CONGRÈS
gir en leur nom personnel. Les membres de ces congrégations ne peuvent tenir d'école sans être munis du brevet de capacité ; ils ne peuvent être présenté! par leurs supérieurs généraux à la nomination du préfet pour les postes d'instituteurs, etc.; vis-à-vis de la loi, aucune différence n'existe entre eux et les maîtres laïques.
Le défaut d'autorisation place les congrégations non reconnues dans une incertitude perpétuelle quant à la propriété de leurs biens. Étant incapables de posséder, ces biens sont ordinairement acquis au nom des supérieurs, ou par d'autres religieux en leur nom personnel. La loi de 1849 sur les biens de mainmorte ne leur est donc pas applicable. [E. de Resbecq.J
Statistique des congrégations religieuses. — Aux termes de l'art. 12 de la loi de finance du 29 décembre 1876, le gouvernement a dû établir « une statistique de toutes les communautés, congrégations et associations religieuses, quelle que soit leur dénomination, autorisées ou non autorisées, qui existent en France. »
Cette statistique a paru à la fin de l'année 1878, M. Bardoux étant ministre des cultes. On y relève les chiffres suivants :
Les 24 congrégations religieuses d'hommes vouées à l'enseignement et autorisées dirigent 2328 écoles publiques, 768 écoles libres; en tout 3096 établissements.
Les 528 congrégations religieuses de femmes, autorisées, dirigent 10 951 écoles publiques et 5 527 écoles libres , en tout 16 478 établissements.
Les associations religieuses d'hommes non autorisées sont au nombre de 385, dont 85 environ se livrent à l'enseignement.
Les associations religieuses de femmes non autorisées sont au nombre de 602, et 260 environ se livrent à l'enseignement.
Les divers projets de loi actuellement en élaboration tendent à modifier sur plusieurs points importants la situation légale des congrégations enseignantes, telle qu'elle vient d'être exposée (mai 1879J. On trouvera aux mots Laïcité ei Lettre d'obédience les dispositions nouvelles qui auront pu être adoptées.
CONGKËS PÉDAGOGIQUES. — On désigne sous le nom de congrès tantôt des assemblées auxquelles sont convoqués tous les instituteurs d'un pays ou d'une région, ainsi que toutes les personnes désireuses d'y prendre" part, pour discuter des questions d'éducation et d'enseignement ; tantôt, et le plus souvent, la réunion générale d'une association, réunion composée exclusivement des instituteurs membres de l'association, et dans laquelle elle renouvelle son comité , arrête son budget, et traite les questions qui ont été mises à l'ordre du jour et préalablement discutées dans les sections de l'association.
Les congrès pédagogiques ont pris naissance en Allemagne, cette terre classique de la pédagogie, à la suite des tendances unitaires qui se manifestèrent au parlement de Francfort en 1848. L'unité allemande, poursuivie depuis par la guerre et un régime militaire excessif, n'apparaissait alors que comme le résultat d'une large éducation populaire produisant la libre union des esprits. Le v2 juin 1848, le docteur J. C. Krœger, de Hambourg, adressa un appel aux instituteurs de l'Allemagne du Nord pour une grande réunion ayant pour but d'étudier de plus près les principes d'éducation et d'instruction en général, et spécialement de Yédu- ((illjti nationale allemande. L'assemblée eut lieu à Hambourg du 5 au 7 août, sous la présidence d'un instituteur, M. Théodore Hoffmann ; elle comptait 500 memtires. Presque en même temps se fondait en Saxe une association semblable qui se réunit à Eisenach, le 28 et le 29 septembre, sous la pré-
sidence du docteur Kœchly, avec 200 membres.
Ces deux associations se réunirent encore séparément dans les années 1849 et 1850; mais, en 1851, leurs commissions permanentes parvinrent à les fondre en une seule qui se réunit à Hanovre. Ce fut en réalité le premier congrès général des instituteurs allemands (Lehrertag), quoique les Etats de l'Allemagne du Sud n'y eussent point participé. Nous y retrouvons pour président M. Théodore Hoffmann, de Hambourg.
Les tendances démocratiques et libérales, qui avaient donné naissance à ces réunions pédagogiques, avaient été énergiquement réprimées par les gouvernements allemands et surtout parla Prusse. Son ministre, M. von Raumer, interdit en 1854 aux instituteurs prussiens toute participation au Lehrertag. L'institution ne se maintint que grâce à la courageuse persévérance de sa commission permanente, etnotammentdu docteur Maurice Schulze, de Gotha; de MM. Berthelt, de Dresde ; Hoffmann de Hambourg ; Lûbew de Brème. Elle avait aussi rencontré parmi les princes un protecteur, le grand duc de Saxe-Cobourg-Gotha, qui donna deux fois l'hospitalité au congrès.
En 1860, l'opposition de la Prusse se calma, et l'autorisation d'assister au congrès put être obtenue par les instituteurs prussiens. En 18(i3, la réunion eut lieu à Mannheim avec 2 000 instituteurs : on y parla bien de pédagogie, mais aussi des inquiétudes qui étaient alors habilement répandues en Allemagne pour la préparera accepter l'hégémonie prussienne. Les mêmes préoccupations se manifestèrent au congrès suivant, celui de 1865 à Leipzig. Mais après le triomphe de la Prusse à Sadowa, en 1866, les tendances du congrès s'accusèrent décidément pour l'union de l'Allemagne sous la main du roi Guillaume et de son puissant ministre M. de Bismarck. On s'en rendra bien compte en lisant les programmes des congrès tenus à Hildcsheim (! 867), puis à Berlin (1869), et en les comparant avec ceux de Gotha (1852) et de Hambourg (1855).
De l'Allemagne, les congrès pédagogiques ont passé en Suisse, avec une division qui résulte de l'usage de deux langues principales dans la confédération. Il y a le congrès de la Société des instituteurs de la Suisse romande, pour les pays de langue française (Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura bernois, Fribourg, Valais), et le congrès de la Société suisse des instituteurs des cantons de langue allemande [Schweizerischer Lehrerverein).
C'est le 6 août 1866 que la Société des instituteurs de la Suisse romande a tenu son premier congrès à Fribourg; elle s'est donné pour programme a le perfectionnement de l'éducation publique et de la vie morale et intellectuelle dans les cantons romands. » Le congrès se réunit tous les deux ans dans une ville choisie alternativement en chaque canton, et a pour organe le journal l'Educateur, dirigé depuis sa fondation par M. le professeur A. Daguet.
Le Schweizerischer Lehrerverein, fondé en 18 42, tient ses congrès tous les deux ans sous le nom de Schweizerischer Lehrertag. Le dernier a eu lieu à Zurich en septembre 1878, et voici les questions qui y ont été traitées :
« De l'application des forces enseignantes et des moyens d'enseignement à l'école populaire.
Des rapports dos branches idéales avec l'enseignement de la langue.
De l'enseignement du dessin dans les gymnases.
De l'enseignemeni de la littérature aux jeunes demoiselles. »
La Belgique compte aussi une grande association pédagogique sous le nom de Fédération générale de* instituteurs belges, dont les statius sont, du 28 septembre 1871. Elle est due surtout à l'infatigable activité d'un instituteur de Bruxelles,
CONGRUS
CONJOINTS
récemment décédé, M. Jean-Joseph Campion, qui lui donna pour organe le Progrès, un des bons journaux scolaires publiés en langue française. Bien que la fédération comprenne deux sections, à cause de la division de la Belgique entre deux langues, les sessions annuelles sont tenues en commun, et les discussions sont publiées dans les deux langues.
Le septième congrès a eu lieu à Bruges les 15, 16 et 17 septembre 1878, sous la présidence de l'honorable M. Van dcn Dungen, déjà président à Bruxelles en 1871. On y a discuté les questions suivantes :
« Le programme de l'école primaire n'est-il pas trop étendu ? A quelles branches accessoires ou facultatives faut-il le restreindre ? Que faut-il pour le maintenir avec succès tel qu'il existe ?
» De l'éducation à l'école primaire.
» Organisation et programme des études des écoles normales.
» Modifications à apporter au règlement relatif au concours des écoles primaires. »
La fédération des instituteurs belges compte actuellement 3 000 nembres, et il y règne une grande confraternité
En Autriche, il n existe encore que des associations provinciales; néanmoins, depuis sept ans déjà, les instituteu s autrichiens se réunissent en congrès généraux : celui de 1879 doit se tenir à Vienne.
L'Angleterre possède une Union nationale des instituteurs primaires (National Union of elementary teachers), qui se réunit en congrès chaque année. Le dixième congrès de cette union a eu lieu du 14 au 16 avril 1879. L'Ecosse et l'Irlande ont des associations du même genre.
En Italie, un congrès pédagogique, auquel prennent part des notabilités appartenant à tous les degrés de l'enseignement, se réunit annuellement depuis 1865. Outre ce congrès d'un caractère très général, il s'en tiendra désormais un autre spécialement destiné aux instituteurs primaires. Un comité d'initiative s'est récemment constitué à cet effet, et a convoqué à Rome, pour le 15 septembre 1879, tous les instituteurs primaires d'Italie : ce premier congrès aura pour tâche principale la constitution dune société des instituteurs primaires.
En Espagne, une association d'instituteurs. YAcademia de maestros de Madrid, a décidé également la convocation d'un congrès pédagogique ; ce projet a reçu l'approbation du ministre de l'instruction publique, en sorte que probablement Madrid verra, en 1879 ou 1880, se réunir le premier congrès des instituteurs espagnols.
Si nous traversons l'Atlantique, nous trouverons les associations pédagogiques comme un élément essentiel du progrès scolaire dans la grande république des Etats-Unis. Il n'est pas d'Etat du Nord ou de l'Ouest qui n'ait un ou plusieurs congrès de teachers. Nous nous bornerons à parler de la plus importante de ces associations, celle qui groupe les instituteurs, les surintendants et môme les professeurs des Universités des divers États de l'Union. Elle tient sa session annuelle en juillet et a.oùt, chaque année dans une ville différente, portant ainsi le drapeau du progrès scolaire sur tous les points du territoire. Cette grande Association de l'éducation nationale se divise en quatre sections :
1° De l'inspection des écoles publiques ;
2° Des écoles normales;
3° Des écoles élémentaires;
4° De la haute instruction.
Ce qui lui donne un caractère particulier, c'est
la place qui y est faite aux femmes. Les rapports
présentés à l'association, ainsi que les discussions
auxquelles ils donnent lieu, sont publiés et for-
l^ Partie.
ment chaque année un beau volume de 200 à 30 pages d'un texte compact.
A côté de cette grande association, on en trouve de plus ou moins considérables dans les divers États. Nous avons assisté à West-Chester, près de Philadelphie, en août 1876, aux réunions du congrès des teachers de la Pensylvanie. Dans la grande salle de justice du comté se réunissaient trois fois par jour de six à sept cents personnes pour entendre des mémoires scolaires et les discuter. La salle était toujours remplie et l'attention de l'auditoire ne se lassait pas. Les discussions étaient calmes et courtoises, bien qu'on se dît quelquefois de dures vérités. Chaque orateur parlait dix minutes au plus, sans avoir rien écrit.
Ces habitudes de libre discussion, la facilité accordée aux associations de se développer au grand jour, la grande publicité donnée à leurs travaux, contribuent à entretenir parmi les instituteurs américains une sage émulation en même temps qu'une préoccupation constante de répondre aux besoins du pays.
L'idée de réunir les instituteurs français en un congrès s'est produite plus d'une fois, et toujours elle a été écartée. La principale objection qu'on y a faite était la difficulté de maintenir, dans une nombreuse assemblée à Paris, une discussion calme entre des hommes venus de tous les points du pays, et qui n'y ont pas été préparés en des réunions plus modestes. Il faut, a-t-on dit justement, commencer par bien organiser les conférences cantonales et les congrès départementaux, avant d'appeler les instituteurs à un grand conseil pédagogique.
L'administration universitaire déclinant la responsabilité d'un congrès scolaire, il s'est formé un comité libre pour l'entreprendre, pendant l'Exposition de 1878, en dehors de toute attache officielle.
Le congrès s'ouvrit le 16 septembre 1878 dans la salle du Grand-Orient de France. Les discussions durèrent plusieurs jours sur un programme divisé en trois sections et ne comprenant pas moins de 45 questions, sans compter les nombreuses méthodes réclamant l'examen du congrès.
Il ne paraît pas que cette tentative ait réuni un nombre d'adhérents suffisant pour fonder l'institution. [B, Berger.]
CONJOINTS (Instruction des). — Lorsque l'enseignement primaire eut une organisation régulière et que son développement devint l'objet de la sollicitude des pouvoirs publics, l'administration eut le devoir de rechercher les moyens d'en constater les résultats. Il devenait intéressant de voir quel effet avaient les écoles et les cours d'adultes pour la diminution du nombre des illettrés. On eut bientôt la pensée de rechercher annuellement, dans les actes de l'état civil, le nombre des époux et épouses qui apposaient leur signature au bas de l'acte de leur mariage, et le nombre de ceux qui faisaient une croix et déclaraient ne savoir signer. Sans doute cette constatation d'une simple signature ne prouve pas grand'chose sur le degré réel de l'instruction, mais elle suffit cependant pour établir quels sont les conjoints qui en possèdent les premiers éléments. Si l'on peut trouver des personnes qui, pour un acte privé, tracent leur nom sans savoir lire couramment, il est rare qu'en public elles viennent accuser leur inhabileté à manier la plume : ne signe alors que quiconque le fait facilement.
Cette statistique des conjoints, faite pour la première fois en 1855, accompagne maintenant tous les documents relatifs au progrès de l'insiruction, et nous la donnons ci-dessous d'après le dernier relevé officiel publié, celui de 1875 (Annuaire statistique de la France, 1878) :
CONJOINTS
CONJOINTS
ITATI3TIQUE DE L*INSTÏlUCTIOH DES CONJOINTS POUR l'aNNEB 1875
es
DÉPARTEMENTS
CONJOINTS
n'ayant pas signé.
se o*
Gard
Hérault
Loire (Haute-)
Loire-Inférieure
Lot
Marne (Haute-)
Nord
Pas-de-Calais
Pyrénées (Basses-)
Pyrénées (Hautes-)
Pyrénées-Orientales
Ilhin (Haut-). — Bclfort.
Saône-et-Loire
Seine-Inférieure
Seine-et-Marne
Sèvres (Deux-)
DÉPARTEMENTS
Tarn
Taru-et-Garonne
Var
Vauclusc
Vendée
Vienne
Vienne (Haute-).
Vosges
Yonne
Totaux.
fc Ê
* fi
La moyenne générale des conjoints ne sachant pas signer est, en 1875, de 25,40 pour 100 ; elle était, en 1866, de 33,42 pour 100.
Il est intéressant de classer les départements d'après le nombre des conjoints qui, en 1875, n'ont pas signé l'acte de leur mariage, et de le mettre en regard du même classement en 1866, tel qu'il a été publié dans la statistique de l'enseignement primaire établie par M. Duruy à l'occasion de l'Exposition universelle de 1867.