BOURGEOISES
Unis, du moins pour les institutrices. Ce n'est pas à elles que Bourdon avait songé, car il était d'avis que « l'éducation publique ne convenait aux filles sous aucun rapport » et que « la meilleure éducation qu'elles puissent recevoir est celle qu'elles reçoivent de leur mère.
En 1789 il demanda à l'Assemblée constituante de recueillir dans sa maison, pour le faire servir par ses élèves, un vieillard dont on avait beaucoup parlé, le centenaire du Jura. Bientôt après commença le rôle politique de Bourdon, dont nous n'avons pas à parler ici. Rappelons seulement qu'il fut membre de la Commune de Paris après le 10 août; qu'élu à ia Convention, il siégea sur les bancs de la Montagne ; qu'au 9 thermidor, il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la chute de Robespierre; et qu'emprisonné plus tard à la suite de la journée du 12 germinal an III, il ne fut remis en liberté que sous le Directoire. Ses fonctions de représentant du peuple ne l'empêchèrent pas de continuer à s'occuper d'éducation. Il avait obtenu en 1792 du département de Paris le ci-devant prieuré de Saint-Martin des Champs pour y établir un orphelinat qu'il nommait la Société des Jeunes Français. Il fit insérer au Moniteur du 24 février 1793 (n<> 55) la note suivante, qui peint bien l'esprit de l'époque et de l'homme : « La Société des Jeunes Français a pour objet de faire l'essai des meilleures méthodes d'éducation et de prouver par le fait que les jeunes gens s'attacheront à leurs devoirs dès qu'ils auront la jouissance de leurs droits. 70 élèves delaNation y sont réunis et s'y gouvernent eux-mêmes d'après les principes de la déclaration des droits sous la surveillance de quelques amis de la jeunesse, qui ont leur confiance, parce qu'ils ne grondent, ne punissent, ne récompensent jamais. » La Convention nomma une commission pour assister aux exercices; elle entendit un rapport dont voici quelques extraits : « Le 1er acte s'est ouvert par une assemblée générale des jeunes élèves, qui ont délibéré sur les affaires de leur petite république...; à. cette scène a succédé la tenue d'un tribunal, des juges, des jurés, un accusateur public, des prévenus.. . jugés suivant les formes républicaines. Au 2e acte, la scène représentait un atelier, où ces mêmes élèves se livrent avec ardeur à l'exercice de divers métiers..., tels que cordonnier, imprimeur, menuisier... ; les arts d'agrément ne sont pas négligés : un imprimeur, un menuisier quitte ses outils et vient au clavecin..., d'autres exécutent un duo sur le violon. Le 3e acte a commencé par un hymne à la nature et des exercices gymnastiques.. » L'établissement fut subventionné sur la demande des rapporteurs ; mais lorsque Léonard Bourbon fut emprisonné en germinal an III, l'école se trouva sans directeur. « Cette école, dit alors le député Plaichard, n'offre que l'affligeant tableau du désordre dans toutes ses parties, presque point de discipline intérieure, peu de moralité, peu de progrès et nulle base de comptabilité. . . ; et cet établissement, commencé par l'étalage du luxe et de l'ostentation, finit par ne plus offrir que le spectacle de la détresse et ds la misère. » Les élèves furent transportés à l'Institut de Liancourt * (2 avril 1795).
Comme membre du Comité d'instruction publique de la Convention, ainsi que de la Commission d'éducation nationale nommée le 3 juillet 1793, Léonard Bourdon avait pris une part active aux discussions relatives à l'instruction publique, et entre autres aux débats qui eurent lieu sur le plan de Michel Lepelletier; ce fut lui qui présenta le 1er août, la rédaction du projet Lepelletier amendé par la Commission; ce fut lui encore qui, ayant changé d'opinion quelques semaines plus tard, demanda que le décret établissant des maisons communes d'éducation lut rapporté (V. Convention, p. 538 et 540). 11 fut chargé, en fri-
maire an II, de la rédaction du Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français (V. Livres élémentaires de la première République, p. 1607), dont il publia en cette qualité les quatre premiers numéros.
Sous le Directoire, Bourdon essaya de rétablir son Institut d'éducation sur un plan plus vaste. Le général Jourdan, rapporteur, proposa aux Cinq-Cents (22 octobre 1798) de faire l'expérience de ce « nouveau mode d'éducation basé sur la théorie et la pratique des professions mécaniques. » Bourdon le développa dans un mémoire au département de la Seine ( Voeu, de la nature et de la Constitution de Van III). Mais le projet ne paraît pas avoir été exécuté, et nous retrouvons sous l'Empire l'ancien conventionnel, dans les dernières années de sa vie, dirigeant obscurément à Paris une simple école primaire.
BOURGEOISES (Écoles). — En allemand Uùrgerschulen. — On appelle ainsi en Allemagne, en Autriche et en Suisse, et on appelle d'un nom synonyme dans les pays Scandinaves et en Hollande un établissement scolaire sui generis, dont l'équivalent n'existe pas chez nous. C'est une école qui se place, soit au point de vue des études, soit à d'autres égards, entre l'école primaire proprement dite et la Realschule *. C'est une école primaire, mais qui ne porte plus ce nom allemand si caractéristique d'école populaire (Volksschule) ; c'est une sorte d'école primaire supérieure, quelquefois même une école primaire s'adressant à une classe de la population un peu plus aisée.
Pour bien apprécier le sens de ce mot, il faut se reporter à l'époque où il a été créé. Un des premiers, le premier peut-être, Francke * l'employa et lui donna sa signification normale : il y avait en Allemagne et partout des collèges ou gymnases qui étaient des écoles classiques, des écoles latines comme on les nommait. Au-dessous de cet enseignement, il n'existait rien que l'enseignement du peuple, celui qui se donnait dans les « petites écoles » ou les « écoles des pauvres ». Le besoin se fit sentir tout d'abord dans les villes, dans les grands centres de l'industrie et du commerce, de donner aux enfants des bourgeois une instruction plus complète que celle des Volksschulen et pourtant tout autre que celle des collèges classiques : ainsi naquirent les écoles des bourgeois dites aussi en Allemagne écoles allemandes, par opposition aux écoles latines; dès la fin du xvme siècle, toute ville libre importante tenait à honneur d'offrir aux enfants des bourgeois cet enseignement plus pratique et plus restreint, mais non moins soigné que l'enseignement spécialement philologique et théologique des gymnases et des universités. Si bien qu'on en vint à dire presque indifféremment : école urbaine ou école bourgeoise.
Dans la suite, ce genre d'établissement se développa tellement qu'il fallut le subdiviser. L'école bourgeoise, à son tour, eut plusieurs degrés ; au sommet, se trouva la Realschule, sorte de collège complet des classes moyennes, à l'usage des enfants qui, destinés au commerce, aux emplois administratifs, avaient besoin d'une instruction très solide, très variée, mais plutôt commerciale que classique, plutôt scientifique que littéraire. Au-dessous et pour y préparer vint la liùrgerschule supérieure; enfin la simple Bùrgerscnule, tantôt parallèle, tantôt (ce qui vaudrait mieux) superposée à l'école primaire élémentaire.
Cette subdivision des Biirgerschulen explique suffisamment la très grande diversité de leurs programmes.
Pour ne pas séparer dans l'examen de cette question les pays germaniques de ceux du reste du monde, nous comparons leurs programmes à ceux des écoles primaires supérieures des autres pays au mot Enseignement primaire.