‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 105 sur 547 · BERNARDINES · texte numérisé non relu

BERNARDINES

L'ignorance n'est pas seulement une honte, c'est une peste pour le religieux; nous ne devons pas être les fils dégénérés de ces Pères de l'Église, illustres en tout genre de doctrines. Or la discipline et une méthode, simple et facile pour tous, sont indispensables pour arriver à la science. » Le chapitre xvm des constitutions est consacré aux études générales ; nous n'avons pas à en tracer le plan. On sait que les bénédictins étudièrent toutes les sciences sacrées et humaines et s'appliquèrent à les propager. Durant la période que j'appellerais volontiers bénédictine, c'est-à-dire du vie au ix« siècle, l'enseignement est presque entièrement dirigé par eux; mais leurs écoles ne sont pas, comme on le croit à tort, exclusivement réservées aux études supérieures et secondaires ; à côté des monastères, sur les terres de leur dépendance, les abbés, les prieurs prennent un soin tout particulier des petites écoles et des enfants pauvres. Partout où ils s'établissentjleur maison a bientôt pour annexes obligées l'école et l'hospice. Partout les moines infatigables défrichent et les terres et les intelligences incultes.

Au commencement du ixe siècle, l'ordre est réformé par saint Benoît d'Aniane, qui dans son monastère « formait, dit Mabillon, des chantres, des lecteurs, des grammairiens, des moines versés dans la science des Ecritures ». Il l'est plus tard encore par saint Odon, fondateur de la congrégation dite de Cluny (91 0). Dans les siècles qui suivent, on sait quels services a rendus à la civilisation, à l'enseignement et aux lettres l'ordre de saint Benoît, sous ses vocables différents et dans ses différentes congrégations de Saint-Benoît-sur-Loire, de Cluny, de Cîteaux, de Saint-Vannes en Lorraine, de Saint-Maur, de Saint-Germain d'Auxerre, etc. Voltaire lui-même a rendu justice à leurs travaux et aux merveilleux exemples de science et de dévoûment que les religieux donnaient au monde. Aujourd'hui encore, pour désigner les œuvres qui inspirent le respect par la somme du travail et par sa valeur, on dit avec raison : « c'est une œuvre de bénédictin. » [L. Maggiolo.]

BÉNÉDICTINES. — Ordre religieux fondé au VIe siècle par la sœur de saint Benoît, qui se nommait Scolastique. La règle que ces religieuses adoptèrent, et que le concile de 742 recommanda à toutes les congrégations de femmes, était calquée sur celle de saint Benoît, dont M. Guizot dit, avec raison, que les esprits les plus prévenus n'ont pu s'empêcher de la trouver « sensée, libérale même, c'est-à-dire étrangère à tout minutieux détail, à toute vue étroite ; humaine et modérée quant à la vie pratique, au sein d'une pensée générale fort rigide. » [L. Maggiolo.]

BENEKE (Fréd.-Ed.). — Philosophe et pédagogue allemand, né à Berlin le 17 février 1798, mort en 1-54. Il interrompit ses études au collège Frédéric Werderpour s'enrôler comme volontaire en 1813; il les acheva aux universités de Halle et de Berlin, où il se prit d'admiration pour Schleiermecher * ; dès 1820, il enseignait la philosophie en qualité de « privât docent » à l'université. Mais ses leçons, jugées subversives, furent suspendues en 1822 par le ministère piétiste. Après un séjour de quelques années à Gœttingue, il fut relevé en 1827 de cette injuste interdiction, il rentra à l'université de Berlin et y exerça les fonctions de professeur en 1832. Malade depuis longtemps, il fat pris en 1853 d'insomnies persistantes qui ébranlèrent violemment son système nerveux. Le 1er mars 1854, il avait soudain disparu, et son cadavre était retrouvé dans les eaux de la Sprée, le 4 juin 1856.

Au temps où fleurissaient les colossales rêveries métaphysiques de Schelling et de Hegel, Beneke, après son maître Herbart, eut le courage de résister à l'entraînement général et de soutenir qu'il fallait chercher la vérité, non dans ces brillantes spéculations, mais dans l'expérience, dans l'étude de

l'homme, dans les méthodes d'investigation de l'analyse psychologique. Il donnait pour titre à l'un de ses premiers ouvrages : « Psychologie selon la méthode des sciences naturelles ». L'idée fondamentale de la psychologie de Beneke est que l'âme n'est pas un être simple , mais consiste en un certain nombre de forces particulières, les unes qui sont primordiales ou innées, les autres qui se développent sous l'action des circonstances et des influences extérieures. Il admet que ces forces naturelles sont les mêmes, en germe, chez tous les hommes, mais qu'elles diffèrent en vivacité suivant les individus, d'où la diversité des tempéraments et des esprits. Il attribue une importance capitale aux sens dans le développement de l'intelligence et aux impressions du dehors dans le développement des sens eux-mêmes.

Pour apprécier les principes pédagogiques que Beneke a exposés dans sa Théorie de l'éducation et de l'enseignement (2 v. in-8°), il faudrait étudier à fond toute sa psychologie, car à chaque point de son système philosophique correspond rigoureusement une application pédagogique. Notons rapidement les principales. Beneke donne un fonde ment philosophique aux idées déjà émises par Rousseau, puis par Pestalozzi et Frœbel, sur l'éducation des sens en général, et en particulier sur le rôle de l'enseignement par les yeux.

Pour le développement des diverses facultés ses observations méritent d'être prises en considération ; comme il n'admet pas qu'il y ait une raison, une volonté, une mémoire, il ne croit pas qu'on développe chacune de ces facultés par le seul fait qu'on l'exerce : faire apprendre des mots par cœur, suivant lui, ce n'est pas former la mémoire, c'est seulement l'habituer à retenir des mots ; faire faire des raisonnements de mathématiques, ce n'est pas cultiver la faculté de raisonner, mais seulement un mode particulier de raisonnement, qui peut être poussé très loin, sans que le même esprit raisonne bien sur tous les autres sujets. La conséquence est qu'il veut une très grande variété dans les exercices qu'on fait faire aux enfants, afin qu'ils développent non pas telle ou telle aptitude spéciale et restreinte, mais toutes les forces diverses et parallèles de chaque faculté. Par une raison semblable, il proscrit l'abstraction dans l'enseignement, demande que l'enfant amasse, par les sens, par la mémoire, par l'expérience pratique, un nombre considérable de matériaux qu'il devra plus tard mettre en œuvre.

« Plus on commence tôt le travail de l'abstraction, moins on amasse de matériaux. Il faut laisser les enfants rester enfants. La nature veut que l'homme suive trois phases dans le développement de son intelligence: qu'elle s'exerce, d'abord, exclusivement par les sens ; puis, qu'elle reproduise les images perçues; enfin, qu'elle produise sa propre pensée. L'éducateur ne doit pas troubler cet ordre ».

Les règles relatives à l'éducation du cœur, à la formation du caractère, à l'instruction religieuse ne sont pas moins remarquables. Beneke veut, là aussi, que l'enfant sente, éprouve quelque chose par luimême, que sa piété, sa vertu ne soient pas d'emprunt, mais lui soient personnelles et grandissent avec lui. Le rôle de l'éducateur se borne à solliciter les aspirations généreuses et a prévenir ou à réprimer les autres en les empêchant de dégénérer en habitude. Beneke a exercé une influence plus profonde qu'étendue : en matière de pédagogie, en tout, il a eu des admirateurs ardents plutôt que nombreux ; sans adopter tout son système, c'est de son esprit que s'inspirent encore beaucoup de pédagogues de l'Allemagne contemporaine.

[G. Câline.]

BEUNAllDIN DE SAINT-PIERRE. — V. Suint- Pierre.

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