TEMPS MODERNES
Guerres d'Italie (V. p. 925).
Guerre des paysans (V. p. 926).
Guerres de rehgion (id.).
Guerre des Trois Henri (V. p. 927).
Guerre de Trente Ans (Id.).
Guerre de dévolution (V. p. 932).
Guerre de Hollande (Id.).
Gccrre de la ligue d'Augsbourg (Id.).
Guerre de la succession d'Espagne (V. p. 939).
Guerre de la quadruple allfance (Id.).
Guerre de la succession de Pologne (V. p. 934).
Guerre de la succession d* Autriche C^d.).
Guerre de Sept Ans (V. p. 937).
Guerre d*Amérique (V. p. 9 j9).
Guerre d'Espagne (V. p. 941).
Guerre de 1 Opium (V. p. 942).
Guerre d*Orient (Id.).
Guerre dTUlie (Id.).
Guerre du Mexique (V. p. 943)«
Guerre de la Sécession ^Id.).
auerre de Thèbes on des Sept chafis. — Hîstoin générale, VI. — Une légende gi-ccqae raco'iuii qu'après Texil volontaire d'QEdipe, roi de Tbèbeà, ses deux fils, Etéocle et Polynice, s'étaient disputé la royauté. Polynice, aidé de six autres chefs, vint assiéger Thèbes où son frère exerçait le pouvoir royal. Etéocle et Polynice se tuèrent en combat singulier. Après la mort des deux « frères ecoemis », les Thébalns mirent en déroute Tannée da assiégeants, et se donnèrent pour roi Gréon. Oi événements se seraient passés au tretEième siôàs avant notre ère. Cette légende célèbre a fourd à Racine le sujet de sa première tragédie, intitsléc la Thébaide ou les Frères ennemis.
Oaerre des Épigones. — Histoire générale, >1 — Elle est la suite de celle des Sept Chefs. Les £f igoneSf c'est-à-dire les fils de ces sept chefs, firiit contre Thèbes une nouvelle expédition pour \er^ la mort de leurs pères, et prirent la ville SipTf'M de sanglants combats. Thersandre, fils de Polymcê. devint roi de Thèbes.
Guerre de Troie. *- Histoire géoérale, \1. — La guerre de Troie appartient, comme celle àa Thèbes, à l'époque légendaire de la Grèce, n nVst pas possible de déterminer Jusqu'à quel point des faits historiques peuvent se trouver mêlés, d^oi cette légende, aux créations de l'imagination populaire. Les calculs chronologiques qui placent la prise de Troie en l'an 1184 avant notre ère ne reposent sur aucune donnée certaine. Les aventures d'AdiiUe et des autres héros grecs qui allèrent assiéger la cité du roi Priam ont été chantées dans l'un dei admirables poèmes attribués à HomèrOt Vlhade; on trouvera une courte analyse de ce poème à ^2^ ticle Epopée.
Querres de Messénie. — Histoire générale, VI, VII. — Guerres entre les Spartiates et leors voisins les Messéniens. On en distingue trois. Li première (de 743 à 723 avant notre ère) eut pour théâtre les environs du mont Ithôme, sur lequel 1m Messéniens avaient construit une ioH«resse qoe défendit pendant de longues années le héros Anstodème ; mais après sa mort, les Spartiates prirent Ithôme et soumirent la Messénie. Cinquante ans plus tard, le Messénien Aristomène app!^ aux armes ses compatriotes, et battit plusieurs fois les Spartiates, qui ne retrouvèrent leur assurance qu'aux accenu belliqueux du poète Tvrtée : ce fat la seconde guerre (68S-€(^). Aristomène, enfermé dans Ira, s'y maintmt onie années, mais fat enfin obligé de quitter la Messénie, qui retomba au pouvoir de Sparte. Ces deux premières guerres ont os caractère légendaire. Il n'en est pas ainsi de la troisième, qui appartient en plein à la période historique : en 464, à la suite d'un tremblement ds terre qui «vait dérruit en partie la ville de Spart»
GUERRES
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les Messéniens se révoltèrent. Ils battirent à Sténykiaros une armée Spartiate ; mais les réYoltéa se virent ensuite contraints de se retirer sur le mont Ithôme, où ils fur^t assiégés ; ils se défendirent Taillamment, et lorsqu'ils durent enfin capituler, ils obtinrent de pouvoir quitter le Péloponèse avec leurs familles; Tamiral athénien Tolmidès les établit h Naupacte, sur le golfe de Corinthe (455).
Quarras m6diqQe8. — Histoire générale, Vil. — Guerres entre les Grecs et les trois rois de Perse ou de Médie, Darius, Xerxès et Artaxenès, dans la première moitié du cinquième siècle avant notre ère. On en compte trois. La première commence & la révolte des villes grecques dlonie (501), et se termine à la bataille de Marathon (490). La seconde commence à rexpédition entreprise par Xenès contre la Grèce (480) et se terqiine aux batailles de Platée et de Uycale (479). La troisième comprend les campagnes des Athéniens en Thrace, en Asie et à Chypre, et se termine oar le traité de 449, qui reconnut la liberté des Grecs d*Asie et donna à A^thènea Tempire de la mer- — V. Grèce.
Qoerre du PUoponèse. — Histoire générale, VII. — Guerre entre Athènes et Sparte, qui se termina par la défaite d'Athènes. Presque tous les peuples de la Grèce y prirent part. La plupart des lies et des villes grecques aAsie, ainsi que les Acarnaniens, les Platéens, les Thessaliens, étaient du parti d'Athènes; les Spartiates avaient pour eux tous les Péloponésiens, excepté les Achéens et lo8 Argiens, et de plus les Corinthiens, les Béotiens, les Pbocidiens, les Étoliens. La cuerre dura de 481 à 404, avec une interruption de 421 à 415. Pour les deuils, V. Grèce,
Ouerres sacrées. — Histoire générale, VI, VIII. — Nom donné chez les Grecs à quatre guerres dont le prétexte fut un sacrilège commis à l'égard du dieu Apollon de Delphes.
Première guerre (604-595). — Les Phocidiens de Crissa avaîent ofTensé Toracle d'Apollon à Delphes. Le conseil amphictyonique décida de leur faire la guerre. Après une longue lutte, les villes de Crissa et de Cirrha furent prises et détruites. Seconde guerre, — Les Phocidiens s'étaient emparés de radministration du temple de Delphes, à laâuelle les Delphiens prétendaient avoir seuls des roits. Sparte envoya a Delphes une expédition, et les Phocidiens furent chasses (448) ; mais quand les Spartiates furent repartis, les Athéniens intervinrent et remirent de nouveau Delphes entre les mains des Phocidiens.
Troisième guerre. » Les Phocidiens ayant labouré des champs consacrés à Apollon, le conseil ampliictyonique leur déclara la guerre (357]). Les Phocidiens se défendirent énergiquement. Philippe de Macédoine profiU de cette occasion pour intervenir dans les affaires orecques : se posant en défenseur de la religion, il combattit les Phocidiens, les vainquit et se fit ensuite donner leur place dans le conseil des amphictyons (346).
Quatrième guerre. — Philippe avait besoin d'un nouveau prétexte pour entrer en Grèce avec son armée. Son agent, l'orateur Eschine, fit voter par les amphictyons une autre guerre sacrée contre les Locrions, qui depuis deux siècles cultivaient une terre appartenant à Apollon (339). Philippe reçut le commandement de l'expédition ; mais quand il eut franchi les Thermopyles, au lieu de combattre les Locriens.il s'empara d^Élatée, déclara la guerre
I Athènes, et se rendit maître de la Grèce par la victoire de Chéronée (888). — V. Grèce.
Onerres puniques. — Histoire générale» XII. — Guerres entre Rome et Carthage. Leur nom vient du mot latin punicus, signifiant carthaginois.
II y en eut trois. La première (V64-241) eut pour théâtre la Sicile» le nord de l'Afrique, et la Méditerranée. La seconde (219-201) fut presque entièrement
remplie par l'expédition d'Annibal en Italie, et se termina parla victoire do Scipion l'Africain à Zama* La troisième (149-146) aboutit à la destruction de Carthage après un long siège, et à la réduction de rAfrique septentrionale en province romaine. — V. Rome.
Onerrs Inexpiable ou guerre des mercenaires.
— Histoire générale, XII. — Après la première guerre punique, les mercenaires à la solde de Carthage, n'étant pas payés depuis longtemps, te révoltèrent (241). Ils entraînèrent dans leur révolte les villes africaines, et Carthage se vit bientôt dans un péril si extrême, ou'elle fut réduite à demander des secours à Hieron. de Syracuse et même aux Romains. L'habileté d'Amilcar Barcala sauva : il réussit à enfermer la principale arméo des mercenaires dans le défilé de la Hache, et l'y détruisit par la famine et par la trahison ; une autre armée fut anéantie dans une bataille. Les atrocités commises par les Carthaginois dans la répression de cette formidable révolte parurent si monstrueuses à Tantiquité elle-même, qu'elle donna à cette lutte sanglante le nom de guerre inexpiable,
Onerree de Maoèdoina. — Histoire (générale, XU. — On appelle ainsi les guerres qui eurent pour conséquence la réduction de la Macédoine en province romaine. On en compte quatre.
Première guerre.^ Philippe IH, roi de Macédoine, avait fait alliance avec Annibal pendant la seconde guerre punique. Les Romains envoyèrent en Illyrle une légion qui le battit (214), puis ils armèrent contre lui la ligue étolienne, le tyran de Sparte Machanidas, le roi de Pergame Attale. La guerre dura Jusqu'en 205, sans succès bien marqués de part ni d'autre, et se termina par un traité stipulant qu'anc^n des deux partis n'attaquerait les alliés de l'autre.
Deuxième guerre. — Philippe avait recommencé la lutte contre les alliés de Rome, malgré le traité* Le sénat romam lui déclara la guerre (200). Les deux premières campagnes dirigées contre le roi de Macédoine restèrent sans résultat; mais Flamininus, nommé consul, gagna la ligue achéenne, et détruisit l'armée de Philippe à Cynocéphales (197). Le roi n'obtint la paix qu'à des conditions humiliantes; et les villes grecoues, soumises précédemment à rinfluence macéaonienne, furent toutes déclarées libres py un décret que Flamininus fit proclamer aux Jeu! istlimiques (196).
Troisième guerre. — Philippe était mort sans avoir pu venger sa défaite. Son successeur Persée, après de longs préparatifs, recommença la guerre (172).* Il tint tète aux Romains pendant quatre ans ; enfin Paul Emile, nommé consul, prit lo commandement de l'armée envoyée contre lui, et le défit complètement à Pydna (168). Persée, lait prisonnier, mourut en captivité.
Quatrième guerre. — L'aventurier Andriscus, se donnant pour fils de Persée, souleva la Macédoine contre les Romains en lâ2. Il fut battu et pris par Cécilius Métellus (148). Quelques années plus tard, un nouveau soulèvement ayant eu lieu, le sénat, après l'avoir comprimé, réduisit la Macédoine en province (142). — V. Grèce, Macédoine et Rome.
Guerre de Mumanoe. — Histoire générale, XII. — La ville de Numance, près des sources du Douro, fut le dernier boulevard de la résistance des Espagnols aux légions romaines après l'assassinat de Viriathe. Les Numantins tinrent en échec pendant huit ans tous les généraux que Rome envoya contre eux. Enfin Scipion Émiiien, le destructeur de Carthage, vint mettre en personne le siège devant Numance (134). Après une résistance désespérée, les habitants brûlèrent leur ville et se jetèrent dans les flammes. Cervantes a célébré l'héroïsme des Numantins dans une tragédie [la fiumaitcia) qui est un des chofs-d'œuvro du théAtro espagnol.
— V, Espagne et Rome.
Ouerre de Jngurttaa. — Histoire générale.
GUERRES
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XIT. — Jugurtha, petit-fils de Massinissa, roi deNn*midie, ayant fait mourir ses cousins Hiempsal et Adherbal afin de régner seul, Rome lui déâara la guerre (1 1 1 ). Il corrompit le général qu'on envoya contre lui ; étant venu ensuite à Rome, où il fit assassiner un autre de ses compétiteurs, il acheta l'indulgence des magistrats, et put retourner en AMque en laissant à Rome cet adieu célèbre : « Ville vénale, il ne te manque qu'un acheteur asseï riche 1 » Le sépat envoya de nouveau contre lui une armée, commandée par Métellus (109). La guerre traîna en longueur. Ce fut Marins, le futur vainqueur des Qmbres, qui l'acheva. Jugurtha, vaincu, se réfugia chez Bocchus, roi de Mauritanie : celui-ci le livra aux Romains, en vertu d'un traité dont le négociateur fut Sylla, lieutenant de Marins (106). Jugurtha, enfermé aans la prison souterraine du Capit-^le, y mourut de faim. L'histoire de la guerre de Juj^urlha a été écrite par Sallusto. — Y. Rome,
Guerre sooialo. — Histoire générale, XII et Vni. — .Ce nom. qui signifie en latin auerre des alliés, est donné, dans Tbistoire romaine, à la révolte des peuples italiens contre Rome, qui dura de 90 à 88, et qui fut comprimée par Sylla. L'histoire de la guerre sociale a été écrite par Prosper Mérimée. — V. Rome.
On appelle aussi guerre sociale, dans l'histoire grecque, le soulèvement des alliés maritimes d'Athènes contre cette ville (357). Après une lutte qui dura trois ans, Athènes fut contrainto de reconnaître l'indépendance de ses anciens alliés. — V. Grèce.
Guerre de Mltliridate. — Histoire générale, XII. — Mithridate VII. roi de Pont, après avoir agrandi ses États héréditaires par la conquête de la Paphlagonlo et de la Galatie, se trouva en conflit avec les Romains qui voulurent l'empêcher de s'em-
Earer de la Cappadoco et de la Bithynie. Déclarant I guerre à Rome au moment où celle-ci se voyait menacée par la révolte des Italiens, il conquit rapidement toute l'Asie Mineure, et fit massacrer tous les Romains qui s'y trouvaient (88); puis il entraîna dans son parti la Grèce, où il envoya son général Archélatls. Sylla marcha contre lui, prit Athènes (86), battit Archélaûs & Chéronée et un autre lieutenant de Mithridate à Orchomène, et passa ensuite en Asie Mineure. Mithridate demanda la paix et restitua ses conquêtes (84). Mais, quelques années
Elus tard, il reprit les armes (75). Cette fois ce fut ucullus qui reçut le commandement des légions Yomaines: il pénétra dans le Pont, et obligea Mithridate à se réfugier auprès du roi d'Arménie Tigrane, qui fut vaincu à son tour par les Romains. Pompée, qui succéda à Lurullus, poursuivit Mithridate JusQue dans le Caucase. Mais pendant
Sue Pompée allait conquérir la Syrie, l'infatigable lithridate, qui avait retrouvé une armée, entrait dans le royaume du Bosphore cimmérien (Crimée), qu'il voulut soulever contre Rome. Son propre fils Pharnace se révolta alors contre lui, et Mithridate, se voyant sur le point d'être livré aux Romains, se tua à Panticapée (63). — V. Rome.
Guerre des pirates. ~ Histoire générale, XII. — Après la mort de Sylla. des pirates, établis dans Quelques lies de la Méditerranée et sur les côtes de Gilicie, infestèrent les mers. Le proconsul Servilius, envoyé contre eux en 77, les combattit inutilement pendant trois ans. Les pirates^ toujours plus redoutés, s'allièrent à Mithridate et à Sertorius. Antonius et Métellus cherchèrent à les détruire, mais sans remporter de succès décisifs.Enfin, Pompée, investi à cet effet d'une mission extraordinaire, entreprend de purger la Méditerranée de ces insaisissables ennemis qui affamaient Rome (67). n brûle leurs vaisseaux, détruit leurs forteresses, et les poursuit jusçjue dans la Cilicie, leur dernier repaire : trois mois lui suffirent pour terminer cette campagne, qui rendit son nom populaire.— V. Rome,
Guerres senrUes. — Histohre générale, Xn. ^ On donne ce nom aux luttes que Rome eut à soutenir à plusieurs reprises contre les eadaves révoltés. •
Nombreuses furent lev tentatives de soulèvemeot
Sarmi les malheureux que la servitade vouait aa ur labeur agricole et au régime impitoyable de Vergastule, on aux misères avilissantes de la tyrannie domestique. Dès Tan 415 avant l'ère chrétienne, c'est-à-oire à une époque où rhistoire de Rome est encore à demi légendaire, les esdaves conspirent pour incendier la ville ; le complot est dénoncé par deux traîtres, les conjurés sont mis à mort. En Tan 217, pendant la deuxième guerre punique, autre complot à la suite duquel vingt-ciaq esâaves sont mis en croix. En l'an 198, révolte des esclaves dans le Latium ; ils 8*emparent de deux villes ; un préteur est envoyé contre sux, et les révoltés sont massacrés. En l'an 196, autre révolte en Etrurie ; l^envoi d'une légion est nécessaire pour comprimer le soulèvement. En Tan 185. on découvre que la confrérie religieuse dite des Bacchanales sert de manteau à une vaste conjuration servile ; le sénat, effrayé, fait périr des milliers d'e»clavcs à Rome et dans toute l'Italie. Enfin, un demi-siècle plus tard, éclate en Sicile la première grande insurrection des esclaves.
Première guerre seroile. — Il y STait à Enna, rille située au centre de la Sicile, un grand propriétaire nommé Damopliile, dont les domaines étaient couverts de nombreux troupeaux d esclaves. Un jour, poussés à bout par la cruauté de leur maître, ceux-ci se révoltent et massacrent Damophile et sa famille, n'épargnant que sa fille qui leur avait montré autrefois de la pitié (134). Ils entrent ensuite dans la ville, s'en emparent, et mettent à mort tous les citoyens. Aussitôt le mouvement se propage dans les campagnes et dans les villes voisines. L'armée des insurgés, forte déjà de plusieurs milliers d'hommes, met à sa tète un escUve syrien nommé Eunus. Celui-ci avait acquis un grand ascendant sur ses compagnons, en se donnant pour prophète et faiseur de miracles : il jetait des flammes en parlant, prodige qu'il exécuuit au moyen d'une noix remplie de soufre allumé, cachée dans sa bouche. Pour mieux assurer son prestige, Eunus prend le diadème, et s'entoure de l'appareil royal des monarques orientaux ; il emprunte aux despotes de son pays naul jusqu'à leur nom, et s'appelle désormais Aniiochus, roi des Sf/riens. Bientôt la Sicile entière, sauf quelques cités fortifiées, est aux mains des révoltés ; deni cent mille esclaves y avaient brisé leurs chaînes : ils tuaient leurs maîtres, ou les faisaient esclavei à leur tour. Les travailleurs libres eux-mômes, lei prolétaires, font cause commune avec les insurgés. La nouvelle de la révolte de Sicile se répandit rapidement dans le monde entier; partout les esclaves frémirent. Il y eut des soulèvements partiels en Italie, réprimés aussitôt pardes exécutions sanglantes ; dads les mines d'argent de TAttiqae, et sur le grand marché d'esclaves de l'Ile de Délos, où des forces supérieures eurent également raison de la révolte ; enfin en Asie Mineure, où les bandes d'esclaves insurgés, ayant à leur tète un chef nommé Aristonicus, qui prenait le titre de roi de Pergame. tinrent en écnec pendant plusieurs années les légions romaines. Le philosophe grec Blossias de Cumes, qui avait été, dit Plutarque, l'ami et le conseiller de Tibérius Gracchua, s*étaic retiré, après la mort do célèbre tribun (en 133), auprès d'Aristonicus; quand ce dernier fut Tainca, Blotsius se tua.
Rome réussit h empêcher toute eommunicatioa entre les divers foyers d'insurrection ; la Sicile, isolée et réduite à elle-même, éuît dès lors con* damnée à succomber, malgré les succès que les révoltés avaient remportés d'abord sur les années
GUERRES
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romaines. Une des places-fortes occupées par les «Bclavet, Tauroménium, fiit prise par la famine, «près que les assiégés eurent mangé leurs femmes et leurs enfants; un peu plus tard, Enna, qui serrait de centre à Tinsurrection, fût livrée par trahison. La chute de ces deux citadelles assura la Yictoire des Romains. Tous les esclaves réToltés qui furent pris périrent dans les supplices. Le « roi AntiocQus », qui s'était réfugié dans une caverne avec son cuisinier, son boulanger, son baigneur et son bouffon, fut fait prisonnier et tué dans son cachot (132). Il ne resta de la formidable armée servile que quelques bandes qui se sauvèrent dans les montagnes.
Deuxième guerre, — un second soulèvement éclata en Sicile quelques années plus tard (101) . Ce fut de nouveau près d*Enna que la révolte commença, et, comme la première fols, les insurgés prirent pour clièT un Syrien, Tesclavo Salvius, qui se donna le nom du monarque alors régnant en Sjrrie, et s'appela le roi Tryphon. Les troupes romaines envoyées contre les révoltés furent battues. Tandis que la révolte grandissait dans rintérieur de l'Ile, une autre insurrection éclatait sur la c6te occidentale ; elle était dirigée par un Cilicien nommé Âthénion, qui dans son pays avait été chef de brigands. Athénien était un habile soldat ; il donna à sa troupe une bonne organisation militaire, n'armant que les hommes forts et exercés, et employant les autres à travailler pour l'armée ; il se montra humain envers les habitants des campagnes et les prisonniers, et cemporta de grands et rapides succès. Donnant ensuite une preuve remarquable d'intelligence politique, il reconnut volonuirement le rot Tryfihon pour son supérieur hiérarchique, et évita ainsi toute discorde entre les insurgés. Pendant (quatre années, les bandes de Salvius et d' Athénien tinrent la campagne, battant les armées romaines à chaque rencontre ; mais Salrius périt dans un engagement, et peu de temps après un consul gagna sur Athénion une bataille où il tua en combat singulier le brave Cilicien (100). Les révoltés furent alors traqués dans les montagnes ; d'immenses massacres signalèrent la victoire des Romains. Quelques centaines d'esclaves, pris vivants, avaient été envoyés à Rome pour être livrés aux bètes dans le cirque ; mais ils trompèrent Tattente de leurs bourreaux, en se tuant les uns les autres ; leur chef égorgea le dernier survivant, puis se frappa lui-même.
Troisième guerre, — Celle aes révoltes serviles qui a laissé les plus tragiques souvenirs est la troisième et dernière, celle de Spartacus (78-71). Cotte fois, ce fut riulie même qui fut le théAtre de la lutte. Il y avait dans plusieurs villes des établissements nommés écoles de gladiateurs , où l'on dressait les esclaves au maniement des armes pour les Jeux sanglants de l'arène. Un Jour, à Gapoue, une troupe de soixante-quatorze esclaves gladiateurs brisa les portes de Vécole qui lui servait de prison, et se réfugia sur le Vésuve. A la tète de cette oetite bande se trouvaient un Thrace nommé Spartacus et un Gaulois nommé Crixos. Ils n'avaient d'autres armes que des bâtons pohitus; mais ayant surpris et défait un corps de trois mille hommes qu'on avait envoyé contre eux, ils purent s'armer des dépouilles des ennemis vaincus. Leur troupe se grossit rapidement de tous les esclaves fugitifs de l'Italie. Ils battirent une armée romaine, et alors, ayant atteint le chiffre de 100,000 hommes, ils se trouvèrent complètement maîtres de l'Italie méridionale. Mais l'insurrection manquait d'unité; les esclaves d'origine hellénique et orientale marchaient sons les ordres de Spartacus, qui se montra aussi distingué par sa grandeur d'âme et sa générosité que par sa bravoure et ses Ulents stratégiques; mais ceux de race gauloise et germaine voulurent faire bande à part, et cette diri-
slon permit aux Romains de remporter des «leeèi sur des corps détachés. Spartacus n'en Infligoa pat moins de sanglantes défaites à plusieurs consuls romains ; puis il voulut passer en Sicile, où les esclaves n attendaleift que sa présence pour se soulever une troisième fois. Il négocia avec des pirates, qui devaient le transporter dans l'Ile, lui et ses compagnons; mais les pirates, achetés par les Romains, reçurent (le Spartacus le prix du pas« sage, et ensuite lui refusèrent leurs vaisseaux. Le préteur Crassus, qui avait suivi Spartacus dans la Calabre, essaya de l'y renfermer; il fit construire
§ar ses légionnaires une muraille fortifiée longue e quatorze lieues, qui coupait la presqu'île dans toute sa largeur. Mais Spartacus force cette muraille durant une nuit neigeuse, et rentre en Italie. Rome tremble : toutes les troupes des provinces sont rappelées pour combattre ce redoutable adversaire. La victoire des Romains fut facilitée par la division qui continuait à régner parmi les révoltés ; divers corps isolés purent être écrasés en détail ; et enfin Spartacus lui-même fut tué dans une action décisive (71). On extermina peu à peu, en battant les montagnes, les restes des bandes insurgées.
La lutte avait été atroce de part et d'autre. Les esclaves, exaspérés par de longues souffrances et abrutis par la servitude, n'avaient pour la plupart cherché dans leur triomphe passager que de sanguinaires vengeances et les jouissances de l'orgie; les maîtres, rendus plus féroces encore par la peur, firent expier à leurs victimes, dans d'horribles supplices, Je crime d'avoir brisé leurs chaînes ; sur la seule route de Capoue à Rome^ six mille croix portant des cadavres d'esclaves annoncèrent an passant l'œuvre sanglante de la justice romaine.
— V. Esclavage. [J. Guillaume.]
Guerre des Gaules. — Histoire générale, XII; Histoire de France, II. — Nom donné aux sept campagnes que Jules César accomplit, de 68 à 51« pendant son proconsulat des Gaules, et qu'il a racontées dans ses Commentaires. — V. Gaule et Home.
Guerre oi^ile. — Histoire générale, XIIL •* Ce nom s'applique spécialement, dans l'histoife romaine, à la lutte entre Jules César et le parti du sénat ou de Pompée, lutte dont les batailles de Pharsalo, de Thapsus et de Munda forment les principaux épisodes. Elle dura de 49 à 45, et se termina par le triomphe complet de César sur les pompéiens. César a écrit lui-môme rbistolre de la première partie de la guerre civile. — V. Rome.
Guerre de Modène. — Histoire générale, XIY.
— Un an après le meurtre de César, Antoine était allé assiéger dans Modène le proconsul Déeimus Brutus, l'un des meurtriers du dicuteur. Oc^ tave, fils adoptif de César et rival d'Antoine, sccepu du sénat la mission d'aller porter secours 1 D'écimus Brutus. Accompagné des deux consul.^ Hirtius et Pansa, Octave marcha contre Antoine, qui fut vaincu dans deux batailles et dut s'enfiiir vers les Alpes (43). Les deux consuls ayant éto tués dans le dernier engagement. Octave, revenu à Rome, se fit donner le consulat : ce fut le commencement de sa fortune politique. Il allait bientôt s'allier à celui qui avait d'abord été son adversaire, et former avec lui et Lépidus le second triumvirat. — V. Rome.
Guerre de Cent Ans. — Histoire de France, XIIXIV ; Histoire générale, XIX, XXVIU. — On désigne sous ce nom la longue lutte qui mit aux prises la France et l'Angleterre durant un siècle, do 1386 à 1436, sous les règnes de Philippe Vr de Valois, Jean II * le Bon, Charies V * le Sage, Charles VI * l'Insensé et Charies VII *. Cette guerre peut 1 se diviser en quatre périodes.
GUBRRBS
GUERRES
i^ vÈRibm (1836*1864). Du début des hostilités à la mort dn roi Jean,
Situation de la France et de l'Angleterre» — Le fils aine de Philippe IV "^ le Bel, Louis X* le Huttn, était mort en 1316, et son fils postliume, Jean h'y le suivit au tombeau la même année. Louis laissait encore une fille, Jeanne, à Toccasioft de laquelle se présenta pour la première fois en FVance la question do la succession des femmes au trône. Philippe \*, second fils de Philippe le Bel, se fit sacrer roi au déirtment de sa nièce, et fit ensuite ratifier sa prise de possession du trône par les États Généraux *, qui déclarèrent les femmes inhabiles à succéder à la couronne. Entre autres raisons données à Tappui de cette décision, ils se fondèrent sur ce passage do TEvangile où il est dit : « Les lys ne travaillent ni ne filentt et cependant Salomon dans toute sa gloire n*a pas été vêtu comme Tun d*eux ; » ils en concluaient que a le royaume des lys ne devait point tomber en quenouille. » Plus tard, les légistes cherchèrent un argument plus solide pour motiver Texclusion des femmes au trône, et invoquèrent un texte de l'ancienne loi des Francs Saliens, qui ordonnait oue a la terre salique ne fût point recueillie par les femmes, et que l'hérédité tout entière fût dévolue aux mâles. » Cette assimilation de la couronne à la terre salique était inexacte, et d*allleurs la loi salique avait cessé depuis longtemps d'être en vigueur; néanmoins les légistes se trouvèrent cette fois d*accord avec le sentiment national, qui leur donna raison : en effet, l'admission des iemmcs au trône eût entraîné le danger de voir la couronne de France passer par mariage aux mains d'un étranger. Philippe V lut donc reconnu roi sans contestation.
II mourut sans enfant mâle en 1322, et eut pour successeur son frère Charles IV * le Bel, qui ne laissa pas non plus de postérité masculine.
A la mort de Charles IV (1328), il ne restait de la descendance directe de Philippe le Bel que des femmes. Les filles de Philippe V et de Charles IV n'élevèrent pas de prétentions à la couronne ; mais deux autres princesses aspiraient à recueillir l'héritago do la dynastie capétienne. C'éuient d'une part Jeanne, la fille de Louis le Hutin ; d'autre part, une fille de Philippe IV, Isabelle, devenue reine d'Angleterre par son mariage avec Edouard II. La loi salique fut invoquée de nouveau, et ce fut un neveu de Philippe le Bel, Philippe Vide Valois, qui monta sur le trône (V. à l'article Capétiens le tableau généalogique). Il dédommagea la fille de Louis X en lui cédant la Navarre ; quant à la reine d'Angleterre, qui réclamait au nom de son fils Edouard III, ses droits, si elle en avait, ne pouvaient venir qu'après ceux de Jeanne, qui représentait la branche aînée. Aussi Edouard ill parut-il renoncer à toute prétention ; il vint même rendre hommage à Philippe de Valois pour la Guyenne, fief anglais qui relevait de la couronne de France.
Telle était la situation au moment où éclata la
Ïuerelle qui donna naissance à la guerre de Cent ns.
Causes de la guerre. Affaires de Flandre et de Bretagne. — Les puissantes communes flamandes avalent chassé leur comte, Louis de Nevers. Celui-ci, vassal du roi de France, réclama l'appui de Philippe VI, qui battit les Flamands à Cassel (1328). Bientôt après, le roi d'Ecosse David Bruce, allié de la France, ayant été chassé par son rival Balliol avec l'aide des Anglais, Philippe, à titre de représailles, obligea les Flamands à chasser tous les marchands anglais. Edouard III répliqua par Tinterdiction d'exporter en Flandre les laines d'An- Kleterre (1836). Cette mesure devait ruiner l'industrie des Flamands; aussi se soulevèrent-ils à la voix de Jacques Artevelt, le grand patriote de
Gand, chassèrent de nouveau leur comte, et engagèrent Edouard III à faire valoir ses droiu à la couronne de France, leur intérêt étant de ravoir pour suzerain plutôt que Philippe de Valois.
Edouard hésiu longtemps ; enfin il passa la mer, fit sanctionner ses prétentions à la couronne de France par Tempereur Louis de Bavière, à la dîèts de Coblentz (1838), puis commença à gaerroyer contre Philippe de Valois. Une flotte de 140 Taisseaux castillans et génois, à la solde de la Frantt, fut détruite par Edouard à l'Écluse (1340) ; mais bientôt le vainqueur, abandonné par ses alliés de Flandre et d'Allemagne, dut conclure une trêve de deux ans.
Sur ces entrefaites, une guerre éclata en Bretagne entre deux prétendants à la saccession de ce duché, Qiarles de Blois et Jean de Montfon. Philippe Vi se prononça en faveur de Charles de Blois. dont le rival demanda Taf^ui des Anglais. Ce fut une occasion pour Edouard de recommencer la lutte ; à l'expiration de la trêve, il fit une descente en Bretagne; mais l'intervention du pape amena une nouvelle suspension des hostilités (1844).
Bataille de Crécy. — L'exécution de quinze chevaliers bretons accusés d'intelligence avec l'Angleterre, et que Philippe de Valois fit saisir en trahison et décapiter, mit de nouveau la Bretagne en feu. Edouard III reprit les armes et passa en France, Il s'avança Jusque près de Paris, en ravageant tout sur son passage ; puis, forcé de reculer, il attendit à Crécy l'armée de Philippe de Valois <]iii le serrait de près. La position d'E&ouard était difficile ; il avait trois fois moins de tronpes qae son adversaire. La brillante chevalerie française se croyait sûre de la victoire ; son indiscipline la perdit.
« Le roi ni les maréchaux ne pouvaient être maîtres de leurs gens, car il y avait si grand nombre de grands seigneurs, que chacon Toulait là montrer sa puissance ; et ils chevauchèrent en cet état, sans arroi et sans ordonnance, si avant qu'ils approchèrent leurs ennemis. » (Froissart.) L'armée anglaise était presque entièrement composée d'infanterie ; elle soutint sans hrondier le choc des chevaliers, qu'elle mit en déronte après en avoir fait un grand massacre. La vaillance féodale s'était brisée contre la discipline do la milice à pied (1846).
La victoire de Crécy permit à Edouard UI de mettre le siège devant Calais, la clef de la France.
Prise de Calais. — Les habitants de Calais se défendirent héroïquement pendant onze mois, sans que Philippe de Valois, que le désastre de Crécy avait profondément abattu, osât essayer de les secourir. La famine les contraignit enfin de se rendre. Edouard voulait les mettre tous à mort ; ses barons intercédèrent en faveur des malheureux assiégés, ce Eh bien, seigneurs, dit le roi. Je ne veux mie être seul contre vous tous. Allez dire au capitaine de Calais qu'il me livre six des plus notables bourgeois de la ville ; qu'ils viennent la tête nue, les pieds déchaussés, la hart au cou, les clefs de la ville et du château dans leurs mains : Je ferai d'eux, à ma volonté. Je prendrai le reste à merci. »
Le gouverneur de Calais réunit les bourgeois,, leur fait part do la volonté du roi d'Angleterre. Un morne silence rèçne d'abord dans l'assemblée; puis un bourgeois notable, Eustache de Saint- Pierre, prenant l'initiative d*un sublime dévouement, parle on ces termes : « Seigneurs grands et petits, grand pitié et grand meschef serait de laisser mourir un tel peuple qui ci est, par famine ou autrement, quand on y peut trouver aucun moyen ; et serait grand aumône et grand grâce envers Notre Seigneur qui de tel meschef les pourrait garder. J'ai si grande espérance d'avoir pardon de Notre Seigneur, si Je meurs pour ce peuple sauver, que veux être le premier et me mettrai volontiers en
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chemise, à no chef et la hart au cou, en la uiarcl du roi d'Angleterre. »
Le Rénéreax exemple d*Eustache de Saint-Pierre trouve aussitôt des imitateurs. Jean d'Aires, Jacques et Pierre de Wissant déclarent qu'ils se joindront à messire Eustache. Les deux derniers bour^^eois nécessaires pour compléter le toul des six victimes expiatrices dirent désignés par le sort parmi plus de cent candidats qui briguaient Thonneur d'ôtre choisis.
Quand les six bourgeois furent arrivés au camp anglais, Edouard ordonna do les mettre à mort surle-champ, a car moult baissait les habitants de Calais, pour les grands domma^s et contraires qu*au temps passé sur mer lui avaient fait. » Quelques seigneurs voulurent intercéder; il leur im- S osa silence « en grinçant des dents. » La reine 'Angleterre, qui se trouvait dans le camp, émue de ce specucle, demanda à son tour la grftce des prisonniers, en se jetant aux genoux de son mari, a Le roi attendit un petit à parler, et regarda la bonne dame sa femme, qui plorait à genoux moult tendrement. Si lui amollia le cœur, et si dit : a Ah I dame, j'aimerais trop mieux que vous fus- « siez autre part que ci.. . Tenez, je vous les donne ; tt si en faites vptre plaisir. » La bonno dame dit : « Mon seigneur, très grand m^rd. »
» Lors se leva la reine, et fit lever les six bour-
Î;6ois, et leur ôta les cordes d'entour leur cou, et es enmiena avec elle dans sa chambre, et les fit revêtir et donner à dîner à tout aise ; et puis donna à chacun six nobles ^pièces d'or), et les fit conduire hors du camp à sûreté. » (Froissart.)
La clémence d'Edouard III s'arrôta là. La population de Calais eut la vie sauve, mais elle dut évacuer la vi lie, où fut établie une colonie anglaise.
Fin diL règne de Philippe VI. — Une trêve fut conclue l-a même année ; mais la France n'en jouit guère : elle fut désolée par la peste noire, qui ravagea la plus grande partie de l'Europe (1348). La mauvaiso administration de Philippe accrut encore les maux, de la guerre et de la contagion ; pour subvenir à ses folles dépenses, il altéra plusieurs fois les monnaies, et établit à perpétuité l'impôt du sel ou gabelle, si odieux au peuple. Il mourut en 1350, après av oir fait l'acquisition du Dauphiné : le titre de daupÂin fut depuis lors porté par les fils aînés des rois de France.
Jean le Bon. liatailU de Poitiers, — Le fils et successeur de Philippe, Jean II, fut surnommé le bon par des courtisans qui regardaient la i^rodigalité comme la première vertu d'un roi. Il se montra cruel, orgueilleux et incapable comme son père. Il débuta par l'assassinat du comte d'Eu, connétable de France, et par l'emprisonnement de Charles de Navarre, fils de Jeanne et petit-fils de Louis le Hutin,
2u'il fit traîtreusement enlever à la table même du auphin son fils, parce qu'il se défiait de lui. Les partisans de Charles de Navarre appelèrent les An-
§lais. Le Prince Noir, fils atné d'Edouard III, partit e la Guyenne avec une armée, et s'avança vers la Loire. Jean marcha à sa rencontre, et le cerna près de Poitiers. Le roi de France avait cinquante mille hommes, le Prince Noir n'en avait que huit , mille ; les Anglais paraissaient perdus. Le Prince Noir essaya de négocier; il offrit de rendre ses conquêtes et ses prisonniers, s'engageant en outre à ne pas porter les armes contre la France pendant sept ans. Jean refusa; il voulait une victoire pour laver la honte de Crécy, et engagea le combat. Mais la chevalerie Irançaise ne s'était pas corrigée des défauts qui avaient amené sa défaite dix ans auparavant ; elle était restée indisciplinée, imprévoyante et présomptueuse. Malgré sa bravoure, l'armée de Jean se fit battre à plate couture -, le roi fut fait
{prisonnier avec plusieurs milliers de chevaliers : e nombre des captifs était plus grand que celui des vainqueurs. Le Prince Noir traita son adver-
saire vaincu avec la plus chevaleresque courtoisie, et l'envoya à Londres.
Etats généraux de 1357. Etienne Marcel. La Jac querie. -> La royauté et la noblesse s'étaient montrées incapables, non seulement d'administrer l'Etat, mais même de le défendre contre l'étranger ; c'était maintenant au peuple à sauver la France.
Les Etats Généraux^ convoqués par le dauphin Charles, qui avait pns la régence, exigèrent le renvoi des ministres du roi Jean, la mise en liberté de Charles de Navarre, illégalement détenu, de nombreuses réformes dans fadministration, et la création d'un conseil de régence, composé de trentesix commissaires nommés par les Euts et choisis en nombre égal dans les trois ordres. Le dauphin parut céder : il publia la grande Ordonnance de ré formation de mars 1857, ç^ui éublissait le régime de la monarchie constitutionnelle, en remettant toute l'autorité réelle aux mains des Etats Généraux, dont le roi ne ferait plus qu'exécuter la volonté. L'auteur principal de cette hardie tentative de révolution démocratique éuit Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, l'orateur le plus écouté des Etats. Mais cet essai de gouvernement de la nation par la nation était prématuré : la bourgeoisie des villes n'était pas encore assez forte pour tenir tête à elle seule à la royauté et à l'aristocratie, et le peuple des campagnes, sans l'appui duquel les bourgeois devaient succomber, n'était pas né à la vie politique.
Le dauphin était résolu à ne pas tenir sa parole , il rassembla des troupes, intrigua pour diviser le parti de Marcel, et se crut bientôt assez fort pour résister ouvertement au Conseil des trente-six ; il publia quatre ordonnances qui altéraient de nouveau les monnaies. Les Parisiens, qui s'étaient organisés en milice portant un chaperon rouge et bleu comme signe de reconnaissance, s'insurgèrent contre ce manoue de foi ; l'hôtel du dauphin fut envahi, deux ae ses ministres tués sous ses yeux ; le dauphin se jeta aux ^noux de Marcel, lui demanda la vie, et promit obéissance aux décisions des commissaires des Etats (22 février 1358). Quelques semaines après, il s'enfuit de Paris, se retira à Meaux, y rassembla une armée, et par ses intrigues parvint à diviser les Etats Généraux ; la noblesse so^ rapprocha de lui, et mit à prix la tète de Marcel. L'astucieux Charles de Navarre, sorti de prison, était à la tête d^ln troisième parti : espérant profiter de la crise pour arriver au trône de France, auquel il prétendait avoir plus de droit que les Valois, il s'alliait tantôt aux Parisiens, tantôt à leurs adversaires.
A ce moment, les paysans dos environs de Paris et du nord de la France se soulevèrent contre leurs seigneurs. L^existence du malheureux peuple des campagnes était intolérable. « Les nobles, faits prisonniers à Poitiers et renvoyés sur parole, près suraient cruellement leurs vassaux pour paver leur rançon. Des compagnies d'aventuriers anglais navarrais, brabançons, pillaient les routes et les campagnes, brûlaient les chaumières^ torturaient les paysans. Des barons se mettaient à la tête de ces brigands. Les paysans se réfugiaient dans lesvilles, dans les lies aes fleuves, dans les souterrains qui existent encore et où ils s'enussaient avec leurs outils et leurs bestiaux. » (Lavallée.) Jao-^ ques Bonhomme, après des siècles d'inerte rési-
fpation, se redressa tout à coup : ses représailles ùrent terribles. Cent mille paysans brûlèrent les ch&teaux et massacrèrent les nobles (mai 1358). Mais à peine armés et sans organisation, ils ne purent résister aux forces du dauphin et du roi de Navarre, ^ui s'unirent contre eux ; ils furent écrasés et impitoyablement exterminés ; il ne resta de la Jacquerie qtfe des ruines fumantes et des campagnes dépeuplées.
Les bourgeois de Paris avaient fait un moment
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cause commune ayec les paysans révoltés. Quand ceux-ci furent vaincus, Marcel et son parti se trouvèrent isolés, hors d*état de tenir tête au dauphin, qui bloquait la capitale. Dans cet embarras, Marcel négocia avec Charles de Navarre, lui offrant la couronne en échange de son alliance. Mais avant que le Nayarrais eût pu pénétrer dans Paris, Marcel fut tué par des partisans du dauphin (30 juillet 1368). Trois Jours après, Paris éuit livré aux troupes royales. « Tous les magistrats, les amis de Marcel, les partisans de la liberté, périrent sur l'échafaad ; un ^rand nombre d^autres furent proscrits ou dépouillés de leurs biens. Le dauphin abolit toutes les ordonnances rendues sous Tinfluence des Etats, rétablit ses conseillers, donna tous les offices à ses créatures, et rendit enfin le pouvoir royal plus absolu qu*avant le mouvement. » (Lavallée.)
Traité de lirétigny. — Le roi Jean avait d'abord négocié une trêve de deux ans avec les Anglais; en 1369, las de sa captivité, il signa à Londres un traité
Sui livrait à rAngleterre la moitié de la France, ette honteuse convention fut rejetée par les Etats Généraux; alors Edouard ni débarqua à Calais et marcha sur Paris. Le dauphin n'essaya aucune résistance ; mais les Anglais, décimés par la maladie et manquant de vivres, se découragèrent bientôt, et un traité de paix définitif fut conclu à Brétigny. Edouard III renonçait à toute prétention à la couronne de France ; en revanche il recevait en souveraineté directe le Poitou, la Saintonge, TAunis, l'Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy, le Rouergue, TAgénois, le Bigorne, le Ponthieu, Calais, Guine, Montreuil. Jean recouvrait la liberté moyennant une rançon de trois millions d'écus (13(î0).
Malgré la paix conclue entre les souverains, les populations continuèrent à souffrir tous les maux de la guerre. Des bandes de soudards, les grandes compagnies^ pillaient les provinces, et le paiement de la rançon da roi épuisa les dernières ressources du pays. Jean mourut en 1361 à Loncfires, où il était retourné se constituer prisonnier en remplacement de son fils le duc d'Anjou, qui, remis en otaee aux Anglais, s'était évadé. Un an avant sa mort, il avait donné en apanage à son quatrième fils Philippe le duché de Bourgogne, vacant par Textinction do la maison qui l'avait possédé Jusqu'alors.
2* PÉRIODE (1364-1380). — Règne de Charles F.
Duguesclin et les grandes compagnies. — Le daupiiin Charles succéda à son père. L'histoire l'appelle Charles V le Sage^ et, politiquement parlant, 11 mérita ce nom : autant ses deux prédécesseurs avaient montré d'impéritie brutale, autant il fit preuve d'habileté, d'entente des affaires, de dissimulation et de ruse. Il était venu à bout, par la diplomatie et la trahison, du mouvement démocratique de 1357 ; il lui restait à se débarrasser des bandes armées (}ui rendaient impossible une administration régulière du royaume, et à regagner sur les Anglais les territoires que le traité de Brétigny leur avait cédés.
Mais Charles V n'était pas un prince guerrier ; il lui fallait un homme d'épée qu'il pût mettre à la tète de ses armées. Il le trouva : ce fut le soldat de fortune Bertrand Do Guesclin, chevalier breton.
Le premier exploit de Du Guesclin fut une victoire remportée sur le roi de Navarre, à Cocherel ; Charles V se vit délivré par là du dangereux voisinage d'un compétiteur au trône.
Le roi de France chargea ensuite son futur connétable de débarrasser le pays des grandes compagnies qui l'infestaient. Du Guesclin appela à lui tous ces farouches aventuriers, et les conduisit en Espagne faire la guerre au roi de Castille, Pierre le Cruel. Chemin faisant, la horde de Du Guesclin rançonna le pape h Avignon ; puis elle détrôna le roi castillan, et le remplaça par son frère Henri de Trans-
tamare. Mais le Prhice Noir, qui gouTemait la Guyenne, inter?int en faveur de Pierre ; il passa les Pyrénées avec une armée, et vainquit Henri de Transtomare à la bataille de Navarete (1367), où Du Guesclin fut fait prisonnier. Le Prince Noir garda deux ans le chevalier breton en captiTtté ; enfin D lui rendit la liberté moyennant rançon. Aussitôt libre. Du Guesclin retourna en Espagne, et avec son aide, Henri de Transtamare gagna la bataille de Montiel qui lui rendit la couronne (13G9).
La guerre avec les Anglais recommence. — Durant ce temps Charles V s'éuit prépvé k Taction contre les Anglais. Il avait noué des intelligences avec les seigneurs français sujets de l'Angleterre, cherché des alliances, rempli son trésor. Le moment venu, il profita du mécontentement causé en Guyenne par les exigences fiscales du Prince Noir; et accueillant les plaintes des seigneurs gascons comme s'il eût encore été suzerain de ce pays, il cita le prince anglais à comparaîtra devant lut « J'irai, répondit Te prince Noir, mais ce sera le bassinet en tète et 6U,000 hommes en notre compagnie » (1369).
Charles V envoya alors une déclaration de guerre à Londres ; Edouard III répliqua en reprenant le titre de roi de France. Le traité do Brétigny était déchiré.
Il n'y eut pas cette fois de grandes batailles; Charles recommandait à ses capitaines de les éviter. La guerre, au lieu de se concentrer en une opération stratégique uniciue, étajt partout où les Anglaîa possédaient un territoire. Les Français eurent généralement l'avantage; ils reprirent le Ponthieu, le Quercy, la Picardie ; le Prince Noir, il est vrai, fit une vigoureuse résistance^ et briila Limoges, que le duc d'Anjou avait enlevé aux Anglais ; mais après ce dernier succès, il abandonna la partie^ la maladie l'avait usé avant l'Age ; il se retira en Angleterre, où il mourut
Fin du règne de Charles F. — Vainement les Anglais tentèrent encore trois expéditions contre la France. Charles V, enfermé dans son hôtel de SaintrPol, d'où il voyait la fumée des villages incendiés, laissait faire l'ennemi, qui s'épuisait en eff'orts stériles. Puis, lorsqu'il Jugeait le moment favorable, il prenait Toffensive. Du Guesclin, nommé connétable, chassa les Anglais de Bretagne et de presoue toute la Guyenne. 11 termina sa glorieuse carrière au siège de Chiteau-Randon, dans les Cévennes. Charles V mourut deux mois plus tard (1380). A ce moment, les Anglais ne possédaient plus en France que cinq villes : Calais, Brest, Cherbourg, Bordeaux et Bayonne.
Une trêve, signée quelque temps après, mît fin & cette seconde période de la guerre de Cent Aos.
3* PÉRIODE (1380-1422). — Règne de Charles VL
Mouvements populaires dans les premières an' nées du règne. Folie du roi. — Cliarles VI n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père. L'établissement de nouvelles taxes amena, dès la première année de son règne, un soulèvement des villes de la France du Nord. Le jeune roi et ses oncles durent traiter avec les Parisiens révoltés (insurrection dite des Maillotins), et promettre le retrait des nouveaux impôts. •
A ce même moment, les communes flaitianâes étaient aussi insurgées contrôleur comte. Philippe Artevelt de Gand, fils du tribun populaire Jacques Artevelt, était à la tète du mouvement. U y avait entente entre les communes flamandes et les communes françaises. Charles YI, voyant la royauté sérieusement menacée, se joignit au comte de Flandre contre les Gantois et leurs alliés. La rencontre décisive eut lieu à Rosebeke : Artevelt fut tué, et les Flamands essuyèrent une déroute complète (1382). Cette victoire sauva la royauté et la noblesse ; car si les Flamands eussent en le dei-
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sns à Rosebeke, Paris, Roaen, Beauvait», ReimSj Troyea, Orléans se fussent aassitAt soulevés : « si le roi de France eût été déconfit en Flandre, on peut bien croire que tonte noblesse et gentillesse eût été perdue en France et autant bien aux autres pa>s. » (Froissart.) Le roi victorieux rentra à Paris en maître, et punit les villes françaises de leurs velléités d'indépendance en leur enlevant leurs institutions municipales, et en envoyant au supplice les bourgeois les plus notables.
Durant les années suivantes, la guerre avec TÂngle terre recommença à plusieurs reprises, mais sans amener d*événements importants. Un projet de descente en Angleterre fit faire d'immenses préparatifs (1386), puis fût abandonné. En 1388, sous rinfluence de sages ministres, Charles VI conclut avec les Anglais une trêve de trois ans.
On sait comment Charles perdit subitement la raison, en traversant la forêt du Mans à la tète de son armée, qu*il conduisait contre le duc de Bretagne ^1392). Il n*eut plus que de rares moments de lucidité, et le gouvernement tomba aux mains de son oncle le duc Philippe de Bourgogne.
En 1395, une nouvelle trêve de vingt«huit ans fht conclue avec T Angleterre. Richard II, fils du Prince Noir, avait succédé à Edouard m en 1377 ; il épousa une fille de Charles VI, et il sembla que la longue lutte entre les deux nations rivales était enfin terminée.
Armagnacs et Bourguignons, — Philippe de Bourçogne étont mort (1404), Louis d^Orléans, frère du roi, s*empara du gouvernement; il excita un mécontentement général parles taxes exorbitantes qu*il imposa au peuple. Le fils de Philippe de Bourgogne, Jean-sans-Peur, épousa la cause populaire. Une lutte de trois ans s engagea entre les deux rivaux. Ils parurent enfin se réconcilier ; mais le duc de Bourgogne voulait le pouvoir pour lui seul, et fit assassiner Louis d Orléans (1407). Les Parisiens, qui baissaient ce prince, applaudirent^ et Jean resta maître du gouvernement. Il rendit à Paris ses libertés communales, et chercha aussi à se concilier l'amitié des Flamands, devenus sujets des ducs de Bourgogne depuis 1344.
En face du parti bourguignon ou populaire, il se forma un parti aristocratique dirige par le comte d'Armagnac» un des plus puissants seigneurs du Midi. Les Armagnacs s'avancèrent contre Paris, ravageant les campagnes; Jean leur résista, appuyé sur les Flamands. Les deux partis se disputèrent Talliance des Anglais : ce furent les Bourguignons qui Tobtinrent. A Paris, la corporation des bouchers était iL la tète du parti bourguignon ; elle avait pour chef principal Jean Caboche ; de là le nom de faction des Cabochiens qui lui fut donné. Pendant quelques mois, les bouchers furent les maîtres de Paris. Si leur domination fut brutale, elle eut un bon côté : ï Ordonnance cabochienne de 1 4 1 3, rédigée par les bourgeois parisiens avec le concours de 1 Université, édicta de sages réformes dans Tadministration du royaume. Mais la division 8*étant mise parmi les Parisiens, les Armaenacs en profitèrent pour rentrer dans la capitale. Le duc Jean, qui s était montré incapable de gouverner, s'enfuit en Flandre, et Paris, traité en ville conouise, subit une dure répression. L'ordonnance caoochlenne fut cassée.
Les Lancastre, Reprise de ta Guerre de Cent Ans. Azincouri»~^ Pendant que ces choses se passaient en France, l'Angleterre avait subi un changement de dynastie : Richard II avait été renversé au trOne en 1399 par son cousin Henri IV de Lancastre. Le fils de celui-ci, Henri V, devenu roi en 1413, résolut de profiter des troubles qui agitaient la France, pour recouvrer les conquêtes d'Edouard UI . Il demanda l'exécution du traité de Brétigny, avec la main de Catherine, fille de Char^ les VI. Les Armagnacs refusèrent au nom du roi ; |
Henri V débarqua alors en France avec une armée. La noblesse française s'avança à la rencontre des Anglais, sûre de la victoire ; son outrecuidance et sa témérité n'aboutit qu'à renouveler les désastres de Crécjr et de Poitiers : les 20,000 hom« mes d'Henri Y mirent en déroute à Asin court la superbe armée des Armagnacs, quatre fols supé* rieure en nombre (1415). Toutefois le roi d'Angleterre ne se sentit pas assez fort pour continuer sa marche en avant, et repassa le détroit.
Assassinat deJean-sans-Peur et traité de Troyes. — La défaite d'Azincourt avait rendu le parti armagnac plus odieux encore à ses adversaires ; mais soutenue par le dauphin, cette faction n'en resta pas moins maltresse dn Paris, où elle exerça une tyrannie intolérable. Jean-sans-Peur, qui depuis les lévénemcnts de 1413 s'éuit tenu à l'écart, et qui n'avait pas paru à Azincourt, s'allia alors avec la reine Isabeau de Bavière, ennemie des Armaenacs : une conspiration ouvrit les portes de Pans aux Bourguignons, trois mille Armagnacs firent massacrés ; le dauphin Charles se sauva, tandis que Jean et la reine Isabeau faisaient 'une entrée triomphale dans la capitale (1418).
Cependant Henri V avait débarqué en France une seconde fois, et pris Rouen. Le danger commun parut rapprocher le duc de Bourgogne et lo dauphin : Jean-sans-Peur se rendit à une entrevue que ce dernier lui avait demandée, à Montereau; mais il y fut assassiné (1419).
Ce meurtre, loin de servir la cause du dauphin, lui aliéna la plus grande partie de la France. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s'allia aux Anglais pour venger son père ; les Parisiens, de leur côté, disaient : « Plutôt les Anglais que les Armagnacs. i> Isabeau et Philippe de Bourgogne négocièrent, au nom de l'insensé Charles VI, le traité de Troyes, qui fut solennellement ratifié par les Etats Généraux (1420). Ce traité laissait à Charles VI le titre.de roi de France; à la mort de ce monarque, Henri V devait lui succéder, à titre d'époux de Catherine ; l'Angleterre et la France seraient ainsi unies sous le même roi, mais chaoue pays garderait ses institutions nationales. Quant au dauphbi exclu du trône, les deux parties contractantes s'engageaient à continuer la guerre contre lui.
Le midi de la France ne reconnut pas ce traité ; mais le Nord, et surtout Paris, salua la paix avec enthousiasme, et accepta sans répugnance la perspective de voir un jour Henri V, prince sa«e et libéral, remplacer sur le trône de France la triste dynastie des Valois.
Pourtant la lutte était loin d'être finie ; elle allait continuer en changeant do caractère.
Le dauphin, autrefois méprisé, se trouva devenu, contre les Anglais, le représentant de l'indépendance nationale ; et le parti armagnac, qui n'avait été Jusqu'alors qu'une faction aristocratique, devint peu à peu le parti français.
Avènement d'Henri VI et de Charles VIL — Henri V avait continué une guerre d'escarmouches contre le dauphin, qui s'était retiré au midi de la Loire. Hais moins de deux ans après le traité de Troyes, une maladie emporta brusquement le roi d'Angleterre, qui ne laissa pour héritier qu'un fils au berceau. Lo malheureux Charles VI suivit son gendre dans la tombe quelques mois plus tardf et alors s'exécuta la clause du traité de Troyes qui déshéritait le dauphin : le fils d'Henri V fut solennellement proclamé roi de France et d'Aneleterre à Paris même, sous le nom d'Henri VI. Le dauphin (Charles VH) n'en prit pas moins le titre de roi de France, tandis que ses .adversaires l'appelèrent par dérision le rot de Bourges (1422).
IV PÉBIODB (1422-1436). * Règne de Charles VII.
Progrès des Anglais. Siège d^ Orléans. — Lei
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années 1422 à 1428 sont remplies par une série de gaerres locales, do combats partiels qui enlèvent successivement à Charles VU presque tout co qu'il possédait encore au nord do la Loire. Lui, retiré dans ses châteaux, ne s*occupait que de ses plaisirs ; « Jamais on n'avait vu perdre plus gaiement un royaume », disait La Hire, un de ses capitaines. Les Anglais, au contraire, avaient un chef habile, le duc de Bedford, oncle de leur Jeune roi, chargé de la régence pendant la minorité de Henri VL
Enfin le comte de Salisbury vint assiéger Orléans, dont la prise eût ouvert aux Anglais le chemin du Midi (14*^8). Un si pressant danger réveilla le sentiment de solidarité nationale dans les provinces non encore conquises :'La Rochelle, Angers, Tours, Poitiers, Bourges, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc envoyèrent des secours aux Orléanais. Mais la dépïorMe joutmée dei Harengs^ où les plus illustres chevaliers de Charles VII sont mis en déroute par une poignée d*AnçIais, enlève tout espoir aux assiégés : ils négocient en vue d'une capitulation.
Jeanne d'Are, — A ce moment suprême paraît celle qui devait sauver la France. En Jeanne a* Arc * s'incarne un sentiment nouveau, le sentiment de la patrie ; la guerre, féodale Jusqu'ici, va devenir une guerre nationale. La pieuse et vaillante paysanne de Vaucouleurs se rend à la cour de Charles VII, qu'elle décide à lui confier le commandement d'une petite troupe. Elle entre dans Orléans, en fait lever le siège (1429), conduit Charles VII à Reims et l'y fait sacrer : puis, regardant sa mission comme achevée, elle veut retourner dans ion village. Mais on refuse de la laisser partir ; l'enthousiasme excité par l'héroïne se répand dans toute la France. Jeanne se résigne à rester. L'année suivante, elle est prise à Compiègne par les Bour-
K lignons, et livrée aux Anglais oui la brûlent à ouen le 30 mai 1431 (V. Jeanne dArc), Fin de la guerre. — La mort de Jeanne ne servit pas la cause anglaise. L'élan national était donné désormais, et le duc de Bedford n'essuya plus que des revers. Philippe de Bourgogne se rapprocha de Charles Vil, et enfin les Anglais, sentant le terrain leur manquer, consentirent à négocier. Un congrès se réunit à Arras (1435) , mais les Anglais ayant refusé de consentir à ce qu'Henri VI (énonçât à la couronne de France, les négociations échouèrent. En revanche, le duc de Bourgogne fit définitivement la paix avec le roi Charles ; et bientôt les Parisiens, las de la domination anglaise, devenue très dure, ouvrirent leurs portes aux troupes royales, qui y entrèrent le 13 avril 1486. Cet événement décisif marque la fin de la guerre de Cent Ans.
Les Anglais possédaient encore la Normandie et la Guyenne. Ces deux provinces leur furent enlevées quinze ans plus tard, et ils ne gardèrent plus en France que Calais.
Guerre des Huasitas. — Histoire générale, XX, XXVII. — Quand la Bohème eut appris le nipplice de Jean Huss (1415), elle se souleva. La diète, réunie à Prague, adressa au concile de Constance une protesUtion menaçante ; les nobles signèrent une ligue d'alliance offensive et défensive, et les prêtres catholiques furent partout chassés. Les hussites ou partisans de Jean Huss se divisaient on modérés, appelés calixtins ou utraquistes, qui •e bornaient a réclamer la communion sous les doux espèces; et en radicaux, qui rejetaient en religion toute autorité autre ^ue celle de l'Evanffile, et qui en politique voulaient la république. Ces derniers, sous la conduite de Jean Ziska (c'està-dire le Borgne), prirent pour centre de ralliement la forteresse de Tabor, d'où le nom de Taàorites qui leur fût donné.
^ Lorsque mourut le roi Wenceslas (1419),son frère l'empereur Sigismond voulut prendre la couronne
de Bohème : mais les hussites refusèrent de le reconnaître pour roi, et Ziska s^empara de Prague. Ce fut en vain que Sigismond mareha à plusieurs reprises contre la Bohème avec dea armées forciidables, en vain que les légats du pape prêchèrent la croisade contre les hussites : Ziska semblait invincible; et quoiqu'il eût oerdu son dernier œil au siège de Raby, il continuait à mener ses troupes au combat avec la même ardeur. Née d*oiie Suerelle religieuse, la lutte avait pris le caractère 'une guerre de races : les Slaves de la Bohême voulaient se soustraire à la domination allemande; ils cherchèrent et trouvèrent dea alliés en Pologne et en Lithuanie.
Ziska mourut en 1424 ; il eut pour aueeesseurs les deux Procope, dont le plus célèbre fut Procope le Grand ou le Rasé, ancien prôtre devenu homme de guerre. Sons la conduite dea Procope, les bandes bohémiennes, au lieu de se borner à la défensive, allèrent porter la guerre chez leurs ennemis, et ravagèrent à plusieurs reprises l'Autriche, la Saxe, la Franconie, la Silésie.
Bientôt les hussites furent la terreur de TAllemagne ; aussi, lorsqu'tm nouveau concile se réunit à Baie, et que les députés de la Bohême n'y présentèrent, les reçutron avec de grandes marques de déférence (14.13). Le concile, pour terminer U guerre, accorda aux Bohémiens la communion sous les deux espèces ; et alors la discorde se mît entre les utraquistes et les taborites. Les premiers se déclarèrent satisfaits des concessions du concile, les seconds continuèrent à repousser Sigismond. Bientôt les deux partis en vinrent aux mains : les uborites furent complètement défaits à Lipan par les utraquistes unis aux catholiques, et les deux Procope périrent dans le combat (l434). Ainsi se termina la guerre des hussites; et Sigismond, ayant souscrit aux conditions que lui offraient les utraquistes, fut reconnu roi de Bohème. Il ne resu des redouubles taborites qu'une secte pacifique, les Frères bohèmes ou Frères moraves.
Ckierre des Benx Roses. — Histoire générale, XX, XXVill. — Nom donné à une guerre dvile d'Angleterre dans laouelle les deux familles d'York et de Lancastre luttèrent pour la possession du trône.
Origine. — Edouard IH, en mourant (1377). avait laissé la couronne à son petit-fils Ricnard H, fils du Prince Noir. Ce dernier avait trois frères, les ducs Lionel de Clareneo, Jean de Lancastre et Edmond d'York. Le premier ne laissa pour héritière quune fille. Philippine de Clarence, qni épousa Edmond Mortimer, comte de la Marche. De ce mariage naquit Roger Mortimer, que Richard II reconnut, en 1385, comme héritier présomptif du trône, au cas où lui-même mourrait sans postérité. Richard ayant été détrôné et, dltron, assassiné par son cousin Henri de Lancastre (fils de Jean de Lancastre), en 1399, celui-ci se fit proclamer roi sous le nom de Henri IV, au détriment de Roger Mortimer. C'est cette spoliation qui engendra la guerre civile, qui n'éclata que cinquante ans glus tard. Anne Mortimer, fille de Roger, épousa lichard d'York, fils d'Edmond d'York et petit-fils d'Edouard III, et transmit ainsi à la maison d'YoA les droits de la branche de Glarence.
Catues immédiates, -* Henri VI, petit-fils de Henri IV de Lancastre, était un prince maladif, faible d'esprit, presque stupide, à qui le comte de Suffolk, son favori, avait fait épouser Marguerite d'Antou, fille du roi René de Provence. Ce mariage s'était fait contre la volonté du duc de Glocester, oncle d'Henri VI, qui destinait à son neveu la fiile du duc d'Armaçnac. Marguerite, Jeune, ardente, remplie d'énergie, d'intelligence et d'ambition, ne pardonna Jamais à Glocester de s'être opposé à son élévation. Elle se fit un parti puissant et dévoué et parvint à faire accuser Glocester de trahi-
GUERRES
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«on. Ce prince tat arrâté, et on le trouva mort dans sa prison, le Jour même où il devait passer en Jugement. Le duc Richard d*York, fils d*Anne Mortimer, profita de Tindignation générale que souleva ce crime, et de Timpopularité qui accablait Henri VI, dont rincapacité avait fait perdre aux Anglais toutes leurs provinces de France, pour réclamer les droits qu*il tenait de sa mère. Il eut pour Vaider dans sa revendication son beau-frère et son neveu, les deux hommes les plus remarquables de répoque : le comte de Salisburv et son fils aîné, Richard de Warwick, h oui ThUtoire a donné le nom de faiseur de Roù. Cest ainsi qu^éclata cette guerre terrible qui occasionna douze batailles rangées, fit périr un million d'hommes, coûta la vie à quatre-vingts princes du sang et dévora la plus ^ande partie de l'ancienne noblesse d'Angleterre. Le parti dTork avait pour emblème une rose blanche, celui de Lancastre une rose rouge ; de là le. nom de Guerre des Deux Roses donné à cefte lutte sanglante.
Evénements principaux, — Le duc d'York était gouverneur dlrlande, lorsque éclatèrent les premiers troubles; malgré la défense du roi, il revint en Angleterre et donna le signal de la révolte. Aidé de Warwick, il vainquit les troupes royales à Saint- Albans (1455), s'empara de la personne du roi, et se fit proclamer protecteur du royaume; mais, timide et indécis, U ne profita pas de sa victoire et laissa Marguerite ressaisir le pouvoir. Il reprit les armes et, après un premier succès, fut vaincu. Mais grâce à Warwick, qui sut lui reconstituer une armée, il fut de nouveau vainqueur à Norihampton (1460), fit une seconde fois le roi prisonnier, et reprit son titre de protecteur avec promesse de la couronne à la mort du roi.
Marguerite, dont Ténergie redoublait avec le malheur, s'était réfugiée dans les comtés du nord qu'elle souleva. Elle réunit une armée avec la^
ânelle elle battit Richard à Wakefield. Le duc 'York fut tué pendant la lutte et l'un de ses fils assassiné après le combat. Henri VI recouvra ainsi la liberté ; mais il vit bientôt se reformer la coalition sous les ordres d'Edouard, fils aîné de Richard d'York^ et de Warwick. Le malheureux roi, vaincu deux lois à Towton (1461) et à Exham (1464), fut encore une fois pris, et renfermé dans la tour de Londres.
Edouard d'York, proclamé roi sous le nom d'Edouard IV, ne tarda pas à mécontenter beaucoup de set sujets, et en particulier Warwick, auquel il devait sa couronne. Gelul-d, réfugié à la cour de Louis XI, se réconcilia avec Blarguerite d'Anjou, à qui le roi de France avait prêté 30 000 écuB à condition d'avoir Calais pour gage. Warwick retourna en Angleterre plus populaire que Jamais ; il battit son cousin Edouard IV à Nottingham (1470), le renversa du trône etréublit Henri VI. Edouard se réfuffia en Bourgogne, chçs son beau-frère Charles le Téméraire ; mais il ne tarda pas à revenir en Angleterre où, par un retour de popularité, il eut bientôt rassemblé une puissante armée ; il remporu la victoire de Bamet (1471), où Warwick fut tué. Quelques Jours après, il battit les troupes de la reine Blarguerite à Tewkesburv, et anéantit ainsi ù tout Jamais les espérances de la maison de Lancastre. Henri VI et Marguerite furent faits prisonniers ainsi que le Jeune prince de Galles leur fils. Ce dernier fut assassiné queliiues jours après par les courtisans d'Edouard, et son père, captif à la tour de Londres, ne tarda pas à périr par Tordre du vainqueur. Marguerite ne fat mise elle-même en liberté qu'en i475, sur les instances de Louis XI.
Les princes de la maison d'York ne devaient pas longtemps Jouir en paix de leur victoire. Edouard IV mourut en 1483, laissant deux fils, Edouard V qui lui succéda, et Richard d'York. Ces
Jeunes princes avaient pour tuteur Richard de Glocester, leur oncle. Celui-ci, après avoir fait périr par l'assassinat les grands seigneuls protecteurs de ses neveux, les fit eux-mêmes assassiner et s'empara du trône. Il régna deux ans sous le nom de Ricnard III ; mais ses ennemis appelèrent en Angleterre Henri Tudor, comte de Richmond, qui par les femmes descendait de la maison de Lancastre. Il vainquit Richard HI à la bataille de Bosworth(]485).
Richard fut tué dans le combat, et son rival s'empara du trône, sur lequel il fit asseoir avec lui Elisabeth d'York, fille aînée d'Edouard IV. Ce mariage, en unissant les deux familles rivales, mit enfin un terme à ia guerre civile. Ainsi finit la dynastie des Plantagenets * et commença celle des Tudor *. •
[P.Vincent.]
Qaerre de Bourgogne. — Histoire de France, XV; Histoire générale, XX et XXXII. — On appelle ainsi la lutte oui eut lieu entre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et les huit cantons suisses, dans la seconde moitié du quinzième siècle. La guerre, fomentée sous main par Louis XI, débuta par une invasion des Suisses en Franche- Comté, où ils battirent à Héricourt une armée bourguignonne commandée par Jacques de Savoie (1474). Le pays de Vaud, qui faisait partie des Etats de la duchesse de Savoie, alliée de Charles, fut ensuite mis à feu et à sang par les confédérés (l 475). Le duc de Bourgogne, à la tête d'une nombreuse armée, franchit alors le Jura pour attaquer les Suisses chez eux; mais il futvamcu àGrandson (mars 1476). Ayant voulu renouveler sa tentative, il subit une nouvelle défaite à Morat (juin 1476). L'année suivante, il périt sous les murs de Nancy (V. C/iarles le Téméraire et Suisse),
Le roi Louis XI profila de la mort de son puissant adversaire pour réunir à la couronne de France la Bourgogne et la Picardie.
Guerre folle. — Histoire de France, XVI. — Nom donné à une révolte tentée, durant la minorité de Charles VIII, par le duc d'Orléans etquclâues autres seigneurs, avec l'appui de Richard IH 'Angleterre, de Maximilien d'Autriche, et du duc de Bretagne. La régente Anne de Beaujeu, femme habile et résolue, lança contre le roi d Angleterre un prétendant, le comte de Richmond (Henri VH Tuaor), qui le vainquit à Bosworth ; elle uétacha de la ligue des seigneurs le duc de Lorraine et le comte d'Angoulème (père de François I*') ; puis elle envoya dans le midi une armée commandée par le Jeune roi, qui obligea promptement les nobles révoltés de cette région à faire leur soumission* Maximilien d'Autriche attaque la Picardie ; mais il est repoussé. Il ne restait plus à combattre que le duc de Bretagne. L'armée bretonne, accrue par des renforts autrichiens, anglais et gascons, était commandée par le duc d'Orléans : elle fut vaincue à Saint- Aubin-du-Cormier(1488), et le duc d'Orléans Mt prisonnier. Cette dernière tentative de la féodalité contre l'autorité royale n'avait abouti qu'à consolider définitivement 1 œuvre de Louis XI.
Ouerree dltalia. ^ Histoire de France, XVI« XV il. — Les guerres par lesquelles les rois de France essayèrent de conquérir lltalie commencèrent sous Charles VIII, et durèrent Jusque souf Henri H. Elles ont été racontées aux articles Charles VJIl, Louis A7/, François !•* et Henri IL Nous nous bornons ici à une récapitulation sommaire.
1* Régne de Charles Vif F. — Charles VIII tenait de la maison d'Anjou des droits sur le royaume de Naples. 11 passa les Alpes en 1494, entra à Naples en 1495, puis dut rentrer en France à la hâte (bauille de Fomoue), en abandonnant sa conquête.
2* Régne de Louis XIL — Louis XH prétendait^ comme petit-fils de Valentine Visconti. à la i
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gion du Milanais. La victoire do Noyare le lui donna (ISOO).U conquit ensuite, de concert avec les Espagnols, le royaume de Naple» (ISOl), qu'il dut céder à Ferdinand le Catholique par le traité de Blols (1504j.
Le pape Jules II ayant formé contre Venise la ligue de Cambrai, Louis Xn vainquit en personne les Vénitiens à Agnadel (1509). Mais Jules II se retourna ensuite contre la France (Sainte-Ligue), et malgré la victoire de Gaston de Foix à Ravenne (1&I2), ritalie, après la seconde bataille de Novare (1513), fut perdue pour nous.
3* Rèffne de François /•'. — François I" regagna le Milanais par la victoire de Maiignan (1515). Biais il se trouva bientôt en présence de Charles-Quint, qui lui disputait Tltalie, et contre lequel il eut à soutenir quatre guerres.
Première guerre (1521-1536) : Défaite de la Bicoque (1522), trahison du connétable de Bourbon (1523), défaite de Biagrasso et mort de Bayard (1524), défaite de Pavie et captivité du roi (1525), traité de Bladrid (1526).
Deuxième guerre (1526-1529) : Prise de Rome par Bourbon qui y est tué (1527), siège de Naples
Sar Lautrec (1528), défaite de Landriano et porte éflnitive du Milanais (1529), paix de Cambrai ou paix fies dames (1529).
Troisième guerre (1536-38) : Invasion de la Provence par Charles-Quint (1536), trêve de Nice (1538;.
Quatrième guerre (1542-1544) : Bombardement de Nice par la flotte franco-turque (154Y), victoire de Cerisole (i544), invasion de Charles-Quint en Champagne et de Henri VIII en Picardie, traité de Crespy (1544). François I*' garde le Piémont, conquis à Cerisole.
4* Règne dHenri IL — La guerre entro Templre et la France recommença en 1552 ; Henri H s'empara des Troift-Evèchés, et le duc de Guise défendit Metz contre Charles-Quint, pondant que la lutte se renouvelait en Italie, sans autre résulut que la prise de Sienne, que défendait une armée française, par les Impériaux (1555), et Toccupation momentanée deU Corse parles Français. Après la courte trêve de Vaucelles, le duc de Guise essaya inutilement de conquérir le royaume de Naples (15.S7). Les défaites de Saint-Quentin (1557) et de Gra vélines (1559), que ne réparait pas la prise de Calais (1558), obligèrent la France à traiter : la paix de Cateau-Cambresis (1559) mit fin aux guerres d'IUlie.
Guerre des paysans. — Histoire générale, XXll, XXVII. ~ Nom donné à la révolte qui éclau dans une partie de l'Allemagne en 15?5. A plusieurs reprises déjà, les paysans allemands, durement traités par leurs seigneurs, avaient essayé de s'insurger ; les prédications des réformateurs. religieux leur fournirent le prétexte d'un nouveau et formidable soulèvement. Les paysans delà Souabe commencèrent par formuler leurs réclamations en douze articles ; ils demandaient entre autres la diminution des corvées et des taxes, une justice équitable pour tous, le retour à la commune des prés et pâturages occupés par les seieneurs, et appuyaient leurs demandes de l'autorité do l'Evangile. Luther engagea les princes, par une lettre publique, à se montrer humains envers les paysans, dont certaines réclamations, disaitril, étaient justes ; mais en même temps il taxait de criminelles les revendications qui tendaient à Tabolition du servage, et à ce qu'il appelait « l'absurde doctrine de Tégalité. » Voyant que les seigneurs ne voulaient rien entendre, les paysans prirent les armes ; l'insurrection s'étendit bientôt en Franconie, en Alsace, le long du Rhin; des villes, et même des chevaliers, firent cause commune avec les révoltés. Luther alors, se ralliant complètement au parti des seigneurs, prêcha l'extermination des rebelles. Princes protestants et|
évêques catholiques s*unirent contre renneml i mun ; les paysans, après avoir brûlé par centaines châteaux et couvents, furent à leur toar traqués et massacrés partout. Le théologien Thomas MOnzer, oui mêlait aux revendications politiques et sociales des paysans des doctrines mystiques, s*était mis à la tête d'une troupe nombreuse de révoltés. Vaincs à Frankenhausen, il fut pris, torturé et décapité. Sa défaite mit fin à l'insurrection.
Guerres de religion. — Histoire de France, XVIII -XX. — Nom donné dans l'histoire do France aux guerres civiles qui eurent lieu en France entre catholiques et protestants dans la seconde moitié du seizième siècle, et qui se terminèrent par l'édit de Nantes en 1598.
Causes. — Ces guerres ne furent pas aussi exclusivement causées par la haine que se portaient les deux partis religieux (|u'on est tenté de le croire, ou mieux qu'on lo croit généralement. Catholiques d'une part, protestants de l'autre n'en sont pas venus aux mains uniquement pour assurer la suprématie à leurs idées religieuses. D'autres causes, et multiples, ont amené cette lutte épouvantable, marquée par tant d'actes odieux.
Au début de la Réforme, surtout de la Réfonne française que guidait la grande école protestante de Genève, dont Calvin était l'âme, les protestants français, avant tout chrétien^, convaincus qu'ils renouvelaient la primitive Eglise, s*étaient donné la règle suivante : « Accepter le martyre, tendre la gorge aux bourreaux » ; et ils ajouiaient : « On vaincra à force de soufl'rir ». Profonde illusion I le christianisme primitif, quoi qu'on ait pu dire, avait vaincu à l'aide de deux forces : une révolution sociale et l*épée de Constantin.
Longtemps, en effet, les protestants français furent fidèles à la règle chrétienne. L'exécution de Berquin, l'exil de Calvin^ le massacre des Vaudois, les bûchers de Meaux sous François I*", les persécutions, sous Henri II, pendant lesquelles les hérétiques subirent les supplices les plus horribles, ne mirent pas les armes aux mains des protestants, fidèles aux leçons de Calvin qui avait éarit : « Tout pouvoir vient de Dieu. Les rois sont d'institution divine..... Si ceux qui vivent sous des princes tirent cela à eux pour révolta, ce sera folle spéculation et méchante. Bien que ceux qui ont le glaive soient ennemis de Dieu, il a institué les royaumes pour que nous vivions paisiblement dans sa crainte. »
Mats à. la mort d'Henri II, la France éult profondément troublée par les divisions des grands. Les Guises, tout-puissants par la Jeune reine, leur nièce Marie Stuart, voulaient garder le pouvoir quoi qu'il advint. La reine-mère, Catherine de Hédids, ambitieuse et avid«*. sans croyances, travaillait pour elle seule en prêtant la main aux uns et aux autres. Le connétable de Montmorency, vieux courtisan, incapable et orgueilleux. Jaloux des Guises, conspirait de son côté pour tout diriger. Les Bourbons, le roi de Navarre Antoine, sans énergie, presque idiot, livré aux femmes ; Louis de Condé, son frère, brouillon actif, inconséquent, prétendaient à la direction des affaires en leur oualité de plus proches parents du roi. Le Jeune roi, enfant maladif, dominé et dirigé par sa. Jeune femme presoue tonjours, Quelquefois par sa mère. Jamais lui-même, allait d un extrême à l'autre. Le clerffé, le clergé régulier surtout, éuit dévoué aux Guises, plos encore peut-être à Philippe II, roi d'Espagne, qui rêvait une seule monarchie catholique à la tête de laquelle il domi Aérait le monde avec l aide de l'Inquisition, et troublait toute l'Europe par ses ambitieuses visées. Enfin la misère générale, la dépravation la plus grande, lt*s haines religieuses que lesaihbtiieax faisaient naître ou entretenaient au sein des cluses populaires^ telles sont, en grande partie, les causes réelles qui mirent aux prises les deux moi-
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tiés de U France, malgré les fléoéreux efforts que firent lee plus honnêtes gens on siècle : le chancelier de ruôpital, catholique, et le grand amiral de Coligny, aidé de ses deux frères, Dandelot, colonel de rartilierie,€t le cardinal Odet de Ch&tillon, tous trois favorables aux protestants.
Caractère, — Comme les causes qui les ont amenées, ces guerres eurent un double caractère politique et religieux. Elles furent religieuses pour le peuple, la bourgeoisie et la noblesse de province, chez lesquels la foi était Yi?e et les sentiments peu complexes, et pour ceux des grands qui étaient honnêtes, comme Coligny ; politiques, pour les grands seigneurs qui exploitaient les passions populaires et les faisaient servir à la satisfaction de leur ambition. Toutefois, au début, elles sont presque exclusivement religieuses, et c'est ce qui en explique Tatrocité. C'est le temps du farouche Montlue et de Timplacable baron des Adrets. La guerre se fait avec rage : on se bat de ville à ville, de ch&teau à chAteau, de village à village, de maison à maison. Le frère trahit, assassine son frère. On tue, on incendie, on pille ; on s*en prend aux choses ; on dévaste, on brise, on détruit sans pitié ni merci : statues, tableaux, monuments, rien ne trouve grâce devant un fanatisme qui s*excite par la lutte môme. La Saint-Barthélémy est le dernier acte et comme Texplosion suprême des passions religieuses. Jusque-là, en effet, on voit beaucoup de combats et peu de batailles. La Ligue elle-même, dernier refuge des passions religieuses, aura déjà beaucoup plus le cai-actère politique.
A partir de 1572, le caractère presque exclusivement politique de la guerre civile apparaît de plus en plus. Un parti sMntitule le parti des politiques. G^est qu*en effet les passions, la foi même s*usent et s*affaiblissent, et il vient un temps où chacun, lassé, songe à se pourvoir et à sauvegarder ses intérêts. Désormais la lutte pour les intérêts domine : Charles IX est mort; Henri III est sans enfants; le duc d'Alençon, quatrième fils d'Henri II, qui meurt pendant la lutte et avant son frère, n*est pas marié. La vacance possible du trône met en mouvement les ambitions, et les compétiteurs sont plus préoccupés de leur succès possible oue des intérêts religieux de leur parti. Henri de ffavarre, chef protestant, héritier légitime de la couronne, prépare, par la diplomatie et par les armes, son arrivée au trône. Les Guises, unissant leurs intérêts è ceux de Philippe H, travaillent è Tavènement d'un des leurs qui épouserait la fille du roi d'Espagne. L'assassinat de Henri III n*est pas autre chose qu'un' acte de cette chasse à la succession. Les grands, de leur côté, songent avant tout à s'assurer de riches gouvernements et d'opulentes pensions. Enfin, dans le peuple et dans la bourgeoisie, comme il arrive toujours à chaque grand bouleversement, l'idée d'un gouvernement purement démocratique se manifeste. Les Seize rêvent une sorte de république ultra-catholique; en même temps les protestants fondent une vériuble république religieuse qui leur fait un Etat politique à part, et qui, plus tard, aura une telle lorce que Richelieu croira utile de la détruire dans l'intérêt de l'unité nationale. Aussi est-ce surtout l'époque des grandes batailles rangées, des sièges, des prises de villes, des négociations entre les partis et des partis eux-mêmes avec les souverains étrangers.
Evénements mitUa'res. — A part Ta conjuration d'Amboise sous François II, qui ne peut guère être considérée comme une prise d'armes, les protestants n'ont réellement commencé la lutte au' après le massacre de Vassy en fô6'i, sons Charles IX. Cette première guerre civile, signalée par la prise de Rouen, par la bataille de Dreux et par l'assassinat du duc François de Guise au siège d'Orléans, le termine par la paix d'Amboise on 1563. Un<) deuxième prise d'armes eut lieu en 15C7.
Les protestants, après avoir tenté d'enlever le roi à Monceaux et de bloquer Paris, furent défaits è Saint -Denis, où le connétable de Montmorency, chef des catholiques, fut tué. La paix de Longjumeaa (1568) fut b conséquence de cette bataule, où les deux partis avaient remporté chacun on succès.
Celte paix, œuvre de THôpital, ne dura guère et la lutte recommença. Les catholiques, commandés par le duc d'Anjou (Henri' lU), furent vainqueurs de Coligny à Jarnac (1569) ; vaincus à la Roche- Abeille , vainqueurs k Moncontour, et enfin battus par Coligny, que rien ne lassait, h Arnay-le-Duc 7 1570). Cette victoire de Coligny amena le ti;aité de Saint-Germain (1570). C'est pendant la paix qui suivit ce traité qu'eut lieu le massacre de la Saint- Barthélémy (1572), œuvre particulière des Guises et de la reine-mère. Forcés, malgré ce crime, de lever le siège de la Rochelle (1572), les catholiques sont obligés d'accorder aux protestants une paix nouvelle sur les bases du traité de Saint- Germain.
Pendant le règne de Henri III, sur lequel Catherine de Médicis eut une influence absolue, et qui détestait comme elle les Guises, la guerre continua malgré les nombreux traités de paix qui survenaient presque chaque année. Les événements principaux furent la 'bataille de Dormans (1676), gagnée par Henri de Guise, fils du duc François ; riustitution de la Liçue (1576), les victoires de Guise sur les Allemanas venus au secours des protesunts, à Vimory et Auneau (i586); la bataille de Centras (1586), gagnée par Henri de Navarre sur les troupes royales ; la révolte des Parisiens (1588) contre le roi qui fut obligé de fuir ; l'assassinat de Henri de Guise et du cardinal de Lorraine à Blois (1588) ; le siège de Paris par le roi de France et le rolde Navarre, et enfin l'assassinat de Henri III (1589).
Henri de Navarre devenu ainsi prétendant légitime au trône, la guerre n'est plus qu'une guerre de succession. Les victoires de ce prince à Arques, àivry, le siège de Paris (1590), f es succès en Normandie (1591) n'avancent pas ses affaires autant que les divisions de ses ennemis, dont il ruine à jamais les espérances par sa conversion au catholicisme (1593). Après cet événement, la vraie guerre civile est finie. Henri IV entre à Paris, et préfère acheter ses ennemis que de les combattre; ils ne tardent pas à se montrer tous soumis et satisfaits. Enfin ledit de Nantes (1598) clôt définitivement l'ère funeste des guerres de religion.
Conséquences. Les conséquences morales et matérielles de ces longues luttes furent terribles. Le mouvement littéraire, artistique et scientifique do la Renaissance fut Interrompu et la marche de la civilisation retardée. La France était dépeuplée, ruinée. Plus d'un million de personnes avaient péri ; 9 villes avaient été rasées; 250 villages brûlés ; 128,000 maisons détruites ; la dette publique s'élevait à 345 millions qui en vaudraient 1,500 aujourd'hui; le commerce avait été supprimé; l'industrie anéantie; plus de la moitié des terres arables laissées en friche. Henri IV et son ministre Sullj firent de leur mieux pour réparer les maux qu'avait soufferts la France pendant trois générations.
[P. Vincent]
Guerre des Trois Henri. — Histoire de France, XIX. ~ On appelle ainsi la huitième guerre de religion (qui commença en 1586), parce que les chefs des divers partis en lutte étaient Henri de Guise, Henri de Navarre et le roi Henri III. -* V. Guerres de religion et Henri II i,
Guerre de Trente Ans (1618 1648). — Son ea* ractére. - La guerre de Trente Ans, qui allait constituer rEurope moderne sur des bases nouvelles, continua la lutte, un moment interrompue par la paix d'Augsbourg, du protestantisme allemand contre l'unité cathohque,et l'opposition plus ancienne
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encore du fédéralisme des Etats allemands contre l'autorité absolue de la maison d'Autriche.
Religieuse à son origine, les victoires de TAutriche sur les Etats protestants, et les empiètemenU de TEmpire sur les privilèges des princes en feront bientôt une guerre politique.
Restreinte d'abord dans les limites des Etats autrichiens, elle deviendra progressivement allemande, puis européenne. Son principal théâtre est TAUemagne; mais rinterrention successive des puissances du nord, Danemark et Suède, puis de la Hollande et de la France, intéressées & défendre réquilibre européen, étendra le champ de bataille dans les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, l'Océan.
Ainsi la guerre de Trente Ans fut à la fois religieuse et politique, allemande et européenne. On la partage en quatre périodes, désignées parle nom des puissances qui successivement luttèrent contre la maison d'Autriche :
Période palatine, de 1618 à 1623.
Période danoise, de 16*i3 à 1629.
Période suédoise, de 1629 à 1635.
Période française, de 1635 à 1648.
Ses causes, — Pour comprendre les causes profondes de la guerre de Trente Ans, dont le soulèvement des Bohémiens en 1G18 ne fut que le prétexte, il faut revenir s^r l'histoire de l'Allemagne, depuis le traité d'Augsbourg(1555)> sous les rèsncs de Ferdinand !•', de Maximilion il, de Rodolphe et de Mathias.
Le successeur de Charles-Quint, Ferdinand I* (1558-1564), mit son honneur à maintenir en Allemagne la paix religieuse. Il réussit à éviter la guerre civile, mais non à pacifier les esprits : les discussions théologiques passionnaient les universités dléna et de Witieubers, qui représentaient les deux partis, les rigides et les modérés, de la secte luthérienne. D'autre part, les calvinistes, exclus du bénéfice, de la paix d'Augsboure« faisaient des progrès ; Télecteur palatin Frédéric III introduisait le calvinisme dans ses Etats et publiait en 1563 le Catéchisme de Heidelberg^ qm devint le formulaire dos calvinistes allemands. Le catholicisme, profitant de ces divisions, reprenait ses forces pour une lutte prochaine. Le concile de Trente, qui finit en 1563 après dix- huit ans de durée, réformait la discipline du clergé caiho- Uque et renforçait l'autorité du pape sur les évoques. Les décrète du concile allaient être exécutés par la célèbre compagnie de Jésus qui, fondée en 1534 par Ignace de Loyola et adoptée par Paul III en 1540, devait être, par son organisation et par sa forte discipline, an redoutable instrument de combat dans les mains de la papauté. Les Jésuites établirent trois universités à Vienne, Ingolstadt et Cologne, et essayèrent d'arracher l'Allemagne à la Réforme.
Maximilien II (1564-1516) continua la politique de son père ; il accorda la liberté de culte à la noblesse de ses Etats héréditaires, et mourut en recommandant à tous les partis la tolérance religieuse.
Les difficultés commencèrent avec Rodolphe II (15'('rl(>12), prince faible et entêté, plus occupé d'alchimie et d'astronomie que de la direction de ses Eiats. Aussi l'Allemagne fut partout agitée par de violente conflite qui présageaient une guerre prochaine : à Colore, l'archevôque Gebhard, s'étant convenu au calvinisme, voulut séculariser son bénéfice, malgré la réserve ecclésiastique: il fut déposé et remplacé par un prince bavarois qui prit possession de l'archevêché à main armée. M Stras- Dourg, deux évêques se disputeient par les armes le siège épiscopal, et la lutte ne se termina qu'en 160) par un compromis qui laissa la victoire au candidat des catholiques. Enfin, à Aix la-Chapelle, les protestants étaient expulsés par une armée impériale.
Les protestants, calvinistes et luthériens, com-
P rirent la nécessité de s'unir, et ils formèrent Union évangélique sous la direction de l'électeur palatin, Frédéric IV, et du roi de France Henri IV (1608). Les Etete catholiques organisèrent aussitôi, sous la conduite du duc de Bavière, tfaximilien, U Ligue catholique (1C09).
Ainsi les deux partis organisés pour la lutte éteient en présence. L'ouverture de U succession de Juliers, disputée par les catholiques et les protestants, aurait certeinement fait éclater U guerre, si Henri IV, allié de ces derniers, n'était mort en 1610.
En même temps que l'Allemagne se divisait en deux camps^ les Etets mêmes de la maison d'Autriche se soulevaient. Rodolphe était obligé de céder & son frère Mathias le gouvernement de la Hongrie, de la Moravie et de l'Autriche, et d'accorder à la Bohême les Lettres de majesté^ qui confirmaient ses libertés religieuses et nationales (1609).
Sous le règne de Mathias (1612-1619), les difncultés ne firent que grandir. La Hongrie se révolteit sous la direction de Bethlen Gabor, h Bohême exigeait de nouvelles concessions. L'empereur, n'ayant pas d'enfant, désigna son cousin Ferdinand de Styrie pour son successeur, et lui céda d'avance les couronnes de Bohême, de Hongrie et d'Autriche pour mieux assurer son élection. Ce
{grince, ambitieux et fanatique, voulait restenrer e catholicisme et assurer la prépondérance de l'Autriche. Ce choix indiquait à tous que l'heure de la tolérance éuit passée. On se prépara à la guerre ; un incident la fit éclater en Bohême.
Les protesUnts avaient bâti un temple sur les terres de Tévêque de Prague. Le temple fut démoli par ordre de rempereur.Xes Bohémiens Invoquèrent les Lettres de majesté^ qui autorisaient les seigneurs protestants à bâtir des églises et des écoles ; puis, sous la conduite de Mathias de Thom, ils envahirent le château de Prague, et Jetèrent par les fenêtres deux gouverneurs, Martiniu et SUwau, accusés d'avoir dicté la réponse défavorable de l'empereur. La défenestration de Prague fut le signal de la guerre de Trente Ans.
Première période ou période palatine{lB19'\&iZ). — Les Bohémiens révoltés conduisirent la gnene avec vigueur. Le comte de Thom occupa rapidement la Bohême, puis, envahissant la Moravie, il mit le siège devant Vienne. La ville était sans dé» fense et les barons autrichiens parlèrent de se rendre: mais Tinflexible énergie de Ferdinand II donna le temps à un régiment impérial de pénétrer dans la ville et de la sauver. En même temps les troupes impériales, victorieuses en Bohême, marchaient sur Prague. A cette nouvelle, le comte de Thurn leva le siè^e et accourut au secours des Bohémiens. Libre, Ferdinand alla à Francfort recevoir la couronne impériale (1610).
Les Bohémiens et les calvinistes protestants loi avaient opposé un rival^ l'électeur palatin Frédéric V. Ce Grince n'avait aucun mérite personnel, mais il pouvait assurer au parti protestant, par ses relations de famille, des alliances utiles. Chef de l'Union évangélique, gendre de Jacques I*' d'Angleterre, petit-fils de Guillaume de Nassau, il commit la faute de trop compter sur ces alliances et pas assez sur lui même.
Ferdinand II, au contraire, agissait sTec vigueur. Il s'assurait l'appui des trois électeurs ecclésiastiques, du pape, des rois d'Espagne et de Pologne, et du puissant chef de la Ligue cathoUque, Maximilien de Bavière. Il détachait du parti calviniste les princes luthériens, le landgrave de UesseDarm sudi l'électeur de Saxe, Jean-Georges. Enfin 11 ga-
Enait à sa cause le ministre français, le duc de uynes, qui. par son influence, faisait déposer les armes à Bethlen Gabor (traité d'Dlm, 1620).
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La campagne militaire fut menée aussi rapide^ ment qao la campagne diplomatique. Maximilien de Bavière et le comte de Bucquoy envahirent la Bohôme avec 50,000 hommes et gagnèrent, près de Prague, le combat de la Montagne Blanche. Frédéric V s*enfait honteusement, abandonnant la Bohême et ses amis aux vengeances de Ferdinand II (noyembre 1620).
La Bohème fut traitée par Ferdinand avec la der nîère rigueur ; les Lettres de majesté furent déchirées ; les chefs de la révolte condamnés à mort ; trente mille familles expulsées, et leurs biens confisqués au profit des iésuites. Ce malheureux pays no s^est pas relevé de ce coup et ne devait plus aroir aucune influence politique.
Cette barbare exécution révolu TÂllemagne : la résistance partit du peuple, et trois aventuriers défendirent la cause religieuse que les princes semblaient abandonner. Christian de Brunswick, épris d'une passion chevaleresque pour la palatine Elisabeth, petite-flUe de Marie Stuart, le comte Ernest de Mansfeld, et enfin le margrave de Bade> Durlach, se mirent à la tète de bandes nombreuses, qui, animéesdu fanatisme religieux ou du désir de la Yengoance, répandirent la terreur dans TAUemagne. Ferdinand, soutenu par les secours des Espagnols et par Tarmée bavaroise que commandait Thabile Tilly, résista yictorieusement. Le Palatinat, où la
fuerre sévissait avec fureur, fut disputé par le^ trois atailles de Wiseloch, de Wimpfen et de Hœchtz, Brunswick et Mansfeld, vaincus, allèrent tenter de nouveau la fortune aux Pays-Bas, où ils livrèrent aux Espagnols le sanglant combat de Fleuras.
Ferdinand II, vainqueur, convoqua à Ratlsbonne la diète de TEmpire et y fit sanctionner sa victoire (1623). Leduc de Bavière reçut pour récompense do ses services le Haut-Palatinat et la dignité électorale. Frédéric V, reconnu coupable de lèse-majesté, fut condamné à la perte de ses biens et dignités.
Deuxième période ou période danoise (1623-1629). — La victoire de Ferdinand II, en établissant la prépondérance de l'Autriche en Allemagne, était menaçante pour rindépendance des Etats européens. La France, à l'époque de la défaite du comte palatin, n'était pas encore en mesure de faire préyaloir ses volontés. Mais ce fut un bonheur que les souverains du Nord fussent assex libres et asses •énergiques pour prendre en mains la défense des intérêts relineux et politiques de l'Allemagne.
Christian IV de Danemark, lié par sa famille au comte palatin, avait des motifs personnels de se mettre à la tète des protestants. De plus, comme souverain du duché allemand de Holstein, il craignait pour la possession des biens ecclésiastiques qu'il avait sécularisés dans ce pays. Nommé capitaine-général du cercle de Basse-Saxe, il sa disposa h entrer en campagne.
Ferdinand II avait fait la guerre précédente avec Tannée de la Bavière et de la Ligue catholique, et les secours espaçnols ; la conquête du Palatinat était duo à Tilly, général de la Ligne. Cette fois il voulut s'afi'ranchir ofe cette dépendance et avoir une force miliuire soumise à sa seule volonté. Un seigneur bohémien, Wallenstein, lui offrit de lever une armée de 50.000 hommes, de l'équiper à ses frais et de l'entretenir, à condition qu il en aurait le commandement absolu et qu'il nommerait les officiers. L'empereur accepta, et Wallenstein, célèbre par sa bravoure personnelle, tout-puissant par ses grandes richesses (l'empereur lui avait donné la propriété d'immenses domaines confisqués à des seigneurs bohémiens, et le titre de due de Friediand), fort de l'autorité impériale, vit accourir sous ses drapeaux tous les aventuriers allemands. Il allait organiser dans de terribles proportions ce brigandage militaire dont Mansfeld et Brunswick n'avaient que trop donné l'exemple.
2* Paatiic.
Le plan de campagne formé par le roi de Danemark ^Uit habile. Il ordonna à Ernest de Mansfeld de se Jeter sur la gauche, vers l'Elbe, de remonter ce fleuve jusqu'en Bohème, de donner la main h Bethlen Gabor et de marcher sur Vienne. Brunswick devait* à Taile droite, opérer dans la vallée du Mein et du Danube. Entre ces deux ailes, Christian IV remonterait lui-même le Wcser avec le corps principal de l'armée. Ce plan bien conçu ne réussit pas. Mansfeld est battu par Wallenstein, sur l'Elbe, au pont de Dessau ; cependant, malgré cet échec, il pénètre en Silésie^ défait les impériaux à Oppeln, s^empare de Ratibor et de Troppau. Mais la peste décime son armée au moment où il ya rejoindre Gabor ; celui-ci, se croyant abandonné, conclut une trêve avec l'empereur. Mansfeld, découragé, poursuivi par Wallenstein, licencie son armée, vend son artillerie, traverse, avec quelques officiers, la Hongrie et la Dalmatie, et vient mourir à Venise.
A l'autre aile, Christian de Brunswick meurt prématurément, laissant ses conquêtes à Tilly. Enfin, au centre, le roi de Danemark, battu & Lutter par Tilly, abandonne au général bavarois 60 drapeaux et toute son artillerie.
La tentative de Christian IV avait donc été aussi malheureuse que celle de Frédéric V. Les deux vainqueurs, Tilly et Wallenstein, répandaient leurs hordes de pillards dans toutes les provinces protestantes. Wallenstein voulut avoir une flotte et des ports sur la Baltique pour atteindre Christian jusque dans ses Etats. Il s'empara de Wismar, des lies d'Usedom et de WoUin, mais il échoua devant Stralsund qu'il voulait prendre, disait-il, quand même elle eût été attachée au ciel par des chaînes et entourée d'une enceinte de diamant.
Le roi de Danemark s'empressa de signer la paix pour sauver aes Etats. Par le traité de Labeck (mai 1629), il s'engageait à n'intervenir en Allemagne qu'en sa qualité de duc de Holstein.
Mais c'est en Allemagne même (}ue Ferdinand II voulut retirer le fruit de ses victoires. Il crut que le moment était venu de frapper le protestantisme. Il fit paraître, le 5 mars 1629, le rameux édit de restitution, qui ordonnait à tons.les protestants de se dessaisir des bénéfices dont ils s'étaient emparés depuis 1556. Ce fut l'occasion de violences extrêmes. En même temps Ferdinand dévoilait son ambition politique. Wallenstein ne disait-il pa^ que l'Allemagne n'avait plus besoin d'électeurs ni de princes, qu'elle ne devait avoir qu'un maître? Le prétexte religieux servait donc à fonder une monarchie absolue.
Ce fut un cardinal do l'Eglise romaine, ministre d'un roi de France, qui combattit la prépondérance autrichienne établie sur une restauration du catholicisme. La guerre avait commencé par être religieuse et allemande ; avec l'intervention du Danemark elle était déjà sortie de l' Allemagne et avait pris un caractère plus politique ; Richelieu la fit politique et européenne.
Troisième période oupériode suédoise (1630-1635). -^ Le ministre français remporta d'abord sur la politique autrichienne un succès diplomatique à la diète de Ratlsbonne (1630). Deux ambassadeurs, Bralartde Léon et le père Joseph, Céminence grise, excitèrent la Jalousie de Maximilien de Bavière et des princes catholiques contre la maison d'Autriche. La diète s'émut ; ello demanda et obtint la destitution de Wallenstein et le licenciement de son armée. Ferdinand, pour prix d*un tel sacrifice, avait espéré que le collège électoral nommerait son fils roi des Romains. Les agents français firent encore échouer ces espérances. « Un pauvre moine, s'écria l'empereur, m'a Joué, il a mis dans son étroit capuchon les bonneu élcctoriiux. »
Richelieu avait humilié et désarmé Tempereur ; il susciu en même temps contre lui* le roi de
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Saède, Gustave-Adolphe. Celui-ci, après avoir rerommandô sa jeune fille Christine aux Euft dd Siockhoim, débarqua en Poméranie. Son armée ctait peu nombreuse, mais bien disciplinée, animée du sentiment religieux et patriotique. Elle contrastiàit avec les bandes de pillards qui suivaient les aventuriers allemands. Le roi s'assura de la Poméranie et duMecklembourg, et força les électeurs protestants de Brandebourg et de Saxe à sortir de leur neutralité et à se Joindre à lui.
Cependant Ferdinand II s'inquiéuit peu de l'invasion suédoise. « Cette majesté de neiçe, disait-il, fondra bientôt au soleil impérial du midi. » Tilly, son général en chef, parut d*abord Justifier sa confiance. Pour frapper un grand coup, il vint mettre fe siège devant Magdebourg, la plus forte place du nord de T Allemagne. La ville prise d^assant s*ablma dans les flammes. Le Suédois Falkemberg qui la dérciulait y mit le feu peur ne pas laisser à Tilly une place aussi importante.
Gustave^ à cette nouvelle, accourut en toute hâte, entraînant avec lui les Saxons do l'électeur Joan^ Georges. Il rencontra Tilly à Breitenfeld, sur la rive droite do TElster, près de Leipzig, et le battit après un saoglant combat (163C). La route de Vienne éuit ouverte ; avant de s'y engager, le roi de Suède voulut délivrer l'Allemagne protestante. Pendant que les Saxons pénétraient en Bohème, il se ieta dans la vallée du Main, chassa de Francfort la diète des princes de l'empire, arriva sur le Rhin, où il forga les électeurs de Trêves et de Mayence à se soumettre, pénétra en Alsace, puis revint dans le bassin du Danube, disposé cette fois à marcher sur Vienne. La situation devenait critique pour Ferdinand. A ce moment rélecteur de Saxe, Jean-Georges, s*emparait de Prague. Tout reposait sur la défense de Tilly en Bavière. Cet habile général avait établi son armée sur la rive droite du Lech, dans une foite position. Mais Gustave franchit la rivière malgré rartillerie bavaroise, livra bataille sur l'autre rive et défit les Impériaux. Tilly tomba mortellement blessé. Maximilien prit le commandement, mais ne put ramener son armée au combat. L* Autriche était ouverte; les Saxons pouvaient y entrer par la Bohème, les Suédois par la Bavière (avril 1632).
Un homme pouvait sauver Ferdinand, c'était Wallenstein. Depuis sa disgrâce il vivait en Bohème dans une fastueuse retraite. Dissimulant son ambition, il eut l'air de n'accepter qu'à regret les ofi'res do l'empereur. Il put ainsi vendre chèrement ses services. Ferdinand consentit à tout : Wallenstein devait avoir une autorité absolue sur son armée ; il nommerait tous les ofdciers, lèverait les contributions, serait l'arbitre de la paix ou de la guerre, enfin il recevrait comme récompense lo gouvernement du Mecklembourg. Le nom de Wallenstein valut à l'Autriche une armée de ; 0,UOO hommes.
Wallenstein ne défendit pas, comme on pouvait s'y Attendre, la route de Vienne. Il se jeta dans la Bohème, la reprit aux Saxons, puis, pénétrant dans la vallée du Main, attaqua la riche' ville de Nuremberg. Gustave-Adolphe revint sur ses pas pour la dôlendre. Pendant trois mois les deux adversaires manœuvrèrent pour se surprendre, sans y réussir. Wallenstein abandonna tout à coup le siège de Nuremberg pour marcher sur la Saxe. Jean-Georges, effrayé, nppela Gustave, qui s'empressa d'accourir. Lt'A deux armées forent de nouveau en présence dans une de ces plaines saxonnes où se sont livrées tant de grandes batailles, à Lûtzen, entre la Saale et l'Ëtster (novembre 1632). Le combat était inévitable. Gustave commandait l'aile droite de son armée ; Bernard de Saxe-Weimar, son élève, commandait, à Taile gauche, les auxiliaires allemands. Le roi de Suède, après avoir conduit plusieurs charges contre les Impéaaux, apprit qu'une partie de son armée était exposée au feu de Tartillerie. Il voulut s'emparer des canons ennemis, traversa pres-
que seul le champ de bataille, et tomba mortellement blessé Bernard de Saxe se mit alors à la tète de l'armée, s'empara de rartillerie impériale, et croyait tenir la victoire, quand Pappenheim arriva et commença une nouvelle bataille. Les Suédois plièrent devant ces troupes fraîches, mais la monde Pappenheim leur rendit courage. Ils reprirent aussitôt l'offensive, et Wallenstein put à peine omtéger la retraite de ses troupes. La mort de GusUve- Adolphe semblait une perte irréparable pour les Euts protestants de l'Allemagne et de TEurope. Le chancelier Oxenstiern, son ami et son conseiller, fit reconnaître Christine comme reine de Soède et continua sa politique. Los généraux Banner et Bernard de Saxe-Weimar. dignes élèves de Gusuve- Adolphe, poursuivirent la guerre avec un succès d'autant plus rapide que Wallenstein, retiré en Bohème, semblait disposé à trahir l'empereur. Le
général Piccolomini reçut Tordre secret de se éfaire du traître. Il s'assura la possession de Prague, puis il envoyaàE^, résidence de Wallenstein, trois hommes de mam, Lesly, Butler et Gordon. Wallenstein fut assassiné avec les principaux ofBciers attachés à sa fortune (1630.
L'empereur confia le commandement de l'armée à son fils, l'archiduc Ferdinand. Celui-ci, ^idé par deux hommes de guerre remarquables, Gallas et Piccolomini, gagna sur les Suédois la bauille de Nœrdlineen. Cette victoire livra l'Allemagne à Ferdinand II. L'électeur de Saxe conclut au nom des Luthériens le traité de Prague (1635U Banner et les Suédois se replièrent en Poméranie.
L'Autriche était une troisième fois victorieuee. Le moment était venu où la France devait enfin intervenir ouvertement dans la lutte.
Quatrième période ou période française (1635- 1648). — La guerre fut précédée d'une admirable campagne diplomatioue qui remplit toute Tannée I63;i. Les Suédois devaient recevoir un subside annuel et être renforcés d'un corps français de 12.000 soldau (traité de Gompiègne) ; le duc Bernard de Saxe-Weimar promit son concours moyennant un subside de quatre millions et la cession de TAlsace (traité de Saint-Germain); le landgrave de Hesse-Cassel, moyennant subsides, fournissait 10*000 hommes (traité de Wesel).
On ne pouvait vaincre l'Autriche qu'en frappant également TEspagne, dont la politique, depuis 1610, avait été une conspiration permanente contre la France. La guerre lui fut solennellement déclarée en 163&, et Richelieu tourna aussitôt contre elle les efforts de sa diplonutie. Il s'allia avec les Hollandais (traité de Paris), avec les ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue (traité de Rivoli).
Les préparatifs furent considérables; pendant plus de dix ans la France allait entretenir sept armées de terre et deux flottes. La guerre eut pour théâtre les Pays-Bas, l'Allemagne occideaule, TAllemagne orienule, Tlialie et TEspagne.
Le résultat des premières campagnes ne répon^ dit pas aux espérances de Richelieu. Les maréchaux de Chàtillon et de Brézé gagnèrent d'abord aux Pays-Bas la bauille d'Avein et firent, sous Maèstricht, leur jonction avec le^ Hollandais. Mais, mal secondés par leurs alliés qui voyaient avec peine la France s'établir sur la rive de TEscaut, ils furent repoussés et bientôt nos frontières furent envahies. Les Espagnols et les Impériaux, conduits par Jean de Werth, pénétrèrent dans la Picardie et s^emparèrent de Corbie. La terreur fut si grande à Paris que Richelieu songea un moment à se retirer dei^ rière la Loire Ranimé par les conseils du père Joseph, il fit de grands préparatifs et chassa les Espagnols du territoire français. Une invasion des Impériaux en Bourgogne avait été arrêtée par la belle résistance doSaintJean de Losne. En Guyenne, d'Ëpernon repoussait une attaque des Espagnols» Enfin, au nord de TAllemagne, Banner relevait
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l*honneur dos armes suédoises par sa Tîctoire de Wistock(l637).
Cette même année, Ferdinand H mourat, après mvoir vu le triomphe du catholicisme et de TAutrichc» un moment préparé par ses victoir(>s, maintenant compromis par les succès de la France. Son fils Ferdinand III continua la mémo politique, sans avoir la môme conTiction ni la même intelligence.
La guerre se poursuivit partout sans avantages décisifs. Aux Pays-Bas, le cardinal de la Valette ft^cmpara de Landrecies et de Maubeuge ; mais en Allomagne, les Suédois étaient repousses de la Saxfî et de ta Poméranie, et en Italie, Rohan, obligé dY>vacaer la Valteline, voyait les duchés de Savoie ot de Mantoue livrés aux intrigues es|)agnolcs. Aux Pyrénées enfin, le siège de Fontarabio par le duc du La Valette et par Tamiral Sourdis, archevêque de Bordeaux, dut être abandonné à Tarrivée d'uiiR armée espagnole.
Toutefois la campagne du Rhin avait été glorieuse pour nos alliés et profitable pour la France. Bernard de Saxe-Welmar s'était emparé de TAlsace après ses victoires de Rheinfeld ot de Brisach. Peutêtre songeait-il à se détacher de la France, quand la mort subite de ce Jeune héros de trente-huit ans, souhaitée à ce moment par Richelieu, livra à ce dernier ses conquêtes et son armée. Les soldats de Bernard de Saxe, conduits par Guébriant et Turenne, allaient rejoindre l'armée suédoise, victorieuse à Ghemnitz» pour envahir TAutriche (16:^9).
Désormais les succès ne se ralentissent plus. Dans les Pays-Bas, une atuquedes trois marécnaux de la Meitleraye, de Chàtillon et de Chaulnes nous donne enfin la capitale de TArtois, Arras. En Italie, les trois grandes victoires du comte d'Harcourt à Casai, Turin, et Ivrée ramènent la Savoie à notre alliance. En Espagne, la révolte du Portugal et de la Catalogne porte un coup mortel à la puissance de Philippe III. Les Français assurent 1 indépendance du nouveau roi de Portugal, Jean de Bragance, et s'emparent de la capiule du Roussillon, Perpignan (IGV2). En Allemagne, Guébriant, vainqueur à Wolfenbflttel (1641) et à Kompen (16t'0, occupe Télectorat de Cologne. Banner meurt après un coup do main hardi sur Ratlsbonne, et ■on successeur, le paralytique Torstenson, fait une campagne victorieuse dans la Silésie et la Saxe, où il gagne sur Piccolominl la bataille de Leipdg (1642).
Richelieu mourut la même année, laissant la France partout victorieuse ot léguant sa politique à un homme digne de la comprendre et de la continuer, au cardinal de Mazarin.
Les ennemis, réduits si bas en 1642, s'étaient subitement ranimés au bruit de la mort de Richelieu. La maison d'Autriche, dans les premiers mois de 1643, reprit vivement l'offensive en Italie, en Catalogne, en Allemagne et surtout dans les Pays-Bas.
Le ffouvemeur des Pays-Bas, don Francisco do Mellos, envahit la Champagne, et fit investir
f>ar son avant-garde la ville de Rocroi, qui couvre a frontière du cêté des Ardcnnes. Un général de -vingt et un ans, le duc d'Enghien, commandait l'armée française forte de 22,000 hommes. 11 avait reçu l'ordre de ne point hasarder la bataille ; mais 11 amena l'armée si près du camp ennemi que toute retraite devenait impossible. 11 attaqua les Espagnols dans la matinée du 19 mai, et se Jeta, à la tête de la cavalerie, sur l'infanterie espagnole. Quand cette redouuble phalange fut enfoncée, la bataille fut gagnée. Mellos rallia & grand'peine les débris de son armée. Cette victoire rejeta les ennemi tjusque sur le Rhin.
En Allemagne, nous n'avions pas été aussi heureux. Le brave Guébriant avait été battu et tué à Rothweill, et le comte de Rantzau. son 8uccos.*Pur, fut vaincu et fait prisonnier à Tnttiiigen. Turennu, récemment nommé maréchal, fut chargé de réor-
puiser Tarmée vaincue. Mais il ne put empêcher Tes impéraux , commandés par Mercv, de prendre Fribourg, et d'y asseoir leur camp dans une position formidable. D'Enghien reçut Tordre de quitter les Pays-Bas et do marcher au secours de Turenne. Il attaqua de front los lignes de Fribourg. L'assaut dura trois Jours. Les Français commençaient à plier, lorsque le duc d'Enghien Jeta son bâton de commandement dans les retrancnements ennemis, qui aussitôt furent emportés. Turenno avait dirigé une vive attaque sur le flanc des ennemis. Mercy battit en retraite, laissant ses canons et ses bagages. Les deux rives du Rhin étaient à nous depuis Bàle Jusqu'à CoblenU (1644).
Après cette victoire, Turenne et d'Enghien B*étaient séparés. Tandis que celui-ci allait achever la conquête de la Flandre, Turenne essayait de se réunir, à travers la Franconie, à Torstenson, vainqueur à Saucowits. Mais il fut arrêté et battu par Mercy à Marientlial. D'Enghien revint en toute hâte, et prit le commandement de l'armée du Rhin, ayant Turenne sous ses ordres. Il attaqua Mercy dans les plaines de Nœrdlingen. La victoire fut vivement disputée ; Jean de West, avec sa cavalerie bavaroise, était vainqueur à Taile gauche ; mais les bataillons de Mercy furent enfoncés par les Français et l'excellente cavalerie weimarienne. Mercv tomba sur le champ de bataille; il y fut enterré. Le duc d'Enghien fit graver ces mots sur sa tombe : Sta^ viator, heroem calcas (1615).
La campagne de 1646 fit le plus grand honneur à d'Enghien et à Turenne. Le premier complétait
Sar la prise de Dunkerque la conquête de la Flanre ; le second, par une marche savante, opérait sa Jonction avec Wrangd, successeur de Torstenson, pénétrait en Bavière, menaçait Munich et forçait Maximilien à signer un traité do neutralité.
Malheureusement en Italie l'amiral Armand de Brézé était tué au combat d'Orbitello ; il n'avait que vingt-sept ans et avait déjà gagné quatre batailles navales ; la marine française devait déplorer pendant longtemps la perte de ce Jeune héros, digne neveu de Richelieu, beau-f^re et rival de gloire du duc d'Eqghien.
Les négociations diplomatiques ralentirent en 1647 los opérations miliuires, dont le principal événement fut l'échec de d'Enghien devant Lérida. Mail en 1648 Mazarin résolut de connuérir la paix par une campagne décisive. Partout les succès répondirent à ses efforts. En Catalogne, le maréchal Schomberg s'emparait de Tortose et nous donnait les bouches de 1 Ebre ; en Italie, le maréchal du Plessis-Praslin remportait la brillante victoire de Crémone; en Allemagne, Turenne et Wrangel, apprenant la nouvelle trahison de Maximilien de Bavière, franchissaient le Danube et gagnaient sur le Bavarois Mélander la victoire de Summershausen. Enfin dans les Pays-Bas le duc d'Enghien, devenu, par la mort de son pèro, prince de Condé, avait la gloire de donner le dernier coup à la puissance autrichienne, par sa belle victoire do Lens sur l'archiduc Léopold qui, désespéré, s'enfuit à Douai. L'Autriche n'avait plus d'armée t
Les traités de Westphalie. — Depuis 1643 des conférences étaient ouvertes dans les villes de Mfinster et d'Osnabruck en Westphalie. Les diplomates les plus distingués do l'Europe, d'Avaux et Servien pour la France, Jean Oxenstiern, fils du chancelier, etSalvius pour la Suède, Trautmansdorf pour l'Autriche, le nonce Chigi pour le Saint- Siège, essayaient de résoudre les difficultés religieuses et politiques qui avaient fait naître la guerre de Trente Ans. Le Congrès no 8*ouvrit Tellement qu'en 1645, et ce ne fut qu'en 1648, après de longues résistances, qu'on obtmt enfin la paix si longtemps dé.sirée.
Les innombrables dispositions des traités de Westplialio se réduisent à trois objets principaux :
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1* Cônditiong politiques européennes ; 2* organisation politique de l'Allemagne ; 8<» conditions religieuses.
!• Le comte palatin, fils aîné de Frédéric V, recouvra le Bas-Palatioat. Un huitième électorat fut créé en sa faveur.
Le duc de Bavière garda le premier électorat qu*avait auparavant le comte palatin, avec le Haut- Palatinat.
L'électeur de Brandebourg obtint les évéchés de Minden, de HalbersUdt et de Gamin, et conserva la Poméranie orientale.
Le duc de Meciclembourg-Schwérin reçut les évéchés de Schwérin et de Rotzbourg.
La Suède obtint : I* la Poméranie citérieure y compris Stettin, les lies de Rflgen et de Wollin, et les trois bouches de TOder ; 2* le port de Wismar dans le Mecklembourg, Tarchevèché de Brème et révèché de Werden. La Suède disposa de trois Yoix à la diète allemande.
La France obtint en toute sovTeraineté les trois villes et évèchés de Metz, Toul et Verdun, acquis depuis le traité de Gateau-Cambrésis ; plus Brislich, le landgraviat de Haute et Basse Alsace, le Sundgau et la préfecture des dix villes impériales (Haguenau, Colmar, Schelestadt, Wissembourg, Landau, Obereinheim, Rosheim, Munster, Keiserberg, Turinp^hein). On voit Que Strasbourg et Mulliouse n'étaient pas compris dans les annexions. Saveme devait rester neutre.
L'empire no pouvait élever des forts sur la rive droite du Rhin, de Bile à Philip «bourg.
La France continuait à occuper militairement la Lorraine, Jusqu'à règlement ultérieur avec l'Espagne.
L'empereur cédait à la France ses droits de souveraineté sur Pignerol.
3* L'indépendance politlaue des princes allemands était assurée contre 1 autorité de la maison d'Autriche.
L'empereur reconnaissait à tous les Euts d'empire, au nombre de 343 (1S8 souverains séculiers, 123 ecclésiastiques et 62 villes Jibres), le droit de participer à l'administration géi^^rale et à la puissance législative, le droit de souveraineté territoriale au spirituel comme au temporel, la faculté de conclure des alliances au dedans comme au dehors, sauf la réserve illusoire des droits de Tempire et de l'empereur.
L'Allemagne était donc une fédération d'Etats, non un empire. Les traités avaient organisé l'anarchie politique de ce pavs.
3* Les traités complotaient la paix d'Augsbourg. La religion calviniste obtenait les mêmes avantages que la religion luthérienne. Dans les assemblées des députés de Tempire, les deux religions (protestante et catholique) devaient avoir un nombre égal de représentants ; de môme dans la Chambre impériale de Spire.
Le fameux édit cte restilution était annulé. Les biens ecclésiastiques étaient rendus à tous ceux oui les possédaient avant l'année 1624, qui devenait 1 omt^e normale. Toutefois pour le Palatinat l'année normale était reportée à 1618.
Telles sont les dispositions essentielles du traité de Westphalie, le plus grand monument politique du*zvii* siècle. L'Europe centrale réorganisée sur des bases nouvelles; la France consutuee arbitre du maintien du système fédératif en Allemagne, et agrandie par la cession de l' Alsace ; la Suède, notre alliée, faisant contrepoids à l'Autriche dans le corps germanique ; enfin l'AUema- Se protestante arrachée à l'Autriche, teU éuient I magnifiques résultats acquis par la politique de Henri IV, les victoires do Gustave-Adolphe, Turenne et Condé, la diplomatie de Richelieu et de Mazarin.
OuTrases à consulter : Schiller, ffiHoin de la guerr$
de trente ont; Gcffroj. Bittoire des étatt tcandinase»; Htmly, Histoire de la formation territoriale et pnlttiqxÊe de r Europe. [D. Blaiichet.]
Onerre da dèvolttUon. — Histoire de France, XXV. — Cette guerre, aussi appelée guerre de Flandre y eut pour cause les prétentions de Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols, qu'il réclama à U mort de Philippe IV en vertu du droit de dévolution : c'était une coutume flamande qui attribuait aux enfants du premier lit l'héritage de leurs parents, à l'exclusion de ceux du second lit ; or U reine de France Marie-Thérèse était fille de la première femme de Philippe IV, tandis que le nouveau roi d'Espagne, Charles II, était fils d'une seconde femme. La guerre, commencée en mai 1667, se termina en 1668 par le traité d'Aix-la-Chapelle, qui assura à Louis XIV la possession de douze places-fortes en Flandre. — V. Louis XIV,
Ouerre do Hollande. — Histoire de France, XXV. — Quatre ans après la conclusion de la paix d'Aixla-Chapelle, Louis XIV, irrité contre la république des SeptrProvinces-Unies, envahit les Pays-Bas (1672). Mais Guillaume d'Orange, nommé statboader, réussit à obtenir le secours de l'Espagne et de l'Allemagne (1673). Pendant cinq ans, on se t»atdt dans les Flandres et le long du Rnhi, ainsi que sur mer. Les principaux événements de cette guerre sont le passage au Rhin, célébré parBoileau (1672} ; la conquête de la Franche-Comté, faite en six semaines ; l'incendie du Palatina^ par Turenne ; la victoire de Condé sur les Espagnols à Senef (1674) ; la mort de Turenne à Saltzbach (1675); les batailles navales de Stromboli,d'Agoustll, où Tamiral hollandais Ruyter fut tué, et de Païenne, gagnées par Duquesne sur les flottes espagnoles et hollandaises (1676). Enfin, le traité de NimèguQ M678) mit fin à la lutte : la France obtint la Francne-Comté et la Flandre, enlevées à l'Espagne. — V. Louis XIV et Guillaume III.
OKierre de la ligne d'Anosbonrgr* — Histoire de France, XXV. — Elle tire son nom de la ligue formée à Augsbourg contre la France (16S6) par les soins du stathouder de Hollande, Guillaume d Orange, ligue à laquelle adhérèrent d'abord les Provinces-Unies, le roi d'Espagne, Tempereur et la Slupart des princes d'Allemagne, puis le duc de avoie, le pape et les autres souverains italiens, et enfin l'Angleterre après l'expulsion de Jacques IL La guerre commença en 1688, et dura neuf ans avec des succès divers. Les principaux capitaines du c6té de la France furent Luxembourg, Catinat, Noailles, Vllleroi, Vendôme, et sur mer l'amiral Tourville, les corsaires Duguay-Trouin 9t Jean Bart; du côté des coalisés, Guillaume d'Orange et Eugène de Savoie. Les événements les plus importants de cette guerre sont le second incendie du Palatinat, ordonné par Louvois (1689); la défaite de Jacques II à la Boyne, en Irlande (1690), et celle de l'amiral Tourville à la Hougne (1692); les victoires de Luxembourg aux PayB-Bas, à Fleuras (1690),à Steinkerque(1692) et à Neerwinden (1C93\ et celles de Catinat en Piémont, à StaiTarde (1690) et à la Marsailie ( 1693) ; la prise de Namnr par Louis XIV en personne, aidé de Vaoban et de Luxembourg (1692) ; la victoire de Tourville an cap Saint- Vincent (1698), le bombardement de SaintrMalo (169a) et Vineendle de Dieppe (1694) par les Anglais; les succès de Noailles en Catalogne (1694); le siège et la prise de Namur par Guilunme d*0range (1696) ; la prise de Barcelone par Vendôme (1697).iLouis XIV, voyant la France épuisée, son-
rà conclure la paix ; il réussit dès 1696 à détacher pape et le duc de Savoie de la ligne d'Augsbourg; et en 1697 il signa le traité de Byswick, dont les dispositions étaient humiliantes pour lui : il dut, par ce traité, reconnaître Guillaume d'Orange comme roi d'Angleterre, renoncer à toutes ses conquêtes, restituer à l'Allemagne les villes
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que les chambres de réunion avaient annexées à la Trance, sauf Strasbourg, rendre au duc de Lorraine son duché, et renoncer aux mesures restrictives édictées par Golbert contre le commerce hollandais. — V. Louis XIV et Guillaume !IL
Ouerre da la saocaesioii d'Espagne. — Histoire générale, XXV; Histoire de France, XXV. — C'est la dernière guerre du règne de Louis XIV ; elle eut pour cause le testament de Charles II, qui donnait la couronne d''Espagne au prince Philippe d^Anjou, petit-fils de Louis XIV (1700). Une ligue dans laquelle entrèrent TAngleterre, la HoUande, Tcmpereur Léopold, la Prusse, di- Ters princes allemands, se forma aussitôt contre la France. Son but était de placer sur le trône d'Es-
Fagne Tarchiduc Cliarles d'Autriche, second fils de empereur Léopold, et do donner à l'Aneleterre, à la Hollande et à Tcmpcreur une partie des possessions espagnoles. La France eut pour allies la Savoie et le Portugal, qui Tabandonnèrent bientôt, et les électeurs de Cologne et de Bavière. Les hostilités commencèrent en 1701. Les principaux généraux, du côté d(3 la France, furent Caiinat, Vendôme, Villeroi et Villars; du côté de la coalition, le prince Eugène de Savoie et le duc de Mariborough.
Voici le résumé chronologique des faits les plus Importants de cette guerre :
llOl. Philippe d'Anjou, devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, entre à Madrid et prend possession de ses États. Succès d'Eugène en Italie sur Catinat à Carpi et sur Villeroi à Chiari.
1702» Villeroi est pris à Crémone. Mort de Guillaume III; Anne Stuart lui succède. Victoire de Vendôme sur Eugène à Luzzara. Victoire de Villars sur le prince de Bade à Frlcdlingen. Marlborough débarque dans les Pays-Bas. Commencement de la révolte des Camisards. ^
1703. Victoires inutiles de Villars à Hochstcdt et de Tallard à Spire. Défection de la Savoie et du Portugal. Les alliés envoient des secours aux Camisards.
1704. Bataille de Blenheim, ou seconde bataille de Hochstsedt, gagnée par Eugène et Mari borough sur Tallard, Marsin et Télecteur de Bavière ; les Français doivent évacuer TAUcmagno. L'archiduc Charles débarque à Lisbonne, et entre en Espagne; ses alliés les Anglais s'emparent de Gibraltar. La révolte des Camisards se termine par un arrangement conclu avec Jean Cavalier.
1705. Mort de l'empereur Léopold ; son fils aîné Joseph lui succède. L'archiduc Charles entre à Barcelone.
1706. Victoires de Marlbprough sur Villeroi à Ramillies, et d^Eugène sur la Feuillade, Marsin et lo duc d'Orléans, à Turin ; les Français sont contraints d'évacuer les Pays-Bas et l'Italie. Les alliés entrent à Madrid.
1707. Tenutive inutile d'Eugène contre Toulon. Villars et Vendôme tiennent tète, le premier aux Allemands sur le Rhin, le second à Marlborough en Flandre. La victoire d'Almanza rend l'Espagne à Philippe V.
1708. Victoire de Marlborough sur Vendôme à Oudenarde. Marlborough s'empare de Lille. Louis XIV néffocie avec les alliés; mais ceux-ci lui imposent des conditions si dures qu'il préfère continuer la euerre.
1709. Victoire d'Eugène et de Marlborough sur Villars et Boufflers à Malplaquet. Reprise des né> gociations; Louis XIV olfre d'accepter les conditions qu'il avait refusées l'année précédente. Mais les alliés montrent de nouvelles exigences ; ils veulent q lie le rot de France chasse lui-même son petit-âls d'Espagne. Louis XIV répond : « Puisqu'il faut flaire la guerre, J'aime mieux la faire à mes enneiKiis qu'à mes enfants. » Les hostilités recommencent.
1710. Progrès des alliés en Flandre; ils prennent Douai et plusieurs autres places. Victoire de Tarchiduc Charles à Saragosse ; il entre & Madrid ; Philippe V se retire à Valladolid. Bientôt cependant l'archiduc est forcé d'évacuer Madrid, et Philippe y rentre ; la victoire de Vendôme à Villaviciosa achève la ruine du parti de l'archiduc en Espagne.
1711. Mort de l'empereur Joseph; son frère l'archiduc Charles lui succède sous le nom de Charles VI. En Angleterre, le ministère whig, partisan de la guerre, est remplacé par un ministère tory, oui entre en négociation avec Louis XIV en vue de fa paix.
1712. Un congrès s'ouvre à Utrecht; toutes les puissances belligérantes s'v font représenter. Disgrâce de Marlborough; l'Angleterre signe une suspension d'armes. Villars bat Eugène à Denain»
1713. Signature du traité d'Utrecht, aux conditions suivantes : Philippe V est reconnu comme roi d'Espagne ; il cède Gibraltar aux Anglais. L'empereur reçoit les Pays-Bas, le Milanais, la Sardaigne et Naples ; le duc de Savoie^ la Sicile et le titre de roi ; 1 électeur de Brandebourg est reconnu comme roi de Prusse; les électeurs de Cologne et de Bavière, alliés de la France, seront réublis dans leurs Etats, dont l'empereur les avait dépouillés; la Franco cède aux Anglais la baie d'Hudson, l'Acadie, Terre-Neuve et Samt-Christophe ; Louis XIV s'engage en outre à renvoyer de France le prétendant Stuart.
L'empereur ne veut pas admettre le traité. Louis XIV continue la guerre contre lui. Expédition de Villars en Allemagne.
1714. Les traités de RasUdt et de Bade mettent lin à la guerre entro la France et TAUemagne. Mais l'empereur s'obstine à ne pas reconnaître Philippe V comme roi d'Espagne.
La guerre de la succession d'Espagne avait épuisé la France, qui n'en retira aucun avantage, et qui se ressentit longtemps des lourds sacrifices que lui avait imposés l'orgueil de son roi. — V. Louis XIV,
Guerre da la quadruple aUianoa. — Histoire générale, XXV ; Histoire de France, XXVU. — Le cardinal Alberoni, ministre du roi d'Espagne Philippe V, avait formé le projet de donner à son malirc la couronne de France, à laquelle Philippe avait dû formellement renoncer, et de rendre à l'Espagne les provinces que lui avait enlevées In traité d'Utrecnt. A cet effet, il noua les fils d'une vaste intrigue : les Turcs, à son instigation, devaient attaquer l'empereur; le prétendant Jacques Stuart ferait une descente en Angleterre et Charles XII de Suède irait l'y rejoindre et l'aider à détrôner Georges 1**; enfin, en France, une conspiration, tramée par l'ambassadeur espagnol Cellamare, devait enlever la régence à Philippe d'Orléans.
Avertis des plans d* Alberoni, ceux qu'ils menaçaient s'unirent pour les déjouer : par les soins do l'abbé Dubois, une triple olliance fut conclue entre la France, l'Angleterre et la Hollande (1717); l'Autriche y adhéra l'année suivante : ce fut alon la quadruple alliance. Une guerre générale éclata aussitôt ; mais elle dura peu, et so termina par l'échec le plus complet de la politique d' Alberoni. Les Turcs furent battus à Peterwaradehi et à Belgrade par le prince Eugène de Savoie; Charles XU fut tué au siègo deFrederikshall en Norvège, avant d'avoir rien pu entreprendre contre l'Angleterre ; la flotte Que l'Esuagne avait donnée au prétendant Jacques Stuart rat dispersée par une tempête, et les Anglais en détruisirent les restes ; les Espagnols, qui avaient d'abord conquis la Sicile, furent forcés de l'évacuer après avoir vu leur flotte anéantie à Syracuse par l'amiral Byng; enfin, la conspiration de Cellamare fut découverte et les conjurés, au nombre desquels était le duc du Maine,
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furent arrêtés (IIXS). En 1719, le maréchal de Ben^'ick, à la tète d'une armée française, franchit les Pyrénées, et prit Fontarahie et Saint-Sébastien. Philippe V alors demanda la paix (1730), et dut subir les conditions que lui imposa la quadruple alliance ; il lui fallut renoncer définitivement à la Sardaigne, à la Sicile, à Naplcs, au Milanais et aux Pays-Bas; en revanche Texpectative des duchés de Parme et de Toscane était
{)romise à un de ses fils. Le duc de Savoie recevait a Sardaigne en échange de la Sicile, que lui avait attribuée le traité d'Utrecht, et prenait le titre de roi de Sardaiçne. L*empereur obtenait les Pays- Bas, le Milanais, Naples et la Sicile, et reconnaissait Philippe V comme roi«d*Espagne.
Albcroni fut disgr&cié, et alla finir obscurément ses jours en Italie.
Guerre de la suocMnion da Pologne. — Histoire générale, XXVII. — A la mort du roi de Pologne Auguste II de Saxe, le parti national élut Stanislas Leczinski (1733), qui avait déjà régné de 170Ô à 1709 sous la protection do Charles XII de Siède; le parti russe et autrichien fit élire Auguste III. Louis XV avait épousé Marie Leczinska ; il prit le parti de son beau-père. Mais le cardinal Fleury, alors premier ministre, n'envoya en Pologne
3U0 des secours dérisoires, et le roi Sunislas, hors *ëtat de résister à son rival, dut revenir en France. Cet écliQZ dans le Nord fut toutefois compensé par quelques succès contre l'Autriche en Italie et sur le Rhin. Les rois d'Espagne et de Sardaigne s'étaient joints à la France : l'infant don Carlos conquit Napfes et U Sicile ; l'armée française envoyée au secours du roi de Sardaigne battit les Autrichiens à Parme et à Guastalla. Une autre armée occupa la Lorraine, puis s'empara de Philipsbourg malgré les efl'orts du prince Eugène. La paix de Vienne (1735) termina la lutte : Stanislas Leczinski renonçait au trène de Pologne, mais recevait en compensation les duchés de Lorraine et de Bar, ui, à sa mort, devaient revenir à la France ; le ne de Lorraine François, époux de Marie-Thérèse
di
d'Autriche, était déclaré héritier de Gaston da Médids, duc de Toscane ; Pinfant don Carlos devenait roi de Naplesetde Sicile, et cédait en échange son duché do Parme à l'empereur; et le roi de Sardaigne obtenait une partie du Milanais. Enfio, la pragmatique sanction de Charles VI (V. Guerre de la succession dP Autriche) était reconnue par toutes les puissances étrangères. — V. Louis XV,
Onerre de la enooeeslon d' Autriche (1740-1748). — Histoire générale, XXV; Histoire de France, XXVII. — L^mpereur Charles VI avait succédé sans contestation à l'empire et anx royaumes de Bohème et de Hontçrie. Son frère Joseph I* avait laissé deux filles; mais le testament de Léopold P' excluait les femmes du trône, et déclarait qu'à défaut d'héritiers mâles de Charles VI. les filles de Joseph I*', ou de la branche aînée, passeraient avant les filles de la branche cadette. Charles VI n'avait qu'une fille, celle qui fat plus tard Marie-Thérèse. Au lendemain même de son avènement, il commença avec les membres de sa famille, et avec les diètes des différents Etats, une série de négociations, tendant à renverser Tordre établi par Léopold l*' et à assurer à la jeune princesse l'héritage intégral de tous les domaines autrichiens. Ces négociations aboutirent à l'acte célèbre conna sous le nom de Pragmatique-Sanction.
La Pragmatique, lue dans le Conseil secret de Vienne le 13 avril 1713, peut se résumer dans les trois articles suivants :
r Tous les Etats autrichiens forment un tout indivisible.
2° Les héritiers m&les de la maison d'Autriche se succèdent en vertu du droit d'aînesse.
3° A défaut d'héritier mâle, les filles sont appelées à se succéder dans Tordre suivant : d'abord celles de Charles VI, puis celles de Joseph 1*% pois celles de Léopold 1*'.
Lo tableau suivant, qui établit la généalogie de la maison de Habsbourg, de Léopold 1*' à Marie- Thérèse, fera mieux comprendre encore les clauses de la Pragmatique :
LsoroLo I**
Haria-Antonia f 1692,
éponse de Uaxiroiliea-Einmanuel,
électeur de BaTière.
Cbablm (YIO-Albikt
de BaTiere 1 1745.
époux de Marie-Amélie.
JOSBPH l" 1 1711
Marie-Amélie 1 1756,
épouse de Charles VII
Albert de Bavière.
L'empereur, après avoir fait enregistrer par le Conseil sa volonté souveraine, obtint d'abord la renonciation des princesses intéressées à réclamer l'héritage en vertu des testaments de Léopold ; il s'appliqua ensuite à faire ratifier ce pacte de famille par les difiTércnts pays. Les Etats do la Basse- Autriche, de la Silésie, de la Bohème, de la Hongrie y adhérèrent successivement (1720-1723). Charles VI fit alors proclamer la Pragmatique à Milan et dans les Pays-Bas. Restait à obtenir Tadhésion des puissances européennes. La Pragmatiqnue fut reconnue en 172(> par la Prusse et la Russie, en 1731 par l'Angleterre et les Etats généraux de Hollande, en 1732 par l'Allemagne, en 1733 par la Pologne. La France, TEspagne et la Sardaigne ne donnèrent leur adhésion qu'en 1735, après le traité de Vienne. Les négociations n'avaient pas été toujours faciles, et Charles VI avait dû, pour réussir, faire les plus grands sacrifices. Il avait supprimé la compagnie d'Ostende pour rassurer l'An- Sleterre, cède la Lorraine pour décider la France, [aples et la Sicile pour gagner TEspagne. Le prince Eugène pensait qu'un trésor bien rempli et une bonne armée auraient été uno meilleure garantie que tous ces parchemins.
Marie-Josephe f l/sT,
ép. d'Auguste III de Saxe, roi de Pologne.
Chaklu Tl t 1740
HAam-TajiaxsB f 1780.
A la mort de Charles VI (octobre 1740) tous les souverains oublièrent les traités et violèrent leur parole. L'occasion semblait favorable pour les voisins ou les ennemis de la maison d'Autriche. Marie-Thérèse était la première femme qui régnât sur l'ensemble des Etats autrichiens ; ces Êuts, divisés par les races, les traditions et la langue, n'avaient d'autre lien que la personne commune d'un même souverain. La Jeune princesse, mariée à François, grand-duc de Toscane, n'avait pas même le prestige qu'avait donné à ses prédécesseurs la courenne impériale.
Cette situation de la maison de Habsbourg étût d'autant plus périlleuse (|u*en Allemagne même un Etat nouveau, déjà puissant, épiait toutes les occasions pour s'agrandhr. La Prusse, âpre à U conquête, façonnée à la guerre qui était la loi même de son existence, était gouvernée, depuis 1740, par un Jeune roi impatient d'utiliser les ressources accumulées par son père et de révéler le génie qu'il sentait en lui. Frédéric II, sans s'arrêter à des scrupules que sa conscience ne connaissait pas, et sans attendre que les puissances européennes fussent d'accord sur le partage de la monarchie autrichienne, envahit la Silésie avec 3U OOO
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bommes, gagne la bataiUe de Molwits et occupe toute la province (1741). Pour JusUfler cette agression, il fait valoir de prétendus droits de ses ancôtrès et la nécessité de prendre ses sûretés contre le démembrement de la succession de Charles VI. 11 offre en même temps son alliance à Marie-Thérèse, en échange de la cession de la Silésie. L* Autriche refusa avec indignation et se prépara à la résistance.
Cette victoire de la Prusse décida TEurope, encore hésitante, à intervenir. En France, le cardinal Fleurv voulait garder la neutralité ; mais le maréchal de Belle-Isle, esprit aventureux et entreprenant, poussait & la ^erre. Il imagina un plan de partage qui adjugeait les Pa]|rs-Bas à la France, la Bohème et la couronne impériale à la Bavière, la Silésie à la Prusse, la Toscane, Parme et les possessions lombardes à TEspagne et à la Sardaigne. Sa politique prévalut, et une alliance fut conclue entre rEspagne, la France et la Bavière. On a pu contester Vauthenticité du traité de Nymphemboure, qui stipulait le partage des Etats autrîcniens ; mais l'alliance contre Marie-Thérèse était formelle.
Trois armées menacèrent Vienne. La première, sous Maillebois, envahit la Westphalie pour sur- Yeiller le Hanovre et assurer la neutralité de TAngleterre ; la seconde, sous Belle-Isle, suivit le Danube, et fit sa Jonction avec Télecteur de Bavière Charles-Albert ; la troisième, sous Frédéric 11;^ en- Tahit la Moravie.
Si les coalisés avaient marché rapidement sur Vienne, la guerre pouvait être aussitôt terminée. Mais les Franco-Bavarois commirent une faute capitale. Après avoir pris Lintz sur le Danube, ils pénétrèrent en Bohême et s'emparèrent de Qudweis, de Tabor et de Prague. Cette diversion sauva Marie-Thérèse.
Cette Jeune princesse de vingt-quatre ans montra dans ces redoutables épreuves une énergie et un courage dignes de sa fortune. Retirée à Presbourg, «lie sut s*assurer le dévouement des nobles hop- CTois, touchés de ses vertus et de ses malheurs. Quand elle parut dans la diète, avec son enfant, la couronne de Saint-Etienne sur la tête, le sabre au côté, tous s*écrièrent : a Mourons pour notre roi Marie-Thérèse 1 » Elle eut bientôt une armée de ^0,000 hommes, bandes farouches de Croates, d'Esclavons, de Dalmates qu'elle Jeta sur la Bavière. Tandis que Charles-Albert se faisait proclamer roi de Bohême à Prague, et empereur d'Allemagne à Francfort sous le nom de Charles VII, les Autrichiens ravageaient son électorat et entraient dans Munich (1742).
En même temps^ la poIiUque de la France subissait de graves échecs. Pour arrêter la Russie qui était favorable à l'Autriche, nous avions armé la Suède contre elle. Mais notre alliée se faisait battre par le général russe Lascy à Wilmanstrand, et perdait, parle traité d'Helsingfors, toute la Finlande. La isarine Elisabeth se déclarait pour Marie-Thérèse (1742). En Angleterre le ministre Walpole, ami de Fleurv, était remplacé par lord Carteret, adversaire ae la France. Celui-ci promit aussitôt des subsides à l'Autriche. Enfin le roi de Sardaigne fit défection, et le roi de Naples, don Carlos, fut contraint parles Anglais à garder la neutralité.
Un seul allié nous restait, Frédéric IL Nous allions le perdre. Cet habile politique était loin d'avoir attaché sa fortune à celle de la coalition dont il déplorait les fautes : son seul objectif était la possession de la Silésie, qui lui donnait tout le cours de l'Oder. Aussi, lorsqu'il eut gagné sur le prince de Lorraine la bauille de Czeslaw (mai 1742), il s'empressa de répondre aux avances de l'Autriche. Marie-Thérèse lui céda la Silésie par le traité de Broslau .
La France restait seule pour supporter le poids d'une guerre qui ne devait lui procurer aucun
avantage. Fleury désirait la paix et la demanda. Mais ses négociations, publiées par le cabinet de Vienne^ ne firent que le rendre ridicule et par»- Ivsèrent les opérations militaires. Maillebois, inaetlf dans la Westphalie depuis trop longtomps, marchait enfin sur la Bohême par la vallée da Main. Les Autrichiens pouvaient être écrasés sont les murs de Prague ; mais notre armée fut arrêtée par un ordre du cabinet de Versailles, qui comptait sur la paix. Les Autrichiens fortifièrent les défilés de l'Erzgebirge. Nos deux armées ne purent se donner la main. Celle de Maillebois fut rejetée en Bavière ; celle de Belle-Isle dut se frayer une retraite difficile dans la vallée de l'Eeer pour ne pas être prise en Bohême. Ces revers furent au moins compensés par la belle défense de Chevert dans Prague. Sommé de se rendre, ce général menaça de mettre le feu aux quatre coins de la ville et de s'ensevelir sous ses ruines. Il put quitter la place avec tous les honneurs de la guerre (ianvier 1743).
Fleury mourut au milieu de ces tristes circonstances. Il avait eu le tort grave de ne pas savoir conserver la paix, puis, quand la guerre fut déclarée, de ne pas la faire avec vigueur.
Marie-Thérèse avait combattu seule avec son peuple contre la coalition . Son courage avait excité l'admiration de ses alliés, ses succès lui valurent leur concours. L'Angleterre, la Hollande, la Sardaigne se déclarèrent ouvertement contre nous. Georeesll et son fils, le duc de Cumberland, à la tête aune armée pmgmatigue^ composée d'Angla's, de Hollandais, de Hessois et d'Autrichiens, descendirent dans la vallée du Main. Ils devaient se Joindre à Charles de Lorraine pour envahir la Lorraine et l'Alsace. Le maréchal de Noailles, par d'habiles manœuvres, avait cerné les Anglais dans les défilés de Dettingen ; mais la folle témérité de son neveu, le duc de Grammonl, compromit tout* Au lieu d'une victoire, ce ne fut qu'une sanglante bataille restée indécise (Juin 1743); cependant nous pouvions encore nous maintenir dans nos lignes du Main. Mais de Broglie, qui commandait sur le Danube, ayant reculé jusqu'au Rhin« Noailles dut suivre ce mouvement de retraite.
Ainsi la guerre, après avoir été offensive en Bohême et en Allemagne, devenait défensive sur le Rhin. Les alliés, enhardis par ce succès, resscirèrent leur union par le traité de Worms (1743). 11 ne s'agissait plus seulement de défendre la Pragmatique, mais de reprendre Fltalie aux Bourbons d'Espagne, l'Alsace et la Lorraine à la France, la Silésie à Frédéric II. Celui-ci ayant appris les clauses de ce traité, bien qu'elles fussent secrètes, se rapprocha de la France par le traité de Fransfort (1744). La France et la Prusse se garantissaient leurs conquêtes, s'engageaient k défendre les Bourbons d'Italie et à opposer à Georges H d'Angleterre le prétendant Stuart, Charles-Edouard.
Un changement dans nos plans militaires coïncidait avec ce revirement politique. Le maréchal de Saxe, pour donner un but précis à la Querre, faisait accepter par le conseil son projet d'une invasion dans les Pays-Bas autrichiens-, la duchesse de Gbâteauroux engagea le roi à se mettre à la tête de l'armée. Les succès dans les Pays-Bas furent rapides. En quelques Jours les Français enlevèrent Menin, Ypres, Fumes, Courtray. Malheureusement il fallut courir au secours de l'Alsace menacée par le prince Charles de Lorraine. Le roi tomba malade à Metz, et il put voir, aux témoignages d'affection que lui donna la France, com» bien la royauté était encore populaire. A peine rétabli, il reprit avec Noailles le commandement de l'armée. L'Alsace fut sauvée par une diversion de Frédéric on Bohême. Le prince de Lorraine dot abandonner le Rhin pour défendre Vienne. On pouvait retourner sans crainte dans les Pays-Bas. La mort de notre allié Charles VU de Bavière et la
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renonciation de son fils à toute prétention sur la succession autrichienne (traité de Fuessen, 1745) semblaient rendre la guerre inutile, puisque la Pragmatique n'était plus contestée. Mais T Angleterre trouvait que la France était encore trop puissante, ot Louis XV fut forcé de conquérir la paix.
Tout reifort de la campagne se concentra dans les Pays-Bas. L'armée française, commandée par le roi et le maréchal de Saxe, était forte de 90 000 nommes ; l'armée anglo-ellemande comptait 55 000 hommes, et avait à sa tète le duc de Cumberland, le maréchal de Kœnigsegg et le prince de Waldeck. La bataille s'engagea dans la plaine de Fontenov, dominée par les trois redoutes de Fontenoy, de Barri et d'Autoing, que le maréchal de Saxe avait garnies d'artillerie. Les Anglais et les Hollandais essayèrent vainement d'enlever les redoutes. Le duc de Cumberland massa alors toutes ses forces et, malgré les feux; croisés de nos batteries, les lança àl'assaut des hauteurs de Fontenoy. La colonne parvint au haut de la colline. Le capitaine des gardes anglaises, lord Hay, à la vue de nos officiers : « Messieurs, dit-il, tirez. » Le comte d'Hauteroche, lieutenant des grenadiers des gardes françaises, répondit : « A vous, Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers. » Le combat s'engagea sur toute notre ligno du centre. Les An glas, avançant toujours, paraissaient maîtres de la position . Le maréchal de Saxe, craignant de compromettre la retraite du roi qui assistait k la bataille du haut d'Autoing, ne voulait pas engager ses réserves. Mais le roi envoya les pièces de canons qui le protégeaient. L'artillerie battit en brèche la colonne anglaise. Dès ce moment la victoire était assurée; eue était due surtout* à l'artillerie. La conquête de tous les Pays-Bas autrichiens (Belgique) en fut la conséquence.
Nos armes étaient partout aussi heureuses que dans les Pays-Bas. En Italie, le prince de Conti 8'emparait de Nice et gagnait sur Charles-Emmanuel la bataille de Coni. Son successeur. Maillebois, battait les Piémontais à Bassignano, enlevait Alexandrie et tout le Montferrat. La même année, Gènes s'était déclarée pour nous. Don Carlos reprenait les armes dans le royaume de Naples et poursuivait les Autrichiens jusqu'à Bologne. En Angleterre, le prétendant Charles-Edouard, après avoir gagné avec les Écossais la bataille de Prèston-Pans, avait pris, les villes de Newcastle, de Manchester et de Lancastre, et marchait sur Londres. Enfin, en Silésie, Frédéric II s'assurait la possession de cette province par la victoire de Fnedberg, qui, disait-il, acquittait la lettre de change que Louis XV avait tirée sur lui à Fontenoy. Il put alors envahir de nouveau la Bohème, où avec 20 000 hommes il culbuta à Sohr les 50 000 Autrichiens du prince de Lorraine. Pendant ce temps son lieutenant, le prince d'Anhalt, avait fait la conquête de la Saxe par la victoire de Kesseldorf. Frédéric II entra triomphant dans la ville de Dresde. C'est là qu'il consentit à signer avec Marie- Thérèse un nouveau traité qui lui cédait la Silésie. n reconnaissait l'époux de Marie-Thérèse, François I*% comme empereur d'Allemagne (1745).
La France, abandonnée une seconde fois par Frédéric II, vit recommencer alors une période de revers. En Italie, le désaccord de l'infant don Philippe et de Maillebois amena la défaite de Plaisance (7 juin 1746) ; l'Italie était perdue pour nous ; Gènes, notre alliée, sacrifiée, et la Provence envahie. La défense héroique de Boufflers dans Gènes et la résistance de Belle-Isle en Provence sauvèrent notre honneur de ce côté. On put reprendre l'offensive ; mais on dut renoncer à passer les Alpes, après le désastre éprouvé par le chevalier de Belle-Isle au combat d'Ëxilles (1747).
En Angleterre, le prétendant avait gagné sur
Georges II la bataille de Falkirk ; mais sa petite armée, décimée par ses succès mêmes, se fit écraser à CuUoden (avril 1746). Charles-Edouard^ après cotte aventureuse expédition, dut revmir en France.
Les brillantes rictoires du maréchal de Saxe dans les Pays-Bas compensèrent ces revers. D arrêta l'armée du prince de Lorraine, près de la Meuse, à Raucoux (1747). L'année suivante il poursuivait l'offensive jusque dans la Flandre hollandaise. La Hollande, effrayée, rétablit le etathoudérat en faveur de Guillaume de Nassau, et unit sesforces à l'armée anglaise du duc de Cumberland. Celui-ci, pour empêcher le siège de Maastricht, vint livrer bataille au maréchal de Saxe, en avant de cette ville, à Lawfeld, mais il fut délogé de ses positions (1747). Maôstricht fut bloqué l'année sui> vante par nos troupes, pendant que le comte de Lœwendhal s'emparait de Berg-opnZoom (1748).
La guerre maritime, soutenue avec des forces insuffisantes, nous avait été fatale. Nous possédions à peine trente-cinq vaisseaux de ligne contre cent dix que nous opposait l'Angleterre. Le marquis de la Jonqnîère dut combattre avec six vaisseaux contre dix-sept à la hauteur du cap Finisterre. L'amiral de l'Estanduère, avec sept navires, notre dernière escadre, fut arrêté près de Belle-Isle par Quatorze navires de l'amiral Hawkes» Le courage de nos marins était admirable, mais impoissam. Nos Viches convois de la Martinique et de Saint- Domingue étaient interceptés. Londres s'enrichissait de nos dépouilles. Nos côtes mêmes étaient insultées. Brest et Toulon furent bloqués par les Anglais, Antibes bombardé, et Lorient faillit être-
En Amérique, nous perdions Lonisbourg et llle si importante du Cap-Breton, à l'embonchure du SaintrLaurent.
Aux Indes, la rivalité de Dupleix et de La Bourdonnais, ces deux hommes de génie qui, unis, auraient pu porter un coup mortel à la puissance anglaise, nous fut funeste. Le second s'était emparé de Madras (1746), mais la rendit aux Anglais Sour une riche rançon. Dupleix rompit ce traité et t rappeler La Bourdonnais en France. Il fit onblier cette mauvaise action par sa belle défense de Pondichéry attaqué par les Anglais.
L'Angleterre trouvait la France assea affaiblie ; notre marine était réduite à deux vaisseaux et notre dette s'était accrue de l J200 millions. Elle consentit à la paix.
Louis XV, maître des Pays-Bas autrichiens, de deux provinces hollandaises, de la Savoie et de Nice, aurait pu obtenir des conditions avanugeuses. Il déclara qu'il voulait traiter « non en marchand, mais en roi, » ce qui simplifia les négociations et amena le traité d'Aix-la-Chapelle (octobre 1748).
Louis XV restitua toutes ses conquêtes, obtint pour l'infant don Philippe, son gendre, les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, rétablit le duc de Modène et la république de Gènes dans leurs possessions, et ne demanda pour la France
a ne la restitution de llle du Cap-Breton et le mainen des fortifications de Dunkerque du côté de la terre. 11 s'engageait à chasser de son royaume le prétendant Charles-Edouard. L'Angleterre recouvra Madras et obtint pour quatre ans le droit d'importer des nègres (asiento) et le vaisseau de permission qui devait lui servir à faire la contrebande dans les colonies espagnoles. Toutes les puissances earantirent la succession au trône d'Angleterre aans la ligne protestante, et le maintien de la Pragmatique-Sanction, sauf la cession de la Silésie au roi de Prusse et d'une partie du Milanais au roi de Sardaigne.
Deux États avaient tiré profit de cette guerre : l'Angleterre, qui restait maîtresse des mers, et U
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Prusse, qui, après avoir doublé son territoire, devenait prépondérante en Allemagne, et en Europe puissance de premier ordre. [D. Blanchet.]
OuTTages à oonsnlter : F^éric II, Hùtoirt de tnan temps. — Le maréchal de Saxe, Lettre» et Afémoires. — Yoltaire, Correvpondcmee. — Hacaulay. Essais^ Frédéric II. — Louis Léger, Histoire de VAutriche-Honqrie ; et les Ex*' toires de J*'rance de Ileiiri Martin, Sismondi, Dnniy, etc.
Giimrre da sept ans (1756-1763). — La paix de huit ans qui suivit le traité d'Aiz-la-Chapelle fut utilisée par les différents États pour réparer les malheurs de la dernière guerre. Frédéric II, par ses réformes intelligentes, par le développement qu*il sut donner aux travaux i>ublics, par la création de villages sur les terrains conquis le long de rOder, par ses encouragements à Tindustrie et à Tagriculture, augmentait le revenu de ses États et pouvait entretenir, avec une population de cinq millions d'àmes, une armée de l&O OOQ hommes, tout en donnant à ses sujets une prospérité quMls n'avaient pas connue avant lui.
Marie -Thérèse appliquait aussi tous ses efforts aux soins du gouvernement, et tels dirent les heu* reux résultats de son administration que, malgré la perte de la Silésie, les revenus de rÀutriche dépassèrent ceux du règne précédent. L'armée réorganisée, dotée d'une artillerie qui passait pour la première de TEurope, devint aussi redoutable [U à répoque du prince Eugène, et reconnaissante le toutes les réformes dont la vaillante reine avait pris rinitiative, fit frapper une médaille à la mère aes camps. Secondée par un habile ministre, le prince ne Kaunitz, Marie-Thérèse donna à Tad* ministration intérieure et à la politique extérieure une sage et forte direction. La France, troublée par les querelles religieuses du olergé et du Parlement, abandonnée à l'indolence de Louis XV et aux caprices d'une nouvelle favorite. Madame de Pompadour, sut heureusement se relever par ses propres efforts et prouva qu'elle valait mieux que son. gouvernement. L'agriculture commençait à lutter contre l'oppression d'un mauvais régime fiscal. Le ministre Machault avait fait rendre un arrêté pour la liberté du commerce des grains dans l'intérieur de la France, et l'abondance régna dans tous les marchés. Le commerce français déployait une activité extraordinaire. Dans une seule année, Lorient avait reçu de la compagnie des Indes pour 18 millions de marchandises. La France était puissamment aidée dans tous ses moyens de
Srospérité par ses colonies. Les lies de France et e Bourbon accroissaient leurs cultures. Le Canada et Saint-Domingue voyaient les fortunes se développer avec une rapidité merveilleuse. Il en était de même de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte-Lucie, de Tabago. Les négociants de Nantes, Rennes, Bordeaux etSatnt-Malo portaient en Amérique des capitaux qui, au bout do quelques années, avaient décuplé. Dans l'Hindoustan, le génie de Dupleix nous conquérait une étendue de territoire plus grande que la France. « La France règne ici, écrivait-il ; quand eUe se montre, on s'incline. »
Notre marine enfin se relevait par les efforts d^un ministre patriote, Machault (1754), qui avait résolu de résister à la tyrannie maritime do l'Angleterre. Nos ports comptèrent bientôt 60 vaisseaux de ligne et 31 frégates.
L'Angleterre surveillait avec inquiétude ce réveil de notre puissance maritime ; elle résolut de l'arrêter. Elle était aussi décidée à rompre la paix que nous paraissions résolus à la maintenir. Elle demanda et obtint le rappel de Dupleix (1754) ; elle détruisit à coups de canon nos forts du Sénégal ; elle fit enlever les poteaux qui marquaient les limites de nos possessions dans les Antilles ; elle occupa de force la vallée de l'Obio, dont la possession était contestée, et fit assassiner un officier
envoyé comme parlementaire, Jumonville.* Un dernier affront fit enfin éclater la guerre : nos riches convois des colonies, 300 bâtiments de commerce, furent enlevés à la France sans déclaration de guerre (1755). La guerre de Sept ans fut* donc à l'origine une guerre exclusivement maritime entre la France et l'Angleterre.
Il eût été désirable qu'elle gardât ce caractère. Dès le début elle se compliqua malheureusement d'une guerre continentale. Marie-Thérèse n'avait pas oublié son ressentiment contre le conquérant de la Silésie ; on dit qu'elle ne pouvait voir un Siiésien sans pleurer. Elle chercha des alliés et fit faire des ouvertures au cabinet de Versailles par son ambassadeur, M. de Kaunits. Madame de Pompadour, çagnée par les flatteries de l'impératrice, qui n'avait pas craint de l'appeler son amie et sa cousine, fit signer par l'abbé de Bemis le traité de Versailles ri«' mai 1756). L'Autriche s'éuit assuré d'autres alliés dans le Nord. La tsarine Elisabeth, (^ui avait à se venger des épigrammes trop justifiées de Frédéric II sur sa conduite, l'électeur de Saxe, qui haïssait personnellement le roi de Prusse, avaient signé des traités secrets d'alliance. Frédéric, qui était au courant de toutes ces intrigues diplomatiques, s'était rapproché de l'Angleterre et avait signé avec William Pitt le traité de WesU minster (1756). C'était là une révolution complète dans la diplomatie européenne. La France soutenait, sans profit, son ennemie séculaire, l'Autriche ; l'Angleterre, plus avisée, comprit que les victoires de Frédéric II sur le continent étaient sans danger pour elle, et qu'elle pourrait d'auUnt plus facilement conquérir les colonies françaises que la France se mêlerait davanuge au conflit allemand. La guerre de Sept ans commençait donc pour nous par une grande faute diplomatique ; elle ne pouvait aboutir qu'à une défaite.
La guerre maritime fut d'abord heureuse. Dans la Méditerranée, l'amiral la Galissonnière vain-
2uit l'amiral Byng. en vue de Minorque, et le uc de Richelieu enleva d'assaut la forte place de Mahon. Dans le Canada, les marquis de Montcalm et de Vandreuil faisaient capituler les Anglais dans le fort d'Oswégo. L'Angleterre se redressa avec vigueur devant ces échecs. William Pitt, le mortel ennemi de la France, prit la direction des affaires. Le malheureux Byng, coupable d'avoir été vaincu, fut Itisillé sur son vaisseau amiral.
Sur le continent, Frédéric n avait frappé les premiers coups. Apprenant qu'une redoutable coalition se préparait contre lui, il ne voulait pas donner le temps à ses ennemis de se concerter. Il envahit la Saxe, emporte Leipzig et Dresde, et. met le blocus devant le formidable camp retranché de Pima, sur la rive gauche de l'Elbe, où 17,000 Saxons s'étaient fortifies. U laisse devant le camp une partie de son armée, et avec le reste il marche à la rencontre des Autrichiens. Il les attaque et les défait à Lowositz (rive gauche de l'Elbe), et revient devant Phrna où les Saxons, forcés par la famine, capitulent. Toute la Saxe était conquise.
Frédéric U prend ses quartiers d'hiver en Saxe, puis envahit la Bohême, n met le siège devant Prague, après avoir battu une armée autrichienne sous les murs de la ville. Mais apprenant que le maréchal autrichien Daan arrivait avec 60 000 hommes, il crut pouvoir renouveler la manœuvre qui lui avait si bien réussi à Pima. 11 laissa la moitié de son armée devant Prague, et avec 40000 hommes il marcha contre Daun. C'était une témérité. Vaincu à la bataille de Kollin, il fut obligé d'évacuer la Bohême. En même lemps Fré4éric apprenait les échecs subis par ses lieutenants ou ses alliés. A l'est, les Russes victorieux à Jaegersdorf, sur la Prégel, s'avançaient dans la Prusse royale; au nord, les Suédois envahissaient la
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Ponréranie prassienne ;à rouesitles Français sous la conduite du maréchal d'Estrée avalent passé sur la rive droite du Wéser et gagné sur le duc de Cumberland la bataille d'Hastembeck. Le successeur de d'Estrées, Richelieu, avait poussé les Anglo-Hollandais Jusque vers les marais de Tembouchure de TElbe, et leur avait fait poser les armes par la capitulation de Kloster-Seven.
Ainsi, le cercle des armées ennemies se rétrécissait de plus en plus autour de Frédéric U. Celuici crut q\ril n'avait plus qu'à mourir en roi, et il se replia vers la Saxe. II y réorganisa son armée,
Prêt à frapper le premier ennemi qui viendrait attaquer. Los Français se trouvèrent à point pour lui ménager une trop facile revanche. Notre armée offrait alors le plus triste spectacle . Le camp français éuit encombré de 22 000 chariots de marchands et de vivandiers ; au moment de livrer bataille, 6000 maraudeurs étaient hors des rangs. Les officiers étaient pour la plupart déjeunes courtisans que le caprice de madame de Pompadour plaçait à la tète de nos armées. Incapacité chez les chefs, indiscipline chez les soldats, telle était la situation de l'armée française, en face de l'armée la mieux disciplinée et la mieux aguerrie de TEurope 1 Soubise venait de faire sa Jonction avec Tarmee allemande et campait sur la rive gauche de la Saàle. Frédéric II résolut de l'attaquer, bien qu'il n'eût que 30 000 hommes à opposer à 60 000 Franco- Allemands . Soubise commit la faute d'abandonner ses positions pour se mettre à la poursuite des soldats prussiens. Frédéric surveillait tout du haut d'une colline avec un corps d'armée qu'il avait dissimulé. Il se Jeta sur l'armée française qui s'avançait en désordre, la battit et fit 7 000 prisonniers. Ce fut le désastre de Rosbach. « Il est certain, dit Frédéric II dans ses mémoires, qu'en considérant la conduite des généraux français on aura de la peine à l'approuver. Mais la manière dont la cour de France distinguait le mérite de ses généraux parut plus surprenante que le reste : M. d'Estrées, pour' avoir gagné la bataille d'Hastembeck, fut disgracié ; M. de Soubise, pour avoir perdu celle do Rosbach, fut déclaré maréchal de France. > Il est vrai que l'opinion publique se montra plus sévère et fit sur le malheureux général les quatrains célèbres:
Soubise dit, la lanterne k la main :
J*ai beau chercher, où diable est mon armée?
Elle était là pourtant hier matin.
He Ta-t-on prise ou Taurais-je égarée ? Etc.
Libre du côté de la Saxe, Frédéric accourt en Silésie où le prince de Lorraine venait de s'emparer de Breslau. Il déconcerte les Autrichiens par la rapidité de ses attaques, et ne craint pas, au cœur de l'hiver, avec une armée inférieure en nombre, de se Jeter sur les deux généraux autrichiens réunis, Daun et le prince de Lorraine. Il les accable à la Journée de Lissa qui fut, au dire de Napoléon, un chef-d'œuvre de uctique militaire. 11 avait tué ou fait prisonniers 40 1)00 hommes, pris 134 canons et ô9 drapeaux ; Breslau lui ouvrait de nouveau ses portes et la Silésie était reconquise. Ce succès terminait brillamment cette admirable campagne de 1757.
Les Français, après leur défaite de Rosbach, avaient ralenti leurs opérations militaires. Un parti puissant à la cour, ayant à sa tète le cardinal de Bernis, aurait désiré la paix sur le continent. Madame de Pompadour appela aux affaires le duc de Choiseul, partisan décidé de l'alliance autrichienne ; et la guerre reprit avec fureur. Elle eut deux théâtres bien distincts : dans la vallée du Rhin, les Français combattent contre les Aqglo- Hollandais ; dans la vallée de l'Elbe et de l'Oder, Frédéric II lutte contre les Autrichiens, les Russes et les Suédois.
Le successeur de Richelieu, le comte de Clermont, fut obligé de repasser le Wéser et le Rhin devant l'attaque soudaine de Ferdinand de Brunswick. Il voulut au moins livrer bataille sur Im ii\t guche de ce fleuve; mais il se fit battre près de evelt, laissa aux ennemis 7 000 prisonniers et se retira en désordre Jusque dans les Pays-Bas.
Dans la vallée de l'Oder, Frédéric II, maître de la Silésie, avait poussé l'offensive Jusque dans la Moravie et avait mis le siège devant OlmCtz. Mais il apprit que les Russes envahissaient le Brandebourg. U remonte en toute hftte vers le nord, force le général Fermer à lever le siège de Custrin, Vzu teint dans les plaines de Zomdorf et lui inflige une sanglante défaite. Le Brandebourg était délivré des Russes; mais les Autrichiens faisaient, pendant ce temps, de rapides progrès dans la Saxe. Frédéric II veut sauver cette province, et livre bataille au maréchal Daun, près du village de Hochkirchcn. Il est vaincu et laisse aux Autrichiens le tiers de son armée et 100 canons. Cette défaite ne compromit pas cependant les résuluts de cette brillante campagne. Frédéric n vaincu sauvait Dresde, Leipzig, délivrait une seconde fois le Brandebourg, et ne laissait pas à ses ennemis un pouce de territoire.
Avec l'année 1759, le roi de Prusse fut de nouveau assailli par de redoutables épreuves. Les Russes étaient commandés par un général remarquable, Soltikov; successeur de Fermer. Celui-ci pénètre dans la marche de Brandebourg par la victoire de ZuUichan qu'il remporte sur un lieutenant de Frédéric, le général Wédel. Puis il Joint ses forces à celles du général autrichien Laudon et s'empare de Francfort. Frédéric veut surprendre les Austro-Russes dans le forêt de Kunersdorr,mais il est écrasé par des forces trop considérables. « Il me faut du miraculeux, dii Frédéric, pour me faire surmonter toutes les difficultés que Je prévois. »
Sur le Rhin, les opérations avaient été d^abord heureuses pour les Français. Le maréchal de Contades devait passer le Rhin et le duc de Broglie s'avancer par le Meiu pour envahir le Hanovre et la Saxe. Ferdinand de Brunswick, qui avait voulu arrêter de Broglie à Bergen, près de Francfort, fut repoussé. Le mouvement offensif fut vigoureusement poussé dans la vallée du Wéser. Malheureusement Contades se laissa vaincre par Ferdinand près de Minden. De Broglie prit le commandement général de l'armée ; il put se maintenir quelque temps dans le Hanovre, mais la campagne était perdue.
En 1 760 Frédéric II se tira de la situation critique où l'avait mis le désastre de Kunersdorf. H avait appris que Soltikov avait craint d'user de sa victoire, et qu'au lieu de prendre Berlin, il s'éuit retiré en Pologne. Lui-même, réduit à faire une guerre do partisan, avait surpris le général autrichien Laudon près de Liegnitz, et lui avait pris 6000 hommes. Cependant les Autrichiens et les Russes, de nouveau réunis, avaient occupé Berlin. Frédéric II va à leur rencontré; mais à son arrivée les Russes battent en retraite vers Francfort et les Autrichiens se replient vers l'Elbe. Il atteint ces derniers à Torgau, leur fait perdre 20 000 hommes et leur enlève SO canons. Encore une fois Frédéric avait délivré tout son territoire.
Dans la vallée du Wéser et du Rhin, de Broglie tenait tète à Ferdinand de Brunswick et se maintenait dans la Hesse par sa victoire de Corbach, Ferdinand pour l'éloigner tenta une diversion vers le Bas-Rhin ; mais de Broglie garda ses positions et envoya contre lui le marquis de Gastrles. Celuici faillit être surpris à Clostor-Camp, mais il Ait sauvé par le dévouement du dievalier d'Assas, capiuine au régiment d'Auvergne. Cet officier, envoyé à la découverte, fut tout à coup arrètépar les
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régîmonts ennemis, a Silence, lai crie-t-on, ou tu es morti » D'Assas cria : « A moi d'Auvergne, c'est Tenuemi I » Cet héroïque dévouement nous Talut la victoire.
La campagne de 1761 fut décisive dans la vallée de TEibe et de TOder. Frédéric II luttait vaillamment, mais sans avantages marqués, contre les Autrichiens dans la Silésie et la Saxe, contre les Russes en Poméranie.
Sur le Rhin, la rivalité de Soubise et de Broglie nous devait être funeste. De Broglie, après avoir demandé Tunlon des deux armées, voulut gagner seul la bataille de Fillinghcusen. 11 fut vaincu par Ferdinand de Brunswick.
Mais cette année la France remportait un grand succès diplomatique. Choiseul qui, à la mort de Bolle-Isle, venait de réunir sous sa direction le ministère de la guerre et celui des affaires étran-
fère, fit signer le pacte de famille. Cette alliance tablissait une union intime entre les membres de la famille de Bourbon. Louis XV, roi de France, Charles III, roi d'Espagne et Ferdinand IV, roi de Naples, y adhérèrent. On essayait, par cette ligue des Etats du Sud, d* arrêter les progrès effrayants de TAneleterre.
La mort de Timpératrice de Russie, Elisabeth, fut pour la Prusse un événement heureux. Le nouveau tsar, Pierre III, admirateur fanatique de Frédéric II, se bftu de signer la paix. Frédéric tourna tous ses efforts contre les Autrichiens ; il les chassa de la Silésie, pendant que le prince Henri gagnait sur Tarmée allemande des cercles la bataille de Freyberg.
Sur le Rhin, Soubise et d*Estrée livrèrent la bataille indécise de Wilhelmstadt ; dans la Hesse, le prince de Condé avait engagé quelques combats sans importance. Les négociations relatives à la
Baix avaient partout paralysé les opérations mitaires.
La guerre continentale avait été honorable pour nos armées; la guerre maritime, si malheureusement négligée par le cabinet de Versailles, avait été déplorable. Sur notre littoral et dans les eaux de TEurope, nous n'avions subi que des revers. En 1758, Tamtral Anson avait brûlé nos vaisseaux dans le port de Saint-Malo; mêmes ravages dans le
λort de Cherbourg, dont les Anglais firent sauter es chaussées avec la mine. Il est vrai qu'en Bretagne 15 000 Anglais avaient été délogés de la forte position de Saint-Caast par Thérolsme des paysans bretons. En 1759, Tamiral Leclerc était yaincu dans le détroit de Gibraltar, à la hauteur de Lagos, par Tamiral Boscawen. Enfln^ le maréchal de Conflans, que madame de Pompadour avait nommé amiral, était battu près de Belle-Isle par Tamiral Hawke et perdait 21 vaisseaux. Cette bataille resta tristement fameuse sous le nom de bataiUe de monsieur de Conflans.
En Amérique, le marouis de Montcalm, aidé par les habitants du Canada, avait fait de généreux efforts pour sauver cette belle colonie. Il avait pris aux Anglais le fort Saint-Georges et les avait vaincus à Ticondéroga ; mais il fut honteusement abandonné par le gouvernement français qui ne lui envoya pas un soldat de renfort. Il eut bientôt à lutter contre une forte armée anslaise commandée par le général Wolf. Il essaya do résister avec une poigne do soldats et de Canadiens mal armés contre 40000 hommes. La bataille s'onsagea sous les murs de Québec^ le 12 septembre 1759. Montcalm et Wolf furent tués. Un an plus tard, la capitulation de Montréal livrait le Canada aux Anglais.
Dans THindonstan, les Anglais, conduits par un homme de génie, lord Clive, avaient fait, depuis la disgrâce de Dupleix, des progrès considérables. Le nouveau gouverneur français, Lally-ToHcndal, lutta héroïquement pour arrêter les Anglais. Son
début fut brillant : il prit Goudcbour et le fort Saint-David, et vint mettre le siège devant Madras; mais il échoua et perdit Télite de son armée II fut bientôt assiégé lui-même dans Pondichéry, fit une résistance énergique pendant dix mois, puis réduit à la dernière extrémité se rendit à discrétion (1761). Ce îvX la fin de notre domination dans rinde.
Les puissances continentales étaient fatiguées de la guerre. L* Angleterre était satisfaite de notre ruine coloniale. La paix fut conclue par les deux traités d'Hubertsbourg et de Paris (1763).
Le traité d'Hubertsbourg, entre la Prusse, la Russie, l'Autriche, la Pologne et la Suède, remettait les choses dans le même état qu*avant la guerre. La Prusso gardait la Silésie.
Par le traité de Paris, entre la France, TEspagne, le Portugal et l'Angleterre, la France perdait en Amérique : le Canada, Tlle du Cap-Breton, les bouches du Saint-Laurent, la vallée de TOhio, la rive gauche du Mississipi ; aux Antilles : la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, la Grenade et les Grenadines ; en Afrique : la rivière du Sénégal et Corée ; en Asie : toutes nos possessions de l'Hindoustan, où nous ne gardions que Chandernagor, Pondichéry, Karikal et Mahé. Toutes ces posses* sions étaient livrées à TAngleterre.
La France cédait en outre la Louisiane à TEspagne pour la dédommager de ses pertes.
L'Espagne cédait à TAngleterre : Minorque, la Floride et la baie de Pensacola.
Ce désastreux traité donnait à TAngleterre la domination incontestée des mers avec un immense empire colonial; il anéantissait nos espérances coloniales que le génie do Dupleix et de La Bourdonnais avait fait naître.
Ouvrages à oonsnlter, outre ceux déjà indiqués pour la guerre de la soccession d'Autriche : Fleury, Histoire ér Angleterre ; de Rémusat, Etudes sur t Angleterre ; Macaulay. Biographie de Clive; de Saiot-Priest, les Français dans VInde. [D . Blan chct . 1
Guerre d'Axndrlqoe. — Histoire générale, XXV; Histoire de France, XXIX. — Nom donné dans rhistoire de France à la guerre à la suite de laquelle les colonies anglaises d'Amérique furent reconnues république indépendante sons le nom d'Etat»^ Unis d Amérique.
Préliminaires. — Cette guerre, dont les conséquences devaient être si heureuses pour TAmérique, et qui dura huit ans (1775-1783), éclata à la suite de longues difficultés d'intérêt. Les colons d'Amérique, pour la plupart Anglais, avaient un trop profond respect et un trop grand dévouement pour la métropole pour briser avec elle sans y être absolument forcés. Dès 1764, TAngleterre, dont les finances avaient été obérées par la guerre de Sept ans, imposa, sans les consulter, des taxes fort lourdes à ses colonies. Il y fut répondu par une première Déclaration des droits de l'homme, basée sur le droit naturel et philosophique, à la manière des écrivains français. En 1765, une assemblée réunie à Boston protesta contre Timpôt du timbre, et les colonies déclarèrent Tannée suivante qu'elles repousseraient désormais tous lei produits industriels d'origine anglaise. Un instant, le Parlement anglais céda par le conseil de Pitt; mais en 1767, il revint à la charge. Une lutte, lé« gale d'abord, s'engagea ; mais dès 1770, on en vint aux mains et le sang coula à Boston. L'Angleterre recula à demi; elle abolit les taxes, moins celle du thé. Le thé envoyé par la compagnie des Indes fut jeté à la mer par les habiunts de Boston (1713). Le Parlement mit alors l'interdit sur ce port, et changea par une loi la constitution du Massachusetts, dont Boston éult la capiule. Soutenu par les autres Euts réunis en congrès à Philadelphie, le Massachusetts n'obéit pas, et, en septembre 1174, le Congrès formula une uonveile Déclaration des
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droits tt fondés à la fois sur les lois immuables de la nature et sur les chartes et lois positives » .
Les hostilités commencèrent; le 19 avril 1775, les troupes anglaises furent refoulées à Lexington et bloquées dans Boston, et au combat de BunkerVHill (17 Juin) les généraux anglais purent se convaincre qu ils avaient en face d'eux des adversaires résolus à vaincre ou à mourir. En même temps le second Congrès continental faisait acte de gouvernement en créant un papier-monnaie, en levant une armée , en ouvrant les portes des colonies à toutes les nations, excepté à TAngleterre, enfin en nommant un général en chef, Georges Washington (15 Juin 1775).
Guerre générale, — • La guerre éclata alors franchement et s'étendit dans toute TAmérique du Nord. Les colons firent appel aux Français du Canada et envahirent cette province, où ils échouèrent. L'Angleterre répondit en envoyant en Amérique des forces imposantes et en excitant les Peaux- Bouges à se ruer sur les colonies. Comme s'il était dans la destinée de la Franco d'être partout le soldat de la liberté, elle ne devait pas tarder à être mêlée à la querelle. A part le roi et les ministres, tout le monde, chez nous, était favorable aux Américains. Beaumarchais, déjà célèbre, prit en main leur cause, et trouva en Turgot un appui Jusque dans le conseil du roi. Gr&ce à Turgot, les propositions de Beaumarchais furent acceptées ; on lui donna un million en secret; il en eut un autre de TEspagne, et trois de plusieurs armateurs. Des secours d'argent furent immédiatement envoyés.
En Amérique, la révolution marchait vite ; les troupes anglaises étaient chassées de Boston, et le 4 Juillet 1776, à la suite de la proposition de Richard Henry, le congrès signait enfin la Déclaration d Indépendance des Etats-Unis cTAmérique, « La déclaration d'indépendance était prononcée par le congrès au nom des lois de la nature et du Dieu de la nature. Il y était dit que tous les hommes ont été créés égaux et doués par le créateur de droits inaliénables, tels que la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que, quand un gouvernement ne tend point à ces fins, le peuple est en droit de le changer et d'en établir un nouveau 9. Peu après, les Anglais se rendaient maîtres, malgré Washington, qu'une série de désastres ne lassait pas, de New- York et de plusieurs positions importantes. Pendant ce temps, un autre grand citoyen américain, Franklin, venait en France réclar mer notre alliance ouverte (décembre 1776).
En 1777, les secours organisés par Beaumarchais, neuf vaisseaux chargés d'armes, de munitions et de volontaires de rartillerie et du génie, arrivèrent en Amérique. Presque en même temps, arrivait un autre volontaire bien plus précieux. C'était Lafayette, Jeune officier de vingt ans, grand seigneur de la cour, parti malgré le roi, malgré sa femme près d*être mère, pour cette croisade de la liberté. A peine arrivé, il rejoignait Washington, l'aidait à tenir en échec l'armée anglaise de Pensylvanie, tandis que dos lieutenants du général américain forçaient une autre armée anglaise, venue du Canada sous le commandement de Burgoyno, à mettre bas les armes à Saratoga, dans les forêts du haut Hudson (17 octobre 1777).
Ce fut peut-être à cotte victoire que la Jeune République dut son salut. L'impression en fut telle en France et en Europe que Louis XVI, hésitant Jusqu'alors, consentit à signer le double traité qu'était venu demander Franklin (6 février 1778). « On se promettait d'abord de se traiter réciproquement, dans les relations commerciales, sur le pied de la nation la plus favorisée et de s'entre-protéger sur mer ; et, ensuite, on s'engageait à faire cause commune, dans le cas où l'Angleterre romprait avec la France à cause du pacte de commerce et de protection générale. » Le roi, retenu par des scrunules
monarchiques, n'avait voulu traiter qu avec cette restriction : il tenait à être attaqué par les Anglais. Il n'attendit pas longtemps; TAngleterre rappela son ambassadeur. Une proposition de reconnaître l'indépendance des colonies fut repoussée par le Parlement anglais, sur les instances du vieux Pitt, qui mourut quelques semaines après. La guerre commença immédiatement; elle eût pu être promptement terminée et fort avantageusement pour la France, si on l'eût menée vivement et résolument en portant les armes dans l'Inde, où les Anglais étaient tenus en échec par un dief musulman, Hayder-Ali. Mais le roi était faible, le premier ministre était frivole, celui de la marine était insuffisant, celui de la guerre incapable. Toutefois notre flotte de Brest remporta la victoire navale d*Ouessant, et notre flotte d'Améri(]ue, commandée par d'Estaing, fit sortir les Anglais de la Pensylvaoie, se porta ensuite aux Antilles, où elle s'empara de la Dominique pendant que nous perdions Sainte- Lucie.
Durant l'année 1779, l'Angleterre fit de vigoureux mais impuissants efforts. Au début, elle s innpara de la Géorgie, pendant qu'une de nos escadres loi reprenait notre ancienne possession du Sénégal. Quelque temps après, le vieux roi d'Espagne s qnissait à la France, et les flottes française et espagnole combinées s'apprêtaient à tenter une descente en Aneleterre. Les mesures bien prises par notre amiral d'Orvillers échouèrent par lincapacité du ministre de la marine. Aux Antilles, d'Estaing faisait la conquête des lies de Saint-Vincent et de la Grenade, et la campagne se terminait ]>ar un très beau combat où La Mothe-Piquet, avec trois vaisseaux, osait tenir tête à quatorze vaisseaux anglais, sauvait la moitié d'une flottille marchande, qu'il avait mission de protéger, et dégageait ses trois vaisseaux du milieu de la flotte ennemie. L'année finissait mal pour l'Angleterre ; elle perdait du terrain dans le nord de l'Amérique, pendant que les Espagnols lui enlevaient la Louisiane onentale dans le sud.
Au commencement de 1780, les Anglais reprirent espoir. Une folle générosité du maréchal de Biron leur avait rendu leur meilleur amiral, Rodney, retenu en France pour dettes. Cet acte de chevalerie nous coûu cher. Rodney battit une flotte espagnole, et raviuilla GlbralUr. D'Estaing ayant échoué en Géorgie à la prise de Savannali, des envieux. Jaloux de son mérite supérieur, firent tant qu'on lui retira le commandement de la flotte des Antilles pour le donner au comte de Guichen, soldat admirable, mais amiral médiocro. Attaqué par Rodney, le nouvel amiral dut à la snpénorîté de ses forces de n'être pas absolument vaincu. Sur terre, les Anglais étaient heureux en même temps. Ils étaient en progrès au sud des Etats-Unis, et une expédition, partie de New- York, avait pris Charleston dans la Caroline du sud et envahi la province. Heureusement Lafayette, qui était venu en France chercher de nouveaux renforts, revint au secours des Américains, suivi de Rochambeau, à la tête de S 000 soldats. Cette diversion suffit à arrêter le propès des Anglais. Des troubles qui éclatèrent i Londres pendant cette même année inquiétèrent la cour et le Parlement, et nuisirent aux expéditions du dehors.
Le gouvernement anglais profita de la peur que l'émeute de Londres avait faite aux bourgeois pour obtenir en 1781 de très larges subsides, non plot cette fois pour attaquer, mais pour se défendre. D'autre part l'irritation des Anglais était telle qu'ils traitaient de marchandises de contrebande toute marchandise pouvant servir à la marine, et arrêtaient tous les navires neutres frétés pour la France. Aussi l'appui moral de l'Europe leur manqua-t-il absolument, et toutes les puissances eu* ropéennes, à la suite de la Russie, signèrent-elles
GUERRES
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la ligue de la neutralité armée pour soiAtraire leurs vaisseaux aux Tiolences des croiseurs anglais. Irrités, les Anglais attaquèrent les Hollandais sans déclaration de guerre. Rodney s*empara de Saint- Eustache, une de leurs colonies, où il leur prit 16 millions, que La iMothe-Piquet enleva ensuite aux ravisseurs en vue des côtes de TAngleterre. Pendant ce temps une flotte franco-espagnole s*emparait de PortrMahon, et une flotte française enlevait nie de Tabago, puis faisait voile pour les Etats- Unis, où elle allait contribuer & des opérations décisives. Les Anglais, commandés par lord Cornwallis, maîtres de New-York et de la Caroline du Sud, tentèrent de 8*emparer de la Virginie, d*où ils eussent frappé les Etats-Unis au cœur, sUls avaient réussi. Avec une poignée d'hommes, Lafayette contint Comwallis, reculant prudemment sans se laisser entamer et en gardant les communications avec la Pensylvanie.
Renforcé ensuite par les Pensylvaniens, il reprit l'offensive, chassa la réserve anglaise devant lui, et Tobligea à rejoindre Cornwallis à York-Town. La flotte française ne tarda pas à bloquer les deux rivières dTork et de James, par lesquelles Comwallis pouvait être secouru. L*amiral anglais Graves, venu trop tard, fut obligé de se retirer devant Tamiral français Grasse, qui le battit dans un engagement d*avant-garde. Washington et Rocharobeau ne tardèrent pas à arriver. Dans la nuit du 14 octobre 1781, deux colonnes d'attaq^ue. Tune américaine, sous Lafayette, l'autre française, sous Lemesnil, enlevèrent à la baïonnette deux redoutes qui protégeaient Comwallis. Le 19 du même mois, le général anglais se rendait prisonnier avec 7,000 soldats, 1,000 matelots, beaucoup de navires et d'artillerie. L'indépendance des Etats-Unis était assurée : t L'humanité a gagné son procès, écrivit Lafayette. La liberté ne sera plus jamais sans asile. » D'autre part, un lieutenant de Washington avait chassé les Anglais de la Caroline du Sud, et les Espagnols s'étaient avancés du Mississipi jusqu'à la Floride. La guerre d'Amérique était réellement finie ; les Anglais ne possédaient plus que New- York, Savannab et Charleston.
L'année 1782 fut remplie par la continuation de la guerre entre la France, rEspagne et l'Angleterre. Le marquis de Bouille prit Saint-Eustache aux Anglais ; le duc de Crillon leur prit Minorque, et SufTren, un de nos plus grands hommes de mer, envoyé dans les Indes pour protéger les Hollandais, gagnait quatre victoires navales %i formait avec le nouveau sultan de Mysore, Tippou-Salb, un vaste plan pour la destruction de la domination anglaise dans ces régions, lorsque la paix l'arrêta.
Pendant ce temps, l'amiral de Grasse, après
Quelques succès dans les Antilles, se faisait prenre à la bataille navale des Saintes, où notre flotte fut écrasée par Rodney. Gibraltar, attaqué par les forces réunies de la France et de l'Espagne, fut admirablement défendu par les Anglais, qui surent le conserver.
Tout le monde était las, et les pourparlers pour la paix, qui avaient commencé dès 1782, aboutirent enfin eu 1783. « Le traité définitif fût signé le 8 septembre à Versailles. L'Angleterre reconnaissait l'indépendance des Etat»-Unis, cardait le Canada et ses dépendances, nous rendait les petites lies de Saint-Pierre et de Miquelon, sur la côte de Terre-Neuve, avec le droit de les fortifier, mais avec une transaction commerciale oui accordait aux Anglais le droit exclusif de pêche sur la meilleure côte de Terre-Neuve, la côte orientale. Nous rendions aux Anglais toutes nos conquêtes des Antilles, excepté Tabago. L'Angleterre n'avait là à nous rendre en échange que Sainte-Lucie ; mais elle nous restituait nos places de Tlnde, Pottdichéry et le reste. Nous gardions le Sénégal,
avec un arrangement pour le commerce de la côte d'Afrique. L'Angleterre renonçait à nous interdire de fortifier Dunkerque. Ce oui avait poussé le ministre, Vergennes, à la paix, c'était Tétat déplorable de nos finances ; nous avions dépensé 1 400 millions ; mais c'était en partie sa faute, car il avait contribué à renverser Necker, qui eût su trouver des ressources pour aller Jusqu'au bout. L'Angleterre avait dépensé plus du double de la France, 2 milliards et demi, et ses finances n'étaient pas en meilleur état que les nôtres. La paix faisait peu d'honneur à nos négociateurs ; mais la guerre en avait fait beaucoup à la France, qui avait agi d'elle-même et non sous la pression de ses gouvernants
« Quant au résultat moral et politiçiue de la guerre, la fondation de la grande République américaine, il était inunense pour l'avenir de Thumanité. La philosophie du dix-huitième siècle avait eu sa croisade de la liberté, plus heureuse que les croisades du moyen âge. Il n'y a rien de plus glorieux pour la France dans toute son histoire, ni de plus conforme à son génie. Les autres nations ne font rien de semblable, et il ne faut pas qu'elle s'en repente, quoique personne ne lui rende ce qu'elle a fait pour autrui. Elle eût pu dire comme Jeanne d'Arc à son départ : v C'est pour cela oue « Je suis née. » (Henri Martin). [P. Vincent.!
Guerre d'Espagne. — Histoire générale, XXVI, XXIX ; Histoire de France, XXXHI, XXXIV. — On appelle ainsi la guerre entreprise par Napoléon I*' en 1808 pour placer sur le trône d'Espaene son frère Joseph (V. Charles IV, Ferdinand VÏl, Napoléon /•'). Après avoir arraché à Charles IV et à son fils Ferdinand leur abdication. Napoléon fait décerner la couronne à Joseph Bonaparte par la junte de Madrid ; mais en même temps une autre junte, réunie à Séville, proclame Ferdinand VH et appelle les Espainiols aux armes. Une insurrection du peuple de Madrid (2 mai) avait été cruellement réprimée par Murât; maïs les autres villws d'Es-
{)agne se soulèvent et massacrent les partisans de a France. La victoire de Bessières à nio-Seco (14 juillet) ouvre à Joseph le chemin de Madrid. Presque en même temps^ Dupont met bas les armes à Baylen devant les Espagnols de CasUnos (22 juillet), et l'Andalousie est perdue pour les Français , qui bientôt doivent reculer partout ; le siège de Saragosse est levé (14 août) ; Junot, menacé par les Anglais de Wellington, évacue le Portugal (convention de Cintra, 2'j août). A peine entré à Madrid, Joseph a dû abandonner sa capitale et se retirer à Burgos.
Cependant Napoléon est à Erftirt. A la nouvelle des revers des armes françaises dans la péninsule, il accourt lui-même en Espagne (novembre), et aussitôt les choses changent de face. Les Espagnols sont battus à Burgos par Soult, à Espinosa par Lefebvre et Victor, à Tudela par Lan nés. qui remet le siège devant Saragosse ; la victoire de Somo-Sierra ^30 novembre) achève cette rapide campaene, et Napoléon entre à Madrid (4 décembre), ou il accorde une amnistie et promulgue une série de décrets abolissant l'inquisition et les droits féodaux et supprimant les deux Xiers des couvents, c II fait jouir l'EspagQe, en un Jour, de toutes les conquêtes de la révolution. Mais ses bienfaits sont ceux d'un «étranger armé, et le patriotisme les repou!(se. Les moines, menacés dans leurs privilèges, continuent à entretenir l'exaltation populaire. »
Croyant avoir conçiuis et pacifié l'Espaene, Napoléon retourne à Paris, tandis que Soult bat les An* glaia àla Corogne (19 janvier 1809) et les force à se rembarouer, et que Joseph fait à Madrid une entrée solennelle (22 Janvier). Bientôt Saragosse, après une héroïque défense qu'a diriffée Palafox, se voit contrainte de capituler (21 féVrler). Mais
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malgré les succès partiels que remportent les généraux de Napoléon durant les années 1809, 1810 et 1811, TEspagne reste indomptable et continue la lutte; la junte nationale, forcée d^évacuer Séville oui 8*est rendue à Soult (1*' février 1810), se réfugie à Cadix, où Victor et Soult rassiègent inutilement; elle y travaille à la rédaction dune constitution libérale, qui est proclamée le 12 mars 1812, et que le patriotisme espagnol oppose aux réformes d'importation étrangère.
Wellington, venant du Portugal d*où Masséna n*a pu le chasser, rentre en Espagne au commencement de 1812 ; il remporte sur Marmont une victoire décisive aux Âraplles (22 Juillet 1812), et occupe Madrid. Mais Soult vient au secours de Marmont; Wellington bat en retraite, et Joseph peut rentrer à Madrid pour quelques mois encore. L'année 1813 devait voir s*écrouIer définitivement son éphémère royauté. La nouvelle des désastres de la campagne de Russie redouble Tardeur des Espagnols et des Anglais ; Joseph, menacé, (quitte Madrid pour n v plus rentrer (28 mai 1813) ; il est battu par Wellington à Vittoria (21 Juin), et les armées françaises sont rejetées sur les Pyrénées. Les nouveaux revers qu'il vient d^essuyer en Allemagne décident enfin Napoléon à rendre la couronne d'Espagne à Ferdinand VII, qu'il avait gardé en captivité et qui fut remis en liberté par le traité de Valençay (11 décembre 1813).
Ferdinand s'empressa de se rendre à Madrid, tandis que les Anglais de Wellington, franchissant la Bidassoa, entraient en France pour y coopérer à la campagne d'invasion.
La guerre d'Espagne fut une des fautes qui contribuèrent le plus à la chute de Napoléon. -* V. NapoUon /•'.
Guerre d'Espagne sous la Restauration. — On désigne également sous le nom de guerre (VEspaqne la campagne entrenriso en 1823 par le gouvernement de Louis XVIII contre les libéraux espagnols. A la suite de Tinaurrection do 1820 (V. Fei^dinand VJI), le roi d'Espagne avait dû renoncer au pouvoir absolu et Jurer fidélité à la constitution de 1812. Le Congrès des puissances, réuni à Vérone, décida que la France serait chargée de réublir en Espagne la monarchie absolue, en faveur de laquelle se soulevait déjà une partie de la population, fanatisée par les moines. UnQ armée française de 116,000 hommes, sous le commandement du duc d'Angoulème, franchit la Bidassoa (7 avril 1823), et entra à Madrid le 23 mai sans avoir rencontré de résistance. Tandis que Bourke et Molitor allaient réduire la Galice et la Catalogne, le gros de l'armée continua sa marche vers le sud. Les Certes avaient emmené Ferdinand VII de Madrid à Séville, puis à Cadix. Partout, à mesure que les libéraux cédaient le terrain, les partisans de Tanden régime se livraient à d'atroces vengeances; le duc d'Angoulème publia l'ordonnance d'AnduJar (8 août I823), pour tenter d arrêter les excès de la réaction absolutiste : il n'y réussit pas. Le 16 août, l'armée française arrivait devant Cadix, et le 31, la presqu'île du Trocadéro, qui commande le port intérieur de cette ville, fut enlevée d'assaut. Les Certes alors capitulèrent, et rendirent à Ferdinand VII le pouvoir absolu (28 septembre). Dès qu'il se vit libre, Ferdinand, violant ses promesses, annula tous les actes des Certes, et envoya au supplice ou aux galères les chefs des libéraux. « Nos soldats revinrent avec la triste gloire d'avoir remis la nation espagnole sous le Joug de mohies barbares et d'un roi inepte et cruel. » (Lavallée.)
Guerre de l'Opium. — Histoire générale, XXVI. — L'empereur de la Chine ayant interdit^ en 1839, Timporution de l'opium dans ses Euts, l'Angleterre, atteinte par cette mesnre dans ses Intérêts commerciaux, déclara la guerre à l'empire |
chinois. Après trois campagnes successives dans les mers de la Chine, et la prise de Canton et de plusieurs places fortes, les Anglais obligèrent le Céleste-Empire à consentir au traité de Nankin (1842;, stipulant que llle de Houg-Kong serait cédée à 1 Angleterre, et que cinq ports seraient ouverts à son commerce.
Guerre d'Orient. — Histoire générale, XXVI; Histoire de France, XXXVI. — Ce fut à la suite des prétentions de la Russie, qui réclamait le droit de protéger les chrétiens du rite grec dans la Turquie d'Europe, et d'une querelle entre les Latins et les Grecs au sujet des Lieux Saints, que cette guerre éclata. La France et l'Angleterre s'unirent pour protéger la Turquie contre l'ambition russe. Après de longues négociations diplomati-
2ues, et lorsqu'une flotte turque avait déjà cté étruite par les Russes à Sinope (30 novembre 18Ô3). la déclaration de guerre des trois puissances alliées. Turquie, France et Angleterre, fot enfin signifiée à la Russie (27 mars 1864). Tandis qu'une armée turque sous Omer-Pacha défendait héroiouement Sillstrie, la flotte franco-anglaise allait bombarder Odessa (avril), et une autre floue attaquait et prenait Bomarsund dans la mer Balii-
aue. Mais 1 expédition dirigée contre Sébastopol evint bientôt l'objet capital et le nœud de toute la guerre. Cinquante mille alliés, sous le commandement du maréchal Saint -Arnaud et de lord Raglan, débarquent en Crimée (14 septembre r8S4), battent une armée russe à l'Aima (20 septembre), et ouvrent la tranchée contre Sébastopol, que défendait l'habile ingénieur Totleben.Saint-Amaod» mort quelques jours après la victoire de rAlmi, est remplacé par Canrobcrt, et après un combat resté indécis à Balaclava ('25 octobre), les Roa^s sont battus une seconde lois à Inkermann (/» novembre). Les assiégeants passèrent l'hiver de Ik^I à 1865 dans leurs tranchées, disputant pied à pied le terrain aux Russes qui se défendaient avec acbsN nement. Une armée piémontaise et une armée turque vinrent renforcer les alliés. L'empereur Nicolas eunt mort (2 mars 1855), des conférences s'ouvrirent à Vienne pour un accommodement; mais elles n'aboutirent pas. Cependant Pélissier arait remplacé Canrobert (16 mai); une nouvelle victoire sur les Russes à la Tchernala enleva aux «ssiégés leur dernier espoir; et la prise d'assaut de la tour Malakofl' (8 septembre) ayant rendu la ville intenable, Sébastopol fut évacué le lendemain par les Russes. Durant ce temps la flotte alliée avait continué ^a campagne dans la Baltique ; elle arait pénétré dans le golfe de Finlande , et menaçait Cronstadt ; la Suède s'était Jointe à la France et à l'Angleterre contre la Russie. Alors, grâce à Tintervention de l'Autriche, de nouvelles propositions d'arrangement furent mises en avant; la Russie les accepta; un congrès se réunit à Paris, et le 25 février 1856 furent signés des préliminaires de paix Sui se transformèrent le 30 mars en un traité dcnitif. La Turquie fut placée sous la garantie des puissances européennes ; la mer Noire fut interdite aux navires de guerre de toutes les nations et le Danube rendu accessible à toutes les marines ; les principautés danubiennes restèrent sous la suzeraineté de la Porte. — V. Napoléon lil. Pour la guerre d'Orient de 1877, V. Turquie et Russie.
Guerre d'ItaUe. — Histoire générale, XXVI, XXX ; Histoire de France, XXXVI. — Des négociations entamées entre le comte de Gavour, premier ministre du roi de Sardaiene, et l'empereur Napoléon III, avaient abouti à un accord contre l'Autriche, ^ui possédait en luflie le royaume lombard-vénitien et exerçait un protectorat plus ou moins direct sur la plupart des petits princes iuliens. Un conflit, d*abord purement diplomatique, entre les deux puissances alliées et leur adversaire, éclata au commencement de 185U. La pro-
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position, faite par la Russie, d'un congrès européen
Eour régler les affaires d'Italie, n'aboutit pas. ^Autriche alors envoya au Piémont un ultimatum, le sommant de désarmer ; le Piémont s'y étant refusé, Tarmée autrichienne passa le Tessin (29 sTril) : la guerre était déclarée. L'Europo restait neutre.
Le '4 mai, Napoléon in publie une proclamation annonçant que le but de la guerre est de rendre ritalie a libre des Alpes à l'Adriatique » ; puis il va prendre en personne le commandement de l'arméo française, composée de quatre corps sous les ordres des maréchaux Baraguay d'Hilliers. Canrobert, et des généraux Niel et Hac-Mahon. Les Auirichiens, qui avaient déjà occupé une partie du Piémont, sont repoussés a Montebello (20 mai), puis à Palestre (30 mai) ; pendant ce temps, Garibaldi, à la tôte de ses corps francs, entre à Varèse et à CAme. Le combat de Turbigo (3 Juin) assure le passage du Tessin par l'armée française, qui gagne le lendemain la bataille d« Magenu. Napoléon m et Victor-Emmanuel entrent à Milan le 8 Juin ; le même Jour, le corps Baraguay d'Hilliers remportait la victoire de Melegnano. Les Autrichiens se replient de toutes parts. Garibaldi occupe Bergame, puis Brescia, où entrent & leur tour (18 juin) les deux souverains alliés. L'empereur a' Autriche, qui est venu se mettre à la tête de ses troupes, est vaincu à Solférino (241uin). Les alliés, avançant toujours, passent le Mincio, et sont rejoints par un nouveau corps français qu'amène le prince Napoléon et que renforcent 10 000 Toscans. Les populations de la Toscane, des duchés do Parme et de Hodène, des villes de la Romagne et des Légations, se sont prononcées en faveur de l'unité italienne sous Victor-Emmanuel ; le grandduc Ferdinand do Toscane, la duchesse de Parme, le duc François de Hodène ont abandonné leurs Etats. Une escadre française prépare le siège de Venise. La Diète, germanique s'émeut alors ; elle songe à Intervenir en faveur de l'Autriche en mobilisant les contingents fédéraux sous le commandement du prince-régent de Prusse. Devant cette manifestation hostile. Napoléon III s'arrête ; il accepte une suspension d'armes (8 juillet) ; et à la suito d'une entrevue avec l'empereur d'Autriche à Villafranca (1 1 Juillet), les préliminaires de la paix sont signés. A cette nouvel le, le comte de Cavour, mécontent, donne sa démission. L'Autriche cède la Lombardie à l'empereur des Français, qui la transmet au roi de Sardaigne ; elle conserve la Vénétie. Un congrès réuni à Zurich transforme ces préliminaires en traité de paix définitif. L'année suivante, Cavour revient au ministère ; des plébiscites sanctionnent l'annexion de laToscane et derEmilie (Parme, Modène, Légations et Romagne) au royaume do Sardaigne; en retour de cet accroissement do territoire, Victor-Emmanuel cède à la France Nice et la Savoie. — V. Italie et Saitoléon III.
Guerre du Mexique. — Histoire générale, XXVI, XWVI; Histoire de France, XXXVI. — Guerre entreprise en 1861 contre la République mexicaine Sar la France, l'Espagne et l'Angleterre. Ces deux ernières puissances laissèrent au bout de quelques mois la France poursuivre seule la campagne commencée. La prise de Puebla (17 mai i803) amena la reddition de Mexico, où un gouvernement provisoire fut installé. L'arcliiduc Alaximilien d'Autriche, avant été élu empereur par une assemblée de notables, se rendit au Mexique en 1804, et prit possession du pouvoir. Mais après le départ des troupes françaises en i867, MaximiUen ne put se maintenir ; vaincu et fait prisonnier par les républicains, il fut fusillé à Queretaro le lU juin 1867. — V. Mexique et Napoléon UI.
Guerre do la Sècession. •— Histoire générale, XXXV. — Nom donné à la guerre civile qui a éclaté en 1861, aux Euts-Unis, entre' les Etats du
Nord et les Etats du Sud, et qui s'est, terminée par la défaite du Sud et par l'abolition de l'esclavage.
Cotises. — Cette guerre civile, la plus terrible peutrêtre qui ait jamais eu lieu et certainement celle où les plus grands efforts aient Jamais été faits, eut une triple cause : une lutte d'intérêts matériels, une lutte d'intérêts politiques, une lutte de principes. Au moment où se constitua la république des Etats-Unis, en 1776, l'esclavage v existait depuis 1620. Quel que ftki leur désir oe voir disparaître cette iniquité, Washington et Jefferson n'osèrent pas l'attaquer en face, et, en 1788, lors de la rédaction de la Constitution de la Républiçiue américaine, pour ne pas compliquer les affaires bien embarrassées de leur Etat naissant, ils laissèrent subsister l'esclavage, espérant que le développement de la civilisation suffirait a le faire disparaître. Loin de se réaliser, leurs espérancesreçurent du temps le plus éclatant démenti : en 1790 le nombre des esclaves n'éuit que de 697,897 y en 1861, époque de la guerre, il y en avait 4 millions.
Au commencement de l'Union, les Etats du Sud étaient partisans de TaboUtion de la traite ; mais les rôles ne tardèrent pas à être renversés. Le développement de la culture du coton, pour laquelle le& nègres furent d'utiles et peu coûteux auxiliaires, changea leurs sentiments, tandis que les Euts da Nord, qui étaient dans des conditions de climat ne leur permettant pas de tirer profit des esclaves, se débarrassèrent des leurs et devinrent aboliiionnistes. Cependant les esclaves enrichissaient trop le Sud producteur, et, par suite, le Nord commerçant^ pour qu'il y eût entre eux opposition d'intérêts mercantiles. La division qu'on vit éclater entre eux de bonne heure fut causée par la jalousie politique, ainsi que par les sentiments philanthropiques dont, en 1831, Garrison se fit l'écho dans son tournai U Libérateur, La jalousie politique des Etats du Nord avait sa source dans 1 article de la constitution portant que, dans le calcul du chiffre de Ia> population, servant de base pour déterminer le nombre de députés que chaque Etat aurait le droit d'envoyer au congrès, il serait tenu compte des esclaves, dans la proportion de cinq à trois, c'estrà-dire que cinq noirs seraient comptés comme trois blancs. De là, pour le Sud, le désir d'augmenter ses esclaves en même temps que celui de voir s'augmenter le nombre des Etats esclavagistes, seul moyen de garder ou de conquérir la prépondérance dans le congrès, et pour le Nord un désir absolument contraire. Plus d'une fois, 1& lutte armée fut près de s'engager, mais les politiques des deux fractions hostiles parvenaient toujours à amener des compromis. G est à la suite de l'un d'eux (le compromis du Missouri) que fut tracée la fameuse ligne Mfison et Dixon, ligne qui suivait le 36* 30' de latitude, et aa nord de laquelle l'esclavage était interdit. L'apaisement causé par ce» compromis n'était jamais de longue durée, et la lutte d'influences se ravivait à chaque annexion d'Etats nouveaux, esclavagistes ou non. A partir de l'annexion de la Californie, en 1850, la division alla s'accentuant chaque année. Un généreux abolitioiiniste, John Brown, appela les esclaves à la liberté et s'empara de l'arsenal de Harper's Ferrv ; mais il fut pris et pendu le 2 décembre 1H59. £n même temps l'Union était inondée de publications de toutes sortes pour et contre l'esclavage. Le fameux livre de madame H. Beecher-Stowé, la Case de l'oncle Tom, qui plaidait la cause de la liberté, des nègres avec une si généreuse éloquence, était dans toutes les mains. Le Sud, oui, en 1866, était
garvenu à faire élire un président esclavagiste, uchanan, comprit que la victoire resterait au Nord, si aux élections de i860 il ne réussissait pas à faire élire encore un président à son gré. La lutte s'en-
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gagea entre deux candidats : Beckinridge, esclavagiste passionné, qui voulait faire accorder au Sud de nouveaux privilèges, et Tillustre Lincoln, dont le programme était Témancipation progressive des esclaves américains.
Lincoln l'emporta au vote du 6 novembre 1860.
Le prétexte que le Sud cherchait pour rompre était enfin trouvé. Menacé dans ses intérêts matériels par Tabolition de l'esclavage, qu'il crut ou feignit de croire imminente ; atteint dans son influence politique ; blessé dans le principe qu*il soutenait, que le nègre est de race inférieure et doit être soumis au blanc, il se sépara de l'Union. Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud vota Vacte de sécession^ et rat bientôt suivie par tous les autres Buts du Sud, qui, le 4 février 1801, un mois avant l'entrée en fonctions de Lincoln, se constituèrent en nation indépendante sous le nom à Etats confédérés d'Amérique^ avec Jefferson Davis pour président et Bichmond pour capitale. A l'exception des forts de Charleston, les sécessionnistes saisirent tous les forts, arsenaux, propriétés fédérales, situés dans leurs limites. Toutefois une tentative de compromis fut faite. Elle échoua, et la guerre conunenca le 12 avril 186I- Le premier coup de canon fut tiré par le Sud sur le fort Sumter à Charleston.
La guerre, — Jamais le monde n'avait vu de guerre civile ayant de telles proportions et n'avait assisté à un tel déploiement de forces. Il vint à chaque parti, mais principalement au Nord, qui, aux yeux des peuples civilisés, représentait la cause de la Justice et de l'humanité, des auxiliaires de toutes les nations. D'avril 1861 au commencement de 1864, la lutte fut soutenue de l'une et de l'autre part avec une égale énergie et des succès équivalents. Tout l'héroïsme possible fut déplové ; tout ce que la science met a la disposition de la guerre fut employé ; tout ce que l'or permet d'acheter, hommes, armes, consciences mêmes, fut acheté. Le monde entier, spectateur stupéfait de tant d'efforts, assistait épouvanté à cette lutte sans précédent et dans laquelle aucun sacrifice n'était épargné. Pendant Tannée 1861, les confédérés du Sud, sous la conduite des généraux Beauregard Tet Johnstone, gardèrent l'offensive; ils s'avancèrent jusqu'au Potomac et menacèrent la capitale fédérale par la victoire de Bull's-Run. L'année suivante fat plus heureuse pour le Nord : le général Grant dégagea la ligne du Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, pendant que Mac- Glellan reprenait l'offensive dans les Carolines par les victoires de Williamburg. de Fair^aks, de Beaver^Dam, de Galn-Hill ; puis, menacé par la marche rapide des confédérés sur la ligne du Rappahannock, il se porta en arrière et couvrit la ville de Washington, par la grande victoire de Soutli-Mountain, remportée sur le général Lee. Son attitude parut pourtant suspecte, et il fut destitué et remplacé par le général Bumside, qui fut vaincu par Lee le 13 décembre & Frédéricksburg. En 1863, le 2 janvier, les fédéraux sons le général Rosencrantz furent vainqueurs à leur tour, et le président Lincoln profita de ce succès pour fkire décréter par le congrès l'abolition de l'esclavage. Alors la lutte devint plus vive, et toute l'année est remplie par de granaes batailles, tantôt au profit du Nord, tantôt à celui du Sud, dont les plus célèbres sont celles de Ghancellorsville i2 mai) gagnée par Lee sur HookéT, et celle de Gettysburg (1", 5 et 3 juillet) gagnée par Meade sur Lee, qui est oblige de repasser le Potomac.
Chaque parti, successivement vainqueur et vaincu, avait vu de nombreuses armées disparaître dans la lutte ; et pourtant, au 3" mai 1864, les partis occupaient les mômes positions qu'au début de la guerre, et il était difficile de savoir encore qui des deux l'emporterait.
A cette époque les années rivales étaient réciproquement commandées par deux généraux égai^ ment remarquables par leurs capacités et par leur ténacité, et, jusque-là, tous deux presque constamment heureux dans leurs exjpéditions : Grant pour le Nord, Lee pour le Sud. 6rant avait pour lieutenants Sherman et Sheridan ; Lee avait Johnson et EarlVf tous également habiles «i dévoués à la cause a laquelle ils appartenaient. L'objectif de Grant, qui voulait terminer la guerre par un grand coup, était la prise de Bichmond, capitale des confédérés, défendue par Lee lui-même. Une impétueuse attaque tentée le 17 Juin par Grant ayant échoué, il commença résolument le siège. L'âtuque et la défense forent conduites avec une habileté et un héroïsme égaux de part et d*antre. Des prodiges de valeur furent faits par Lee et son armée ; ils échouèrent contre la ténacité de Grani, qui ne reculait jamais d'une semelle, et resserrait son adversaire dans un cercle de fer, tout en auendant avec patience et confiance l'exécution du plan de campagne qu'il avait confié à ses lieutenants.
Cette confiance de Grant était aussi partagée par Lincoln, qui, en novembre 1864, paraissait si
Earfaitement en état de maîtriser la situation, que ) peuple n'hésita point à le nommer pour la seconde fois président des Etats-Unis. Cette réélection imprima à la guerre une nouvelle ardeur.
Sherman et Sheridan opéraient l'un dans le Sud, l'autre dans le Nord ; s'ils arrivaient à rejoindre Grant sous les murs de Richmond, c'en était fait de la cause du Sud. Les lieutenants se montrèrent dignes de leur général. Sherman, qui occupait Atlanta en Géorgie, à plus de 160 kilomètres de Grant, bien qu'il fût tout à fait en pays hostile, atteignit le rivage de l'Atlantique le 16 décembre. De là, appuyé sur la flotte fédérale, il marcha sur Savannah, dont il chassa le général Bardée et qu'il occupa le ?1. L'évasuation de Sarannah par les Sudistes fut suivie do celle de Charleston, oe Wilmington et de Mobile. Au mois de Janvier 1865, Sherman reprit sa course en avant, et battant tous les jours Johnson, notamment à Kinston (10 mars), à Averysboro (15), et à Goldsboro (21), il arrivait'à donner la main à son général en chef. Sheridan, de son côté, n'était pas moins heureux : après de nombreux combats, dans lesquels il avait anéanti l'armée d'Ëarlv, il rejoignait les deux généraux du Nord. Toutes les forces des fédéraux étant réunies, le moment était venu de frapper un orand coup.
Le V avril, Richmond fût attaqué de tous les côtés à la fois. Malgré son habileté et son incroyable énergie, Lee ne put résister. En deux jours, il perdit 15,000 hommes et fut obligé d'évacuer la ville le 3 avril. Poursuivi vigoureusement, il soutint encore un combat, le 6, à Farmville, dans lequel le général Ewell se sacrifia pour le salut général. Ce sacrifice fut inutile, car Lee n'en Ibt pas moins obligé de capituler le 9 avril.
La prise ae Richmond amena la dissolution du parti du Sud, beaucoup plus promptement qu'on ne l'eût cru, après les efforts qu'il avait faits. Lincoln, qui se proposait d'user modérément de la victoire, ne put jouir du triomphe de son parti. Comme s*il fallait un martyr à toute grande cause, il fut assassiné, le 14 avnl, par Booth, en même temps que M. Seward, son premier ministre, était grièvement blessé par Payne, un autre assassin. Ce fut le vice-président Andrew Johnson qui prit les rônes du gouvernement, et eut la gloire de finir la guerre et d'organiser la paix. Peu de jours après son installation, le dernier général du Sud, Johnson, éuit obligé de capituler aussi, et, le 10 mai, Jefferson Davis, président des confédérés, était capturé avec sa famille et envoyé prisonnier à la forteresse Monroé.
Ainsi finit cette guerre civile, dans laquelle périrent plus de 500,000 hommes, dont plus de 3uo,000
GUILLAUME
GUILLAUME
pour le Nord et 200,000 pour le Sud, et où furent dépensés plus de 30 milliards. Mais la cause de rhumanité était définitivement gagnée, en même temps que la puissante République américaine reconstituée. Les sacrifices qu'elle avait faits pour supprimer Tesclavage étaient immenses ; mais sa vitalité est telle qu*il n'y parait pas aujourd'hui. Elle a réparé ses pertes, recouvré ses forces, rétabli son unité et repris sa marche ascendante à l'admiration du monde. On ne se souvient plus, si ce n'est pour l'admirer, de la plus étonnante lutte de l'histoire; on n'en considère plus que les résultats : l'affranchissement de toute une race d'hommes et le triomphe d'un principe sacré.
[P. Vincent.]
GUILLAUME. — Nom de plusieurs princes dont quelaues-uns ont Joué un rôle important dans l'histoire d'Angleterre et dans celle des Pays-Bas. Les notices que nous consacrons aux principaux d'entre eux sont rangées par ordre cnronologique.
Gttillanin« le Conquérant. — Histoire générale, XVUI, .XXVIH; Hfstoire de France, VIII. — Septième duc de Normandie, puis roi d'Angleterre, fils naturel du duc Robert le Diable, naquit à Falaise en 1027 et mourut à Rouen en 1087. Bien que fils naturel, il fut élevé comme un fils légitime, et son père, mort en Terre-Sainte en 1034, le désigna pour son successeur. Les barons normands, alléguant son illégitimité, se révoltèrent en 1035, et pendant toute sa minorité ensanglantèrent la Normandie. Il fut soutenu contre ses vassaux par Henri I*% roi de France, son suzerain, et à l'âge de vingt ans il remporta sur Guy de Bourgogne, son compétiteur^ la victoire du Val-des- Dunes (10^7), qui l'affermit sur le trône ducal. Il eut encore à lutter contre ses propres parents qui cdnspirèrent contre lui ; mais il en triompha. Son suzerain lui-même, jaloux de sa puissance croissante, vint aussi l'attaquer en Normandie avec une forte armée. Il gagna sur le roi la bataille de Mortimer (1054) et celle de la vallée d'Ange (1058), et lo contraignit à faire la paix.
Guillaume avait do trop grandes capacités et une trop grande ambition pour pester dans ses limites. A peine était-il débarrassé du roi, qu'il inquiétait ses voisins et agrandissait ses posses* sions aux dépens du comte d'Anjou et du duc de Bretagne. Il allait même poursuivre la conquête de cette dernière province, quand une occasion ouvrit à son ambition un champ plus vaste et lui fit entreprendre la conquête de l'Angleterre.
Edouard lo Confesseur, roi d'Angleterre, était son cousin et son ami. Ce prince, chassé de son trône par les Danois dans sa jeunesse, avait été élevé en Normandie. Redevenu roi, il reçut chez lui son cousin, en 1051, et lui promit son hériuge; mais à sa mort (1065), il ne tint pas sa promesse et, poussé par ses sujets, laissa sa couronne à Harold, grand chef saxon. Cet Harold, venu en Normandie quelque temps avant, avait été contraint par Guillaume de jurer sur de saintes reliques qu'il l'aiderait à devenir roi d'Angleterre. Dès que Harold fut proclamé roi, Guillaume lui rappela son serment. « J'ai juré, répondit Harold, mais ce que l'ai promis ne m'appartenait pas, car ma royauté n est point à moi, et je ne puis m'en démettre sans l'aveu du pays. » Guillaume le traita d'usurpateur et de sacrilège, et en appela au pape Alexandre II et à toute la chrétienté* Le pape l'appuya d'une bulle, et lui envoya un cheveu de saint Pierre enchâssé dans une bague et une bannière portant l'image de l'apôtre. Guillaume, dans une assemblée générale, sorte de manifestation du suffrage universel, obtint l'appui de tous ses sujets. Il fit ensuite appel à tous les aventuriers de France et d'ailleurs, nobles ou roturiers, promettant à chacun tout ce qu'il dcman-
2* Pabtie.
dait pour le suivre en Angleterre. II lui vint des soldate de toutes parts. 11 arma une flotte et débarqua en Angleterre. Harold accourut à sa rencontre (1066)> et fut vaincu et tué à la bataille de Hastings. Quelques jours après Guillaume entrait à Londres et se faisait couronner à Westminster, le jour de Noël. Modéré d'abord, il ne donna à ses compagnons aue les domaines royaux et ceux des Saxons tués & Hastings; mais en butte aux continuelles révoltes des Ânglo-Saxons, il ne recula devant aucun moyen pour assurer sa conquête. S'étant fait reconnaître en principe seul propriétaire du sol, il dépouilla presque tous les vaincus, pour lesquels il fut sans pitié, et distribua leurs terres à ses compagnons, dont il forma une aristocratie féodale, parfaitement organisée, au-dessous de laquelle il mit tous les An^o- Saxons, nobles et non nobles. Il ne iouit pas paisiblement de sa victoire. Il fut obligé, en 1072, de lutter contre le roi d'Ecosse, qu'il contraignit à lui rendre le service féodal; puis de repousser les attaques des Danois, et de combattre plusieurs fois les révoltes de son fils aîné Robert, à qui il avait confié le gouvernement de la Normandie. Ses dernières années furent remplies pai' des luîtes domestiquée au milieu desquelles il montra une modération et une indulgence qu'on n'eût guère attendues de son caractère emporté et cruel. Enfin, en 1087, irrité d'une plaisanterie du roi de France, il lui déclara la guerre : il fut blessé au sac de Mantes et transporté à Rouen, où il mourut presque abandonné des siens, obsédé par le souvenir de ses crimes.
Les conséquences de la conquête de l'Angleterre furent bien funestes à la France, dont, le roi eut dès lors un vassal plus puissant que lui. Elle fut Toriçine de la longue rivalité des deux pays, qui devait aboutir à la guerre de Cent ans. L'Angle,terre, au contraire, si grands qu'aient été les maux Qu'elle eut à supporter tout d'abord, y profita. Guillaume fonda dans ce pays un pouvoir royal plus fort que partout ailleurs, une organisation politique plus régulière ; il établit une meilleure administration de U justice et des charges publiques, et adoucit ainsi la situation des classes inférieures; par Textension de la marine et des forces militaires, il donna à l'Angleterre une importance beaucoup plus grande parmi les nations de l'Europe. Enfin, conséçiuence qu'il n'avait pas prévue sans doute, les seigneurs normands, obligés de se serrer autour de lui et de s'appuyer les uns sur les autres pour le salut commun, ne s'isolèrent pas, comme le faisaient les nobles en France et ailleurs, pour vivre en petits rois dans leurs domaines. Ils s habituèrent à s'entr'aider et à traiter ensemble de leurs affaires d'intérêt général, préparant ainsi l'Angleterre au gouvernement représentatif, qui a fait sa force dans les temps modernes et que les autres nations lui ont plus ou moins emprunté.
[P. Vincent.]
Guillaume n Im Bonx. — Histoire générale, X\ IH, XXVm. — Fils de Guillaume le Conquérant, il succéda à son père comme roi d'Angleterre en 1087, et s'empara en outre du duché de Normandie, que possédait son frère Robert, pendant que ce dernier était à la croisade. Ce fut un prince violent et détesté de ses sujets. Il fut tué a la chasse par accident, en 1100.
Guillaume de Nassau-Orange, dit lo Taoitome. — Histoire générale, XXII, XXXI. — Né en ld33; fils du comte de Nassau Guillaume le Vieux ; devenu prince d'Oranee en 1544 par la mort de son cousin René de Nassau-Orange, qui l'avait institué son héritier. A la mort de son père (1559), il reçut du roi d'Espagne la charge de statnouder (lieutenant du souverain) pour les provinces de Hollande, de Zélande et d'Utrecht. Lorsqu'éclatèrent les troubles religieux des Pays-Bas
GUILLAUME
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