Composés ternaires : sblb. — Les carbomt
CHARBON
CHARBON
lont les sels formés par Tacide carbonique ot une bue telle que la chaox, la Boade» les oxydes de plomb, de fer, etc.
On les reconnaît tons à la propriété qu'ils ont de faire eifervescençe quand on verse sur eux un adde un peu fort : cette espèce de pétillement résulte du dégagement Tif de Tacide carbonique. Les carbonates sont en général facilement déoomposables, Tacide carbonique n*ayant pas une très forte affinité pour les bases.
Sauf trois exceptions (carbonate d*ammoniaque, de potasse et de soude), les carbonates sont Insolublss dans Teau pure. Mais plusieurs se dissolvent notablement dans de Teau chargée d*acide carboni- {oe ; au contact de Tair, Tacide carbonique se égage peu à peu et le carbonate se dépose : de là les phénomènes d'incrustation qui se manifestent dans certaines eaux saturées d'acide carbonique.
La soude et quelques autres bases forment plurieurs carbonates ; le bicarbonate de soude est employé comme médicament dans les maladies d'estomac.
Le carbonate de chaux est un des corps les plus répandus dans la nature : le marbre, les calcaires, la craie, le spath dislande, sont des formes diverses du carbonate de chaux ; on a été jusqu'à dire qu'il forme peut-être la moitié de la croûte terrestre. Soumis a la calclnation, ce sel abandonne BOD adde carbonique, mais calciné en vase clos, il food sans se décomposer, et produit en se refroidissant ce qu'on nomme les marbres artificiels. (y. Chaux.)
Ponr les carbonates formés d'oxydes métalliques, foyes les noms des métaux correspondants.
4. Composes organiques. — V. Chimie organique et les mots auxquels cet article renvoie.
Laotures et diotées. — Le diamant. — Le diamant est le plus dur de tous les corps, il les raie tous sans exception et ne peut être usé que par sa propre poussière. La taille des diamants est une découverte du quinzième siècle : elle est attribuée à un Flamand nommé Louis de Berqucm ou Berghem, qui fit honmiage à Charles le Téméraire du premier diamant taillé. On commence par le dégrossir en enlevant des éclats suivant la direction de ses faces naturelles, puis on en achève la taille en le frottant avec une sorte de pâte composée de poudre de diamant agglutinée dans de l'huile d'olive ; cette pâte s'appelle égrisée.
On donne le nom de brillants aux diamants taillés de manière à offrir une double pointe, et montés sur un anneau qui les laisse traverser complètement par la lumière ; on donne celui de Tom aux diamants qui n'offrent pas une double pointe et qui sont montés à plat sur une plaque.
La lumière, en se jouant dans le diamant^ produit des feux bien plus vifs avec les brûlants qu'avec les roses.
Le diamant est ordinairement sans couleur ; 11 en est cependant de noirs, de Jaunes, appelés hyacinthes ; de verts, de roses, qui sont très recherchés. Les diamants ont dauunt plus de valeur qu'ils sont plus gros, plus exempts de toute gerçure intérieure, d'une plus belle eau, et qu'ils i jettent, gr&ce à la taille, de plus beaux feux. |
Le gisement primitif du diamant est encore in- 1 connu. I
On le trouve dans les sables de certains ruisseaux de l'Inde (royaumes de Visapour et de Golcoode, Bengale), au Brésil, dans les monts Ourals. il y est toujours enveloppé d'une robe terreuse, quon appelle gangue^ et qui le rend diftîcile à
distinguer des autres cailloux. On détourne le
cours d'eau, on enlève les sables, et on les lave sur des planchers en bois inclinés qui présentent
des rainures transversales, ou bien sur des peaux ,
garnies de leurs poils. Les diamants arrêtés par |
les poils ou les rainures sont dépouillés de leur gangue par un lavage.
Le poids des diamants s'évalue en carats; le carat pèse 212 milligrammes. Lorsou'ils ne sont pas taillés, leur valeur en francs s obtient ordinairement en multipliant le nombre de carats par lui-même, puis ce produit par 48 : ainsi un diamant brut de 4 carats vaudrait 16 fois 48 francs, ou 768 francs. Un diamant taillé vaut, à poids égal, environ quatre fois autant. Toutefois, lorsqu'un diamant dépasse un poids de 7 à 8 carats, sa valeur n'est plus fixée par aucune règle.
Les diamants les plus célèbres sont : celui du Grand-Mogol, qui pèse 57 grammes et est estimé 12 millions de francs ; il est mal taillé. Celui de l'empereur de Russie, qui pèse 40 grammes: il a été acheté par Catherine IL en 1772, à un Juir, qui le lui a vendu 2,260,000 francs, avec une rente viagère de 100,00u francs. Le Régent de la couronne de France pèse 136 carats (27'r,88) ; il a été acheté 2,250,000 francs, et vaut certainement plus du double : c'est un des diamants les plus beaux que l'on connaisse, non point par sa grosseur, mais par sa pureté, et par la perfection de sa taille. Tout le monde a entendu parler du Ko-ynor, ou montagne de lumière (1:^2 caratsj, appartenant à la reine d'Angleterre.
Le diamant n'est pas seulement un objet de luxe ; on en fait usage en horlogerie pour servir de monture aux pivots ; les vitriers l'emploient monté sur un manche, de manière à ce qu il présente une de ses arêtes naturelles pour couper le verre (Boutet de Monvel).
Le chorbon et le diamant. — Lequel des deux est le plus utile à l'homme? Je vais bien vous étonner en vous disant que je préfère ce charbon sale et noir à cette belle pierre oui jette tant d'éclat, et dont on fait les plus précieux bijoux. Eh bien, réfléchisses un peu, et vous verrez que quelque coûteux, quelque recherché que soit ce carbone pur, ce diamant, il ne constitue pas pour l'homme, à beaucoup près, un trésor aussi précieux que ces affreux charbons noirs, que cette houille sale et commune. C'est du charbon que nous tirons la chaleur ; c'est à lui que nos rues doivent leur éclairage ; c'est en outre le charbon qui sert à préparer le fer, le plus précieux de tous les métaux. Sans le charbon, plus d'usines, plus de machines & vapeur ; l'homme en fait son esclave docile ; par lui, il impose à l'eau et au fer les plus durs travaux, ceux que ni l'homme ni l'animal le plus vigoureux ne pourraient accomplir. Cherchez les usages du diamant, vous aurez bientôt fini ; mais entreprenez d'énumérer les services que nous rend sous toutes les formes le charbon, ce bon compagnon de l'eau et du fer, qui créent pour l'homme tant de bienfaits ; vous vous arrêterez longtemps avant d'en avoir épuisé la liste.
Regardez cette usine à gaz, où le charbon entre sous la forme de houille. Dans de vastes appareils savamment disposés, cette houille se laisse enlever des gaz, qui, recueillis et distribués dans des tuyaux, suffisent à éclairer une ville entière.
C'est assez, direz-vous, pour déclarer que ce vil charbon est un corps précieux. Mais regardez encore: ce résidu, cette masse grisâtre, ces morceaux Irréguliers et boursouflés, vous allez les jeter comme inutiles? Non. C'est un excellent combustible, c'est un autre charbon qui vaut 1 autre: c'est le coAe, qui chauffera auunt que vous le voQdrez vos machines, ou votre foyer, et qui vous donnera le moyen de façonner à votre gré les métaux. Est-ce tout ? Regardez encore dans ces résidus que vous méprisiez tout à l'heure. Si vous le voulez, on va en tirer par la. distillation une autre subsunce utile à plus d'une industrie, îe goudron ; puis d'autres encore, et dans le nombre une merveilleuse matière tinctoriale, l'aniline avee
CHARLEMA6NE
GHARLBMÂGNB
BSL magniflqae couleur Tîolette. Un regard encore, car vous n'avez pas tout vu ; remarquez-vous dans riitérieur de la cornue où s'est distillée la bouille, ces masses grises très brillantes adhérentes à la paroi, très dures, et ayant presque Taspect métallique. Pourquoi arrêter votre attention sur ce dernier résidu ? C'est le charbon des ccmtteSf ou chai'bon métallique, avec lequel on construit des creusets réfractaires, et qu'on emploie dans la construction des piles électriques, t'est entre les pointes de deux petits cônes de ce charbon spécial, mis en communication arec une
Sile, que se produit cet arc lumineui d'un éclat bleuissant qu'on appelle la lumière électrique.
Avais-Je raison de vous dire que le eharbon vaut plus que le diamant? f D'après la Bibliothèque des écoles professionnelles^
GUAHLEJMAGNB. — Uistohrede France, V; Histoire générale, XVII.
Dans l'espace qui s'étend entre l'antiquité et les temps modernes, Gharlemagne occupe une place immense. Il se dresse au seuil de l'histoire de France et de l'histoire d* Allemagne ; les deux puissantes nations se réclament de lui comme d'un fondateur. Son nom, célébré par les trouvères dans les chansons de gestes, a retenti pendant tout le moyen Age, et pour lui la légende a servi d'écho à l'histoire.
U naquit en 742 et fut couronné roi en 768, à la
mort de Pépin, conjointement avec son frère Car- ^— , ^ . ^
loman. Trois ans plus tard la mort de ce dernier ^ Lombards. Le roi lombard Didier, comme autrefc^ le laissait seul maître de l'empire fhinc. Astolphe, était en lutte avec le pape. Charles in-
Politique des Carhvingiens. — A cette date, il , tervint d'abord par la voie des négociations, pois n'existait plus en Gaule aucun antagonisme entre ' par les armes. Deux corps de troupes franqae» les différentes races. L'élément gallo-romain et , franchirent les Alpes et se réunirent dans la vallée l'élément germaniaue s'étaient si bien pénétrés | de la Doire, écrasant entre eux l'armée lombarde, lu'il était devenu impossible de les distinguer l'un | Didier, avec les débris, se Jeta dans Pavie, sa le l'autre. La dynastie mérovingienne avait présidé < place forte. Il comptait gagner du temps, éloigner à cette fusion, sans d'ailleurs y travailler beaucoup. - . ^. . . . -
La dynastie des Carlovingiens, tout nouvellement installée, avait une autre tAche à remplir. U lui
du Weser aux rives de l'Ebre. Actif et infatigable, la nature semblait l'avoir taillé pour cette mds besogne. L'empereur a à la barbe fleurie », naa- Jestueux et un peu débonnaire, semble une flgoie de fantaisie, imaginée par les poètes. Il faut auBsi laisser de côté les portraits qui le représentent comme une sorte de géant, capable de fendre en deux, d'un seul coup d'épée, un caTslier et son cheval. Si l'on s'en rapporte aux écrlTains dignes de foi et surtout à Eginnard, le témoin etl*historieo de son règne, on peut se faire une idée plus Juste de sa personne. C'était un homme Tigourenx, de taille assez élevée, chargé sur le tara d*un léger embonpoint. Buvant et mangeant beaucoup, en robuste chasseur qu'il était, il lui arrivait |>arfoii de s'attarder à table. Il aimait le grand air, les exercices violents et, dans les intervalles de^ ba tailles, la poursuite des bètes fauves. Simple dans ses allures, il se couvrait du vieux costume franc, rude mais commode : autour des Jambes, des bandelettes entrelacées ; sur le corps, un caleçon et une chemise de toile qu'il recouvrait d'une pean de bète, ce ou'il fallait pour défier les fatigues et les intempéries. Tel le virent sans d^ute les Lombards, les Saxons et les Sarrasins.
Guerre contre les Aquitains et les Lombards, — Du vivant môme de son frère Carlonaan, Charlei avait eu à combattre les Aquitains. Après les avoir réduits, il reprit, pour la terminer, une autre guerre en Quelque sorte patrimoniale, la guerre des
son vainqueur, lllaîs Charles voulait en flnirT La ville, étroitement bloquée, dut ouvrir ses portes.
Didier, prisonnier, fut envoyé au monastère de Gorbie ; la monarchie lombarde avait vécu.
Les ducs, chefs militaires qui exerçaient dans le centre et le sud de la Péninsule une autorité à peu
appartenait de protéger la société qu'elle dirigeait, et où la civilisation essayait péniblement de se
reconstruire, contre les brutales poussées de la ^ ^
barbarie. L'Ëglise, dont elle était depuis Amulf près indépendante, conservèrent d'abord leur ponet Pépin de Landen ralliée traditionnelle, lui de- | voir. Mais l'un d'entre eux, Rotgaud, qui aspirait mandait de réformer son clergé, de la défendre au i au titre de roi, les entraîna en 776 dans une insurdebors contre l'islamisme maître de l'Espagne, et I rection générale. Gharlemagne quitte aussitôt la contre le paganisme maître de la Germanie, de I Saxe et, malgré l'hiver, accourt en Italie. Au mois l'aider enfin a reprendre Toffensive et à lancer en : de mai tout était fini. la révolte était domptée, avant ses missionnaires et ses apôtres. Telle était , Partout, excepté dans le sud, des ducs ei des la politique qu'avait inaugurée avec une énereie comtes francs remplacèrent les chefs lombards.
souvent mconsciente Charles-Martel, vainoueur des Arabes et des Frisons, protecteur de saint Boniface, qu'avait suivie, en l'élargissant. Pépin le Bref, adversaire acharné des Sarrazins au midi, des Fri-
En 780, Gharlemagne organisa pour son fils Pepii^ le royaume d'Italie, et pour son autre fils Louis, le royaume d'Aquitaine. Mais il conserva pour loi le titre de roi des Lombards, et continua d'exer-
sons et des Saxons au nord, plus tard défenseur attt- cer sur les nouveaux États une surveillance vigitré du Saint-Siège contre les entreprises lombardes, lante.
Politique de Charlemagne. — Cnarlemagne avsit I Guerre de Saxe. — Quand Gharlemagne marcha donc, pour ainsi dire, le cadre de son règne tout contre Didier, les hostilités avaient déjà commencé tracé. Toutes les guerres qu'il fera ont été com- entre le Rhin et le Weser. On peut dire que la
mencées ou préparées par ses prédécesseurs. Seulement il donnera k ses expéditions un caractère nouveau. Charles et Pépin ont été surtout des guerriers^ il sera un conouerant. Il ne se contentera pas d'une victoire éphémère; il exigera la sounussion complète et définitive du pays où il combat, il prétendra y installer pour toujours sa domination et en môme temps sa religion. Il ne se bornera pas à punir les incursions par d'autres incursions, il voudra assurer l'avenir et rendre les
guerre de Saxe fut la grande affaire du règne. Elle dura vingt-trois ans et comprit dix-huit expéditions distinctes. Interrompue par d'autres guerres, coupée de trêves, de pacifications apparentes, elle recommençait subitement. Des deux côtés elle fut implacable : les Saxons égorgeaient et incendiaient, les Francs par représailles massacraient et ravageaient. Cette lutte acharnée ne cessa que par le complot épuisement de l'indomptable Saxe. Les Saxons occupaient entre le Rhin et l'Elbe
attaques des barbares désormais impossibles, en , le pays tout couvert de forôts et de marécages où
soumettant et en convertissant ces mômes barbares. On pourrait appeler ses guerres des guerres préventives.
Portrait de Charlemagne. — C'est pour cela que pondant tout son règne il fut sans cesse en armes t't en mouvement, courant des Alpe» %u Weser et
s'étaient égarées tant de fois les légions romaines. Pendant que les Francs s'établissaient en Gaule et se laissaient pénétrer par une sorte de civilisation relative, les Saxons demeurés stationnaires avaient conservé la religion, les institations et surtout les mœurs farouches de la vielUe^
GHARLBMAGNE
GHARLEMAGNB
Cermcnie. Us pratiquaient dans les bois les rites Bmtéiieui de leurs ancôtres et adoraient Tarbre géuït outils appelaient llrminsul. lueurs ethelings ou nobles, leurs freilingt ou hommes libres, leurs lassen ou colons formaient une solide et immui^ ble hiérarchie sociale. Depuis des siècles, les uns commandaient, les autres obéissaient. Peu de cultore, point d'industrie, la chasse et la guerre étaient les moyens d'existence préférés. Les bandes d'aventuriers partaient en campagne, détruisaient on pillaient et revenaient chargées de butin. Pour la Gaule à peine remise des invasions, c'étaient là d'incommodes et dangereux voisins.
I~ Période de la jfuerre (772-7Î7). — Dès le début, la gnerre eut le caractère d'une lutte de religion et de races. Les Saxons avaient brûlé l'église de DeTenter dans la Frise, Charles voulut les punir, n passa le Rhin près de Mayence, franchit le Tannas et alla dans le bassin du Weser s'emparer d'Shresbnrg. Mais pendant qu'il était occupé en Italie, les Saxons reprenaient ce poste et allaient détruire le monastère de Pritslau, fondation de Boniface. En 775 Charlemagne entre de nouveau en Saxe et consacre & cette guerre deux années consécutives. Battus de tous côtés, les Saxons semtlent se soumettre; en 777» à la grande assemblée tenue à Paderbom, ils prodiguèrent au roi des Francs ce qn*Eginhard appelle « de faux semblants de dévouement et de dévotion ^^ Tous les chefs étalent présents, excepté un seul appelé Witikind. Cest la première fois que ce nom apparaît dans le Tédt d'Eginhard.
Gnerre d'Espagne. — Roncevaux. •— Charlemagne se trompa à ces apparences et crut pouvoir porter d'un autre cdté l'effort de ses armes. A Paoerfoom il avait reçu le Wali de Saragosse qui venait lui demander protection contre le calife de Cordoue. Les gouvemeun musulmans, désireux de se rendre indépendants dans leurs provinces, cherchaient un appui au dehors. Les chrétiens d'Espagne leur avaient oonseilJé de s'adresser à Charlemagne. Il était glorieux et avanUgeux en même temps de reporter au delà des Pyrénées une guerre qui s'était autrefois étendue Jusqu'à la Love. On pouvait espérer de détruire la domination mnsulmane en Espagne. Charlemagne accepta donc des propoeitions oix la politique et la religion trouvaient également leur compte. Une grande expédition fut préparée. Deux armées entrèrent en Espagne, l'une par les passages des Pyrénées orienules. l'autre par les passages de l'autre extrémité. La Jonction devait s opérer devant Saragosse. La campagne fut fertile. en mécomptes; les princes mnsoimans ne voulurent ou ne purent tenir leun promesses ; on prit piusieura places, Pampe- Inne, Jacca, Huesca, fiarcelonoi mais on ne put prendre Saragosse. Charlemagne fut vite dégoûté de l'Espagne; des soins importants l'appelaient d*aillenra d'un antre côté. Il se mit donq en devoir de repasser les Pyrénées. Dans sa retraite, l'armée fut vivement harcelée par les Vascons, vieux ennemis de la puissance franque. U fallut souvent se retourner pour faire face aux bandes de montagnards. Un de ces combats d'airière-garde est Semenré célèbre. C'est celui où succomba, dans le val de Roncevaux, le comte des marches de Bretagne, Roland. Les chansons de gestes et la gloriole espagnole ont donné les proportions d'une bataille épique à cette escarmouche (778).
Charlemagne ne se désintéressa pas cependant complètement des affaires d'Espagne. Il organisa d'abord fortement rAquitaine, installant partout des comtes et des abbés de race firanque. Il y eon« stitua plus tard un royaume pour son fils Louis
{78 1). Le Jeune princot quand il fut parvenu à 'âge 'd'homme, entretint avec les chefs chrétiens et musulmans des rapports suivis de guerre ou de diplomatie. On le voit sans cesse conclure des al-
liances, conduire des expéditions quelquefois heureuses. Il établit au delà des monts deux marches ou comtés-frontières. Tune dans ce qu'on appelle actuellement les provinces basques, l'autre dans ce qui est devenu la Catalogne.
%• période de la guerre de Saxe (778-785), — Les Saxons^ qui avaient paru si soumis à Paderbom. n'avaient attendu pour reprendre les armes que l'éloignement de Charlemagne. Soulevés à l'appel de Witikind, ils s'avancèrent jusqu*au Rhin en ruinant tout sur leur passage. Charles les battit \ Bocholt en 779 et s'avança victorieusement Jusqu'il l'Elbe. Il organisa le pays, lançant partout des légions de missionnaires, essayant de se concilier par des faveura les chefs de la noblesse. Mais l'infatigable Witikind ne lui laissa pas de longs loisirs. Aidé des Sorabes, peuple slave qu'il avait entraîné, il détruisit sur les bords du Weser la moitié d'une armée franque. Charles exerça de terribles représailles: 4500 Saxons furent décapités & Yerden. Cette sanglante exécution exaspéra les vaincus. Us firent une résistance désespérée. Enfin Witikind, traqué de retraite en retraite, demanda des otages en garantie de sa vie et alla au champ de mai d'Attigny recevoir le baptême et Jurer fidélité.
Affaires de Bavtire» — La Germanie du nord était domptée, le sud Ait troublé par les intrigues du duc de Bavière Tassillon. Ce prince, ambitieux et remuant, avait réuni dans une vaste coalidoii tous les ennemis de Charlemagne. îl croyait avec raison pouvoir compter sur les Saxons ; derrière lui s'agitaient les masses redoutables des Avares. En Italie, le duc lombard de Bénévent Areeliis, sûr d'être soutenu par les Grecs, promettait de se soulever. Mais Charlemagne les prévint. Areghis, accablé, s'estima heureux de conserver son duché en payant tribut. Tassillon, abandonné par ses pro • près sujets, fut condamné par le plaid d'Ingelheim à finb sesjours dans un monastère.
Fin de la guerre de Saxe. — Quant aux Saxons, des mesures extrêmes furent prises contre eux. 10000, choisis parmi les plus insoumis, furent enlevés des bords de l'Elbe et dispersés dans la Gaule et dans la Germanie. Des lois terribles furent appliquées à ceux qui restaient. La peine de mort frappa non-seulement les rébellions, mais aussi les délits et les infractions religieuses. Des comtes et surtout des évêaues et des abbés furent chargés de surveiller la. fidélité douteuse et l'oi^ thodoxie forcée des nouveaux convertis.
Guerre contre les Avares. — Restaient les Avares. De même origine que les Huns dont ils avaient recueilli les débris en entrant en Europe, ces tardvenus de la barbarie menaçaient à chaque instant de renouveler les dévastations d'Attila. Répandus sur les bords du Danube» de la Theiss et du Raab, dans les larges plaines de la Hongrie actuelle, ils y menaient leur vie à la fois pastorale et guerrière. Point de villes, quelques rings ou camps fortifiés dont l'un, le ring royal, passait pour inexpugnable. Leur réputation d'invincibles était leur principale force. Charlemagne hésita quelque temps à les attaquer. 11 chercha à négocier, à s'entendre avec eux pour fixer une frontière. Ils refusèrent de rien écouter. Il fallait leur faire sentir la pointe du glaive. Deux armées marchèrent à droite et à gauche du Danube, une troisième, sur une flottille, descendit le fleuve. Pépin, arrivant d'Italie, entrait par riUyrie et la Pannonie. Les Avares ne tinrent pas dans une seule bataille. Cinquante-deux joura, on leur ravagea leur pays. Les années suivantes, la guerre continua presque sans interruption, Charlemagne en laissait la conduite à ses fils. En 796, le ring royal fut forcé et pillé ; les guerriers francs revinrent chargés de butin. A ce coup, les Avares s'humilièrent, et consentirent à accepter comme limite le Waag. La marche de l'est ou Osterreich fut organisée dans les pays nouvellement conquis.
CHARLEMAGNE
GHARLEMAGNB
Territoires soumis en Van 800. — Vers Tan 800, les grandes guerres du règne étaient à peu près terminées. Depuis son avènement, Charlemagne avait rangé sous la domination franque : au sudouest le midi de la France actuelle, et au delà des Pyrénées la Catalogne et une partie de la Navarre ; au nord les contrées qui répondent au Hanovre, h la Saxe, à la Silésie et au Brandebourg; à Test, la majeure partie des provinces aujourd'hui autrichiennes ; au sud-est, Tltelie presque entière, sauf le sud du royaume de Naples. Les anciennes limites de Tempire d^Occident étaient presoue partout atteintes et sur plusieurs points dépassées.
Charlemagne couronné empereur. — Il ne manquait plus au conquérant que le titre d*empereur. L'Eglise, pour laquelle il avait tant fait, se chargea de le lui donner. En 800, il s'était rendu k Rome pour mettre la paix entre le pape, les évèques et les seigneurs voisins ; le jour de Noèl, comme il était agenouillé devant Tautel de saint Pierre, le pape Léon lui posa sur la tète la couronne et annonça au peuple, qui répondit par des acclamations, la reconstitution de Tempire d'Occident. Suivant Eginhard, ce fut une surprise gracieuse de la part du pape. Il est plus probable que la scène avait été concertée d'avance. L'acte du couronnement avait une trop grande portée politique pou^ 2u'il n'en fût pas ainsi. Le pape y gaenait d être ébarrassé de toute sujétion a l'égard de Gonstantinople ; il y gagnait aussi de constituer en Occident un pouvoir fort et respecté, capable d'abriter les progrès de l'Eglise. Quant & Charlemagne, il légiumait par là toutes ses conquêtes, il se revêtait du prestige d'un titre encore glorieux; il bénéficiait des souvenirs de grandeur que l'ancien empire avait laissés dans la mémoire des peuples. Aux yeux des Gaulois et des luliens, de tous les hommes de langue et d'éducation latines, il cessait d*être un chef de barbares, il devenait le successeur des Constantin et des Théodose.
Administration de Charlemagne, — Roi des Francs, Charlemagne a été avant tout un guerrier; empereur d'Occident, il gouverne plus qu'il ne combat. Son administration nous est connue par les témoignages des contemporains et des historiens, et aussi par les Capitulaires que lui-même a laissés. Les Capitulaires ne constituent pas un code de lois, un ensemble régulier : « la plupart ne sont pas des lois, mais des règlements d'administration, souvent des instructions adressées aux fonctionnaires, des notes confidentielles échangées entre le roi et ses délégués.... une sorte de correspondance secrète. »
Caractère général de cette administration. — A ne considérer que les apparences, c'est bien l'ancien empire romain qui est restauré au profit de Charlemagne. Le titre est le même ; les insignes, le cérémonial et jusqu'aux fprmules officielles, tout est remis en usage avec une scrupuleuse exactitude. Mais là s'arrête la ressemblance. L'autorité des empereurs romains, absolue en droit, avait été illimitée en fait; l'autorité des empereurs carlovingiens a beau se proclamer sacrée et omnipotente, il lui faut dans la pratique compter avec les nouvelles puissances sociales, l'Église et l'aristocratie. Partout, dans les rapports avec TÉ^lise, dans l'organisation administrative, dans les institutions militaires et financières, se retrouve cette contradiction : un pouvoir monarchique se disant et se croyant absolu, une féodalité laïque et ecclésiastique déjà fortement constituée et maîtresse de la société européenne.
Rapports avec r Église. — L'empereur est en npparence le chef de rÉp;li8e. Il s occupe de son instruction et do sa discipline. Comme autrefois Constantin, il convoQue et présida dos conciles. On ne connaît pas d exemple d'une résistance opposée par le dergé aux volontés de Charlemagne.
Mais cette constante docilité s'explique surtout par l'ascendant personnel qu'exerçait sur les esprits le grand empereur. En réalité rÉglise éuitdèslon une puissance formidable, en mesure de s'affranchir quand il lui plairait de la tutelle impériale. Elle possédait une partie du pouvoii* judidaire; même en matière civile, ses membres ne relevaient que de ses propres tribunaux. Elle possédait des biens considérables constitués par les legs et les donations, alimentés par la dlme perçue avec plus da régularité que les Impôts ordinaires. Les ressources temporelles ne lui manquaient donc pas pour appuyer, si besoin en était, son autorité spirituelle.
Rapports avec l'aristocratie. Assemblées, — L'empereur est le chef reconnu de Taristocratie comme de la nation tout entière. Les assemblées ou plaids ne se réunissent que sur sa convocation, au temps et au lieu fixés par lui. C'est toujours lui qui préside et oui dédde. Il provoque et dirige à soo gré les aélibérations qui ne sont suivies d'aucoa vote. Mais déjà de cette réunion confuse et tumoltuouse commence à s'en dégager une autre, composée non plus de tous les hommes libres, mais seulement dos chefs, évèques et abbés, ducs et comtes. Sous Charlemagne, ce conseil ne donna que des avis, il donnera des ordres à son successeur. Là encore Fautorité impériale n'est sauvegardée que par le respect qu inspire à tous la personne du souverain.
Administration centrale et provinciaie, — Comme les empereurs romains, Charlemagne a son administration centrale composée des dignitaires de son palais, et son administration provinciale exercée par les ducs et les comtes. Les dignitaires du palais, depuis l'apocrisiaire, à la fois chapelain et ministre des affaires ecclésiastiques, jusqu'au bouteillier et au comte de l'écurie, portent des titres qui semblent révéler une complète dépendance et une véritable domesticité. Mais sous un prince fdble tous ces serviteurs pourront devenir des maîtres. Déjà leurs charges sont des propriétés hérédiuires dans les mêmes familles. Dans les provinces le même abus se produit avec des conséquences bien plus graves. Les dues et les comtes, en droit, sont des fonctionnaires à la nomination de l'empereur, révocables à son gré, 8U^ veillés par les inspections régulières des missi dominici ou envoyés royaux. Mais en fait ces ducs et ces comtes sont toujours choisis parmi les familles considérables du pays. Au pouvoii déjà redoutable que leur donne 1 influence héréditaire de la richesse, ils ijoutent les attributions exorbitantes qui leur sont confiârées par délégation impériale. Ils président les plaids et rendent te justice, ils lèvent et commandent les soldats, ils répartissent, perçoivent rimp6t et en emploient sur place le produit. Une semblable autorité, inamovible entre les mêmes mains, transmise ré^lièrement de père en fils, ne pouvait être bien longtemps contenue par la vigilance du pouvoir central.
Service militaire, — Le service militaire était obligatoire pour les habitants de l'emphre. Ao mois de mai le ban était convoqué dans le voisinage de la frontière qu'il fallait défendre ou qu'on voulait franchir. Chacun devait se rendre à l'appel avec ses armes, son équipement et ses vivres. L'usage s'introduisit do ne convoquer le plus loavent que les grands propriétaires, ceux-ci se cha^ géant de réunir, d'équiper et d'entretenir lenn vassaux. C'est déjà le ban féodal. La multitude des hommes libres ne connaîtra bientôt plus qii6 ses chofs immédiats.
Les impôts. — Il y avait toujours, comme an temps de l'empire romain, un impôt direct consii* tant en un cens territorial et un cens personne» et un impôt indirect comprenant les confiscations, les amendes, les tribuu, les droits de douane.
CHARLES
de péage, «le. Ces imp6ts éuient perçoB par les pooToirs locaux et en majeure partie dépensés par eax sur place. Il n'en reyenait presque rien aux nudns de l'empereur.
A la Térité les besoins dn pooToir central étaient moins considérables qu'on ne pourrait le croire tout d'abord. Le service militaire et le senrice Judiciaire se faisaient gratuitement, le senrice adroi- Distratif était payé en terres. L'empereur n'avait fçnkn & pourvoir qu'à l'entretien de sa maison qui devait être nombreuse et imposante. Pour ces dépenses les revenus du domaine royal suffisaient à peu près. Mais il fallait qu'ils fussent bien administréSf Gbarlemagne le comprenait bien. C'est pour cela qu'il veille avec une attention si scrupuleuse sur ses propriétés particulières. Les minutieuses recommandations du capitulaire De ViUis ne sont pas seulement le fait d'un propriétaire entendu, mais aussi d'un politique prévoyant. Pour avoir négligé ces mêmes précautions, les successeurs de Gharlemagne se trouveront un Jour sans ressources et partant sans pouvoir.
Telle était cette administration de Gharlemagne, édifice imposant mais fragile et factice, reposant sur l'existence d'un grand honune, destiné & crouler h la première défaillance de ses successeurs.
Mowement littéraire sous Charlemagne* ^ Voir rirticle A/cuin dans lai** Pastdi.
DernUret année$ dé CharUmagne, — Dans les dernières années de son règne, Cnarlemagne paruge avec ses fils le poids du pouvoir. Il leur donne, sous sa haute direction, le gouvernement des États ft la conduite des guerres. Il semble vouloir les exercer à la pratique de l'autorité. En 806, au plaid de Thionvllle, il fait entre eux un premier partage. Au royaume d'Italie déjà existant il ajoute k Germanie méridionale Jusqu'au Danube ; à celui d'Aquiuine, la Provence et les deux tiers de la Boureogne. Charles, l'alné des princes, a le reste des Éuts paternels.
La mort de Pépin en 810, celle de Charles en 811, laissent pour unique héritier de l'empire le roi d'Aquiuine Louis. Gharlemagne, au plaid d'Aix-la- Chapelle, en 813,1e présente et le fait acclamer par les grands seigneurs ecclésiastiques et laïques. Lui-même meurt Tannée suivante. On raconte que les derniers temps de sa vie furent attristés par les incursions de la piraterie normande. A la vue de ces barques légères venant insulter les côtes de ses États, on dit qu'il versa des larmes, prévoit les futures humiliations de ses débiles hériuers. Le fait est douteux. Mais de son vivant même il était facile de prévoir la chute procliaine de son empire. La barbarie toujours menaçante au dehors, la féodalité déjà constituée au dedans, dès qae la main puissante du fondateur ne serait plus là pour les contenir, allaient accomplir leur œuvre de destraction. [Maurice Wabl.l
CHARLES. — Nous complétons par les articles ci-dessous, consacrés aux principaux souverains de ce nom, les leçons d'histoire générale et d'histoire de France dont le numéro d*ordre est indiqué à la suite de chaque nom.