‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 106 sur 547 · BERNHARDI · texte numérisé non relu

BERNHARDI

BEIUIY

BEHNAROINES (Tilles du Saint-Bernard, filles du Saint-Sacrement). — Soumises à la règle de saint Benoît, les bernardines partageaient leurs soins entre la prière, l'assistance des malades et l'éducation de la jeunesse. En 1128, nous les voyons, au diocèse de Langres, diriger une école au monastère de Tart; au xme siècle, leurs abbayes de Port-Boyal des Champs et de Port-Boyal de Paris, au faubourg Saint-Antoine, occupent le premier rang parmi les établissements d'instruction. La mère Angélique, sœur du grand Arnauld, réforma l'institut des filles de Saint-Bernard, dont la juridiction, enlevée aux bernardins, fut remise à l'archevêque de Paris. Rien de plus beau que le règlement pour les enfants de Port-Royal composé, en 1657, par la sœur Euphémie, Jacqueline Pascal; c'est un chef-d'œuvre de bonté, de douceur ineffable : « parler peu, beaucoup tolérer et prier davantage, » voilà le devoir du maître et la méthode que M. de Sacy résume en ces deux mots : silence et patience. On connaît les programmes et les succès de l'enseignement des religieuses de Port- Royal : jusqu'à 12 ans, on s'occupe des éléments de l'histoire sainte, de la géographie, du calcul, à 1^ ans commence le cours supérieur, on étudie le service et le gouvernement du ménage.

Les règles pédagogiques sont pratiques, un peu rudes, sévères; on y sent le souffle, la pensée, la direction de Messieurs de Port-Royal; la loi du travail est imposée à tous : « Encore que les enfants soient fort jeunes, comme de 4 à 5 ans, il ne faut pas les laisser sans rien faire, dit la bonne mère Euphémie. » Mais de quelles précautions délicates et maternelles elle entoure les jeunes écolières ! « Les petites, il faut encore plus que toutes les autres les accoutumer et nourrir, s'il se peut, comme de petites colombes. »

En 1709, dispersées et proscrites pour cause de jansénisme, les filles de Saint-Bernard voient renverser et raser les bâtiments de leur monastère ; il ne resta rien de cette illustre maison que des ruines. — V. Porl-Royal et Pascal (Jacqueline).

[L. Maggiolo.]

BERNHARDI (Auguste -Ferdinand,). — Pédagogue prussien, né en 1769 à Berlin, mort en 1820. Il se fit remarquer comme directeur du gymnase Frédéric~Werder, établissement qui lui dut une prospérité extraordinaire (1808-1812). Bien que Bernhardi se soit presque exclusivement occupé de l'enseignement classique, on trouve dans ses Vues sur l'organisation des écoles savantes (en allemand) un grand nombre d'idées générales et systématiques sur l'instruction ainsi que des remarques et des observations qui dénotent un psychologue exercé. Il classait les études sous trois chefs : celles qui sont dune application universelle (sciences mathématiques, physiques, naturelles et historiques), celles qui ont un intérêt national (la langue naturelle, la « religion du pays, » son histoire, sa géographie, sa législation), enfin celles qui servent comme moyen de communication (les langues vivantes, celles du moins des nations les plus éclairées, « le français qui représente la civilisation moderne, le grec qui représente la civilisation antique et le latin comme chaînon intermédiaire entre le grec et les langues modernes') ). Voici une maxime qui, sous une image ingénieuse, résume bien l'esprit de sa pédagogie : « Une école, dit-il, n'est pas un Hôtel des Monnaies d'où sortent les pièces toutes frappées ; c'est plutôt une mine où descendent les élèves pour y puiser de l'or non monnayé ; dès qu'ils le possèdent, ils peuvent à leur gré le frapper en monnaie ou le convertir en beaux vases de mille formes diverses. »

BERQUIN (Arnaud). — Littérateur français, né à Bordeaux vers 17i9, mort à Paris le 21 décembre

1791. Il avait d'abord composé des Idylle* et de3

romances qui eurent du succès. Mais ce qui a rendu son nom populaire, c'est la série de ses publications pour le jeune âge. Aimé des enfants dont il recherchait la société, il composa pour eux des contes, des romans moraux, des piè es de théâtre, toute une bibliothèque enfin de lectures qui ont fait le charme des jeunes générations.

Il commença par Y Ami des enfants (1782-83), puis vinrent les Lectures pour les enfants ou choix de petits contes et drames également propres à les amuser et à leur inspirer le goût de la vertu (1784), Y Ami des adolescents (i 784;, une Introduction familière à la connaissance de la nature (1790), traduction libre d'un ouvrage de miss Trimmer, la Bibliothèque des villages (1790), enfin le Livre de famille ou journal des enfants (179j). Sans vouloir faire de Berquin un pédagogue marquant, on ne saurait méconnaître l'influence qu'il a exercée sur l'éducation morale de la jeunesse. Nous n'avions pas encore en France d'auteur qui eût écrit pour l'enfance et pour la jeunesse. C'était rendre un service véritable que de se consacrer à ce genre de littérature, qui, comme l'a dit finement un critique, vaut à l'auteur plus de reconnaissance que de gloire. Si Berquin n'avait pas le mérite absolu de l'invention, puisqu'il s'inspirait souvent des étrangers, surtout de Weisse, il y apportait des qualités personnelles de cœur et d'esprit, une grande délicatesse de sentiment, une plume facile sans être banale, une sensibilité vraie, bien que souvent exprimée sous la forme conventionnelle et avec les fadeurs alors à la mode. Si ses écrits ne captivent plus nos enfants comme ceux d'autrefois, c'est moins la faute de Berquin que le fait du changement survenu dans les mœurs et, partant, dans les relations sociales, dans les usages, dans le ton même de la conversation. — V. Ami des enfants.

BERRY. — Histoire de l'instruction primaire avant 1789. — Cette province, qui était presque tout entière comprise dans le vaste diocèse de Bourges, dut pendant de longs siècles aux monastères et aux chapitres des cathédrales et des collégiales la diffusion de l'instruction à tous les degrés. En 1789, la partie du Berry qui a formé les deux départements de l'Indre et du Cher comptait 15 collèges et 755 élèves, la plupart ne payant qu'une rétribution peu élevée. Au-dessous des collèges existaient les petites écoles, dont l'autorité diocésaine s'était de tout temps occupée. Dès 1584, le concile provincial de Bourges (la province ecclésiastique comprenait les diocèses de Bourges, Cierrnont, Limoges, le Puy, Tulle) prescrivait l'établissement d'écoles distinctes pour les filles et recommandait de les confier « à des femmes approuvées qui leur apprendraient à lire et les formeraient à la vie chrétienne ».

Voici maintenant comment le métropolitain de Bourges développait et entendait appliquer à son diocèse, c'est-à-dire au Berry, cette disposition du concile provincial, et réparer les ruines que les guerres de religion avaient laissées dans les écoles élémentaires :

<x C'est un commandement et un avis de Saint- Esprit donné à tout le monde en la personne du sage à tous ceux qui ont des enfants de les former : Filii liai sunt? Erudi illos et apueritia illos curva (Eccl., vu, 15). Or le véritable moyen de les bien dresser, c'est de les envoyer aux écoles. C'est pourquoi nous ordonnons à tous les curés d'avoir ies petites écoles dans leurs paroisses.

« Et parce que le mélange des filles et des garçons a toujours été fort préjudiciable et défendu dans les écoles, nous voulons et ordonnons que dans chaque paroisse il y ait deux écoles, l'une pour les garçons et l'autre pour les filles. Celle des garçons pourra être laite par le curé ou son

Page 1