ASSOCIATION DES IDÉES — 2383 — ASSOCIATION DES IDÉES
diquer. Los associations par conliguîté ou par ressemblance cliangent d'un moment à l'autre et varient avec les personnes : elles sont manifestement contingentes ; au contraire, certaines associations ou plus exactement certaines liaisons d'idées sont immuables et se retrouvent dans toutes les intelligences : ce sont celles qui ont lieu suivant les relations de cause à effet, de principe à co?iséiiUfnce, de moyen ù fin, etc. Ce ne sont plus là de simples rapprochements de faits psychologiques : l'esprit opère une véritable synthèse et rattache les notions les unes aux autres par dos liens nécessaire'. Ces relations profondes dos choses entre elles, la science a pour objet de les découvrir : on peut les ramener h un pi'tit nombre de rapports-types, irréductibles à l'expérience, que les rationalistes appellent vérités premières ou principes à priori.
Mais ici beaucoup de philosophes nous arrêtent. De tout temps l'empirisme a nié qu'il y eût dans l'esprit des éléments à priori, et ■ les plus illustres représentants de la psychologie anglaise contemporaine, les deux Mill , Alexandre Bain, Herbert Spencer, G. Lewes, etc., soutiennent précisément que les soi-disant rapports nécessaires ne sont au fond que des associations par contiguïté ou par ressemblance. L'école anglaise a cru trouver dans l'association des idées le phénomène fondamental auquel pouvaient se ramener tous les principes, toutes les notions de l'esprit : John-Stuart Mill déclare que ce fait joue dans la pensée un rôle aussi important que celui de la gravitation dans le monde physique. — Les nouveaux empiristes ne veulent pas seulement, comme les anciens, décomposer nos connaissances en éléments sensibles : ils prétendent, en appliquant aux sensations les seules lois de l'association , montrer clairement la genèse de toutes les idées, des jugements ou raisonnements les plus complexes en apparence.
Nous ne pouvons évidemment étudier en détail les tentatives si ingénieuses et si intéressantes des psychologues anglais. Examinons simplement les deux points sur lesquels porte principalement l'effort des associatio/itiistes. Voyons comment ils expliquent la formation des prétendues vérités premières, de la notion du moi.
Le plus important des principes, celui sur lequel reposent l'induction et la science, est la loi de causalité, qui peut s'énoncer ainsi : « Tout fnit a une cause. >i Les empiristes ramènent la notion de causalité à celle de séijuence constante; la cause d'un fait, c'est son untécédent invariatle. Par exemple : un homme absorbe sous mes yeux une certaine quantité d'arsenic et meurt : il se forme aussitôt dans mon esprit une association entre l'idée d'arsenic et l'idée de mort ; la première est susceptible d'éveiller la seconde : si je vois une autre personne prendre de l'arsenic, l'idée de mort est immédiatement suggérée. Comme l'expérience me présente toujours la même succession, je déclare que l'arsenic est la cawe de la mort. « Certains faits, dit Stuart Mill, succèdent, et, croyons-nous, succéderont toujours à certains autres faits. L'antécédent invariable est appelé la cauie, l'invariable conséquent, Veffet. »
Mais comment puis-je affirmer que tout fait a nécessairement une cause ? C'est, disent les empiristes, que l'expérience nous offre une foule de successions constantes analogues b. celle que nous venons de signaler : il se forme alors une association indissoluble entre l'idée de phénomène et l'idée d'antécédent : par une induction spontanée, nous affirmons que tout phénomène suppose un antécédent, c'est-à-dire une cause ; « l'universalité de la loi de causation consiste en ce que chaque conséquent est lié de cette manière
avec quelque antécédent ou quelques groupes d'antécédents p.irticuliers. » Le principe de causalité est donc nécessaire, mais d'une nécessité i'iuibiluite, réductible à l'expérience. On se trompe quand on en fait une affirmation à priori de l'intelligence.
Cette théorie est certainement spécieuse, et l'on conçoit sans peine qu'elle séduise beaucoup d'esprits. Elle nous paraît cependant radicalement insuffisante.
Acceptons la définition de la cause proposée par l'empirisme : un métaphysicien la critiquerait, mais elle suffit au savant qui recherche simplement les conditions invariables des phénomènes.
La nécessité du principe de causalité vient-elle de l'expérience? Oui, affirme Stuart Mill, car un principe nécessaire se ramène k une association indissoluble. Mais les associations formées par l'expérience ne sont pas indissolubles. Je n'ai jamais vu un esprit séparé d'un corps, et cependant je puis croire avec Descartes et tant d'autres philosophes que l'àme subsiste après la désagrégation de l'organisme. Au contraire je suis incapable de concevoir un fait qui n'aurait aucune cause : mon esprit se refuse absolument à admettre qu'un phénomène puisse apparaître soudain, n'ayant avant lui que le néant : une pareille hypothèse est déclarée absurde par toute intelligence saine.
Aussi bien il s'en faut que l'expérience nous montre toujours les antécédents des phénomènes. Que de faits dont les savants cherchent encore les causes! Malgré les énormes progrès des sciences de la nature, un illustre physicien, Holinholtz, n'hésite pas à déclarer que « le nombre des cas où nous pouvons démontrer le rapport causal est bien peu considérable, eu égard au nombre de cas où cette démontration nous est impossible. » Si donc le principe de causalité dérive de l'expérience, pourquoi nous apparaît-il comme nécessaire ?
Pourtant faisons à l'empirisme des concessions évidemment exagérées, admettons que l'explication de Stuart Mill soit satisfaisante. Le principe de causalité n'est alors nécessaire qu'en apparence, et cette nécessité disparaît aux yeux du critique; car si l'expérience peut nous donner quelque lumière sur le passé, elle est manifestement incapable de nous éclairer sur l'avenir. « Chercher le secret de l'avenir, a-t-on dit excellemment, dans ce qui n'est que la vaine image du passé, c'est entreprendre de découvrir en rêve ce qui doit nous arriver pendant la veille. » (J. Lachelier.) Or la science est une « prévision raisonnée. » Elle affirme qu'il y a dans la nature des lois, c'est-àdire des liaisons causales immuables. La science exige une nécessité objective, la philosophie de l'association ne peut donner qu'une nécessité d'habitude, toute subjective : s'il est possible, et les associationnistes n'hésitent pas à le déclarer, qu'un rapport entre deux phénomènes reconnu par la science n'existe plus demain, c'en est fait de la science elle-même; l'homme en est réduit à des conjectures toujours incertaines, à des affirmations toujours illégitimes. Croire à la science, c'est nier la thèse cmpiriste.
Les psychologues anglais ne sont guère plus heureux lorsqu'ils essaient d'expliquer par l'association la genèse de l'idée du moi. La plus grave objection que l'on ait adressée de tout temps à ceux qui ne veulent voir dans lame qu'une collection de phénomènes, c'est qu'ils ne peuvent expliquer la conscience de l'unité et de {'identité de l'esprit. Les nouveaux sensualistes croient trouver dans l'association des idées une réponse à l'objection. Los faits psychologiques reliés les uns aux autres forment une chaîne : c'est la conu-