COMÈTES
Térence essayèrent de transplanter à Rome, mais sans réussir à Vy faire prendre racine.
Le moyen Age produisit, dans le domaine comique, des formes dramatiques nombreuses et variées. Telles furent, en Italie, la commedia deli' arie, aux dialogues improvisés sur un canevas traditionnel, et dont les masques, Pantalon, le Capitan, Arlequin, etc., semblent remonter à l'époque romame; en Espagne, la comédie « de cape et d'épée », qui mêla les boaflbnneries aux incidents romanesques. Le mélange du burlesque et du tragique se retrouve du reste un peu partout, dans la Dériode antérieure au xvii* siècle : les pièces de Shakespeare, dont un petit nombre seulement sont des comédies dans le sens strict du mot, nous Toffrent perpétuellement ; et les mystères français du moyen âge, malgré le caractère religieux des sujets qu'ils traitaient, faisaient une part souvent très large à Télément comique.
Les farces, qui succédèrent en France aux moralités du xiv* siècle, et qui parta^rent la vogue avec les Sotties ^ bouffonneries satiriques où T Église et la royauté n'étaiont pas ménagées (V. Théâtre), furent des comédies populaires, souvent remar^ quables par l'invention des caractères et par la peinture naïvement malicieuse des ridicules. Plusieurs scènes de V Avocat PatheUn (xv« siècle) n'ont pas été surpassées pour le natuvel, la justesse de l'observation et la franche gaieté. La Renaissance tenu vainement, avec Jodelle, de faire an théâtre ce que Ronsard avait entrepris pour l'ode et pour l'épopée; le génie national ne se laissa pas imposer sur ce point l'imitation des anciens, et lorsque parut Molière, la farce était eicore si vivante, que celui-ci conserva, pour bon nombre de ses chefs-d'œuvre, ce cadre essentiellement français, aimé de la foule, et où la verve du poète pouvait se donner plus librement carrière.
Un article spécial sera consacré à Molière ; nous n^avons donc à parler ici de lui que pour rappeler combien, dans son théâtre, ce ^énle si sympathique et si profond s'est montre neuf, malgré les emprunts qu'il a pu faire. La comédie telle que l^a conçue Molière est une chose unique en son genre, dont l'antiquité n'avait point fourni de modèle, et qui résume merveilleusement la société du'xvu* siècle.
Sotts ce tombean giseot Plaute et Térence,
a dit La Fontaine dans son épitaphe de Molière. Cet éloge, qui d'ailleurs n'en serait pas un, tombe à faux : Plaute et Térence avaient copié et traduit Ménandre ; Molière fut lui-môme, et ne s'inspira que de la nature humaine et du monde qu'il avait sous les yeux.
Au xTiu* siècle, quelques auteurs dramatiques voulurent introduire dans la comédie l'élément sentimental : ils obéissaient à une tendance qui caractérise Tépoque. Cette tentative n'eut qu'un demi-succès, malgré l'appui que lu! prêta Diderot, le plus éloquent avocat de la comédie larfnt^antCf et même quelquefois Voltaire. Le chef de ces novateurs, La Chaussée, n'est plus guère connu que par la Jolie épigramme que lui décocba.Pii«n :
Goiiii«<twi-Toaf rar rHèllcon
L'itiie>et l'antre Tbalie 7 X'nne est efaaassèe, et l'antre non,
Mais etett la plus jolie.
L'une a le rire de Ténus,
L'autre est froide et pincer* Honneur à la belle aux pieds nus,
Ktrgue de La Chamtèe!
Toutefois la comédie larmoyante, ou la tragédie bourgeoise, qui répondait là des besoins nouveaux, ne périt pas ; Lessing et Schiller l'introduisirent en iUcm«ffine, et en France on la retrouve, de nos Jeups, dans cert::iBS. drames modernes.
Beaumarchais, créateur comme l'avait été Molière, mais avec bien moins de génie, et au sein d'une société bien différente, innova à son tour, et transforma la comédie en satire politique : le Barbier de SévilU et le Mariage de Figaro sont nés de ce tumultueux mouvement d'idées hostiles aux vieilles institutions, d'où allais sortir la Révolution française.
Nous ne suivrons pas la comédie dans les formes successives qu'elle a revêtues encore jusqu à i'époque contemporaine; il nous suffira d'avoir indi- QUû comment, de siècle en siècle, elle a dû se modifier suivant les milieux et les circonstances. Ces formes diverses sont marquées chacune à l'empreinte do l'époque qui les a produites, mais elles ont toutes également droit de cité dans l'histoire littéraire : chaque fois que la scène comique a été occupée par un homme de génie, qu'il s'appelle Aristophane, Shakespeare, Molière, ou le trouvère inconnu nui a écrit V Avocat Pathelin^ la critique salue et admhre des chefs-d'œuvre.
[J. Guillaume.!
COMÈTES. — Cosmographie, VllI. — Astre chevelu; telle serait du moins la définition des comètes, si l'on s'en tenait à l'étymologie. Les anciens, que frappaient les apparences, et qui d'ailleurs ne regardaient point les comètes comme des astres, comme des corps célestes ayant un cours régulier, mais comme des météores sublunaires, avaient surtout considéré la forme, l'aspect nébuleux de l'étoile, les auréoles et appendices qui l'entouraient comme une chevelure, et ces longues traînées de lumière do nt les Imaginations étaient vivement étonnées et effrayées.
Depuis Newton, la vraie- nature des comètes et de leurs orbites est connue. Ce sont, comme les planètes, des astres qui gravitent autour du Soleil, et qui, au moins pendant le cours d'une de leurs révolutions, font partie du système solaire.
Mais les comètes se distinguent des planètes par des caractères asses nets, pour qu'on en fasse une classe spéciale de corps célestes ; il ne parait guère probable qu'elles aient, les unes et les autres, une commune origine. Les orbites cométaires sont, comme les orbites planétaires, sous la dépendance des lois de Kepler, et, par suite, du principe de la gravitation qui régit tous les mouvements célestes. Mais, au lieu d'être des courbes à peu près circulaires, ce sont des ellipses très excentriques, très allongées, et même le plus grand nombre de ces orbites se confondent avec des paraboles qui auraient le même foyer. Voilà un premier caractère distinctif ; aussi, sur plus de trois cents comètes cataloguées, neuf seulement sont des comètes périodiques, à retour constaté; un certain nombre ont leurs périodes calculées sans qu'on ait pu encore les revoir, tant la durée de leurs lévolutions est grande; toutes les autres ont des périodes de révolution si longues, que c'est par milliers d'années qu'elles se mesurent; aussi les comètes de cette sorte doivent-elles être regardées comme non périodiques.
En outre, tandis que les planètes se meuvent toutes dans le même sens autour du Soleil, et dans des plans qui font entre eux de fort petits angles, les comètes ont, les unes un mouvement direct, les autres un mouvement rétrograde, et les plans de leurs orbites ont toutes les inclinaisons possibles sur l'écliptique.
Les comètes se distinguent encore des planètes par d'autres caractères qui ont trait à leur constitution physique. Toutes les planètes dont les dimensions sont assez grandes pour être mesurables, ou du moins de dimensions appréciables au téléscope^ ont la forme sphérique ou sphéroldale, et len» globes ont, avec le globe terrestre, une grands analogie. Les comètes, au contraire, paraissent constituées par des masses vaporeuses, de forma indéterminée et variable. Celles qui ont un noyau
COMMERCE
COMMERCE
taiiiineiix sont eUeiHudmes entourées d'atmospb^ refi considénbles, de nébulosités qui changent contnmellement de forme, et d*où 8*échappent, sous forme d*aigrettes on de queues, de longues traînées d*nne matière extrêmement rare. Les queues cométaires, généralement opposées au Soleil, se développent à mesure que Vastre approche de son périhélie ou du point de son orbite le plus rapproché tu Soleil, pour décroître ensuite et disparaître à mesure qu'il s*en éloigne.
Les masses des comètes sont très petites, et, pour ainsi dire Insensibles, par comparaison avec celles des planètes. Cela est constaté par les perturbations qu*elles subissent quand leur cours les amène dans lo voisinage d*nne planète, et par Tabsence de toute influence réciproque appréciable. Aussi, les craintes que les superstitions populaires ont si longtemps entretenues dans les populations au sujet des comètes, de leur influence redoutable, du danger que présenterait leur rencontre avec la Terre, n'ontelles aucun fondement. Une théorie récente, due à un astronome italien, Schiaparelli, identifie les comètes avec les essaims de corpuscules météoriques qui circulent dans les espaces interplanétaires, et dont Texistence se révèle à nous par ces (lux ou pluies d*étoiles filantes dont Tapparition a été signalée à diverses époques. Il est donc probable que si la Terre venait à rencontrer quelque comète, tout se bornerait à des apparitions semblables plus ou moins abondantes, à des phénomènes météoriques inofi'ensifs.
La première comète dont la périodicité ait été reconnue et calculée est celle de Halley, qui fait sa révolution en soixante-seize ans^ et dont le premier retour vérifié a été celui de 1750. Une autre comète périodique, celle d'Encke, ne met que trois ans un quart à parcourir son orbite. Voici du reste le tableau des neuf comètes périodiques dont il a été question plus haut :
des dei derniers
rétolutioBs pesfagei
Comètes de Encke 8 ans 28 avril 1875
^ Brorsen 5 48 oct. 1873
— Winnecke... 5 72 mars 1875
— Tempel 5 97 mai 1873
— D'Arrest 6 64 mai 1877
-. Biéla 6 60 sept. 1852
— Faye 7 41 juil. 1869
— Tutlle 13 81 nov. 1871
— Halley 76 37 nov. 1835
L'une de ces comètes, celle de Biéla, est fameuse dans rhistoire de Tastronomie. Simple, dans ses premiers passages, elle a paru dédoublée en 1846 ei en 1«52. On ne Ta point revue depuis, ou, du moins, il parait probable que c'est un de ses fragments qui est venu frôler la Terre à la date du 27 novembre 1872, et qui a donné le magnifique specucle de la pluie d'étoiles filantes dont les observateurs européens ont été témoins dans la soi rée de ce jour. [A. Guillemin.]
COMMERCE. — L'échange, — L*homme vit de richesse. Par ce dernier mot, Téconomie politique ne désigne pas seulement, comme le langage ordinaire, l'abondance de biens, mais les biens de toute nature, en quelque ouantité qu'ils soient, qui peuvent servir à la satisfaction des besoins de 1 homme. Un morceau de charbon de terro ou une fouille de papier sont de la richesse aussi bien ^;U'un palais ou que Tensemble des récoltes le la France. L'homme consomme cette richesse. Mais pour la consommer, U faut qu'elle ait été produite ; et pour la produire, il faut travailler. Produh-e et consommer, voilà les deux pôles du mouvement économique dans les sociétés humaines. Si chaque homme était réduit à produire luimême tout ce qu'il doit consommer, le nombre et U variété des besoins que chacun pouiTait sa-
tisfaire seraient nécessairement très restreints ! c'est le cas de Roblnson dans son lie. Il n'y aurait ni coopération ni division du travail ; l'emploi du capiul serait extrêmement borné, et la somme de richesse créée en moyenne par indiridu serait très minime.
L'ÉCRANGB établit entre la production et la consommation un lien qui change entièrement les rapports des individus et qial augmente dans une proportion pour ainsi dire indéfinie, les moyens de créer la richesse. L'œuvre économique envisagée dans son ensemble comprend donc trois termes : la production, qui est la phase première de la richesse ; la consommation , qui est la phase dernière; la circulation par l'échange, qui est la phase intermédiaire.
Quelques exemples aideront à comprendre la nature et le bienfait de l'échange. Deux hommes vivent isolés dans une lie ; Paul est chasseur, Pierre, pécheur. Si chacun d'eux se contente de ne consommer que ce qu'il produit, ils n'auront tous deux qu'une nourriture monotone. Mais ils peuvent entrer en relation, et Pierre dire à Paul : « J'ai passé ma journée à prendre douze poissons ; tu as passé la tienne à tuer deux lièvres : donne-moi un de tes lièvres pour six de mes poissons, c'est-à-dire le produit d'une demi- Journée contre le produit d'une demi-Journée, s Paul accepte et l échange a lieu: tous deux y trouvent profit et gsgnent la variété des aliments sans dépenser plus de travail. L'échange a consisté dans le troc (fun prodtàt contre un produit équivalent.
Survient Jacques qui est aussi un chasseur, mais qui, plus habile ou muni de meilleures armes, tue quatre lièvres dans sa iournée. S'il s'entend avec Pierre pour échanger unlièvro contre six poissons, il aura encore fait Je troc d'un produit contre un produit équivalent, parce que l'équivalence ne s'applique pas au nombre des heures de travail de chacun, mais à la valeur des objets échangés, laquelle dépend en grande partie de l'utilité et de la rareté relatives de ces objets.
Dans une société civilisée, l'échange a lieu non seulement entre Pierre, Paul et Jacques, mais entre un grand nombre de personnes qui, exerçant chacune une industrie particulière, vendent la plus grande partie de leurs produits et achètent la plupart des articles de leur consommation personnelle; L'un est agriculteur, un autre boulanger, un troisième cordonnier, un quatrième charpentier. Le boulanger ne consomme pas la centième partie des pains qu'il fabrique ; 11 vend ses pains etj avec l'argent qu'il en tire, il achète sa farine, ses vêtements, ses souliers, il fait réparer sa maison. Dans une petite commune, il y aura une dizaine de métiers différents auxquels chaque acheteur aura recours ; dans une ville très populeuse, il y en aura peut-être plus de cent. La division du travail augmente avec la richesse et avec le nombre des consommateurs. La création de grands ateliers ou de grands magasins dans certaines circonstances n*est pas une exception à cette loi ; car, dans ces vastes éteblissements, la division du travail sous une direction unique est toujours poussée plus loin que dans la petite industrie. Dès que la division du travail a multiplié les échanges, le troc en nature devient presque impossible, et les hommes sont conduits à employer une marchandise qui, ayant cours légal, soit reçue partout dans los ventes, et serve d'intermédiaire général dans les échanges en même temps que de mesure des valeurs. La monnaie (V. ce mot), remplit ce rôle. Fabriquée avec des métaux précieux, elle a une valeur réelle ; on en donne une quantité proportionnelle à la valeur de l'objet que l'on achète et, en réalité, l'on échange toujours un produit contre un produit équivalent.
COMMERCE
COMMERCE
n trriTO souTent que Tacheteiir prend la marchandise et ne donne pas immâdiatement la contre-valeur. Il 8*engage tacitement ou par écrit à la donner dans un délai indéterminé ou déterminé ; il y a dans ce cas un> fait de crédit; mais le crédit, qui est une avance de valeur, suppose que Tacheteur «^acquittera de sa dette. Dans ce cas encore, il y a échange d'un produit contre un produit équivalent ou plus exactement contre la promesse d*un produit équivalent.
On peut échanger un produit contre un service : c*e8t ce que fait le maître avec ses domestiques ou le patron avec ses ouvriers, lorsqu'il leur donne un Balaire,c'est-à-dire lorsqu'il achète une certaine quantité de travail ou un certain nombre d'heures de travail contre une somme déterminée. Les honoraires payés au médecin, le traitement de Tlnstituteur, qu il soit fourni en totalité par la commune ou en partie par la rétribution mensuelle des parents, constituent aussi, mais sous une autre forme, réchange d'un produit contre un service.
Le troc et le commei^ce, — L'échange des produits contre des produits constitue le commbecb. Ou distingue quelquefois plus particulièrement sous le nom de troc l'échange direct des marchandises contre une marchandise ouelconque, tel qu'on le pratique d'ordinaire avec les sauvages de 1 Afrique australe, et sous le nom de commerce l'échange des marchandises contre la monnaie; mais l'un et l'autre sont en réalité des manières d'ôtre du commerce.
Le troc est un mode grossier qui a de graves défauts. C'est d'abord de ne pas fournir exactement une mesure commune aux valeurs échangeables. En effet, certains peuples de l'antiquité ont employé comme histrument d'échange le bœuf, parce que le bétail était leur principale richesse ; mais les bœufs diffèrent entre eux par l'âge, le poids, la qualité et une pareille désignation n'offre pas lldee d'une valeur déterminée. Les indigènes de l'Afrique australe se servent de dents d'éléphants et de pièces de calicot; ce sont également des expressions vagues de la valeur, parce que tous les mètres de calicot et toutes les dents ne se ressemblent pas. La monnaie au contraire a ce caractère de détermination précise qui facilite les négociations ; lorsqu'on dit cent francs, mille francs, on sait qu'il s'agit d'un certain nombre de pièces pesant ensemble 450 et 4500 grammes d'argent fin, ou B2'',25 et 322''.58 d'or sans compter falliage, et qu'en vertu de la loi elles seront toujours acceptées pour 100 et pour 1000 francs : la monnaie est une mesure commune. Un second défaut du troc est de gêner l'épargne et l'accumulation des richesses. On peut épargner en quantité indéfinie de l'argent et le placer d'une manière fructueuse, parce que l'argent peut se conserver indéfiniment et
Sue, reçu en échange de tonte espèce de marchanise, il répond à tous les senres de besoins; on n'en dirait pas autant d'un bœuf qu'il faut nourrir ou d'une marchandise qui ne convient qu'à quelques personnes. Aussi ce mode de commerce, qui a pour effet de restreindre les échanges dans de très étroites limites, n'est-il, sauf quelques rares exceptions, pratique que par les sauvages. Tous les peuples qui ne sont plus dans l'état de barbarie ont remplacé le troc par le commerce pro- S rement dit, lequel consiste dans la vbnte et ans I'acrat, c'est-à-dire dans Véchange des marchandises, quelles qu'elles soient, contre de la monnaie, marcnandise déterminée, peu altérable, précieuse sous un petit volume, revêtue d*un caractère légal, facile à accumuler et par conséquent propre à servir de mesure commune aux autres marchandises»
Le commerce, intermédiaire entre la production et la consomaiatioiH a pour but de mettre les produits à la portée de ceux qui en ont besoin; il a pour
objet de transporter les produits d^un lieu à acn autre^ d'un temps pour un autre et d'un pro' priétaire à un autre. Il peut être défini en trois
mots : TRANSPORTER, CONSERVER, ÉCHANGER.
La plupart des actes de commerce comprennent les trois phases, le marchand faisant venir le produit d'une autre localité on tout au moins a*un autre magasin, le gardant avec le reste de son approvisionnement, soit qu'il le mette immédiatement en vente, soit qu'il le réserve pour la saison propice, et le livrant ensuite à l'acheteur. Cepenoant la dernière phase seule est essentielle; les commerçants font souvent sur le marché ou par correspondance acte de commerce, opérant des ventes sans qu'il y ait transport ni conservation de la marchandise, tandis que le transport et la gacrde seuls ne suffisent pas à créer un acte de commerce dans le sens économique du mot, mais constituent des services d'une nature particulière.
L'homme qui fait le conunerce doit être considéré comme un producteur aussi bien qae celai qui s*adonne à l'agriculture ou à l'industrie. Car 1 exercice du commerce est un des modes da travail, et, comme tout travail utile, il ajoute de la valeur aux produits; or la production, dans le sens économique, ne consiste pas dans une création de matière (l'homme est impuissant à créer un atome de matière), mais dans une création d*atilité. Un exemple fera comprendre le genre particulier d'utilité créé par le commerce.
Dans les grandes plaines de la République argentine, les troupeaux de bœufs et de montons sont tellement nombreux que les peaux et la laine n'y auraient, si la consommation en était faite seulement par les habitants du pays, presqu'ancnne valeur. Un négociant fait acheter mille de ces peaux à très bas prix, les fait transporter au Havre ou à Paris, les trie suivant la qualité, les garde en magasin ; puis, lorsou'un cordonnier se présente, il lui venu à son choix de la vache, du veau, du ventre ou du dos, et il lui fait légitimement payer deux fois plus qu'il n'a payé lui-même. Ce supplément, qui représente les ft'ais de transport, de garde, do manutention, les risques et le profit du négociant, mesure l'utilité créée ; dans les plaines de l'Amérique la peau avait une valeur médiocre, parce qu'il y en avait beaucoup et que peu de personnes l'employaient; à Paris, elle a une valeur double, parce qu'on en fait un très grand emploi. Si Paris était réduit à ne consommer que les cuirs provenant des bœufs du département de la Seine, presque tous ses habitants marcheraient pieds nus.
Les commerçants, — Dans une société où la richesse et le nombre des habitants ont amené uns grande division du travail, tout hidlvidu, à moins d'être nourri par sa faxnille ou de vivre d'aumônes en nature, fait des échanges et, par conséquent, des actes de commerce. Le rentier n'é* chappe pas plus que les autres à cette loi; car, chaque four, Il échange l'argent provenant de son revenu contre les marchandises au'il consomme. Cependant on ne donne le nom de commerçants qu à ceux qui font des actes de commerce par habitude et par profession.
L'article 1*' do Code de commerce dit : a Sont commerçants ceux qui exercent des actes de commerce et en font leur profession habituelle ». La loi comprend sous cotte dénomination non seulement les commerçants proprement dits, mais les industriels de toute espèce, et elle les soumet aux prescriptions du Code de commerce et à la juridiction des tribunaux de commerce. Elle n'y com- {»rend pas les agriculteurs qui ne font que vendre es produits de leur terre ni les employés et ouvriers qui ne font qu'échanger du travail contre un salaire.
Dans le langage ordinaire, on distingue les indus»
COMMERCE
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triels et les commerçants, et on désigne seulement sous ce dernier nom conx qui font profession d^acheter pour Tendre, sans transformer le produit par la fabrication ; les manutentions qui ont pour objet de conserver, de trier ou même de parer légèrement la mar bandise ne constituent pas une fabrication.
Dans les sociétés primltiTes ou pauvres, les échanges sont peu développés : ce qui domine, c'est le commerce de détatl, lequel s*exerce presque toujours du marchand au consommateur, le plus souvent avec de petits capitaux, tantôt tous les jours à poste fixe aans un magasin ou bouti-
Î[ae, tantôt à certains Jours dans les marchés et oires, tantôt de village en village par des mar^ chands forains et des colporteurs.
Dans les sociétés riches, la première place est ordinairement occupée par le commerce en gros, qui 8*exerce de commerçant à commerçant, avec de gros capitaux, et qui exige presque toujours un rayon d'approvisionnement étendu et un marché considérable. II a pour objet de former les grands approvisionnements, d'accumuler les réserves de produits nationaux pour les livrer au commerce de détaU en temps opportun, de faire venir de loin les produits étrangers que le petit commerce n'aurait pas la puissance de se procurer, de constituer, par ses opérations, les cours, c'est-à-dire les prix régulateurs du marché.
On désigne vulgairement soui le nom de marchand les personnes qui exercent le commerce de détail, et sous celui de négociant celles qui font le commerce en gros. Il y a, dans les grands centres de consommation, des maisons de détail assez considérables pour faire leurs approvisionnements en gros et poar réunir les deux caractères. Le nombre de ces maisons s'est accru depuis que les chemins de fer ont rendu les communications plus faciles. Le commerce intérieur et le commerce extérieur. — On peut distinguer trois degrés dans la civilisation commerciale des sociétés. Au premier degré, le travail est très peu divisé, la population est clairsemée, la vie est presque tonte pastorale ou agricole, et le commerce est très faible, quoique les principales familles vivent dans une abondance relative de denrées naturelles et se procureàt même, ordinairement, par des marchands forains certains produits de luxe apportés de loin. Au second degré, des villes se sont formées par l'agglomération d'une partie de la population, les petites industries se sont multipliées et la division au trawU est plus développée ; mais elle est encore en grande partie individuelle, c'est-à-dire que dans chaque contrée qui se sufBt à peu près à ellemême, il y a des individus qui s'adonnent à un travail particulier ; le cercle des échanges est peu étendu et le petit commerce domine. Au troisième degré, lorsque la richesse est devenue plus considérable, que les voies de communication sont plus nombreuses et plus commodes, la division territoriale du travail se développe au profit de la société; non seulement chaane individu exerce une profession particulière dans laquelle il devient plus habile en s'aldant de moyens de fabrication plus perfectionnés, et peut livrer ses produits dans de meilleures conditions; mais le commerce, n'ouvrant de vastes débouchés, fait venir les matières premières et les objets manufacturés que chaque contxée est le plus apte à fournir dans de bonnes conditions, et en même temps il porte les
{produits nationaux sur les marches, voisins ou ointains, qui paraissent le plus avantageux. La consommauon, qui est le but de la production Jouit deTabondance et de la variété des marchandises : elle est mieux servie.
Getta division territoriale du travail peut se produire entre les différentes parties d'un même fitat ou entre les différents Etats de la terre. Les
échanges oui ont lieu dans l'intérieur des frontières d'un Etat constituent le commerce intérieur; ceux qui ont lieu d*un Etat à un autre constituent le commerce extérieur.
Le commercé intérieur est aujourd'hui entièrement libre en France. Chacun peut s'établir où il veut, faire le commerce qu'il veut et transporter dans toutes les parties du territoire ses propres produits et les produits d'autrul. Cette règle générale ne souffre qu'un petit nombre d'exceptions qui ont été faites en vue de la police ou de la perception des impôts ; telles sont les formalités requises pour le transport du vin, et le droit d'octroi à l'entrée dans les villes, n n'en a pas toujours été ainsi. Sous le régime féodal, il y avait des péages nombreux sur les routes et rivières et des impôts au passage d'une province à une autre ; c'est à l'ordonnance de 1664, rendue sous le ministère de Colbert, et aux lois votées par l'Assemblée constituante de 1789, créatrice de Tunité administrative de la France, qu'est dû le bienfait de la libre circulation du commerce à l'intérieur du territoire. Ce commerce,
2ui porte sur la plus grande partie de la producon agricole et presque sur la totalité de la production industrielle, représente un chiffre total d'affaires beaucoup plus élevé que celui du commerce extérieur; ma'is, comme on ne saurait enregistrer toutes les ventes et tous les achats qui se font Journellement sur la surface de la France, il est impossible de le déterminer exactement.
Le commerce extérieur au contraire peut être déterminé, parce que l'administration des douanes enregistre toute marchandise qui, entrant ou sortant, passe la frontière. Les marchandises qui entrent constituent Yimportation, qui se compose en fénéral d'achats faits par les nationaux chez les trangers. Les marchandises qui sortent constituent Vexportation, qui se compose en général des ventes faites par les nationaux aux étrangers. Certaines marchandises n'entrent d*un côté que pour sortir par un autre ; elles se servent du territoire d'une nation comme de la route la plus commode pour se rendre d'un pays étranser à un autre pays étranger : elles constituent le transit. Lorsqu une marchandise doit payer à l'entrée un droit de douanes, le négociant qui la fait venir de l'étranger sans savoir encore s il la vendra dans son pays, la dépose provisoirement en certains lieux ou elle est gardée sans avoir à acquitter le droit : ces lieux sont les entrepôts. Lorsqu'il la fait sortir de l'entrepôt pour la vendre hors de son pays, la marchandise ne paie pas le droit ; au contraire elle le paie s'il la vend dans le pays même. L'administration des douanes en France désigne sous le nom de commerce général le total des importations et des exportations, et sous le nom de commerce spécial le commerce des marchandises, non compris celles qui sont dans les entrepôts ou qui en sont sorties pour aller sur les marchés étrangers.
Le commerce général indique dans son ensemble l'activité commerciale de la nation. Le commerce spécial indique d'une manière plus exacte les ventes de produits nationaux faites à l'étranger et la consommation de produits étrangers faite par les nationaux. La distmction n'est pourtant pas rigoureuse, parce que les négociants ne prennent pas la peine do mettre en entrepôt les matières premières non soumises à on droit qu'ils importent pour les réexporter.
Les douanes sont établies sur la frontière de presque tous les Ëtats, pour percevoir des droits sur les marchandises qui entrent ou qui sortent et pour constater en même temps le mouvement du commerce extérieur. En général, les taxes sont rares à l'exportation ; elles sont aujourd'hui à peu près nulles en France. Elles sont diversement réparties à l'importation, suivant que la législation douanière slnspire du système restrictifs qui. im-
COMMERCE
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pose des prohibitions et des droits protecteurs, ou du système de la liberté commerciale^ qui n'admet que les droits fiscaux. Le premier système, se préoccupant moins de l'intérêt du Trésor et de la consommation que de Tintérôt particulier de cer« taines industries nationales, oppose aux produits analogues de Tindustrie étrangère une défense absolue d'entrer ou des droits assez élevés pour on restreindre la vente en les faisant renchérir, afin de réserver ainsi l'avantage à ces industries nationales sur le marché intérieur. Le second système, se préoccupant surtout de Tintérôt général des consommateurs sans toutofois abandonner r intérêt du Trésor public, met sur les marchan* dises importées des droiu légers, afin qu'elles puissent entrer en grande quantité, fournir largement le marché, stimuler par la concurrence les manufactures nationales à faire mieux que l'étranger, et rémunérer le Trésor par la perception d'un très grand nombre de petites taxes.
Los produits s'échan^nt contre des produits, avons-nous dit. Une nation ne peut donc acheter à l'étranger que dans la mesure où elle vend ellemême à l'étranger ; si la balance ne se fait pas exactement chaque année, elle s'établit peu à peu au bout d'un certain temps, à moins do circonstances exceptionnelles, telles que celle d'une nation qui aurait beaucoup de capitaux placés à l'étranger et qui paierait avec ses revenus extérieurs Texcédant de ses importations. Par conséquent une grande nation ne peut être, suivant une expresbion quelquefois employée, « inondée » de produits étrangers que dans la mesure où elle « inonde » elle-même 1 étranger de ses produits. La liberté commerciale profite non seulement au commerce, qu'elle développe, mais à l'industrie nationale prise dans son ensemble, à laquelle elle fournit des débouchés plus larges par Taccroissement de l'exportation, en même temps qu'à la consommation qu'elle ap-
Srovisionne plus copieusement. Envisagée au point e vue des droits du producteur, elle signifie liberté du travail et égalité ; au point de vue des résultats généraux de rechange, elle signifie facilité des débouchés et extension du marché.
Influence du commerce sur la civilisation, — Les nations tendent toutes à développer leur commerce. Elles ne sauraient rester isolées les unes des autres, parce que les produits des pays les plus divers sont entrés aujourd'hui, grâce à la facilité des relations lointaines, dans la consommation Journalière et dans les habitudes de la plus modeste existence.
Un ouvrier de Paris, avant de se rendre le matin à l'atelier, mange un morceau de pain fait avec la farine de la Beauce ou peut-être même de la Russie et de la Californie, et il boit un verre de vin, mélange des crûs de l'Orléanais et du Languedoc, pendant que sa femme prend le café au lait que les caféiers de Java, les cannes à sucre de Cuba et les vaches de Normandie ont conspiré à lui composer. Il s'habille avec une chemise dont le coton, venu des États-Unis ou de Tlnde, a été tissé à Rouen, et avec un paletot dont le drap, produit de Lodève, contient des laines de l'Australie et du Cap ; il met dos souliers dont le cuir a été la peau d'une vache paissant dans les pampas de la Piau. n regarde rheure à sa montre, et il ne se doute pas que, dans un si petit objet, il y ait à la fois de l'acier de la Suède, du cuivre du Chili, des rubis du Brésil, de l'or de l'Oural, pas plus qu'il ne se doute que les cinq parties du monde, avant même qu'il ne soit hors de sa maison, ont en quelque sorte rivalisé pour satisfaire ses besoins, et que le commerce est l'auteur do ces Jouissances.
On peut résumer de la façon suivante les principaux avantages que le commerce procure aux hommes et à la civilisation :
l^'En apportant chaque chose à l'endroit précis
où elle est le plus recherchée, 11 accroît par ee seul fait la somme des utilités partout où il agit;
V II est la condition nécessaire de la division du travaily qui «îst elle-même la condition nécessaire d'une production abondante ; le commerco extérieur donne même naissance à de nombreases industries qui n'existeraient pas sans lui, faute de matière première, telles que la fabrication des cotonnades en Europe;
30 II tend à auamenter tactivité laborieuse des hommes, non-seulement par les induBtries dont il provoque l'établissement, mais par les Jouissances nouvelles qu'il ofTre et qui ne peuvent être obtenues qu'au prix du travail ;
4« En éublissant des relations fréquentes entre diverses contrées, il apprend aux peuples à se eonnaitre, et il contribue à les éclairer les uns par les autres;
5* En stimulant les découvertes maritimes, il a enseigné à l'homme à mieux connaître la terre, son domaine ;
60 En lui faisant connaître la terre. Il rinvite à en prendre possession par la colonisation. C'est ainsi que les Etats-Unis et une partie de FAustralie sont devenus des centres importants de population et des foyers nouveaux de civilisation dans Je monde ;
7*" Le commerce lui-même ne peut se développer qu'à l'aide de moyens de communicaiion faciles^ rapides et économiques. C'est le génie du commerce qui a suscité la navigation à vapeur et les chemins de fer.
Histoire du commerce, — La civilisation dont nous sommes les héritiers est née dans la haute Asie et sur les bords du Nil ; c'est autour du bassin de la Méditerranée qu'elle s'est épanouie. Los grandes nations commerçantes de Tantiquité ont habité sur ses bords. Les Phéniciens, qui ne possédaient qu'un très petit territoire, médiocrement fertile, ont eu cependant une grande puissance, parce Que leurs ports, Sldon, IVr, étaient précisément situés à l'extrémité orientale de cette mer, sur la côte où les caravanes, venues de l'intérieur de l'Asie, apportaient les produits de rOrlent, et d'où les navires partaient pour les distribuer dans les comptoirs phéniciens et dans les contrées riveraines de la Méditerranée; Carthage était un de ces comptoirs. Plus tard, les yille» grecques d'Asie Mineure, entre autres Iftilet, et quelques-unes des républiques de la Grèce, Athènes surtout, se substituèrent aux Phénicienff et héritèrent en partie de leur puissance commerciale. Alexandrie, ville grecque fondée par Alexan* dre le Grand à peu de distance des bouoies du NU, devint, après la destruction de Tyr, le principal entrepôt entre l'Europe et l'Asie, et resta, pendant toute la durée de l'empire romain et pendant le moyen Age, une grande place de commerce.
A l'époque où les Arabes étendirent leur domination sur toute l'Asie occidentale et sur le nord de l'Afriaue, le commerce fut florissant dans leur empire ; le Caire, la Mecque, Damas, Bagdad, Bassora, Samarcande dirent de riches marchés.
Les croisades contribuèrent à ramener en Europe le commerce maritime et à renouer les relations dt rOccidont avec l'Orient. L'Italie, péninsule avancée au centre de la Méditerranée, dut en çtmde partie à sa situation géographioue de recueillir presque tous les profits de ce trafic. Amalfl, Pise, Florence, surtout Gênes et Venise, ports situés l'un à l'ouest, au fond de la mer Tyrrhenienne, l'autre M'est au fond de la mer Adriatique, près des routes qui conduisaient à travers les Alpes dans l'Europe centrale, devinrent de grandes atés. Le commerce y développa l'industrie, comme il arrive d'ordinaire, et l'Italie fut la contrée la plus riche de l'Europe. Les marchands italiens allaient non-sealement à Alexandrie et sur les côtes de l'Asie Ki-
COMMERCE
COIiMERCE
neure» mais jQsqn'aa fond de la mer d*AzOT, d*où partaient alors tous les ans des caravanes pour la Chine. D*autres foyers d*activité commerciale s étaient formés sur les côtes des mers du nord de l'Europe, à Lubeek, à Hambourg, à Brème, à Anvers, à Bruges, etc. Ces villes s'étaient unies pour former une puissante confédération sous le nom de Hanse teotonique. En France, Marseille et Montpellier dans le midi, Lyon sur le Rhône, Paris, étaient aussi de grandes cités commerçantes, et les foires de Champagne, qui se tenaient à Troyes, à Reims, à Provins, étaient renommées.
La déconTerte de VAmérique par Christophe Colomb on 1492, et celle de la route maritime des hifies par Vaaco de Gama en 1497-98, changèrent la direction du grand commerce. La Méditerranée perdit une partie de son importance, et les républiques italiennes déclinèrent ainsi qu'Alexandrie. La prépondérance commerciale passa aux Portw oaU et aux Espagnols^ qui ne surent pas la conserver longtemps. Mais elle resta à des nations riveraines de Focéan Atlantique.
Les Portugais dans l'Inde et dans les mers de la Chine, les Espagnols dans l'Amérique centrale et dans l'Amérique du sud, avaient fondé des comptoirs et de vastes colonies*^ et ils avaient écarté toute concurrence commerciale en réservant d'une manière absolae à la mère-patrie le monopole des produits naturels & exporter des possessions d'outre-mer et celui des produits de tout genre à y importer.
Les Hollandais^ qui s'étaient affranchis de la domlnaUon des Espagnols et auxquels l'Espagne fermait par représailles les ports de l'Espagne ot du Portugal, allèrent eux-mêmes chercher dans les Indes les produits de l'orient, et s'emparèrent d'une partie des colonies portugaises; ils créèrent la Compa^ie des Indes orientales, qui ne se montra pas moins Jalouse de son monopole que ne l'avaient ét.é les Portugais et les Espagnols, et ils restèrent pendant plus d'un siècle la puissance prépondérante sur les mers : Amsterdam devint le plus grand marché de l'Europe.
'jOuis XIV et son ministre Golbert s'appliquèrent à multiplier les manufactures et à développer la marine en France. Ds pensèrent y réussir en éublissant un tarif de douanes qui, d'une part, permettait, aussi largement que possible, l'entrée des matières premières et des denrées et en interdisait la sortie, qui, d'autre part^ facilitait la sortie des produits manufacturés et en gênait l'entrée par des droits élevés, afin de favoriser les fabriques nationales. C'était \^ système mercantile^ qui est moins propre que la liberté commerciale au progrès des échanges. Louis XIV fonda des colonies et chercha à affaiblir la Hollande dont il Jalousait la prospérité, il l'envahit en 1672 et la força ainsi à se jeter dans ralUanco anglaise. Il n'en eut pas le profit. Ce fut V Angleterre qui hérita de la suprématie des mers et qui commença à fonder au xvii* et au xviii* siècle son vaste empire colonial dans l'Inde et en Amérique.
Pendant la Révolution française et sous l'Empire, la France soutint contre l'Angleterre une guerre maritime de vingt-trois ans ; elle y perdit ses dernières colonies. Napoléon essaya de ruiner son ennemie en éUblissant (de 1806 à 1814) le blocus continental par lequel il interdisait l'accès de tous les ports du continent soumis à son influence h la manne anglaise et prohibait toute marchandise de provenance britannique. Il ne réussit pas. A la chute de FEmplre, les relations commerciales se rétablirent entre les Etota européens.
Depuis le commencement du xix* siècle, les conmtioDs générales du grand commerce ont été prolondément modifiées :
1* Les colonies anglaises de l'Amérique du nord se sont émancipées, et ont formé, en 1776, la répu-
blique des Etats-Unis, qui est devenue une grandsnation, comptant, après cent ans, plus de 40 millions d'habitants, ayant une marine importante, un commerce considérable, une industrie puissante et approvisionnant les marchés européens de matières premières, principalement de coton.
2" Dans les vinst-cinq premières années du dixneuvième siècle, les colonies espagnoles de l'Amérique et le Brésil^ colonie portugaise, se sont également émancipés et ont formé des empires ou des républiques. Leurs marchés, Jusques-là exclusivement réservés à la métropole, se sont ouverts à tout le commerce européen ; l'Angleterre et la France y ont pris la première place.
3* Le commerce européen a pénétré aussi, quoi-
?[ue moins complètement, dans l'intérieur de l'Arique. Au sud, les Anglais se sont substitués aux Hollandais pendant les guerres de l'Empire et ont fondé l'importante colonie du Cap, Au nord, les Français occupent Y Algérie, dont la conquête a commencé en 1830 ; les Anglais, qui tenaient déjà Gibraltar, ont acquis, depuis 1801, par la prise de-
f)ossession de Malte, un nouvel entrepôt en face dea côte d'Afrique ; VEgypte, devenue presque indépendante, a pris un notable développement d& ricnesse : son territoire et son commerce se sont étendus Jusque sous l'équateur. Les marchandises anglaises et américaines sont portées par les marchands arabes et par les tribus nègres, dans Vintérieur de F Afrique, dont les voyageurs ont exploréen parUe les régions mystérieuses.
4* V Australie f qui a eu ses premiers colons en 1788, est aujourd'hui, avec la 'Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, un pays civilisé qui fournit 2^ l'Europeune grande quantité de laine et d'or.
5** Les relations avec l'Asie sont devenues aussi beaucoup plus importantes. L'Angleterre a achevé la conquête de VlndCj dont tout le territoire lui est directement ou indirectement soumis; elle y a construit des chemins de fer et encouragé la culture du coton et même l'établissement de manufactures. La Chine^ où les commerçants européens n'étaient tolérés que dans un seul port, à Csùiton, a été ouverte par deux guerres suivies de traités ; le traité de 1842, qui autorise le commerce dans cinq ports; celui de 1860, qui l'autorise dans treixe porta. L'Angleterre, l'Amériaue, l'Allemagne et la France ont surtout profité de ces relations nouvelles. Les Russes, qui ont étendu leur domination dans le nord de l'Asie, ont pris une part importante au commerce de la Chine en rendant aux routes ds terre une partie de Tactivité qu'elles avaient eue durant le moyen &ge. Le Japon s'est ouvert également depuis 18S4 au commerce^'et il s'est appliquéà transformer sa constitution intérieure à 1 image des nations civilisées de l'Europe.
6* Ces marchés lointains où a pénétré l'Europe ont été rendus plus facilement accessibles à la navigation à vapeur, oui a commencé sur l'Océanaprès les guerres de 1 Empire, et qui^ depuis la substitution de l'hélice aux roues à aubes, tend de plus en plus à remplacer la navigation à voiles.
7** La création des chemins de fer, qui ont sur le roulage le triple avantage de déplacer rapidement et à moins de frais des quantités beaucoup plus grandes, a produit dans les transports par terre des changements plus considérables encore que la vapeur dans les transports par mer. Ils
Souvent être considérés & juste titre comme une es causes qui ont exercé la plus erande influence sur les changements qui se sont produits de notre temps dans la condition économique des personnes et dans les relations du commerce intérieur.
8* Le télégraphe électrique, qui met presque toutes les grandes contrées de la terre en relauon immédiate et qui permet aux négociants de conclure dans le même Jour des achats et des ventes dans les cinq parties du monde, a changé les anciennes
COMMERCE
COMMERCE
habitudes et donné une force nouYelle au grand commerce.
9^ Le canal de Suez, en faisant communiquer la Méditerranée et Tocéan Indien, a changé et abrégé
S)ur la navigation à vapeur la route d'Europe en rient; il a ramené le commerce dans la direction suivie avant la découverte du Cap de Bonne -Espérance, mais en substituant une li^ne de navigation continue à Tancien transport, qui se faisait partie par navires et partie par caravanes.
Le commerce consiste à transporter et à échanger : le développement qu'il a pris au xix* siècle est nécessairement dû en grande partie à l'ouverture de marchés aussi vastes et à la création de moyens de communication aussi avantageux.
10** Le développement des oanques et des mojens de crédit a donné aussi au commerce international des facilités qu'il était loin de posséder au même degré dans les siècles précédents.
11* Après la période des guerres de l'Empire, qui avaient placé le commerce dans une situation anormale, la plupart des grandes nations de l'Europe établirent des tarifs de douanes qui génèrent le développement des affaires, par des droits élevés •et des prohibitions : c'est ce qu'on appelait le système protecteur, lequel fut pendant longtemps dominant en Angleterre, en rrance et dans la plupart des États du continent. L'Angleterre qui, par la- nature de sa grande industrie et de son commerce, sentait plus que d'autres le besoin d'élargir les débouchés pour son approvisionnement en substances alimentaires et en matières premières 6t pour l'exportation de ses produits manufacturés, fut la première à adopter le principe de la liberté commerciale: elle le fit, à l'instigation de Cobden, par la réforme de Robert Peel(l 846) .La France entra en 1860 dans la môme voie par Us traités de commerce QVL*éi\Q algna avec les principales nations d'Europe (la Russie exceptée), et l ensemble du commerce de ces nations prit un plus grand essor. Depuis la guerre de 1870-71, les défiances causées par l'état politique du monde et par les crises commerciales ont de nouveau pousse les gouvernements à rendre l'accès de leurs marchés plus difficile aux étrangers, et à chercher dans l'augmentation des droits de douanes le moyen de couvrir une partie dos dépenses croissantes de l'Etat.
Cette tendance est regrettable. Les droits protecteurs peuvent plaire au petit nombre des industriels dont les produits, couverts contre la concurrence étrangère, sont vendus plus cher sur les marchés naUonaux qu'ils ne le seraient sur les marchés étrangers ; ces industriels peuvent en effet dtre portés à confondre les considérations de l'iniérôt privé avec celles de l'intérêt général. Mais de tels droits ne sauraient plaire à tous les industriels ; car la protection ne s'adresse toujours qu'à un nombre restreint de produits et un droit même très élevé (de 30 à 50 0/0), qui frapperait également les importaUons de toute nature, constituerait un droit fiscal très onéreux et impolitique, mais non un droit protecteur. Us ne sont pas favorables aux ouvriers, parce qu'en principe le taux du salaire se règle sur l'état général de la richesse et des habitudes d'un pays, et qu'en fait les Journées ne sont pas mieux rétribuées dans une filature de coton, industrie yii iouit d'une certaine protection, que dans une abrlque de soieries, qui n'est pas protéeée. Us doivent déplaire aux consommateurs, qui paient plus cher ; or ceux-ci représentent un beaucoup plus grand nombre d'individus que certains groupes d'industriels. Ils sont désapprouvés par la grande majorité des économistes, parce que l'économie politique enseigne que le bon marché et l'abondance des produite sont le but principal de la production^ que la concurrence est un des moyens les plus 8ûr8d«rattefadre,et que la liberté du travail, qm est
à la fois un droit de l'homme et une cause de richesse, comprend non-seulement la Uberté de produire, mais aussi la liberté de vendre et d'acheter.
État du commerce actuel du monde et géographie commerciale. — Le commerce du monde a son foyer principal dans V Europe. occidentale ei dans une partie de l'Europe centrale (Prusse occidentale. Saxe, Suisse, Bohème), qu habitent les nations les plus riches par la production manufacturière et par l'étendue do leurs relations. A la tète de ces nations est l'Angleterre, qu'aucune autre n'égale. Sa marine marchande forme à peu près la moitié de toutes les marines de l'Europe ; car l'ensemble de ses bâtiments de commerce atteint une capacité de plus de huit millions do tonneaux fan tonneau équivaut à un mètre cube), et l'ensemble des autres marines de TEurope a une capacité d'environ sept millions et demi de tonneaux. Son commerce dépasse seize milliards de francs ; celui do reste de l'Europe est d'environ quarante-huit milliards. Au second rang parmi les nations commerçantes se place la France, avec un commerce général de plus de neuf milliards. Au troisième, V Empire allemand (7 milliards et demi), puis la Belaiqtte (4,300 millions), qui fait un commerce considérable relativement à son petit territoire. Vers ce foyer occidental convergent des substances alimentaires et des matières premières de toute espèce venues de l'Eu* rope centrale, méridionale et orientale et des qna* tre autres parties du monde, ainsi que les métaux précieux ; de là partent quelques produits agricoles, de la houille, et surtout des produits manufacturés avec les matières fournies par l'importation ou par la culture et par les mines des pays mêmes.
L'Europe centrale, orientale et méridionale fournit à l'Europe occidentale, comme substances alimentaires, les céréales de Russie et de Hongrie, les bestiaux d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, les Miits, les vins et Vhuile d^oHve de la région méditerranéenne, le lin et le chanvre de Russie, la laine d'Allemagne, d'Autriche, de Russie, de Turquie, les bois de construction de Scandinavie, de Russie, d'Allemagne et d'Autriche, les graines oléaaineuses d'Allema(;ne , de Russie, les cuirs d'Allemagne, de Russie, de Tunjuie, Valcooi de l'Europe orientale. L'Europe occidentale vend en retour aux autres régions de l'Europe la houille, le fer et les autres métaux de l'Angleterre, le sucre raffiné de France et de Belgique ; les produits exotiques (café, coton, métaux, etc.), que le commerce maritime a introduits dans ses ports et qu'elle réexporte ; les produits manufacturés de ses fabriques, tissus et fils de coton, tissus de laine, de lin et de chanvre, de soie, machines, métaux ouvrés et quincaillerie, armes, mercerie, vêtements confectionnés.
L'Europe et surtout l'Europe occidentale reçoit des quatre autres parties du monde les cMales et la farine des États-Unis et du Canada, les viandes salées ou conservées des Ëtate-Unis et de la Plata, le sucre des Antilles, de la Malaisie, du Brésil, le café du Brésil, de Java, de Sumatra, de Ceylan, des Antilles, du Venezuela, le thé de la Chine, du Japon, de l'Inde, le coton des États-Unis, de l'Inde, de l'Egypte, du Brésil, la soie de la Chine, du Japon, de l'Inde, les métaux précieux des États-Unis, de l'Australie, du Mexique, de l'Amérique du sud, les métaux usuels, cuivre, étaln, etc., du Chili, des btats-Unis, de la Malaisie, de l'Australie, les bois de construction et les bois d'ébéniiterie du Canada, des États-Unis, du Brésil, de TAmériaue centrale, des Antilles, de l'Inde et de l'Indo-Chine, les graines oléagineuses et les huiles de la cête d'Afrique, de l'Inde, le pétroU des États-Unis, les cuirs, peaux, cornes et dé pouiUes d'animaux de la PlaU, de l'Uruguay, do
COHMERGB
COMMERCE
Brésil, des États-Unis, los fburrures de Sibérie et du Canada, Yivoirt de l'Egypte, des côtes d'Afrique, de rindo-Ghine, le caoutchouc da Brésil^ de 1 Inde, de la Malaisie, des Antilles.
L'Europe reçoit directement la mineure partie de ces produits lointains dans an petit nombre de ports : Glasgow, Lirerpool, Sonthampton, Londres, en Grande-Bretagne; Marseille, Bordeaux, Saint- Nasaire* le Havre en France; Anvers, Rotterdam, Amsterdam, Brame, Hambourg sur la mer da Nord, auxquels il faut ajouter Cônes et Trieste dans la Méditerranée. Ces ports sont eux-mêmes des marchés et des entrepôts d*où les marchandises se répandent, par vole de mer ou de terre, dans le reste de rBurope.
Hors d*£arope> les foyers de commerce les plus importants sont: les Etats-UniSttim ont une nombreuse marine, une industrie et une agriculture florissantes, et qui, exportant surtout des substances alimentaires et des nutières premières en Europe, font concurrence en Orient et en Afrique aux produits manufacturés des nations européennes ; VInde et la Chine avec le Japon^ qui par leur très nombreuse population (près de 700 millions d'habitants), sont des contres importants de production et de consommation.
Voici le tableau comparé du commerce des nations pour Tannée 1876 et années voisines :
Angleterre
P«T8-Bm ,
Belgique ,
Vnnct ,
Empire allemand....
Suisse
Aotncbe-HoDgrie. . •
Portugal
Espagne
Italie.
Grèce •••••..•••..•'
Tnrqaie...
Serbie.
Boumanie
Russie
Danemark
Suède et Norvège. .
Egypte
États barbaresques . , Algérie et coL franc.
Colonies* britanniques Le reste de l'Afrique.
AfHqua.
Asie rosse
Asie britannl^e .
Empire chinois. . .
Japon
Le reste de TAsie.
Asie
Colonies des Pays-Bas Colonies britanniques Le reste de l'Océante.
Océaniâ.
Dominion du Canada.
États-Unis
Mexique......
Antilles
Brésil
Répub. Argentine . . .
Chili
Pérou
Le reste de l'Amérique.
Amériqite,,
fl.St
Le total est de près de 75 milliards de francs. Ces nombres ne doivent pas être pris comme Texpression exacte de la vérité. Les relevés ne sont pas faits dans les divers pays sur les mémos bases ; ils manquent absolument de précision pour certaines contrées, et pour plusieurs le commerce de mer seul est compté. Si chaque nombre était exact, il ne faudrait pas en conclure aue la somme des marchandises échangées dans le commerce extérieur du monde, soit de 75 milliards ; car toute marchandise doit nécessairement être comptée deux fois, une première fois à l'exportation d'un £tat, une seconde fois à Timportation d'un autre Eut; le total se réduirait à 37 milliards environ. D'antre part, chaque nombre, fût-il exact, ne donnerait encore qu'une idée approximative de Tactivité commerciale d'une population; en effet, dans une région où les Euts sont de médiocre
étendue, le commerce dans les échanges Journaliers franchit beaucoup plus souvent des frontières que dans un très çrand Etat, comme la Chine qui possède plus d'habitants q^ue toute TEurope.
Toutefois ces chiffres indiquent d'une manière approximative l'importance relative des États de la terre au point de vue commercial ; ils assignent à l'Europe le premier rang parmi les parties du monde ; à TAngleterre le premier rang en Europe et à la France le second ; ils placent ensuite l'Amérique, dans le commerce de laquelle les États- Unis figurent pour près de moitié. Comme TAméri- Que civilisée ainsi que les lies britanniques de
I Océanie sont peuplées par la race européenne, c*est à cette race qu'appartient aujourd'hui la suprématie commerciale dans le monde, parce que
§lus que toute autre elle a eu le génie de llnustrie, de l'invention et de rentreprise,qu'elle produitbeaucoup de richesse, et qu'elle s'est répandue par la colonisation et par la navigation sur presque tout le globe en cherchant des terres à cultiver, des matières à acheter et des marchés à approvisionner.
Histoire du commerce flrcmçait. — Dans l'antiquité, le principal centre commercial de la Gaule barbare a été Marseille, colonie fondée par les Grecs de Phocée sur la côte de la Méditerranée : Marseille est resté pendant de longs siècles l'entrepôt des produits de l'Orient et de la Grèce, que les marchands distribuaient ensuite dans l'intérieur du pays en remontant le Rhône et en rapportant des matières premières ; après la conquête ro* maine, Lyon, bâti au confluent de la Saône et du Rhône, au débouché des routes des Alpes, entre l'Italie et la Gaule, a disputé la suprématie commerciale à Marseille.
Au moyen âge comme dans l'antiquité^ les cours d'eau navigables ont été très fréquentés par le commerce en eros, parce qu'ils sont des chemins tout faits sur lesquels le transport est peu coûteux. Montpellier et Marseille, beaucaire, célébra par sa foire où venaient les marchands de l'Afrique et de l'Asie, éuient les principaux marebés de la région méditerranéenne; Bordeaux, qui entretenait des relations très suivies avec l'Angleterrei la Rochelle, Nantes, Saint-Malo, Rouen, Dieppe, étaient ceux de la région océanique. Dans rmtérleur dos terres, la ville d'Orléans, entrepôt naturel du commerce de la Loire avec Paris, et les foires de Champagne où les marchandises, venues d'Italie et d'Orient par le Rhône et la Saône, s'étalaient à côté des produits de la Flandre, avaient alors une Importance qu'elles ont perdue aujourd'hui.
Colbert est le premier ministre qui ait suivi avec persévérance une politique systématique dans les
âucstions de commerce : favoriser rlmportation es matières premières et l'exportation des produits manufacturés, créer de grandes compagnies privilégiées à l'imitation des Hollandais, fonder des colonies, conclure des traités de commerce, telle a été, commd nous l'avons dit plus haut, sa politique.
II ne réussit pas dans toutes ses entreprises, mais les relations extérieures des négociants français se développèrent sous son administration.
Peu de temps avant la Révolution, la France avait conclu avec l'Angleterre (1786) un traité qui modifiait considérablement le système restrictif de Colbert; pendant la Révolution, elle adopta un tarif général (1791) inspiré également par un esprit libéral. Mais la guerre avec l'Angleterre l'amena à publier un acte de navigation (1793) calqué sur la législation maritime de sa rivale et tout opposé aux tendances de la liberté ; puis, sous l'empire, à décréter (1806 et 1807) le blocus continental, qui fut plus désastreux encore pour le commerce européen que pour la marine britannique. La plupart des ports du continent furent ruinés.
COMMERCE
COMMERCE
Sous la Restauration les manufacturiers et les propriétaires fonciers, redoutant une concurrence a Isûiuelle le rônme de guerre ne les avait pas habitués, conserrèrent, malgré la paix, le tarif prohibitif de ISOftetraggravèrentenyotant, de 1816àl826, une suite de lois de finances qui mirent den droits ou élevèrent les droits déjà établis sur les produits de l'agriculture et sur la plupart des produits de la grande industrie ; ils constituèrent le système protecteur.
Le commerce français atteignait presque un milliard de francs vers la fin du règne de Louis XVI. Depuis 1827, date à laquelle le relevé du commerce a été fait d*une manière suivie et par des procédés qui permettent la comparaison, le commerce spécial s*est élevé par une progression continue, quoique lente Jusqu'en 1847 inclusivement, de 920 millions h près de 1 800 millions, doublant ainsi dans l'espace de 20 ans ; la progression n*a été momentanément interrompue que par quelques crises commerciales, comme celle de 1830-ai, celle de 1837 et celle de 1847. (Suivre sur la figure représentant par une courbe le commerce spécial de la France de 1827 à 1878). L'année de la révolution de 1848 a amené une crise beaucoup plus forte : le commerce est tombé au-dessous de 1 200 millions. Mais il s'est promptement relevé et, en 1859, il dépassait 3 900 millions ; il avait au moins doublé dans l'espace de dix ans. Deux causes avaient particulièrement contribué à ce rapide développement : quelques adoucissements apportés au tarif restrictif du système protecteur, et surtout le développement du réseau des chemins de fer et de la navigation à vapeur. Le commerce avait, durant cette période, subi la crise de 1857-58.
En 1860, la France rompit avec le régime protecteur; elle conclut avec l'Angleterre d'abord (23 Janvier 1860), puis avec d'autres nations des traités de commerce qui facilitèrent les échanges et exercèrent une influence analogue à celle qu'avaient eue la transition des anciens modes de transport à l'emploi de la vapeur. De 3 900 millions le commerce spécial s'éleva en dix ans h plus de 6 200 millions. Il ne doublait pas; mais il augmentait de 2 300 millions, tandis que durant la période précédente, il avait augmenté de 2 100 millions environ.
Les révolutions et les guerres occasionnent toujours des crises. Le commerce français qui avait ressenti, en 1867, le contre-coup de la guerre allemande de 1866, s'affaissa en 1870, mais pour se relever promptement en 1872 et 1878 et atteindre presque 7 600 millions en 1876.
Il ne faut pas accepter sans certaines réserves la progression qui résulte de la comparaison de ces nombres. Jusqu'en 1847, on évaluait le commerce d'après les « valeurs officielles » qui avaient été fixées en 1827 et qui restaient les mêmes quels que fussent les prix réels des ventes ; depuis 1847, on évalue le commerce d'après les valeurs actuelles, c'est-à-dire d'après les prix du marché tels qu'ils sont relevés pour chaque année par une commission spéciale. Or, les prix ont pour la majeure partie des marchandises augmenté sensiblement depuis 1847, et des valeurs doubles ne correspondent pas à des quantités doubles.
Après la stagnation causée par la guerre de 1870-71, l'essor avait été trop rapide pour être durable : les événements politiques et économiques de l'Europe et de l'Amérique ont de nouveau ralenti le progrès. Les négociants sont en général prompts à s'alarmer et à attribuer à la concurrence les défaillances qui ont lieu de temps à autre dans le négoce : le spectacle du mouvement général des affaires durant une longue suite d'années est propre à ramener l'esprit à un Jugement plus sain. Le commerce extérieur de la France est en progrès, comme celui de toutes les grandes nations : c*est
un point auquel il faut s*attacher. En dix-huit ans, de 1859 à 1878, il a augmenté de plus de 3 700 mUlions; dans les dix -huit années précédentes, U avait augmenté de 2400 millions. Comme celui de toutes les nations aussi, il est exposé à être arrêté par des obstacles et traversé par des crises ; ces crises sont d'autant moins intenses d'ordinaire que le crédit est plus solidement assis, et le mal se répare d'autant plus vite qne les débouchés sont plus nombreux et plus faciles.
Le commerce se compose d'importations et d'exportations. C'est un préjugé de croire qu'une nation puisse exporter, sans importer ; nons avons dit qu'elle doit nécessairement rcceroir soit en numéraire, soit en marchandises, réqnivalent de ce qu'elle a livré sur les marchés étrangers ; le numéraire n*est pas un objet de retour plus avantageux en lui-même que les marchandises, puisqu'il sert à les acheter, et il ne figure dans la balance que pour la part la moins considérable (347 millions en moyenne d'excédant des im-
f^ortations de numéraire sur les exportations dans a dernière décade sur un commerce général de 8 46t millions). En principe, les importations et les exportations, en y comprenant le numéraire, devraient se balancer ; les importations défNisseraient même les exportations d^one certaine quantité, parce que les produits à lear entrée valent le prix pa^é sur le marché étranger et augmenté des frais de transport, tandis que les produits exportés ne sont pas encore grevés de la totalité des frais de transport. Dans la pratique (voir la figure représentant par une courbe les importations et les exportations de la France de 1827 à 1878), ce sont tantôt les importations et tantôt les exportations qui l'emportent, sans qu'on puisse en inférer que le commerce souffre ou prospère; par exemple, de 18i0 à 1847 et de 1867 à 1871, l'avantage a été à l'importation ; il a été à l'exportation de 1848 à 1854 et de 1862 à 1866.
La balance s'établit non pas dans le cours d'une même année, mais dans une période plus on moins longue.
Si les exportations sont profitables à la richesse publique, parce que les producteurs nationaux de tout genre ont intérêt à trouver le placement le plus avantageux de leurs produits, les importation! ne le sont pas moins, puisqu'elles fournissent aux consommateurs les marchandises dont ils ont besoin pour leur travail ou pour leur consommation personnelle. Une bonne politique doit moins s'occuper d'un équilibre qui s'établit naturellement, que de la largeur et de la facilité des débouchés par lesquels s^accroissent l'importation et l'exportation.
Dans les trois tableaux ci-après (page 462) nous indiquerons quelques-uns des principaux mouvements du commerce français. Les deux derniers confirment la loi générale que nous avons indiquée pour l'Europe occidentale : importation de matières premières et de denrées coloniales, exportation de produits manufacturés et de certains produits agricoles. Ils prouvent qu'au point de vue de nos industries nationales considérées dans leur ensemble, la France a un grand intérêt à ne gêner ni l'exportation ni l'importation.
Le premier tableau montre le progrès constant des échanges d'une période à l'autre. Nous aurions pu donner, et un maître pourrait vouloir donner dans une leçon sur le commerce, toute la suite des résultats par année depuis 1827. J^oum ne l'avons pas fait, parce que les longues colonnes de chifires, utiles à consulter dans le cabinet, ne sont pas en général bonnes pour l'enseignement. En accumulant beaucoup de chifires, on risque d'en rendre rintelligence moins facile et de ne pu mettre en relief la notion des rapports généraux qu'il importe surtout de conserver dans sa mémoire.
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