‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 186 sur 547 · CARPENTIER · texte numérisé non relu

CARPENTIER

CARTES

reproduit ici, l'ouvrage étant d'ailleurs fort rare : « Article VI : Les arts et métiers. — Je veux que mon fils sache comment se font les bas, les souliers, les draps pour les habits, les toiles, les différents apprêts nécessaires avant de mettre en emploi les matières dont on se sert, et autant qu'il est possible la manière d'employer ces matières. Les jours de congé, nous le mènerons, lui et ses petits collègues, dans les manufactures, dans les différents ateliers, chez les ouvriers. Nous nous instruirons exactement du nom des instruments dont ils se servent, de ceux des pièces nécessaires pour la construction de leurs métiers, nous en examinerons le mécanisme et nous essayerons à travailler nous-mêmes...

« Article VII : Nomenclature. — J'entends par nomenclature la dénomination des choses et l'explication de leurs usages. Autant que nous le pourrons, nous présenterons dans cet exercice les objets dont nous voudrons dire les noms et expliquer les propriétés. Nous commencerons la nomenclature aussitôt que le cours d'éducation, et il sera une partie de nos récréations tant que le cours durera. A la promenade ou à la maison, aux champs ou à la ville, on trouve partout des choses. Toutes ces choses ont des noms, des usages, des propriétés : aussi cet exercice peut se faire partout. Je voudrais qu'au sortir de leur éducation, mon fils et ses collègues ne fussent neufs sur rien. Nous ne nous y épargnerons pas... » {Nouveau plan d'éducation vour former des hommes instruits et des citoyens utiles, p. 122 et 123.)

On voit que Carpentier pourrait, avec quelque vraisemblance, être présenté comme l'inventeur des leçons de choses, si cette prétendue invention moderne n'était aussi vieille que l'éducation humaine.

On ne remarquera pas moins pour l'époque cette définition toute moderne de la géographie, extraite aussi de son Nouveau plan d'éducation :

« Article XII : La géographie. — Les hommes ont été forcés de s'ouvrir entre eux des commerces pour subvenir à leurs différents besoins et aux commodités de la vie. Ils sont obligés de porter chez les autres leur superflu et d'en tirer par échanse les choses ou seulement utiles ou indispensables. De cette nécessité résulte celle des connaissances géographiques, c'est-à-dire : 1° de la situation des lieux ; 2° de leur distance relative ; 3° des mœurs de leurs habitants ; 4° de leurs productions et de leurs commerces. Nous emploierons pendant sept années entières environ trois quarts d'heure ou une heure par jour à cette science h laquelle nous ferons succéder l'histoire des voyages. »

Parmi plusieurs autres branches qu'il propose d'ajouter au programme d'instruction usité de son temps, on voit figurer l'agriculture, précédée de ces mots : « Demander si l'agriculture doit entrer pour quelque chose dans un plan d'éducation morale, ce serait faire une question presque aussi ridicule que si on demandait de quelle utilité peut être le pain dans l'éducation physique. »

Nous n'avons pas pu nous procurer ses deux volumes intitulés : Essais mr les abus de l'éducation actuelle et sur les moyens de les rectifier (il annonçait encore une Didactique générale, qui est probablement restée en manuscrit), mais l'ouvrage dont nous venons de citer quelques fragments indique assez les tendances de Carpentier. Dans son introduction, il se répand en amères railleries sur les plans d'éducation, qui pullulaient de son temps et dont les auteurs n'étaient pas « Hommes du métier ». Pour lui, il signait ses écrits du titre de maître ès-arts de l'Université, professeur de géographie et d'histoire. Il proposait en plaisantant une loi qui condamnerait tout instituteur indigne et peu . oucieux de ses devoirs à être promené par

la ville pendant trois jours avec cet écriteau : « voleur public soi-disant instituteur », pour avoir volé non seulement à ses élèves, mais à la république « un temps mille fois plus précieux que l'or et dont la perte est irréparable. »

« Fait e des hommes, faire des citoyens, faire des heureux : voilà trois grands objets sans doute. Ce sont ceux que doit se proposer tout instituteur dans ses élèves... Celui qui ne se sent pas à portée de remplir ces trois grandes tâches doit bien se garder d'entrer dans cette importante profession.» Citons en terminant ces paroles chaleureuses et semi-prophétiques écrites par Carpentier douze ans avant la Révolution : « Je dirai ici, par rapport à ma nation, aux intérêts de qui j'ose avancer que personne ne s'est plus dévoué que moi, ce que disait autrefois Milton pour l'Angleterre : « Je « suis persuadé au'un bon plan d'éducation, faute ci duquel cette chère nation périra, serait le plus « noble et le plus grand projet qu'on pourrait dési- « rer. » 11 nous tirerait, je ne dis pas, comme lui, des ruines, mais sûrement de l'approche des ruines, où nos pères nous ont laissés. »

CARRÉ POLONAIS. — Construction graphique d'une disposition analogue à celle de la table de multiplication et ayant pour objet de faciliter l'étude et le classement des dates, ainsi que diverses autres applications ingénieuses. Ce procédé mnémotechnique a été inventé par ie Polonais Jnzwinski. — V. pour d'autres détails l'article Jazwinski.

CARTES. — Pour l'explication et pour l'historique général de la cartographie, nous n'avons rien à ajouter ici à l'article Cartograhie* de la IIe partie. Il nous reste à parler de l'usage des cartes dans l'enseignement primaire comme instrument indispensable de toute étude de la géographie.

Le sujet ainsi réduit à une portée purement pédagogique est encore assez vaste pour demander à être divisé. Voici les points que nous allons sommairement traiter : 1° nécessité des cartes ; "2° valeur des différentes cartes faites pour l'enseignement primaire ; 3° lecture des cartes scolaires et, dans une certaine mesure,des cartes en général ; 4° construction ou dessin des cartes par les élèves euxmêmes.

1° Nécessité de l'usage des cartes dans l'enseignement primaire. — Le temps n'est plus où l'on croyait pouvoir enseigner la géographie sans cartes, à l'aide d'un simple livret donnant, sans cartes, la nomenclature des mers, des lacs, des montagnes s'il s'agissait de géographie physique, ou la non moins sèche nomenclature des contrées, des provinces et des chefs-lieux s'il s'agissait de géographie politique. La carte est à l'enseignement géographique ce qu'est la collection d'images à l'étude de l'histoire naturelle, ce qu'est la collection des poids et mesures à 1 étude du système métrique, ce qu'est encore le livre de lecture à l'enseignement de la langue. Ce n'est pas seulement un moyen de représenter les objets à étudier, c'est le seul moyen d'en acquérir une certaine notion, la condition sans laquelle on n'aura jamais que des mots dans la mémoire et non des idées dans la tète. Si évidente que semble aujourd'hui cette vérité, il ne faudrait pas croire qu'elle ait toujours paru telle. Il ne serait pas nécessaire de remonter bien loin, pour trouver les premiers exemples de l'emploi des cartes dans les écoles primaires : le degré d'enseignement qui, étant le plus élémentaire, pouvait passer pour exiger plus impérieusement qu'aucun autre l'usage de cet appareil, en a été doté le dernier et non sans peine. Avant la fin du dix-huitième siècle, il n'était question nulle part de cartes scolaires à l'usage du peuple, bien qu'il existât des cartes et même des atlas destinés à l'enseignement secondaire ou supérieur. C'est seulement, on peut le dire, dans ces dernières années qu'on a généralisé

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«en Allemagne, en Suisse, en France, en Angleterre, l'application des cartes à l'enseignement primaire.

On s'en est, du reste, d'autant plus servi qu'on a ■su mieux les faire, et par une réaction naturelle, plus on a pris l'habitude de s'en servir, plus on s'est occupé de les perfectionner. De là le grand nombre de systèmes et de procédés cartographiques aujourd'hui usités et que nous avons à examiner brièvement.

2. Différentes cartes applicables à l'enseignement primaire ; leur valeur et leur emploi. — 1° Cartes en relief. — Logiquement la première ■carte à mettre sous les yeux de l'enfant, c'est la •carte en relief. On peut même utilement commencer par des reliefs représentant un paysage purement idéal : cette carte équivaut dans la nouvelle méthode d'enseignement a ce qu'était dans l'an- -cienne le premier chapitre du livre, le chapitre des définitions à apprendre par cœur; on apprend aujourd'hui par les yeux ce que c'est qu'un lac, une île, une montagne. On peut citer parmi les meilleurs reliefs terminologiques celui de M. Muret (collection Levasscur) et le relief submersible du frère Alexis, ■où le niveau qu'atteint successivement l'eau donne une très bonne idée des courbes hypsométriques.

Si l'on peut sans trop de peine représenter dans •cette première carte en relief, au lieu d'un paysage imaginaire, une contrée réelle, il y a tout avantage ; dans tous les cas il ne faut pas tarder à aborder la représentation de la réalité sous la forme de relief d'abord, mais aussitôt après par une simple carte plane. La transition du premier mode de représentation à l'autre n'est pas pour les enfants -aussi difficile qu'on se l'imagine communément. Les moyens ne manquent pas d'ailleurs pour la faciliter encore : il suffit de mettre sous les yeux des enfants la représentation d'un même fragment de territoire en relief et en carte plane. Les écoles de Zurich en particulier ont à toutes les dernières expositions produit d'excellents spécimens de ce double et parallèle enseignement par les yeux.

La première mention que nous connaissions d'une carte en relief se rapporte à un relief d'Antibes et de ses environs en 1665 ; les reliefs topographiques se multiplient au xvmc siècle, on connaît entre autres une bonne carte en relief du eanal de Bourgoyie. La construction des grands reliefs géographiques d'après une méthode savante est due à Bardin *, qui représenta les étages du terrain par des reliefs en plâtre à gradins. Mais l'emploi de ce genre de cartes dans les écoles paraît avoir été inauguré chez nous par M. Sanis et par M. Bauerkeller. M. Sanis avait construit à Paris, dans un jardin près de la barrière du Maine, un géorama qui n'était pas sans intérêt : il fabriqua ensuite, sans trop se préoccuper de l'exactitude des proportions, différentes cartes où les chaînes de montagnes étaient représentées par des séries de petites élévations en forme de pain de sucre; ■c'était donner de la structure des massifs de montagnes une bien fausse idée : mais du moins cet •essai appelait l'attention des maîtres et des cartographes sur la nécessité de représenter et d'étudier les grands mouvements du sol. M. Bauerkeller diminua un peu l'exagération des montagnes et améliora la confection des reliefs.

Depuis que l'usage des cartes en relief, graduellement perfectionnées, a pris faveur dans les écoles, deux systèmes se disputent l'avantage pour la confection de reliefs scolaires : lerelief à gradins et le relief à pente continue. Le premier est la simple figuration des courbes de niveau; il représente les étages successifs du terrain, de 100 en 100 mètres par exemple si les courbes sont à cette distance l'une de l'autre; l'espace intermédiaire entre deux courbes est en quelque sorte coupé à pic. Un des moyens les plus simples de le construire consiste à superposer des couches assez minces de

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