III. Troisième période. — Temps modernes
r Dix-sepliéme siècle. — Ici, nous entrons dans un monde plus connu : les noms des auteurs et les titres de leurs œuvres sont plus familiers, les rôles mieux définis, les sources et les renseignements sous la main ; nous pouvons donc être
LITTERATURE FRANÇAISE
LITTERATURE FRANÇAISE
court et marquer simplement par dos noms propres, sans autant nous y arrêter, les étapes parcourues. Le XVII" siècle s'ouvre littérairement avec François Malherbe (I55f)-l(i2Sl, qui, très inférieur, pour l'invention, aux meilleurs poètes de l'école de Ronsard, a été proclamé par Boileau le premier maître de notre poésie, pour la pureté de la langue et la cadence harmonieuse du vers. Balzac (15!)4-IO,i4i, Voilure (159S-1048), portent dans la prose la môme sévérité, et s'étudient h lui donner do la grandeur et de la délicatesse. L'iiùtel de Rambouillet met à la mode les raffinements du sentiment et du bel esprit. L'Académie française est fondée par Richelieu pour régler d'autorité la langue à la fois et le goût (10-35). En dehors de son influence. Descartes (l59()-lG5il)assouplit la prose, en l'assujettissant, dans le Dincours de la Mélhode (1637), à l'interprétation des systèmes philosophiques, et Pascal (lGv'3-16()'.;), dans .ses Lettres pro- . vincia/es (1G56), lui donne toutes les ressources de la dialectique et de l'éloquence, pour la défense de la foi et de la morale. Au théâtre, après les innombrables improvisations d'Alexandre Hardy (15G0-1632), parait le grand Corneillo (IGOG-lGS'i), qui, à la suite d'une assez longue période de tâtonnements, affirme son génie, méconnu de Richelieu et de l'Académie française, dans une série de chefs-d'œuvre tragiques: /e Chl (li:3e), Horace, Cinna, Polyeucte, Pompée (164.3;, sans compter le Menteur, qui crée chez nous la haute comédie; puis il se laisse envahir par une longue décadence.
Le théâtre, si brillamment inauguré avant l'avènement de Louis XIV, restera pendant son règne le principal centre littéraire du siècle auquel ce roi donne son nom. C'est, après le sublime Corneille, le sensible et profond Racine (1G3!)-I69!i), qui, dans les tragédies d'Andrommjne (1U67), Britaïuiims, Mithridale, Iphigénie, rhèdre (1G77), donne à toutes les passions humaines le plus éloquent langage, et qui, après douze ans d'une retraite causée en grande partie par les ininstices de la critique, emprunte à la tradition biblique les sujets et l'inspiration A'Esther (1G89) et lïAthulie (lU9t). Racine avait montré, en passant, une grande verve comique dans les Plaideurs (1068). Mais le vrai représentant de la comédie, c'est Molière (lC'.>V-167:i), qui aborde avec succès tous les genres: la farce, la comédie d'intrigue, la comédie de moeurs ou de caractère, et prodigue tour à tour la gaieié, l'esprit d'observation, les hauts enseignements. Maniant avec le même bonheur la prose et le vers, il s'est placé et maintenu, dans la faveur publique, au premier rang des moralistes et des écrivains de tous les temps.
Un autre écrivain a conservé une popularité au moins égale ; c'est La Fontaine (1G2I-I695), qui, renouvelant l'ancien esprit gaulois et unissant le plus parfait naturel à un art consommé, a su faire, d'un simple recueil de Fa/iles, une véritable comédie universelle, essentiellement humaine, et représenter sous le masque des animaux, avec le langage et les mœurs de son temps, les types de toutes les classes de la société, et toutes les scènes de la vie. Aux quatre grands représentants de la poésie sous Louis XIV il convient de rattacher le nom de Boileau (IG3II-171 1), sinon pour l'originalité des œuvres, du moins pour l'importance du rôle et de l'influence : Boileau, dans ses Eiiitres et ses Satires, soutient et guide les bons écrivains et fait une guerre implacable aux mauvais; son Art poétirjue \'a(ait appeler le .i législateur du Parnasse » ; son Lutrin est resté un modèle du genre héroi-comique. On voudrait à sa critique plus de largeur et d'indépendance, mais il était impossible de donner h la lajigue plus do rigueur et de précision.
Kn dehors de ces noms consacrés par la tradition classique, le théâtre au xvii' siècle en offre encore
quelques autres qu'il serait injuste d'oublier. Le poème d'opéra est créé par Quinault {lG3.i-1668), qui a survécu aux injustices de Boileau. Dans la comédie brillent encore, quoique au-dessous de Molière, Boursault (IG38-I7U1), l'estimablo auteur du Mercure r/alant, et Regnard (1 1.5.1-1709), dont le Joueur et le Léi/ataire universel sont des œuvres encore très vivantes. Mais, dans la tragédie, les rivaux de Corneille et de Racine,comme l'abbé Boyer (1618-1G98), ou Pradon (1032-1698), ne sont restés célèbres que par de tristes succès do cabale ou de justes chutes. Il est d'autres poètes qui, sans renoncer aux genres élevés, se sont fait un nom dans les genres secondaires : tels sont Racan (1589-1070), le poète des bergeries ; Benserade (1612-1091), si célèbre par ses rondeaux; Scarron (1610-1000), le créateur de la parodie; Segrais (1024-1701), dont les o^logues ont fait oublier le théâtre; M"'" Deslioulières (1037-1094), dont la poésie pastorale vaut mieux aussi que les essais dramatiques ; Chapelle (1G26-I68i:), et Chaulieu (1039-17 20), si goûtés pour leurs petits vers, faciles et légers. Le grand genre de l'épopée n'olTre au contraire que des œuvres prétentieuses et ridicules, comme la Pucelle de Chapelain (1595- 1674), sauvée de l'oubli par les épigrammes et la satire.
La prose, au règne de Louis XIV, prend son plein essor dans la littérature religieuse. Le christianisme, développant, avec touie l'ampleur de la forme oratoire, l'austérité des principes et l'accord de la raison avec la foi, a suscité une famille entière d'écrivains et de prédicateurs dignes des plus beaux temps de l'Eglise; car la chaire et le livre de piété se répondent, avec la même dignité de stylo et le même sentiment de spiritualisme profond. Au premierrang marche Bossuet (1627-1704), qui résume en lui tous les Pères, par la science théologique et par l'éloquence chrétienne, dont tous les tons lui sont familiers: tour ;\ tour apôtre fougueux, panégyriste brillant, controversiste infatigable. Puis vient Fénelon (1051-1715), qui. sans dédaigner les sources chrétiennes, a puisé dans l'antiquité grecque un pur atticisme, qu'il conserve partout, soit qu'il enseigne et discute le dogme, soit qu'il développe une utopie morale en un poétique roman, ou qu'il s'abandonne aux etîusions d'une âme mystique. Autour de ces maîtres do la chaire, l'Eglise de France voit se grouper le sévère Bourdaloue ;i032-l7(ii)i l'agréable Fléchier (1032-1710), l'habile et élégant Massillon (1663- U'i2,>.
Hors de la chaire, on retrouve la parole austère mais non sans grandeur des solitaires de Port- Royal, l'infatigable Arnauld (i012-109i), le docte et prolixe Nicole (1025-1095), qui faisait les délices de M'"'= de Sévigné, et surtout l'éloquent et tourmenté Pascal, dont l'œuvre suprême n'existe pour nous qu'i l'état de débris dans le recueil des Pensées. A l'étude morale de l'homme appartiennent deux autres livres immortels: les Maximes de La Rochefoucauld (IGI-i-1680), dont lo pessimisme reste aussi étranger aux sentiments religieux du temps qu'i celui de la dignité de l'âme humaine, et les Caraclàres- de La Bruyère (1645- 1G95), qui associe aux peintures si fines et si délicates de l'homme la défense du spiritualisme chrétien. La philosophie de Descartes trouve aussi dans Malebranche (1638-1715) un interprète non njoins pieux (|u'éloquent. A cette époque, la théologie et la philosophie sont partout. Cachant un fond sérieux sous la forme la plus légère et la plus gracieuse, M"° de Sévigné (1626-1696) mêle les dissertations jansénistes ou cartésiennes aux commérages île la cour et aux inépuisables épanchements de l'amitié. L'histoire, médiocrement représentée par Mézeray (iOlii-IO.S3), manque au xvii" siècle, avec l'esprit de critique qui en est la
condition ; mais elle est rachetée pour la postérité par des Mémuire'i, qui, du cardinal de Ketz (I6H- 1(^9) et de M"" de Mottcville (1G21-I68H) à Saint- Simon (16"5-nô5), jettent une lumière aussi vive qu'imprévue sur les hommes et les événements contemporains.
2° Dix-huitième siècle. — Le xviii" siècle ne s'éloigne que d'une façon insensible, dans le domaine littéraire, du siècle de Louis XIV , avec le(iuel il doit rompre d'une manière si violente, par son psprit général et par ses doctrines, en philosophie et en religion. Un homme le domine et paraît le remplir tout entier, c'est Voltaire (IG94mS), qui reste le premier adorateur du grand règne en se faisant le chef du mouvement qui doit en ébranler les principes. Voltaire s'exerce dans presque tous les genres à la fois et, toujours plus philosophe qu'artiste, il fait de presque toutes SCS œuvres littéraires des instruments de guerre, sinon contre le christianisme lui-même, du moins contre l'ignorance superstitieuse ou l'esprit d'intolérance et de fanatisme qui ont trop souvent régné en son nom. C'est pourtant à des inspirations chrétiennes que se rapportent plusieurs de ses plus belles œuvres. A peine sorti des bancs du collège, il entreprend de donner à notre littérature le poème épique classique, vainement essayé depuis Konsard, et il y réussit dans une certaine mesure, en écrivant la Heitrinr/r. Il aborde ensuite le théâtre et le renouvelle, à plusieurs égards, sans .nbandonner tout à fait la tradition classique : /aire, Mahomet, la Mort de César, Mérope, Rome sauvée, font appel tour à tour à. l'émotion populaire etkia raison, à l'esprit d'indépendance. Inférieur dans la poésie lyrique proprement dite. Voltaire est incomparable dans la poésie familière et badine, ainsi que dans l'épitre et le discours philosophique. Il manie la parodie avec une verve, une liberté qui ne connaît pas de mesure. Dans la prose, il est un des créateurs de l'histoire, à laquelle il ouvre des horizons nouveaux et qu'il embrasse tout entière, depuis la monographie biographique jusqu'Ji la pliilosophie de l'histoire. Comme philosophe, tout lui est prétexte à. polémique; au nom du bon sons, de la raison ou de la science, il est sans cesse en lutte avec les préjugés, les abus ou l'erreur, soit dans le roman, qu'il traite avec une rare finesse, soit dans les libres articles de son Diciionnaire philosophique, soit dans les innombrables pamphlets qui marquent toutes les périodes de sa longue carrière, soit dans cette immense et précieuse Correspondance entretenue, d'un bout de l'Europe à l'autre, avec tout ce qui compte dans le monde des affaires publiques et dans les lettres. Voltaire est, en outre, l'àme de la grande machine de guerre philosophique et religieuse qui s'appelle YÉuci/clupédie.
Jean-Jacques Rousseau (ni2-m8i, dont le nom est resté si étroitement lié h celui de Voltaire, pousse son siècle vers le même but avec une ardeur non moins soutenue. Après la Nouvelle Hélo'ise, qui mêle à l'éloquence de la passion la discussion ardente de vérités neuves ou de paradoxes, son Emile est accueilli moins comme un ingénieux traité d'éducation que comme le hardi manifeste de la religion naturelle. 11 propose, dans le Cojitrat social, la refonte complète, par une utopie, de la société dont il a renversé les bases dans de célèbres pamphlets. Enfin, il ouvre de nouvelles sources littéraires dans ses Confessions, par lo retour intime sur soi-même et par le sentiment exalté de la nature.
Un penseur plus calme, Mont(;squieu (16S9-n5.S), après avoir sacrifié à l'esprit frondeur du siècle dans les Lettres pers'mes, recherche dans des œuvres longuement méditées et fortement écrites, la Grandeur et la décadence des Romains et l'Esprit des lois, les conditions naturelles des institutions
et la raison même de leur développement, de leur progrès ou de leur décadence. D'un autre côté, Bulfon, classé ordinairement parmi les quatre grands écrivains du siècle, trouve dans l'étude de la nature, non seulement la satisfaction d'une curiosité savante, mais aussi un aliment pour l'esprit philosophique, et particulièrement une matière inépuisable de peinture littéraire.
Un cinquième écrivain, Diderot, mérite d'être placé sur la même ligne, et par ses qualités littéraires et par sa participation infatigable aux luttes du temps : à part son njle philosophique, dans lequel il pousse trop volontiers la liberté de penser et d'écrire jusqu'à la licence, Diderot intéresse particulièrement l'histoire littéraire par la création de la critique d'art, et par son influence sur le théâtre, où il s'efforce, par la théorie et par l'exemple, d'introniser la tragédie bourgeoise ou le drame moderne.
Dans l'œuvre de propagande philosophique et de progrès social du siècle, se présentent ensuite, à des rangs différents : le centenaire Fontenelle (1657-1757), bel esprit et savant tout ensemble, qui, appartenant aux deux siècles, étonne le dix-septième par la hardiesse de ses paradoxes, et le dix-huitième par sa discrète réserve à l'égard des idées nouvelles: d'Alembert (1717- 17«3i, le représentant de la libre science dans le monde des encyclopédistes; l'urgot (I727-1781), le sage défenseur do la tolérance et l'un des créateurs de l'économie politique ; Condorcet (174.3- 1794), le théoricien du nouveau dogme de la perfectibilité humaine.
Pour rentrer dans un ordre plus spécialement littéraire, il nous faut citer, dans le roman : Lesage (1G68-174"), avec ses attachantes études d'observation morale, le Diable boiteux et Gil Blas; l'abbé Prévost (1697-17G3), avec sou émouvante histoire de Manon Lescaut; Marmontel (17'i3- 1799), dont les Contes mornux, le Bélisaire et les Incas furent plus froiiiés de ses contemporains que ses utiles Eléments de littérature; Florian (1755-1791), dont les prétentieux récits en prose eurent aussi plus de vogue que ses Fables, seules dignes de lui survivre; puis, dans la poésie lyrique, Jean-Baptiste Rousseau (1670-1741), dont les mérites comme versificateur ont été tour à tour loués et dépréciés outre mesure; Lefranc de Pompignan (1709-1784), dont quelques belles strophes sont citées partout; Gilbert (1751- 1780). qui marqua aussi sa place dans la satire; Ecouchard-Lebrun , dit Lebrun-Pindare (17'.;9- 1807J, non moins conim par la malice de ses épigrammes que par la pompe de ses odes.
Au théâtre, à coté de Voltaire, se rangent le sombre Crébillon (1674-176.'), son constant et inégal rival; De Belloy (1727-1775), l'auteur de la patriotique tragédie le Siège de Calais ; Lafosse (lii33-1708), dont le Manlius rappelle d'un peu loin les Romains de Corneille; La Chaussée ( I6li2-l7.s4), dont les comédies larmoyantes furent accueillies comme des homélies; Lesage qui, avec Crispin et Turcaret. porte à la scène, comme dans le roman, la critique des mœurs contemporaines; Alexis Piron (1689-1773), célèbre par ses épigrammcs de circonstance et dont la Métromanie a mérité de survivre; Gresset (1709- 1777). dont la grande comédie du Méchant a moins vécu que son petit poème de Vert-Vert; l'ingénieux Marivaux (1688-1763;, avec toutes les finesses de sentiment et de langage que rappelle son nom; La Harpe (1739-1803) qui, malgré ses nombreuses tentatives dramatiques, est plus connu comme professeur et critique, par son volumineux Cours de littérutnre; Fabre d'Eglantine (1755- 17U9), dont le Philinte de Molière fut le meilleur succès ; enfin et surtout Beaumarchais (1732- 1799), dont le Barbier de Sévillent le Mariage de
Figaro ont défendu avec une verve si brillante les nouvelles idées et légué à la littérature et à l'art un type immortel.
Un certain nombre d'écrivains on prose se tiennent en dehors du mouvement pliilosopliiquc dont Voltaire est le centre, ou s'efforcent d'y résister ; tel est l'honorable et savant Daguesseau (KiliS-USI), aux œuvres oratoires, laborieuses et raTlinées; tel est notre bon vieux Rollin (1061-1741), qui, voué au latin jusqu'à soixante ans passes, aborda le français avec tant de bonheur, que son Truite des études, si précieux à tant d'égards, est, selon Villemain, « un des livres le mieux écrits de noire langue, après les livres de génie; » tel est encore le jeune et sympathique moraliste, Vauvenargues (I7I5-1147), dont le généreux livre des Ri'/lexions et Mojcvn-s ne se rattache ii la philosophie du xvni* siècle que d'une façon générale, par la liberté de la pensée. Parmi les adversaires de Voltaire, il n'y a guère à citer que l'abbé Guénée (1817-1803) pour sa polémique spirituelle et savante, et Fréron (I71S-177G)) pour son infatigable courage ; les autres, et ce dernier lui-même, soiit moins connus par leurs œuvres que pur les innombrables épigrammes dont les accabla la malice voltairienne.
L'histoire inspire, au xviii» siècle, des travaux hardis ou savants; ceux de l'abbé Mably (1709- I78.ii, qui reprend en sous-œuvre les paradoxes de Jean-Jacques et les méditations de Montesquieu; ceux de Fréret (1088-1749), qui, par ses recherches personnelles, inaugura toute la science moderne de nos origines nationales: ceux surtout des Bénédictins de Saint-Maur, dont les grands recueils, la Gnllia christiaiw, VHhtoire liltéraiie de la France, etc., continués jusqu'à nos jours par l'institut, sont l'honneur de 1 érudition française; enfin l'ingénieux et savant abbé Barthé- !emy(1716-179ô),dont le Voi/af/e du jeune Anacliarsis fut, pour les gens du monde eux-mêmes, une révélation de l'antique société grecque. Des mérites tout littéraires et des circonstances favorables ont popularisé les compositions historiques, bien inférieures pour le savoir et l'exactitude, de l'abbé de Vertot (lGi,'.-n35) sur les révolutions de la République romiine, de l'abbé Raynal (ni3- 179(1) sur les établissements européens dans les Indes, et de Duclos (1701-1773) sur son propre siècle. Aux historiens proprement dits, il faut joindre les nombreux et intéressants mémorialistes, comme le duc de Luynes, d'Argnnson, Barbier, Bachauniont, etc., et les auteurs de ces grandes correspondances avec l'étranger, qui peuvent, comme celle de Grimm, devenir des monuments, et qui ont tant contribué à étendre à toute l'Europe le mouvement littéraire et philosophique de la Franco.
Vers la fin du xviii» siècle, il faut distinguer la liilérature pure et la littérature d'action. Dans la première, la poésie, s'inspirant du sentiment de la nature, fait une très grande place au genre descriptif. Après Boucher (1748-1794) et son poème des Muis, et SaintLambert (1710-1803) et celui des Saùo'is, vient l'abbé Delille (1738- 1813), qui, ayant traduit avec bonheur les Géorgiques de Virgile, applique la poésie didactique à tout ce qui est susceptible d'être décric. Sous 1 innueiice plus directe de Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre (17.17-1814), dans ses Et'.desde lu nnture et dans Paid et Virginie, consacre le genre de la descriptioti en prose, qui devait avoir jusiiu'i nos jours tant de faveur. Dans la littérature d'action, la révolution qui termine le siècle renouvelle l'éloquence politique et II! pamphlet, et crée le journalisme : vaste mouïemcnt dans lec|uel, à part les boutades d'un froid et caustique observaieur, Cliamfurt (1741-1791) et ]e= vives escarmouches d'un écrivain plus spirituel 2« Partie.
que convaincu, Rivarol (1753-lSOI), les idées et les institutions du passé sont à peine défendues. Do Mirabeau à Danton, de Vergniaud à Robespierre, de Camille Desmoulins à Hébert, nous ne pouvons suivre ces luttes parlementaires et ces guerres de plume, tour à tour brillantes et sinistres, et nous rappellerons plus volontiers, pour clore l'histoire littéraire de tout le siècle, que la poésie n'avait pas abdiqué dans la tourmente révolutionnaire : elle s'affirme jusqu'au pied de l'échafaud, avec André Chénier (1702- I79i), qui, suivant sa célèbre devise : Sur des peiisers nouveaux faisons des vers antiques,
va retremperson originalité dans l'inspiration grecque. Ses idylles et ses élégies, dont IdiJeune captive est l'impérissable modèle, se mêlent aux chants nationaux dont la Marseillaise de Rouget de Lisle (1700-1836) reste le type. Le théâtre qui, s'affranchissant des traditions classiques, a accueilli les œuvres de Shakespeare arrangées par Ducis (1733-1810), voit se produire une suite de pièces de circonstance inspirées par la Révolution et qui n'ont qu'une vogue éphémère ; mais il faut citer, au milieu même du procès de Louis XVI, les généreuses protestations produites h la scène par Jean-Louis Laya (l701-183i) dans l'Ami des loi<. On ne peut quitter le xviii' siècle sans remarquer l'inlluence qu'y exercent les femmes, l'éclat que jette l'esprit de conversation, et l'incroyable extension de la langue et de la littérature française à l'étranger. C'est le siècle des salons littéraires, des « doctes cafés ",des réunions mondaines, où l'on traite des choses de l'esprit, comme du grand intérêt du présent ; où les femmes prennent en main la cause des lettres et de la philosophie et contribuent à en faire des puissances ; où Mi""*Du Cliâtelet, Du Doffand.d'F.pinay, .\ecker, de Staël et tant d'autres soutiennent et étendent l'action des Voltaire, des d'Alembert, des Diderot, dos Jean- Jacques et des Turgot. La sociabilité française vient en aide au sentiment d'humanité qui anime toute la philosophie du siècle, et, par la double contagion de l'idée et de la mode, notre nation donne plus que jamais le ton à l'Europe, à ses cours, à ses académies. Notre souveraineté intellectuelle et littéraire est proclamée plus haut à Berlin et à Saint-Pétersbourg qu'à Paris. Non seulement le roi de Prusse, Frédéric le Grand, élève de Voltaire, a une cour philosophique française dans sa résidence de l'otsdam, il est fier d'écrire lui-même en prose et en vers dans notre langue ; limpératrice de Russie, Catherine II, a la même ambition et le môme orgueil. L'étranger nous fournit des écrivains français, comme Hamilton, Grimm, le prince de Ligne, l'abbé Galiani, qui jo gnent à la correction et à la clarté le mouvement et la finesse. Avec notre langue, nos ouvrages et notre philosophie pénètrent partout, et, par un excès qui appellera des réactions, l'imitation française, provociuée successivement par la perfection de nos œuvres classiques et par l'asceudant de nos idées révolutionnaires, paraît suspendre, de tous côtés, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Russie, le mouvement propre à chaque nation et à chaque littérature.
3° Dix-neuvième siècle. — Au moment où les agitations politiques de la France révolutionnaire sont comprimées par la main puissante de Napoléon, un nouveau mouvement littéraire, celui de l'art romantique, se dessine et se développe tout à fait en deliors de l'action du pouvoir. Il prend naissance dans les théories critiques qu'une femme à l'esprit brillant. M"" de Staël (I70C-I817), la fille de Neckor, développe dans son livre de l'Ai cm igne, sou» l'influence des nouvelles écoles littéraires et philosophiques d'outre-lîliin. M"" de Staël, qui a écrit en outre doux beaux romans
d'analyse morale, de passion et d'art, Delphine et Ci-rmne. et un livre d'un grand sens politique, les Considérations sur ta Hévotution frunçuise, s'est vue en butte aux hostilités du gouvernement impérial et a dû fuir devant la proscription provoquée par sa trop libre pensée. Dans le même temps, un esprit plus éloigné de celui du xviii' siècle inspirait à Chateaubriand (I"(i8- 1838) le Génie du Clirislianisme ou les Beautés de ta reltyion chrétienne, ouvrage destiné à ramener les âmes à la foi, non par la démonstration, mais par le sentiment et la poésie ; deux petits romans, Atala et Séné, dont le second fut appelé un " Werther chrétien, >. faisaient partie de celte apologétique d'un nouveau genre qui introduisait dans la littérature, comme dans la religion, des formes et des habitudes de langage inusitées, un grand vague dans les idées et leur expression, le luxe de la poésie dans la prose, la recherche des traits pittoresques, un usage immodéré du néologisme. Chateaubriand donna ensuite, sous la même inspiration poétique et rcligi>'use, le poème épique en prose des Martyrs, puis, dans un grand nombre d'écrits de littérature, de voyages, d'histoire, de politique, soutint ce rôle de penseur chrétien et de politique royaliste auquel il devait donner un éclatant démenti posthume par ses Mémoires d'outre-tnmbe.
La cause de la religion et du royalisme était défendue avec moins d'art, mais avec plus de rigueur par un écrivain, moitié étranger, moitié français, le comte Joseph de Maistre (n.i4-1821), lauteur des remarquables Soirées de Saint-Pétersbourg et d'une foule de virulents pamphlets contre la raison, la liberté, contre tous les principes et institutions des sociétés modernes.
Tandis que ces trois écrivains échappaient à l'action del'Empire parleur génie littéraireou se tournaient ouvertement contre lui, la littérature officielle, maintenue dans les traditions classiques, se mourait d'épuisement. Le gouvernement impérial avait ses poètes, académiciens ou sénateurs, auxquels il commandait des odes, des poèmes, des tragédies, qui jetés, pir ordre, dans les moules connus, manquaient de mouvement et de vie, et n'avaient aucune prise sur la génération nouvelle. Parmi les noms les moins oubliés de cette littérature médiocre, on peut citer, en renvoyant pour plus de détails aux dictionnaires spéciaux, Arnault, de Jouy, Fontanes, C.ampenon, Luce de Lancival, Parseval de Grandmaison, Raynouard, Baour-Lormian, BrilTaut, Népomucène Lemercier, Lebrun; un groupe d'auteurs comiques ne manquant pas de finesse, Collin d'Harleville, Picard, Duval, Etienne, etc. Excité par la pénurie même du jirésent, le besoin de nouveautés cherchait une satisfaction dans les littératures étrangères. On se passionnait pour les poèmes nébuleux et sans authenticité dOssian ; on prenaitau théâtre allemand ses élucubrations les plus sombres ; an lieu des arrangements de Shakespeare par Ducis, on réclamait des traductions complètes et fidèles. On empruntait aussi à r,\ngleterre une poésie lyrique plus vivante, et le genre byronien devenait une mode, une fureur.
C'était, en effet, par la poésie lyrique et par le théâtre, que la littérature devait trouver, en France, sa rénovation. Casimir Delavigne (179:3- 184:i), sous l'influence du sentiment patriotique, avait rajeuni les formes de l'élégie, dans ses premières ifessétuei^nes (I818); Uéranger (17813- 1X57), avec une langue encore classique et sobre, donnait au simple genre de la chanson une variété, un intérêt patriotique, qui commençait sa longue popularité; bientôt Lamartine (ITJO-iSG!)), dans ses Mé'iitiitions (182U), renouvelait si complètement la poésie lyrique, qu'il paraissait l'avoir créée. Alors M. Victor Hugo (né en 1802) vient, au
nom de l'école romantique, jeter dans ce même genre lyrique une richesse de forme inattendue; appartenant au passé par le sentiment monarchique et religieux, les Odes et baltades (1822), que suivent les 0< ieidales(\&ii), \ni Feuilles d automne (18:31), etc., tirent de la langue poétique tous les effets de la musique et la peinture; une nouvelle pléiade de poètes se groupe, sous le nom de 1' cénacle, » autour do ce chef d'école de vingt ans ; les deux Descliamps (Emile, 1791-1871, et Antony, I8OII-I861), Sainte-Beuve (I80i-I8G;3), et plus tard Alfred de Musset (181(1-1857), le plus populaire après le maître, Théophile Gautier (1811-1872), etc., rompent le vers lyrique à tous les caprices du rhythme, du sentiment et de l'imagination.
Mais les grands coups de la réforme se portent au théâtre. M. Victor Hugo a donné lui-môme le manifeste du romantisme, dont le nom vague et obscur prêtait aux interprétations les plus exagérées, dans la célèbre préface du drame de Cromwell (1827), qui n'était point fait pour la scène ; puis il obtint du roi Charles X, malgré les doléances de l'Académie française, de faire passer au théâtre son drame à'Hernani (25 février 1830), resté le principal type littéraire du genre et qui, détrônant enfin la tragédie, amène les partisans de l'art classique à compter avec les innovations. Casimir Delavigne leur donne une heureuse part dans les Enfaids d'Ediiuard et Louis XI; François Ponsard (1814-1867), malgré l'apparence de retour aux traditions classiques, dans sa tragédie lie Lucrèce (1843), leur fera, dans Charlotte Cordaij et ses autres drames, une large mesure. Quant à M. Victor Hugo, poursuivant au théâtre les luttes mêlées de chutes et de triomphes du romantisme, il produit Marion Detorme (1831), le liai s'amuse (i832), Lucrécs Borgia (1833), An- .'/e/o(1835), Ruy-Blai (1838), les Buri/raves (1843). Les principales de ses pièces, comme He>-nani et Buy-lilas, seront longtemps reprises au théâtre avec le plus brillant succès. D'un autre côté, Alexandre Dumas père (1803-187(1) exploite avec un rare bonheur le drame tiré de l'histoire, en pliant d'autorité les faits et les personnages aux combinaisons de sa puissante imagination de romancier. Il trouve, dans cette direction, une nombreuse suite d'imitateurs.
Le genre dramatique présente, à la même époque, d'autres veines de succès; une longue popularité s'attache au vaudeville, par lequel Eugène Scribe (1791-ISGI) et ses nombreux collaborateurs présenient.dans une infinie diversité, l'image superficielle, mais intéressante, delasocii^té bourgeoise. D'autres viendront qui, comme MM. Alexandre Dumas fils, Emile Augier, Th. Barrière, etc., peindront nos plus mauvaises mœurs avec crudité et en ferontl'amère satire, ou bien, comme MM.Legouvé, Octave Feuillet, V. Sardou, etc., représenteront des mœurs plus sympathiques avec des ridicules ou des vices moins odieux; sans compter les nombreuses fantaisies dramatiques dont l'exemple a été donné par les gracieux Proverbes d'Alfred de Musset.
Mais la peinture infatigable du siècle par luimême se produit dans le roman, qui, multipliant les volumes ou envahissant le journal par le feuillKton, prend tous les tons et toutes les formes, et qui devient tour à tour, avec Honoré de Balzac ( iTiO- 1 «50), M . Victor Hugo, Alfred de Vigny ((799-1803), Nodier (178.1-1844), les deux Alexandre Dumas, Eugène Sue (1804-IS59), Mérimée (18 3-1S70), George Sand (1804-1876), MM. Octave Feuillet, J. Sandeau. G. Flaubert, Erckmann-Chatrian, etc., une représentation générale de la comédie humaine, un cours<i'histoiro populaire, une école, parfois malsaine, de politique ou de science sociale, enfin une mine inépuisable d'art et de fantaisie.
La poésie ne s'est, pas arrêtée, lions du théâtre, après le premier efl'ort du romantisme. Outre ses beaux recueils de Nouvelles médiliiUons, AHnrmoniespoéliijues et iclii/ieuset, de Hecueillements, Lamartine a donné. "i notre temps son épopée intime, dans Jocelyn. Aux poésies lyriques de sesdébuts, M. V. Hugo ajoute, sous des inspirations politiques et pliiloscphiqiies toutes contraires, le livre vengeur des CinÙinients, les mélancoliques Contemplations, l'aventureuse Légende des siècles, les capricieuses Chansons des rues et des bot':, etc. Avec moins d'originalité, mais avec une grande distinction de langue poétique et de sentiment, MM. Aug. Barbier, Autran, de Laprade, Lecoiite de Lisle, Baudelaire, de Banville et bien d'autres, ont exploré, comme poètes, le champ de la politique, de la philosophie ou de la nature.
La littérature philosophique, religieuse ou politique a gardé une largi^ part dans la prose. Dans la controverse théologiqun, Joseph de Maistre a pour successeurs deBonald (17.')i-IS40), de Frayssinous (nij.';-1841), Lamennais (n8'M8J4), tour à tour ardent défenseur des doctrines ultt'amontaines et de la politique radicale ; Lacordaire (1802- 1861), son disciple, qui abandonne ses doctrines dès que Rome les a condamnées ; Montalembert (1810-1870), autre disciple du même maître, s'efforçant jusqu'au bout de concilier le libéralisme avec l'orthodo.xie ; Mgr Dupanloup (1802-1877), jaloux défenseur des prétentions de l'Eglise sur l'éducation, etc. Le spiritualisme philosophique, restauré dans l'Université par Royer-CoUard, trouve un magistralreprésentantdans Victor Cousin (1792-1867) et de brillants ou savants interprètes dans ses élèves : Jouffroy (1796-1812), MM. Vacherot, J. Simon, etc. ; mais il lui faut compter avec les nouvelles recrues du matérialisme scientifique, maintenu en médecine par Broussais (1772- 1838) et transformé en positivisme par Auguste Comte (1795-1857) et M. Littré. L'économie politique produit, de Jeati-Baptisle Say (l767-18r,Mà Michel Chevalier (1806- 1879), toute une école de publicistes distingués, tandis que le socialisme lui suscite dans Proudhon (UOJ-1865) un redoutable contradicteur. Et ce grand mouveinent d'idées n'est pas sans un intérêt littéraire; car, de nos jours plus que jamais, le succès de propagande du philosophe tient au talent de l'écrivain. Le journalisme a participé, comme le livre, à cette libre activité de la pensée moderne ; les publicistes do la presse quotidienne et des grandes revues ont souvent mis au service d'une doctrine ou d'un parti une science profonde du style.
Nos institutions, depuis la chute du premier Empire, ont tenu presque contamment ouvert le champ de l'éloquence politique, et les luttes de la tribune font aujourd'hui partie de notre histoire. Bornons-nous à rappeler, pour ne parler que des morts, les noms de Royer-Collard, du général Foy, de Manuel, de Caslmir-Périer, de Berryer, de Ledru-RoUin, de Lamartine, de Thiers, de Guizot, de Jules Favre. La chaire a aussi ses beaux jours, à Notre-Dame de Paris, avec Frayssinous, Lacordaire, de Ravignan, qui, à part leur talent oratoire, aidèrent quelquefois au succès de la prédication religieuse pai- des excursions sur le terrain profane de l'histoire et ae la politique contemporaines. Une tribune d'un autre genre a jeté aussi un grand éclat: c'est celle de l'enseignement public dans nos facultés, auxquelles la Sorbonne, sous la Restauratiori, a donné, dans les leçons de Guizot, Cousin et Villemain, de mémorables inodèles.
L'histoire et la critique littéraire ont eu encore de nos jours de brillantes destinées. La première a ete transformée, pour l'art de la composition et lautorité de la science, dans les écrits d'Augustin Thierry (1795-1856). que la perte de la vue a fait appeler l'Homère de l'histoire. Puis sont venus,
avec toutes les ressources de l'érudition et la puissance du talent : Guizot (1787-I87'1), de Barantc(l782-18G«;, Michelet (1798-1874), Edgar Quinet(180:!- 1875), Thiers (1797- 1877), de Vaulabolle (1799-1879), Lamartine, MM Mignet, Henri Martin, Louis Blanc, etc., qui, parcourant en tout sens le champ du passé, se sont efforcés de rendre aux institutions leur portée, aux objets la couleur, aux pe."sonnages la vie, aux moindres drames l'intérêt et la passion. La critique est devenue à son tour une histoire lumineuse et féconde : après l'impulsion domiée par Villemain, grâce à la curiosité universelle de Sainte-Beuve, aux vues ingénieuses et aux savants travaux d'une foule de professeurs et de journalistes, toutes les littératures anciennes ou modernes ont été l'objet d'études minutieuses, approfondies, qui ont remis en lumière les hommes et les ouvrages de tous les temps, de tous les pays, et ont permis déjuger la valeur absolue et relative de chacun, en le replaçant dans le milieu où il a vécu.
Telle est la longue carrière que la littérature française a remplie, depuis le moment où, sur l'antique sol gaulois, s'est formée la langue qui lui sert d'instrument, à travers toutes les vicissitudes morales, sociales et politiques dont elTe est la constante et fidèle image. Intimement liée à la vie nationale, elle est appelés h s'associer encore aux transformations do l'esprit français et à seconder l'influence qu'un peuple maître de luimême peut exercer sur ses destinées et sur celles du monde. S'il est vrai que le passé réponde de l'avenir, celui de la langue et de la littérature françaises autorise encore de patriotiques espérances. [G. Vapereau.]
Outre l'article général qu'on vient de lire, et qui donne un tableau d'ensemble de la littérature française, ce Dictionnaire consacre à diverses parties do cette littérature, et à quelques auteurs classiques un certain nombre d'articles spéciaux, conformément au programme du cours tel que nous allons le donner. (Pour celle des sections du programme qui ne sont pas suivies de l'indication d'un article spécial, le lecteur voudra bien se reporter à l'article ci-dessus, qui sera d'ailleurs consulté avec profit pour chacune des autres sections.)