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C. Un travail modéré affermit la santé

Travail, substantif yerbal formé de travailler, d'où, au moyen du suffixe eur, travailleur. Le srnooyme de traoailler est labourer, qui a donné labour, laboureur et lahouroge, et qui s*est restreint au trarail de retourner fa terre ; le sens originel sVst maintenu dans Inbeur, synonyme poétique de travail, et dans laborieux,

Molière, participe passé du verbe modérer, d'où modéraleur, moaération.

Affermir, verbe composé de ferme et du préfixe 0(/ dont le d s'assimile à /; affermir, c'est rendre J^Tmt. De ferme ont aussi été formés les verbes affirmer et affermer,

Sanii, nom abstrait, est dérivé d'un mot latin [umtatem) dans lequel nous trouvons Tadjectif tain et le suffixe fém. té qui marque la qualité.

[C. Ayer.]

11. Procèdes aznérioalns. — L'enseignement prinuin au États-Unis fait im grand usage des diagremmaponr raxialjrse grammaticale et môme logique. Le système le pliu ordinairement suivi sous des formes graphiques assez diflTérentes consiste à nurquer la coordination des termes en les Jnxtapouni, lenr subordination en les superposant. Les deux membres essentiels de la proposition, sujet et attribut (le verbe n'est Jamais figuré à part), sont placés à côté l'un de l'autre et à chacun d'eux se rattachent les compléments, mots ou propositions qui en dépendent. Voici quelques ipécimens des cas les plus élémentaires, qu'on pourrait peut-ère imiter quelquefois chez nous, mil* seulement pour des exercices oraux au tableau noir.

1* Proposition simple, attribut simple. ~ Ex. : Wa&biugton était brave.

(.NUJeU)

(Attribut.)

Washiagtoa

était brave.

3* Proposition simple^ attribut El. : Washington était le premier < le premier dans la paix.

utftrwcM complexe. «^ premier dans la guerre,

Wa«hiQgton

était la premier

le premier

[[dTns

la paix.

. '• Proposition simple, compléments direct et î" X ?* "~ Washington, le père de la patrie, nous a »i8aé les plus beaux exemples de cotirage civique

et militaire — (le signe V indique le complément direct, \ le complément indirect, 4= 1a préposition).

Washington a laissé

exemples

le

père

de

beau s

plus

nous

la

palri.

courage

et

(courage)

civique

militaire.

i* Propositions coordonnées et subordonnées. — Dès qu il eut chassé las Anglais d'Amérique Washington licencia ses troupes et rentra dans lavie privée.

ANALYSE LITTBRAIRB. — Littérature et style, VL — Voir les recommandations générales, dans la I^.Pabtib, même mot.

RÈGLES DE UANALYSE LITTÉRAIRE L'analyse littéraire est un des exercices les pluf difficiles de l'école normale; c'est cependant un de ceux qu'il importe le plus de conserver, en le dirigeant convenablement.

Ce qui embarrasse avant tout les jeunes gens, c'est qu'ils ne savent par où commencer, conounent ordonner leur travail, et c'est précisément de la manière dont cet exercice est conduit que dépendent absolument sa valeur et son utilité. Faite au hasard ou laissée aux inspirations de chacun, l'analyse

ANALYSE

ANALYSE

littéraire, dans les écoles normales plus que pai^ tout ailleurs, est un travail stérile. Dirigée méthodiquement, dans un esprit qui réponde aux besoins de renseignement primaire, elle peut avoir une réelle efficacité pour former le Jugement, au moins autant que pour former le goût.

Deux éléments constitutifs de l'analyse littéraire. — L'analyse littéraire, à quelque ouvrage qu'elle s'applique, doit toujours comprendre deux parties, qui repondent à son double objet. D'une part, V analyse proprement dite ouïe compta-rendu; d'autre part, l'analyse critique ou Vappréciation,

Tantôt ces deux parties sont distinctes : on commence par faire le résumé consciencieux de l'ouvrage avant d'en examiner les mérites. Tantôt, au contraire, on mène de front l'analyse et l'appréciation, par un double et parallèle examen du fond et de la forme.

Dans aucun cas, l'analyse littéraire n'est complète si elle ne répond à ce double besoin de l'esprit : savoir ce Que contient un ouvrage et savoir ce qu'il vaut, une analyse sans appréciation ne donne que le cadavre de la composition littéraire ; des appréciations, sans une suffisante analyse, peuvent faire connaître l'impression qu'a reçue le lecteur, mais ne font pas connaître rœuvre ellemême.

Dans les examens, oraux on écrits, à tons les degrés, ce qu'on a en vue par l'analyse littéraire, c'est tout ensemble de s'assurer que le candidat a lu et relu un ouvrage classique et au'il en a compris, apprécié, senti les beautés. S'il est embarrassé, soit pour rendre compte de la marche et des divisions de l'ouvrage, soit pour exprimer son sentiment et son Jugement sur les qualités qu'il y a remarquées, son analyse littéraire est défectueuse et prouve qu'il n'est pas suffisamment familiarisé avec l'auteur dont il avait à parler.

Plan et divisions normales d'une analyse Httéraire complète» — A ce double point de vue de l'analyse et de rappréciation, une analyse littéraire comporte, en règ^o générale, trois grandes questions, trois points essentiels ; ce sont ceux que l'ancienne rhétorique * avait très-judicieusement distingués, mais qu'elle appelait de noms latins aujourd'hui peu compréhensibles. Ces trois objets, à considérer dans toute œuvre de littérature, sont :

Vinventiont c'est-à-dire le sujet; La disposition, — le plan ; L'élocution, — le style.

Sans répéter ici ce que nous disons ailleurs (V. Composition) sur cette distinction fondamentale des trois grandes conditions de l'art d'écrire, nous ne saurions trop recommander d'y Insister longtemps et d'astreindre rigoureusement les Jeunes gens à s'enfermer dans ce cadre. On leur donne à étudier un chef-d'œuvre en prose ou en vers ; ils ont à l'examiner sous trois points de vue.

l^'âu/e/.— Avant de se perdre dans les détails, il faut se rendre bien compte des idées ou des faits

Sortée historique ou morale, les inconvénients, les ifScultés ; il faut enfin se mettre à la place de l'auteur au moment où il a choisi son sujet, et se demander si son choix a été heureux, hardi, original, etc.

2» Plan. — Une fois le sujet adopté, comment Tauteur l'a-t-il disposé? Il ne suffit pas que la donnée soit belle, vraie, grande, il faut maintenant on distinguer les parties, en ordonner la marche, en eraduer l'effet. Quel plan l'auteur s'est-il proposé? Quelle division, quel ordre, quelle gradation présente son ouvraçe? C'est là la seconde question que l'analyse littéraire doit résoudre, le second crité-

rium auquel elle doit recourir pour juger le mérita de l'œuvre : l'édifice vaut autant par fagencemeiii que par le bon choix des matériaux.

3* Style, — Enfin il reste à Yoir la mise en œuvre de ces matériaux, dans tout le déuil de l'exécution : c'est ici qu'apparaîtra l'art du style dans le sens restreint de ce mot. Comment l'auteur a-t-il exprimé ce qu'il avait conçu d'abord, ordonné ensuite? c'est le dernier des trois termes de son travail. A-t-il su animer, colorer, peindre à l'imagination ce qu'il avait à raconter? ba langue est-elle correcte et pure, élégante sans affectation, originale sans bizarrerie, concise sans obscurité, brève sans sécheresse, abondante sans prolixité ? L'analyse littéraire le dira et le prouTora par quelques exemples caractéristiques.

Les trois parties que nous venons de distinguer et oui théonquement doivent exister dans toute analyse littéraire n'y sont presque Jamais d'égale importance. S'agit-il, 'par exemple, d'une œuvre dramatique, d'un poème de longue haleine : la f partie, l'appréciation du sujet (qu'on nomme aussi parfois tmtrigue ou la faole), exige un soin et un développement qui seraient supei-flus s'il s'agit d'un court morceau de poésie, d'une lettre ou d'une narration. Dans ce dernier cas il conviendra d'insister sur la fine analyse des détails du style, de relever une foule de petits traits, d'artifices et de beautés de diction qu on ne songerait pas à prendre à part dans un plus grand ouvrage.

Des trois parties de l'analyse, celle qui ne fera Jamais défaut, celle qui donnera toujours lieu à un sérieux développement, c'est la seconde, la recherche et l'appréciation dup/on : c'est aussi rexe> cice le plus profitable à nos Jeunes maîtres. Il les force à exammer de près la pensée, h on suivre les péripéties, à voir de quels éléments logioues elle se compose, à refaire en quelque sorte la trame du discours et à Ju^er si l'enchaînement en est solide, si les proportions en sont convenables, s'il y a un fond d'idées suffisant sous l'élégance ou sous la richesse apparente du langage. Buffon

avait raison de dire ôue le style est surtout l'ordre et le mouvement qu on met dans l'expression des pensées.

Recommandations particulières, — Nul conseil ne peut suppléer à l'expérience et à la sagacité du professeur de littérature. C'est à lui qu'il appartient : l* de bien choisir les sujets d'analyse ; 2* de les bien graduer ; 3* de les bien traiter. Ce sont là des qualités qui ne s'enseignent guères, pas plus que le bon sens et le bon goût ne se communiquent sous la forme de règles et de préceptes.

Marquons seulement quelques-uns des écueils où des maîtres encore peu expérimentés risquent le plus de se heurter.

1» Choix des sujets d^analyse, — Il faut se garder de commencer parles sujets les plus complexes et les plus riches ; dans une première année d'école normale par exemple, on fera bien de débuter par des exercices sommaires destinés en quelque sorte à mettre en évidence la diarpente d'une narration, d'un sermon, d'un discours, d'une fable, d'une description en prose ou en vers. II faut que les élèves soient bien exercés à décomposer on morceau quelconque, à le ramener à ses idées principales, avant de passer à l'examen de tout un ouvrage, d?un chef-d'œuvre surtout

Il n^y a nul inconvénient à choisir de temps à autre des morceaux de second ordre ; les élèves y découvriront souvent mieux que dans un ouvrage irréprochable les artifices et les procédés du style, et ils en apprécieront d'autant mieux l'inimitable simplicité des grands maîtres.

Toutes les fois qu'on peut à l'analyse Joindre U comparaison, il n'y faut pas manquer : on y trouvera double profit.

ANALYSE

ANALYSE

Enfin — et c'est robservation capitale — il faut eu? ranalyae littéraire, comme tous les exercices d^ l'école normale^ ait franchement le ton et Taliore de renseignement populaire : que les sujets vÂioi simples, accessibles à Tintelligence et à l'imagination la moins façonnée autour des études classiques; que Ton se contente de ce que peut comprendre, aimer, sentir un esprit Jeune, droit et s«iQ, sans trop regretter pour lui tout ce que lui fait perdre Tignorance du grec et du latin, sansTOuloir «crtoot combler cette lacane en lui donnant sur les Imgaesetsur les littératures anciennes des Jugements toat faits et une science d'emprunt : ce serait le moyen d*en faire à tous Jamais un pédant ridicale et incorrigible.

!* Mode de rédaction des analyses littéraires, — Les sDjeU doirent être traités dans le môme esprit cù ils ont été choisis : de la simplicité, de la Téri'À de la sincérité avant tout. Ici encore soyons pâ3ple, comme la Bruyère se vantait de Vôtre : ne copions pas les lettrés, les érudits, renseignement fl%:}i]dAire ou supérieur.

Ile forçons point notre talent, Nous ne fanons rien ayec grâce.

Uinalyse littéraire doit surtout façonner le goût ées élèTes : le meilleur moyen d*y réussir est de for^ œr leur jugement, c'estrà-dire qu^il faut faire une perre sans relâche aux phrases de convention, aux éoitbètes banales, aux admirations de commande, i tout ce bavardage qui, tour à tour plat ou ampoolé, prouve simplement oue Télève n'a rien i^nti. Chi peut appliquer à 1 analyse littéraire et dans l'intérêt du goût, le m&le langage de Molière :

k icox qn'oo soit sincère et qo*en homme d'honneor Os Bc Ucbe ancan mot qui ne parte du cœur.

t On duit aussi prendre garde, dit très-judicieu- KmentM apereau, de vouloir trouver des beautés pinont, de s'exalter à froid, de s'extasier sur les moliîdrês mots, de prêter h un auteur des intentions qa'il o*a pas eues, des malices et des finesses ioiqueiles il n*a pas songé. » Cette recommandati«D est d'autant plus précieuse, que c'est bien \k le danger le plus fréquent de ce genre d'exercices. On ne TéTÎtera qu'en habituant lesjeuoei gens à une certaine liberté de Jugement et d'eipression, en leur laissant quelque spontanéité, en encourageant dans une sage mesure ce franc paier qui donne aux appréciations, sinon une jQstesse parfaite, du moins une saveur de naturel. Enfin, sans vouloir autoriser les Jeunes gens à s'ériger en Juges prétentieux et pédants, nous ne crojons pas qull y ait aucun inconvénient à leur signaler ou à leur laisser signaler, le cas échéant, u;lte tache dans un morceau, telle expression incorrecte, tel passage obscur pour eux, ou long, ou inutile à leur sens.

f SynMéttf, complément de Canalyse, — Dans tOQtes les formes de l'enseignement, l'analyse appelle comme complément logique et indispensable un exercice «tu sens contraire, une synthèse. Après que l'analyse littéraire a fait décomposer un loorceau, un exercice de composition sur un sujet «t toron plan analogue en sera en quelque sorte u contre-partie naturelle et Tutile application. M.Michelfdans son Court de composition, a souvent tpès-heareusement indiqué ce procédé. Nous n'a- ^<^ pas à y insister ici (Y. Composition). MODÈLES DE LEQONS ET D'EXERCICES Sujet donné : L'orage, par Saint-Lambert L'orage.

0> ^t à rhoriion, de deux poinU opposés,

Des nages monter dans les airs embrasés ;

Oi les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre.

p sa toonene éloigné le bruit s'est fait entendre : « Lm floU en ont frtaii, l'air en est ébranlé,

U l« loDg da TsUoD le feailUge a tremblé. 2« PASTrt.

Les monts ont prolongé le lugubre murmura

Dont le son lent et sourd attriste la nature.

Il succède à ce bruit un calme plein d'horreur, f 0. Et la terre, en silence, attend dans la terreur.

Des monts et des rocherst le vaste amphithéâtre

Disparaît tout à coup sous un voile grisâtre ;

Le nuage élargi le couvre de ses flancs ;

Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants. 15. Mais des traits embrasés ont sillonné h nue,

Et lafoudre.en grondant, roule dans l'étendue :

Elle redouble, vole, éclate dans les airs ;

Leur nuit est plus proronde, et de vastes éclairs

En font sortir sans cesse un jour pâle et livide. 20. Du couchant enflammé s'élance un vent rapide;

Il tourne sur la plaine, et, rasant les sillons.

Enlève un sable noir qu'il tourne en tourbillon.

Ce nuage nouveau^ ce torrent de lumière.

Dérobe & Ja campagne un reste de lumière. 25. La peur, l'airain sonnant, dans les temples sacres

Font entrer à grands flots les peuples égarés.

Grand Dieul vois à tes pieds leur foule consternée

Te demander le prix des travaux do Tannée.

Hélas ! du ciel en feu les globules glacés 30. Écrasant, en tombant, les épis renversés.

Le tonnerre et les vents déchirent les nuages.

Le fermier de ses champs contemple les ravagos

Et presse dans ses bras ses enfants effrayés.

La foudre éclate, tombe; et das monts foudrovés 15. Descendent à grand bruit les graviers et les ondes.

Qui eourent en torrents sur les plaines fécondes.

0 récoite l à moissons t tout pént sans retour :

L'ouvrage de l'année est détruit en un jour.

« Si, après avoir lu ce morceau avec attention, nous cherchons à nous rendre compte de la marche qu'a suivie Tauteur, nous découvrons que le cadre i embrasse trois parties principales.

D*abord les phénomènes précurseurs de Forage : direction des nuages (vers 1-3) ; — tonnerre lointain (v. 4-8} ; — calme et silence effrayant (V. 9-10).

La phrase qui suit montre le développement successif de Forage : épaississement des nuages ;

— chaleur de ratmosphère (v. 11-14) ; — éclairs et coups de tonnerre (v. 15-19); — vent et tour billons de poussière (v. 20-24).

Après cette peinture de Torage, Tauteur décnt les effets qu'il a produits sur les êtres animés et dans la nature : — attitude des hommes (v. 25-28) ;

— ravage des campagnes (v. 29-31) ; — perte des récoltes (v. 82-38).

Ainsi ranalvse attentive de ce tableau permet do le réduire à 1 esquisse suivante, qui en donne à la fois le plan et le cadre :

1* Phénomènes précurseurs de Torage ;

2° Phases successives de son développement;

3* Ses effets.

L'observation du phénomène indiquait naturellement la place de chacune de ses parties. Mais remarquons Tharmonie et la proportion que Fauteur a mise entre elles, et par leur étendue relative, et par le chohE des images, et par le ton du style.

L'aspect du ciel, indiqué dans les deux premiers vers, est complètement dépeint dans le troisième par cette gradation d'une vérité saisissante : On les voit 8*6paiBsir, s'élever et s'étendre.

Parmi les vers qui suivent il n*en est presque aucun qui n'offre, môme à l'oreille la moins exercée, quelque admirable effet d'harmonie imitative. Comme le roulement sourd du tonnerre qui gronde dans le lointain est bien rendu dans ce vers :

D'un tonnerre éloigné le brait s'est fait entendre, et plus loin :

Et la foudre en grondant roolc dans l'étendue.

Avec quel* bonheur le peintre reproduit rimaec et le frémissement du feuillage à l'approche de la tempête :

Et le long du vallon le feuillage a tremblé. Par quelle grande et terrible image il termina

ANALYSE

ANALYSE

lo tableau des signes précurseurs de Torage dans CCS deux vers d'une harmonie si vigoureuse :

Il succède à co bruit un calme plein d*borreur; Et la terre en silence attend dans la terreur.

Cet heureux mélange d'images et d'effets d'harmonie se fait remarquer dans toute la suite du morceau. Bornons-nous à appeler Tattention sur le mouvement plein de force et de sentiment produit par l'apostrophe :

Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée Te demander le prix des trat aui de Tannée.

et sur rémotion profonde qu*éveille dans Tâme rûxclamation si naturelle et si vive :

0 récolte ! 6 moissons ! tout périt sans retour : L*ouvrage de l'année est détruit en un jour.

Exercice complémentaire {synthétique), — S'appuyer sur les observations et les exemples qui précèdent pour tracer l'esquisse et trouver les détails d'un autre tableau : une pluie de printemps après une longue sécheresse.

Nous allons montrer, aussi brièvement que possible, comment on peut tirer parti de l'examen analytique d'un modèle pour trouver soi-même le plan et les détails d'un sujet à traiter.

Si nous nous rappelons encore le plan du tableau que nous venons d'étudier, il nous est facile de saisir les analogies naturelles entre ce morceau et le sujet d'une pluie de printemps après une longue sécheresse. En étudiant la manière et les procédés do Saint-Lambert, nous sommes amenés naturellement à tracer pour la seconde description l'esquisse suivante que nous mettons en regard de la première.

1* Phénomènes précurseurs de l'orage :

— Phénomènes antérieurs à la pluie : prairies desséchées.... ruisseaux taris.... végétation languissante.... espérances compromises.... inquiétude des cultivateurs,

2* Phases successives de l'orago :

— Commencement et progrès de la pluie : chanpoments dans l'atmosphère,... état du ciel,... chute tics premières gouttes,... progression lento et continue de la pluie,... ses effets sur la végétation et les plantes,... sur les animaux,... sur les hommes.

3* Effets de l'orage :

— Effets de la pluie : aspect de la campagne,... pureté du ciel,... vie et fécondité rendues à la terre,... joie des êtres animés,... sécurité et abondance rendues aux hommes,... témoignage de reconnaissance envers la Providence divine. »

[Michel, Cours de Composition, V partie, p. 108-112.] Autre modèle extrait du Recueil d'analyses LITTÉRAIRES par M. B. van Hollebeke, professeur de rhétorique française à l'Athénée royal de Liège.

Sujet donné : la fable do la Fontaine : Le chat, la belette et le jeune lapin:

I. Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin, S empara :

Sans nous arrêter à l'expression familière et ironique un beau matin, remarquons la manière dont U poète isole et met en lumière l'idée principale, s'empara ; la Fontaine plie sa phrase à l'idée. Son rhythme aussi varie, pour être en harmonie avec la pensée : quand celle-ci est légère et badine, l'uniformité du mètre ne pourrait lui convenir.

A ce petit récit vient se joindre une de ces réflexions qui n'appartiennent qu'an bonhomme: c'est une rusée! Elle tient de la naïveté de l'enfant qui raconte et qui môle à son récit ses^ réflexions ingénues, a Nous rions, dit Marmontel, mais de la naivcté du poète, et c'est à co piège si délicat que se prend notro vanité. »

Croirait-on que des commentateurs aient jugé nanvais ce que le lecteur trouve délicieux, et se

soient autorisés du vers suivant pour bl&mer te mot rusée :

Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée ?

« Quelle adresse, ont-ils dit, peut-il y avoir à s'emparer d'un trou vide ? » Nous leur répondrons avec Charles Nodier : « Aucune assurément ; aussi la Fontaine dit-il rusée, et non adroite, » Elle porta chez lui ses pénates.....

Allusion comique ; le poète donne à son personnase un plaisant air d'antiquité

„jak jour Qu'il était allé faire à 1* Aurore sa cour. Parmi le tbym et la rosée.

Voyez comme d'une idée vulgaire, aller brouter dès le matin^ la gracieuse Imagination de la Fontaine a su faire un tableau plein de fraîcheur. L'Aurore personnifiée n'est assurément pas d'invention nouvelle; mais ce qui est nouveau sans doute, c'est le lapin qui lui fait sa cour. Voilà imiter et à la fois être original. Cette peinture délicieuse, la Fontaine osa la refaire ailleurs (liv. X, fab. 15) et peut-être le fit-il ave^ succès ; qu'on en juge :

Des lapins oui, sur la bruyère, L'œil éveille, l'oreille au guet, S'égayaient, et de thym parfumaient lew banquet.

Tout ce début est plein de charmants détails. M. Villemain y fait allusion dans ce passage : a De tous les écrivains du siècle de Louis XIV, la Fontaine semble presque le seul qui ait regardé Ja nature ailleurs que dans les poèmes des anciens, et qui ait joint à l'étude une observation minutieuse et naïve. Les beautés du spectacle de la nature qu'il a décrites étaient simples et vulgaires, comme il pouvait les rencontrer dans ses promenades... La Fontaine décrivant un printemps de France, un printemps ordinaire, loin du ciel de la Grèce ou de l'Italie, la Fontaine montrant le lapin qui trotte à travers le thym et la rosée, est aussi poète que les anciens le furent jamais. »

En nous montrant notre jeune héros au milieu de ses délices, le poète a un dessein : c'est d'établir un contraste entre le bonheur du moment et le malheur qui se prépare :

Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,

joyeux, et sans aucun pressentiment de la mésaventure qui l'attend,

Jeannot Lapin retourne aux souterrains séjours.

Les détails qui vont suivre ne permettent plus d'appeler le terrier un palais. Il n'est vraiment plus qu'un lieu sombre, un souterrain, rendu sinistre même par la perfidie dont il est devenu le théâtre. La périphrase de la Fontaine est toujours heureuse. (Quant à la dénomination de Jeannot Lapin, elle nous rappelle celle de Robin Mouton, de Cent trotte-menu et cent autres, qui toutes ont de la grftce et du naturel, et non de la recherche et de l'affectation^ comme celles de Lamotte : Dom Jugement, Dame Mémoire, Demoiselle Imagination.)

IL Le retour du jeune propriétaire marque la transition à la seconde partie^ la dispute.

Toute l'introduction peut se résumer en un seul mot, usurpation, Vusurpation engendre la dispute. Nous connaissons déjà le lieu de la scène, le temps et deux des personnages avec leur caractère distinctif, l'un rusé et perfide, l'autre insouciant et inoffensif.

La belette avait mis la nés k la fenêtre.

L'imago est pittoresque et le détail n'est pas superflu. La perfide belette veut jouir de la mystification du jeune propriétaire.

0 dieux hospitaliers! que fois-je ici paraître? Dit l'animal chassé du paternel logis.

Surprise rendue avec art. Un sentiment subit et

ANALYSE

ANALYSE

Tifest toujours Tague : Que (et non pas Qui) voisj,^ id paraître ? Ce premier moment passé, les sens rerienoent, et l'ironie, mêlée à un ton de supérioliié, sied bien au maître qui, fort de ses droits, ne Teat Toir dans Fosurpatlon de son bien qu*une nanraise plaisanterie :

Holà ! madame la belette !

Que l'oo déloge sans trompette.

Slais la trouTant un peu lente à quitter son domaine, il prend le ton de la menace :

Ou je Tais avertir tous les rats da pays.

Si la belette ne craint pas ses ennemis naturels cbicon isolément, le nombre doit Tépouvanter ; que poorra-trelle contre une bande si formidable?

Trop malice pour vouloir vider la question par U force, elle aime mieux user de raisonnement. Comme pour mettre en relief son caractère malideoi, la Fontaine la dépeint au pbysique par un t^al trait frappant d*à-propo8: ta dame au nez yoxntu.

ÉcoQtoas ses arguments :

U dame au nez pointu répondit qae la terre Était aa premier occupant.

NoasToilà dans une sphère nouvelle : un système dt droit! J'occupe votre terrier : donc il m appartenu Puis vient Tironie : d'ailleurs

C'était on beao sujet de guerre QB*aB logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant !

Et quand ce serait un royaume, J« TOttdrais bien savoir, dJt-«Ile, quelle loi

En a pour toujours fait l'octroi A J«an. 61s ou neveu de Pierre ou de Guillaume,

Plut&t qa*à Paul, plutét qu'à moi.

Le conteur avait pris un instant le style Indirect ; îl qaiue bientôt cette forme inerte. S il se faisait toojoan rinterprëte de ses personnages, il ôterait à leorliDgage le mouvement et la vérité.

Mais retenons au terrier, à la belette. Elle méconnaît le droit de succession, qu'elle appelle un o>troi, une faveur, un privilège, inadmissible en Ijgoe directe comme en ligne collatérale. Que ce loiidun père ou d*un oncle que Jean Lapin ait bcrité son terrier, peu importe à l'usurpatrice ; elle re s'inquiète pas plus de sa généalogie que de ses prétentions.

« Voilà, lit Cbamfort, la question de la propriété pirliûiement posée à propos d*un trou de lapin. » El Mme Martin, dans son excellente édition des f'jles de la Fontaine : a Certes, dit-il, la belette qui met l'hérédité en question, est une terrible révoluiboDaure, et Rousseau n'a trouvé ni pis ni mieux àxDs son discours sur Tinégalitc. »

Somme toute, la dame au nez pointu manie bien le sophisme. Que répondra son adversaire?

Jeu Lapin aliéna la coutume et Tusage : Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis H£oda maître et seigneur, et qui, de père en fils, l'ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. Le preader occupant, est-ce une loi plus sage?

Le nom de Jean Lapin, qui revient au milieu de CCS débats sérieux, ne manque pas de sel. Toutefois le ton du Jeune propriétaire est plein de fierté : il tumaitre et eeigneur. Lésé dans ses droits, il tient on langage énergique. Le danger, son intérêt menacé lai donnent de l'esprit pour défendre sa cause.

La dame au nez pointu |)arle avec ironie et arrolï^isce. Elle méprise les lois et se joue des raisons iâ mieux fondées. Cest une querelleuse faite au Kiéiier.

Comme ce dialogue a déjà attiré l'attention de jcdideu commentateurs, on nous saura gré de transcrire leur Jugement. Voici comme s'exprime U Harpe : « Est-u possible de mieux discuter une :2Qse? Touty est mis en usage : coutume, autorité, Aroit naturel, généalogie. »

I4 Chamfort : « Ce n'est pas une plaisanterie

d'affirmer que la dispute du lapin et de la belette qui s'est emparée d'un terrier dans l'absence du maître, l'une faisant valoir la raison du premier occupant et se moquant des prétendus droits de Jean Lapin, l'autre réclamant les droits de succession transmis au susdit Jean, par Pierre et Simon ses aïeux, nous ofi're précisément le résultat de tant de gros ouvrages sur la propriété. «

m. La dispute, objet de la seconae partie, nous conduit au dénoûment^ par une proposition que fait la belette :

Or bien, sans crier davantage, Rapportons-nous, dit^Ue, à Raminagrobts.

Raminagrobis I... Comment expliquer ce choix? Il fallait qu'il eût les dehors bien propres à imposer la confiance. En effet,

C'était un chat rivant comme un dévot ermite,

Un chat faisant la chattemite, Un saint hommo de chat, bien fourré, gros et gras,

Arbitre expert sur tous les cas.

Tel est le portrait de l'honnête homme que la belette propose comme juge. « Vrai Cerbère », mais

Elus adroit que celui a qui se fait craindre une eue à la Ja ronde, » et « se fait passer pour un diable » (liv. III, fab. IH), il trouve plus sage de se faire passer pour un saint. Il a pris les dehors de l'homme probe et austère, il a revêtu le cilice, il est allé cacher ses vices à l'ombre de la retraite.

Ses dehors hypocrites lui ont valu mainte bonne aubaine: il est hien fourré, gros et gras; comme Tartufe, qui, lui aussi, avait le teint fleuri et l'oreille rouge. Tous deux avaient profité au métier.

Et qu'on n'aille pas, comme de maladroits interprètes, voir dans ce portrait la satire des sentiments religieux. La Fontaine n'en veut qu'aux abus. Or, comme on ne fabrique la fausse monnaie qu'à l'imitation de la bonne, toute vertu a sa contrefaçon.

Outre sa réputation de probité, de sainteté, notre nouveau Tartufe a encore celle d'arbitre expert sur tous les cas: à ce caractère d'universalité je reconnais l'adroit et subtil charlatan. ^

En un mot, tout ce portrait concourt à justifier le choix de nos deux contestants. Quant à nous nous avons compris le scélérat, et nous tremblons quand on annonce que

Jean Lapin pour juge l'agrée.

Car le jeune lapin seul a droit à notre intérêt.

Les Toilà tous deux arrivés Devant sa majesté fouirée.

Grippeminaud leur dit :

Ce nom de Gripveminaud nous fait pressentir que le rôle du saint homme va changer ; il contraste singulièrement avec son langage doucereux :

Mes enfants, approches, Approcfaet ; je suis sourd, les ans en sont la cause.

Mes enfants ! C'est le lansage d'un bon vieillard, d'un père. L'invitation éveillerait les soupçons, si la répétition, l'instance, le ton grave et plein d'onction, ne venaient aussitôt rassurer nos deux imprudents, n est sourd ; or il faut bien qu'il puisse los entenCire : il pousse la précaution jusqu'à dire l'ori- ^e âe.ea surdité : les ans en sont la cause. L'un et l'autre approcha, ne craignant nulle chose.

Va-t-il s'amuser à écouter leurs débats, à peser leurs raisons? Les laissera- t-il a contester, répliquer, crier, tempêter (liv. II, fab. 2.) ? » Non, il use mieux de son temps :

Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,

Grippeminaud le bon apôtre.

Jetant des deux côtés la srine en même temps, Vit les plaideurs d'accord; en croquant l'un et l'autre.

Tableau vif et rapide ; c'est un mélange de tragique et de comique. L'hypocrite se démasque et reprend son naturel, quand il est sûr que la scène

ANATOMIE

ANATOMIE

qui se passe chez lui, à huis-clos, sans témoins, ne portera nulle atteinte à sa réputation. Aussitôt après, il reprendra son air patelin et dévot pour faire de nouvelles dupes.

Remarque* l'ironie du dernier vers :

Mit les plaideurs d*accord en croquant Tan et Tautre.

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