‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 133 sur 547 · BOULAY · texte numérisé non relu

BOULAY

vingt ans la philosophie dans les collèges de Paris, puis devint successivement proviseur, inspecteur d'académie, inspecteur général de l'enseignement secondaire.

11 se fiteonnaître dans le monde savant pardi\ éditions et traductions d'ouvragr\s philosophiques. Mais, quelle que soit la haute valeur de ces publications, ce ne sont pas elles qui ont vraiment fait sa réputation. Son nom est resté attaché à des œuvres moins érudites, mais dans lesquelles il a entrepris de populariser la science. Dès 1827, il publiait en 2 volumes in-8, un Dictionnaire classique de l'antiquité sacrée et profane. L'accueil fait à cet excellent livre fournit à l'auteur l'idée et lui inspira urage d'élargir son cadre et de rassembler (lins un môme ouvrage toutes les connaissances essentielles qui se rapportent aux temps anciens et modernes. Après un labeur opiniâtre de plus de dix ans, il donna son Dictionnaire universel d'/risioire et de géographie (1 vol. gr. in-8, 1842) Il ajouta ensuite à ce livre deux autres qui le complètent. Dix ans séparent l'apparition de chacun de ces ouvrages, entreprises colossales qui n'ont pu, môme avec l'aide de collaborateurs, être menées à bonne fin que grâce à l'énergie et à la puissance de travail qui caractérisait M. Bouillet. {Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts, 1854; Atlas universel d'histoire et de géographie, 1864.)

La réunion de ces trois ouvrages forme toute une encyclopédie, dont l'immense succès, attesté par de nombreuses éditions, a rendu le nom de l'auteur justement populaire. M. Bouillet a eu des imitateurs, mais le mérite de la conception lui reste tout entier, et ses ouvrages gardent une supériorité incontestable. Il était impossible de réunir plus de faits, de les présenter avec plus d'exactitude, de les exposer avec plus de précision. Tous les articles du Dictionnaire d'histoire et de géographie, en particulier, reposent sur une immense lecture, mais sont fondus d'un seul jet. On sent que l'auteur ne parle que de ce qu'il sait et de ce qu'il sait bien. Par là il a rendu un immense service, non pas seulement aux gens du monde et aux lettrés, mais à tous ceux qui, à un degré quelconque, s'occupent d'enseignement. Si solide que soit l'instruction d'un professeur, si sûre que soit sa mémoire, il a toujours besoin de préciser quelque souvenir, de se mettre en garde contre quelque erreur, quelque oubli ou quelque confusion. Mais le livre de M. Bouillet, ou, comme on le dit d'une manière expressive, « le Bouillet » est là pour obvier aux défaillances de la mémoire. Le maître qui prépare son enseignement n'a plus à craindre d'être pris au dépourvu et d'avancer au hasard un fait de quelque importance : il n'a qu'à étendre le bras vers le Dictionnaire de M. Bouillet, qui le tire d'incertitude.

De plus, les livres de M. Bouillet sont pour les maîtres de parfaits modèles d'une exposition claire, nette, précise, qui va droit au but, qui dit tout le nécessaire, qui donne l'intéressant et l'utile sans tomber jamais dans le curieux et le superflu. En répandant ainsi à profusion une science exacte et saine, M. Bouillet a bien mérité de l'enseignement populaire comme de l'enseignement supérieur. [A. Chassang.]

lîOUILLY (Jean-Nicolas). — Littérateur, né à Comlraye, près de Tours en 1763, mort en IS42. On cite de lui un trait de grand courage. Sous la Terreur, chargé à Tours d'un emploi fort difficile, celui d'accusateur public, il exerça ses fonctions avec la plus grande modération. Dans une émeute, il s'opposa énergiquement au massacre des prisonniers ; et, blessé d'un coup de pioche au menton, dit à celui qui le frappa : Qu'est-ce que cela prouve? Il prit part, après lé 9 thermidor, aux travaux de la commission d'instruction publique ;« il con-

tribua beaucoup, ait Miciiuuu, à l'orgauibaiion des écoles primaires. »

Comme écrivain, Bouilly mérite de figurer dans ce dictionnaire pédagogique. Il occupe une place à lui parmi les conteurs et les instituteurs de l'enfance ; il sert d'intermédiaire c itre Berqnin et Stahl. Son originalité tient à ce qu'il transporta dans les contes le mouvement et l'art de composition des ouvres de théâtre. Auteur dramatique très applaudi, il avait déjà obtenu des succès éclatants à la Comédie Française, au Vaudeville et à l'Opéra-Comique, avec L'Abbé de FÉpée, Fanchon In Vielleuse, et Les Deux Journées, quand un hasard touchant lui mit la plume de conteur à la main. Sa fille, âgée de dix ans déjà, ne voulait pas apprendre l'orthographe. Il imagina de lui dicter chaque matin un fragment de conte où il intercalait adroitement diverses difficultés grammaticales et il n'achevait le récit que quand l'enfant avait écrit sa dictée sans faute. Elle sut bientôt toutes ses règles; sa curiosité lui servait de stimulant; c'est la première fois qu'on avait eu l'idée de s'adresser à l'imagination pour enseigner la grammaire. Le succès de l'auteur fut égal au succès de l'élève. Béunis en volumes, les Contes à ma fille se répandirent par milliers d'exemplaires. Composés pour une enfant, dictés à une enfant, ils se sentaient de la présence de l'enfant. Ce n'était pas un auteur, s'enfermant dans son cabinet pour écrire sur l'enfance, c'était bien un père, ayant sa fille sous ses yeux, inspiré par ce petit visage et par ces regards émerveillés, suivant à la trace sur cette physionomie mobile l'effet du récit, averti, guidé par ses rires, par ses larmes, semblable enfin à un auteur dramatique , qui improviserait sa pièce devant le public, ne là, sans doute, l'émotion et la vie répandus dans les contes de Bouilly. Le style, sans doute, en est un peu trop fleuri, les personnages sont un peu trop attendris, trop affectueux, ils rappellent l'époque où la se?isibilité jouait un si grand rôle dans la littérature ; mais l'invention du sujet, la marche de l'action, la disposition des diverses péripéties, la vérité du dialogue, la composition, enfin, donnent à chacune de ces anecdotes l'intérêt croissant d'une petite comédie. Après les Contrs à ma fille vinrent les Conseils à ma fille, les Jeunes Femmes. Le maître suivait l'âge de son élève, et il termina sa carrière de conteur par deux volumes écrits sur la demande de la duchesse de Berry, pour le comte de Chambord et sa sœur, sous le titre de Contes aux enfants de France. La morale non seulement la plus pure, mais la plus élevée anime chacun de ces récits qui poussent tous à la générosité des sentiments. M. Bouilly mourut à 79 ans entouré de l'estime et de la vénération générale. [E. Legouvél

BOULAY dit DE LA MEURTRE (Antoine-Jacques-Claude Joseph). — Né à Chaumouzey (Vosges), le 17 février 1761, mort à Paris le 2 février 1840. Il était fils d'un cultivateur aisé, et fut envoyé de bonne heure au collège épiscopal de Toul, où le fils de l'instituteur de Saffais, petit vilage de Lorraine, François * de NeQfchàteau, plus tard son collègue et son ami, était déjà professeur de poésie française. Après de fortes et sérieuses études, il se destinait à la carrière du barreau, lorsque la Révolution éclata; en 1792, enrôlé volontaire au bataillon de la Meurthe, avec Lobau et Drouot, ses illustres compatriotes, il vola à la défense du pays envahi. Dévoué aux principes de 1789, qu'il avait adoptés avec enthousiasme, il repoussa les violences de 1793; proscrit par les hommes de la Terreur, il devint bientôt, par l'énergie de son caractère, l'un des chefs autorisés du parti modéré. Le département de la Meurthe l'envoya, en l'an V, au conseil des Cinq- Cents, où il prit une part active et intelligente aux discussions relatives à la grave question de l'organisation de l'enseignement public. Il voulait muiti-

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