BOURGOGNE
BOUKCîOGNE. — L'existence des écoles dans cette riche et vaste province est un fait historique incontestable, à partir du ix' et du xe siècle. L'empereur Charles envoie son fils Lothaire au monastère de Saint-Germain d'Auxerre. l'ernon, saint Odon, saint Maieiil, fondent ou réforment Cluny; à Autun, à Màcon, à Châlon, à Châtillon, à Dijon, auprès de la basilique de Saint-Bénigne, il y a des livres, des écoles claustrales et cathédrales et aussi des maîtres justement illustres : le Scolastique Honoré, Pierre le Vénérable et tant d'autres.
A partir du xme siècle, les pièces d'archives sont nombreuses : on trouve sur les registres des paroisses les noms et la série des maîtres ; l'école est souvent annexée aux aumôneries, aux maisons- Dieu ; il y a des prébendes préceptoriales. On trouve mention, en 1220, à Tonnerre, d'un Richard « magister scholarum »; en 1241, en 1263, de legs divers aux « pauvres écoliers ». En 131 G, à Auxerre : présent de vin au maître d'école par le chambrier du chapitre; 1341, à Chitry, accord entre le curé et les habitants, pour le choix d'un maître d'école (texte latin). En 14.r>2, à Chablis, bail à loyer d'une maison, cour, jardin... pour soy loger, enseigner et endoctriner les enfants, etc. A Ligny-le-Châtel on a pu établir sans interruption la liste des maîtres depuis 1587. Un grand nombre de communes petites et grandes offrent des renseignements analogues ; j'ai classé plus de 400 notices de cette province, qui établissent la série des régents d'écoles. On possède aussi de nombreux contrats qui fixent, avec les détails les plus précis, la condition des instituteurs, sous l'ancien régime; voici à titre d'exemple un de ces baux (Commune de Ligny-le- Chàtel, 25 juillet 1690) conclu pour six ans entre le curé, les fabriciens et les habitants, d'une part; le nouveau régent, un sieur Gaillardet, de l'autre: «... Le dit Gaillardet promet enseigner et instruire tant à lire, écrire, la chiffre que le plain-chant et lui sera payé par chaque mois, savoir : pour les petits 4 sols, ceux qui apprendront à lire et à écrire G sols. S'oblige ledit de sonner les cloches du prieuré, quand il sera menacé d'orages, tempêtes ou grêles, de chanter au-dit prieuré le salut pendant l'Avent et le carême. . Promettent lesdits habitants payer annuellement la somme de 30 1. en deux termes et par égale portion ; jouira de plus d'environ 4 soitures de prés... de la maison destinée à ce sujet, comme elle se comporte..., sera donné audit une gerbe de blé par chaque laboureur et du vin au pressoir par les vignerons. . ., en outre aura les pâtes au four banal, par tous les habitants, en la manière accoutumée et à leur discrétion, sans que ledit droit lui puisse être imputé comme tenant lieu de gages. » (La pâte au four rapportait à Ligny 200 1. par an.)
On trouve partout, dans les comptes de communautés et de fabriques, des quittances relatives à l'entretien et à la réparation des maisons d'écoles ; ainsi que les procès-verbaux d'adjudication « au prix ravalant ». On trouve aussi la trace des conflits que soulève la nomination des régents.
Le droit de nommer les maîtres appartenait à l'écolàtre ou grand chantre; en 1525, le Roi condamne les habitants de Chablis à (56 1. d'amende : « la collation, provision et totale disposition de la maîtrise lui appartient. » En 17 73, on porte plainte contre le maître, il est ignorant et négligent. L'écolàtre le soutient contre ce qu'il appelle « les mutineries du petit peuple »; l'intendant est favorable aux prétentions de la communauté et un nouveau maître est nommé après une série de mémoires et un procès.
Au xvne siècle, les actes d'accord sont approuvés
par l'évêque ou son délégué ; c'est une mesure
générale pour empêcher l'hérésie de pénétrer dans
les écoles ; les mandements prescrivent les visites
lre Partie.
annuelles dan» chaque diocèse, les procès-verbaux de visite et les visas pour approbation sont nombreux, quelques-uns donnent l'historique des ressources de chaque paroisse, au point de vue de l'instruction.
A partir de 1 750, l'intendant intervient, il ménage d'abord l'autorité de l'évêque, puis il décide souverainement; et, en Bourgogne, comme ailleurs, l'autorité du roi s'affirme davantage par set représentants. Suivant les localités, les circonstances, tantôt c'est à l'évêque, tantôt c'est à l'intendant que l'instituteur se recommande pour obtenir ou le paiement de ce qui lui est dû, ou une petite augmentation, ou la ratification du contrat passé avec les habitants.
Dans les paroisses importantes, il est expressément interdit au recteur d'école de s'occuper de choses étrangères à l'enseignement, dans les petites, au contraire, on ne l'empêche pas d'exercer un métier. A Escolières, de 1744 à 17ï)2, il y a huit maîtres, l'un est qualifié tisserand, l'autre, charpentier; un troisième, vigneron; un quatrième, jardinier; plusieurs s'occupaient d'œuvres d'art, en 1G63, à Champignelles,Edme Devissac, recteur des écoles, s'oblige envers les fabriciens de Saint- Julien à achever et parfaire, moyennant 30 livre?, un missel, à charge de lui fournir le parchemin et le vermillon : plusieurs sont organistes et reçoivent pour ce service une indemnité supplémentaire.
Dans la longue série de documents authentiques que j'ai recueillis, sur tous les points de la province, il y a une multitude d'actes notariés pour instituer « à tousiours mais » des legs, des dons, des fondations pour combattre la misère et l'ignorance. L'école, l'église et l'hôpital sont tour à tour et quelquefois tout ensemble l'objet de ces délibérations.
Écoles de filles. — Au xvne et au xvni9 siècle, les fondations pieuses ont surtout pour objet les écoles destinées aux filles, dont l'établissement devenait d'autant plus nécessaire que l'église et l'État défendaient les écoles mixtes. En 1657, une communauté séculière des Filles de la Providence s'établit à Auxerre « dans le but de recevoir et instruire les filles d'honnêtes familles de la ville. » Les Providenciennes soutenues par les sympathies des échevins et des habitants d'Auxerre, autorisées par lettres patentes de 1678, approuvées par les évoques Colbert et deCaylus, demeurèrent toujours à l'état de sécularité, sans faire profession religieuse. « Elles tenaient écoles ou classes publiques pour apprendre aux jeunes filles à lire, à écrire et à travailler, afin de les tirer de l'oisiveté, leur donner le moyen de gagner leur vie et celle de leurs pauvres parents. »
D'autres congrégations se forment pour l'instruction des filles ; quelques-unes même sont plutôt des associations laïques; en voici un des plus touchants exemples. Dans la ville de Saint- Bris, au diocèse d'Auxerre, en 10P5, Edmée Briziou s'associe avec une autre pieuse fille pour fonder une école au faubourg de Gouaux et visiter les pauvres malades. Pour subvenir aux dépenses de l'œuvre commune, elles se font don réciproquement d'une somme de 500 livres et elles décident qu'après la mort de l'une d'elles, celle qui survivra cherchera une autre compagne, qui devra apporter en dot une somme de mille livres. L'évêque leur accorde des lettres de maîtrise et le droit d'ouvrir école : a il s'agit du bien public de la ville de Saint-Bris. » En 1717, puis en 1740, nous retrouvons sur les registres a celte œuvre de charité envers les pauvres et les malades, et l'instruction des jeunes filles, » continuée par les demoiselles Rousseau, Grandjean, Delisle, Descaves, etc., et elle se perpétue, rendant toujours les mêmes services jusqu'à nos jours.
Les Filles de la Doctrine chrétienne, sous le nom d'Ursulines, les Filles du bienheureux père Foumier
BOURSES
BOURSES
les Filles de la Croix, les Sœurs de Saint-Charles, les Dames de la Visitation et plusieurs autres méritaient la reconnaissance des familles ; elles rendaient des services appréciés; leur suppression violente, en 1792, excita partout des plaintes et des protestations, dont on trouve la vive expression dans les délibérations des municipalités conservées aux archives du département et des communes.
Enseignement. — Les programmes étaient sans aucun doute moins développés, moins étendus que les nôtres, dans l'ordre des études secondaires et primaires ; mais on étudiait les choses essentielles, on savait bien ce que l'on apprenait ; l'écriture des maîtres, des témoins, hommes et femmes, qui signent les actes de l'état civil prouvent de l'exercice et une bonne méthode.
En 1763, à Auxerre, Philippe Thibaut, arithméticien, et sa femme prêtent serment : le mari de bien enseigner l'écriture, l'arithmétique et la danse; la femme, la lecture aux enfants, soit chez eux, soit en ville.
Nous possédons un grand nombre de documents relatifs à la direction des écoles, à la discipline des maîtres; ils sont anciens et importants, leurs sages dispositions constituent, en quelque sorte,
un code de règles de conduite et de prescriptions pédagogiques, que nos règlements n'ont pu, en général, que reproduire.
Je ne citerai que pour mémoire : 1° le règlement des écoles de Dijon, le plus ancien de tous (14<5) ; il comprend 24 articles et se trouve manuscrit aux archives de cette ville ; 2° les circulaires, ordonnances, mandements des évêques, de Mgr de Roquette (\utun, 1679, 1683, 1685); de Msr André Colbert (1695;, des devoirs des régents, maîtres ou maîtresses d'école; de M" de Caylus (Auxerre, 1701- 1712); 3° les arrêts du Conseil d'État (12 mars 1669, pour le diocèse d'Autun), enfin les statuts synodaux et les règlements des écolâtres ou préchantres.
Résultats de l'enseignement d'après Les actes de Vétat civil. — Les chiffres recueillis, dans plus de 1350 communes de Bourgogne, comprennent 54,000 actes de mariage; ils offrent une proportion exacte et une idée juste de l'instruction relative des deux sexes, à la fin du xvne et du xvme siècles. Il m'a paru intéressant de donner ces résultats pour l'ensemble de la province d'abord, puis pour chacun des départements qu'elle a formés en tout ou en partie :
1° De 1686 à 1690, De 1786 à 1790,
Moyenne générale,
2° De 1686 à 1690.
Ain
Saône-et-Loire.
Côte-d'Or
Nièvre
Aube
Yonne
Moy. jjén, 7,06 13,54 22.20 5,68 28,43 26,45
17,06 29,26 Epoux.
soit
38,38 Epouses.
4,36 il, 11 13,5
pour les époux,
De 1786 à 1790.
10,41 pour les épouses.
Moy. gén. Époux. Epouses,
L'instruction n'est pas également répandue ; à toutes les époques, on trouve moins d'écoles dans les montagnes du Morvan, le nombre augmente dans le bassin de la Saône, il y en a presque partout dans le riche bassin de la Seine.
Une remarque importante à faire, c'est que la moyenne ne varie pas sensiblement dans les régions diverses de la province, lorsqu'il s'agit des villes ou des paroisses pourvues d'abbayes ou de pieuses fondations. A Bourg en Bresse, à Saint- Rambert, à Trévoux, la moyenne n'est pas moins élevée qu'à Joigny et à Châtillon-sur-Seine. Partout où l'on constate une série de maîtres, la moyenne s'élève : c'est une loi constante.
Sources à consulter. — Archives de l'Ain. — Les titres provenant des établissements religieux réguliers classés sous la lettre H. L'inventaire des archives de Bourg, en voie de publication, contient, série B B, de nombreux renseignements sur les écoles. Les archives de Trévoux sont classées; celles de Bel le y ne le sont pas encore.
Saône-et-Loirb. — Excellent travail de M. de Charmasse sur l'état de l'instruction dans l'ancien diocèse d'Autun. Visites de paroisses, 1650-1750, 274 écoles sur 363 paroisses.
Nièvre. — On a vendu, en 1829, les débris des archives brûlées pendant la révolution. En 1854, on a racheté quelques pièces, une charte de 1336.
Aube. — Archives riches et bien classées. Recherches de M. Babeau. Sur 466 paroisses (diocèse de Troyes), 403 pourvues d'école, 176 d'une maison d'école.