BOULIER-COMPTEUR
plier les écoles, élever le traitement des instituteurs, introduire les réformes utiles, donner aux études primaires un caractère pratique, mais il respectait l'initiative des communes, il conservait aux pères de famille ce droit de surveillance locale consacré sous l'ancien régime par la loi et par l'usage. Il n'avait pas oublié les leçons de son maître d'école, il se souvenait de l'état prospère de l'instruction dans son département, où la moyenne des conjoints illettrés, de 1786 à 1790, n'était que de 24,19 p. 100 (iO,74 pour les époux, 37,64 pour les épouses); aussi il repoussait les doctrines et les théories révolutionnaires, il les combattait avec une éloquente conviction. Ses contradicteurs, Louvet de la Somme, André du Bas-Rhin, discutaient ce qu'ils appelaient des erreurs de principes , mais ils rendaient justice à ses talents, à sa profondeur, à S07i érudition (Séances du Conseil des Cinq-Cents, 13-14-18-21 germinal an VIII). Nous n'avons pas à le suivre dans les péripéties de sa fortune politique. Qu'il nous suffise de rappeler que par son libéralisme et son impartialité par l'élévation de son esprit, par sa fidélité à la cause qu'il avait servie, il mérita l'éloge que l'empereur avait fait de lui à Sainte-Hélène : « Boulay est vraiment un brave et honnête homme. » . [L. Maggiolo.J
BOULAY DE LA MEURTHE (Henri-Georgesï, — Fils du précédent, né à Nancy le 15 juillet 1797. mort à Paris le 27 novembre 1 85H. II avait accompagné son père sur la terre de l'exil et terminé en Allemagne de fortes et sérieuses études. De retour en France, il avait déjà acquis une certaine notoriété au barreau de Paris, lorsque les événements de juillet 1830 l'appelèrent à la vie politique. A l'exemple de son père, il pensait que l'ordre est indispensable à la liberté, il fut toujours l'ennemi de l'anarchie; colonel de la onzième légion de la garde nationale de Paris, il réprima avec vigueur et avec énergie l'émeute à l'époque du procès des ministres, du pillage de l'archevêché et des sinistres journées de juin. Successivement député de la Meurthe (1834-1839) et des Vosges (1842-1848), membre du Conseil général de la Seine, du comité central de l'instruction primaire, vice-président de la République, président du conseil d'État, il s'occupa toujours avec la plus vive sollicitude des institutions de prévoyance et de l'éducation si nécessaires à l'amélioration matérielle et morale des classes pauvres. Personne plus que lui n'a étudié, traité et compris les questions relatives à la marche et aux progrès de l'instruction primaire dans les écoles publiques, dans lès écoles privées, en France et à l'étranger. A la Chambre des députés, au Conseil d'Etat, où il retrouvait les traditions de son père, à la Société pour l'instruction élémentaire dont il dirigea, pendant vingt années, les utiles travaux, il plaida toujours avec conviction, avec dévouement, la cause des écoles et des maîtres.
En ce qui concerne la situation des instituteurs, il demanda pour eux les augmentations de traitement, l'établissement d'une caisse de retraites, le droit de devenir percepteur sans verser de cautionnement, etc. Il ne comprenait pas moins bien les besoins pédagogiques, et en particulier la nécessité de donner et de conserver aux études élémentaires un caractère d'utilité pratique ; mais il réclamait l'établissement d'un enseignement primaire supérieur, la constitution d'un enseignement professionnel pour les jeunes filles de la classe ouvrière, l'introduction de l'enseignement civique dans les classes supérieures de l'école primaire, l'étude du dessin, de la gymnastique, etc. Il était partisan de la gratuité absolue de l'enseignement primaire. Membre du Conseil général et du Comité central de l'instruction primaire de la Seine, c'est à lui que ce département doit l'adoption de la méthode Wilhem (1835), l'introduction dans le pro-
gramme des écoles de Paris du dessin linéaire, de la gymnastique, de l'hygiène et de la morale, la suppression des classes payantes, l'organisation des leçons monitoriales, l'augmentation successive du traitement des instituteurs, la suppression facultative des vacances, l'organisation de l'école primaire supérieure, la première nomination d'un instituteur comme chevalier de la Légion d'honneur, etc., etc.
Il a laissé sur les diverses matières que nous venons d'énumérer et sur une foule d'autres questions pédagogiques, des discours et des rapports pleins d'intérêt qui méritent d'être étudiés et consultés. (V. en particulier Bibliographie, 1840, 1842, 1850, 1852, 185.S.)
La ville de Nancy possède sa riche bibliothèque offerte en 1862 par sa veuve, née Louise-Julie Michaud. Les ouvrages ayant rapport à l'enseignement primaire que comprend cette bibliothèque forment 520 volumes environ ; chacun de ces volumes bien reliés renferme de 10 à 15 mémoires, documents ou pièces, avec une table analytique et des notes ; c'est le recueil le plus complet et le plus précieux. La liste en serait longue à dresser; je signale seulement, d'après l'inventaire, les volumes où se trouvent les travaux de M. Henri Boulay: N° 15 853, collection des opuscules sur l'instruction primaire élémentaire et discours législatifs, II vol. in-8; 19787, recueil in-8, discours législatifs de 1837 à 1849-50; 15 583, recueil in-8, 4 vol., instruction primaire, opuscules par ordre chronologique de 1830 à 1850; 15 853, recueil d'opuscules sur l'instruction primaire, enquêtes, localités diverses, 1830 à 1850, 1 vol. in-8; 15 653, travaux de Boulay, de la Meurthe dans la Société pour l'instruction élémentaire, Paris, 1865, 6 vol. in-8.
Membre de la commission chargée de préparer la publication de la correspondance de Napoléon Ier, il se livrait avec ardeur à ce travail, lorsque la mort vint le frapper avant l'heure de la vieillesse. Le comte Henri Boulay de la Meurthe fut laborieux et calme, courageux et bienveillant pour tous; son nom et sa mémoire seront toujours honorés par les amis de l'instruction populaire. [L. Maggiolo.]
BOULET (Pierre). — Instituteur, né à Massiac (Cantal), le 10 mai 1794, obtint au concours, le 25 mai 1821, la direction de l'école Gauthier, fondée par la Société pour l'instruction élémentaire. Le zèle qu'il montra dans cette école, lui valut d'être placé par le préfet de la Seine, le 23 mai 1827, à la tête de l'école de garçons de la Halle aux draps, qui n'avait à son arrivée que 120 élèves et en compta bientôt plus de 400. Cette école, habilement dirigée, reçut le titre d'Ecole modèle et devint le type des établissements du mode mutuel, suivant le système du comité central de Paris, et d'après le manuel de Sarazin. Boulet, devenu membre du comité central, poussa le dévoûment jusqu'à faire classe le jeudi et pendant les vacances. Il fut récompensé de son zèle par la nomination de chevalier de la Légion d'honneur le 1er mai 1847 : ce fut le second instituteur public de Paris qui obtint cette distinction.
On lui doit les Dictées d'écriture et quelques autres manuels scolaires qui eurent un grand succès à l'époque du mode mutuel, mais qui sont complètement oubliés aujourd'hui.
[Aug. Demkès.]
BOULIER-COMPTEUR, BOULIER -NUMÉRA- TEUR, etc. — On appelle ainsi des instruments employés dans les salles d'asile et dans les classes très élémentaires pour initier de tout jeunes enfants à la première pratique du calcul.
L'idée de faire compter par les enfants des objets matériels avant de leur parler des nombres abstraits et des chiffres qui les représentent est trop naturelle pour ne pas être aussi ancienne que la civilisation. Elle a fait inventer dès l'antiquité des