‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 181 sur 547 · SIGNÉS SUR · texte numérisé non relu

SIGNÉS SUR

par l'époux, l'épouse.

No D'ORDRE du

DÉPARTEMENT

d'après

les signatures de

l'époux l'épouse

L'augmentation du nombre des élèves, accusée en 1837, aurait, si elle était réelle, entraîné une augmentation analogue dans le nombre proportionnel des conscrits instruits, des classes qui ont tiré au sort de huit à douze ans plus tard, de 18» 5 à 1849. Or, au lieu d'une augmentation considérable, les conscrits de 1847-51 présentent sur la période précédente une légère réduction. Cette augmentation n'est donc pas une augmentation réelle : elle n'est que le résultat d'une statistique beaucoup moins incomplète en 1837 qu'en 1829 ou en 183'.'..

Autre considération qui n'est pas moins péremptoire : si 3615, donné parla statistique de 18>', et qui forme moins du dixième du total des enfants en âge de fréquenter les écoles, exprimait le nombre réel des écoliers, le dixième au plus des conscrits de 1837-46 auraient pu savoir lire. Or, au lieu d'un dixième, c'est plus des six dixièmes (%ï9 sur 1000) que donne la statistique des conscrits; donc, vers 1827-36, plus des six dixièmes des garçons du Cantal devaient apprendre à lire, ou dans

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les écoles connues ou dans des écoles non encore signalées.

Ce phénomène s'explique facilement pour quiconque a connu la situation de renseignement dans nos communes rurales au sortir de la révolution. Le Cantal est un pays pauvre, montagneux, coupé par des ravins et des montagnes abruptes, souvent infranchissables dans la saison des neiges et du verglas. La population y étant très disséminée, les communes y sont très étendues; par suite, les communications entre les chefs-lieux et les villages un peu éloignés y deviennent très difficiles, et le plus souvent impossibles pour des enfants pendant l'hiver.

Nos populations, qui de temps immémorial montrent une grande ardeur à s'instruire, avaient pris et employé tous les moyens à leur portée pour échapper à l'ignorance. Dans chaque village, dans enaque hameau, celui ou celle qui savait un peu lire, écrire et calculer, employait une partie de ses journées d'hiver à instruire les enfants du voisinage.

Dans mon enfance, de 1806 à 1813, j'ai dû, pour apprendre un peu à lire, à écrire, à compter et le catéchisme, d'abord, avec les autres enfants du village, suivre les leçons d'une brave femme, déjà bien vieille, et dont le savoir était extrêmement restreint ; puis nous avons, pendant un hiver seulement, reçu l'enseignement de deux jeunes gens presque de notre âge qui, pendant quelque temps, avaient fréquenté une école de la ville voisine. Enfin, pendant cinq ou six ans, nous avons été instruits par une brave et digne femme qui, tout en nous enseignant un peu à lire, à écrire et à calculer, nous préparait à la première communion.

Les choses se passaient d'une manière analogue dans les autres villages éloignés de l'église. Au chef-lieu, il y avait une école un peu plus forte, les enfants, quelque temps avant la première communion, fréquentaient cette école pour compléter leurs connaissances.

Ce que j'ai constaté dans mon enfance, ma mère l'avait vu, dans le même village, avant la révolution : elle et ses sœurs avaient appris à lire, à écrire et un peu à compter chez le paysan le plus instruit du village, jusqu'à l'âge où, se préparant à la première communion, elles étaient allées fréquenter quelques mois l'école paroissiale.

Dans ces petits villages, c'était une espèce d'enseignement mutuel, celui qui savait et qui avait du temps enseignait à ses voisins, et, quoique l'argent y fût très rare, on n'invoquait pas la gratuité ; je me rappelle bien que ma mère, qui n'avait pourtant que son aiguille pour vivre, a toujours payé un franc par mois de rétribution scolaire pour me maintenir à l'école.

Quand le village était plus important et qu'on ne trouvait personne pour faire l'école, les parents les plus aisés s'entendaient entre eux pour engager un maître ou une maîtresse.

Comme généralement, dans ces villages éloignés du chef-lieu de la paroisse, le nombre des écoliers était peu considérable, on trouvait, pour leur donner les premiers éléments de l'instruction, plus facilement des maîtresses que des maîtres, et on les préférait parce qu'elles pouvaient en môme temps enseigner les travaux à l'aiguille et donner quelques soins aux malades.

liais le niveau de l'instruction de ces maîtres et de ces maîtresses était très peu élevé; oien peu auraient été en état de se présenter devant les commissions d'instruction primaire pour l'obtention du brevet rigoureusement exigé par la loi de 1853 ; d'ailleurs la plupart d'entre eux, des maîtres surtout, ue considéraient pas l'enseignement comme leur profession; et. dès qu'ils ont pu savoir qu'en continuant leur enseignement, sans être munis d'un brevet, ils s'exposaient à une amende de 50 à 200

francs, ils se seront empressés de ne plus ouvrir leurs écoles. Les femmes ont été plus persévérantes; et, grâce à l'indulgence des premières commissions, un grand nombre d'entre elles ont obtenu le brevet. C'est pour cela que, dès les premières an de la mise à exécution de la loi de 1833, on compte dans le Cantal un si grand nombre d'écoles de tilles et surtout d'écoles libres.

Dans certaines communes des plus étendues, on trouvait jusqu àô ou 6 femmes tenant école. Cette persévérance des maîtresses a été tn'-s heureuse pour le département, qui certainement, et pendant plusieurs années, aurait manqué de maîtres.

Le département était cependant, plusieurs année» avant la loi de 1833, doté d'une école normale primaire, établie à Salers par un respectable ecclésiastique. L'administration en avait reconnu l'utilité, puisqu'en 1832 elle lui allouait une subvention de 2.900 francs. Mais bientôt, la santé du fondateur l'obligeant à se décharger de ce fardeau, l'école normale fut transférée à Aurillac et confiée aux Frères des écoles chrétiennes.

En 1846, les progrès de l'enseignement primaire sont arrêtés par le manque d'instituteurs : « si le nombre des aspirants n'augmente pas, il faudra douze ans pour que chacune des 257 communes ou réunions de communes puisse obtenir un instituteur public. »

En 1847, on constate que le nombre des écoles publiques s'est élevé de 163 à 194, etque celui des écoles privées a diminué « A mesure que les écoles publiques augmentent, ajoute-t-on, les écoles privées diminuent. Ces dernières sont dirigées le plus souvent par des maîtres sans brevet. Leur perte est donc peu regrettable » (pourvu cependant que les enfants qui les fréquentent trouvent une école publique à leur portée).

Maison se plaint, non sans raison, de la position faite aux instituteurs, qui pour la plupart n'ont pas dans leurs émoluments de quoi se procurer le plus strict nécessaire, et qui par conséquent sont tentés de quitter une carrière si ingrate.

En 184^ on continue de se louer des bons services de l'école normale ; la durée des cours a été portée de 2 à 3 ans, afin de rendre plus complète l'éducation pédagogique des aspirants. On continue aussi à se plaindre des jeunes maîtres qui abandonnent l'instruction avant d'avoir accompli leur engagement décennal.

L'élévation du traitement minimum à 600 francs paraît avoir sinon complètement arrêté, du moins beaucoup atténué cette désertion des instituteurs. En 1868 toutes les communes sont depuis longtemps pourvues d'écoles. Le plus grand nombre de ces écoles sont spéciales à chaque sexe ; il n'y a d'écoles mixtes que dans les plus petites communes ou dans des villages d'une faible population ; et elles sont toutes dirigées par des institutrices.

« Il existe encore quelques petites écoles irrégulières qui sont tolérées, parce qu'elles sont placées dans des hameaux, où aucun instituteur ni aucune institutrice ayant un brevet ne voudrait s'établir. Ces petites écoles rendent quelques services, surtout aux plus petits enfants. »

Il nous reste à dire quelques mots de l'enseignement normal des filles. Invité, dès 1843, comme les autres Conseils généraux, le Conseil général du Cantal, en présence du grand nombre d'institutrices qu'on trouvait dans le département, ne crut pas nécessaire de créer une école normale.

En ls47 le Conseil général parle des religieuses en termes qui méritent d'être recueillis : a Les Sœurs de l'Instruction, dont l'existence remonte à près de i0 ans, ont rendu d'importants services à l'instruction primaire, car elles ont formé un grand nombre d'institutrices brevetées qui distribuent le bienfait de l'enseignement dans diverses communes du département. Elles ont été

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et elles sont encore pour le pays une véritable école normale. »

Cependant une respectacle laïque, M"e d'Anglard de Bassignac, établit dès 1846 une espèce d'école normale, ou plutôt de cours normal. Le Conseil général, après avoir rappelé que Mme de Bassignac a « consacré à cet établissement t®us ses moments et une grande partie de sa fortune, » y fonde 5 bourses pour des élèves-maîtresses. Et durant les sessions suivantes, il se loue de cette fondation. Mais cet établissement, qui ne reposait que sur le dévouement de la fondatrice, déjà âgée, ne pouvait pas durer bien longtemps : il n'est plus mentionné dans la statistique de 1850. Et encore en 1863, on ne sent pas la nécessité derétablirune institution de ce genre. « Quoiqu'il n'y ait pas d'école normale ni de cours normal proprement dit pour les institutrices, le recrutement se fait très facilement pour les institutrices ; il y a même surabondamment des uns comme des autres. » Un cours normal a été établi en 1874.

2. État actuel de l'instruction primaire. — Nombre d'écoles et de classes. — A l'époque prise pour base de la dernière statistique officielle (fin de l'année scolaire 1876-1877) le département possédait :

584 écoles publiques (dont 221 écoles de garçons, 204 de filles, 169 mixtes), savoir 434 écoles laïques (dont 314 de garçons ou mixtes et 120 de filles) et 150 écoles congréganistes (dont 56 de garçons ou mixtes et 84 de filles) ;

57 écoles libres (dont 37 tenaient encore lieu d'école publique), savoir 26 laïques et 31 congréganistes ; sur ces 57 écoles libres, il y en a 47 spéciales aux filles (dont 33 congréganistes) ;

Au total 6il écoles de toute nature.

Les 434 écoles publiques laïques comptaient 456 classes ; les 150 écoles publiques congréganistes 300 classes ; c'est-à-dire que la plupart des écoles congréganistes ont au moins deux classes.

L'immence majorité des écoles n'ont qu'une classe.

438 écoles laïques et 62 congrég. ont 1 classe

21 — 47 — 2 classes

Toutes les communes du département ont au moins une école publique. Sur 19.! communes de plus de 500 âmes 17 3 ont au moins 1 école publique de filles, 18 une école libre, une seule n'en a pas encore ; par contre 29 communes de moins de 500 âmes en ont une. L'instruction spéciale des filles est donc loin d'être négligée.

Personnel enseignant. — Le personnel enseignant compte :

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