‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 215 sur 547 · CLASSIFICATIONS SCIENTIFIQUES. — V · texte numérisé non relu

CLASSIFICATIONS SCIENTIFIQUES. — V

Classifications (dans la IIe Partie).

CLASSIQUES (livres et fournitures). — V. Livres scolaires et Fournitures scolaires.

CLASSIQUES (leur rôle dans l'enseignement primaire). V. Littérature.

V. aussi dans la IIe Partie l'article Théâtre classique, où sont analysés les chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine, de Molière et de Voltaire.

CLERC. — On donnait primitivement ce nom à tous ceux qui se destinaient à l'état ecclésiastique. Leur office, d'abord réduit aux fonctions de la sacristie, s'étendit peu à peu et comprit entre autres attributions le soin de catéchiser les enfants et de diriger les petites écoles. Plusieurs conciles, plusieurs évoques prescrivirent aux prêtres d'avoir au moins un clerc pour gouverner l'école du presbytère ; dans chaque église cathédrale, un chanoine 'appelé « maistre des clergeons » dans un document des archives de Cbâîons) était chargé de préparer les clercs « à instruire la petite jeunesse, qui fait une des plus précieuses parties du troupeau. » De là l'institution des prébendes* préceptoriales. On retrouve encore au dix-huitième siècle un certain nombre de ces nominations de clerc chargé des écoles (exemple : 1722, les paroissiens d'Amelucourt, Seine-et-Oise, s'assemblent à l'effet d'établir un clerc pour le service de l'église comme aussi pour instruire la jeunesse, apprendre à lire, écrire et môme le plain-chant: on lui paie 100 ^vres). [L. Maggiolo.]

CLERGÉ. — Pour le rôle et les attributions du clergé dans l'enseignement primaire, voir, pour les pays étrangers, les articles Autorités icolain?v, Inspection et Religieuse (instruction).

Pour la France, V. les mômes articles, et en outre Archevêques et Evéques , Aumôniers, Conseils supérieur, départemental, etc., Curés, Délégations cantonales, ainsi que le mot France,

CLIMATOLOGIE. — V. Météorologie.

CLOISONS DE SÉPARATION. — V. Salles de classe.

CLUB ALPIN. — Sous ce nom existent en Suisse, en Angleterre, en Autriche, en Italie, et depuis 1875 en France, des sociétés servant de Ren entre les personnes qui pour leur plaisir ou pour leurs études entreprennent des excursions et des ascensions dans les Alpes. Le club alpin français ajoute aux Alpes les Pyrénées, les Cévennes, les Vosges, le Jura, les monts d'Auvergne. Il a son siège social à Paris, mais se subdivise en nom breuses sections ou sous-sections établies dans les diverses parties de la France et comptant ensemble plus de 3,000 membres.

Cette société, qui rend des services à l'instruction générale par ses publications intéressantes, par les encouragements qu'elle offre aux chercheurs et aux touristes, par le goût qu'elle provoque pour les études topographiques et géographiques, nous intéresse particulièrement par l'organisation de caravanes scolaires, excursions en commun d'écoliers en vacances, sous la conduite d'un ou de plusieurs chefs. Ces petites expéditions ont pour but de développer chez la jeunesse française le goût des voyages et surtout des voyages à pied, et de lui faire connaître la France. C'est un usage établi depuis longtemps en Suisse, témoin les Voyages en zig-zag de Tœppfcr ; il serait bien à souhaiter qu'il prît faveur chez nous. Déjà, dans les quatre années 1875-1878, le club alpin français a organisé un certain nombre de caravanes scolaires qui ont voyagé, le plus souvent à pied et sac au dos, en France et dans les pays voisins.

Il n'y a qu'une voix pour reconnaître leur utilité au triple point de vue du développement physique, intellectuel et moral de la jeunesse. Par une circulaire en date du 22 juin 1876, M. Waddington, ministre de l'Instruction publique, membre luimême du club alpin, les a recommandées officiellement. Son successeur, M. Bardoux, membre aussi du club alpin, s'y est montré non moins favorable. Toutes les compagnies de chemins de fer accordent une réduction de 50 p. 100 aux caravanes composées de 9 écoliers au minimum et d'un maître, patronées par le club alpin.

Il n'est pas nécessaire de faire des voyages longs et dispendieux. Tout chef d'établissement dinstruction publique ou privée, secondaire ou primaire, peut organiser, pour un ou plusieurs jours de congé, des excursions aj^ant pour but la visite d'un site remarquable du département, d'une localité historique, d'une grande usine, etc.

[A. Talbert.j CLUR JURASSIEN. — « La Société se propose de développer parmi la jeunesse le goût des sciences naturelles et d'étudier d'une manière spéciale et sous toutes ses laces la nature du Jura. A cet effet, elle organise de fréquentes promenades et des excursions, dans lesquelles les clubistes étudieront les roches, la flore et la faune du Jura, ses monuments d'histoire et d'archéologie, et feront des collections qui, offertes aux écoles des localités, deviendront, le noyau de musées scolaires propres à l'enseignement. La Société se propose également d'acclimater des animaux utiles ou intéressants et certaines plantes alpestres ou étrangères qui manquent à notre flore jurassique, ou qui sont très rares. Elle s'efforcera de couvrir le

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pays d'un reseau d'observations sur les phénomènes périodiques de la nature, afin d'avoir dans la suite dos données exactes sur le régime des eaux de notre Jura et sur le calendrier de sa flore et de sa faune. Enfin, par son organe, le Hameau de Sapin, la Société publie chaque mois les résultats de son activité et les communications les plus intéressantes de ses membres. »

Il suffit de reproduire cet article premier des statuts du Club jurassien (10 mai 1860) peur reconnaître qu'il a droit à une petite place dans ce Dictionnaire. Mais il faut l'avoir vue à l'œuvre, il faut parcourir les dix années publiées du Rameau de Sapin, pour apprécier les services qu'a rendus, que rend encore cette modeste association. Elle a vécu, il faut bien le dire, comme toutes les œuvres semblables, parce qu'elle a eu la bonne fortune d'être organisée, dirigée, soutenue par un de ces hommes qui aiment la jeunesse autant qu'ils aiment la science. Le D' Guillaume, de Neuchâtel, bien connu pour ses travaux d'hygiène scolaire, a réussi à inspirer le goût des recherches et des études d'histoire naturelle aux jeunes générations sortant des écoles du Jura suisse. Les statuts qu'il leur a donnés sont un modèle d'ingénieuse pédago- £ip. On y a combiné tous les avantages de la réunion et du travail en commun, tout en conjurant Aes dangers qui en pourraient naître : ainsi un article des statuts interdit sous aucun prétexte les réunions dans un établissement public, hôtel ou brasserie ; un autre autorise le comité (qui se compose de jeunes gens) à avertir d'abord et au besoin à exclure « les membres dont la conduite à l'école ou ailleurs donnerait lieu à des plaintes graves. » Chaque section est invitée par, les règlements, et est surtout tenue par l'amour-propre, de produire quelques travaux , d'avoir quelques articles à donner au journal ; les jeunes rédacteurs qui ont à raconter quelque petite observation faite par eux, à signaler quelque trouvaille curieuse, y prennent un plaisir qu'on devine aisément; le docteur est là du reste pour arrêter les épanchements inconsidérés : son petit recueil refuse impitoyablement les phrases et la banalité prétentieuse ; il n'encourage que l'esprit d'observation, l'étude directe de la nature, la recherche des faits, ce qui ne l'empêche pas ou plutôt ce qui lui permet de contenir souvent les plus gracieuses petites choses, des récits de chasse et de ravissantes anecdotes prises dans la vie des oiseaux ou des insectes. Avec les économies qu'elle a su faire, la petite société a récemment acheté un terrain situé dans un des sites géologiques et pittoresques des plus remarquables du Jura, le Creux du Van : l'on peut prévoir avec quel légitime orgueil elle réunira ses membres en assemblée générale au pied de ces rochers, rendez-vous classique des naturalistes, et qui seront bientôt son jardin d'acclimatation de plantes alpestres.

Avons-nous besoin de dire qu'en racontant ce succès du club jurassien suisse, nous nous sommes pris à penser qu'on en pourrait bien faire autant, si l'on voulait, de ce côté-ci du Jura.

CLUNY. — La petite ville de Cluny, en Bourgogne, située dans le vallon de la Grosne, à '20 kil. de Mâcon, possède les restes importants de l'ancienne abbaye de Bénédictins, fondée au x" siècle et reconstruite en 1750. Ces bâtiments, remarquables autant par leur immense étendue que par leur architecture simple et noble, étaient occupés, il y a quinze ans, par la mairie de la ville, la justice de paix, la salle d'asile, l'école des Frères, le collège communal et les débris de la riche bibliothèque des moines, dont une partie a été détachée en 1790, au moment où la congrégation futdissoute, pour former la bibliothèque municipale de Cluny, et la plus grande partie réunie à la bibliothèaue nationale de la rue Richelieu.

Quelques semaines après son entrée au ministère de l'instruction publique, M. Duruy avait porté -on attention sur l'enseignement professionnel, dont tout le monde, l'Université elle-même, reconnaissait la nécessité en présence des changements apportés dans la fortune publique par la transformation de l'industrie et les développements du commerce. Dans une remarquable circulaire (v oct. 1863), il faisait l'historique delà question, prouvait avec les documents officiels que l'ensei^nr-mont professionnel s'était introduit par la force même des choses dans 6i de nos lycées sur 74, et que dans presque tous les collèges communaux le sixième au moins des élèves y avait passé, et il concluait qu'il fallait donner une satisfaction sérieuse aux désirs des familles et aux besoins de la société. Sans perdre de temps, il envoya un homme revêtu de sa confiance étudier l'organisation de cet enseignement dans les pays où il fonctionne depuis longtemps et donne les meilleurs résultats ; sur son rapport on rédigea immédiatement des programmes d'études qu'il envoya aux recteurs à titre d'essai, en attendant que le Corps législatif eût accordé les crédits nécessaires à la transformation scolaire qui devait suivre (2 oct. 1863). Mais pour un enseignement nouveau il fal lait un personnel enseignant nouveau ; et la plu part des lycées ne possédaient ni des locaux appropriés, ni les collections, ni les instruments, ni les laboratoires nécessaires; enfin les ressources financières faisaient complètement défaut. C'est ainsi que M. Duruy fut amené à créer une école normale destinée à former des professeurs d'enseignement professionnel dans les conditions les plus économiques possible. Des négociations entamées avec la ville de Cluny le mirent en possession de tous les bâtiments de l'ancienne abbaye sans stipulations trop onéreuses.

La ville de Cluny cédait à l'État les magnifiques bâtiments de l'abbaye : elle votait une somme de 70,000 francs pour le rachat des parties déjà alié nées de ce domaine ; enfin le département de Saôneet-Loire donnait 100,000 francs pour les appropriations ; l'installation de la nouvelle école normale à Cluny fut donc décidée. M. Duruy pensait que cette école nouvelle serait à sa place dans les restes de l'ancien couvent des bénédictins (circul. 9 août 1865) « où vivent encore de grands souvenirs de piété, de science et de travail, dans une riche province où se trouvent toutes les cultures, céréales, prairies, vignes et bois; à proximité d'un grand centre industriel, le Creusot; d'un grand centre commercial, Lyon, et non loin de Saint- Etienne et de ses mines, c'est-à-dire dans le milieu le plus favorable à l'instruction des élèves-maîtres. »

Le ministre, sachant que le pouvoir n'est qu'un lieu de passage et ne voulant pas perdre une année, entreprit aussitôt des travaux considérables pour approprier les bâtiments de l'abbaye à leur destination nouvelle, et dépensa toutes les ressources qu'il n'avait pas, sans s'inquiéter des moyens de couvrir ses avances. Il avait foi dans son œuvre ; l'opinion publique, qu'il avait soulevée, le soutenait, et il se sentait suivi par la nation. En effet, les dons en nature affluèrent au ministère ; le Muséum, encombré de richesses inactives, offrit des collections d'histoire naturelle ; le commerce envoya des produits industriels et des matières premières ; les particuliers, des ouvrages de science, de droit et d'économie politique; et bientôt les salles de l'abbaye furent remplies d'un matériel plus volumineux qu'utile, qu'il fallut s'occuper de ranger et de classer. Mais les envois d'argent n'arrivèrent pas en proportion, et cependant le ministre avait dépensé près d'un million. M. Duruy connaissait trop bien l'histoire pour ne pas savoir que les élans populaires spontanés sont de peu de durée; il voulut se créer des ressources perpé-

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tuelles pour assurer la continuité de son œuvre. Pendant la session des conseils généraux de 18G4, il demanda aux départements de vouloir bien s'associer à sa création en fondant des bourses à Cluny en faveur des élèves des écoles normales primaires, qui se seraient distingués par leur conduite et leurs aptitudes. Tous les départements votèrent au moins une bourse, plusieurs deux, quelques-uns trois, sous la condition expresse que l'élève envoyé à Cluny conserverait le lien légal qui l'attachait pour dix ans à l'enseignement primaire de son département, et qu'il y reviendrait, après avoir puisé dans la nouvelle école des connaissances plus étendues qui lui permettraient de rendre de plus grands services à son département natal. De son côté le gouvernement prenait à sa charge l'achèvement des appropriations commencées, l'achat du mobilier usuel et scientifique nécessaire, et l'entretien des professeurs ; il créait aussi un certain nombre de bourses en faveur des maîtres qu'il aurait besoin de demander à la nouvelle école pour ïe service ordinaire de ses lycées.

L'école normale de Cluny fut ouverte en 1806. Comme tous les grands établissements d'instruction publique universitaires , elle était placée sous l'autorité directe et exclusive du ministre. Le collège communal de la ville fut converti en un établissement d'enseignement spécial, et devint comme une école annexe taisant fonction de collège d'application. Il avait alors 17 élèves; il en comptait plus de 500 en 1809. Il devait aussi rester ouvert à des pensionnaires libres, afin que tous ceux qui avaient besoin des connaissances nouvelles et étaient en état de profiter des leçons pussent les recevoir sans frais.

Des professeurs de sciences mathématiques, physiques et naturelles, de littérature française, d'histoire, de législation civile et de langues vivantes, choisis directement par le ministre, lurent attachés au nouvel établissement. A la suite de négociations amicales avec la Bavière et le Wurtemberg, il avait été convenu que les meilleurs élèves de l'école normale iraient passer deux ans en Allemagne pour apprendre à parler l'allemand, pendant qu'un nombre égal d'étudiants allemands viendraient chez nous se perfectionner dans la langue française.

Le directeur de l'école se tenait en communication continue avec le ministre sous les ordres immédiats duquel il était placé ; il lui écrivait tous les jours pour le tenir au courant de ce qui se passait à Cluny, de sorte que M. Duruy, sans quitter son cabinet, vivait en réalité au milieu des élèves; une mère doit avoir toujours les deux yeux ouverts sur les premiers pas de son enfant.

On a critiqué la répartition du temps que le directeur fit entre les diverses branches de l'enseignement. Il avait en effet un goût particulier pour la mécanique scolaire pratique et une certaine adresse de mains, dont il était fier; sans doute il eût mieux valu que le premier directeur de l'école possédât une instruction générale et fût sans préférence aucune, afin de pouvoir suivre tous les cours avec une égale compétence et d'établir une pondération mieux calculée dans les diverses parties de l'enseignement ; mais que l'on songe à la difficulté de trouver un tel homme dans l'Université! A cette époque Cluny était au milieu dune solitude ; le chemin de fer des Dombes n'existait pas : il fallait une âme solidement trempée, ou un grand dévouement à la chose publique, pour aller s'enfermer dans ces anciens cloîtres au milieu d'un petit groupe de jeunes gens, et travailler avec abnégation à créer un personnel enseignant nouveau, pour les besoins nouveaux de la société moderne ! On doit dire à la louage du premier directeur de Cluny qu'il s'est montré toujours à la hauteur de la tâche qu'il avait acceptée, comme n'ont cessé

de l'attester les hommes considérables qui étaient envoyés tous les trois mois à l'école de Cluny.

Chaque trimestre en effet, des hommes connus dans les sciences et les lettres étaient désignés par le ministre pour aller faire subir aux élèves de Cluny des examens sérieux. On voit par la lecture des rapports officiels que l'école nouvelle travaillait avec ardeur et répondait par ses progrès au but pour lequel elle avait été fondée.

En outre de ces examens trimestriels, des examens de sortie obligatoires pour tous servaient h former la liste de passage et de classement.

Enfin les concours d'agrégation, qui avaient lieu publiquement à Paris, devant un jury mipartie littéraire et scientifique, servaient comme de contre-épreuve, de contrôle et aussi de critérium pratique pour l'appréciation de la valeur professionnelle des jeunes maîtres formés à Cluny.

M. Duruy, tranquille désormais sur l'avenir de sa création, s'occupa d'établir des conseils de perfectionnement auprès des collèges d'enseignement spécial nouvellement ouverts. Ces conseils, composés de notables négociants, d'industriels, d'anciens magistrats, d'hommes choisis dans chaque département parmi les plus instruits, 1 es plus expérimentés et les plus dévoués à l'instruction publique, étaient sous la présidence du maire, représentant les pères de famille et les intérêts de la ville qu'il administrait ; l'inspecteur d'académie assistait aux réunions avec voix consultative seulement. Ces conseils étajent chargés de suivre l'enseignement nouveau, d'en surveiller la direction et d'indiquer dans des rapports circonstanciés les modifications que les programmes devaient subir pour se plier suivant les circonstances et les lieux aux divers besoins des populations. Ces rapports, centralisés au ministère, étaient dépouillés avec soin et servaient de base, en même temps que de preuves, au rapport d'ensemble que l'administration supérieure publiait dans le cours de chaque année scolaire sur l'état de l'enseignement spécial institué dans les lycées. La lecture des rapports officiels de 1865 à 1869 est encore intéressante aujourd'hui, à treize ans de distance; car elle montre combien la France est iacile à entraîner par le cœur, et quelle somme de bons vouloirs les efforts de M. Duruy avaient développée dans toutes les parties de la France et dans tous les rangs de la nation.

Le succès des conseils de perfectionnement inspira naturellement au laborieux ministre l'idée d'instituer pour lui-même et de placer près de lui un conseil supérieur de perfectionnement. Ce conseil devait avoir la haute surveillance de l'école normale de Cluny, prendre connaissance de tous les documents de nature à intéresser le nouvel enseignement, soit qu'ils fussent adressés au ministère par les recteurs et les inspecteurs, soit qu'ils fussent fournis par des missions accomplies à l'étranger. L'idée était excellente; c'était en effet partager, par conséquent diminuer sa responsabilité, et se ménager des appuis intéressés pour la présentation de certains projets de loi au conseil supérieur de l'instruction publique. Cependant ce grand conseil, qui créa souvent des embarras au ministre, ne lui fut en réalité d'aucune utilité: une des premières questions qui dut lui être soumise fut celle de la révision des programmes en cours d'exécution à titre d'essai, et la publication officielle des programmes définitifs ; or les personnes que M. Duruy avait appelées au conseil étaient en grande partie des notabilités scientifiques, et il lui fut impossible de ne pas déférer aux spécialités les plus éminentes du conseil la rédaction des programmes relatifs aux études qui avaient fait leur célébrité : lorsqu'il fallut ensuite encadrer tous les programmes élaborés séparément par chacun en dehors du plan adopté, il arriva qu'ils ne s'adap-

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taient plus aux fcadres de renseignement spécial. De là des critiques peu bienveillantes, mais fondées, qui accueillirent la publication des programmes officiels attribués à tort à un auteur unique. Heureusement le mal est facile à réparer aujourd'hui ; pendant les treize années qui viennent de s'écouler, l'école de Cluny a été une pépinière féconde : chaque année il en est sorti des professeurs instruits et habile*, des agrégés distingués dont l'Université elle-même a pris les meilleurs pour ses plus beaux lycées; il sera donc facile de réunir une commission composée exclusivement de professeurs de l'enseignement spécial, anciens élèves de Cluny, c'est-à-dire d'hommes entièrement compétents. Ils apporteront aux programmes officiels les changements jugés nécessaires, de manière à les adapter sans difficulté aux cadres primitifs. Cette tâche sera d'autant plus facile qu'il ne faut apporter aucune modification aux cent premières pages du document ministériel de 1860; la distribution du temps, l'ordre des matières, l'application des méthodes, tout a été tiré des programmes des meilleures Realschulcn de l'Allemagne du nord. Ces Realschulen sont les écoles d'enseignement spécial que la Prusse a créées à la suite de ses grands désastres, après le traité de Tilsitt en 1807, pour réunir les lambeaux que Napoléon lui laissait et se reconstituer. Ces écoles fonctionnent depuis plus de cinquante ans; c'est de là que sont sortis tous les officiers et les cadres de cette armée allemande qui nous a battus ; les méthodes qui y sont suivies sont donc bonnes ; l'expérience en a été cruellement concluante pour nous : il faut donc les adopter et ne rien changer à la première partie du document officiel de 1.S6G; on n'a qu'à retoucher les programmes des deux dernières années pour les adapter aux cadres de la première partie.

M. Duruy quitta le ministère de l'instruction publique au mois de juillet 18G9; les mauvais jours allaient commencer. Moins d'un an après, les malheurs de la patrie détournèrent l'attention publique des questions scolaires. Le conseil supérieur, qui n'avait pas été réuni depuis le départ du ministre, s'évanouit, et à partir de 1870 les conseils de perfectionnement départementaux se dispersèrent sans que personne songeât à les maintenir. Et pourtant les paroles de l'empereur d'Allemagne devaient nous inspirer la pensée de les reconstituer, puisqu'il déclarait à la face de l'Allemagne tout entière qu'il devait ses triomphes aux maîtres de l'enseignement élémentaire ; mais la France, aussi prompte à se décourager qu'à s'enthousiasmer, ne pensait plus qu'à ses désastres : d'ailleurs en moins de huit ans seize ministres avaient passé au ministère de l'instruction publique : assurément ils étaient tous capables et animés des meilleures intentions ; mais ils n'avaient pas de raison particulière pour s'intéresser à Cluny parce qu'ils n'avaient pas pris part à sa fondation, et ils ne restèrent au ministère que le temps à peine d'en connaître tous les services, et pas assez pour aller porter leurs regards au loin sur les établissements les plus importants. L'école de Cluny, privée de l'impulsion directe quelle s'était habituée à recevoir d'en haut, ne sentit plus la main qui la soutenait : elle se crut abandonnée. C'est pendant cette triste période que des esprits réactionnaires par nature et ennemis de toute innovation profitèrent des circonstances pour insinuer et répandre des bruits fâcheux, qui arrivèrent jusqu'à l'administration supérieure et qu'elle dut écouter. En 1871 une inspection particulière, suivie d'une sorte d'enquête, fut défavorable à la gestion administrative de l'école, et son premier directeur fut remplacé par le proviseur d'un des lycées de l'Etat. Enfin le G novembre 1872, un arrêté de M. Batbic plaça l'école normale d'enseignement

spécial et le collège annexe de Cluny bous l'autorité immédiate du recteur de l'académie de Lyon; il était ordonné de plus que les règlements sur la comptabilité et le service économique des lycées seraient applicables à l'école et au collège annexe. Enfin par deux nouveaux arrêtés en date de- 10 juin suivant, le même ministre décidait qu'à l'avenir les candidats aux bourses de l'école de Cluny seraient examinés par des commissions spéciales, instituées par le recteur de la même académie, et que ce serait aussi le recteur de Lyon qui désignerait les membres de la commi chargée d'aller à l'école normale procéder aux examens de sortie; l'école normale de Cluny perdait d«nc les privilèges qui lui étaient le plus chers et se trouvait assimilée aux élablisseme;iis ordinaires de l'Université.

Il ne noue appartient pas de critiquer les mesures que l'administration supérieure crut devoir prendre, d'en rechercher le motif et d'examiner l'influence qu'elles ont pu avoir sur les étude ~ élèves de Cluny; nous nous bornerons, pour terminer, à reproduire les chiffres qui se trouvent à la fin de la statistique de l'enseignement secondaire en 187 fi, page 460.

Au 3! décembre 18< G, le nombre total des élèves, tant à l'école qu'au collège annexe de Cluny, s'élevait à 380.

Les dépenses avaient atteint le chiffre de 441.551 francs, et pour suppléer à l'insuffisance des ressources de l'établissement, l'Etat avait dû fournir une subvention de 107 000 francs, dont 119f;00 pour le service ordinaire et 47 (;00 pour les dépenses extraordinaires.

Le personnel enseignant était composé de trois professeurs de sciences physiques et naturelles, trois professeurs de mathématiques, un professeur de morale, un d'histoire et un de langues vivantes. Evidemment l'ensemble de ce personnel n'était pas convenablement équilibré, et l'on ne doit plus s'étonner de trouver dans la faiblesse des études littéraires aux concours d'agrégation la preuve incontestable et presque palpable d'un défaut de pondération dans la distribution du temps et des matières.

La statistique précitée ne parle pas de professeurs de dessin, de musique, de maîtres d'ateliers, de gymnastique, de jardiniers, etc. ; mais ce sont des lacunes involontaires que l'on peut combler facilement avec les annuaires de l'instruction publique publiés chaque année par la maison Delalain. Ainsi celui de l'an dernier montre, comme ceux des années précédentes, que les services importants omis dans la statistique officielle de 1876 ont chacun leurs chefs titulaires et leurs adjoints ; c'est donc un oubli que M. Duruy n'avait pas commis.

Parmi les élèves sortis brevetés de l'école normale de Cluny depuis sa fondation, l'on compte actuellement 44 professeurs dans les lycées de l'Etat, dont 8 titulaires ou agrégés, et 3G chargés de cours, 108 professeurs dans les collèges communaux, 6 professeurs dans les écoles normales primaires; enfin 17 anciens élèves brevetés ont quitté l'enseignement pour des positions plus lucratives dans l'industrie.

Tels sont les chiffres que porte la Statistique de l'enseignement secondaire en 1876, pages 450 et 460. Mais il est facile de prouver que ces chiffres sont entachés d'erreurs. En effet :

1° La liste du personnel attaché à l'école de Cluny est incomplète. Les annuaires publies par la maison Delalain, années 1866 à 1876, en font foi et montrent que la composition du personnel enseignant dans l'école et le collège annexe satisfaisait à tous les besoins de l'enseignement spécial

2° Le total des brevetés sortis de Cluny est inexact : il est de 175 suivant la statistique de

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1870; or voici le relevé des ordres du jour affichés dans l'école même et signés par les présidents des commissions d'examen :

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