‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 448 sur 459 · SPONGIAIRES · texte numérisé non relu

SPONGIAIRES

l'Etat, à croire que sa puissance est sans bornes ainsi que son droit. Notre tempérament nous dispose à pousser à bout les conséquences d'un principe, à rêver l'absolu, à considérer la société comme une machine et les institutions comme des rouages que la volonté humaine construit à son gré. Pendant le règne de Louis-Philippe surtout, les systèmes abondèrent, les utopies se produisirent avec un succès croissant. Jean-Jacques Rousseau trouvait de nombreux imitateurs, qu'inspiraient à la fois un sincère désir d'améliorer la destinée de leurs semblables, une imagination ardente, une passion démocratique surexcitée par la résistance d'un gouvernement oligarcliique. La Révolution de 1848 fut comme l'explosion de ce besoin de progrès social ; mais la crise industrielle allait rendre le progrès bien difficile, et les journées de juin jetèrent le discrédit sur les théories qui avaient semblé sur le point de triompher, et qu'on rendit responsables de cette lamentable guerre civile.

Ce n'est pas le lieu de discuter ni de juger Ips doctrines socialistes. Les succès et les revers d(3 leurs apôtres tiennent à des causes trop diverses pour que nous puissions les analyser ici. liais l'établissement définitif du suffrage universel et du régime démocratique a du moins adouci les haines et ôté tout prétexte à la violence en donnant à chaque citnyen sa part dans le gouvernement du pays. D'ailleurs les maux qui poussaiejit à bout la population ouvrière des villes ojit été atténués par des lois protectrices, par des institutions utiles, par la force même des chose quilibre s'est mieux établi entre la production et la consommation ; les crises sont plus rares el moins générales. Le prix des subsistances varie moins. Les objets d'un usage commun sont devenus moins chers grâce aux perfectionnements industriels, tandis que le salaire moyen ne cessait de s'élever. La condition des travailleurs urbains est donc meilleure ; celle des travailleurs ruraux s'est améliorée continuelleinent depuis la Révolution.

La France s'est transformée en un siècle. Les maisons d'habitation sont plus saines ; les chaumières et les masures disparaissent rapidement ; le vêtement est plus confortable ; la nourriture plus substantielle, plus agréable et plus variée. La durée moyenne de la vie s'est largement accrue. La richesse générale du pays augmente avec une rapidité extraordinaire. Nous payons sans trop de peine des impôts trois foi^plus considérables, mais non plus lourds, que sous la Restauration ; l'observation aussi bien que la statistique prouvent que, si les riches sont devenus un peu plus riches, les pauvres sont devenus beaucoup moins pauvres ; le niveau s'est élevé, et les conditions se sont rapprochées.

Cette marche de la grande masse de l'humanité vers le bien-être et vers l'égalité n'est pas un fait particulier à la France. Quoique le peuple ne soit entré en pleine possession de la souveraineté qu'en Amérique, en Suisse et chez nous, partout il tend i se rapprocher du but que l'histoire et la raison sont d'accord pour assigner i l'évolution politiciue, c'est-à-dire de la démocratie. Ainsi en Angleterre, le xix' siècle a vu le pouvoir royal et le pouvoir aristocratique s'effacer graduellement devant la Chambre des communes, k laquelle deux réformes successives ont donné une plus large base électorale. Dans les pays libres où le suffrage est encore restreint, personne ne doute que le progrès de l'instruction générale n'amène l'extension du droit de vote. Ailleurs, les étapes sont moins rapidement franchies ; il y a loin pourtant de la situation actuelle en Allemagne, en Autriche, en Russie môme, à l'ordre social et politique que la Sainte-Alliance prétendait rendre

immuable. Là où les résistances sont plus fortes, l'attaque est plus passionnée. On sait que les socialistes révolutionnaires ne sont nulle part plus nombreux qu'en Allemagne, ni plus violents qu'en Russie.

Nos pères de la Révolution françai'^e, en adoptant une triple devise, marcjuaient le triple but des efforts de l'humanité. Elle tend à la liberté par une détermination de plus en plus exacte du domaine de l'Etat et du domaine de l'activité individuelle; à l'égalité par la suppression des barrières qui séparaient les classes et des privilèges qui excluaient le grand nombre de la gestion des intérêts communs ; à la fraternité par l'extension de l'idée de justice, par le sentiment de jour en jour plus puissant qui porte les législateurs, les gouvernants, tous les hommes qui exercent une influence prépondérante, à protéger les faibles, à secourir les abandonnés, à seconder l'ascension des masses vers la lumière et le bien-être.

Mais la part du sentiment dans la direction des affaires humaines a été singulièrement restreinte de nos jours au profit de l'intelligence, ou plutôt la science, sans contester les droits du sentiment, a revendiqué et conquis les siens. Ce sont les sciences physiques qui ont imprimé à l'industrie un essor sans exemple, qui ont facilité les fécondes découvertes de notre temps, qui ont assuré à la civilisation européenne une victoire sans retour possible sur la barbarie. Ce sont les sciences naturelles et les sciences historiques qui nous ont fait connaître notre place dans l'univers, qui noua ont éclairés sur notre destinée, sur nos origines lointaines, qui ont donné à l'idée du progrès un ascendant souverain. C'est la connaissance plus approfondie de notre être physique et moral qui nous permettra de substituer dans le gouvernement et dans l'éducation des hommes la méthode clairvoyante et sûre aux tâtonnements de l'empirisme, en même temps que la diffusion universelle de la science assure le triomphe des principes de liberté, d'égalité et de fraternité. [Raoul Frary.] SI'OXGIAIRES. — Zoologie, XXX. — Les Spongiaires ou Eponges, placés d'abord parmi les Protozoaires, en ont été retirés quand on eut mieux connu leur structure anatomique ainsi que leur mode de développement; et leur place dans le groupe des Cœlentérés paraissait bien assurée, lorsque quelques zoologistes eurent annoncé la présence dans leurs tissus de nématocystes, ces organes urticants si particuliers des hydraires et des polypiers. Malheureusement cette découverte n'est pas exacte, les nématocystes trouvés appartenant non à l'éponge, mais à des hydraires parasites qui vivent à l'intérieur de ses canaux. Les Éponges, n'étant ni des Protozoaires ni des Cœlentérés, doivent être considérées comme formant un groupe à part bien distinct, et qui dans une classification prendrait place entre ces deux derniers. A son état le plus simple, une éponge peut être considérée comme formée d'une masse sarcodique en forme d'urne, dont les parois sont creusées d'un grand^ombre de canaux s'ouvrant au dehors et en dedans et constamment parcourus par un courant d'eau. L'eau pénètre par les ouvertures externes ou pives inhalants, et s'échappe par la grande ouverture de l'urne, Voscule. L'intérieur de ces canaux est tapissé de cellules amiboîdes qui saisissent les substances alimentaires entraînées par l'eau, les digèrent et rejeltejit au dehors par un point quelconque de leurs parois les résidus de la digestion; ces cellules sont de véritables amibes réunies en colonie. En outre, à certaines places et en général sur des renflements sphériques des canaux, se trouvent des cellules ciliées dont le cil unique est entouré à sa base d'une collerette comme chez les infusoires flagellifères.

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