Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson
ABAQUii- — Nom donné au plus ancien instrument de calcul usuel connu en Europe. Les Grecs, et après eux les Romains, se servaient, pour compter, soit dans les écoles, soit dans la vie domestique, d'une tablette en bois, en métal ou en marbre, sur laquelle des divisions parallèles, tracées d'avance, séparaient les divers ordres d'unités. Dans l'abaque le plus simple, on posait dans chaque compartiment autant de petits cailloux qu'on voulait exprimer d'unités de cet ordre. Dans d'autres on écrivait sur une mince couche de sable.
Dans un abaque romain conservé au Musée Kircher à Rome, il y a sept rainures parallèles (de 1 à un million) ; dans chacune peuvent glisser de haut en bas 5 petits boutons valant 1, et de bas en haut un bouton un peu plus gros, valant 5 : on pouvait donc, en les rapprochant, énoncer tous les nombres de 1 à 10. Deux rainures supplémentaires, à gauche, étaient destinées aux fractions et disposées de façon à compter non plus par 10, mais par 12, l'once romaine étant le douzième de l'as.
Sous toutes ces formes, l'abaque reposait, ainsi que Humboldt l'a remarqué, sur le principe fondamental de la numération écrite, la valeur de position des chiffres. Il était indispensable tant que le zéro n'était pas inventé.
Par extension on nomma aussi abaques diverses tables de calcul, dont la plus célèbre est celle de Pythagore. L'abaque primitif se retrouve encore en Russie, où il paraît avoir été importé d'Orient, et d'où il nous est venu au commencement de ce siècle (V. Boulier).
ABBATIALES (Écoles). — L'école abbatiale était une école spéciale, exclusivement réservée à l'instruction supérieure des novices et surtout des profès, c'est-à-dire de ceux qui, ayant terminé le temps de probation, avaient été admis à faire une profession solennelle. Il ne faut pas la confondre, comme on le fait trop souvent, avec l'école claustrale ou monacale, qui, à l'intérieur ou à l'extérieur du monastère, donnait, à tous les degrés, une instruc-
lre PAHTIE.
tion gratuite ou rétribuée aux enfants destinés soit à la cléricature, soit aux carrières civiles.
L'abbé, dans le sens canonique du mot, est celui qui a été élu pour père et seigneur par les religieux : sa juridiction, dit un savant bénédictin, n'est pas seulement quasi-épiscopale, elle est môme quasi-papale. Il est le chef de l'école, il doit y consacrer au moins trois heures chaque jour.
Les constitutions des congrégations religieuses donnent des indications précises sur les études, les programmes, les méthodes, le régime intérieur de ces écoles, qui ont fourni à l'Eglise des orateurs, des docteurs, des pontifes et des saints.
Après le cours de théologie, qui est le couronnement obligé des études des novices, l'abbé décide à quel genre de travail le profès devra se livrer ; il apprécie pour cela les aptitudes, la vocation de chacun. Les uns étudieront les belles-lettres, la rhétorique, la philosophie ; les autres, les mathématiques, la géographie, la chronologie, l'astronomie ; tous cultiveront les saintes Tentures et les Pères de l'Eglise. Ceux qui se destinent aux lettres, et c'est le plus grand nombre, liront et apprendront par cœur des textes choisis de Cicéron, de Virgile, d'Horace. — Chaque année, en présence des visiteurs, il y aura de sérieux examens ; les épreuves pour chacun ne dureront pas moins d'une heure ; le jury se composera de trois professeurs. — Le prix de la science est tel, que l'on dispensera les élèves des travaux intérieurs et des offices nocturnes; mais, dès quatre heures du matin, on les éveillera, afin qu'ils puissent vaquer à leurs études.
De ce rapide exposé il nous paraît ressortir qu'il n'y avait rien ni d'élémentaire ni de populaire dans les écoles abbatiales. Et si nous avons cru nécessaire de leur consacrer quelques lignes dans ce dictionnaire d'instruction primaire, c'est autant pour rectifier une opinion erronée que pour définir le sens pédagogique du mot. [L. Maggiolo.]
ABBOTT (John). — Pédagogue américain, né à Brunswick (Maine), en 1805, mort à Fair-Haven (Connecticut), le 17 juin 1877. Il était le second de cinq frères qui ont rendu de signalés services à