‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 198 sur 547 · CHARBONNEAU — 36G · texte numérisé non relu

CHARBONNEAU — 36G

CHARENTE

•ecier

ferment les éléments les plus sérieux pour apprécie l'état de l'enseignement avant 1789. — V. Statis tique des préfets.

La circulaire du 25 ventôse anIX dit en substance :

a Une école centrale par département ne suffitpas; depuis dix ans, on réclame de toutes parts le rétablissement de ces collèges florissants où une jeunesse nombreuse trouvait une instruction facile et suffisante... Le gouvernement doit porter ses regards sur l'instruction publique, la première et la plus puissante des améliorations dont nos institutions sont susceptibles, Mais pour ne plus rien donner à la théorie trompeuse des illusions et assurer à la jeunesse une instruction convenable et pourtant appropriée aux moyens, aux besoins, aux convenances, aux localités, je vous invite àme fournir une réponse prompte et exacte aux questions suivantes :

»1° Quel était le nombre des établissements d'instruction publique, dans l'arrondissement, avant la révolution?

» 2° Quel était le nombre des maîtres et maîtresses pour chacun?

» 3° Quel était le genre d'instruction qu'on y donnait?

» 4° Quelles étaient les ressources ou les revenus de chaque établissement?

» 5° Existe-t-il encore, de disponibles ou de non aliénés, des bâtiments autrefois consacrés à l'instruction publique et quel est leur état?

» 6" Existe-t-il encore des revenus affectés à ces établissements?

» 7° Les anciens professeurs ou maîtres de l'enseignement vivent-ils encore et quel est leur état actuel ?

» 8° Quelle est l'opinion du Conseil d'arrondissement sur les avantages de ces maisons d'éducation?

» 9° Quelles ressources offre-t-il pour en faciliter le rétablissement?

» Aussitôt que chaque Conseil d'arrondissement vous aura fait connaître son opinion, vous me la transmettrez, dans le plus bref délai, avec votre avis motivé-» {Moniteur ,4 germinal an IX.)

[L. Maggiolo.l

CHARBONNEAU (Michel). — Directeur d'école normale, mort à Melun le 5 août 1870; il était né le 12 novembre 1817, au Bugue (Dordogne). Il y fit ses premières études sous la direction de M. Mouton, vrai pédagogue, plus tard inspecteur et directeur d'école normale, qui excellait à cultiver l'intelligence de ses élèves, à former en eux le sens moral, ainsi qu'à leur inspirer le goût de l'instruction. Sous ce maître habile, les facultés du jeune Charbonneau se développèrent rapidement. Doué d'une imagination vive et d'une mémoire sûre, il fit des progrès marqués dans toutes les branches d'enseignement. Dès son entrée à l'école normale de Périgueux, en 1835, il montra ce qu'il devait être un jour. Aussi, ses études achevées, fut-il attaché immédiatement à l'école en qualité de maître-adjoint; il ne la quitta que pour remplir, en 1847, les fonctions d'inspecteur et, quelques années plus tard, celles de directeur d'école normale. Il dirigea les geôles de Châteauroux, de Parthenay et enfin celle ile Melun, où la mort le surprit, dans la force de l'âge, au moment où l'administration, juste appréciatrice de son mérite, allait l'appeler à Paris pour y utiliser ses services.

Passionné pour l'instruction, M. Charbonneau compléta plus tard celle qu'il avait reçue dans sa jeunesse. Il fit ainsi des études classiques et apprit les langues vivantes. Egalemen* porté aux lettres et aux sciences, il acquit un savoir à la fois étendu et solide qui l'aurait rendu apte à toutes sortes de professions; mais c'était surtout la science de l'éducation qui l'attirait. Elle était l'objet de ses pensées de tous les jours et il y ramenait toutes ses lectures. Il arriva ainsi à cette

justesse de vues qui en lit un théoricien aussi savant qu'il était un praticien expérimenté ; il le prouva par l'impulsion qu'il sut imprimer aux écoles normales dirigées par lui et d'où sont sortis un bon nombre de maîtres-adjoints et d'inspecteurs. Il le montra encore par les travaux dont il enrichit successivement plusieurs journaux d'éducation; nous n'en citerons que les principaux. Parmi ceux-ci on remarque ses articles sur Y Organisation des écoles, qu'il fit paraître en 1853. Il y exposa le premier le plan qui a fait depuis tant de bruit entre les mains d'autres personnes, sous le nom $ Organisation pédagogique. En 1855, il publia, sous le titre bien choisi ^Introduction à l'enseignement de la géographie, une autre série d'articles où il ne se bornait pas à indiquer vaguement, comme on l'a fait si souvent dans ces dernières années, le plan d'un premier enseignement de la géographie; il le traçait au contraire d'une main ferme dans ses plus grands détails, guidant ainsi pas à pas les maîtres dans cette voie nouvelle pour eux.

L'ouvrage qui lui a surtout assuré des droits à la reconnaissance des instituteurs par les services qu'il leur a rendus et qu'il leur rend encore tous les jours, est son Cours théorique et pratique de Pédagogie, publié en 1862 (6e édit. 1877). Ce traité remarquable mérite plus qu'aucun autre sa double qualification: théorique, en ce que M. Charbonneau y expose les principes d'éducation d'une manière savante, élevant l'esprit des maîtres et les faisant penser; pratique, parce qu'il met ces principes à la portée de tous avec une habileté qui était le fruit de l'expérience. Admirateur du P. Girard, dont il s'était singulièrement approprié les idées, il en applique la méthode dans son Cours avec une grande sagacité, faisant toujours servir l'enseignement au développement de l'intelligence et à la culture morale. Dès l'apparition de son livre, des juges compétents en France et à l'étranger le proclamèrent comme le meilleur traité de pédagogie qui eût été publié chez nous. C'est encore le guide le plus sûr que les instituteurs et les institutrices puissent suivre dans la direction de leur école. IL assure pour toujours à M. Charbonneau une place distinguée dans la galerie des pédagogues français.

[J.-J. Rapet.]

CHARENTE (département de la). — Population, 373,950 habitants en 1876 aulieu de 367520 en 1872; superficie, 594,237 hectares (dont près de 100,000 plantés en vignes) ; densité de la population, 63 habitants par kil. carré ; 5 arrondissements, 29 canton, 426 communes.

Population d'âge scolaire. — 41,564 enfants de six à treize ans (21,108 garçons, 20,456 filles), soit une moyenne de 11,11 enfants par 100 habitants (1 1,24 dans la partie rurale ; 10,76 dans la partie urbaine), c'est-à-dire un nombre d'enfants un peu au-dessous de la moyenne générale de la France, qui est elle-même si peu élevée.

1. Historique de l'instruction primaire. — Avant 1789. — L'état actuel des archives départementales et les 234 notices fournies récemment par les instituteurs ne permettent pas d'établir la situation de l'enseignement primaire dans le passé. Nous retrouvons seulement la trace des écoles de charité annexées presque partout aux aumôneries et aux maisons-Dieu.

A la fin du xvne siècle l'instruction est peu répandue, la moyenne des conjoints qui ont signé leur acte de mariage est faible : 9,58 (13,5)7 hommes— 5, 19 femmes); un siècle après (1786 à 1790), le calme, la paix ont succédé aux désastres de la guerre, la moyenne a presque doublé, 17,82 (26,64 hommes — 9,02 femmes).

Depuis 1789. — Pendant la révolution, les écoles publiques se ferment, mais les écoles privées se multiplient, surtout dans les campagnes, où les prêtres insermentés trouvent un asile. De ls10 à

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1850, la moyenne est plus satisfaisante, 29,02,soit 2,48 pour l<is hommes et 15,17 pour les femmes. De 1820 à 1X30, l'amélioration est pou sensible; eu ll£29, 109 communes sur 44ii ont une école; en 1833 k progrès commence, 29i communes sont pourvues d'école ; en 1840 il y en a Mfi ; il y en a 301 en l.s<;3, puis 3K6 en 1868, enfin -ill sur 426 en 1876 (et 7 réunies légalement pour l'entretien d'une école ). En 1833, onze communes seulement sont propriétaires de la maison d'école; en 1863 on en compte 108 (340 en 1872).

En 1829, 10,8 i5 élèves, réduits, en été, à 4025, fréquentent 425 écoles du troisième degré; '1223 sont reçus gratuitement. En 1846, 24,644 élèves, dont 5547 gratuits, suivent plus régulièrement les écoles dont le nombre s'accroît chaque année.

L'insuffisance du nombre des écoles, les distances à parcourir, la déplorable indifférence des communes et des familles, ont été longtemps un obstacle sérieux à la diffusion de l'enseignement. En 1803, on évaluait à 6920 le nombre des enfants de sept à treize ans privés d'instruction (3422 garçons et 3 1 98 filles) ; en I80ft, il y en a encore 7002 ! Le nombre des asiles s'élève de 5, en 1840, à 21

On compte trois cours d'adultes en 1863, il y en a 288 en 1H06 et 236 en 1868; le chiffre des élèves est alors de 5584, dont 1021 en entrant ne savaient ni lire ni écrire!

Instruction des conjoints et des conscrits. — Le nombre des conscrits sachant lire, sur 100 >, était : En 1827-31 de 391

Dans le classement des départements d'après l'instruction des conscrits, la Charente occupait le soixante-et-unième rang en 1833, le cinquantehuitième en 1853; le quarante-huitième en 1803; le soixante-et-onzième en 1867 ; le soixante-huitième en 1808.

Elle n'est pas plus heureuse en ce qui concerne les conjoints illettrés : une moyenne de 50,46 en 1866 (38,74 hommes et 62,69 femmes) la place au soixante-dixième rang. [L. Maggiolo.j

2. État actuel. — La Charente est aujourd'hui pourvue d'un nombre d'établissements scolaires qui, sans être encore suffisant, la place à peu près dans les conditions moyennes de la France et au premier rang de la région de l'Ouest, région qui est malheureusement encore, comme on le sait, une des moins bien partagées.

Voici d'abord les chiffres comparatifs qui permettent d'apprécier d'un coup d'œil ce qui s'est fait depuis dix ans pour le développement de l'éducation populaire:

Écoles publiques de garçons

et mixtes.

Ecoles publiques de filles

Ecoles libres de garçons et

mixtes

Ecoles libres de tilles

Salles d'asile

37ft

Élèves des écoles (fefS00-

pM»i™ /touî::

Elèves payants des écoles publiques 11 303

Elèves gratuits 5 099

Nombre total des cours d a-

dultes 253

Elèves des cours d'adultes. < . . 4 MO

17 081 (présents) 13716

Nombre d'institu-\

teurs publics m Laïques. . .

compris les ad-iCongrég...

Nombre d'iu«titu-,

trices publiques' Laïques. . .

(y compris les?Congrér..< adjointes). )(i)enl364.

Aux ressources de l'enseignement primaire proprement dit, il n'est pas inutile d'ajouter celles qu'offrent aux familles d'une aisance moyenne les collèges communaux de Confolens, de Larochefoucauld, de Barbezieux et de Cognac, qui sont plus encore, le dernier surtout, des écoles d'enseignement secondaire spécial que des collèges classiques.

Ecoles et classes primaires. — En 1877,1a Charente avait 321 écoles communales de garçons, 271 de filles, 120 mixtes; plus 5 écoles libres tenant lieu d'école publique, enfin 140 écoles libres vdont 111 spéciales aux filles).

Les écoles publiques seules comptent 787 classes (dont 737 désignées par des laïques;.

Sur les 852 écoles de toute nature (ayant ensemble 1078 classes) on en compte :

726 (dont 25 congréganistes)

Enfin

à 1 classe.

à 2 — à 3 — à 4 — à 5 — 6 ou 8 classes.

Ces chiffres donnent à la Charente une moyenne de 23 écoles (ou 29 classes) par 10 000 habitants, 26 classes par 1 000 enfants de six à treize ans, ce qui équivaut à peu près à la moyenne générale de la France.

Les écoles publiques ont reçu d'après le registre matricule : 34771 enfants (21 467 garçons, 13304 filles), mais l'effectif des inscriptions mensuelles se réduit aux nombres ci-dessous que nous croyons intéressant de transcrire comme indice du mouvement de la population scolaire :

6ÀRC0NS.

FILLES

Novembre. . . .

Décembre. . . .

Janvier

Avril

Quant à la fréquentation effective, elle descend à 92, UO, 88 et même 86 pour 1U0 des nombres cidessus.

Pour se rendre compte du nombre d'enfants qui peuvent rester sans instruction, il faut relever les élèves âge par âge et les comparer à la population enfantine recensée de 6 à 13 ans.

In.-cnts à une

école

Recensés.

quelconque.

Garçons. .

17 955 soit

Filles. ...

Personnel enseignant. — Sur les 1 060 personnes attachées à l'enseignement primaire public ou libre, 8 instituteurs-adjoints (dont 1 seul laïque , 125 institutrices, dont 4 laïques seulement, exercent sans brevet.

Malgré le zèle que déploie ce personnel, le besoin d'une école normale se fait de plus en plus sentir dans le département. A plusieurs nepi le Conseil général a alloué de petites sommes pour

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