‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 216 sur 547 · SECTIONS · texte numérisé non relu

SECTIONS

mathématique

littéraire

et physique.

et des langues -vivantes.

Totaux ....

Total général : 260; donc une différence de 85 entre le chiffre 260 et le chiffre 175 de la statistique précitée.

Mais le chiffre 260 est notablement inférieur lui-même à la réalité. En effet un assez grand nombre d'anciens élèves de Cluny ont pris le brevet d'enseignement spécial devant les diverses Facultés de province après leur sortie de V école. Si l'on avait consulté les registres d'inscription des Facultés, on se serait assuré qne le total 260 doit être augmenté de plus de cent unités.

Ce sont là des erreurs matérielles qu'il est du devoir de chacun de corriger, quelque opinion que Ton ait, lorsqu'elles peuvent être défavorables à la réputation d'un établissement naissant.

Cluny a donc fourni déjà plus de 200 maîtres remarquables, parmi lesquels l'Université en a choisi 50 pour ses principaux établissements. Nous avions raison de dire tout à l'heure qu'il serait facile de former, pour réviser les programmes officiels et les ajuster aux cadres primitifs, une commission imposante exclusivement composée d'hommes parfaitement compétents.

Espérons qu'à la période d'agitations pénibles dont nous sommes enfin sortis succéderont quelques années de calme relatif, et que les ministres de l'instruction publique resteront en fonctions assez de temps pour pouvoir méditer des projets d'amélioration et en suivre l'exécution ; alors on se hâtera de rapprocher l'école de Cluny de la capitale et de la placer à proximité de l'intluence intellectuelle dont elle a besoin. Si la solitude est utile pour les études littéraires et les recherches historiques, l'isolement et Féloignement des grands centres ne sont pas bons pour les études pratiques qui forment l'élément indispensable, l'accompagnement nécessaire de l'enseignement spécial. Que serait l'école centrale si elle avait été reléguée à Pontivy? Il faut que les hommes destinés à préparer la jeunesse du Tiers-Etat aux professions commerciales et industrielles vivent dans les centres de commerce et d'industrie pour en étudier les ressources, les procédés, les règlements, et aussi la misère et les aspirations. L'école professionnelle et la belle école de commerce de la société industrielle des Vosges avaient été placées à Mulhouse; ce devait être. Mais M. Duruy, aux prises avec la détresse d'un budget insuffisant, fut heureux de pouvoir abriter sa création dans les vieux cloîtres qu'on lui donnait presque pour rien. S'il avait eu

le budget plus que triplé d'aujourd'hui avec une Chambre aussi généreuse et aussi bien disposée en faveur de l'instruction publique, il eût fait dans Paris même, pour l'école normale de l'enseignement spécial, c'est-à-dire de l'enseignement des enfants des classes laborieuses, une magnifique installation qui eût été le pendant de l'école supérieure de la rue d'Ulm ; et c'eût été équitable, puisque les classes occupées manuellement forment l'immense majorité dans la nation.

Une autre mesure non moins urgente et non moins justifiée sera de faire sortir des lycées l'enseignement spécial qui n'y est point à sa place, qui ne peut y vivre, ni s'y développer. Le lycée est un établissement privilégié organisé autrefois pour un enseignement purement théorique : c'est le sanctuaire fermé de ceux que leurs dispositions naturelles désignent pour les professions libérales,, ou qui ne veulent aborder la vie publique qu'avec un esprit fortifié par de littéraires et sévères études. Dans l'enseignement spécial, la pratique doit occuper quelques heures tous les jours; il faut exercer de bonne heure la main de l'enfant au maniement de la lime, de la scie et du marteau ; donc il est nécessaire de faire sortir l'enseignement spécial du lycée. Mais, nous l'avons dit plus haut, lorsque le ministre fonda cet enseignement, pour lequel il créa une pépinière de professeurs à Cluny, il n'avait ni argent, ni locaux, ni matériel scolaire, ni personnel enseignant : il espérait qu'en empruntant quelques classes inoccupées du lycée pour y recevoir les premiers élèves de l'enseignement spécial, il se développerait au contact des deux enseignements un esprit de concorde, d'obligeance et de fraternité ; c'était une généreuse illusion que le temps s'est bien vite chargé de dissiper. Il faut donc séparer au plus vite les deux espèces d'enseignement pour qu'ils puissent vivre chacun de la vie qui lui est propre. Les Etats de l'Allemagne du Sud ont eu à traverser comme nous la période de l'éclosion, des essais, des tâtonnements, et ont rencontré les mêmes difficultés ; ils ont essayé de les tourner en égalisant les heures consacrées aux deux espèces d'enseignement, et de mettre ainsi une certaine harmonie entre eux ; mais ils n'ont pu établir l'unité, ni l'homogénéité, et leurs progymnases, qui sont des établissements mixtes, ne sont point comparables aux Realschulen pures de l'Allemagne du Nord. La Prusse, avec le sens pratique qui la caractérise, n'a pas hésité : ses Realschulen, c'està-dire ses écoles d'enseignement spécial, sont toutes sans exception des établissements à part, entièrement distincts et séparés des gymnases, c'est-à-dire des lycées. Or nous pouvons actuellement faire en peu de temps et presque sans frais ce que l'Allemagne du Nord a mis cinquante ans à constituer. En effet, il est généralement reconnu que la France actuelle est une société nouvelle, moins lettrée, moins polie, moins raffinée, mais plus scientifique, plus industrielle, plus commerciale que l'ancienne. Dès lors notre ancienne organisation scolaire ne peut lui convenir et surtout ne peut lui suffire. Aujourd'hui c'est la minorité des familles qui fait son occupation ordinaire de l'étude approfondie des langues anciennes; l'immense majorité au contraire a besoin d'un enseignement général qui, préparant à toutes lesprofessions actives sans distinction, ouvre au plus grand nombre les carrières commerciale, agricole et industrielle, c'est-à-dire de l'enseignement spécial que M. Duruy avait si bien conçu. Maintenons donc dans 20 ou 30 de nos plus plus beaux lycées les études classiques, l'enseignement universitaire qui a fait la gloire de l'ancienne France. C'est l'Université qui, au milieu du développement irrésistible et de l'empire des intérêts matériels, a formé et continue de former des lettrés, des phi--

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losophes, des savants, des écrivains, des érudits. L'Université est parmi nous le plus actif foyer de la vie intellectuelle et le plus efficace pour en répandre dans la société la lumière et la chaleur ; mais la moitié seulement de nos lycées peut suffire aux besoins littéraires de la France actuelle. Ensuite prenons-en 20 ou 30 autres, principalement ceux qui sont placés près des centres de commerce et d'industrie, et transformons-les en écoles d'enseignement spécial. Attendu leur petit nombre, nous pourrons les meubler immédiatement de cabinets de physique, de laboratoires de chimie, de collections d'histoire naturelle, de modèles de dessin, de musées industriels propres à la contrée, et, au lieu des langues anciennes, que l'on ne parle plus qu'en Sorbonne, on y parlera, on y écrira les langues vivantes, dontles relations faciles et multipliées établies entre les divers peuples font aujourd'hui une nécessité. Les collèges communaux serviront d'écoles préparatoires aux deux espèces d'enseignement suivant la fortune et les goûts des familles. Nous aurions ainsi notre école normale supérieure avec ses 25 ou 30 lycées, et notre école normale de Cluny avec ses 25 ou 30 collèges d'enseignement spécial, comme l'Allemagne a ses gymnases et ses Realschulen pures de premier et de second ordre.

Quoi qu'il en soit de ce plan, et quoi qu'il advienne de l'enseignement spécial, il faut reconnaître que M. Duruy a été le promoteur de toutes les réformes scolaires qui sont en voie de s'accomplir et dont nos enfants profiteront. C'est lui qui a eu le courage d'en démontrer le premier la nécessité et d'en prendre l'initiative, à une époque où personne ne pensait, ou n'osait dire que l'enseignement universitaire d'autrefois ne suffisait plus aux besoins de la société mov. erne, et sous un régime qui redoutait l'indépendance du caractère et la liberté de la parole. Qui ne se souvient du fameux rapport qu'il adressa à l'empereur le 6 mars 1865 sur l'état de l'enseignement primaire en France. L'empereur l'avait lu avec intérêt et en avait adopté les conclusions; mais le lendemain le rapport fut presque désavoué à la tribune pendant que tout bas s'agitait la question de cabinet : le ministre avait risqué sa situation pour émettre une idée vraie, juste et féconde. Aujourd'hui l'opinion publique est habituée aux mots de gratuité et d'obligation, qui, en 18G5, causèrent une si vive émotion ; et, si la France obtient enfin une loi qui rende l'enseignement primaire gratuit et obligatoire, c'est au dévouement, au courage de M. Duruy qu'elle le devra. C'est encore lui qui améliora la situation des instituteurs et des professeurs de lycées, qui fonda les cours du soir, ouvrit les cours d'enseignement complémentaire de la rue Gerson, institua l'école des hautes études, obtint la liberté des conférences publiques du dimanche, en un mot qui commença toutes les améliorations dont nous poursuivons la réalisation. C'est lui enfin qui, avec rien, sans locaux, sans matériel scolaire, sans personnel enseignant, osa créer Cluny et l'enseignement spécial pour les enfants des familles ouvrières, et, si un jour ces enfants ont des écoles publiques qui leur ouvrent plus facilement l'accès aux carrières industrielles, agricoles et commerciales, c'est à lui, à son énergie, à ses constants efforts qu'ils le devront. Ce sont là des choses qu'il ne faut pas craindre de dire, parce que c'est l'exacte vérité ; qu'il faut répéter pour ne pas les oublier et ne pas être ingrats; qu'il faut écrire surtout parce que ce sont des laits, des documents pour l'histoire contemporaine, et que nos descendants doivent connaître et bénir les immenses services que cet homme de cœur a rendus à la cause de l'instruction publique dans notre pays.

|J.-M. Baudouin.]

COClim (Jean-Marie-Denys). — Cochin naquit

à Paris, au bruit du canon de la Bastille, le 14 juillet 1781). Son père, le baron Cochin, fut maire et député du XIIe arrondissement, où il a laissé, comme tous ses aïeux, le souvenir d'un noble caractère et d'une ardente charité.

« Notre famille n'est pas illustre a dit M. Augustin Cochin, mais il en est peu de plus constamment et de plus anciennement honorable. » Et, en effet, ses membres figurent parmi les plus vieux bourgeois de Paris. Depuis 15G0, on les retrouve partout et au premier rang. L'un d'eux, Antoine- Henri, fut une des g'oires du barreau français; C'est de lui que Rollin, son ami, disait : « Jusqu'à Cochin, je n'ai pas trouvé d'application de la définition : Orator, vir borna, dicendi perdus. »

Digne héritier de cette famille dont la nature semblait avoir réuni en lui les qualités de cœur, le jeune Cochin se mit au travail avec une rare énergie; il fit même la réputation d'un médiocre pensionnat dont le chef vécut plus tard entouré de ses bienfaits. A quinze ans, il avait fini ses études. Son goût le portait vers les sciences naturelles ; la médecine l'attirait surtout, parce qu'il y voyait plus d'occasions d'être utile à ses semblables. Mais sa famille, ruinée par la Révolution et par la fondation de l'hôpital Cochin, ne pouvait faire les frais de son établissement. Le jeune étudiant le comprit et entra dans le barreau.

Nous n'avons pas à le suivre dans cette carrière où la profondeur de sa science juridique, la sagesse de ses conseils, le charme et l'éclat de sa parole en firent bientôt un des avocats les plus estimés et les plus recherchés du Palais. Dès cette époque, il devient rapidement l'homme nécessaire de toutes les œuvres de bienfaisance. Il est choisi pour secrétaire ou rapporteur de toutes les commissions, de toutes les associations qui se proposent l'amélioration morale du peuple et le développement de son bienêtre. Il se multiplie, il est partout où il y a des malheureux à soulager.

Nous voudrions montrer, à toutes ses heures, cette belle et trop courte existence ; mais nous avons déjà trop oublié que nous ne devons la considérer que dans ce qu'elle eut d'efficace et de décisif pour l'éducation populaire, le grand souci de M. Cochin, son œuvre de prédilection, celle qui lui survivra, et qui, de grain do sénevé, est devenue un arbre gigantesque aux innombrables rameaux. Nous avons nommé les salles d'asile.

Bien des essais infructueux avaient été faits avant que celui de M. Cochin fût couronné de succès. — V. Oberlin, Scheppler (Louise), Pastoret (Mme de).

Un essai plus heureux fut tenté en 1817, à New- Lanark, dans le nord de l'Ecosse, par un manufacturier connu, M. Ovven. Par ses soins, cent cinquante enfants de deux à sept ans furent réunis sous la direction de James Buchanan, un simple tisserand, qui avait l'amour de l'enfance et le génie de l'éducation. C'est lui qui donna aux Infant schoois une méthode régulière.

Enfin, en 1826, M. Cochin, qui venait d'être nommé maire du XIIe arrondissement, fut d'abord frappé de la misère et de l'abandon d'une multitude de petits enfants, laissés par leurs parents, sans soins, sans surveillance, et quelquefois sans nourriture, dans un quartier qui comptait alors n indigent sur dix, et dans les mauvais jours, sur trois habitants. Attentif à tous les efforts faits en faveur de l'enfance, il veut, lui aussi, apporter sa part à l'œuvre tant de fois ébauchée des salles d'asile. Dans cette pensée, il réunit de petits enfants dans deux chambres qu'il loue rue des Gobelins, et il se met à diriger lui-même ces enfants, à imaginer une méthode ingénieuse, parfaitement appropriée à leur âge, et il l'enseigne même à ceux dont il veut faire des maures.

Telle fut l'humbie origine de cette belle institu-

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