‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 437 sur 459 · III. — L'AGE MODERNE · texte numérisé non relu

III. — L'AGE MODERNE

Ne pouvant songer îi passer en revue avec quelque détail les innombrables écrivains do l'Angleterre moderne et contemporaine, nous nous bornerons il indiquer sommairement les principaux groupes, avec une brève notice sur les noms et les œuvres les plus remarquables. Nous trouverons d'abord les poètes de l'école romantique ou de YEcole des lacs, Soutliey, Wordsworth, Coleridge, auxquels se rattachent Moorc et Charles Lamb, et, de loin, Keats et Shelley. Walter Scott et Byron ont chacun une place il part. La poésie contemporaine n'otfre guère d'autre nom que celui de ïcnnyson. Le roman do mœurs, avec Dickens, Thackeray, George Eliot, acquiert une importance considérable. Des tendances diverses sont représentées dans l'histoire par Macaulay, Carlyle, liuckle. Mais c'est dans le domaine philosophique et scientifique que l'Angleterre contemporaine compte les génies les plus originaux et les écrivains les pins éminents : après la vogue momentanée de l'école écossaise de Rcid et de Dugald

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Stewart, les doctrines de l'utilitaire Benlliam re- par un recueil intitulé Clianso)is du Uorder écis-' nouvellcnt la philosophie, et celln-ci, associée dé- sais, œuvre à la foi d'antiquaire et de poète ; puis sormais aux sciences naturelles, présente les il composa une série de poèmes chevaleresques, le noms glorieux de Sluart Mill, d'Herbert Spencer, ^ Lai du dernier ménestrel ^1805), Marmion (18u8), 1 et de Darwin. , la Drnne du lac (ISOa), qui commencèrent sa ré-

L'école romantique anglaise parut au plus fort de putation. Ce fut en 1814 qu'il donna son premier la crise révolutionnaire de la France, dont elle essai dans le genre qui devait illustrer son salua d'abord avec enthousiasme la régénération. , nom, le roman historique. Waverley, publié Ses chefs avaient débuté par des œuvres a jaco- : sous le voile de l'anonyme, eut un immense sucbines a : Southey, dans son drame de Wal Ti/ler, ces. A partir de ce moment on vit se succéder avait glorifié la Jacquerie anglaise, Wordsworth ' rapidement Gui/-Mannering, V Antiquaire, le Nain avait composé des vers énergiques contre les rois, j noir, les Puritains d'Ecosse, Rob-Hoi/, la Prison et Coleridge avait fait un projet de république i d'Edimbourg, La Fiancée de Latnmei-moor, et communiste; mais leur ferveur politique passa , /uaw/ioé (18,'0), qui passe pour son chef-d'œuvre, vite, et au bout de quelques années ils n'étaient Ce moment marque pour Walter Scott l'apogée

plus révolutionnaires qu'en matière de goût. Southey (m4-lS4:i), devenu poète lauréat, promena sa poésie dans tous les âges et dans tous les climats; ses poèmes, Jeanne d'Arc, Tlxduba le destructeur, Madoc, la Malédiction de Kéhamn, Rt.derick le Goth, sont des tableaux brillants et

de sa réputation et de sa fortune. Ses romans l'avaient enrichi, et il vivait en grand seigneur dans son manoir d'Abbotsford. Les ouvrages qui suivirent sont le Monastère, l'Abbé, Keniboorth, les Aventures de Nigel, Quentin Durward, et quelques autres qui accusent déjà une décadence

pittoresques, mais qui manquent de vie réelle et 1 dans le talent de l'auteur. Tout à coup, en 1826, de sentiment vrai. Wordsworth (n;0 IS50), spiri- j la faillite d'un éditeur entraîna la ruine complète tualiste austère, fut le poète des émotions inté- ' du romancier. Il résolut courageusement de conrieures ; rejetant la diction poétique et le langage | sacrer le reste de sa vie à satisfaire ses créanciers, convenu, il s'attacha dans ses Ballndes lyriques et et il publia dans cette dernière période les Contes dans ses X'j«ï!e<s h exprimer de nobles sentiments ; rfi/ temps des croisades, les Chroniques de la et des idées morales dans un style d'une simpli- Canongal", les Contes d'un grand-pére, et la Vie cité absolue. Il a publié en outre quelques petits de Napoléon Buouoparie, écrite au point do vue poèmes, dont le plus connu est l'Excursion. Il tory dans un esprit étroitement hostile. Au reavait fixe sa résidence à Grasmere, près des lacs : tour d'un voyage à Paris qu'il avait fait pour re- ! du Cumberland; Southey et Coleridge séjour- i cueillir les matériaux de ce dernier ouvrage, il se j nèrent souvent aussi dans cette pittoresque région : reconnut pour la première fois pour l'auteur de , de K^i le nom de Lakists qu'on leur a donné, ses nombreux romans (18'2'i). De I8'.'8 à 1830, il | Wordsworth succéda à Southey comme poète lau- i publia encore la Jolie fille de Perth, Anne de \ réat. Coleridge (1772-1834), penseur et rêveur,! Geierstein. Robert de Paris, et \e Château dange- \ poète et critique, étudia la philosophie allemande, I reux, les dernières et les plus faibles de ses pro- ' et composa des poèmes fantastiques, tels que j ductions. En 1831, il fit un voyage dans le Midi, Christabel et la ballade du Vieux Mw inier. Char- pour remettre sa santé épuisée par des travaux les Lamb (177ô-lS3i), passionné pour le moyen excessifs ; il mourut à Abbotsford l'année suiâge, essaya de le ressusciter en poésie, et en imita le ; vante.

style [John Woodwill, tragédie) ; mais il est moins Lord Byron fut peut-être le plus puissant temconnu comme poète que comme essayist : ses pérament poétique qu'ait vu l'Angleterre depuis i Essais sont un modèle d'aimable et spirituelle Shakespeare. Né à Douvres en 1788. il eut une causerie. L'Irlandais Thomas Moore (1780-1802), I enfance orageuse et tourmentée, passée dans la après avoir débuté par des chansons faites sur des ' pauvreté. Un aicident l'avait rendu légèrement mélodies irlandaises {[rish Mélodies), se montra un boiteux, et cette infirmité fut toujours une cause moqueur spirituel dans la Famille Fudge, et com- de cruelle souffrance pour son amour-propre. A posa dans le genre de Southey des poèmes orien- , dix ans, il hérita du titre de famille : cet événement amena un brusque cliangement dans sa situation. Il aclieva ses études dans les écoles aris-

taux, Lalla-Rookh et les Amours des Ang^ poésie est gracieuse, mais on y sent trop la recherche et l'afféterie; ce qu'il a écrit de plus intéressant, ce sont ses mémoires sur Byron, dont il fut l'ami.

John Keats, auteur à'Endymion et de la Veille de Sainte-Agnès, fut un poète de grand talent qui mourut jeune avant d'avoir donné toute sa mesure. Shelley (1792-1822). que M. Taine appelle

tocratiques de Harrow et de Cambridge, et s'essaya de bonne heure à la poésie. En 1807, il publia son premier recueil, les Heures de loi'iir, œuvre médiocre, qui fut très durement traitée par la Revue d'Edim/iOUrg. Piqué au vif, Byron répondit par une satire pleine de verve. Bardes anglais t critiques écossais (1809). La même année, il

« un des plus grands poètes du siècle, » mourut s'embarqua pour aller visiter l'Espagne, la Médijeune aussi dans un exil volontaire en Italie : ré- ' terranée et l'Orient. De retour en Angleterre, il volté comme Byron contre les croyances et les publia en 1812 les deux premiers chants de Childe institutions de son temps, il mit dans ses poèmes j Harold, où il avait poétiquement raconté ses ses aspirations et ses rêves; les principaux sont la voyages. Le succès do ce poème fut grand ; plus Reine Mab, la Révolte de rislinn, Alastnr, et deux 1 grand encore celui du Giaour, de la Fiancée d'Atragédies, Prométhée déclunné et Rcatrix Crnci. bydos, du Corsaire, de Lar-a, contes orientaux, où \ l'école de poésie historique et pittoresque à l'auteur semblait s'identifier avec les personnages laquelle appartiennent Southey et Moore se ratta- mystérieux et sombres de Conrad et de Lara ; che l'un des écrivains les plus populaires de notre ] mais la critique blâmait l'esprit de sauvage indésiècle, Walter Scott, dont l'admirable talent de cou-' pendance, le mépris des hypocrites conventions teur a charmé plusieurs générations de lecteurs de j sociales, qui respirent dans ces compositions poétous les pays. Né en 1771 à Edimbourg, d'une an- tiques. Après avoir publié deux autres poèmes, le cienne famille écossaise, il fut destiné au barreau ; ! Stè/je de Corinthe et Parisina, Byron quitta de mais ses goutsleportaientailleurs.il exerça néan- ! nouveau r.\ngleterre en 1816 pour n'y plus revenir: moins la profession d'avocat pendant quelques l'année précédente, il avait épouse miss Milbanke, années, et y joignit ensuite différentes fonctions mais cette union n'avait pas été heureuse, et l'huadministratives, occupant ses vacances à des voya- \ meur altière du poète, qui ne pouvait se plier aux ges d'observation et d'étude dans les différentes ' lois du Cant britannique, lui avait fait prendre en parties de l'Ecosse. En 1800, il se fit connaître haine la société anglaise. Cette fois il visita les

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Pays-Bas, le lUiiii et la Suisse : c'est dans ce dernier pays qu'il écrivit le troisième chant de c'/ii/r/(? Ilaruldy le Prisonnier (le C/iitfon, le Réue, les Ténèbres, le drame de Manfreil, imitation du Faust de Gœtlie. A la fin de 1816, il vint s'établir à Venise; pendant son sojonr dans cette ville, il termina Manfreil, composa «[-/(/(O, poème humoristique, Mazvpiia, écrivit le quatrième chant de Chil'le Ilarvl'l, et commença son chef d'oeuvre, Don Juan. Au commencement de 1^2(1, il se fixa àRavenne, chez la comtesse Guiccioli; ^ partir de ce moment, tout en continuant i travailler i Don Juan, il s'essaie dans un getire nouveau, le drame, et écrit Marina Faliero, San/anapale, tes lieux Fosriiri, Caui, Ciel et Terre, Werner, te Déformé traiisfurmé. Il se môlo en même temps aux conspirations organisées alors par les carbonari, et qui eurent une lin si malheureuse. En 1821, il quitta Ravenne, se fixa successivemeiit à Pise, puis à Gènes ; c'est de IJi que, dégoûté de la vie des lettres et des stériles agitations politiques de l'Italie, il tourna les yeux du cûtc de la Grèce, qui luttait alors pour son indépendance. Au printemps de 182-!, il écrivit encore doux poèmes, l'Ile et VAge de lironze, et quelques chants de Don Juan ; et en juillet, il partit pour so joindre aux insurgés grecs. Il n'eut pas le temps de combattre pour la cause qu'il venait soutenir ; quelques mois après son arrivée à Missolonghi, il fut atteint d'une fièvre dont il mourut le 19 avril

Le seul poète anglais qui mérite encore une mention après les lakistes et Cyron, c'est Tennyson. Né en 1K09, il publia en ISiiO ses premiers poèmes, qui étaient surtout des essais lyriques. Il a donné depuis la Princesse (1847), poème dramatique, Maud (1855), les Idylles du roi (1858), et quelques drames, fennyson est un poète élégant et pur, mais un peu froid. Il a remplacé W'ordsworth comme poète lauréat depuis 1850.

Charles Dickens (1842-1870) commença sa réputation de romancier par la publication des Papiers posthumes du Pickwick Club, fantaisie humoristique qui est restée la plus populaire de ses œuvres. Parmi ses autres romans, il faut citer Olivier Twist (1838), Nidiolas Nicklefiy (1830), te Magasin d'antiquités (I8i0), Dombey et fils (1847), David Copperfj.ld (18.511), La petite Dorrit (I85G). Une sensibilité passionnée, une vive imagination et une verve comique entraînante sont les caractères principaux de son talent. Thackoray (1811- 18G3), son rival, est surtout un satirique : ses meilleurs ouvrages sont la Foire aux Vanités (1847), Pendennis (1850), et le Livre f/es Snobs (18.5G). Miss Evans (morte en 1880), connue dans les lettres sous le pseudonyme de George Eliot, a peint la vie populaire avec un grand talent d'analyse psychologique dans Adam Ilede (1859), le Moulin sur la Floss (I8C0), Silas Mar7ii'r (1861), Middleinurrh (1871). Citons encore, dans la foule des écrivains qui ont tenu plus ou moins heureusement la plume du romancier, sir E. Buhver-Lytton, d'Israël! (lord Beaconsfield), Wilkie Collins, et, parmi les femmes. Miss Edgeworlh, M"* Trollope, M'"" Gaskell, .Miss Braddon, Miss Cliarlotto Brontë, etc.

Macaulay (I800-I.S59) publia d'abord dans la Revue d'Edimburg de nombreux articles de critique littéraire et historique, qui ont été réunis sous le titre à'Essais. Il pretiait part en môme temps aux luttes politiques dans les rangs du parti libéral; son talent le fit entrer aux Communes, puis au ministère et i la Chambre des lords. Son grand ouvrage, l'Histoire d' Angleterre depuis Jacques II, a paru de 1848 à 1855. Thomas Carlyle (179.^-188;) est un mystique, au style vigoureux et bizarre, qui a écrit entre autres une Histoire de la Itévo/ution française (1837) et une Histoire de Cromwell (1S4GJ. Buckle 1182U-18C3) a essayé

d'introduire dans l'histoire la méthode positive des sciences naturelles ; son grand ouvrage, l'Wwtoire de ta civilisation en Angleterre {lV,b'i),6i\, resté inachevé.

L'école philosophique qui s'inspirait de Locke avait été combattue, à la fin du xviii* siècle, par l'école dite écossaise, dont les chefs, Roid et Dugald Slewart, essayèrent de restaurer la psychologie spiritualiste. Mais en môme temps Jérémie Bentliam (1747-1832), pliilosophe et jurisconsulte, s'inspirant des doctrines des encyclopédistes français, fondait l'école utilitaire ; et sous son influence James Mill essayait une psychologie scientifique dans son Analyse des phénomènes de l'esprit humain (1829). JohnSluart Mill (1806-1872), fils de James Mill, a représenté avec éclat l'école positiviste ; ses principaux ouvrages sont sa Logique (1843), ses Principes d'économie politique (lh48), et ses Mémoires. L'école évolutionniste a pour chefs le naturaliste Darwin (né en 180D), dont le livre sur l'Origine des e'jKces, publié en 1859, a opéré une révolution dans les sciences naturelles ; et le philosophe Herbert Spencer (né en 1820), qui a publié successivement les Principes de psychologie i\ii:i:)],l'É<lucation intellectuelle, morale et plu/si que (I86l), les Premiers principes (I.SG2), la Sociologie descriptive (1863), la Morale évolutionniste (IS8o).

Les arts en Angleterre. — La race anglaise n'a produit ni peintres ni musiciens de génie : c'est à l'étranger qu'elle a emprunté ses meilleurs artistes, Holbein au xvi" siècle. Van Dyck au xvii=, le compositeur lla-ndel au xviit'. Cependant on peut citer, parmi les Anglais qui ont cultivé la peinture et la musique avec un certain succès et y ont montré de l'originalité : le caricaturiste Hogarth et le peintre sir Joshua Reynolds, au xviii= siècle ; au xix= siècle, Benjamin West, peintre d'histoire, Thomas Lawrence, peintre de portraits, l'Ecossais David Wilkie, peintre do genre, John Martin, qui a laissé des toiles d'un effet saisissant et grandiose, comme le Festin de Dallhazar, le néluge, la.Chute de Ninive ; le musicien Balfe, auteur d'un opéra, le Sièje de la liochelte, etc.

AKtGENT. — Chimie, XX. — L'argent paraît avoir été connu do toute antiquité ; cela n'a rien d'étonnant, car on le rencontre souvent à l'état natif, c'est-ii-dire à peu près pur ou simplement mélangé à divers métaux, tels que l'or, le fer, le cuivre, l'antimoine.

L'argent natif se trouve tantôt cristallisé en octaèdres et en cubo-octaèdres, tantôt sous formes arboriséesourf«i(/c)Yes, sous forme de lamelles, de filaments, ou de masses arrondies très petites, mais quelquefois aussi considérables et pesant jusqu'à 31 kilogrammes; on en a même trouvé, paraît-il, dont le poids atteignait plusieurs quintaux.

Les célèbres mines de Potosi en Bolivie et de San- Luis de Potosi au Mexique, étaient, au moment de leur déccmverte, au milieu du xvi' siècle, presque exclusivement formées de filons d'argent pur, qui avaient parfois plus d'un mètre d'épaisseur ; on les exploitait au cisoau. La mine de Kong~berg en Norwège, qui est actuellement la plus riche de l'Europe, est formée de filons semblables. Depuis que la France a perdu, avec l'Alsace, les mines de Sainte-Marie-aux-Mines, situées dans l'ancien département du Haut-Rhin, elle ne possède plus de mine d'argent natif qu'à Allemont dans l'Isère. Onentrouve aussi en Saxo, en Bohème et en Sibérie.

L'argent natif se rencontre fréquemment dans l'Amérique équatoriale au milieu de dépôts ferrugineux appelés Pacos et Coloi ados.

lluinboldt a remarqué que les gangues qtii accompagnent l'argent dans le nouveau continent sont de nature tout à fait différente de celles au milieu desquelles on rencontre le métal dans l'ancien monde.

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L'argent ne se trouve point seulement à l'état natif, mais encore et surtout à l'état de sulfure ou argyrose, urgent vitreux, et aussi à l'état de sutfo-arséniure, à'argent aniiinonial (dyscrase) el d'argent cnrbrmaté ; d'amalgame dans le Palatinat et au Chili, où ce minerai est même exploité ; et enfin de chlorure d'argent, dit argent corné, parce qu'il se coupe cumme de la corne : les minéralogistes l'appellent kdrargyre. L'argent corné se rencontre surtout dans les Pacos et les Colorados du Mexique et du Pérou.

Les minéraux argentifères que nous venons d'énumérer, de même qu'un assez grand nombre sans importance que nous ne signalons pas ici, sont, pour la plupart, trop peu abondants pour être exploités. On ne tire guère parti que de l'argent natif, du sulfure d'argent, soit isolé, soit mélangé au sulfure de plomb (galène), et de l'argent chloruré.

Le sulfure d'argent, appelé argyrose ou argent vilieux, est de beaucoup le plus productif des minerais d'argent : on le trouve au Mexique, en Bolivie, en Hongrie, et à Freyberg en Saxe. D'après M. Durocher, les sulfures de fer, de cuivre, de zinc, d'arsenic, de plomb, d'antimoine, contiendraient toujours de petites quantités de sulfure d'argent. Quand la galène en contient 0,005, on la considère comme riche. L'argent rouge ounrgyrythrose des minéralogistes, qui est un sicl/'onntimoniure d'argent, constitue un minerai très riche exploité k Sombrerète, Mexique.

Prineipalen mines d'argent actuellfment exploitées. — La France n'exploite plus aujourd'hui que les mines assez pauvres de la Lozère et dvi Puyde-Dôme; les plus riches mines de l'Europe sont : celles de Kongsberg en Norvège, de Freyberg en Saxe, celles du Hartz en Hanovre, de Schemnitz en Hongrie, de Przibram en Bohème. La Chine et la Sibérie asiatique possèdent de riches mines d'argent ; l'Océanie en a peu, et l'Afrique, jusqu'aujourd'hui, n'en a point encore offert aux explorateurs ; le véritable pays de l'argent c'est le Nouveau-Monde dont les plus célèbres mines sont celles de Guanaxuato et Zacatacas au Mexique, de Pasco au Pérou el de Potosi en Bolivie, et surtout celles de l'Etat de Nevada dans l'Union américaine.

Propriétés physiques de l'arqent. — L'argent est le plus blanc des métaux ; il est sans odeur et sans saveur; il est susceptible de prendre un poli très brillant; il ne s'altère point dans l'air pur, mais se noircit promptement lorsque l'atmosphère contient les moindres traces de vapeurs sulfureuses ou plutôt encore de vapeurs sulfhydriques, comme dans le voisinage des lieux d'aisance. Ce métal est assez tendre, aussi tous les objets fabriqués avec de l'argent contiennent-ils une certaine quantité de cuivre, à l'exception des capsules d'argent de laboratoire. La densité de l'argent est de 10,."), c'est-à-dire qu'un décimètre cube d'argent pèse I0,!> kilogrammes. 11 est très ductile et très malléable : on en fait des feuilles qui volent au vent et qui n'ont pas plus d'un millième do millimètre d'épaisseur; on peut le réduire en fil si fin qu'une longueur de ce fil qui fer.iit le tour de la terre ne dépasserait pas le poids de 16 kilogr. De 0» k 1000°, température de sa fusion, il se dilate de plus de — de sa longueur. L'argent fondu est plus brillant encore que l'argent solide : on peut l'obtenir cristallisé en le décantant lorsqu'il est en partie solidifie. En fusion et au contact de l'air l'argent peut absorber jusqu'à plus de 211 fois son volume d'oxygène ; pendant le refroidissement, ce gaz se dégage en donnant lieu à une projection de matière : on dit alors que l'argent mehe. L'argent solide nage dans l'argent fondu dont la densité est de 1 ou 2 centièmes plus grande. L'argent est assez tenace : un fil do

fllOI

I millimètre de diamètre supporte 20 kilogramme facilement sans se rompre, et un fil de 2 milli mètres un poids de 8.ï kilogrammes.

Propriétés chimiques. — L'argent est inaltérabl' à l'air, même lorsqu'il est en fusion ; mais k um température fort élevée, comme celle du chalu meau à oxygène, il donne des vapeurs qui brû lent avec une flamme verte et donnent en se cor densant un dépôt jaunâtre d'oxyde d'argent i *'

II se dissout à froid dans l'acide azotique en proi ^ duisant des vapeurs rutilantes, et en donnan, * dans la liqueur de l'azotate d'argent dont nou parlerons plus loin. L'acide sulfurique ne l'at taque qu'à chaud en formant du sulfate d'argent e en dégageant de l'acide sulfureux Ag -(- 2S03,H(

= AgO,S03,2HO H- SO^. L'argent" est très fai blement attaqué par l'acide clilorhydrique, mai: l'eau régale, mélange d'acide azotique et d'acidi| clilorhydrique, le transforme instantanément er chlorure blanc d'argent. Les alcalis et leurs carbonates, même fondus, n'attaquent point l'argent c'est pour cela que dans les laboratoires on traite ces substances dans des creusets ou des capsules de ce métal.

L'argent se combine avec un grand nombre de corps, mais surtout avec le soufre ; les moindres traces de vapeurs sulfureuses ou sulfliydriquos, nous l'avons dit, le noircissent instantanément ; ilijpf en est de même des matières organiques qui con'Hioi tiennent du soufre, en si petite quantité que CÉBf*' soit; c'est pour cela que l'argent noircit au con-î tact des œufs, des choux, etc.

Seli d'argent. — Les sels d'argent sont généralement blancs ou incolores ; ils ont une saveui métallique et astringente, et noircissent à la lumière par suite d'une réduction partielle qui met l'argent en liberté : ce dépôt d'argent chimiqut ,-•est noir. n

Les sels d'argent sont précipités en noir pai ft l'hydrogène sulfuré et en vert olive par la po ( tasse. ™

L'acide chlorhydrique et les chlorures solubles [n y forment un précipité blanc caillebottc qui st iti redissout instantanément dans l'ammoniaque ; ai le chalumeau sur le charbon, ils donnent une pelli- la cule d'argent d'un blanc mat qui devient brillant H par le frottement. Ce sont là les deux caractères" distinctifs des sels d'argent.

Le plus important de ces sels est l'azotate ou' nitrate d'argent; voici comment on le prépare : On dissout de l'argent pur dans l'acide azoti(iue à 33°, puis on laisse refroidir ; la liqueur cristallise, on fait égoutter les cristaux, puis on les redissout dans une très petite quantité d'eau bouillante;! par le refroidissement il se dépose des cristauï» purs. ''

Comme cela arrive souvent, l'argent qu'on em-lî ploie n'est pas pur, mais contient de S à 9/100 de:( cuivre ; dans ce cas-là, il faut se débarrasser de l'azotate de cuivre qui s'est formé en môme temps que l'azotate d'argent ; à cet effet, on évapore la solution qui est bleuâtre, et on cliauft'e le résidu jusqu'à fusion ; à cette température, l'azotate de cuivre se décompose et laisse un résidu d'oxyd^ de cuivre insoluble mélangé à l'azotate d'argent qui ne s'est pas décomposé ; on traite par l'eau distillée, qui no dissout que ce dernier sel, et on filtre. L'azotate d'argent fondu est un caustique énergique très employé par les chirurgiens sous le nom de pierre in/'ernale; on le vend chez les pharmaciens sous forme de petits crayons colorés en noir par une petite couclie d'argent réduit & leur surface ; si on brise ces bâtons, ils otïrent une cassure cristalline et rayonnée. L'azotate d'argent non fondu se présente sous forme de petites plaques cristallines incolores ; il ne contient pas d'eau ; sa formule chimique est AgO, AzO' j il se dissout dans l'eau et dans l'alcool; la disse

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lution noircit il la lumière ou au contact des matières organiques contenues dans l'air ; les taches que l'azotate d'argent laisse sur la peau ne disparaissent (|ue par le lavage avec une dissolution d'hyposuUite do soude ou de cyanure de potassium.

L'azotate d'argent est employé comme médicament interne, en dissolution ou en pilules, contre les maladies nerveuses, l'opilopsie, et surtout contre la dyssenterie.

Les sels d'argent, et en particulier l'azotate, introduits dans l'estomac en petite (]uaniitc, donnent rarement lieu à un empoisonnement, car dans cet organe ils se transforment facilement en chlorure d'argent complètement insoluble dans l'eau ; cependant ce chlorure peut se dissoudre en très petite quantité dans le chlorure de sodium du suc gastrique, et donner lieu quelquefois à dos accidents graves.

L'argent métallique introduit dans l'estomac ne se dissout pas; tout le monde se rappelle la funeste aventure do ce jeune employé de commerce qui garda plusieurs mois dans l'estomac une fourchette d'argent avalée par imprudence. Les accidents qui peuvent survenir proviennent surtout du cuivre qui accompagne l'argent.

La coloration noire de la peau, surtout aux endroits exposés il la lumière, au cou, aux mains, parfois aux gencives, qui présentent un liséré noir bleuâtre, est un accident consécutif de l'emploi prolongé des sels d'argent comme médicament; on ne peut le faire disparaître. A la longue il peut aussi se produire des mouvements convulsifs qui ont fait appeler l'azotate d'argent une itryclinine minérale.

Atliar/cs d'argent. — Les principaux alliages d'argeni sont formés d'argent et de cuivre ; ils sont plus dura que l'argent et sont employés pour la fabrication des monnaies, de la vaisselle et d'autres objets d'argenterie.

Ces alliages n'ont point l'éclat de l'argent, mais on le leur donne par une opération particulière. Un alliage qui contient plus de '/s de cuivre a une teinte jaunâtre qu'on peut lui enlever, comme le font les faux monnayeurs, en le traitant par l'acide azotique faible qui dissout le cuivre de la surface.

Les alliages d'argent et de cuivre s'altèrent à la longue, en présence de l'air et des acides, même faibles ; ils prennent une teinte brune légèrement verdàtre. On fabrique aujourd'hui en grande quantité des objets dits : imitation de "ieil arf/enl, en donnant au métal une teint» plus ou moins brune, en le chauffant convenablement après l'avoir sulfuré superficiellement avec le sulfhydrate d'ammoniaque.

Les alliages employés pour les monnaies, les objets d'orfèvrerie et de bijouterie, sont soumis à un titre légal vérifié par les essayeurs de l'Etat. Ce titre est confirmé par un poinçon spécial dont tout objet d'argenterie porte l'empreinte ; il porte en outre le poinçon dit du miiitre, qui représente la marque du marchand responsable.

Les titres des principaux alliages d'argent et de cuivre sont les suivants :

Cuivre. Argent.

Pièces de monnaie 0,100 0,'JOO

— au-dessous de 5 fraucs avec une efligie postérieure à 1864 0,10s 0,835

A'aisselle et médailles.... 0,030 0,9.30

Les bijoui 0,200 0,800

On tolère une différence de 0,002 au-dessous du titre pour les monnaies et les médailles, et une de 0,On:i pour les objets d'orfèvrerie.

Les orfèvres donnent le nom d'argent vierge i

de l'argent pur ou presque pur, qu'on trouve dans le commerce sous forme de larmes ou granulations et qui coûte actuellement 192 fr. 70 c. le kilogramme. L'argent vierge est plus pur que l'argent fin, dont le titre est 0,997 et qui vaut actuellement 191 fr. 10 c.

Eii 1>S70 le prix du kilogramme d'argent fin était encore de 220 fr. ; c'est depuis cinq ans surtout que la valeur de l'argent a considérablement baissé, à la suite de la production énorme due à l'exploitation des mines du Nevada.

Plaqué et Huolz. — On appelle plaqué de» feuilles de enivre recouvertes d'argent. Pour plaquer une feuille de cuivre, on la gratte fortement, puis on la passe au laminoir de manière h lui donner une étendue double i peu près de sa surface primitive; on l'amorce avec une solution concentrée de nitrate d'argent, puis on y applique une fouille d'argent laminé dont la surface soit un peu plus grande que celle du cuivre; les deux feuilles sont chauffées au rouge, et passées au laminoir. Aujourd'hui le plaqué et tous les autres procédés anciens d'argenture sont presque complètement remplacés par les procédés dits galvaniques ou électriques pour lesquels nous renvoyons à l'article Galvanoplastie. Nous dirons seulement ici que la liqueur argentifère soumise au courant est presque toujours une dissolution de cyanure d'argent dans du cyanure de potassium.

Analyse des alliages d'argent et de cuivre. — Nous n'entrerons pas dans des détails pratiques qui ne peuvent pas avoir leur place ici, nous nous contenterons d'exposer rapidement les faits sur lequels reposent l'analyse par voie sèctte et l'analyse par voie humide.

Procédé de la coupellation. — La coupellation est une opération dans laquelle le plomb, chauffé avec un alliage de cuivre et d'argent, sépare, en s'oxydant, complètement le cuivre de l'argent. Les coujielles s,Qn\. de petits godets en cendre d'os dans lesquels se fait la coupellation. Dans une coupelle placée dans le mouffle d'un fourneau à réverbère, on chauffe l'alliage mélangé ù, du plomb, métal oxydable; la litharge, on oxyde de plomb, qui se forme, entraîne avec elle dans les pores de la coupelle tout le cuivi'e i l'état d'oxyde ; l'argent inoxydé reste dans la coupelle sous l'orme de bouton métallique (buuton de retour). La ditl'érence entre le poids primitif de l'alliage et celui du fiouton de retour donne celui du cuivre, pourvu qu'on ait évité le rocliage.

Essai par voie humide. — Cette métliodOj imaginée par Gay-Lussac, est i la fois plus rapide et plus exacte, aussi aujourd'hui est-elle presque exclusivement employée. L'essai par voie humide repose sur l'insolubilité complète du chlorure d'argent dans l'eau et l'acide azotique, et sur la facilita avec laquelle on peut, par l'agitation, le rassembler au fond de l'eau, sans qu'il en soit distrait la moindre partie. 11 faut d'abord avoir à sa disposition de l'argent chimiquement pur, puis deux dissolutions titrées, c'est-à-dire dont on connaisse exactement la richesse par centimètre cube.

P Dissolution normale de sel marni. — Cette dissolution est telle qu'un décilitre précipite exactement un gramme d'argent pur à l'état de chlorure insoluble. On verse un décilitre de cette liqueur dans un vase jaugé d'un litre, on remplit avec de l'eau distillée, et on a ainsi ce qu'on appelle la liqueur décline salée : un centimètre cube de cette liqueur précipitera 1 milligramme d'argent.

2" Liqueur décime d'argent. — On l'obtient en dissolvant 1 gramme d'argent pur dans 5 ou G grammes d'acide azotique pur ; on y verse de l'eau distillée, de manière à obtenir un litre de liqueur ; un centimètre cube do cette liqueur contient 1 milligramme d'argent et sera complètement précipité

ARGENT

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