‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 185 sur 547 · V. les articles Activité, Tempéraments, Volonté · texte numérisé non relu

V. les articles Activité, Tempéraments, Volonté

CARNOT (Lazare). — Né à Nolay (Côte-d'Or) en 1753, mort à Magdebourg en 18J3. — Ce grand nom n'appartient à l'instruction primaire que par un des moindres côtés de sa gloire. Carnot a, dans nos souvenirs nationaux, une place à part : il est la personnification même de la République sauvant la patrie par un des plus extraordinaires exemples d'énergie que jamais peuple ait donnés : son nom évoquera toujours, avant tout et par-dessus tout, le souvenir des quatorze armées qu'il improvisa, et aussi longtemps que la France se souviendra d'elle-même, elle l'appellera, comme l'histoire l'a nommé, l'organisateur de la victoire.

Cependant, il est bon qu'on se rappelle aussi un des derniers épisodes de la vie publique de Carnot. Lui qui, seul, en 1804, avait, au sein du Tribunat, protesté contre l'établissement de l'Empire ; quand la France fut menacée, en 1814, il offrit à l'empereur le secours de son bras sexagénaire et alla défendre Anvers. Au retour de l'ile d'Elbe, Napoléon s'empressa de le rappeler et lui confia le ministère de l'intérieur : Carnot crut, — l'histoire lui pardonnera cette illusion, — à la sincérité des promesses libérales du nouvel empire, il crut « que le 20 mars allait nous faire remonter tout d'une haleine jusqu'au 14 juillet ».

C'est pendant cette période des Cent Jours qu'il donna un appui dévoué et décisif à une société naissante dont les travaux ne lui paraissaient pas indignes d'occuper un homme d'État : c'était une

réunion de savants, de littérateurs, de publicistes dont J. B. Say, A. de Laborde, de Lastevrie, Jomard, La P.ochcfoucault-Liancourt, Mérimée faisaient partie et qui s'étaient proposé de jeter les bases d'une « association pour assembler et répandre les lumières propres à procurer à la classe inférieure du peuple le genre d'éducation intellectuelle et morale le plus approprié à ses besoins. »

Cette association était le noyau de la Socit té pour l'instruction élérncn' aire * . Carnot, se souvenant des efforts de la Convention et de son comité d'instruction publique, et voulant renouer la tradition, n'hésita pas à prendre, le patronage et même la direction de cette société. En même temps qu'il exposait à l'empereur (lettre du 9 mai) l'insuffisance des écoles primaires, qui ne comptaient alors que 737369 garçons, il lui signalait (27 avril 1815) les voyages taits en Angleterre par quelques amis du bien, désireux d'étudier et d'appliquer la méthode lancastérienne. A sa demande, un décret fut rendu (27 avril) portant : « 1° Que le ministre de l'intérieur appellerait auprès ae lui les personnes qui mériteraient d'être consultées sur les meilleures méthodes d'éducation primaire, examinerait ces méthodes, déciderait et dirigerait l'essai de celles qu'il jugerait devoir être préférées ;

2° Qu'il serait ouvert à Paris une école d'essai d'éducation primaire organisée de manière, à \>ouvoir servir de modèle et à devenir école normale pour former des instituteurs primaires ;

3° Qu'après qu'il aurait été obtenu des résultats satisfaisants de l'école d'essai, le ministre dv l'intérieur proposerait les mesures propres à faire promptement jouir tous les départements des avan tages des nouvelles méthodes qui auraient été adoptées. »

Toutes ces mesures eurent un commencement d'exécution : les devis furent dressés et approuvés par le ministre, une école fut louée dans le faubourg Saint-Marceau. Plusieurs tableaux de lecture, d'écriture et de calcul furent soumis à l'examen du comité. Dans ce comité d'études, Carnot avait appelé avec les initiateurs dont nous venons de transcrire les noms, des hommes d'une compétence incontestée, Frédéric Cuvier, de Gérando, l'abbe Gaultier. Un jour il les présidait. On l'appelle, il sort un instant ; puis, impassible, sans dire un seul mot, il rentre et reprend le cours de la discussion. Il venait d'apprendre le désastre de Waterloo.

On sait que trente-trois ans plus tard le fils de l'illustre conventionnel, reprenant la suite de l'héritage paternel, acceptait la présidence de cette même société, puis essayait comme ministre de l'instruction publique d'en appliquer les grands principes ; mais, fidèles au cadre de ce Dictionnaire, qui nous interdit les biographies de personnages vivants, nous ne pouvons que rnevoyer aux articles France et République (Seconde).

CARl'EXTIER. — Littérateur et grammairien français de la fin du dix-huitième siècle, assez peu connu et dont nous n'avons à parler que pour quelques passages fort remarquables de ses écrits pédagogiques aujourd'hui entièrement oubliés y. Bibliographie). Un des premiers, il soutenait par des raisons bien exposées dans sa Disse/ tation sur i'étude de< langues (1775), que le latin ne devrait être étudié ni aussi exclusivement ni par des méthodes aussi mécaniques ; que les langues vivantes peuvent être aisément et utilement apprises aux jeunes enfants.

Entre autres particularités originales qu'offre son Tableau exi ositif des exercices de chaque année du cours de mon fils, on remarque, après la religion : « la morale, la justice pratique, la lecture et l'écriture », puis deux articles qui correspondaient sensiblement à ce que, de nos jours, on appelle des leç us de choses. Ce passage a, pensons-nous, assez d'importance pour mériter d'être

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