'se, cet état de choses fut violemment remplacé par la République helvétique une et indivisible, gouvernée par un Directoire exécutif et dans laquelle un Sénat et un Grand Conseil, composés des représrn- ] tants des cantons, exerçaient le pouvoir législatif, i Pour la première fois en Suisse, on proclamait la I souveraineté du peuple avec l'égalité des droits, la séparation des pouvoirs, les droits de la conscience, l'égaliié des citoyens, la liberté de la presse, et la liberté d'industrie, de commerce et do circulation ; le rachat des droits féodaux était consacre, l'impôt étendu à tous, la publicité introduite dans les conseils. La République helvéîiqi'C ayant disparu après cinq ans de guerre civile, la Suisse accepta de Napoléon Bonaparte une constitution connue sous le nom d'Acte de médiation, qui tenait le milieu entre l'ancienne organisation de la Suisse et l'unitarisme helvétique. Puis vint le Pacte de 1815, qui, inférieur à l'Acte de médiation, au point de vue de l'unité nationale comme à celui des droits des citoyens, établissait une Confédération de 2Î cantons. L'ancienne Diète d'avant 1798 reparaissait avec son cortège d'instructions, de protocoles ouverts et de référendum, qui entravaient la marche des délibérations et ajournaient, pendant des années entières, la solution des questions les plus importantes. Chaque canton avait le même droit de représentation en Diète, sans égard à l'étendue de son territoire et au chiffre de sa population. Plus de garantie en faveur des droits des citoyens; la Suisse redevenait une confédération d'Etats souverains et perdait à peu près complètement le caractère d'un Etat fédératif.
C'est de la Constitution de 1848, fruit de la u'ierre du Sondej'bund, que date l'organisation |iolitique actuelle de la Suisse. Une tentative de la rr-viser, pour y introduire le principe de l'unité lie législation civile et pénale, a échoué en 1872. l'ji revanche une revision, adoptée deux ans plus t:;vd, a centralisé l'organisation militaire, augmenté les droits de la Confédération dans le domaine de la législation civile et de l'instruction publique, et étendu les droits individuels et politiques des citoyens.
Etat politique actuel. — La confédéb.\tio.n. — La Suisse est un Etat fédératif, dont les membres (eantons;sont subordonnés .^un pouvoir central élu par la nation, considérée dans sa généralité. Précédemment la Confédération n'avait que la pan de souveraineté quechaquecanton avaitbien voulu lui abandonner : aujourd'hui c'est elle qui décide de la part d'indépendance qu'il lui convient de laissera chaque canton. Elle a pour but d'assurer l'indépendance de la patrie contre l'étranger, de maintenir la tranquillité et l'ordre à l'intérieur, de protéger la liberté et les droits des confédérés et d'accroître leur prospérité commune. Elle a seule lé droit de déclarer la guerre et de conclure la paix et de faire, avec les Etats étrangers, des alliances et des traités. C'est à elle qu'appartient le droit de disposer de l'armée, ainsi ijue du matériel de guerre : les lois sur l'organisation de l'armée émanent d'elle. Rentrent exclusivement dans ses attributions; la législation sur la construction et l'exploitation des cliemins de fer, sur le système monétaire et celui des poids et mesures (la Suisse possède le système métrique et décimal fiançais ; la régale des monnaies ainsi que la législation sur l'émission et le reniboursoment des billets de banque; la fabrication etla vente de
la poudre de guerre, les péages, les postes et télégraphes. Elle a le droit de créer, outre l'Ecole polytechnique existante, une- université fédérale et d'autres établissements d'instruction publique. Elle a le droit de haute surveillance sur la police des endiguements et des forêts dans les régions élevées. Elle peut ordonner, à ses frais, ou encourager par des subsides, les travaux publics qui intéressent la Suisse ou une partie considérable du pays; elle exerce la haute surveillance sur les mutes et les ponts dont le n'aintien l'intéresse, et elle peut statuer des dispositions législatives pour régler l'exercice de la pèche et de la chasse et pour protéger les oiseaux utiles à l'agriculture et à la sylviculture. Elle peut statuer des prescriptions sur le travail dans les fabriques et sur les opérations des agences d'émigration et ries entreprises d'assurances non instituées par l'Etat. La législation sur la capacité civile, sur le droit des obligations, sur le droit commercial et le droit de change, sur la propriété littéraire et artistique, est de son ressort. La loi fédéiale détermine h quelle législation et à quelle juridiction sont soumis les Suisses établis dans un autre canton que leur canton d'origine; elle fixe les limites dans lesquelles un citoyen suisse peut être privé de ses droits politiques. La Confédération prend les mesures de police sanitaire contre les épidémies et les épizooties qui offrent un danger général. Elle fixe les conditions auxquelles les étrangers peuvent être naturalisés. Enlin elle a le droit de renvoyer du territoire suisse les étrangers qui compromettent la sûreté intérieure ou extérieure du pays.
Principe' du droit puh ic. — Il ne peut être conclu de capitulations militaires (c'est-à-dire de traités par lesquels les cantons suisses s'engageaient autrefois à fournir à des puissances étrangères des troupes mercenaires). Les magistrats et fonctionnaires fédéraux ne peuvent recevoir d'un gouvernement étranger ni pensions, ni traitements, ni titres, présents ou décorations. La Confédération n'a pas le droit d'entretenir des troupes permanentes. Aucun canton ne peut avoir plus de ;UI0 hommes de troupes perm:.nentes ^11 n'en existe du reste pas). Si des différends viennent à s'élever entre cantons, ceux-ci doivent s'abstenir de toute voie de fait et se soumettre à la décision qui sera prise sur ces différends, conformément aux prescriptions fédérales. Les maisons de jeu sont interdites.
Droits garantis aux citmjens. — Tous les Suisses sont égaiix devant la loi. La Confédération garantit la liberté et les droits du peuple, les droits constituiionnels des citoyens, ainsi que les droits et attributions que le peuple a conférés aux autorités. Elle gaiantit la liberté de la presse, le droit d'association et de pétitien, la liberté de commerce et d'industrie, et le droit de libre établissement. Tout cilo,\en d'un canton est citoyen suisse, et jouit au lieu de son domicile de tous les droits des citoyens du canton. L'inviolabilité du secret des lettres et télégrammes eslgarantie. Nul ne peut être distrait de son juge naturel; il no peut être établi de tribunaux extraordinaires. La contrainte par corps est abolie. Les peines corporelles le sont également, et la peine de mort no peut être prononcée pour délit politique Le droit aii mariage est placé sous la protection de la Confédération. Aucun empêchement au mariage ne peut êti-e fondé sur des motifs confessionnels, sur "l'indigence des époux, sur leur conduite ou quelque autre motif de police que ce soit.
Dis/ ositions spécialfs pour le maintien de ta pnix confissionnelle. — La libené de conscience et de croyance est inviolable. Nul ne peut être coniraint de faire partie d'une association religieuse, de suivre un enseignement religieux, ni encourir des peines, de quelque nature qu'elles
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soient, pour cause d'opinion religieuse. La personne qui exerce l'aulorité paternelle ou tulélairo a le droit de disposer de l'éiliicalion religieuse des enfants jusqu'à seize ans révolus ; les écoles publiques doivefit pouvoir être fréquentées par les adhérents de tontes les confessions, sans qu'ils aient h souffrir d'aucune façon dans leur liberté de conscience ou de croyance. L'instruction primaire, qui est obligatoire et, dans les écoles publiques, gratuite, doit ôtre placée exclusivement sous la direciion de l'autorité civile.
L'exercice des droits civils et politiques ne peut être restreint par des prescriptions ou des conditions de nature ecclésiastique ou religieuse, quelles qu'elles soient. Nul ne peut pour cause d'opinion religieuse s'alTrancliir de l'accomplissement d'un devoir civique. Nul n'est tenu de payer des impôls dont le produit est spécialement affecté aux frais proprement dits d'une communauté religieuse à laquelle il n'appartient pas.
Le libre exercice des cultes est garanti dans les limites compatibles avec l'ordre public et les bonnes mœurs. Les cantons et la Confédération peuvent prendre les mesures nécessaires pour le maintien de l'ordre public et do la paix entre les membres des diverses communautés religieuses, ainsi que contre les empiéfements des autorités ecclésiastiques sur les droits des citoyens et de l'Etat. Il ne peut être érigé d'évêché sur le territoire suisse sans l'approbation de la Confédération. Toute juridiction ecclésiastique est abolie. L'ordre desJésuites et les sociétés qui lui sont affiliées ne peuvent ôtre reçus dans aucune partie de la Suisse, et toute action dans l'église et dans l'école est interdite à. leurs membres. Cette interdiction peut s'étendre aussi k d'autres ordres religieux dont l'action est dangereuse pour l'Etat, ou trouble la paix entre les confessions. Il est interdit de fonder de nouveaux couvents ou ordres religieux et de rétablir ceux qui ont été supprimés. L'état civil et la tenue des registres qui s'y rapportent est du ressort des autorités civiles. Le droit de disposer des lieux de sépulture appartient à l'autorité civile. Autorités fédérales. — Le pouvoir ti'gislatif fédéral est exercé par l'Assemblée fédérale, qui est divisée en deux Cliambros :
1° Le Conseil national, représentant la nation dans son ensemble, et qui se compose de députés élus pour trois ans directement par le peuple, dans la proportion d'un député pour 20uOO âmes de population (tout Suisse âgé de 20 ans est électeur, tout électeur laïque est éligible) ;
2" Le Conseil des Etats, nommé par les cantons, qui, sans égard à leur étendue, y sont tous également représentés par deux membres. Dans plusieurs cantons, les députés au Conseil des Etats sont nommés par le Grand Conseil cantonal, dans d'autres directement par le peuple; chaque canton détermine la durée du mandat de ses dépuiés.
Les attributions et compétences de chacune de ces deux Chambres sont exactement les mômes : il faut leur accord pour l'adoption do toute loi ou mesure législative quelconque. Outre les attributions de tout pouvoir législatif, les Chambres ont seules le droit de disposer de l'armée fédérale, de déclarer la guerre ou de conclure la paix. Pour les élections constitutionnelles, savoir l'élection du Conseil fédéral et du chancelier, du tribunal fédéral,, du général en chef de l'armée, ainsi que pour l'exercice du droit de grâce et les conflits de compétence entre autorités fédérales, les deux Chambres se réunissent en Assemblée fédérale, sous la présidence du président du Conseil national.
Le pouvoir exi-CKtif fédér.tl est exercé par le Conseil fédéral, composé de sept lueiubres, nommés par l'Assemblée fédérale puur trois an», parmi
les citoyens éligibles au Conseil national. On ne peut choisir plus d'un membre du Conseil fédéral dans le môme canton. Le président et le viceprésident de la Confédération sont nommés pour un an, par l'Assenrblée fédérale, entre les membres du Conseil fédéral. Ils ne sont pas immédiatement rééligibles.
Le siège du gouvernement et des Chambres est h Berne, où sont également fixés le Bureau international de l'Union postale universelle et celui de l'Union télégraphique.
Le pouvoir judiciaire fédéral est confié au triliunal fédéral, (|ui siège â Lausanne : il se compose de neuf membres et d'autant de suppléants, nommés pour six ans par l'Assemblée fédérale. Lfs trois langues y sont représentées. Son président et son vice-président sont désignés ppur deux ans par l'Assmiibléo fédérale. Ses attributions, en matière civile, sont en général les différends entre la Confédération et les cantons, ceux entre les cantons, les procès contre la Confédération si la valeur du litige atteint 3 000 fr.; ceux qui se rattachent h l'application des lois fédérales. Il connaît des conflits de compétence entre les autorités fédérales et les autorités cantonales, et des différends entre cantons en matière do droit public, ainsi que des recours dos citoyens pour la violation de droits constitutionnels. Il statue sur les demandes d'extradition formulées par les gouvernements éti-angers. En matière pénale il connaît, avec l'assistance d'un jury, des crimes et délits politiques qui sont la cause ou la suite de troubles ayant occasionné une intervention fédérale et en général de tous les crimes et délits prévus par le code pénal fédéral.
Référendum et revision de la Constitution. — Les lois volées par les Chambres sont soumises à l'adoption ou au rejet du peuple, si la demande en est faite par 30 000 citoyens actifs ou par 8 cantons. Il en est de même des arrêtés fédéraux qui sont d'une portée générale et qui n'ont pas un caractère d'urgence.
La constitution fédérale peut être revisée en tout temps. Lorsqu'une des Chambres décrète cette revision et que l'autre Chambre n'y consent pas, ou bien lorsque 60 nOO citoyens actifs la demandent, la quesiion est soumise au peuple ; s'il se prononce pour l'alfirmative, les deux Chambres sont renouvelées pour procéder à la revision. La constitution revisée doit être soumise à l'.icceptation du peuple dans son ensemble et à celle de chacun des cantons. Le résultat de la votation populaire dans chaque canton est considéré comme le vote de l'État. Il faut donc, pour que la coiistitution nouvelle soit valablement acceptée, qu'elle ait réuni non seulement la majorité des suffrages de l'ensemble des votants, mais encore la majorité des suffrages dans la moitié des cantons plus un.
Ori/anisation militaire. — Tout Suisse est tenu au service militaire depuis l'âge de 19 ans révolus jusqu'à lâge de 44 ans révolus. Les militaires qui, par suite du service fédéral, perdent leur vie ou voient leur santé altéré« d'une manière permanente, ont droit à des secours de la Confédération pour eux ou pour leur famille, s'ils sont dans le besoin. Les hommes exemptés du service pour une cause quelconque sont soumis à une taxe militaire annuelle, dans la fixation de laquelle il est tenu compte de leur fortune ou de leurs ressources. Chaque soldat reçoit uratuitement ses premiers effets d'armement, d'équipement et d'habillement; les armes restent entre les mains du soldat.
Les enfants, depuis l'âge de 10 ans jusqu'il leur sortie de l'école priiuaire, doivent suivre des cours de gymnastique préparatoire au service militaire, qui sont suivis en outre par tous les
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jeunes gens jusqu'à l'âge de 20 ans: pour les deux I Zurich entretiennent chacun une université, dernières années, la Confédération peut y join- Vaud et Neuchâtel une académie. La plupart des dre des exercices de tir. Dans la règle, ces cours cantons ont des écoles secondaires et supérieures
sont donnés par les instituteurs qui reçoivent l'instruclion nécessaire à cet effet. A 1 Ecol« polyteclinique fédérale ont lieu des cours spéci.nix pour l'enseignement des sciences militaires. L'instruction des recrues dure de 45 à 61) jours suivant l'arme. Chaque corps est appelé tous les deux ans à un cours de répétition de i4 à IS jours, et toutes les années à une inspection ou h un service de tir, puis de temps à autre à un rassemblement de troupes. Il se tient en outre chaque année de nombreuses écoles spéciales pour l'instruction des sous-officiers et des officiers. L'armée est formée de 8 divisions, subdivisées en brigades, régiments et compagnies. Au 1" janvier 18sl, l'efTectif de l'armée était le suivant :
Elite (de 20 à 32 ans).
Etat-major 770
IllCanterie 'H ^-7
Artillerie 10 371
Génie 1371
Cavalerie - y70
Troupes sanitaires 1 :»;jS
Troupes d'administration 'i'-'O
Lœfidwehr (de 32 à -W an?
Etat-major »
Infanterie
Artillerie
Génie
Cavalerie
Troupes sanitaires.. . .
Troupes d'admiui9trati(
On ne nomme un général en chef qu'en cas de mise sur pied de guerre de plusieurs divisions; ses fonctions ne durent que jusqu'au licenciement des troupes.
l'iiiances. — Les recettes de la Confédération ont été en 1S80 de fr. 43 511 84.S ; les dépenses, de fr. 41 038 22s ; excédent des recettes fr. 1 473 G20. Les principales recettes sont : taxe militaire, fr. 1 i20 OOU (ce n'est que la moitié de la taxe, dont les cantons reçoivent l'autre muitié; : péages, fr. 17 211482; postes.fr. 155134.30; télégraphes, fr 2 373 54(i. Les principales dépenses ont été : travaux publics, fr. 2 6i7 667 ; militaire, fr: 14 151 49S ; postes, fr. 13 501574; télégraphes, fr. 1 812 COG.
Les cantons. — Les cantons ontconservé toutes lesattributions du pouvoir public ot toutes les branches de l'administration qui n'ont pas été absorbées par la Confédér.ition. Chacun d'eux est un petit Etat avec sa constitution et sa législation particulières, son pouvoir législatif ouCrand Conseil, élu par le peuple ; son pouvoir exécutif ou Conseil
pour les deux sexes ; Genève, Neuchâtel et Zurich ont un observatoire astronomique, et Berne un observatoire physique et météorologique. L'instruction primaire, très développée dans la plupart des cantons, laisse à désirer dans d'autres : les examens que l'on fait subir annuellement aux recrues fournissent, h cet égard, un contrôle précieux. Dans chaque localité l'administration et l'organisation des écoles sont confiées à une commission d'éducation, nommée soit directement par les électeurs, soit, dans les grands centres, par les autorités de la commune.
Les dépenses des cantons en 187G ont été de fr. 43972357, dont 11065 751 pour les travaux publics ; S 232 985 pour l'instruction ; 2 81)5 971 pour les cultes; 2 159 779 pour l'assistance publique; 3 673 6.')2 pour la législation et l'administration ; 2 779 606 pour les tribunaux ; 2 fi955i;i pour la police ; 1 077 387 pour les établissements pénitentiaires ; 2 16103:i pour le militaire. Les dépenses sont couvertes par le produit de la fortune des cantons, des régales, et des impôts que chacun d'eux fixe comme il l'entend.
Deux cantons, Fribourg et Tessin, sont des démocraties purement représentatives, où le peuple délègue tous ses pouvoirs à un Grand Conseil. Dans les autres, la participation du peuple à la législation s'exerce sous les formes suivantes : 1° l.andsgemeinden :
Le peuple entier, réuni en assemblée générale sur la place publique délibère et vote sur les lois, et nomme les magistrats et fonctionnaires : Uri, Obwald, Nidwald, Claris et les deux Appenzell. 2° Référendum obligatoire :
Toutes les lois et les arrêtés législatifs sont soumis au vote du peuple : Zurich, Berne, Schwytz, Soleure, Bâle-Campagne, Grisons, Argovie et Thurgovie.
3° Référendum facultatif :
Toute loi ou arrêté doit être soumis \ la sanction du peuple, si un certain nombre de citoyens le demande, ou si le Grand Conseil le décide: Lucerne, Zoug, Bàle-ViUe, Schaffhouse, Saint-Ga!l, Neuchâtel et Genève.
4° Référendum financier :
Les dépenses extraordinaires doivent être soumises au peuple : Vaud et Valais.
5" Initiative :
lîn nombre déterminé d'électeurs peut demander l'élaboration, la modification ou l'abrogation d'une loi ; la question doit être soumise au peuple : Zug, Zurich, Scliwytz, Soleure, Bâle-Villo, Bâle- Campagne, Argovie, Thurgovie, Vaud et Schaffhouse.
6° Droit de révocation :
Le peuple a le droit de révoquer en tout temps ses autorités (pouvoir législatif et exécutif) ; la
d'Etat, tantôt élu par le peuple, tantôt nommé
par le Grand Conseil ; son pouvoir judiciaire, 1 question est soumise à la votation populaire,
dont les membres sont, dans certains cantons, | si un certain noiiibre de j;itoyens 1 ' ''" "
tous élus par le peuple, dans d'autres, nommés en partie par le Grand Conseil. Comme trois cantons, Appenzell. Bâle et Untervvald, forment
mande np:ignc, Schaff-
cliacun deux demi-cantons (Appenzell Rhodes-Intérieures et Rhodes-Extérieures ; Bàle-Ville et Eâlo-Campagne ; Cbwald et Nidwald), il n'y a pas en Suisse moins de 25 Etats, avec autant de rpuages politiques et administratifs complets, sans compter la Confédération.
Les principales branches d'activité des cantons sont :
La législation pénale et civile (cette dernière sauf les parties remises à la Confédération) et l'administration de la justice, la police, les travaux publics, les cultes, etc. ;
L'instruclion publique : Bâlo, Berne, Genève et
Berne, Lucerne, Soleure, Bâie-Can house, Argovie et Thurgovie.
Chaque commune est organisée en petit comme l'Etat : démocratie pure ou représentative ; le pouvoir délibérant est exercé tantôt par l'assemblée des électeurs municipaux, tantôt par un conseil général élu ", l'administration municipale est remise dans certains cantons aux mains d'un syndic ou d'un président de commune élu, dans les autres à celles d'un conseil municipal élu par le conseil général ou par rassombloo communale. [Euuène Bcrel.]
SUISSK (histoibe). — Histoire générale, .\XII.
— I. Des origines jusq^. "à l'invasion ç,erinain©.
— l'u/u/uliOUf iiiclu.ylcrtques, — Il n'ist pas possible de déterminer à quelle époque le pays
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que l'on nomnio aujourd'lini la Suisse a été peuplé, mais les reclierches faites depuis un quart de siècle par les antliropologistes semblent établir qu'il est habité depuis lo moment où la race liuuKiinc commença b. paraître en Hurope. Outre les vestiges de l'existenco de l'Iiommo durant la période glaciaire (ustensiles et armes en pierre, en silex, en os et en corne), qui ont été recueillis dans des cavernes, où ils se trouvaient enfouis avec des ossements d'animaux (mammoutli, ours, renne, rljinocéros, etc.), on a découvert dans presque tous les lacs de la Suisse de très anciens établisscnieiits bâtis sur pilotis, qui démontrent l'existence dans les âges préhistoriques d'une population nombreuse déjà et parvenue i un certain degré de civilisation. On admet généralement qu'elle appartenait à la race indo-européenne l't était un rameau de la grande souclio gallo-celtique, qui, avant d'être repoussée par les Romains et les tribus germaniques, habitait presque tout l'Ouest et le centre de l'Europe.,
Lei Helvètes. — C'est seulement à partir du u= siècle avant J.-C. que les géographes et les historiens commencent à faire mention des Celtes de la Suisse. Une multitude de peuplades diverses occupaient alors le pays : les Allobroges (dans le canton de Genève), les Séquanes (à Neucliâtel et le long du lac de Bienne) , les Rauraques (à Bâle) ; puis, dans le massif des Alpes grisonnes, jusqu'aux lacs de Zoug, de Zurich et de Constance, les Rhétiens, ancêtres suivant les uns, descendants suivant les autres, des Étrusques d'Italie ; dans les Alpes valaisanes, des tribus d'origine inconnue, les Bibères, les Péragres, les Mantonans et les Séduniens ; enfin la plus importante •de ces peuplades, les Helvètes, qui ont donné leur nom à l'Helvétie et qui occupaient la Suisse centrale et l'Allemagne méridionale jusqu'au Mein. Lors de la grande migration des peuples gr'rmaniques, les Helvètes se joignirent aux (timbres et aux Teutons et ravagèrent avec eux pendant plusieurs années le midi de la Gaule et lo nord de l'Italie. Sous la conduite de leur jeune chef Divicun, ils défirent complètement, près d'Agen sur la Garonne (107 ans avant J.-C), une armée romaine commandée par le consul L. Cassius et son lieutenant Pison, aïeul de la femme de César, €t firent passer les légionnaires sous le joug. Après l'extermination des Cimbres par Marius, les Helvètes rentrèrent dans leur pays. Ils en sortirent environ cinquante ans plus tard, sous la conduite du môme Divicon, après avoir incendié leurs villes et leurs villages, pour aller chercher en Gaule des cieux plus cléments et un sol plus fertile. César raconte, dans le premier livre de ses Commen- . taires, comment il réussit à les arrêter et comment il vengea l'honneur des armes romaines en détruisant à liibracte (Mont-Beuvrais, à l'ouest d'Autun, 5S ans avant J.-C.) la plus grande partie do la nation helvète. Les survivants, au nombre d'environ lO'J 000, furent renvoyés dans leur pays pour défendre, comme alliés des Uomains, la fiontière du Rhin contre les Germains. Quelque temps après, les habitants du Valais furent soumis par un lieutenant de César, et quarante ans plus tard les sauvages Rhétiens, ayant été à leur tour réduits par Dj-usus et Tibère, tous les pays qui constituent la Suisse actuelle reconnurent la domination romaine.
L'Helvétie sous les Bomains. — L'Helvétie fut bieniûi soumise au même régime que les autres provinces de I empire. De nombreuses colonies y apportc'i'ent la lang' e, la religion, les mœurs et la civih^aiion des Romains. L'agriculture se perfeclio|iii-j, un l'éscau de routes sillonna le pays, le reliant avec la méiropole par de nombreux passages à travers lus. Alpes. Des cités opulentes étalèrent le luxe des maîtres de l'univers, tandis
que des flottilles sur les lacs et une série de forteresses assuraient la défense des frontières de l'empire. Le chef-lieu de l'Helvétie était Aventicum (Avenches), au bord du lac de Morat. Cette ville, où siégeait un sénat, avait un amphithéâtre, un théâtre, un arc de triomphe, une école publique d'athlètes, des corps de métiers, et une académie avec des professeurs romains. La principale place d'armes était Vindonissaj au confluent de l'Aar, de la Reuss et de laLimmat.
Pendant deux ou trois siècles l'histoire de l'Helvétie se confond avec celle de l'empire romain, dont elle partage le sort, en proie aux exactions de toute nature sous les mauvais empereurs, déchirée parla guerre civile dans les luttes de compétition au trône, et, après avoir joui sous Vespasien (originaire d'Aventicum) et ses successeurs de 80 années de tranquillité et de prospérité, livrée aux incursions des Germains, qui portaient partout le pillage, l'incendie et la dévastation. A la fin de cette période, la population indigène s'était si bien amalgamée avec l'élément romain que le nom même des Helvétiens disparaît de l'histoire.
Intrncludion du chrislianisme. — Il est probable que la religion chrétienne pénétra parmi les Helvétiens dès les premiers siècles do l'Eglise, comme dans les autres provinces de l'empire. Bientôt il y eut des évêchés dans les grandes villes, Aventicum, Genève, Vindonissa, Coire, etc. La nouvelle croyance fut surtout propagée par les soldats des légions qui, si l'on en croit la tradition, fournirent, pendant les persécutions des empereurs romains, de nombreux martyrs, saint Maurice et la légion thébaine à Saint-Maurice, Ursus et Victor à Soleure, qui payèrent de leur vie leur refus de sacrifier aux dieux.
Les inviisions — A partir de la seconde moitié du 11° siècle, l'Helvétie fut atteinte par les grandes invasions d'outre-Rhin qui sont le trait dominant de cette époque. La lutte dura près de trois siècles, durant lesquels les pays qui forment la Suisse actuelle furent tour â tour saccagés par les envahisseurs, à tel point que cette contrée naguère si florissante est appelée par les géographes contemporains : « le désort des Helvétiens. n Au commencement du y" siècle, les Allemanes, dont la première incursion en Helvétie remonte à l'an IGÎ de l'ère actuelle, s'établirent dans la zone située entre le Neckar et l'Aar, qui comprend le nord et l'est de ce pays ; les Burgondes occupèrent celle qui s'étend du Jura à. la Méditerranée, puis de l'Aar jusqu'aux sources du Rhône, et comprend l'Helvétie occidentale; les Ostrogoths s'emparèrent de l'Italie supérieure et de la Rhétie. C'est là le point de départ de la diversité de langue et de nationalité qui caractérise encore aujourd'hui les populations réunies sous le nom de Confédération suisse. Les AUemanes prirent possession du territoire en conquérants ; ils exterminèrent ou soumirent les habitants et, anéantissant les derniers vestiges de la civilisation romaine, conservèrent intacts leurs coutumes et leur langage. Les Ostrogoths ne laissèrent pas de traces durables de leur passage dans la Rhétie, où leur langue s'efl"ara complètement devant les idiomes d'origine italique qui sont encore parlés dans l'Oborland grison et dans l'Engailine. Les Burgondcs, déjà convertis au christianisme arien, avaient été reçus en Helvétie comme un peuple ami ; ils s'allièrent aux populations indigènes, auxquelles ils finirent par faire accepter leurs lois, mais dont ils adoptèrent le langage. C'est du mélange de lenr langue avec celle des Romains que sont résultés les divers patois de la Suisse romande ou fi'ançuise.
H. La Suisse au moyen âge. — domination fmnque. — A la fin du v" siècle et dans la
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première moitié du vi'^, les victoires de Clovis et de ses successeurs sur les Burgoiides, sur les A llemanes et les Oslrogotlis firent passer sous la domination des Francs les diverses races du sol helvétique.
Sous les Mérovingiens, à l'occasion des nombreux partages qui eurent lieu dans l'empire des Francs, le nord et l'est de l'Helvétie appartenaient habituellement au royaume d'Austrasie. et l'ouest au royaume de Bourgogne ; de là des
traits. Berne, Zûricli, Fribourg, Soleure, Schaffhouse et d'autres villes moins importantes obtinrent à cette occasion d'être déclarées villes impériales.
Luîtes des Walifstûsltfii avec la m'iisnn d'Auti-i' he. — Les Waldstaeiten ou localités forestières (Uri, Scliwytz, Unterwald) obtinrent aussi en 1240 des lettres de franchise; mais celles-ci ne furent pas reconnues par l'empereur Rodolphe de Habsbourg, dont la maison avait exercé la charge d'a-
luttes fréquentes entre les deux races allemande voué de l'empire sur ces pays, et qui prétendait
et romane. Pendant cette période, les contrées habitées par les Allemanes furent converties au christianisme. Parmi les missionnaires (|ui contribuèrent à le propager, on cite Fridolin. patron de Claris, Gallns, qui a donné son nom à Saint- Gall, et Coloraban, tous trois venus d'Irlande. On leur doit la création de nombreux monastères, dont les habiianis, voués à la fois au défrichement des terres et à la culture des lettres, furent pendant un certaiii temps les pionniers de la civilisation. C'est également à la domination franque que remonte l'établissement en Suisse du régime féodal. Sous les premiers Carlovingiens et notamment sous Charlemagne, le pays participa au mouvement civilisateur que le grand empereur avait imprimé à ses immenses Etats, et jouit des bienfaits de la paix ; mais à sa mort, il fut partagé entre ses successeurs. La Suisse alleniande actuelle, avec la Rhétie de Coire, échut à Louis le Cermanique, tandis que la Suisse occidentale et le Valais furent dévolus à Lothaire (traité de Verdun, 843). Après avoir appartenu depuis 8T.I à la Bourgogne ci^jurane ou royaume d'Arles, ces dernières provinces devinrent, sous Rodolphe 1'' de Siraettlingen, le noyau de la Bourgogne transjurane; mais le dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III, ayant transmis la totalité de ses Etats à l'empereur Conrad II le Salique, l'Helvétie romane se trouva, en 10:U, réunie de nouveau avec l'AUemanie et la Rhétie sous le sceptre des empereurs d'Allemagne.
L'Helvétie soiis les premiers empereurs alleman'ls. — L'histoire du Saint-Ecnpire romain d'Allemagne, à celte époque et dans les quelques
les traiter comme une possession héréditaire de sa famille. A la mort de cet empereur, Uri, Schwytz et Unterwald, redoutant l'ambition de son lils Albert, chef de la maison d'Autriche, conclurent (T' août i2;ll) une alliance perpétuelle, type de toutes celles qui suivirent. Ils s'engageaient à s'assister contre quiconque ferait violence à l'un d'entre eux, à n'accepter aucun juge qui eût acheté son emploi, qui ne fûl pas du pays ou n'y habiiàt pas, à s'en remettre pour toutes les contestations entre confédérés à la décision d'un tribunal arbitral composé des hommes les plus expérimentés. Tel fut le fondement do la Confédération suisse ; elle n'avait pas pour but d'acquérir de nouveaux droits, mais de protéger des droits existants.
A son avènement au trône impérial . (1298), Albert d'Autriche ne confii'ma pas les franchises des Waldst.ftten, et, sans s'arroger ouvertement la souveraineté, il attribua à la maison d'Autriche le choix des baillis impériaux. Ces officiers affectèrent d'agir au nom de l'Autriche et exaspérèrent la population par leur conduite tyrannique. L'alliance de 1291 fut renouvelée au Giûili, les baillis furent chassés en 1308 et leurs châteaux détruits.
Le peuple suisse vénère encore dans les héros de cette époque, Guillaume Tell, Walther Filrst, Melchthal et Stauffacher, les fondateurs de son indépendance et de sa liberté.
Le successeur d'Albert, l'empereur Henri VII de Luxembourg, confirma les franchises des "Waldstselten et leur accorda le privilège de ne pouvoir être cités devant ancun autre tribunal que celui de l'empire. Dans la guerre de comp '
siècles qui suivent, offre le spectacle d'une lutte , tition entre Louis de Rivière et Frédéric le Beau, permanente entre les divers éléments de la so- duc d'Autriche, les Waldstœttcn prirent parti ciété féodale. En Suisse particulièrement, les , pour le premier. I.éopold d'Autriche les ayant en
comtes reconnaissaient bien nominalement l'auto rite de l'empereur, mais de fait ils se comportaient en seigneurs indépendants, prenaient le nom de leurs châteaux, et obligeaient les liommes libres du voisinage à leur rendre hommage. Une foule de petits dynastes, toujours en guerre les uns avec les autres pour agrandir leurs possessions et leurs usurpations, ravageaient le pays et opprimaient les populations. Pendant la guerre des investitures, l'empereur Henri IV, qui iprouvait le besoin de se faire des partisans, remit en fief la Suisse allemande au duc de Zœhringen, qui ne tarda pas à y joindre le rectorat de la Bourgogne helvétique. Sous l'administraiion des Zsehringen. le peuple vit des jours plus heureux. Ils tinrent la noblesse en respect, favorisèrent les villes, en créèrent plusieurs, entre autres Fribourg (W; 8 1 et Borne (1191), et développèrent l'industrie et le commerce. Les croisades commençaient aussi à débarrasser le pays de quelques-uns de ses tyranneaux, et fournissaient aux communautés et aux individus l'occasion d'acquérir des libertés et des franchises. A l'extinction des ducs de Zaeliringen (1218), le rectorat de Bourgogne fit retour à l'empire, ainsi que les fiefs impériaux qu'ils possédaient dans la Suisse orientale. L'empereur Frédéric II se garda bien de leur donner un successeur; il se hâta au contraire de replacer soi;s l'autorité immédiate de l'empire les villes et pays qui en avaient été dis-
vahis à la tête d'une nombreuse année, ils la taillèrent en pièces à Morgarten (Ifi novembre 1315), et renouvelèrent le 9 décembre de la même année à Brnnnen leur alliance perpétuelle.
Ce traité, dont une disposition nouvelle portait qu'aucune des parties contractantes n'accepterait, sans l'assentiment des autres, la souveraineté d'un prince étranger, fut approuvé par l'empereur Louis de Bavière, qui confirma les chartes de ses prédécesseurs, et affranchit les serfs et les terres que la maison d'Autriche possédait dans les trois pays.
Ligue îles VIIl cantom. Anêantissemetit de la puissance de l'Autriche en Suisse. — En 1332 la ville de Lucerne entra dans l'alliance; celle-ci s'accrut encore en I3.il de Zurich, en 1352 de Claris et de Zoug, et l'année suivante de Berne, qui avait déjà consolidé son indépendance, en anéantissant sur le champ de bataille de Laupen (133tl) une partie de la noblesse bourguignonne liguée contre elle. Après les luttes pour l'indépendance contre la maison d'.\utricho, qui furent signalées dans le xiV siècle par les batailles de Serapach (Ujuil. 13SG) et de NœfeU (0 avril 13S8), les confédoiés entreprirent dans le siècle suivant des guerres de conquêtes. En Ulii ils enlevèrent le pays d'Argovi.e à l'archiduc Frédéric, mis au ban de l'Eglise et de l'empire par lo concile de Constance et en firent un pays sujet sous le nom de « bailliage commun ».
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Lo partage, do la succession du dernier comte do Togïenbuurp;, morl sans enfants, donna liou i une longue guerre civile (I i.l(;-l4r>l)), la ville de Zurich ayant jefusé de se soumettre à un jugement arbitral qui attribuait à Scliwytz des territoires revendiqués pir elle, et s'élant alliée avec l'Autriche contre ses confédérés. C'est de cette lutte, où Sclivvytzjoua le principal rôle, que date la désignation de Suisses, appli<iuée aux cantons eu guerre avec Zurich, mais qui fut bientôt étendue à la nation tout entière. C'est aussi k cette occasiou que les Suisses se trouvèrent pour la première fois en contact avec la France. Empêché de secourir Zurich, l'empereur avait intéressé à sa cause le roi de France Charles VII, qui envoya contre les Suisses une armée de 3L)000 mercenaires, dits Armagnacs, commandée par le Dau pliin Louis iLouis XI). 1500 confédérés vinrent lui barrer le passage et lui livrèrent h Saint- .lacques sur la Birse (près Bile), le Ï6 aoiit 1144, une bataille acharnée, qui ne se termina que par leur extermination complète. Plein de respect pour la bravoure de ses adversaires, le Dauphin signa la même année avec la Ligue suisse, h Eusisheim, une paix qui fut suivie en 1452 d'un traité dans lequel les Suisses sont appelés pour la première fois n les cantons de la vieille Ligue di' la Haute-Allemagne, » et qui fut la base de toutes leurs alliances subséquentes avec la France.
La guerre avec Zurich, une guerre atroce, comme toutes les luttes civiles, se termina en lioO. Zurich renonça Ji son alliance avec l'Autriche. Bientôt après (14K()), à l'instigation du pape q\ii venait d'excommunier l'archiduc d'Autriche Sigismond, les confédérés s'emparèrent de la Timrgovie, et la convertirent en bailliage commun ; et en li61, Sigismond ayant vendu aux Zuricois ses droits de souveraineté sur la ville de Wintertliour, il ne resta à l'Autriche, de toutes ses possessions en Suisse, que le Frickthal, qu'elle a conservé jusqu'en 1802.
Deux conventions des confédérés, qui prennent place h, cette période, méritent d'être mentionnées. La première, le Pfaff'enbrief, ou code des prêtres, du 7 octobre iSTo, destinée à réprimer les empiétements des ecclésiastiques, restreint leurs immunités, et interdit l'intervention de juridictions étrangères, spécialement de juridictions ecclésiastiques. C'est la base du droit public suisse en ce qui concerne les rapports de l'Eglise et de l'Etat. La seconde, connue sous le nom de Convenant de Sempach, du 10 juillet 1303, est le seul exemple, dans les temps féodaux, d'une loi de discipline militaire faiie dans l'intérêt de l'humanité. En voici les passages les plus importants :
« Nul ne doit commencer sans nécessité et par caprice une guerre générale ou privée. Lorsque nous marcherons ensemble ou séparément contre l'ennemi, chacun se rangpra sous sa bannière et couibattra autour d'elln, en brave, selon la coutume de nos ancêtres. Celui qui abandonnerait sa bannière ou s'en éloignerait pour pénétrer de force dans une maison et y commettre quelque attentat, s'il est convaincu par deux témoins honorables, sera arrêté par le gouvernement dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa personne et ses biens pour servir d exemple aux autres. Celui qui, dans un combat ou dans une attaque, reçoit une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque autre blessure qui lo mette hors d'état d'être en aide à lui-même ou à l'armée, doit néanmoins ne pas fuir, mais rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du danger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera l'i-nnemi jusqu'au dernier moment. Comme l'ennemi aurait souffert bien davantage
h Sempach, si l'on s'était moins pressé de se livrer au pillago, et qu'il aurait pu profiter do ce moment pour se rallier, personne h l'avenir ne se jettera sur le butin avant que les chefs n'aient donné le signal du pillage. Chacun leur remettra fidèlement tout ce qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force des contingi-nts, entre tous ceux qui auront pris part à l'action. Puisque le Dieu tout-puissant a déclaré les églises ses demeures, et qu'il a accompli le salut du genre humain par une femme, notre volonté est qu'aucun des nôtres n'ait la témérité de forcer, piller, dévaster, incendier un couvent, une église ou une chapelle, ou d'attaquer à main armée, blesser ou frapper une femme ou une fille. Il est cependant permis de poursuivre l'ennemi jusque dans les églises, et de sévir contre les femmes qui nous attaquent ou crient si fort qu'il pourrait en résulter un préjudice pour nos armes. Ainsi fait et juré devant notre dicte, à Zurich, le 10 juillet de la troisième année après l'an treize cent quatre-vingt-dix. »
Guerres de Bourgor/ne, guerre dt Soualji; et sépnration d'avec l'Empire oUemand. — Les journées de Sempach, Najfels, Saint-Jacques avaient fait connaître en Europe la République militaire des Suisses. Leur nom était devenu glorieux et respecté. Des puissances de second et même de premier ordre, l'Empire, la Bourgogne, la France, la Savoie, Milan, Florence, ne dédaignaient pas de solliciter leur alliance, et une foule de villes et de petits Etais de la Haute- Allemagne se mettaient sous leur protection. Mais en même temps, ils avaient pris goût au métier des armes et épousaient avec ardeur le parti de quiconque offrait de payer leurs services. C'est l'origine des services mercenaires, une des plaies les plus hideuses de l'ancienne Confédération. Déjà au commencement du xv" siècle, on trouve des Suisses à la solde de plusieurs puissances. Pendant la guerre du Bien public (1465), l'année de Louis XI et celle des seigneurs coalisés contre lui, sous le commandement du comte de Charolais, connu plus tard sous le nom de Charles le Téméraire, comptaient chacune un corps de Suisses armés de piques de 18 pieds de long. Depuis cette époque jusqu'au xix'^ siècle, le service étranger, avec ses conséquences, la corruption du peuple et la vénalité des magistrats, exerça une influence prépondérante sur l'histoire et les destinées de la nation suisse.
En l4(iS, la guerre recommença avec l'Autriche. 15U00 confédérés appelés au secours de leurs alliés des villes de Mulhouse et Schaffhouse, menacées par la noblesse de Souabe, vinrent mettre le siège devant Waldshut. Los Bernois, en politiques habiles, désiraient l'annexion de cette importante place d'armes, qui leur eîit procuré la possession du Fricktlial et de la Forêt-Noire. Mais de petites considérations et la vénalité firent échouer leurs projets Le duc Sigismond obtint la paix moyennant 10 nOO florms qu'il s'engagea à payer aux Suisses. Sigismond se procura cet argent auprès de Charles le Téméraire, qui lui prêta 50 000 écus, moyennant hypothèque sur l'Alsace, le Sundgau, le Urisgau et la Forêt- Noire, et qui s'engagea à le garantir contre toute attaque de la part des confédérés.
Maître des Pays-Bas, de la Franche-Comté et des territoires remis en hypothèque par le duc d'Autriche, Charles le 'l'éniéraire, duc de Bourgogne, éiait alors le prince le plus puissant de la chrétienté. Il projetait de fonder entre l'Empire et la France un royaume comprenant les bassins du Khôno et du lihin, et négociait à ce sujet avec l'empereur Frédéric II!, auquel il offrait la main de sa fille unique pour son fils Maximllien. Son ambition le faisait redouter de
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ses voisins. Louis XI eut l'idée de so servir des Suisses pour briser sa puissance. Grâce ;\ son or et à la vénalité d'un certain nombre d'hommes d'Etat suisses, il eut bientôt constitué à Berne, Pt dans d'autres cantons, un parti dévoué à ses intérêts. Vn traité do neutralité réciproque fut signé entre la France et les cantons, en iiin, pour le cas d'une guerre avec la Bourgogne. Il fut suivi en 1474 d'une alliance offensive et défensive. Les parties se promettaient aide et secours : le roi payait les guerriers suisses 4 1/2 florins par mois. Il s'engageait à payer sa vie durant ;\ chaque canton, ainsi qti'Ji Fribourg et à Soleure, une somme de 2000 livres par an, et, à défaut de secours d'hommes, à leur payer 20 000 livres par quart d'année, pendant la durée de la guerre. Ce traité, dont les termes furent arrêtés le 10 mars 1474, ne fnt définitivement conclu que le 26 octobre. Dans l'intervallej Louis XI avait réussi à réconcilier les Suisses avec leur ennemi séculaire, l'Autriclie, et à faire entrer celle-ci dans la coalition contre le duc Charles. Du .30 mars au 3 avril, dans la ville de Constance, trois traités importants furent signés : 1" les préliminaires d'une paix perpctnelle entre Sigismond d'Antriche et les confédérés, auxquels on garantissait les territoires conquis par eux sur l'Autriche ; 2° une alliance de dix ans entre les Suisses et la Basse-Ligue d'Allemagne ; .3° une alliance analogue entre Sigismond et la Basse-Ligue, qui allait aussitôt fournir les sommes nécessaires pour rembourser Charles de Bourgogne. Les circonstances servaient admirablement les projets de Louis XI. Le duc Charles avait confié le gouvernement des terres hypothéquées d'Alsace au bailli Hagenbach, dont la tyrannie avait exaspéré les populations et qui avait, à plusieurs reprises, vexé les Suisses. Dès que Sigismond eut dénoncé le remboursement de sa dette, une insurrection populaire éclata, Hagenbach fnt saisi et condamné .\ mort par un tribunal dans lequel si geaient des députés de Bernoet deLucerne (4 mai li"4). Cliarles furieux envoya des troupes ravager l'Alsace ; lui-même guerroyait en Allemagne contre l'archevêque de Cologne, ce qui lui valut une déclaration de guerre de l'Empire. Frédéric III somma, le 9 octobre, les Suisses, en leur qualité de membres du Saint-Empire romain, de fournir leur contingent, et les villes de la Basse-Ligue et Sigismond, irrités des ravages que les Bourguignons commettaient en Alsace, sollicitèrent avec une égale ardeur le secours des confédérés. Cela leva les hésitations qui s'opposaient encore à la signature du traité d'alliance avec Louis XI. Ce traité conclu, une armée de LSiOO hommes, composée des contingents des cantons et de leurs nouveaux allies, les Autrichiens, alla mettre le siège devant Héiicourt, place-forte de la Franche- Comté. Une armée bourguignonne qui essaya de faire lever le siège fut mise en complète déroute (13 nov.); Héricourt se rendit. L'année suivante, les Bernois et les Fribourgeois firent de nombreuses incursions dans la Franche-Comté, et s'emparèrent de Grandson et des terres que possédait dans la contrée la maisoii bourguignonne do Chàlons, ainsi que de la plus grande partie des villes du pays de Vaud, alors savoyard. Les Haut-Valaisans, assistés des Bernois, s'emparèrent du Bas-Valais qui appartenait aussi à lu Savoie.
Ces événements n'é. aient que le prélude d'une guerre bien plus terrible dans laquelle l'existence même de la Suisse allait être mise en jeu par le fait de quelques intrigants vendus au roi de Fiance, i.nnis XI sut faire échouer une tentative de rcci.nciliaiinn cime les Suisses et Charles le Ténu relire. Mais en mêiue tenjps il faisait la pau avec ce dernier qui, réconcilié également
avec l'empereur et l'Autriche, ne songeait plus qu'à se venger des Suisses. A la tête d'une brillante armée, le duc de Bourgogne franchit le Jura et reprit Grandson. Les Suisses vinrent l'y attaquer, le battirent à plate couture et s'emparèrent de son camp et de ses immenses richesses {i mars 14701. Trois mois plus tard, une nouvelle armée bourguignonne éprouvait le même sort sous les murs de llorat {i'i juin). Enfin, le .5 janvier de l'année suivante, les Suisses, appelés au secours de leur allié Eené de Lorraine, que Charles avait dépouillé de ses États, faisaient devant Nancy éprouver au duc do Bourgogne une nouvelle défaite, où il pecdait i la fois la couronne et la vie.
Fécondes en résultats généraux, les victoires des Suisses sur le duc de Bourgogne n'eurent pas pour eux-mêmes d'aussi heureuses conséquences. Auparavant, dit un historien, la vénalité n'avait atteint que les chefs et une partie de la nation; l'or de Grandson, mesuré Ji plein chapeau par les soldats, corrompit la masse elle-même. Louis XI, qui avait allumé la guerre, en recueillit tous les fruits. Il occupa une partie de la Bourgogne, en même temps qu'il s'attacha h diviser les confédérés dont il redoutait l'intervention on Franche- Comté. Berne aurait désiré garder cette province, qui demandait elle-même h être reçue dans l'alliance helvétique; mais les confédérés ne surent pas inieux s'entendre qu'ils ne l'avaient fait neuf ans auparavant à Waldsbut, et une ambassade française n'eut pas de peine à leur faire accepter un tiaité par lequel, luoyennant la promesse d'une somme d'argent, ils renonçaient à toute prétention sur la Franche-Comté. Le partage du butin de guerre suscita des dissensions violentes entre les villes et les campagnes, et h une diète ti-nue i Stanz en 1181, cilles-ci s'opposant obstinément à l'admission de Fribourg et de Soleure dc.ns la Confédération, les partis exaspérés allaient en venir aux mains, quand l'intervention d'un solitaire vénéré, le frère Xicolas do Elue, réussit à réconcilier les confédérés : Fribourg et Soleure lui durent leur admission dans la Confédération.
A la fin du xv* siècle, les confédérés eurent encore h soutenir une guerre qui fut décisive au point de vue de leur situation vis-à-vis de l'empire d'Allemagne. Quoique les liens qui rattachaient la Suisse h cet empire se fussent considérablement relâchés, les confédérés se considéraient toujours comme lui appartenant. Ils faisaient confirmer leurs privilèges par l'empereur, et au début des guerres de Bourgogne ils avaient combattu comme membres de l'empire; mais i la fin de ce siècle, l'empereur Maximilicn, chef de la maison d'Antriche, ayant voulu soumettre les Suisses à la juridiction et aux contributions de l'empire, les confédérés n'hésitèrent pas à repousser de telles exigences. La guerre de Sonahe, ainsi nommée du nom de la Ligue qui défendit la cause de l'empereur contre les confédérés, éclata en I4S9. Elle eut pour théâtre le canton des Grisons, le Tyrol, le Vorarlberg et la Souabe, les bords du lac de Constance et du Rhin et les vallées du Jura. Une multitude do villes, châteaux et villages furent détruits; des contréesp entières devinrent incultes: une misère afi'reuse s'abattit sur les malheureuses populations. 'Vaincu; dans toutes les rencontres et dans six batailles,! l'eiiipereur renonça à se> prétentiims; la paix fut] signée à Bàle, en li!)'.). La conséi|uence en fut laj séparation complète de fait, sinon île droit, de lai Suisse d'avec l'Allemagne, et l'entrée do Bâle et| de Schaffhouse dans la Confédération (IfiOi).
Cnenei ii'lt"/ie. Allianc-:'; avec m Frai, ce. L Co fëi/crato" des XIII cantuns. — C'est encore 1 France qui décida, vers la fin du xv' et au com
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menccmpnt du xvi' siècle, les confédérés à intervenir dans la guerre d'Italie que soutenaient les uns contre les autres lo pape et la republique de Venise, le duc de Milan, l'empereur, la Fiance et l'Espagne. Ils y prirent part d'aboi-d comme auxiliaires il la solde de la, France, plus tard comme allies du pape, et enfin comme Éiat indépendant. Ils montrèrent de nouveau, dans cette guerre, les éminentes qualités militaires qui les caractérisaient, surtout dans le combat de Novare, en 1513, où ils battirent l'armée française. Mais ils ne poursuivaient dans ce vaste conilit aucun plan bien défini, et tandis qu'ils avaient la prétention d'intervenir en Lombardie, comme pouvoir prépondérant, ils succombaient, dans leur propre pays, aux intrigues des États voisins. Ceux-ci, en effet, aclietaicnt cliez eux des partisans b, pi-ix d'argent el réussissaient ainsi h se créer une influence décisive dans la Confédération. L'indignation causée par le système des pensions, spécialement par les intrigues des agents de la France, provoqua des soulèvements populaires dont plusieurs magistrats furent les victimes. Un plan d'invasion de la France par l'empereur, l'Angleterre, l'Aragon et les Suisses réunis, fut accueilli avec transport par la Diète de Zurich (1" août 1513), et pendant que les Anglais débarquaient il Calais et que les Aragonais envahissaient la Navarre, 20 OUO confédérés, aux(|uels se joignirent quelques milliers do cavaliers impériaux, traversèrent la Franche Comte et vinrent mettre le siège devant Dijon : mais lii les chefs se laissèrent corrompre par La TrémouiUe, gouverneur de la ville. Ils signèrent la paix, sur la promesse d'une somme de 400 000 écus, et rentrèrent chez eux. Deux ans plus tard, Français et Suisses se retrouvaient en présence dans les plaines de la Lombardie. François l"', qui venait de passer les Alpes pour reconquérir le duché de Milan, chercha d'abord ii gagner les Suisses, qui signèrent avec lui, le 8 septembre 1515, à Gallerate, un traité par lequel le roi s'engageait à leur payer 30 OOO écus pour les frais de la guerre, 300 000 autres pour leurs possessions italiennes et les 400 000 écus promis à Dijon. Les cantons accordaient au roi le droit de lever des troupes chez eux, moyennant une pension annuelle à chacun des Étals. Déjii une partie de l'armée suisse reprenait le chemin des montagnes, lorsqu'un nouveau corps de troupes descendit le Gothard, conduit parle cardinal Schinner. ennemi acharné des Français. Grâce à un stratagème de ce dernier, les Suisses, rompant la paix, se ruèrent sur l'armée française il Marignan. La bataille dura deux jours fl3 et 14 sept. I.M5). L'arrivée d'une année vénitienne obligea les Suisses à abandonner, pour la première fois, le champ de bataille. La Dièie décréta une levée de 30 000 hommes : mais, de leur coté, les chefs suisses, agents de la France, ayant réussi ii eniôler un nombre considéi'able de soldats au service de cette dernière, on vit de nouveau, en 1510, dans les plaines de l'Italie, le spectacle des confédérés combattant les uns contre les autres. Enfin l'influence française l'emporta, et, le 2'J novembre de la morne année, le vainqueur de Marignan signait avec la Confédération un traité de paix perpétuelle. Il lui assurait les mômes avantages financiers que par le traité de Gallerate : en revanche les Suisses s'engageaient il fournir au roi des levées qui ne devaient pas être moindres do 6 (fOO ni dépasser IG 000 hommes, on temps de guerre. Depuis ce moment, incorporés aux armées françaises, les Suisses sont réduits au rang de simples mercenaires, et n'interviennent plus comme nation dans les guerres étrangères. Au rôle d'arbitres de I Italie et de la politique européenne, que leur avaient valu leurs victoires, succède
celui do champions et de promoteurs de la grandeur et du despotisme dos rois de France. Le seul résultat que la Suisse relira des guerres d'Italie fut la conquête de la Levantine, de la 'Valteline et de Chiavenna, dont la France lui garantissait la possession. Ces doux derniers pays furent ajoutes aux Grisons; la Levantine devint sujette du canton dUri, et forma plus tard le Tussin actuel.
Le pays d'Appenzell avait conquis son indépendance au commencement du xv= siècle, contre les abbés de Saint-Gall et les Autrichiens. 11 fut reçu, en 1513, dans l'alliance helvétique, connue depuis lors sous le nom de Ligue des XllI cantons, qu'elle conserva jusqu en 119a. La CoirfédéraUon suisse comprenait en outre :
1" Des alliés perpétuels, qui avaient le droit de s« faire représenter dans les Diètes, ou réunions des députes dos cantons, mais n'avaient pas voix délibécative. C'étaient : l'abbé do Saint-Gall, les villes de Saint-Gall, Bienne, de Mulhouse, de Rottweil (en Souabe), de Genève; les lignes des Grisons; le Valais, le comte deNeuohâtel et Valangin, et l'évéclié de Bàlo;
2° Des pays sujets, ordinairement possédés en commun par plusieurs cantons et appelés alors bailliages communs: c'étaient Badon et les bailliages libres en Argovie, la Thurgnvie, le Rheinthal, la Levantine, la ville de Happerschwyl, etc.
111. La GonfàdèratiDn des XIII cantons. — La Réforme, et la rcuction cat/io iqae. Rtconnaissance de l'indé/jeuiance d- la Suisse. — Le commencement du XVI' siècle vit se produire en Suisse, comme dans les pays voisins, un grave événement, qui devait exercer sur leur destinée la plus grande influence, la Réforme, provoquée par les désordres du clergé et le trafic des indulgences. Elle fut d'abord pi-êchée ii Zurich, puis à Berne, Bàle, Scliafl'house, Saint-Gall, Appenzell, et de là dans les pays placés sous la souveraineté fédérale. Le grand réformateur suisse, Ulrich Zwingli, avait été curé à Giaris ; il avait pris part en qualité d'aumônier aux campagnes do Novare et de Marignan. C'est à Einsiedeln, où il était prédicateur, qu'il commença à tonner contre les abus et les superstitions de l'Eglise. Sa réputation le fit appeler à Zurich. Il y prêcha l'évangile, et ne tarda pas à entraîner cetie ville dans le parti de la Réforme, qui, il la même époque, était aussi acceptée dans plusieurs cantons, spécialement h Berne et à Bàle. Réformateur politique autant que religieux, Zwingli s'élevait avec force contre la corruption des mœurs, les pensions étrangères, les services mercenaires, et, le premier, il eut l'idée de donner aux cantons suisses une constitution commune, analogue à celle qu'ils acceptèrent trois cents ans plus tard, de mettre un terme à la prépondérance anormale des petits cantons et de donner aux grands une position plus en relation avec leur importance et leur degré supérieur de civilisation. On ne doit doue pas s'étonner que ses idées, tant religieuses que politiques, aient rencontré une vive opposition dans les cantons primitifs, auxquels se joignirent Fribourg et le Valais. Un colloque réuni à Baden, et dans lequel les prédicateurs des deux partis exposèrent leurs principes devant les députés des cantons, ne fit que rendre plus profonde la scission entre les confédérés. Zurich contracta avec Constance une alliance, dans laquelle entrèrent successivement Berne, Saint-Gall, Bile, Bienne et Mulhouse. Les cinq cantons primitifs, de leur côté, organisèrent une ligue séparée et s'allieront avec l'archiduc' Ferdinand, roi do Hongrie, principal appui du parti catholique en Allemagne. Avant qu'on n'eu vînt aux mains, la médiation dos cantons neutres réussit à faire signer h Steinhauseii un traité qui reçut le nom de
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paix publique {Landfrie(len).ï\ consacrait la complète égalilé poliiique des deux cultes chrétiens et le droit pour chaque canton de conserver sa religion ou d'en changer. Dans les pays sujets, chaque paroisse était libre de clioisir son culte. L'alliance avec le roi Ferdinand fut déclarée dissoute.
Cette convention confirma la Réforme partout où elle s'était introduite. Dans les pays sujets, elle détermina un mouvement très caractérisé en sa faveur. Mais le zèle de Zvvingli pour propager la religion nouvelle provoqua, de la part des cantons catholiques, des réclamations auxquelles Znrich répondit en rompant toute relation avec eux, leur interdisant l'entrée de ses marchés. Les petits cantons coururent aux armes et, le 11 octobre 1 53 1 , 8 000 catholiques mettaient en déroute, à Cappel, 1 500 Zuricois, i la tête desquels se trouvait Zwingli, qui fut tué dans cette rencontre.
Battus une seconde fois sur le Gubel, et d'ailleurs abandonnés par leurs alliés, les Zurirois demandèrent la paix, qui fut signée à Daeniken (Zoug).Les suites de cette guerre lurent désastreuses pour la Réforme. Les cinq cantons rétablirent par la force le catholicisme dans beaucoup de contrées qui l'avaient abjuré ; Soleure, mis par les vainqueurs dans l'altcrtiative de payer SOO écus de frais de guerre ou de proscrire le culte réformé, prit ce deriiier parti. C'est à cette occasion que les catholi<|ues et les réformés soleurois en étant venus aux mains, l'avoyer A'icolasWengi, l'un des chefs du parti catholique, mais, avant tout, sincère patriote, se plaça devant la bouche dos canons et réussit par là à arrêter l'effusion du sang. Les guerres religieuses en Suisse, comme ailleurs, ont produit assez d'horreurs pour c|u'il soit doux de pouvoir signaler dans cette effroyable période un trait de patriotisme et d'humanité.
L'échec subi par la Réforme dans la Suisse centrale fut compensé et au delà, par les progrès qu'elle faisait il la même époque dans la région qui l'ut depuis la Suisse occidemale. Déjà eit 1519, Genève, pour se d. fendre contre les ducs de Savoie qui cherchaient à laniiexer à leurs Etats, avait signé avec Fribourg un traité d'alliance ; mais le duc porta plainte auprès des confédérés, et Fribourg dut abandonner Genève, qui fut occupée par les Savoyards. Quelques années plus tard, le parti patriote genevois, connu sous la désignation d'E'dgitenol^ (confédérés), d'où l'on fit ensuite le nom de Huguenot, l'ayant emporté de nouveau, Genève foriiia, le 12 mars I5'-'B, non plus seulement avec Fribourg, iBais aussi avec Berne, une alliance qui devint le fondement de l'indépendance de cette cité et de soti union à la Suisse. Malgré l'intervention de Charles-Quint, Berne et Fribourg, appuyés par François 1", levèrent une armée de 15 0 0 hommes qui délivra Genève et força le duc de Savoie à signer les traités de paix de Saint Julien et de Payerne (15:i0), par lesi|uels il s'engageait à respecter l'indépendance de Genève, donnant à Berne et à Fribourg le pays de 'Vaud en hypothèque, comme garantie de sa promesse.
Aussitôt après avoir embrassé la Réforme, Berne avait songé à l'introduire dans ses possessions d'Aigle, dans les bailliages communs d'Orbe, d'Kchalicns, Grandson et Morat, à Neucliàt-1, Latisanne et Genève, en un mot dans toute l'Helvéïie romande. Il y envoya un réformateur français, Guillaume Farel, qui, avec l'aide de Pierre Viret, d'Antoine Froment, et plus tard de Calvin, réussit à gagner à peu près tout ce pays à la Réfoi me, grâce un peu à l'appui efficace de Berne, qui faisait occuper militairement les localités récalcitrantes.
Genève, en embrassant la Réforme, abolit le pouvoir de son évèque et se constitua eu républi-
que indépendante. Fribourg l'abandonna aussitôt, et le duc de Savoie, appuyé par Cliarlos-Quint, chercha de nouveau à s'en emparer. Appelés à son secours, les Bernois hésitèrent, mais voyant François l" disposé h secourir la ville, ils se ravisèrent, déclarèrent la guerre à la Savoie, et s'emparèrent de ses possessions voisines du Léman (Vaud, (;hablais, Gex', ainsi que de celles de l'évoque de Lausanne il53'i). A partir de ce moment, le pays de Vaud, devenu sujet de Berne, fut gouverné par des baillis bernois qui y exercèrent une dure oppression jusqu à la fin du xviii' siècle. Genève, sauvée par Berne d'un péril imminent, avait conservé son indépendance; mais bientôt elle perdit SCS libertés intérieures et dev nt, sous le réiiime tyrannique de Calvm, le foyer d'un protestantisme très rigide et d'un formalisme sans pareil.
La réacti'in, à peu près générale, qui se produisit en Europe pendant la deuxième moitié du XVI' siècle en faveur du cathnlicistne, eut son contre-coup en Suisse. Berne se vit obligé, par le traité de Lausanne (1564), de restituer à la Savoie la rive gauche du lac de Genève, ainsi que le pays de Gex. La Réforme fut extirpée de plusieurs cantons et pays sujets; les jésuites vinrent s'établir dans les cantons catholiques, et une nonciature permanente fut créée en 1586 dans la Confédération. Alors la réaction marclia rapidement : Genève et les Grisons virent repousser, pour cause d'hérésie, leur demande d'aiiniission dans la ligue helvétique; Mulhouse et Strasbourg furent abandonnées par les petits cantons et ne conservèrent de relations qu'avec les Étals protestants. Dans l'Appenzell, on arriva à une séparation complète entre les réformés et les catholiques et à la division du pays en deux demi-cantons. Sous l'influence du cardinal Borromée, l'agent le plus actif de la réaction religieuse en Suisse, les cantons catliolii|ues formèrent, en l.iS6, la ligue Borromée ou ligue d'Or, par laquelle ils renoncèrent à leur indépendance en matière do foi. Cette alliance était déclarée supérieure ktonie autre, même par conséquent à l'alliance perpétuelle qui unissait tous les confédérés. L'année suivante, Philippe 11 d'Espagne entrait dans cette ligue. Il y eut dès lors en ([uelque sorte deux confédérations, unies entre elles par un lien qui al ait se relâ''hant chaque jonr.
Une nouvelle guerre éclata en 158;) entre Berne et la Savoie qui cherchait à reprendre le pays de Vaud. Une armée bernoise s'empara du Cliablais, mais le parti de la paix ayant prévalu dans les conseils de la cté, le gouvernement bernois conclut à JVyon un traité par letiuel il abandonnait Genève et s'engageait même à aider le duc de Savoie à en reprendre possession. L'indignation populaire empêcha l'exécution de cette clause; Genève n'en fut pas moins abandonnée, et aurait succomlié sans l'appui que lui prêta le roi de France Henri IV. Quelques années plus tard, dans la nuit du 11 au 12 décembre 160.', une armée savoyarde s'approcha secrètement de Genève et tenta d'en escalader les murailles, lléveillés en sursaut, les citoyens coururent aux armes et repoussèrent l'enjiemi. Le souvenir de l'escalade est célébré tous les ans à Genève par une fête populaire. Cette guerre se termina par la paix de Saint-.lulien (1603), qui garantit l'indépendance de Genève.
L'histoire de la Suisse, dans la première partie du xvii" siècle n'est qu'une longue série de conflits religieux ou politiques, caus'é.» par le fanatisme, l'esprit de parti ou les intrigues do la Franco, dont les ambassa unirs allaient ju<qu';'i s'arroger l.edroitdeconvoi|tier desdièteset àompôclier la réception dos envoyés des autres puissances.Tnutefois les Suisses eurentassez de bon sens lot de patriotisme pour observer, comme Etat, une
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stricte neutralité dans la guerre do Trente Ans ' et du commencement du xviii», auxquelles qui désola lAlleniagne, et pour rester sourds aux la Suisse fut indiieclement mêlée, par les raersiiUicitalions que les puissatices engagées dans ce cenaires qu'elle entretenait à la solde de touconllii adr-essaient h leurs coreligionnaires. Grâce j tes les puissances en lutte, compromirent plus à l'iiabilelé du bourgmestre Wettsteiii de Bàlo, la ^ d'une fois l'existence de la Conf'doration. sans Confédéraiion suisse fut comprise dans la paix , parvenir à y ramener l'union. Après avuir donné de Westplialie, qui termina coite guerre en lU'iS, le specl:icle de la première lutte religieuse issue et sa complète indépeniiance de l'empire aile- : de la Kéformo, la Suisse devait être le tliéitre de mand fut alors solennellement reconnue. la dernière, la seconde guerre do Vilm«rgen. Le
Ciiici-ri' des pfnjsans, — Les longues guerres du prétexte en fut les persécutions incessantes de wi' siècle avaient aggravé partout la position déjà ' l'abbé de Saint Gall contre les réformés du Togsi misérablo du peuple. En Suisse, la populaiion , genbourg. Celte fois l'avantage resta au parti des campagnes était écrasée de charges, dîmes, ' protestant; le ■J.'i juillet 17r2, les Bernois remporcens, droits féodaux de toute espèce, et dans les , tèrent k Vilmergon une victoire décisive sur l'arcantons aristocratiques, comme lierne, Fribourg, mée des cinq cantons caUioliques. La paix fut Soli.'ure et Lucrne, les villes afftcliaient la préien- signée à Aarau, mais elle faillit être désastreuse tion do soumettre la campagne au régime du pou- pour la Confédéraiion. Louis XIV, blessé de son voir absolu. A ces causes de méconientement se ^ échec dans la succession de Neuchàiel, et habile joignait un malaise gt-néral provenant de la dépré- à profiler de toutes les circonstances qui pouvaient dation de la propriété foncière, de l'augmen- [ maintenir l'intluence française au sein de la Contation des impots et de la réduction du taux des ^ fédération, sut exploiter le ressentiment des canmonnaies. Une révolte générale eut lieu en lG.i3, | tons catholiques. Son ambassadeur Du Luc les dans les cantons de Lucerne, de Berne, Soleure et ^ amena à, signer, en 1715, un nouveau traité séparé Bâle: plus de :tO 000 insurges prirent les armes, et d'alliance dans lequel ils lui reconnurent le un corps de 20 0(ln hommes vint menacer Berne, droit d'intervenir dans leurs divisions intérieures, Les gouvernements surent amuser les révoltés et comme protecteur, pour assnrer au besoin par la les diviser par des négociations et des promisses, force des armes le droit public étab i au sein de et vaincus dans trois rencontres, à Wohleiiscliwyl, la Confédération. Ce traité contenait des articles Gislikoii et Herzogcnbuchsee, les paysajis se dis- ' secrets (renfermés dans une petite boîte, Driickii, persèrent. Les gouvernements aristocratiques se de \!> le nom de Dfûclitibiinl donné à cette allianmonlrèrent aussi cruels après la victoire qu'ils ^ ce), aux termes desquels les parties contractantes avaient, été lâches dans le danger. Leur vengeance stipnlaient le rétablissement du catholicisme et s'exerça sur plusieurs centaines d'individus, et il l'anéantissemeiit des conditions défavorables imy eut 4S exécutions capitales. Les chefs furent posées par la dernière paix aux vaincus de Viltraités de la manière la plus ignominieuse : le \ mergen. Heureusement la mort de Louis XIV fit plus marquant, Leuenberger, qui avait fait preuve : cesser les dangers que le Drùcklibund eiit pu d'une extrême modération, fut décapité, après faire courir à la Suisse. Les cantons catholiques avoir été mis à la torture, et son cadavre fut vécurent dès lors d'une existence tout à fait h écartelo. i part, sans soutenir presque aucune relation avec
Noune/les guerres de religion. — Les persécu- Zurich et Berne, lions atroces exercées dans le canton de Sclivvytz ^ .En 1777, la Confédération fit avec le roi contre des réfoimés poussèrent Zurich i déclarer , Louis XVI une nouvelle alliance défensive pour de nouveau la guerre aux cantons primitifs au | cinquante années. Les stipulations menaçantes nom des cantons protestants. Une armée bernoise pour le repos et l'indépendance de la Suisse en s'étant laissé sui prendre et battre à Vilmergeu furent soigneusement écartées. (IG5G), et, de leur coté, les Zuncois ayant éclioué , Monveiiients populaires contre l'oligarchie au dans le siè^e de Rapperschwyl qu'étaient venus xYtii" .--iècle. — Pendant une notable partie du défendre quelques centaines a'Espagnols, les ré- | xviiii= siècle, la Confédération jouit d'un repos formés durent subir une paix qui ne produisit quelle n'avait pas encore connu et qui lui perdans les cœurs aucun sentiment de conciliation, mtt de donner un grand essor au développe- A l'extérieur, la Suisse subissait l'iiifluence que , ment de l'agriculture et de la vie intellectuelle. Louis XIV exerçait sur une grande partie de | Cotte période fut cependant marquée par des l'Europe. Les anciens traités d'alliancu avec la troubles intérieurs. En 17^3, le niaj ir Davel, un France furent renouvelés et considérablement j d''S héros de la dernière guerre de Vilmer"en étendus, ce qui n'empêchapas Louis XIV de faire tenta d'affranchir le pays de Vaud du joug des occuper, par des troupes suisses à sa solde, la , Bernois : il paya de sa têle son entreprise. A FrancheXomté, possession espagnole, qui était Berne même, des citoyens se conjurèrent pour
placée, depuis les guerres de Bourgogne, sous la protection de la Confédération. La Uièle protesta contre la violation du traité, mais le grand roi ne tint aucun compte de cette protestation : les capitaines suisses obéissaient plus docilement à ses ordres qu'à ceux de leur pays. Plus tard Louis XIV ayant, au mépris des traités, annexé Strasbourg, alliée des Suisses, et fait construire la forteresse de lluningue presque aux portes de liâle, les confédérés organisèrent un système militaire de défense dirigé contre la France, et, dans un procès au sujet de la succession à la souveraineté de Neucliâtel, employèrent toute leur influence à faire pencher ia balajice en faveur du roi de Prusse à l'exclusion des prélendants français.
Lors de la révocation de l'Édit de Nantes (iGSà), 6 1 000 protestants français vinrent chercher un refûgi; en Suisse. Us s'établirent principalement à Genève, ;i iWucliâiel et dans le pays de Vaud, où Berne leur accorda une large hospitalité.
Les grandes guerres de la lin du xvii° siècle
renverser l'oligarchie et remettre le gouvernement aux mains de la bourgeoisie ; leur.s chefs, les patriotes Henzi, Fueler et Vernier, périrent do la main du bourreau. A Genève, oii les esprits étaient surexcités par les écrits de J.-J. Rousseau, une révolution ayant renversé le gouvernement, 301.0 Français, GOOO Bernois et 'A Oi Sardes entrèrent dans la ville et y rétablirent le gouvernement aristocratique (17S2). C'esi également une intervention bernoise qui aida le gouvernement oligarchiiiuo de Fribourg à réprimer une insurrection menaçante des paysans, dont le chef, Nicolas Chenaux, périt assassiné par un des siens. Tous ces mouvements témoignaient de l'existence d'aspiralions à un état de choses meilleur au point de vue politique et social. Dos troubles de mémo nature, mais d'un intérêt secondaire, éclatèrent dans plusieurs districts (évêché de Bàle, Levantine, Einsidlen), où les sujets, mal gouvernes, privés de leurs droits, se soulevèrent contre des maîtres oppresseurs et jaloux do leur autorité.
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Enfin des querelles de partis non politiques ou de simples rivalités de familles, suscitées pour la plupart par les intrigues des puissances étrangères, ou le partage des pensions, agitèrent plusieurs cantons, entre autres Appenzell, Zoug, Lucerne, Schwylz et un pays allié, les Grisons, provoquant partout des actes de barbarie, qui Jettent Ir plus triste jour sur cette époque.
C'est ainsi, au milieu de luttes de toute nature, de rivalités do familles, de mouvements populaires et révolutionnaires, précurseurs d'un nouvel état de choses, que la Confédération suisse atteignit la fin du xviii" siècle, sans prévoir que les nombreux germes de dissolution qu'elle portait en elle allaient amener sa chute.
Dissolution de la confédération des XIII cantons. — Les principes de la Kévolution française trouvèrent un puissant écho dans plusieurs cantons. Des insurrections eurent lieu dans le Valais et à Zurich, mais elles furent promptement et énergiquement réprimées. A Saint-Gall, le peuple se souleva, chassa l'abbé, et se déclara indépendant. La Valieline, opprimée par les Grisous, réclama la protection de liouai>arte qui venait de chasser les Autrichiens de l'Italie. Le général français conseillait aux Grisons d'accorder k leurs sujets l'égalité des droits : sur leur refus opiniâtre, il engagea les habitants de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna à s'unir à la république cisalpine. Peu de jours après, l'annexion était faite, et c'est ainsi que la Suisse perdit cette province, en même temps qu'au nord la France lui enlevait momentanément une autre frontière naturelle en occupant l'Ërguel et le Val de Moutier, possessions de l'évêiiue de liàle. A l'instigation de Bonaparte, le Directoire avait résolu d'envahir et de révolutionner la Suisse. L'occasion se présenta d'elle-même. En janvier Uas, les patriotes vaudois se soulevèrent contre la tyrannie bernoise, et Berne ayant refusé de leur accorder les droits qu'ils réclamaient, ils proclamèrent leur indépendance et se constituèrent en république léraanique en se plaçant sous la protection de la république française. Deux armées françaises envahirent la Suisse, l'une par Soleure, qui ne résista pas, l'autre par le pays de Vaud. Abandonné par ses confédérés, divisé en deux partis dont l'un demandait la paix à tout prix, le gouvernement de Berne se décida à la défense lorsqu'il était trop tard pour l'organiser. Après une lutte héroïque i Fraubrunnen et au Grauholz, Berne capitula devant l'armée de Schauenbourg le 5 mars 1798. Le même jour, à Neueneck, la dernière armée bernoise mettait on déroute les troupes du général Brune, composées en partie de miliciens vaudois : les vainqueurs eurent le désespoir d'apprendre, sur le champ de bataille, la reddition de leur capitale. La chute de Berne entraîna celle de la Confédération. Déjà la révolution avait partout accompli son œuvre, et l'on peut dire qu'avant même les combats de Fraubrunnen, du Grauholz et de Neueneck, la vieille Suisse avait vécu. Après la victoire, les agents du Directoire pillèrent les caisses publiques, dépouillèrent les arsenaux et imposèrent de lourdes contributions aux vaincus. Un historien français, Lanfrey, estime à 41 millions ce qui fut pris à Berne seulement.
IV. La Suisse au XIX» siècle. — La République helvétique. —La Suisse fut organisée en république démocratique et unitaire, et reçut une constitution qui avait été élaborée h Paris par les patriotes Laharpe, de Vaud, et Ochs, de Bàle. Les privilèges des anciennes oligarchies disparurent, les populations des campagnes furent émancipées, les territoires sujets furent placés sur un pied d'égalité avec h'Urs maîtres de la veille.
La république helvétique fut divisée en 22 can-
tons à peu près égaux en territoire : Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Schwytz, Dnterwald, Zoug, Bâle, ScliafThouse, Thurgovie, Sentis (Appenzell, Saint-Gall, Bas-Toggenbourg, Bas-Rlieintlial),Linth (Claris, la Marche, Rapperschwyl, Gaster, Sargans, Haut-Toggenbonrgl, Rhétie, llelllnzona, Lugano, Valais, Léman, Sarine-el-Broie (Fribourg, Payerne, Avenche), Oberland, Argovie, Soleure, et Baden. Plus tard Uri, Schwytz, Unterwald et Zou;.' furent réunis en un seul canton, celui des Waklstaîtten. Le territoire suisse se trouva diminué de Mulhouse, de l'évèché de Bàle et de Genève, annexés à la France, de Neuchâlel, et pendant une année des Grisons.
Le pouvoir législatif était confié à deux conseils : le Sénat et le Grand Conseil. Le Sénat, de i membres par canton, acceptait ou rejetait les décisions du Grand Conseil. Celui-ci comptait 8 membre par canton. Le pouvoir exécutif appartenait à un Directoire de 6 membres. Cette autorité proposait seule les lois, que les deux conseils acceptaient ou rejetaient. Les différentes branches de l'administration constituaient des ministères. Un tribunal suprême exerçait l'autorité judiciaire supérieure.
La constitution nouvelle réalisait incontestablement un grand progrès sur l'éiat antérieur, mais elle avait le tort d'être imposée par l'étranger et de ne tenir compte ni des habitudes ni des idées de la plus grande partie des populations. Celles des petits cantons alpestres entre autres ne s'y soumirent qu'après avoir, dans une lutte suprême où elles déployèrent une valeur digne des jours les plus glorieux de leur histoire, été écrasées par des armées françaises.
En n99, la Suisse devint le théâtre de la guerre entre les armées russes et autrichiennes, d'une part, et celles de la république française, de l'autre. A cette épreuve se joignaient des troubles politiques presque continuels. En cinq ans il y eut quatre coups d'Etat et autant de changements du pacte fondamental. Dans l'automne de 1S02, les troupes françaises ayant quitté le territoire suisse en vertu du traité d'Amiens, une partie de la population se souleva contre le gouvernement helvétique, et Bonaparte, alors premier consul, saisit cette occasion pour se poser en médiateur.
L'Acte de médiation. — Bonaparte envoya des troupes en Suisse et convoqua en mémo temps, i Paris, 60 députés de tout le pays pour arrêter, sous ses auspices, une nouvelle constitution, qu'il imposa à la Suisse, sous le titre d'Acte de 'nédiation.
Les cantons, dont le nombre fut fixé à 19, reçuienl les noms et les limites qu'ils ont gardés depuis , sauf quelques remaniements de détail) ; ce furent, par ordre alphabétique : Appenzell, Arifovie, Bàle, Berne, Fribourg, Claris, Grisons, Lucerne, Saint-Gall, Schatfhouse, Schwytz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Unterwîild, Uri, Vaud, Zong, et Zurich.
La Suisse se trouvait diminuée du Valais, organisé d'abord en république indépendante, pour être plus tard annexé à la France.
Chaque canton avait une constitution particulière : la démocratie pure dans les cantons \ landsgemeinden et dans les Grisons ; la démocratie représentative dans les anciens pays sujets, Argovie, Thurgovie, Saint-Gall, Vaud et Tessin, et des constitutions plus ou moins aristocrati- (Tiues dans les autres cantons. Chaque canton avait une voix à la Diète ; les cantons ayant plus de lO'ï '00 âmes de population avaient deux voix. La Diète se réunissait une fois par an : Fribourg, Berne, Soleure, Zurich et Lucerne servaient à tour de rôle de lieu de réunion. Le bourgmestre ou avoyer du canton où la Diète siégeait, et qui
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était alors canton-directour, était président do la Diète et portait le litre do laiidamman de la Saissc.
Les dix années que dura le régime de l'Acte de médiation furent pour la Suisse une époque de repos, et, h certains égards, de progrès, mais aussi d'asservissement. En réalité, elle dépondait politiquement de la France, lui ayant éio rattachée par une alliance défensive et devant lui fournir un contingent militaire de lo 000 hommes. Plus tard même elle dut se soumettre aux mesures prises contre l'Angleterre, sous le nom de système du blocus continental. En ISOC, Napoléon se fit céder par la Prusse la principauté de Neuchâlel, qu'il donna en apanage au maréchal Benhier : en ISIO il lit occuper le Tessin par ses troupes et ses douaniers.
Pactede 1815. — L'Acte de médiation ne devait pas survivre à la chute de l'empire. A la fin de 1815, les puissances alliées déclarèrent qu'elles ne se croyaient point tenues de respecter une neutralité purement nominale, et à la fin de la guerre elles invitèrent la Suisse à se donner une constitution nouvelle. La réaction relevait partout la tète. A Berne, les patriciens, qui s'étaient emparés du pouvoir, réclamaient la possession de Vaud et do l'Argovie; Uri revendiquait ses droits de souveraineté sur la Levantine. La Suisse se trouvait divisée en deux camps : l'un voulait le retour à la Confédération des treize anciens cantons, avec pays sujets et Étais alliés ; l'autre le maintien de la Confédération nouvelle et des principes fondamentaux consacrés par l'Acte de médiation. Les deux partis eurent un moment leurs Diètes séparées , le premier à Lucerne, le second à Zurich. Il fallut l'intervention des puissances alliées, réunies en congrès à Vienne, pour obliger les cantons réactionnaires à envoyer leurs députés à la Diète de Zurich. Alors commencèrent, dans la Longue Diète (avril 18U-aoùt 1815) les travaux d'élaboration d'un nouvel acte constitutionnel : le Pacte fédéral do 1815. Ce fut une œuvre laborieuse et qui fut plus d'une fois sur le point d'échouer, la plupart des cantons n'entendant accepter aucune restriction aux principes de la souveraineté cantonale et ne voulant rien sacrifier au bien général. Une fois élaboré, le projet de Pacte fut soumis à la sanction du congrès de Vienne. Comme en général il consacrait l'état de choses existant, les partisans de l'ancienne confédération s'efforcèrent de le faire rejeter par les puissances. Mieux inspirées, ces dernières lui donnèrent leur approbation. Les cantons l'adoptèrent à leur tour : cependant il fallut une intervention fédérale pour obliger le Nidwald b. s'y soumettre.
Le nombre des cantons était porté à 22 par l'adjonction du Valais, de Genève et de Neuchàtel, qui était rentré sous la domination des rois de Prusse, et conservait sa cojistitution monarchique. Quelques communes françaises et savoyardes furent annexées à Genève; Berne reçut l'évêché de Bàle.
La Suisse fut régie par le Pacte de 1815 jusqu'en 1848. Pendant les quinze premières années, elle subit, comme la plupart des autres Etats, 1 influence des idées réactionnaires. Le seul progrès à constater dans les institutions est une amélioration notable do l'organisation militaire. Cette PpJ'O'ie, en revanche, vit surgir dans les esprits ! Idée d une nationalité commune, dont une manifestation fut la reconstitution de la Société d utilité pubhque, née dans le siècle précédent, et la création de nombreuses associations patriotiques et savantes, qui, réunissant sous le drapeau lederal les hommes les plus généreux et les plus ardents de toutes les parties de la Suisse, les Uabituèrent à étendre au delà des limites de leur canton l'idée de la patrie. C'est aussi de celte période que date l'institution des tirs fédéraux
(1824), ces grandscomices populaires qui ont exercé une influence incontestable sur la régénération politique du pays. Cet éveil de l'espiit public coïncidait avec le développement do l'instruction, provoqué par les écoles célèbres fondées par Pestalozzi à Yverdon, par Fellenberg à Hofwyl, par le Père Girard i Fribourg ; avec de grands progrès matériels, tels que la canalisation de la Linth,due à Conrad Escher, de Zurich ; avec l'établissement des premières maisons pénitenciaires, et l'apparition des bateaux à vapeur sur les lacs ; mais c'est aussi i cette période que remonte la réapparition en Suisse des jésuites (i Fribourg et en Valais), et avec eux le renouvellement des luttes confessionnelles.
Le contre-coup de la révolution française de
1830 se fit sentir très vivement en Suisse. Dans l'espace de quelques mois, la majorité des cantons modifièrent leur constitution dans le sens démocratique : chez les uns, le mouvement fut pacifique, chez d'autres il doinia lieu k des collisions sanglantes et revêtit le caractère d'une véritable révolution (insurrection républicaine à Neuchàtel,
1831 ; séparation du canton de Bàle en deux demicantons, 183;'). On vit surgir alors une grande pensée, celle de la revision du Pacte. Un projet fut élaboré par une commission de la Diète, dont le rapporteur était ,1e célèbre Rossi. 11 offrait une sorte de compromis entre la Confédération d'Etats, établir par le Pacte de 1815, et 1 Etat fédératif, désiré par tous les progressistes. Ce projet ne fut pas adopté, par suite do l'opposition de quelques cantons, et la Suisse se retrouva plongée plus que jamais dans une phase do dissensions politiques qui eurent pour conséquence immédiate une rupture presque complète entre les cantons libéraux et leurs adversaires. Les premiers, h leur tète Berne, Zurich, Argovie, s'étant garantis mutuellement leur constitution revisée qu'ils considéraient comme menacée, les autres formèrent une alliance séparée, la Ligue de Sarnen, en vue de s'opposer à toute revision du Pacte fédéral. Enhardis par l'échec des libéraux lors du projet Rossi, les cantons de la Ligue de Sarnen prirent les armes. La Diète intervint énergiquemont. et la Ligue fut dissoute (1833).
Aux troubles intérieurs s'ajoutaient les dangers venant de l'extérieur. La Suisse était devenue le rendez-vous d'un nombre considérable de réfu''ié3 politiques de diverses nationalités, chassés de leur pays par la réaction qui avait suivi les mouvements révolutionnaires de 1B,30. Beaucoup abusèrent de l'hospitalité qui leur était donnée, et suscitèrent à la Suisse des réclamations menaçantes de la part des nations étrangères. Les difficultés les plus graves surgirent du côté de la France, à l'occasion de l'asile que le prince Louis- Napoléon (plus tard Napoléon III) avait trouvé en Thurgovie. Le gouvernement de Louis-Philippe réclamait son éloignement, et, pour appuyer ses exigences, réunit sur la frontière suisse une armée de 30 OnO hommes, sous les ordres du général Aymard, chargé, comme il le disait dans une proclamation à ses troupes, de « mettre à la raison de turbulents voisins «. Ses menaces ne firent que surexciter le sentiment national, et, sans attendre une décision de la Diète, les cantons de Vaud et de Genève mirent toute leur population valide sous les armes, pour la défense de la frontière. La guerre fut évitée par le départ volontaire du prince Louis-Napoléon. Mais la conduite de Vaud et de Genève provoqua, dans toute la Suisse, une explosion d'enthousiasme : des drapeaux d'honneur lurent donnés aux milices de ces cantons, et une médaille d'or perpétua le souvenir de la conduite courageuse de leurs députés b. la Diète, Rigaud et Monnard, proclamés les gardiens de l'honneur national.
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Guerre du So7ulerbu)i'l. Régi'nérntion de In Suisse. Comtilutio'i di- 1S48. — La dernière partie de cette période est remplie dans les cantons, comme dans la Confédération, par de nouvelles luttes religieuses, provoquées par les menées du parti ultramontain. En Isll, à la suite de troubles dont le signal était parti des couvents, le canton d'Argovie décréta la suppres>iou de ces établissements sur son territoire. Les cantons catlioliques protestèrent en se fondant sur l'article li du Pacte de 1815 qui garantissait l'existence des couvents, et leur protestation fut appuyée par l'empereur d'Autriche. Sommé par la Diète de rétablir tous les couvents supprimés, le canton d'Argovie s'y refusa et se borna au rétablissement des couvents de femmes. Sous la pression de l'opiniin publique, la Diète se déclara satisfaite, et raya cette question de son ordre du jour; mais les cantons catholiques organisèrent, à partir de ce moment, une nouvelle ligue de défense, connue sous le nom de Sonderbim/. Cette ligue comprenait les sept cantons de Fribourg, Lucerne, liri, Scliwytz, Untenvald, Zoug et Valais. En même temps Lucerne se donnait une nouvelle constitution, et, pour mieux afficher l'esprit théocratique qui l'avait inspirée, décidait que les articles en seraient soumis au pape. Une proposition formulée en Diète par le promoteur de la suppression des couvents argoviens, Augustin Relier, d'expulser de la Suisse les jésuites dont les missions surexcitaient au plus haut degré le fanatisme du peuple des campagnes, n'eut d'autre effet que de provoquer, de la part du Grand Conseil de Lucerne, un décret rappelant formellement les jésuites dans ce canton, malgré l'opposition presque unanime du clergé lucernois. L'indignation l'ut à son comble. Des corps-francs s'organisèrent à Bàle- Canipagne, Argovie et Soleure, pour appuyer un soulèvement des libéraux ii Lucerne. Celte tentative avoria, et la Diète ayant rendu un arrêté interdisant la formation des corps-francs, des manifestations populaires y répondirent dans tous les cantons libéraux pour demander l'expulsion des jésuites. Une nouvelle levée de corps-francs s'organisa dans ces cantons, sous les yeux et avec le concours des autorités; mal dirigée, l'expédition ne put prendre Lucerne et n'aboutit qu'à une sanglante défaite. L'opinion libérale n'en fut que plus surexcitée, et dans plusieurs cantons, entre autres Vaud et Genève, des mouvements populaires amenèrent la chute du gouvernement local et un revirement politique qui donna en Diète une majorité décisive aux adversaires du Sonderbund et des jésuites. Le UO juillet 1847, douze cantons et deux demi-cantons déclarèrent dans celte assemblée que le maintien du Sonderbund était incompatible avec le l'acte, et enjoignirent aux cantons qui le composaient de .suspendre leurs armements. Le .3 septembre, la Diète prononçait l'expulsion des jésuites, et le 4 novembre elle décidait que le décret de dissolution du Sonderbund serait exécuté par les armes. Appuyés par les puissances étrangères, spécialement par la France et l'Autriche, les cantons du Sonderbund s'étaient organisés pour la lutte ; mais dès le 13 novembre l'armée fédérale, commandée par le général Dufour.- s'emparait de Fribourg, et onze jours plus tard, OiOOU hommes et 2su bouches à feu marchaient sur Lucerne. La Diète, informée, par l'envoyé anglais Robert Peel, que les cabinets fiançais et autrichien s'étaient mis d'accord pour opérer une intervention armée en laveur du Sonderbund, et que la menace du gouvernement anglais de tombarder Toulon et Trieste arrêtait seule ces puissances, avait donné l'ordre au général Dufour den finir au plus tôt. Les deux armées se rencontrèrent à Gislik'.n. L'avaniage resta aux fédéraux, qui occupèrent Lucerne. Les autres cantons
sonderbundiens capitulèrent les uns après les autres.
Trois mois plus tard (I" mars 18481, une révolution populaire détruisait à Neuchâtel l'autorité du rui de Prusse, et transformait ce canton en république.
Dès le !() aoiït 1847, la Diète avait voté la revision du Pacte de 1815. Le 12 septembre 1848, la nouvelle constitution fédérale était acceptée par le peuiile suisse à une grande majorité, et le i2 septembre la Diète se sépara avec la gloire d'avoir sauvé la Confédération et de l'avoir dotée d'une constitution démocratique vraiment nationale. (V. plus haut Institutions politiqies, p. 20S5.)
La Suisse depuis 1848. — A partir de ce moment commence pour la Suisse une ère nouvelle. La nation est constituée, et le peuple a désormais une existence indépendante des cantons ; à côté et au-dessus de l'indigénat cantonal apparaît le droit de cité suisse, qui va gagner en importance à mesure que les institutions fédérales se développent, élargissant chaque jour le cercle des idées et des intérêts communs à tous les confédérés. Les changements continuels que le jeu des institutions démocratiques amène dans les cantons n'ont plus sur l'ensemble qu'une influence secondaire et indirecte. Vis-à-vis de l'étranger, la Suisse ne forme plus qu'un Etat homogène, que son organisation intérieure soustrait à leur influence et qui se sent assez fort pour faire respecter son indépendance et sa neutralité.
En 185(;, à la suite d'une émeute royaliste à Neuchâtel, le roi de Prusse revendiqua ses droits sur ce pays et menaça de les faire valoir par la force des armes. La Suisse entière se leva comme un seul homme, et le parfait accord du peuple et des autorités, tout en montrant combien l'idée de l'union nationale avait fait de progrès, contribua à la solution pacifique de cette affaire, qui se termina par le désistement du roi de Prusse de ses prétentions, moyennant l'élargissement des prisonniers royalistes. Un mouvement analogue d'opinion se produisit lors de la guerre francoallemande en 1870. Grâce à l'attitude énergique du gouvernement fédéral, qui mit l'armée sur le pied de guerre et occupa immédiatement les frontières, la neutralité de la Suisse ne fut pas violée, et celle-ci put sans être inquiétée donner asile à une armée française de 80 OUU hommes qui s'était réfugiée sur son territoire.
La proclamation du dogme de l'infaillibilité du pape ranima, en Suisse comme ailleurs, des dissensions religieuses. Plusieurs cantons interdirent la promulgation des décrets du concile du Vatican. Dans le diocèse de Bâle, qui comprend Berne, Soleure, Bâle, Argovie, Thurgovie, Lucerne et Zoug, l'évêque Lâchât ayant contrevenu à cette défense, les cinq premiers cantons le destituèrent, et, dans le Jura bernois, 09 curés, ayant déclaré ne pas reconnaître cette mesure, furent destitués à leur tour. Les catholiques libéraux se constituèrent en église particulière et se donnèrent, dans la personne du curé Herzog, un évoque qui fut reconnu par tous les cantons libéraux. Dans le diocèse de Lausanne et Genève, le curé Merraillod, voulant détacher ce dernier canton du diocèse et s'en faire nommer évoque, échoua contre la résistance des autorités genevoises. Le pape le nomma alors vicaire-général, maigre je refus du gouvernement suisse d'autoriser la création de cet olfice. Devant cette violation flagrante des règles du droit des gens, le gouvernement fédéral n'hésita pas à faire expulser le nouveau vicaire-général, sans égard à sa qiialité de citoyen suisse, dont il se couvrait pour violer les lois et la souveraineté de son pays (17 fév. 1873). Quelques mois après, le pape ayant publié une encyclique oflfensante pour les autorités léderales
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et attentatoire à leurs droits, la Siiis'îe y répondit en renvoyant le nonce et en rompant toute relation avec le Saint-Siège.
Déj'i en 180.=., le besoin d'une revision de la constitution (le 1818 avait surgi dans le sens d'une extension des compétences de la Confédération et des droits garantis aux citoyens. Un projet de revision ayant été adopté par l'Assemblée feilérale un seul article en fut accepté lors de la votatio'n populaire, celui qui étendait aux Suisses de toute croyance le droit de libre établissement, nui jusqu'alors n'était pas garanti aux Israélites. En 1811 cédant à un mouvement de l'opinion qui avait pris pour devise « un droit, un peuple, une armée, 1) l'Assemblée fédérale élabora un nouveau projet de constitution, qui donnait satisfaction à cette tendance tout en maintenant l'existence des cantons, réduits à un rôle presque exclusivement adimnistraiif Ce projet, qui répondait aux aspirations libérales et tenait compte des besoins résultant des conditions et des exio-ences de la vie moderne, échoua dnvant la coaliuon des cantonalistes de la Suisse romande avec les ultramnntains et les conservateurs (187-.'). L'Assemblée fédérale se remit à l'œuvre et adopta un nouveau projet, qui diffère do précédent en ce qu'il laisse aux cantons la législation sur le droit des personnes et sur lo droit pénal, et qui, en revanche accentue la souveraineté et la suprématie de l'Etat fédéral en matière religieuse. Ses dispositions à cet égard, entrant dans tous les détails de la vie forment un véritable code destiné à soustraire Ihtat et ses mstitutions aux inHuences ecclésiastiques et à protéger les citoyens contre les empiétements et les prétentions de l'Eglise Cette constitution a été acceptée par le peuple et les cantons le 19 avril I87i. Depuis, une coalition momentanée des cantonalistes et des ultramontains en a fait reviser un article qui interdisait la peine de mort.
La période de 18i8 à 1872 est incontestablement la plus belle de l'histoire suisse L'énanouissement de l'idée nationale, l'amélioration gra.luelle des institutions y marchent de pair avec des progrès matériels et intellectuels et un développement de la prospérité publique sans exemple. ^
La Suisse occupe aujourd'hui parmi les nations une place mode.ste, mais honorable, représentant à un plus haut degré que toute autre le principe de la souveraineté du peuple, vivant en paix avec f|' ZT"' "' '■,?'''::^^"' ■« programme dU sociétés modernes : l'ordre dans la liberté.
y. Sciences, lettres et beaux-arts — Le nremier centre de culture en suisse, après l'invasion germaine, fut l'abbaye de Saint-G.,11, qui, pendlnt es i.x= et X' siècles, fut un foyer de lomiè.es nour es p,.ys allemands. Sa bibliothèque, fondée vers
râbles de "l'p "*""' '^''" ''""'^'^'^^ P'"^ ™"3idérâbles do 1 Europe.
Au xv« siècle, c'est Bâle qui devint le foyer Vn ,1™ '' f"''"}Mnea et littéraires de la Suisse, nh o y lut inaugurée une université dont la
?ln le' H M '"f .™i"" fut. dans le siècle suivant, le Hollandais Erasme, l'esprit le plus élé-
famèu 'le^l"' ''"'^"' "= P'"= ^''"=">le e? le plus laiiieur de son temps
C'est au Bâiois d-'stein et à son ingénieux
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mene eTZv"'"' '^ '"'^''^ '^^ '^ P'-'-'^"« '-p"'" sanïda,, H "."'i"-^L'«« ensuite cet art naissant dans la capitale de la France n47m lo
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