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aient un bibliothécaire rétribué. Ces fonctions sont généralement exercées par un membre de la commission de surveillance, soit bénévolement, ce qui est l'immense majorité des cas, soit avec une légère indemnité à titre de frais de bureau.
L'instituteur est de droit bibliothécaire de la bibliothèque scolaire placée dans son école. Il en est responsable et doit tenir avec soin le registre d'entrée et de sortie, le registre de recettes et de dépenses et le catalogue. [L. Armagnac]
BIBLIOTHÈQUES CANTONALES, dites aussi BIBLIOTHÈQUES DES CONFÉRENCES CANTO- NALES OU BIBLIOTHÈQUES PEDAGOGIQUES.
— Il importe que les instituteurs soient toujours à même d'entretenir et d'augmenter les connaissances qu'ils ont acquises à l'école normale, et notamment les connaissances spéciales relatives à leur profession. C'est cette raison qui a fait créer, dès 1837, les conférences cantonales d'instituteurs, et qui a fait songer ensuite à réunir à l'usage de ces conférences une bibliothèque appropriée aux besoins des instituteurs. On ne peut pas espérer en effet que la plupart des maîtres puissent s'accorder le luxe d'une bibliothèque personnelle quelque peu considérable; d'autre part, les bibliothèques scolaires, quand elles existent, ne contiennent que des livres purement classiques, ou des livres de lecture à l'usage des élèves et des familles. De là est venue la pensée d'établir des bibliothèques spéciales à la disposition commune des instituteurs d'une circonscription déterminée.
La place de ces bibliothèques est naturellement au chef-lieu de canton, d'où la dénomination, qui leur a été donnée tout d'abord, de bibliothèques cantonales. Leur composition est indiquée pour ainsi dire à l'avance : elles contiendront comme premier fonds des ouvrages développés d'enseignement, des traités et des publications pédagogiques. A raison de cette dernière circonstance, elles se confondent avec les bibliothèques pédagogiques dont la création a été réclamée dans ces derniers temps.
Il serait superflu de faire ressortir les avantages de cette institution. Ces bibliothèques sont un remède puissant contre l'étiolement moral où peuvent tomber des maîtres que leurs fonctions mêmes obligent à vivre dans l'isolement et éloignés le plus souvent de tout foyer intellectuel. Elles sont d'ailleurs une condition sine guâ non des conférences cantonales elles-mêmes, dont les discussions ne peuvent être fructueuses si elles n'ont pour base une somme suffisante de lectures.
Ces bibliothèques rendent des services non moins importants aux délégués cantonaux, ces tuteurs nés de l'instruction primaire, ces conseillers toujours présents de ceux qui sont appelés à la donner. Eux aussi, ils ont besoin de recourir souvent aux sources, de s'initier, dans une certaine mesure, à la conduite des écoles et à la législation qui les régit. Aussi est-ce à eux surtout de patronner une institution dont ils seront les premiers à constater les heureux effets. C'est du reste sous leur inspiration, et souvent avec le produit des cotisations qu'ils se sont imposées ou qu'ils ont provoquées, que se sont fondées le plus grand nombre des bibliothèques d'instituteurs déjà existantes.
Les bibliothèques pédagogiques prennent en ce moment une grande extension ; il s'en crée dans presque tous les départements. Un certain nombre de ces établissements se suffisent à eux-mêmes; d'autres s'adressent au gouvernement poui obtenir une concession de livres que leurs ressources ne leur permettent pas d'acheter.
Du 1er janvier 1876 jusqu'au moment où nous mettons sous presse, le ministère de l'instruction publique a envoyé à 81 bibliothèques pédagogiques 4,000 ouvrages formant environ 5,000 volumes. Les départements qui ont adressé le plus de demandes
sont le Calvados (qui a doté tous ses cantons d'une bibliothèque), le Loiret, Seine-et-Oise, l'Isère, la Charente-Inférieure, l'Hérault, le Rhône, l'Aisne.
Quant aux bibliothèques pédagogiques qui n'ont pas fait de demandes de livres, comme il leur suffit, pour se constituer, de l'autorisation de l'inspecteur d' académie et du recteur, l'administration centrale ne saurait en donner une statistique exacte.
Les bibliothèques cantonales peuvent encore être envisagées à un autre point de vue : on désigne quelquefois sous ce nom des bibliothèques scolaires analogues aux autres quant à la nature des livres, mais plus riches et et plus variées. Les bibliothèques locales ont bientôt épuisé la curiosité de leurs lecteurs, si restreint qu'en soit le nombre. Une bibliothèque cantonale pouvant par un roulement bien combiné faire circuler dans les campagnes un grand nombre de livres nouveaux, double et triple les ressources de chaque commune. Nous ne pouvons que faire des vœux pour que ces bibliothèques scolaires modèles se multiplient et contribuent à la diffusion de l'instruction populaire. [E. Brouard.]
PAYS ÉTRANGERS
La Belgique a une institution analogue sous le nom de bibliothèques des instituteurs. — Un règlement du 10 mai 1847 porte qu'une bibliothèque sera annexée à chaque cercle cantonal de conférence et qu'elle sera formée, entre autres, à l'aide de subsides du gouvernement. Des crédits de 5000 à 600J fr. sont répartis chaque année entre ces bibliothèques, qui reçoivent en outre un certain nombre d'ouvrages provenant des souscriptions prises par le département de l'intérieur. Au 31 décembre 1872 les 156 bibliothèques cantonales des instituteurs possédaient ensemble 52,249 ouvrages formant 67,420 volumes, d'une valeur approximative de 117,634 fr. Les instituteurs des chefs-lieux de canton, sièges ordinaires des bibliothèques de conférence, ont la garde des livres, la charge d'en tenir catalogue, et de les prêter aux confrères qui en font la demande. — Les envois et retours de livres se font par la poste, en franchise de port.
BIBLIOTHÈQUES COMMUNALES. — Les bibliothèques communales sont, comme leur nom l'indique, celles qui appartiennent aux municipalités. On les divise, suivant leur importance, en bibliothèques des villes et en bibliothèques populaires communales. Elles sont administrées par les maires, qui nomment les bibliothécaires, mais elles ont été soumises par l'ordonnance du 22 février 1839 au contrôle du gouvernement et à l'inspection des agents de l'État.
BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES. — Ces établissements ont pour but de répandre le goût de la lecture et de l'instruction parmi le peuple, en mettant des livres à la portée de tous. Leur création est due, soit à l'initiative des municipalités, soit à celle de particuliers ou d'associations libres. Les premières sont communales, les autres privées.
Bibliothèques communales. — Les bibliothèques fondées par des municipalités ou avec leur aide, ou même simplement placées dans des beâtiments communaux, sont obligées de soumettre leur catalogue à l'administration centrale et de la tenir au courant de l'état de la bibliothèque par l'envoi de catalogues successifs datés, imprimés ou manuscrits. Elles sont également tenues d'accepter le contrôle de l'administration centrale pour les listes de livres acquis ou à acquérir, soit par dons, soit avec les ressources de l'œuvre, ainsi que l'inspection de la bibliothèque par l'inspecteur général des bibliothèques et les agents désignés par le ministre de l'instruction publique, le ministre de l'intérieur et le préfet.
BIBLIOTHEQUES
BIBLIOTHEQUES
Comme il y a, dans une bibliothèque un peu étendue, des livres qui ne peuvent ôtre mis entre toutes les mains, les bibliothèques communales ne doivent pas remettre indistinctement les ouvrages à tous les lecteurs, mais placer dans une armoire spéciale, sorte de réserve, ceux qui ne doivent ôtre prêtés qu'à bon escient à des lecteurs sérieux, sous la responsabilité du bibliothécaire.
Elles doivent enfin posséder un Comité d'inspection et d'achat de livres. La liste des membres de ce Comité est soumise par le préfet à l'approbation du ministre. Une fois le comité composé, les nominations qui pourraient avoir lieu ultérieurement par suite de démission, révocation ou décès doivent lui ôtre également soumises.
Il est arrivé que quelques bibliothèques communales ont cru pouvoir se soustraire au contrôle de l'État qui leur paraissait gônant. Cette question a été tranchée en 1874 par le conseil d'État.
La décision de la haute assemblée fut portée à la connaissance des préfets le 4 mai 1874 par une circulaire importante que nous croyons devoir reproduire en grande partie.
« Dernièrement, dit la circulaire dont il s'agit, le maire d'une ville importante a dénié au ministre le droit d'appliquer l'ordonnance du 22 février 1839 concernant l'organisation des bibliothèques publiques. Il a présenté au Conseil d'État une requête tendant à faire annuler, pour excès de pouvoir, un arrôté par lequel j'avais nommé deux membres du comité d'inspection et d'achat de livres de la bibliothèque. Il soutenait que cette nomination appartenait, soit au conseil municipal, en vertu de l'article 17 de la loi du 18 juillet 1837, soit au maire en vertu de l'article 12 de la même loi; et que l'article 38 de l'ordonnance du 12 février 1839 ne pouvait porter atteinte aux droits prétendus de l'autorité municipale-
« Cette étrange prétention n'a pas été admise par le Conseil d'État, dont l'arrêt est ainsi conçu :
« Considérant que les comités institués par « l'article 38 de l'ordonnance du 22 février ont été « créés pour assurer la bonne distribution des ou- « vrages à répartir entre les bibliothèques publi- « ques, ainsi qu'il est indiqué à l'article 37, et la « conservation des ouvrages provenant des libéra- « lités faites par l'État à ces établissements ; que, « même en ce qui concerne les achats et échanges « de livres et l'emploi des fonds, les comités insti- « tués près des bibliothèques communales n'ont « et ne peuvent avoir qu'une mission de surveil- « lance et d'inspection, etc., etc.
« Le conseil d'État, statuant au contentieux, a « rejeté, dans sa séance du 31 mars dernier, la « requête de ce maire. »
« Vous le voyez, monsieur le préfet, l'ordonnance reçoit une nouvelle force de L'arrêt que je viens de citer. Je crois donc devoir appeler votre attention sur la nécessité de veiller à la stricte application des dispositions qu'elle renferme, notamment sur celles des articles 37, 38, 40 et 42 ainsi conçus : « Art. 37. Les catalogues de toutes les biblio- « thèques appelées à participer aux distributions « de livres, pour lesquelles sont et demeurent « affectés les ouvrages provenant soit du dépôt « légal, soit des souscriptions, devront ôtre adres- « ses au ministère de l'instruction publique, et y « constituer le grand-livre des bibliothèques de « France, lequel sera tenu à la disposition de tout « bibliographe, littérateur ou savant.
« Art. 38. Il sera établi par notre ministre de « l'instruction publique, dans toutes les villes qui « possèdent une bibliothèque, sous la présidence « du maire, un comité d'inspection de la biblio- « thèque et d'achat des livres, qui déterminera « l'emploi des fonds consacrés aux acquisitions, « la confection des catalogues, les conditions des « échanges proposés. Tous les ans, à l'époque des
« vacances, l'état des acquisitions sera adressé à « notre ministre de l'instruction publique, pour « être annexé au grand-livre des bibliothèques de « France.
« Art. 40. Toute aliénation par les villes et face cultes des livres, manuscrits, chartes, diplômes, « médailles contenus en leurs bibliothèques, est et « demeure interdite.
« Les échanges ne peuvent avoir lieu que sous « l'autorité des maires et recteurs, avec l'approba- « lion du ministre.
« Art. 42. Tous les règlements des autorités lo- « cales sur le service public, l'établissement du « service de nuit et les fonds affectés aux dépenses « du personnel, du matériel et des acquisitions, « sont adressés au ministère de l'instruction publique et y restent déposés. »
Il es* donc bien entendu que les dispositions précitées de l'ordonnance de 1839, confirmées par l'arrêt du conseil d'État du 31 mars 1874, s'appliquent à toute bibliothèque fondée par les municipalités, qu'elle porte ou non le nom de biblioblique populaire.
Bibliothèques privées. — Quantaux bibliothèques qui sont la dépendance naturelle d'un cercle ou d'une association ou qui ont été fondées par des particuliers, ces fondations sont placées, aux termes des lois municipales et des lois de police, dans les attributions de l'administration préfectorale à laquelle il appartient d'examiner les statuts et les catalogues et d'accorder, de refuser, ou de retirer suivant les cas, l'autorisation dont elles ont besoin pour exister.
Un certain nombre de ces bibliothèques désirent rester indépendantes et ne sollicitent ni l'appui ni le concours du gouvernement. Dans ce cas elles demeurent abolument étrangères à l'administration de l'instruction publique, mais il arrive très fréquemment que ces établissements ne possédant pas de ressources suffisantes pour satisfaire aux demandes de leurs lecteurs, s'adressent au gouvernement pour obtenir des concessions de livres. Elles doivent alors se soumettre rigoureusement aux règles imposées aux bibliothèques communales.
Elles s'engagent à se soumettre à l'inspection de l'État, et, en cas de dissolution de la société ou de fermeture de la bibliothèque, à reverser dans une bibliothèque publique du département les ouvrages accordés par l'État.
Lorsque les bibliothèques populaires ont satisfait aux conditions énumérées ci-dessus, elles peuvent recevoir une concession de livres sur les fonds de l'État. Il n'est jamais accordé deux concessions dans la même année à la même bibliothèque, et la proposition du préfet est nécessaire.
Les administrateurs, bibliothécaires ou commissions de surveillance des bibliothèques qui ont obtenu une concession du ministère, adressent tous les ans au ministre un rapport sur l'état de la bibliothèque, son accroissement, ses services, ses ressources et les progrès réalisés. Ces rapports sont visés par les préfets qui les adressent au ministre en les accompagnant, s'il y a lieu, de leurs observations.
Commission des bibliothèques populaires. — Il existe au ministère de l'instruction publique une commission dite des bibliothèques populaires a laquelle ressortit l'examen des questions relatives à ces établissements. Elle désigne les ouvrages qui doivent être mis dans la réserve par les bibliothécaires et communiqués aux lecteurs sérieux seulement. Elle examine les catalogues et indique les volumes qui doivent en être retirés comme contraires à la morale, à la constitution ou aux lois ; enfin elle décide si les ouvrages qui lui seraient soumis par les auteurs ou éditeurs conviennent ou non aux bibliothèques.
BIBLIOTHÈQUES
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Statistique des bibliothèques populaires. — Au 1er avril 1874 (date de la dernière statistique publiée), la France en possédait 773.
L'enquête de janvier 1873 avait donné un chiffre plus élevé ; mais on avait compté par erreur, au nombre des bibliothèques populaires, un certain nombre de bibliothèques scolaires, qu'un examen attentif a permis d'éliminer.
Ces 773 bibliothèques possédaient 838, 032 ouvrages, ce qui donnait pour 89 départements (y compris l'Algérie), une moyenne de 8,65 bibliothèques par département, avec une moyenne de l,08i ouvrages par bibliothèque, soit une moyenne de 9,416 ouvrages par département.
Les départements qui en possèdent le plus sont l'Aisne, l'Yonne, les Deux-Sèvres, la Seine, la Meuse, le Rhône, le Nord, etc.
Il s'est produit depuis quelques années un grand mouvement en faveur de ces bibliothèques dont le nombre s'accroît rapidement et dont les catalogues s'enrichissent chaque jour. Certaines sociétés, telles que la société Franklin notamment, ont beaucoup contribué à ce développement.
Un crédit de cinquante mille francs est inscrit au budget pour achat de livres destinés aux bibliothèques populaires. [L. Armagnac]
Cf. — Conseils pour V établissement des bibliothèques communales, par Jean Macé (Paris, Iletzel, 1864). — Des bibliothèques scolaires d'adultes, par L. Maggiolo (dans le Souvenir des conférences pédagogiques de la Sorbonne), 1868. — L'instruction primaire et les Bibliothèques populaires en France, par Jules Simon {Bévue des Deux Mondes, 15 sept. 1863).
PAYS ÉTRANGERS
ALLEMAGNE. — L'organisation des bibliothèques populaires (Volksbibliotheken) a pris depuis quelques années un très grand développement surtout dans la Saxe et le Wurtemberg. Dans ce dernier pays les bibliothèques sont classées en deux groupes distincts : les unes, principalement agricoles et destinées aux communes rurales, dépendent de la direction de l'agriculture, les autres de la direction du commerce et de l'industrie, qui subventionne en outre diverses sociétés pour la propagation de ces utiles établissements. Berlin a dans ses bibliothèques populaires une circulation annuelle de 200,000 à 250,000 volumes. — Cf. un rapport du Dr Jannasch de Dresde sur la marche des bibliothèques populaires en Allemagne (1877).
ANGLETERRE. — La plupart des villes industrielles sont richement dotées en ce qui concerne les bibliothèques gratuites à l'usage des ouvriers ; de plus, c'est en Angleterre qu'on a commencé à employer d'une façon très générale les « bibliothèques circulantes. »
BELGIQUE. — La Ligue de l'Enseignement voulant, en 1865, commencer une campagne en faveur de la fondation de bibliothèques populaires, a fait une enquête pour connaître la situation. La Belgique possédait à ce moment 85 bibliothèques populaires, dont 53 fondées par les communes et 32 fondées par des associations privées. Presque toutes les bibliothèques dues à des associations se trouvaient dans les provinces flamandes.
Pour aider au développement des bibliothèques populaires, la Ligue a commencé par publier un travail très complet de M. Annoot, contenant des instructions détaillées et un catalogue de livres flamands et français recommandés. Elle a promis une prime de 50 fr. à toute bibliothèque nouvelle. Grâce à ces efforts, dans lesquels elle a été puissamment secondée par les sociétés Franklin de Lirge, des Soirées populaires de Verviers, du Willems-Fonds de Gand, 84 bibliothèques nouvelles ont été fondées jusqu'au 31 décembre 1S76 ; leur nombre a donc doublé en 11 ans. Le nombre des lecteurs s'est considérablement augmenté aussi. Les livres prêtés peuvent se classer ainsi, en commençant par les
plus demandés : 1° Romans; 2° Voyages; 3* Histoire ; 4° Industrie et sciences ; 5° Littérature classique ; 6° Agriculture.
Un moyen imaginé en Belgique, croyons-nous, pour augmenter les ressources des bibliothèques, a été l'institution des collectes de livres. La société Franklin à Liège, la Ligue à Bruxelles, ont annoncé qu'à un certain jour des camions parcourraient ces villes pour recueillir tous les livres qu'on voudrait donner. Plus de 30,000 volumes ont été obtenus ainsi ; un triage a été fait, les bons livres ont été partagés entre les bibliothèques populaires, les autres ont été vendus, et le produit a été affecté à l'achat de bons livres.
États-Unis. — Boston possède une bibliothèque populaire qui peut être citée comme un modèle. La direction de cette bibliothèque, pour la commodité des habitants, a créé six succursales, ayant chacune son salon de lecture et contenant de 0 à 10,000 volumes. Le chiffre total des volumes s'élève à 32,000. Le nombre des emprunteurs est en moyenne de 130,000 à l40,0i>0. Une moyenne de 4000 volumes sortent et rentrent tous les jours. Pour épargner autant que possible aux ouvriers la perte de temps et les frais de déplacement, la bibliothèque entretient, dans les grandes usines et dans les docks, des agents chargés de recevoir les demandes des livres et d'y répondre.
[Ch. Buis.]
BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES. — L'histoire des bibliothèques publiques, en prenant ce mot dans son acception la plus générale, n'appartient pas proprement à l'enseignement primaire; mais il est impossible d'en faire abstraction si l'on veut apprécier l'état général de l'instruction populaire aussi bien que supérieure dans un pays et dans un temps quelconque. D'ailleurs, en fait, beaucoup de bibliothèques publiques ont au moins une section qui peut, qui doit être considérée comme une grande bibliothèque populaire.
Nous allons donc esquisser très sommairement l'historique des bibliothèques en France et y ajouter les renseignements les plus essentiels sur les pays étrangers.
FRANCE
Au moyen âge. — On sait qu'avant l'invention de l'imprimerie les livres étaient rares et chers; l'enseignement devait être le plus souvent oral, et les cahiers écrits par les élèves studieux se transmettaient précieusement. Les premières bibliothèques, si l'on peut leur donner ce nom, furent les petites collections de manuscrits que certains bienfaiteurs des étudiants leur prêtaient ou leur léguaient par testament. Gérard d'Abbeville, l'un des premiers professeurs de la Sorbonne, mort en
1270, lègue aux étudiants « un corps théologique dans lequel il avait coutume d'étudier. »
Maître Gauthier de Biencourt donna à la Sorbonne une bible destinée aux écoliers originaires d'Amiens ; nous avons trouvé aussi à la Bibliothèque nationale trois volumes provenant de la Sorbonne et dont l'usage était réservé aux Flamands. En
1271, un archidiacre de Cantorbéry, nommé Etienne, légua tous ses livres au chapitre de l'église Notre-Dame de Paris, pour être mis à la disposition des étudiants pauvres. Au xme et au xive siècle, le prêt se faisait sans grande difficulté moyennant quelques garanties, le serment par exemple pour les étrangers (règlement de la bibliothèque de la Sorbonne, 1321). Au xve siècle, à mesure qu'augmenta le nombre des emprunteurs, l'accès des bibliothèques devint beaucoup plus difficile.
Quand le roi Louis XI veut emprunter un livre à la Faculté de médecine, celle-ci exige de lui une caution énorme : douze marcs de vaisselle d'argent et un billet de cent écus d'or.
A mesure que la science se répandit en dehors
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BIBLIOTHÈQUES
des cloîtres, les bibliothèques conventuelles fermèrent leurs portes. Klles ne furent pas immédiatement remplacées par des bibliothèques publiques dans le sens moderne du mot. C'est seulement au xvne siècle que la chaîne fut renouée entre le passé et le présent par un personnage que son titre rattachait au monde ecclésiastique et ses fonctions au monde laïque, le cardinal Mazarin.
Depuis le xvn° siècle. — Dans son palais, qu'occupe aujourd'hui la Bibliothèque nationale, Mazarin fit rassembler par Gabriel Naudé 12,000 volumes, et, à la fin de l'année 164:5, il ordonna que, chaque jeudi de 8 à 1 1 heures et de 2 à 5 heures, cette bibliothèque fût « commune à tous ceux qui y voudroient aller « estudicr. » 11 n'y avait alors en Europe que trois bibliothèques où les lettrés eussent un facile accès : l'Ambrosienne de Milan, l'Angélique de Rome et la Bodléienne d'Oxford. Mais l'exemple de Mazarin eut promptement des imitateurs. Neuf ans plus tard, en 1652, un conseiller au parlement, Henri du Bouchet, sieur de Bournonville, légua à l'abbaye de Saint- Victor sa bibliothèque, « ses plus chères délices, » sous la condition que « les gens d'estude a eussent la liberté d'aller y estudier trois jours delà « semaine, trois heures le matin et quatre heures a l'aprédiné. » Puis s'ouvrent successivement au public: en 1708, une bibliothèque pour l'ordre des avocats, fondée par le testament de l'avocat Etienne Gabriau de Riparfonds; en 1718, la bibliothèque des Pères de la doctrine chrétienne ; en 1735, la bibliothèque du roi: puis celles de l'église Sainte-Marguerite f 1738) ; de l'abbaye de Saint- Germain des Prés (1745) ; de la Faculté de médecine (1746) ; de l'abbaye de Sainte-Geneviève (1759), de la Ville de Paris (1763), et de l'Université (1770).
La plupart de ces collections ont été dispersées pendant la Révolution, mais d'autres leur ont succédé. Sans entreprendre de les passer en revue, rappelons sommairement l'histoire de la première de toutes, la Bibliothèque nationale.
La bibliothèque nationale remonte en réalité au roi Charles V. Il rassembla dans une des tours du Louvre 973 manuscrits, dont le catalogue fut dressé en 1373 par Gilles Malet, « son varlet de chambre ». A la suite de diverses vicissitudes, 853 volumes seulement subsistaient sous Charles VII. Mais Louis XII éleva ce chiffre jusqu'à 1890 volumes et les transporta au château de Blois, où ils restèrent de 1500 à 1544 ; François Ier créa une autre bibliothèque à Fontainebleau, et ces deux collections furent ensuite réunies à Paris. De 1595 à 1614, elles restèrent en dépôt au collège de Clermont, d'où elles passèrent au couvent des Cordeliors, et enfin (1622) dans une maison de la rue de la Harpe, où elles restèrent jusqu'en 1666 : le nombre des volumes était de 16,746 en 1C61. Colbert, qui s'intéressait vivement â cotte collection, la fit transporter en 1666 rue Vivienne, dans une vaste maison qui lui appartenait et qui était presque contiguë à son propre hôtel. Ce local, successivement agrandi, renfermait 30,000 volumes en 1669, 43,000 en 1688, 70,000 en 171 i et 96,000 en 1721. Il fallut alors l'abandonner, et la bibliothèque fut transférée dans l'ancien palais Mazarin, qui est à peu près représenté par l'emplacement actuel. Dès l'année suivante, on y comptait 80,000 volumes imprimés et 18,000 manuscrits, qui furent mis à la disposition du public en 1735, sous l'administration du bibliothécaire Jean-Paul Bignon. Au moment de la Révolution, la bibliothèque renfermait 152,868 imprimés, auxquels Van-Praet ajouta plus de 300,000 volumes, choisis parmi les ouvrages confisqués aux émigrés et aux maisons ecclésiastiques supprimées. De nouvelles acquisitions portèrent en 1818 à 800,000 le nombre des volumes possédés par la bibliothèque, qui en renferme aujourd'hui près de deux millions, Elle est offerte tous les jours de dix à quatre heures. L'entréo est libre dans la!
salle de lecture ; pour avoir accès dans la salle de travail, dans les départements des manuscrits, des cartes géographiques et des médailles, il faut être muni d'une carte spéciale, que délivre l'administrateur général et qui n'est refusée à aucun travailleur sérieux.
Le bibliothécaire chargé du service de la salle de lecture adresse tous les ans à l'administrateur général un rapport qui est publié dans le Bulletin du ministère. Ce rapport donne les détails les plus intéressants sur le public qui fréquente la salle, sur le nombre et la nature des ouvrages demandés, etc. (Cf. en particulier, Bull. adm. du min. 1877, n. 409.)
Les autres grandes bibliothèques publiques de Paris sont :
La bibliothèque Mazarine, au Palais de l'Institut, créée par Mazarin qui la rendit publique dans son propre palais dès 1643 ; elle possède aujourd'hui 200,000 imprimés, 2,000 incunables, 0,000 manuscrits (elle a peu de livres modernes).
La bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon, fondée en 1024 par le cardinal de Larochefoucauld, abbé commendataire de Sainte-Geneviève, plus que doublée en 1 7 1 0 par Ch.Maur. Le Tellier, archevêque de Reims ; publique depuis 1759 (160,000 imprimés, 5,000 manuscrits).
La bibliothèque de l'Arsenal, rue de Sully, formée des précieuses collections de René d'Argenson, marquis de Paulmy, qui furent vendues au comte d'Artois (Charles X) en 1785. C'est une collection de 250,000 imprimés et 6,000 manuscrits qui n'a pas de rivale pour l'histoire de notre littérature.
La bibliothèque de l'Université, à la Sorbonne,. créée en 1763 par le recteur Gabriel Petit de Montempuis (10,000 volumes'.
La bibliothèque de la Ville de Paris (rue Sévigné). Brûlée à l'Hôtel de ville pendant la commune, et reconstituée dans l'hôtel Carnavalet,, (riche collection de tous les ouvrages intéressant l'histoire de Paris).
La bibliothèque de la Faculté de médeciner publique dès 1746 (60,000 vol.)
La bibliothèque de la Faculté de droit, créée en 1804 (15,000 volumes).
La bibliothèque du Muséum d'histoire naturelter créée en 1794 (50,000 volumes).
La bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers, installée dans l'ancien réfectoire des religieux de Saint-Martin des Champs, (25,000 volumes de technologie).
La bibliothèque du Conservatoire de musique, fondée en 1794 (30,000 volumes de musique .
La bibliothèque nationale] polonaise, quai d'Orléans, fondée en 1839 (40,000 volumes).
Paris renferme un grand nombre d'autres bibliothèques précieuses pour l'étude spéciale de certaines branches de la littérature, des sciences et des arts. Si elles ne sont pas publiques, l'accès en est presque toujours facile à obtenir : il suffit en général d'adresser une demande, soit au bibliothécaire, soit au ministre dont dépend la collection. Citons entre autres : la bibliothèque de l'Institut, celles du Corps législatif et des différents ministères, celles de la Cour de Cassation, de la Cour d'Appel et du Tribunal de première instance, les bibliothèques de la Préfecture de police et de l'ordre des avocats, celles des dépôts de la Guerre, des fortifications, des cartes et plans de la marine, les bibliothèques de l'École de pharmacie, de l'École des mines, de l'École des Ponts et chaussées et de 1 École des beaux-arts, la bibliothèque des Jésuites de la rue des Postes et celle de la Société de l'histoire du protestantisme.
BiBLIOTUÈQIES DES DÉPARTEMENTS. — Les bibliû-
thèques publiques des départements datent, en général, du décret du 14 novembre 1789, qui attribua les livres confisqués dans les communautés