ABÉCÉDAIRE
l'éducation américaine. John Abbott remplit les fonctions de ministre dans plusieurs paroisses du Massachusetts ; dans l'une d'elles il créa une association maternelle, à laquelle il fit un certain nombre de conférences sur les devoirs des mères dans l'éducation. Ces conférences formèrent un volume qui, publié pour la première fois en 1833, eut un succès universel et fut successivement traduit en presque toutes les langues, même en plusieurs dialectes de l'Asie et de l'Afrique. C'est le célèbre ouvrage intitulé Mother at home, dont on trouvera l'analyse au mot Mère de famille. Peu après, John Abbott se joignit à son frère Jacob, qui, auteur lui-môme de livres scolaires très-estimés, avait fondé l'école de Mont-Vernon à Boston. Cette école devint bientôt célèbre par un mode nouveau de discipline : tous les règlements de l'école étaient établis par les élèves eux-mêmes, qui en surveillaient l'exécution. John, Jacob et deux de leurs frères fondèrent ensuite à New-York sur un plus grand pied le « Spingler institute », une des premières tentatives pour organiser l'enseignement secondaire des femmes. Mais, le goût de la littérature l'emportant, John et Jacob Abbott abandonnèrent la direction de cette école pour publier, chez les éditeurs Harpcr, de New- York, une série d'ouvrages populaires et scolaires qui obtinrent rapidement le plus vif succès. Parmi ceux de John, les plus renommés sont ses histoires de Napoléon Bonaparte, de la Révolution française, de Frédéric le Grand et des divers Etats de l'Union. Son frère Jacob a écrit aussi un grand nombre de manuels d'histoire ancienne et moderne aujourd'hui très-répandus dans les écoles, et d'excellentes biographies historiques où, groupant l'histoire générale autour de quelques figures marquantes, il excelle à donner sous une forme attrayante les éléments d'une solide instruction. Les diverses séries d'ouvrages historiques, scientifiques et simplement récréatifs des frères Abbott forment toute une bibliothèque précieuse pour la jeunesse.
ABÉCÉDAlKE. — Ce mot, composé du nom des quatre premières lettres de l'alphabet, et de la terminaison aire, désigne le petit livre dont on se sert pour apprendre à lire les lettres. On le confond souvent avec le Syllabaire (V. ce mot), qui est proprement la partie du premier livre de lecture où les lettres sont réunies en syllabes. Pour abréger, on dit aussi Yabc ou Yabcd.
Vabc ou Yabécédaire, ce commencement obligé de l'enseignement par les livres, a été de tout temps en usage dans les écoles, sous forme de livret ou de tableaux.
C'est ainsi que, dans un document du quinzième siècle, contenant la liste des livres dont se composait la bibliothèque d'écolier de Charles, duc de Berry, prince du sang de France, et de son frère aîné, le dauphin, qui fut plus tard Louis XI, on trouve mentionné, en tête de cinq autres ouvrages classiques d'alors, « ung A B.C, prins et achepté de maistre Jehan Majoris, chantre de Saint-Martin de Tours, pour faire apprendre en iceulx mondit sieur Charles », le tout « bien escript en beau parchemin et richement enluminé ».
L'abécédaire portait souvent, à partir du quinzième siècl°, le nom de Croix de par Dieu ou Croix de Jésus, parce que le titre en était orné d'une croix qui se nommait Croix de par Dieu, c'està-dire faite au nom de Dieu (on devrait écrire : de part Dieu, de parte l<ei). « C'est un homme, dit l'apothicaire à Eraste, dans M. de I ourceaugnac, qui sait la médecine à fond, comme je sais ma Croix de par Dieu facte I, scène vu). »
Un recueil datant des premières années du xvin» siècle ( 1 722), l' Ecole paroissiale, sorte de direction pour les maîtres des petites écoles, dédiée « à monsieur le chantre de l'église de Paris, collateur, juge et directeur des petites écoles, tant en la Ville, Cité et Université que Faux-bourg et ban-
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lieuë de Paris », montre quelle était alors « la façon du premier alphabet » en usage dans ces écoles. C'était un petit livre de quatre ou six feuillets. Sur la première page étaient tracées « les vingt-trois lettres communes de l'alphabet » ; le même alphabet était ensuite mis à rebours, commançant par la dernière, z, et finissant par la première, a. La seconde page contenait « les vingttrois lettres capitales, qui servent à marquer la première lettre des périodes et des noms propres » , puis le même alphabet mis à rebours. Venaient ensuite, à la troisième page, les vingt-quatre lettres « italiennes » (italiques), « pour distinguer par caractères la diversité des mots latins et françois mêlés ensemble, ou les titres des chapitres ou des articles » ; à la quatrième page, les ligatures de quelques lettres « qui de plusieurs composent un caractère », comme ff (ss), fl (si), ff, fi, fil, ft) (sb) ft (st), et les abbréviatures (il y en avait encore un certain nombre dans les livres que l'on imprimait au commencement du xvme siècle, et il fallait que les enfants pussent lire dans les vieux textes) ; à la cinquième et à la sixième page, deux alphabets des anciens caractères gothiques, « qui, pour n'être pas enseignés aux petits enfants, ne peuvent se servir des livres qui se trouvent en grande quantité, écrits etimprimés en cette forme »; une page contenant les lettres gothiques communes, avec ligatures et abréviations ; et la dernière, les lettres majuscules ou capitales.
« Pour bien montrer les lettres, dit l'auteur anonyme de Y Ecole paroissiale, il faut faire commencer les enfans à bien faire le signe de la croix, puis, avec une petite touche d'un bout de plume, et non pas de fer ou de cuivre, ce qui gâte et déchire les livrets, le maître leur fera tenir le livret par le milieu, de la main gauche, et la touche de la droite. Après, les ayant encouragés à bien apprendre, il leur montrera les trois ou quatre premières lettres à la première leçon, leur faisant répéter trois ou quatre fois ; puis, les prenant à rebours, leur fera montrer avec la touche et nommer ces trois ou quatre lettres, et ensuite les donnera à leur officier (sorte de moniteur) pour avoir soin de leur faire répéter leur leçon, et apprendre les trois ou quatre suivantes. A la seconde leçon, il leur doit faire répéter la première ; et, s'ils la sçavent bien, c'est-à-dire qu'ils connaissent et nomment bien les lettres, il leur fera répéter quatre autres lettres en suivant; et ainsi les donnera à faire réciter la première et la seconde leçon à leur officier, et ensuite en apprendre une autre pour le jour suivant, faisant toujours répéter toutes les lettres précédentes, avant que de leur en faire apprendre de nouvelles. Quand il leur aura bien fait comprendre, connoistre et nommer toutes les lettres de l'alphabet, il leur fera dire à rebours, puis leur fera toucher et nommer tantôt une lettre au milieu, tantôt à la fin, tantôt au commencement. Et quand ils sçauront bien ce premier alphabet, il passera à leur faire apprendre les autres, les abbréviations et ligatures, selon la môme méthode. Le maistre se gardera bien d'épouvanter les petits enfans dans ce commencement, se souvenant de la mansuétude avec laquelle Notre-Seigneur recevoit les enfans, leur témoignant de l'amour. »
Il fallait, en effet, bien de la mansuétude au maître, et il fallait aussi bien de la patience à l'enfant pour résister à ces longueurs d'un enseignement qui devait lui demander bien des journées avant de le conduire à assembler la moindre syllabe et à former le moindre mot.
La Cojuluite des écols chrétiennes, de J.-B. de La Salle *, dont la première édition parut quelque temps après la mort du vénérable instituteur (1719;, contient l'indication d'un premier apprentissage de la lecture un peu plus expéditif.
A l'enseignement individuel que préconise YÉ-