‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 103 sur 547 · BEDE · texte numérisé non relu

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flatter les peuples, ni décrier les peuples pour flatter les rois, parce que, content de mon sort, je n'ai jamais ambitionné ni la faveur des uns, ni celle des autres ; mais j'ai toujours désiré" l'estime des gens de bien, dans quelque rang de la société qu'ils soient placés. »

JNommé, en 1831, presque en môme temps, représentant de Marseille à la Chambre des députés et membre de l'Institut (classe des sciences morales et politiques), il reconnaît ce double honneur par la fondation de deux prix quinquennaux de 5000 francs : l'un devait être décerné par l'académie de Marseille au meilleur ouvrage sur le commerce de cette ville ; l'autre , à décerner , après concours, par l'Académie des sciences morales et politiques, en faveur d'un ouvrage se rapportant à ce programme général : « Quels sont les meilleurs moyens de prévenir la misère dans les divers pays, mais plus particulièrement en France; et, là où l'on n'a pu la prévenir, quels sont les meilleurs moyens de la soulager? » interprétant dignement les intentions du généreux et intelligent fondateur, l'Académie, après avoir couronné des œurvres se rapportant directement à la question du paupérisme, a jugé que parmi les « meilleurs moyens de prévenir la misère », il n'en est pas de plus direct que l'éducation en général, que l'instruction du peuple en particulier ; aussi a-t-elle, à plusieurs reprises, proposé, pour le « prix Beaujour », des sujets qui appartiennent absolument à notre domaine. Tels sont les suivants :

Examen critique du système d'instruction et d'éducation de Pestalozzi, considéré principalement dans ses rapports avec le bien-être et la moralité des classes pauvres (1848); rapport de M. Giraud (Mémoires de l'Institut, t. VI, 449).

Du rôle de la famille dans l'éducation (1856); rapport de M. Guizot, (t. X, 476).

Manuel de morale et d'économie politique à l'usage des classes ouvrières (1857); rapport de M. de Broglie (t. X, 845).

Influence de l'éducation sur la moralité et le bien-être des classes laborieuses (1867); rapport de M. Jules Simon (t. XIII, 260).

L'Académie a proposé, pour le concours de 1879, le sujet suivant : « Histoire des établissements de charité, avant et depuis 1789, en France. »

BEAUMONT {Mme Leprince de). — V. Leprince de Beaumont.

BEAUPRÉ (Louis-Denis de Bouin de). — Né à Poitiers en 1811, mort à Boulogne-sur-Seine, 23 octobre 1877. M. de Beaupré s'était fait connaître au point de vue qui seul nous occupe dans ce livre, d'abord par des ouvrages consacrés à la vulgarisation des sciences et de l'histoire, ensuite par son Livre des délégués des conseils départementaux (1869), solide étude administrative sur l'organisation et les attributions des délégués (V. Délégué cantonal) enfin et surtout par l'activité et le dévoûment infatigable qu'il mit pendant de longues années au service des sociétés d'enseignement et d'éducation, de l'Association polytechnique, dont il était vice-président, des sociétés protectrices des animaux et d'une foule d'oeuvres utiles, depuis l'introduction de la méthode Frœbel, jusqu'à l'œuvre des libérées de Saint-Lazare.

BEBIAN. — Bébian fRoch-Ambroise-Auguste), né le 4 août 1789 à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), et fils d'un négociant qui se remaria en 1800, fut envoyé en France et confié à l'abbé Sicard. Le célèbre instituteur le présenta aux fonts baptismaux et le mit en pension chez M. l'abbé Jauffret, depuis directeur de l'école impériale des sourdsmuets de Saint-Pétersbourg. Bébian termina ses études au lycée Charlemagne, et fut couronné au concours général en 1806 et en 1807.

A sa sortie du lycée, il s'installa provisoirement auprès de son parrain. Il montra bientôt une ten-

dance prononcée pour l'étude des procédés d'instruction des sourds-muets ; il fréquenta les classes et s'attacha au plus capable des élèves de Sicard, Laurent Clerc, sourd-muet, qui fut d'abord répétiteur à l'école de Paris et devint ensuite chef dune institution de sourds-muets à Hartford, dans le Connecticut (États-Unis).

Bébian fut nommé successivement professeur f.i censeur des études à l'Institution des sourds-muets do Paris. Comme il avait fait une analyse approfondie du langage des signes, il corrigea ce qui lui parut inexact ou vicieux, et dès ce moment les gestes acquirent une correction et une étendue qui répondaient à tous les besoins de l'intelligence des sourds-muets.

En 1817, il publia son premier ouvrage : Essai sur les sourds-muets et sur le langage naturel, ou introduction à une classification natw elle des idées avec leurs signes propres.

En 1819, il prit part au concours ouvert par la Société royale académique des sciences de Paris pour l'éloge de l'abbé de l'Épée, et remporta le prix.

Après la mort de l'abbé Sicard (1822), Bébian rédigea un Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets (2 vol. in-8°). Ce travail fut adopté par le conseil d'administration en 1827, et fixa les vrais principes de l'enseignement à l'Institution des sourds-muets de Paris.

Il quitta l'établissement à la suite d'une discussion sur un fait d'ordre intérieur et publia divers travaux se rattachant à l'instruction primaire : Journal de l'instruction des sourds-muets et des aveugles; — Lecture instantanée, ou méthode pour apprendre à lire sans épeler ; — Mimographie ou essais d'écriture mimique (1824;; — L'Education des sourds-muets mise à la portée des instituteurs primaires et de tous les parents; méthode nouvelle pour apprendre les langues sans traduction.

Bébian refusa la direction de l'Institution impériale des sourds-muets de Saint-Péterbourg et celle de l'Institution de New-York. Il fonda en 1826 une école de sourds-muets au boulevard Montparnasse.

En 1832, après le décès de M. l'abbé Huby, élève de l'abbé de l'Épée et directeur d'une école de sourds-muets à Rouen, le maire de cette ville pria l'administration supérieure de désigner un maître capable de diriger cette école. Bébian fut envoyé à Rouen. Mais, en 1834, l'état de sa santé l'obligea à abandonner ce poste,

Dans l'espoir de rétablir sa santé au pays natal, il partit pour la Pointe-à-Pitre avec sa famille; il y fonda une école mutuelle qui comptait 300 élèves de couleur. Peu de temps après, une longue maladie emporta son fils, et lui-même mourut, âgé de cinquante ans, le 24 février 1839, laissant dans la détresse sa veuve, petite-fille de Barnave.

[Martin Etcheverry.]

BEDE (le vénérable). — Né à Wearmouth, diocèse de Durham en Angleterre, vers 677, mort en 735. On peut le considérer comme le premier instituteur de l'Angleterre ou plutôt comme le doyen des instituteurs du monde moderne. Par sa pieté, ses vertus, sa science universelle, il mérita l'admiration de tous ; de nombreux et illustres disciples se formèrent à son école. Il ne s'enferma pas exclusivement dans la théologie, il s'appliqua particulièrement à étudier, à compiler, à copier, à abréger les écrits des anciens ; il a laissé des travaux considérables qui embrassent toutes les sciences connues de son temps, depuis l'orthographe (un répertoire des mots usuels) jusqu'à l'histoire ecclésiastique de l'Angleterre. Les ouvrages de Bède furent pendant des siècles toute la bibliothèque des maîtres et des élèves ; ses méthodes, ses traités furent suivis et adoptés partout ; on en trouve de

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nombreux manuscrits dans les bibliothèques des monastères et des évêchés, en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en France. (Notamment à Saint- Bertin, à Chartres, à Rouen, à Bobbio en Lombardic, à Saint-Amand, à Saint-Gall.)

Les œuvres complètes de Bède ont été publiées à Paris, en 1554, 3 vol. in-fol. [L. Maggiolo.]

BÉGAIEMENT. — Difficulté de parler qui se manifeste, soit par la répétition convulsive de certaines syllabes, soit par une suppression plus ou moins complète de la voix. Le bégaiement est beaucoup plus fréquent chez les enfants que chez les adultes, chez les hommes que chez les femmes.

Cette infirmité a des causes prédisposantes (le tempérament , l'hérédité, l'état cérébral) et des causes occasionnelles, les unes physiques (maladies des petits enfants, insolations, brusques impressions climatériques, race, idiome), les autres morales (telles que la frayeur violente, contraintes prolongées, quelquefois l'imitation, l'isolement, la timidité, etc.). Les variétés du bégaiement sont fort nombreuses et donnent lieu à des classifications aussi compliquées qu'inutiles. On admet cependant généralement les bégaiements inspiré, exviré et mixte, selon que l'embarras se produit pendant l'inspiration, l'expiration, ou alternativement dans l'un et l'autre de ces actes.

Le bégaiement congénital ou de naissance se manifeste avec les premiers mots de l'enfant ; le bégaiement accidentel apparaît de 3 à G ans, rarement après 12. Cette infirmité disparaît quelquefois d'elle-même, de 5 à 10 ans; mais le plus souvent elle persiste et devient pour le sujet une condition d'infériorité fort grande, aussi préjudiciable dans l'école que dans le monde. 11 faut donc y porter remède au plus tôt.

« Le bégaiement très prononcé rend impropre au service militaire actif ou armé ; le bégaiement, quand il n'est pas excessif, permet de placer l'appelé dans le service auxiliaire. » (Circulaire -ministérielle du 3 avril 1873.) Le cas d'exemption du service militaira pour cause de bégaiement coûte chaque année près de 1000 hommes à l'armée active.

Cette infirmité, plus répandue qu'on ne se l'imagine, se constate plus fréquemment au midi de la France qu'au nord. Le nord-est est le plus épargné ; le sud-est le plus maltraité. En relevant depuis une vingtaine d'années dans les procès-verbaux des conseils de révision le nombre d'exemptions pour cause de bégaiement, M. Chervin en a trouvé le maximum dans les départements de la Haute-Savoie, de la Drôme, du Gard, de Vaucluse, des Basses-Alpes, des Bouches-du-Rhône, du Var, du Lot-et-Garonne, du Lot et du Cantal. Il a remarqué aussi que les villes comptent deux ou trois fois moins de bègues que les campagnes, toutes proportions gardées.

Les chirurgiens modernes ont tenté la guérison du bégaiement par diverses opérations : les Allemands ont voulu raccourcir la langue (Dieffenbach) au moyen de l'excision d'une pièce triangulaire ; les Français ont voulu l'allonger (Bonnet) en coupant certains muscles; enfin les Anglais ont imaginé l'ablation des amygdales et de la luette (Yearsley). Ces tentatives, énergiquement blâmées et combattues par Gerdy, sont aujourd'hui complètement abandonnées. On arrive aujourd'hui à combattre le bégaiement sans opération chirurgicale.

Pour faire l'historique des méthodes suivies en vue de corriger cette infirmité, il faudrait remonter jusqu'à l'exemple de Démosthènes qui est resté légendaire. On sait que le jeune Athénien qui devait plus tard être proclamé le prince des orateurs grecs, parlait fort difficilement, qu'il vainquit le bégaiement par deux sortes d'exercices poursuivis

avec persévérance. D'une part il s'habituait à déclamer avec quelques petits cailloux dans la bouche, de l'autre, il suivait les cours de diction de son professeur Satyrus. On peut voir dans cet exemple le point de départ des deux méthodes encore aujourd'hui en concurrence : l'une qui emploie divers procédés de redressement mécanique et dont les partisans les plus connus sont : Itard, Malbouche, Serves, Colombat, Becquerel; l'autre qui n'a foi qu'en des moyens éducatifs : elle est conseillée par Dupuytren, Rullier, Voisin, Cormac, Arnott et Chervin.

Il existe à Paris depuis 1867 une Institution des bègues, subventionnée par la ville de Paris. Elle a été fondée par M. Chervin aîné, ancien instituteur du Rhône, avec le concours du Ministre de l'instruction publique. M. Chervin, à ses débuts dans la carrière de l'enseignement, en 1844, ayant rencontré parmi ses élèves un pauvre enfant bègue, entreprit de le guérir par des exercices méthodiques de langage. Il réussit au delà de ses espérances dans cette difficile entreprise. Il renouvela ses expériences à Lyon et à Paris, et depuis lors il se consacra entièrement h cette éducation des bègues avec son frère Amédée, ancien élève de l'école normale de Cluny, et son fils, le Dr Arthur Chervin. Aujourd'hui l'Institution des bègues de Paris compte chaque année 150 élèves, qui suivent les cours pendant 3 semaines. On s'occupe de corriger, outre le bégaiement proprement dit, tous les défauts de prononciation.

Les élèves sont internes ou externes à volonté et les cours sont professés en français, anglais, italien, espagnol. Cette institution compte des succursales à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, subventionnées par les conseils généraux et municipaux, et dirigées par MM. Chervin. Londres, Bruxelles, Saint-Pétersbourg, Rome et Madrid ont des établissements analogues.

La plupart des établissements de sourds-muets reçoivent quelques bègues qui sont traités par une méthode mécanique. Ainsi à Paris un cow^s d'orthophonie est professé à l'institution nationale des sourds-muets, depuis 1868, par M. Colombat. — (V. Prononciation.)

BEGUES (Institution des). — V. Bégaiement.

BELGIQUE. — 1. Aperçu historique. — L'histoire de l'enseignement populaire en Belgique présente, à divers titres, un très vif intérêt; elle marque à certains égards les grandes étapes de la civilisation, en même temps que le progrès et le développement des institutions politiques.

Avant la conquête romaine, les Druides, seuls dépositaires de la science, en empêchent la diffusion parmi les classes inférieures. Sous la domination romaine s'ouvrent des écoles municipales, dont le but est, en réalité, de faire passer dans les mœurs des vaincus, avec la religion et la langue des vainqueurs, l'esprit de soumission. Mais, insensiblement, le cl>ristianisme, émergeant de la Rome païenne, se propage, et, au moment où la force matérielle, représentée par les barbares venus du Nord, semble devoir tout envahir et tout dominer, cette force elle-même est subjuguée par la puissance morale qui constitue la religion nouvelle. C'est sur le sol belge , aux confins des races gallo-romaines et des races teutoniques, que s'opère le premier baptême des nations barbares; c'est sur le sol belge que saint Remy et Clovis signent le contrat d'où devait sortir la société moderne et ses institutions. Dès ce moment il y a un peuple. A ce peuple l'église ouvre des écoles : les catéchèses, les séminaires, les écoles épiscopales et les modestes écoles presbytérales ou petites écoles, d'où naquirent plus tard les écoles paroissiales et communales. Les enfants sont admis dès l'âge de sept ans, sans distinction de naissance et sans rétribution. C'est aussi l'époque des

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grands prédicateurs Monulf de Tongrcs, Eleuihère et Médard de Tournay, Willibrod, Boniface, Éloi, Amand, Y apôtre des Flandres.

Survient une effroyable tourmente. L'aristocratie militaire des leudes domine à la fois la royauté et l'Église. Durant plus d'un siècle, la science et l'enseignement ne trouvent d'abri qu'au sein des monastères. Mais Charlemagne apparaît. Il s'applique à dissiper les ténèbres, issu des maires du palais ■dont les noms mêmes rappellent l'origine belge, il personnifie Vaillance de l'Église et de l'Étal et imprime ce caractère à la direction des écoles, grandes et petites, qui, sous son règne et celui de son fils, se propagent, môme dans les campagnes. Le diocèse de Liège possédait déjà des écoles assez nombreuses vers le milieu du ixe siècle. Le clergé emploie tous ses soins à les faire prospérer; il autorise même l'ouverture d'écoles libres; les maîtres n'ont point de licence à payer. Les écoles se multiplient, surtout celles des abbayes et des monastères. L'inspection et la direction locales sont confiées à des écoldtres. Aux xe et xie siècles, on comptait parmi les écoles les plus renommées celles de Liège, foyer principal de l'instruction dans le pays ; celles de Lobbes, de Stavelot, de Saint-Trond, de Saint-Hubert, de Waulsort, de Brogne, deGembloux, etc., toutes dans les contrées voisines de la Meuse. Il existait aussi de nombreuses écoles dans la Flandre. On citait notamment celles des monastères de Saint-Bavon et de Saint-Pierre à Gand, et celle de Thourout, qui fournit des professeurs d'agriculture et d'industrie h l'Allemagne. Les écoles publiques du diocèse de Tournay rivalisaient avec celles de Liège.

Avec les croisades, le servage disparaît ; les communes s'affranchissent, Gand, Ypres, Anvers, Bruxelles, proclament la liberté d'enseignement : « Quiconque en a la volonté, la capacité et les moyens, peut tenir école de plein droit (xiie siècle). » A côté des écoles cathédrales et chapitrales s'ouvrent des écoles indépendantes. Les maîtres d'école font partie des corporations onghildes.En même temps le pouvoir civil reprend sa pan d'autorité. Entre l'État, le clergé et l'initiative privée s'établit une concurrence des plus favorables à l'enseignement. On voit prospérer à la fois les écoles communales, paroissiales, presbytérales et chapitrales, en même temps que les écoles libres et plus tard les établissements renommés des Hiéronymites * ou Frères de la vie commune, ainsi que les Chambres de rhétorique, institutions toutes populaires. A la fin du moyen âge, à côté d'une immense prospérité matérielle, la Belgique voit l'instruction du peuple acquérir un développement considérable, facilité d'ailleurs par la découverte de l'imprimerie. D'après les témoignages les plus dignes de foi, « il est rare de trouver même un villageois, qui ne sache au moins lire et écrire. » En outre, la plupart des Flamands parlent généralement plusieurs langues.

Mais au siècle de la Renaissance succède celui de la Réforme : la grande lutte commence. Charles-Quint et Philippe II lancent contre les réformateurs leurs sanglants édits. En même temps disparaissent la plupart des écoles élémentaires ; il leur est substitué des écoles dominicales, où l'enseignement se borne au catéchisme. Leur fréquentation est obligatoire. Les parents, tuteurs ou maîtres qui n'y envoient pas leurs enfants et domestiques sont punis d'amendes et d'emprisonnement et ensuite expulsés de la ville ou du village. Les instituteurs sont tenus de prêter serment à l'Église romaine. Quant aux écoles du second degré elles sont généralement dirigées par des corporations religieuses. Sous Albert et Isabelle les Jésuites possèdent à eux seuls trois cents collèges. Pendant plus d'un siècle et demi sous la domination espagnole, tout l'enseignement est exclusive-

ment soumis aux décrets du concile de Trente et à ceux des synodes, appuyés des édits confirmâtes de l'autorité civile. — C'est seulement sous le régime autrichien, à l'avènement de Marie-Thérèse, que l'État reprend la direction de l'enseignement, auquel il imprime un caractère laïque, très accentué sous Joseph II. Les Jésuites sont expulsés, les autres corporations religieuses supprimées. Il est institué un fonds spécial, alimenté par le produit de la vente de leurs biens et destiné à subventionner les établissements d'instruction. De nouvelles écoles s'ouvrent dans les villes et dans les campagnes. Bruxelles compte alors 49 écoles primaires distribuées par quartiers, dont 2-5 pour les garçons et 26 pour les filles. Il y est aussi créé une école normale de l'État (1787), avec des professeurs, un directeur et un inspecteur général laïques. D'autres villes doivent aussi devenir le siège d'établissements semblables. Mais, après s'être attiré par ses réformes l'animadversion des catholiques, Jospph II soulève aussi le mécontentement des libéraux par ses actes arbitraires en opposition avec les libei publiques. Les partis se soulèvent et s'allient; la déchéance de Joseph II est prononcée.

Peu de temps après éclate la Révolution française. La Constitution de l'an III, à laquelle la Belgique est soumise après son incorporation à la France, permet aux particuliers de créer des établissements particuliers d'instruction ; seulement, ce retour vers la liberté d'enseignement n'est qu'éphémère : des décrets de Tan VI, qui rendent

Y instruction obligatoire, soumettent les établissements privés à la surveillance des autorités publiques. Ces dispositions restent infructueuses, et

Y Université impériale, créée peu de temps après, demeure sans effet utile pour l'enseignement pri maire, objet qui du reste préoccupe le moins Napoléon. — Aussi l'instruction élémentaire est-elle dans une situation déplorable au moment où la Belgique, toujoursballottée,est annexée au royaume des Pays-Bas.

Le gouvernement, secondé par des sociétés d'e >couragement organisées sous son patronage, s'efforce d'améliorer cet état de choses et de multiplier les écoles, soumises au régime de la loi hollandaise de 1806. De 1817 à 1828, près de 2000 bâtiments d'école sont construits ou réparés; 1977 instituteurs et 168 institutrices sont brevetés; le nombre des élèves monte de 153 000 à 248 000 et, deux ans après, à 293 000. — Malheureusement encore la politique d'absorption adoptée par le roi Guillaume ne tarde pas à souleverun mécontentement semblable à beaucoup d'égards, à celui qui s'était produit sous Joseph II ; catholiques et libéraux se soulèvent dans un intérêt commun, et de leur union, formée en 1829, sort la révolution de 1830, qui proclame à la fois Yindépendance de peuple belge et la liberté absolue de l'enseignement. Aux termes de l'art. 17 de la Constitution : « L'enseignement est libre. Toute mesure préventive est interdite ; la répression des délits n'est réglée que par la loi. L'instruction publique donnée aux frais de l'État est également réglée par la loi. » Ainsi, pour les particuliers, pour le clergé, pour les associations laïques ou religieuses, pour tous enfin, liberté absolue, tandis que pour l'ctat l'enseignement est limité par des lois spéciales. En attendant le vote de ces lois, l'État se trouve sans autorité directe. Une réaction s'est manifestée contre toutes les écoles publiques créées par l'administration hollandaise et, par suite, un certain nombre ne tardent pas à disparaître, tandis qu'au contraire les écoles privées, dont fort peu présentent les garanties désirables, se multiplient de toutes parts. De 487 ces dernières s'élèvent bientôt à 2769, tandis que le nombre des élèves, qui en 1826 était en moyenne de 246 par école, tombe en 1835 à 55 seulement. Celles de ces écoles que dirigent des laïques tombent bientôt pour la plupart;

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au contraire les écoles des corporations religieuses : écoles primaires, collèges, écoles moyennes, écoles normales, ne cessent de se multiplier et de prospérer. Telle était la situation au moment où fut présenté aux Chambres le projet de loi organique de l'enseignement primaire.

II. Enseignement primaire. — La loi présentée par M. J. B. Nothomb, chef du cabinet mixte qui s'était donné pour mission de concilier les deux partis dominants en Belgique, a été promulguée sous la date du 23 septembre 1842, douze ans après le soulèvement qui a amené la proclamation de l'indépendance nationale. Le principe de la loi est une transaction entre ces partis qui se disputaient l'enseignement. Comme on vient de le voir, les catholiques avaient su mettre mieux à profit la liberté d'enseignement; ils avaient créé de nombreuses écoles, la plupart dirigées par des corporations et inspirant généralement aux familles plus de confiance que les écoles laïques, publiques ou libres, organisées par les communes ou les particuliers : si bien qu'elles s'étaient soutenues et multipliées, tandis que les autres n'avaient guère pu se maintenir. Les évêques avaient même établi, dans la plupart des provinces, des écoles normales subventionnées, dirigées et inspectées par eux et leurs délégués. C'était donc une organisation complète, d'autant plus que le clergé possédait en outre de nombreux établissements d'enseignement secondaire. A part quelques écoles libres et certaines écoles communales qui n'avaient généralement ni une organisation, ni un programme bien défini, non plus que certains collèges communaux, les libéraux n'avaient en réalité rien organisé, l'instruction publique laissait à peu près tout à désirer. Il fallait donc, à moins d'engager une concurrence que n'eussent probablement pu soutenir ni les particuliers ni l'État, tenir compte des circonstances et entrer dans la voie transactionnelle indiquée par le projet du gouvernement. La grande majorité des libéraux eux-mêmes tenait d'ailleurs essentiellement à ce que Yinsiruction religieuse fît partie intégrante du programme des écoles primaires. D'accord avec M. Ch. Bogier, l'un des vétérans actuels du parti, et qui, comme ministre, déposa en 1850 le projet d'organisation de l'enseignement moyen ils pensèrent que la loi, « appliquée libéralement, » pouvait « produire beaucoup de bien. » Ainsi fut votée, avec satisfaction par les catholiques, mais non sans une certaine hésitation dans le camp libéral, la loi qui depuis trente-cinq ans régit l'enseignement primaire en Belgique. Elle n'en réunit pas moins l'unanimité moins trois voix à la Chambre dis représentants et l'unanimité complète au Sénat.

Depuis un certain nombre d'années cependant, l'opposition à la loi de 1842 s'est accentuée au sein du parti libéral, sans arriver jusqu'ici à la certitude de compter, même dans son sein, une majorité sufiisante pour en obtenir la révision. Dans l'exposé rapide des dispositions de cette loi et de leur application, nous allons indiquer celles contre lesquelles s'élève lopposition libérale. — L'enseignement primaire est communal ou libre. Les écoles libres échappent à toute intervention préventive de l'autorité publique ; quant à l'enseignement communal, la loi elle-même détermine dans quelle mesure l'État peut et doit intervenir. C'est aux députations permanentes des conseils provinciaux que, dans la plupart des cas, est confié le soin de statuer, sauf recours au roi, à l'égard de certaines résolutions de l'autorité communale. Il doit y avoir dans chaque commune au moins une école primaire, établie dans un local convenable. La commune peut être dispensée d'établir elle-même des écoles si elle adopte pour en tenir lieu des écoles privées (V. Adoption d'écoles). C'est là une des principales dispositions transactionnelles. Or les libéraux disent que l'école

communale doit être la règle et l'école adoptée ou libre l'exception, tandis que les catholiques soutiennent le contraire. En fait, le nombre des écoles ad ptées a diminué de plus de moitié depuisl845: elles ne comptent plus que 67 955 élèves, tandis que les écoles communales (au nombre de 4157 au lieu de 2 073 en 1843) ont actuellement près de 500 000 élèves (489 168). Quant aux écoles privées entièrement libres, qui en 1845 étaient au nombre de 1 ,863 et comptaient 99 772 élèves, il ne s'en trouvait plus en 1875 que 958, avec 92 320 élèves, bien que le nombre des enfants en âge d'école (7 à 14 ans) ait augmenté d'un cinquième. Les écoles privées, adoptées ou entièrement libres, sont principalement des écoles de filles.

Aux termes de la loi, l'enseignement primaire comprend nécessairement : la religion et la morale, la lecture, l'écriture, le système légal des poids et mesures, les éléments du calcul, et, suivant les besoins des localités, les éléments de la langue française, de la langue flamande ou de la langue allemande. L'enseignement de la religion et de la morale est donné sous la direction des ministres du culte professé par la majorité des élèves de l'école, et, en vertu des instructions épiscopales, homologuées par l'autorité civile, c'est l'instituteur qui est chargé de cet enseignement, donné pendant la première et la dernière demi-heure de la classe. Les enfants qui n'appartiennent pas à la communion religieuse en majorité dans l'école, sont dispensés d'assister à cet enseignement et les ministres du même culte ont seuls et en tout temps le droit de visiter l'école, à l'exclusion des ministres d'un autre culte, disposition contre laquelle réclame spécialement la communion israélite. En outre, l'école, qu'elle soit communale ou adoptée, est soumise à une double inspection civile et ecclésiastique, limitée en droit à la sphère propre à chacune d'elles. La commission centrale de l'instruction primaire, composée des inspecteurs provinciaux réunis annuellement sous la présidence du ministre ou d'un vice-président, nommé par le roi, est chargée de l'examen des méthodes et des livres à approuver par le gouvernement, à l'exception des livres concernant la religion et la morale, qui sont approuvés par les chefs des cultes seuls. Les livres de lecture employés en même temps à l'enseignement de la religion et de la morale sont soumis à l'approbation commune du gouvernement et des chefs des cultes. Ces diverses dispositions, également transactionnelles, surtout celles qui permettent en tout temps la visite et l'inspection des écoles communales par le clergé local et les inspecteurs ecclésiastiques, sont celles qu'attaquent le plus vivement certains membres du parti libéral qui prétendent que le clergé abuse de cette position pour exercer sa pression sur l'enseignement en général et sur l'instituteur en particulier.

Les inspecteurs civils, provinciaux ou cantonaux, sont nommés par le roi. Le traitement des premiers varie de 4 500 à 7 000 francs (y compris des suppléments qui peuvent s'élever à 2 500 francs après vingt ans de fonctions). Ils reçoivent en outre une indemnité de 1 000 francs pour frais de bureau et des indemnités de frais de voyage. Chaque inspecteur provincial peut, sous l'approbation du ministre, déléguer des dames inspectrices pour les écoles de filles, les salles d'asile et les conférences. Les inspecteurs cantonaux, au nombre de cinquante-trois, sont nommés pour trois ans; ils jouissent d'indemnités fixes et casuelles, dont l'ensemble varie de 2 500 à 4 500 francs. L'inspection ecclésiastique s'exerce également à deux degrés pour le culte catholique. Il y a des inspecteurs diocésains (un par province) et des inspecteurs cantonaux. Les premiers reçoivent de l'État une indemnité annuelle de 3 000 francs ; les seconds, au nombre de 147 actuellement, reçoivent une indemnité prélevée

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sur une allocation globale de 3 000 fr. , accordée à chaque diocèse. L'inspection des écoles du culte protestant est exercée par un inspecteur général qui n'a pas de traitement. Il en est de môme pour les écoles israélites. Les inspecteurs ecclésiastiques sont nommes par les chefs des cultes; le gouvernement donne acte de ces nominations.

Les instituteurs sont nommés par les conseils communaux, directement s'ib sont pourvus d'un diplôme légal, sinon avec autorisation préalable du gouvernement, qui, dans certains cas, peut aussi les nommer d'office. La commune, sauf approbation ultérieure par le gouvernement, peut suspendre l'instituteur avec ou sans privation de traitement. L'instituteur doit toujours être entendu. Le gouvernement peut seul le révoquer. L'instituteur communal est logé gratuitement et a la jouissance d'un jardin d'au moins dix ares ; son revenu scolaire ne peut être inférieur à 1 000 fr. Tous les instituteurs publics sont tenus d'assister à des conférences trimestrielles, présidées par l'inspecteur provincial ou par l'inspecteur cantonal, et par l'inspecteur ecclésiastique en ce qui concerne la partie morale et religieuse. L'instituteur a droit à une pension calculée à raison d'autant de fois un cinquante-cinquième du traitement moyen des cinq dernières années qu'il a d'années de service, et payée à raison de deux cinquièmes par la commune, d'un cinquième parla.province et de deux cinquièmes par l'État. Ils ne sont soumis de ce chef à aucune retenue ; mais ils doivent participer, au moyen de 3 à 4 p. 100 de leurs revenus, à une caisse spéciale de veuves et orphelins. Des concours annuels sont institués entre les écoles par canton.

Les frais du service ordinaire de l'école sont en principe à la charge de la commune, qui doit y consacrer le produit des fondations, donations et legs, l'allocation du bureau de bienfaisance pour l'instruction gratuite des enfants pauvres et une allocation prélevée sur le budget communal. En cas d'insuffisance de ces ressources, la province et l'État ensuite interviennent pour combler le déficit. Les frais du service ordinaire, qui n'étaient que de 1899 552 francs en 1843, se sont élevés à 10 845 550 fr. en 1874. Quant à la somme totale des dépenses faites en faveur des écoles primaires, elles étaient de 2 051 639 fr. en 1843; elles ont atteint, en 1874, la somme de 19320017 fr. Cette somme se décompose ainsi qu'il suit : Encaisses, 2(>8 748 ; rétributions des élèves solvables, 1620 350; bienfaisance publique et privée, 5u3 293 ; budgets communaux, 6 501821; budgets provinciaux, 1846 479; État, 8 399 326.

Il a été alloué en outre par la loi du 14 août 1873 un crédit spécial de vingt millions pour la construction et l'ameublement de bâtiments scolaires, et par la loi du 4 juin 1878 un nouveau crédit de six millions pour le même objet. Les dépenses de cette catégorie sont réglées par des dispositions spéciales qui les répartissent entre la commune, la province et l'État. Aucune école ne peut obtenir ou conserver une allocation sur une caisse publique si elle ne se soumet à l'inspection. Les prescriptions de la loi sont aussi appliquées à l'instruction des filles. Conjointement avec les subsides des provinces et des communes, une partie du crédit alloué annuellement au budget de l'État en faveur de l'instruction primaire est destinée spécialement à encourager l'établissement de salles d'asile ou écoles gardiennes (ou jardins d'enfants, système Frœbel), principalement dans les cités populeuses et les centres manufacturiers ; à favoriser les écoles du soir et du dimanche pour les adultes; à propager les écoles connues sous le nom bateliers de charité et d'apprentissage. Il y a un millier d'écoles gardiennes (929) qui reçoivent environ 110 000 enfants (97 382) au-

dessous de sept ans. Le soin d'établir des écoles d'adultes, distinctes pour chaque sexe, est laissé aux conseils communaux, comme aussi de décider si la religion y sera enseignée. Les cours sont gratuits ; les instituteurs primaires en sont ordinairement chargés : ils reçoivent de ce chef une rétribution spéciale. Des concours obligatoires ont lieu annuellement par canton. Le nombre des écoles d'adultes est actuellement de 2 615, fréquentées par 204 673 jeunes gens. Quant aux ateliers de charité et écoles d'apprentissage, dont le nom indique la destination, ils sont au nombre de 430, dont 204 soumis à l'inspection comptent 10 867 élèves, et 226 entièrement libres en ont 1 1 314, en tout 22181 élèves, dont 20 000(19974) filles. Il y a aussi des écoles dentellières, des ouvroirs, des écoles de manufactures ; muis la plupart de ces établissements n'appartiennent guère à l'enseignement primaire que de nom; on y exploite le travail de l'enfant, souvent sans donner à celui-ci le moindre enseignement littéraire. Il y a là, comme dans les mines, les usines, etc., un abus criant à réprimer. Le département de la justice compte aussi divers établissements d'instruction primaire, visités par les inspecteurs en conformité de la loi : ce sont les écoles des prisons, des hospices et des dépôts de mendicité. Il y en a en tout 96, qui comptent 6353 élèves. 'L'école de réforme de Ruysselede, pour garçons, et celle de Beernem, pour filles, sont de véritables modèles d'écoles professionnelles. L'école de Ruysselede comprend une section d'élèves mousses. Il existe aussi divers établissements militaires, tels qu'écoles d'enfants de troupe, écoles régimentaires, etc., dont nous parlerons plus loin.

Tous les trois ans, un rapport sur l'enseignement primaire est présenté à la législature.

III. Enseignement moyen. — La loi organique de l'enseignement moyen, présentée aux chambres par M. Charles Rogier, ministre de l'Intérieur, membre du cabinet libéral du 12 août 18 47, a été promulguée sous la date du 1er juin 1850, huit ans après la loi de l'enseignement primaire et vingt ans après la révolution. Aux termes de cette loi, l'instruction moyenne comprend l'enseignement religieux ; mais, bien différente en cela de la loi organique de l'enseignement primaire, elle se borne à déclarer que les ministres des cultes « seront invités à donner ou à surveiller cet enseignement dans les établissements soumis au régime de la loi ». De là l'hostilité des catholiques, qui, lors du vote du projet, s'est manifestée par 27 voix opposantes et 4 abstentions sur 103 votants à la Chambre, et par 19 voix et 1 abstention sur 52 votants au Sénat. En conformité de la loi, le gouvernement demanda peu de temps après aux chefs diocésains leur concours par mesure générale dans tous les établissements dirigés par l'État. Les principes d'un arrangement furent longuement discutés de part et d'autre ; mais une grande divergence existant au sujet de la loi et de la manière d'en appliquer les dispositions relatives à l'enseignement religieux, les négociations ne purent aboutir. Plus tard un chapitre spécial à cet enseignement, ayant été introduit dans le règlement d'ordre intérieur de l'athénée d'Anvers, fut pris pour base d'un arrangement connu sous le nom de Convention d'Anvers et qui, approuvé par arrêté royal du 5 avril 185'», a pu être appliqué successivement à d'autres établissements.

Tous les établissements d'inst'-uction moyenne organisés par le gouvernement, les provinces ou les communes sont soumis au régime de la loi. Ceux du gouvernement sont de deux degrés : les écoles moyennes supérieures ou athénées l'oyaux et les écoles moyennes inférieures ou écoles moyennes de l'Etat. Les établissements provinciaux ou communaux portent la dénomination do collèges ou d'écoles tnoyeruies vrovinciales ou corn-

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munales; ils peuvent être subventionnés par le gouvernement ; tous doivent se conformer notamment aux dispositions de la loi qui prescrivent l'enseignement religieux et qui exigent que les professeurs soient diplômés en qualité d'agrégés de l'enseignenement moyen du premier ou du second degré. Les communes et les provinces ne peuvent déléguer à un tiers, en tout ou en partie, l'autorité que les lois leur confèrent sur leurs établissements d'instruction moyenne; mais la commune qui n'a ni athénée, ni collège peut, avec l'autorisation du roi, la députation permanente entendue, accorder, pour un terme de dix ans au plus, son patronage à un établissement privé.

La direction des athénées et des écoles moyennes de l'État appartient au gouvernement, qui y nomme le personnel ; il y exerce la surveillance par l'intermédiaire des inspecteurs et d'un bureau administratif. Il y a un inspecteur général (traitement maximum 7,000 fr.) et deux inspecteurs (traitement maximum 6,000 fr.). Les bureaux administratifs sont composés du collège échevinal et de quatre ou six membres nommés par le gouvernement sur une liste double de candidats présentés par le conseil communal, dont la moitié au moins prise en dehors du conseil. Le chef de l'athénée se nomme préfet ; celui de l'école moyenne, directeur. Un secrétaire-trésorier est chargé des écritures du bureau et de la comptabilité. Les membres enseignants jouissent d'un traitement fixe et d'un casuel. La commune fournit le local et le mobilier nécessaire, ainsi qu'une subvention annuelle.

L'enseignement dans les athénées est divisé en enseignement des humanités et en enseignement professionnel ; celui-ci comprend une section scientifique (enseignement préparatoire aux écoles appliquées ou spéciales), et une section industrielle et commerciale. Le cours d'études est de six années dans les athénées, plus une classe préparatoire ou septième. Il est de trois années dans les écoles moyennes auxquelles sont annexées des sections préparatoires, véritables écoles primaires confiées à des instituteurs diplômés.

Un conseil de perfectionnement, sous la présidence du ministre de l'intérieur ou de son délégué, est institué près de l'administration centrale.

Il y a 10 athénées, dont les sections des humanités comptent 1 211 élèves, les sections professionnelles 1 929 et les classes préparatoires 539. Les écoles moyennes de l'État sont au nombre de 50, fréquentées par 9 807 élèves, dont 6 71i) dans les sections préparatoires. Il y a 17 colléees communaux, avec une population de 1453 élèves, 14 écoles moyennes communales subventionnées ayant une population de 2 173 élèves, et 3 écoles moyennes communales non subventionnées, comptant l 326 élèves. Il y a 66 établissements du clergé, dont 45 sont dirigés par les évoques, 10 par des corporations religieuses et 11 par les jésuites ; il y a aussi 9 établissements non patronnés dirigés par des particuliers. Il n'existe aucun établissement provincial. Un concours général a lieu, chaque année, aux frais de l'État, entre tous les établissements d'instruction moyenne ; il est facultatif seulement pour les établissements privés. Les subsides accordés aux établissements en 1874 ont été pour les athénées royaux: État 472 151 fr. ; communes, 296 055 fr. ; pour les écoles moyennes de l'Etat: État, 410 874 fr. ; communes, 191 084 fr. ; établissements communaux des deux degrés : État, 193 092 fr. ; provinces, S400fr. ; communes 286 962 fr. — Tous les trois ans un rapport sur l'état de l'enseignement moyen est présenté par le gouvernement à la législature.

La loi de 1850 n'est pas appliquée à, l'instruction des filles. Toutefois, en vertu de la liberté d'enseignement, un certain nombre de villes ont organisé des écoles moyennes communales de filles, mais ces écoles ne peuvent obtenir des subsides de l'État ;

le gouvernement ne subventionne que celles des écoles de l'espèce qui, sous le nom d'éooles primaires à programme développé ou écoles primaires supérieures, se soumettent à la double inspection et autres prescriptions de la loi organique de l'enseignement primaire.

IV. Enseignement normal. — Les lois organiques de l'enseignement primaire et de l'enseignement moyen ont prévu la création d'établissements destinés à former le personnel enseignant. Il y a : pour instituteurs quatre écoles normales de l'Etat, huit écoles normales agréées, dont une à Bruxelles et sept fondées et entretenues par les évêques, plus cinq sections normales annexées à des écoles moyennes; pour institutrices, deux écoles notariales de l'État et vingt-trois écoles normales agréées; — pour les professeurs de l'enseignement moyen, deux écoles normales du degré supérieur, dont 1 une pour les humanités, l'autre pour les sciences; à l'école normale des humanités est annexée une section spéciale de professeurs de langues modernes; il y a en outre des cours normaux du degré inférieur annexés à d'autres établissements. Il y a trois années d'études dans les écoles normales primaires, qui comptent actuellement 1199 élèves instituteurs et 1192 élèves institutrices. Les cours normaux d'enseignement moyen sont fréquentés par 45 élèves. Les bourses accordées par l'État sont de 200 fr. pour les études normales primaires, et de 500 fr. pour les écoles normales de l'enseignement moyen du degré supérieur. Il y a un inspecteur des écoles normales primaires et une inspectrice. Le traitement de l'inspecteur est de 5,50o fr.; il peut, comme celui des inspecteurs provinciaux, être porté au moyen de suppléments successifs à 7,<i00fr., après vingt ans de fonctions. L'inspecteur reçoit en outre 1,000 fr. d'indemnité de frais de bureau et des frais de voyage. L'inspectrice reçoit un traitement de 2,700 fr. et des indemnités de frais de voyage.

V. Institutions diverses. — établissements d'instruction dans l'armée. — De grands efforts sont faits pour répandre l'instruction dans l'armée et suppléer ainsi le plus possible à la négligence des parents. Outre Y Ecole militaire et l'Ecole de guerre (établissements du degré supérieur ou d'application), il y a dans l'armée : 1° des écoles pour les militaires illettrés. L'existence de ces écoles et leur fréquentation sont obligatoires (loi de 1870, art. 107); l'instruction comprend la lecture, l'écrituro et les quatre règles fondamentales du calcul ; 2° des écoles regimentaires, où la durée des cours est de deux ans. Le programme comprend, outre l'enseignement élémentaire, l'étude de la langue française et de la langue flamande, le style, la géographie et l'histoire (programme limité), l'arithmétique, l'algèbre et la géométrie (programme limité), l'administration et la tenue des livres, le dessin à vue, etc. ; 3° l'école des enfants de troupe, réservée aux fils de militaires et de fonctionnaires civils de l'armée. Les enfants y reçoivent, outre l'éducation religieuse, une instruction du degré moyen. Il y a quatre années d'études et un cours supérieur ; 4° des écoles du soir et des cours particuliers pour sous-officiers. Ces cours sont réglés de manière à former une organisation complète et graduée de l'enseignement nécessaire selon l'arme pour devenir officier ; 6° une école spéciale de sous-officiers, destinée également aux candidats sous-lieutenants, mais placée en .dehors des régiments.

Etablissements spéciaux. Pour les sourds-muets, il y a neuf instituts, dont un reçoit en outre les aveugles, et, pour les bègues, un institut dirigé par M. Chervin.

Il existe aussi en grand nombre dans toutes les provinces des écoles ou sociétés de musique subventionnées par le gouvernement, des académie* ou écoles de dessin, organisées par les communes avec subvention de l'État; enfin des sociétés pour

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