CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS
— Le Conservatoire des arts et métiers a un double objet ; il est un musée industriel et un établissement d'instruction. Comme musée, il comprend les collections, la bibliothèque et le dépôt des brevets d'invention ; comme établissement d'instruction, les cours publics et gratuits de sciences appliquées aux arts; il comprenait en outre, jusqu'en 1874, la petite école.
Histoire du conservatoire des arts et métiers. — Vaucanson, en mourant (1782), avait légué au gouvernement la collection de machines et d'outils qu'il avait formée, dès l'année 1775, dans l'hôtel de Mortagne, rue de Charonne. L'hôtel de Mortagne fut acheté par l'État; Vandermonde, membre de l'Académie des sciences, fut nommé conservateur de ce musée industriel que, de 1185 à 1792, il •enrichit de plus de 500 machines. C'était l'époque où les manufactures, sans employer encore les moteurs à vapeur, commençaient à introduire quelques perfectionnements dans l'outillage mécanique des fabriques, à l'exemple de l'Angleterre.
Par décrets du 15 et du 18 août 1793, la Convention chargea le Comité d'instruction publique de désigner dans le mobilier national les objets qui pouvaient être utiles aux lettres, aux sciences et aux arts. L'Assemblée législative avait déjà pris une mesure semblable, qui n'avait pas été suivie d'effet. Sous la Convention, le comité s'adjoignit •des hommes spéciaux ; un rapport fut fait, à la suite duquel un décret du 23 pluviôse an II (11 févr. 1794) institua une commission temporaire des arts, composée de Vandermonde, Conté, Leroy, Beuvelot, Molard, etc., et, peu de temps après, du physicien Charles et de l'évêque Grégoire.
La commission s'occupa non seulement des objets d'art qui furent conservés et distribués entre les musées, mais des machines de l'agriculture et de l'industrie, dont elle réunit une nombreuse collection dans l'hôtel d'Aiguillon, rue de l'Université. La pensée vint de faire de cette collection un musée public, comme l'avait été le musée Vaucanson, et, sur la proposition de Grégoire, fut rendu le décret du lu vendémiaire an III (10 octobre 1794), contenant 11 articles et portant:
« Art. 1er. 11 sera formé à Paris, sous le nom. de Conservatoire des Arts et Métiers, et sous l'inspection de la Commission d'agriculture et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d'arts et aiétiers; l'original des instruments et machines inventés ou perfectionnés sera déposé au Conservatoire.
« Art. 2. On y expliquera la construction et l'emploi des outils et machines utiles aux arts et métiers. »
Trois démonstrateurs et un dessinateur devaient
être attachés à l'établissement 'art. 4). La Commission d'agriculture et des arts était chargée de se concerter, sous l'autorité du Comité d'instruction publique dont elle dépendait, avec le Comité des finances pour le choix du local où devait être placé le Conservatoire.
Le Garde-meuble fut le local désigné ; mais l'installation n*ayant pas eu lieu, le Directoire songea, sur la demande des membres du Conservatoire, à y substituer l'ancien prieuré de Saint-Martin-des- Champs.
L'abbaye de Saint-Martin-des-Champs avait été sinon fondée, du moins richement dotée par le roi Henri Ier en l'an 1060; elle était devenue, en 1079, une dépendance de l'ordre de Cluny, dont elle resta jusqu'à l'époque de la révolution française un des plus importants prieurés. Jusqu'au temps de Charles VI, le prieuré et les quatorze arpents de terre qui formaient son enclos étaient restés en dehors de l'enceinte de Paris (de là son surnom) et, pour le défendre contre une attaque, les moines les avaient entourés dune forte muraille flanquée de tours dont quelques restes se voient encore au milieu de constructions plus modernes. Entre autres bâtiments du moyen âge qui ont été conservés, sont l'ancien réfectoire, qui est devenu la bibliothèque, et qui est une des belles œuvres de l'architecture ogivale du treizième siècle, et l'ancienne église qui est devenue la salle des machines. La restauration de ces deux édifices, commencée en 1854, se poursuit encore.
Le Conseil des Cinq-Cents (séance du 14 vendémiaire an V, 5 oct. 1796) repoussa la proposition du Directoire (message du 29 fructidor an IV), et voulut charger directement l'Institut de la conservation des modèles relatifs aux arts et métiers; mais le Conseil des Anciens, sur le rapport d'AIquier, insista (7 nivôse an V) en rappelant que pour donner une instruction pratique aux ouvriers, « il faut leur faire voir plus qu'il ne faut leur parler, » et en s'appliquant à prouver l'utilité de démonstrations orales et d'administrateurs spéciaux. Le Conseil des Cinq-Cents se laissa persuader ; sur le rapport de Grégoire (séance du 17 floréal an VI), il prit, le 26 floréal, une résolution favorable qui, acceptée par les Anciens, devint la loi du 22 prairial an VI.
Le 12 germinal an VII, le Conservatoire prit possession du prieuré qui avait été pendant plusieurs années transformé en manufacture d'armes ; l'année suivante, les modèles et machines déposés à l'hôtel d'Aiguillon, au Louvre et à la rue de Charonne, y furent installés. Les trois démonstrateurs étaient alors J.-B. Leroy, Conté, Molard ; le dessinateur, Beuvelot. Peu de temps après, Leroy fut remplacé par Montgolfier, Conté par Grégoire.
Le 23 prairial an IX fut rendu l'arrêté concernant « l'administration et la police intérieure du Conservatoire des Arts et Métiers, » et relatif aux galeries, à la bibliothèque, au bureau du dessinateur et à l'atelfer de construction ; l'administration proprement dite était confiée aux seuls membres du Conservatoire.
Le musée s'accrut sous l'Empire, particulièrement par le legs que Berthoud fit de sa collection d'horlogerie et par l'achat du cabinet de physique de Charles.
Lorsque Carnot eut fait venir à Paris Jacquart, qui avait déjà été récompensé à l'Exposition de iHOl pour un métier à huit marches, et qui depuis avait inventé un métier à fabriquer les filets, il. l'installa au Conservatoire. Jacquart y trouva les pièces du métier à tambour imaginé par Vaucauson; il le monta, et la combinaison du tambour avec les cartons, déjà inventés au dix-huitième siècle par Falcon, le conduisit à la découverte du métier auquel son nom est resté attaché et qui a fait une révolution dans le tissage des étoffes façonnées.
Ln des membres du conseil institué en l'an II et
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en l'an III, Molard, avait été nommé directeur en l'an IX; il occupa ce poste jusqu'en 1816.
Les démonstrateurs avaient pour mission de faire des leçons pratiques en expliquant au public le fonctionnement des machines ; mais il ne paraît pas que cet enseignement ait jamais été donné d'une manière régulière. Dès 1796, Molard avait établi au Conservatoire une petite école de dessin appliquée aux arts; en 1806, le ministre de l'intérieur, Champagny, approuva la formation de cette école industrielle. Des boursiers, désignés par les maires et les préfets et choisis principalement dans la classe ouvrière, devaient en suivre les cours. Quoique le programme n'ait jamais été entièrement appliqué, l'école réussit, surtout au point de vue de l'enseignement du dessin. Sous la direction de Le Blanc, elle eut pendant l'Empire jusqu'à 300 élèves, parmi lesquels on compte l'ancien directeur du Creusot, Schneider. Parmi ses professeurs, on peut citer Gauthier (de Tours), qui enseignait la «éométrie descriptive.
Il y eut aussi pendant l'Empire une école de filature, établie en l'an XII par un autre ministre de l'intérieur, Chaptal; cette dernière fut supprimée en 1814.
Sous la Restauration, fut institué (ord. du 26 avril-l"" mai 1817), à côté du directeur, un conseil d'amélioration et de perfectionnement, qui fut remanié par l'ordonnance du26nov.-15 déc. 1819 et composé de six membres de l'Académie des sciences (Berthollet, Chaptal, Mirbel, Gay-Lussac, Arago, Molard), de six industriels (Ternaux, Darcet, B. Delesscrt, Scipion Perrier, Widmer de Jouy, Welter), des professeurs et du directeur; le duc de la Rochefoucauld présidait. Ce conseil fut modifié dans la suite par les ordonnances du 28 mars 1820 et du 31 août 1828.
L'ordonnance du 26 novembre 1819 transforma ou plutôt compléta le Conservatoire en y introduisant, à l'instigation du baron Ch. Dupin, un enseignement nouveau. Le comte Decazes, alors ministre, voulait, à la petite école qui av*ùt beaucoup décliné depuis la chute de l'Empire, ajouter « un enseignement public et gratuit pour l'application des sciences aux arts industriels, » qui permît au Conservatoire « d'atteindre complètement le but de sa fondation, » disait l'ordonnance. « Le Conservatoire des Arts et Métiers a rendu depuis son institution d'importants services ; mais, pour atteindre complètement le but de sa fondation, il y a manqué jusqu'ici une haute école d'application des connaissances scientifiques au commerce et a. l'industrie. Voulant pourvoir à ces besoins, remplir le vœu des hommes éclairés et contribuer de tout notre pouvoir aux moyens d'accroître la prospérité nationale... Art. 1er. 11 sera établi au Conservatoire des Arts et Métiers un enseignement public et gratuit pour l'application des sciences aux arts industriels. » — En conséquence, trois chaires furent créées, une de "mécanique qui fut confiée (2 déc. 1819) au baron Ch. Dupin, une de chimie industrielle confiée à Clément Désormes, une d'économie industrielle confiée à Jean-Baptiste Say. Les cours furent ouverts le 25 novembre 1820. En 1828, une chaire de physique appliquée aux arts fut créée et confiée à Pouillet. L'industrie eut dès lors son enseignement supérieur à Paris, et le Conservatoire des Arts et Métiers devint la Sorbonne de l'industrie. Il eut pour mission non seulement de répandre les connaissances générales de la science sur lesquelles sont fondés les procédés de l'industrie et de l'art agricole, mais d'étudier les plus importants de ces procédés, de faire connaître les documents et les perfectionnements, et de stimuler par là l'esprit d'invention.
L'expérience montra l'utilité de cet enseignement. En 1836, trois cours furent institués à litre d'essai par M. H. Passy, alors ministre. Aussi, en 1838,
Martin du Nord, ministre des travaux publics, do l'agriculture et du commerce, chargea-t-il une commission d'étudier les moyens de lui donner de plus larges développements. La commission rédigea un rapport tendant à réorganiser l'école préparatoire des arts et métiers, et à augmenter le nombre des cours publics de l'école d'application, qui devaient être portés à dix. Déjà quelques cours annexes d'agriculture avaient été institués par ordonnance du 25 août 1836 : cours de culture; cours de mécanique et de construction agricole ; cours de chimie agricole. En 18:i9. le ministre Cunin-Gridaine exécuta une partie du plan conçu sous le ministère précédent ; cinq cours fuient créés par l'ordonnance du 26 septembre 1839 : cours de mécanique appliquée à l'industrie, confié à M. le capitaine d'artillerie Morin; cours de géométrie descriptive confié à Olivier, cours de législation industrielle, à Wolowski ; cours d'agriculture, à Leclère-Thouin ; second cours de chimie appliquée à l'industrie confié à Payen ; puis, par une ordonnance subséquente, un sixième cours, cours d'agriculture, dont la possession fut confirmée à M. Moll, chargé, depuis 1836, du cours annexe de culture : ce qui portait à dix le nombre des cours publics. Les dix professeurs constituèrent seuls (ord. du 24 fév. 1840 et règlement du 1er déc. 1843) le conseil de perfectionnement, et l'administration fut confiée à l'un d'eux, Pouillet, désigné sous le titre de professeur-administrateur.
D'autres chaires furent encore ajoutées dans la période suivante. En 1852, celle de filature et tissage confiée à Alcan; celle d'apprêt, teinture et impression des tissus à Persoz, celle de zootechnie à Baudement; le 4 novembre 1854, celle de constructions civiles confiée à M. Emile Trélat et celle d'administration et de statistique industrielle à M. Burat ; le 30 mars 1854, celle de travaux agricoles et de génie rural confiée à M. Hervé- Mangon, et remplaçant le cours de zootechnie resté sans titulaire par la mort du professeur. Blanqui, qui professait avec un brillant succès l'économie politique, venait de mourir; il ne fut pas remplacé, parce que l'administration était à cette époque peu sympathique à cette science. Mais le 26 octobre 1864, après que le gouvernement eut adopté une politique libérale en matière de tarifs douaniers, l'enseignement de l'économie politique fut officiellement rétabli au Conservatoire, et la chaire qu'occupait Wolowski prit le titre de cours d'économie politique et de législation industrielle ; le second cours consacré aux matières économiques prit celui de cours d'économie industrielle et de statistique.
Le général Morin qui, après la retraite de Pouillet, avait administré le Conservatoire de 184lJ à 1853, avait été nommé directeur du Conservatoire par décret du 10 décembre 1853. Le conseil de perfectionnement fut désormais composé des professeurs et d'un certain nombre de membres choisis dans les corps savants et dans l'industrie : les membres de cette catégorie survivants en 1879 sont MM. Feray, Dieterle, Dailly, Couchy.Un arrêté du 19 janvier 1854 compléta l'organisation intérieure. M. Tresca, professeur de mécanique, avait été nommé sous -directeur en 1852.
Dès l'année 1842, une commission ministérielle avait signalé l'intérêt qu'il y avait à ne négliger ni le musée ni l'enseignement. « Un professorat a été attaché depuis plusieurs années au Conservatoire, une pensée généreuse a dicté cette disposition; on a augmenté l'importance de l'établissement, en lui créant des organes propres à y diriger un concours plus nombreux d'artisans et d'amis des arts. D'ailleurs des cours publics d'application des sciences dans le monument même consacré à l'industrie, au centre du quartier commerçant, semblent une nécessité de l'époque. Ainsi se trouve
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accouplé au Conservatoire l'amour intime de la science aux arts pratiques auxquels elle sert d'introduction. Mais il ne faut pourtant pas perdre de vue que le Conservatoire, d'après les dispositions de la loi du 10 octobre 1794, avait pour but de former un dépôt des machines utiles à l'industrie. C'est un véritable musée propre à éclairer les constructeurs, en exposant sous leurs yeux la chronologie des inventions et découvertes dans chaque série d'arts. On ne doit donc pas négliger davantage la conservation et l'entretien d'une ancienne machine qui aurait fait époque, qu'on ne néglige, dans nos bibliothèques, les anciens livres... » Une loi du 3 juillet 1846 avait, à la suite de ce rapport, affecté 1 441 000 fr. à la restauration et à l'agrandissement des bâtiments.
La nouvelle administration, sous la direction du général Morin, s'appliqua à réaliser cette partie du programme général de l'établissement et à placer le musée au niveau où s'était élevé le haut enseignement. Des salles furent disposées à cet effet ; dès Tannée 1849, toutes les collections furent classées dans un ordre méthodique ; un catalogue fut rédigé ; la galerie des expérimentations et des machines en activité fut créée en 1852. Des sommes importantes furent consacrées par le budget de 1861 à de nouveaux agrandissements des galeries.
La petite école seule n'avait pas prospéré. Le développement des écoles municipales de dessin à Paris lui avait enlevé la plus grande partie de ses élèves et de son utilité; elle fut supprimée le 3 décembre 1874.
En 1 848, le ministre de l'agriculture et du commerce avait chargé « les professeurs du Conservatoire des arts et métiers, réunis en commission, d'arrêter les bases d'un système général pour l'enseignement des sciences appliquées. » Il ne fut pas donné suite à ce projet, quoique plusieurs professeurs du Conservatoire aient été chargés d'inspecter les écoles d'arts et métiers et que le directeur ait soumis plus tard un plan d'organisation de l'enseignement technique.
En 1876, l'Institut agronomique * a été installé dans une partie des bâtiments du Conservatoire. L'administration, confiée à M. Tisserand, est distincte de celle du Conservatoire; mais les leçons sont données dans les mêmes salles ; les laboratoires et les collections du Conservatoire servent aux préparations et aux démonstrations des professeurs.
Musée et collections. — Les collections de modèles et de machines sont composées des anciens fonds, en partie de nombreux dons provenant en général de manufacturiers et d'inventeurs, en partie d'achats plus nombreux encore faits par l'Etat dans les expositions universelles et dans d'autres circonstances. Elles sont placées dans les galeries du Conservatoire et occupent au rez-dechaussée et au premier étage la plus grande partie des bâtiments. Les poids et mesures, la géodésie, la topographie, l'horlogerie, la métallurgie, l'agriculture, les machines en mouvement occupent le rez-de-chaussée; les machines hydrauliques, l'art des constructions, la géométrie, la verrerie et la céramique, les produits chimiques, l'imprimerie, le chauffage et l'cciairage, l'acoustique et l'optique, les machines à vapeur, les machines-outils, la cinématique, la physique et la mécanique, la filature et le tissage, les appareils de chimie et les produits chimiques, les appareils de transport et les chemins de fer occupent le premier étage.
Les dessins de machines, sous le titre de portefeuille du Conservatoire, forment une collection particulière mise à la disposition du public qui peut en prendre des copies ou en faire des calques.
La bibliothèque, installée dans l'ancien réfec-
toire du prieuré, renferme plus de 23 000 volume! ayant pour la plupart rapport aux sciences, à l'industrie, à l'agriculture et au commerce. Elle est ouverte tous les jours et tous les soirs, à l'exception du dimanche soir et du lundi.
La loi du 5 juillet 1844 a ordonné (art. 26) qu'à l'expiration des brevets, les originaux des descriptions et dessins fussent déposés au Conservatoire des Arts et Métiers. Ils y sont mis à la disposition du public. L'article 4 du décret du 28 juillet 1858 prescrit également le dépôt des marques de fabrique au Conservatoire des Arts et Métiers ; la collection, classée et mise à la disposition du public, est d'environ 30,000 marques.
Le budget du Conservatoire est de 300,000 fr.; le traitement des professeurs est de 10,000 fr., comme celui des professeurs du Collège de France et du Muséum d'histoire naturelle, et celui des préparateurs varie de 1,200 à 2,100 fr.
Enseignement, — La « petite école » du Conservatoire avait pour programme l'arithmétique, la géométrie élémentaire, le système des poids et mesures, la statique, la géométrie descriptive et ses applications à la coupe des pierres, à la charpente, à la menuiserie, le dessin linéaire, le dessin de figure, d'ornements, de machines et d'architecture, le lavis, le dessin pour étoffes brochées et façonnées. Ce programme n'a jamais été complètement exécuté, et le dessin a toujours été la principale et même le plus souvent la seule étude. Le 31 décembre 1853 et le 16 janvier 1854, des pétitions étaient adressées par de grands manufacturiers au ministre pour demander qu'au dessin on joignît au moins un cours de géométrie descriptive et la pratique des levés. On ne le fit pas, et l'école, comme nous l'avons dit, a été fermée en 1874.
Depuis l'année 1861, le Conservatoire a publié un recueil intitulé Annales du Conservatoire des Arts et Métiers publiées par les professeurs ; ce recueil, qui se compose de travaux relatifs aux matières enseignées dans les cours publics et qui forme neuf volumes, peut être rattaché à l'enseignement.
L'enseignement public et gratuit, inauguré en 1819, a pris son grand développement à la suite des créations de chaires de l'année 1839. Comme il s'adresse principalement à un public qui est occupé dans le commerce ou dans l'industrie pendant toute la journée, les cours, comme en général les cours d'adultes dans les écoles primaires, ont lieu le soir de 7 heures 3/4 à 8 heures 3/4 et de 9 à 10 heures. Quelques leçons, avant l'année 1869, étaient données le dimanche. Jusqu'en 1877, les leçons du soir commençaient à 7 heures 1/2. Les cours sont faits dans une salle de cours et dans deux amphithéâtres dont le plus grand, construit en 1846, et très convenablement disposé pour la parole du professeur et pour la disposition des appareils de démonstration scientifique, peut contenir près de 800 personnes ; le petit amphithéâtre contient 360 personnes. Les cours durent du commencement de novembre jusque vers la fin d'avril et se composent en moyenne de 40 leçons. Ils sont aujourd'hui au nombre de quatorze.
Géométrie appliquée aux arts, prof. M. Laussedat.
Chaire créée sous le nom de cours de mécanique , ancien professeur Charles Dupin, membre de l'Institut (1819 à 1873), suppléé ou remplacé par Didier etTom Richard, suppléé par M. Laussedat (1864 à 1873).
Le professeur divise l'ensemble de son cours en trois années : La première est consacrée à l'étude du terrain au point de vue du tracé des voies de communication. Cette étude comprend la théorie et la description des instruments de géodésie, d'arpentage et de nivellement, et les principes de la cartographie.
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La seconde année a pour objet l'astronomie populaire, les applications de cette science à la géographie, à la navigation et à l'horlogerie, et la description des instruments d'observation.
Pendant la troisième année, le professeur expose les principes de la cinématique et décrit la plupart des mécanismes fréquemment employés aujourd'hui dans les arts et dans l'industrie.
Les démonstrations sont rendues aussi claires que possible à l'aide des modèles d'instruments du musée et de nombreux tableaux préparés à l'avance.
Géométrie descriptive, prof. M. de la Gournerie, membre de l'Institut.
Ancien prof., Théodore Olivier (1839-1854).
Le cercle de l'enseignement occupe trois années : la première est consacrée à la géométrie descriptive considérée en vue des applications, mais d'une manière générale ; la seconde, à la coupe des pierres et à la coupe des bois ; la dernière aux arts du dessin et spécialement à la perspective. Dans ces trois parties, les explications sont facilitées par les modèles et les dessins qui se trouvent dans les galeries du Conservatoire ou qui appartiennent au cabinet du professeur. L'enseignement part des premiers éléments de la science et s'élève jusqu'aux plus grandes difficultés que présentent les applications sérieuses.
Mécanique appliquée aux arts, prof. M. Tresca, membre de l'Institut et sous-directeur du Conservatoire.
Ane. prof., M. le général Morin (1839-1856), membre de l'Institut et directeur du Conservatoire.
Le cours de mécanique appliquée n'a pas une rotation aussi tranchée que plusieurs autres cours, attendu que les principes généraux de la mécanique demandent à y être présentés avec plus ou moins de développements au commencement de chaque année scolaire et dans la mesure nécessaire à l'examen des questions qui feront l'objet principal de l'enseignement. On peut dire cependant que le cours se compose de trois années distinctes : mécanique générale, machines hydrauliques, machines à vapeur ; la résistance des matériaux, l'étude des machines-outils et celle des machines qui servent à la manœuvre des fardeaux viennent s'ajouter, suivant les circonstances de plus grande opportunité, aux trois parties fondamentales. Les premières leçons de chaque année sont toujours consacrées d'ailleurs à l'exposé des principaux progrès des arts mécaniques.
Constructions civiles, prof. M. Emile Trélat (cours créé en 1854).
Le cours comprend trois années.
La première année est consacrée à l'étude des propriétés constructives et formelles de la matière et à la connaissance des matériaux de construction.
La seconde année comprend l'étude des organes qui entrent dans la constitution des ouvrages.
Pendant la troisième année, le professeur traite de la constitution même des édifices. Il les ordonne dans leur ensemble. Il en expose les programmes. Il montre les solutions, puis il conclut sur chacun d'eux par un examen critique d'où ressortent les conditions générales et permanentes auxquelles sont soumises les œuvres du constructeur.
Physique appliquée aux arts, prof. M. Edmond Becquerel, membre de l'Institut.
Ane. prof., Pouillet, membre de l'Institut (1828décembre 1852).
L'enseignement est divisé en deux années. La première année comprend les principes généraux de la physique générale, les applications diverses de la chaleur, la formation des vapeurs, l'emploi de leur force élastique, les sources de chaleur et de froid, les principes du chauffage et de la venti-
lation, la production et la propagation des sons, les propriétés fondamentales de la lumière, l'éclairage, l'analyse spectrale, la construction des instruments d'optique. La seconde année comprend les principes généraux du dégagement de l'électricité, les applications diverses de l'électricité, les piles voltaïque8, la lumière électrique, la galvanoplastie, la dorure, l'argenture, la télégraphie, l'horlogerie électrique, les appareils d'induction, les machines électro-magnétiques, les actions chimiques de la lumière et la photographie. Le professeur traite également de la météorologie dans ses rapports avec la physique : variations barométriques, vents, chaleur solaire, température de l'atmosphère et du sol dans la première année; électricité atmosphérique, orages, paratonnerres, phénomènes lumineux atmosphériques dans la seconde.
Chimie générale dans ses rapports avec Vinaustrie, prof. M. Péligot, membre de l'Institut.
Ane. prof., Clément Désormes (1819-1845).
Ce cours se divise en deux années. Première année : phénomènes généraux de combinaison et de décomposition ; nomenclature et notation chimique ; histoire détaillée des corps simples et de leurs principales combinaisons ; air atmosphérique ; eaux, acides minéraux ; ammoniaque, etc.Deuxième année: Métaux et sels minéraux ; sels alcalins et terreux ; histoire détaillée et extraction des métaux usuels, tels que fer, manganèse, nickel, chrome, zinc, cuivre, antimoine, bismuth, plomb, mercure, argent, or, platine, alliages employés dans l'industrie ; art de l'essayeur des matières d'or et d'argent. Dans cette seconde partie du cours, le professeur insiste alternativement, une année sur les métaux alcalins et terreux et surtout sur leurs composés, une autre année sur les métaux usuels et les métaux précieux.
Chimie industrielle, prof. M. Aimé Girard.
Ane. prof., Payen, membre de l'Institut (1839- 1871).
L'enseignement de la chimie industrielle se fait en quatre années. La première est consacrée à la fabrication des produits chimiques proprement dits, les trois autres aux industries qui reposent sur lestransformations si variées de la matière organique. C'est dans ces trois années que viennent se ranger l'étude du bois, du combustible, la fabrication du gaz, l'industrie de la mouture, la fabrication du papier, la sucrerie, la production des vins, des bières, des alcools de toute sorte, l'industrie des huiles, celle du caoutchouc, la fabrication des bougies, des savons, la tannerie, etc. Toutes ces questions, pour répondre au but que le Conservatoire doit poursuivre, sont étudiées, non seulement sous le point de vue pratique, mais aussi scientifique. A la description des procédés et des appareils manufacturiers, à l'étude comparée et critique des méthodes anciennes et des découvertes nouvelles, le professeur a soin de joindre l'étude théorique complète des phénomènes sur lesquels ces procédés reposent. Des expériences nombreuses, exécutées sur une échelle aussi large que possible, des échantillons commerciaux qu'en général les manufacturiers français et étrangers mettent libéralement à la disposition du professeur, des dessins multipliés, l'emploi régulier des projections micrographiques permettent d'aborder, dans ce cours, les questions de chimie industrielle sous tous les points de vue nécessaires pour prendre de ces questions une connaissance sérieuse et approfondie.
Chimie appliquée aux industries de la teinture, de la céramique et de la verrerie, prof. M. V. de Luynes.
Ane. prof., Persoz (1852-1868).
Du temps de M. Persoz, ce cours était consacré seulement à la teinture, à l'impression et aux apprêts des tissus. Le cours actuel, qui com-
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prend en outre la céramique et la verrerie, se divise en deux années. Première année : Matières colorantes et leurs applications à la teinture et à l'impression. Deuxième année : Céramique et verrerie. L'enseignement de la céramique avait été confié, à titre gratuit, à Ebelmen, pendant qu'il était directeur de la manufacture de Sèvres (1848-185:2). Il n'a été repris qu'en 1868 par le titulaire actuel. Ce cours est à la fois théorique et pratique. Des expériences nombreuses et des exemples de fabrications faites à la main ou au moyen de machines accompagnent les démonstrations.
Chimie agricole et analyse chimique, prof. M. Boussingault, membre de l'Institut, remplacé, en cas d'empêchement, par M. Schlœsing.
Cours créé en 1839 sous le titre de cours d'agriculture; anc. prof., M. Leclère-Thouin (1839-1847). En 1853, le cours prit le titre de cours de chimie agricole et d'analyse chimique.
M. Boussingault, professeur depuis 1847, fit entrer dès le principe dans son enseignement l'agronomie, la statistique des cultures, l'étude du rapport de la consommation des fourrages avec l'élève du bétail, l'étude des phénomènes chimiques de la végétation, la géologie agricole, l'application des engrais d'origine organique et inorganique, le chaulage et le plâtrage, l'emploi des sels ammoniacaux, les phosphates considérés comme engrais auxiliaires, les principes généraux de la météorologie. Ce programme fit donner à la chaire le titre qu'elle porte aujourd'hui.
Agriculture, prof. M. Moll (cours institué à titre d'essai en 1836, chaire créée en 1839).
M. Moll divise son cours en trois années. La première est consacrée à l'étude des éléments constituants de l'entreprise agricole (le sol, les eaux, le climat, l'agriculteur, l'engrais, le travail, les capitaux). Dans la deuxième, il traite de la production (production végétale, production animale, production industrielle, agricole), et dans la troisième, de l'organisation de l'usine agricole (systèmes de culture et assolements) et de la direction.
Travaux agricoles et génie rural, prof. M. Hervé- Mangon, membre de l'Institut (cours créé en 186-)).
La durée de ce cours est habituellement de trois années. Le professeur s'applique à faire comprendre la nature des opérations exécutées par les agriculteurs, les procédés employés et les perfectionnements dont ils sont susceptibles. Il met, autant que possible, sous les yeux de l'auditoire les machines et instruments dont il parle et de nombreux plans ou tableaux représentant les localités ou les objets qui font l'objet de la leçon. Les principales divisions du cours sont les suivantes : I. Moteurs animés. — II. Machines et instruments de transports agricoles. — III. Travaux, instruments et machines servant à la culture du sol. — IV. Travaux de récoltes, machines servant à les exécuter, — V. Conservation et préparation des récoltes, machines d'intérieur. — VI. Topographie et hydrologie agricoles ; mouvements généraux de l'eau sur le globe. — VIL Endiguements, polders, défense des rives, dessèchements. — VIII. Assainissement des terres, drainage. — IX. Irrigations, colmatages. — X. Constructions rurales. — XL Travaux divers non compris dans les sections précédentes.
Filature et tissage, prof. N.
Ane. prof., Alcan (1853-1876).
Economie politique et législation industrielle, prof. M. Levasseur, membre de l'Institut.
Anc. prof., cours d'économie industrielle : Jean- Baptiste Say (1819-1833); Blanqui (18o3-185l); cours de législation industrielle, Wolowski (l83y- 1864) ; cours d'économie politique et de législation industrielle, Wolowski (1864-1876)
Le professeur divise l'ensemble de son cours en quatre années: trois pour l'économie politique, une pour la législation.
La première année, consacrée à la production de la richesse, comprend l'étude du rôle de l'économie politique dans la science et dans l'industrie, le rôle de la nature dans la production, la théorie de la rente, le travail musculaire et intellectuel, l'invention et le brevet d'invention, l'instruction générale et professionnelle, l'épargne, le capital et ses divers emplois, les machines, la théorie de la propriété, la répartition du produit, le salaire, les divers modes d'organisation du travail, esclavage, corporation, liberté, coopération, participation aux bénéfices, etc.
La seconde année, consacrée à la circulation, comprend la loi de l'offre et de la demande, la valeur, les causes générales et les causes accidentelles de variation des valeurs, le taux des salaires à diverses époques et leur relation avec les profits, la monnaie, les changements survenus dans la valeur des matières premières, le crédit et ses diverses formes, les banques et les billets de banque, l'histoire sommaire du crédit en France, le change et la circulation, les crises, la théorie des débouchés, les voies de communication, les tarifs de douanes et la liberté commerciale.
La troisième année, consacrée à la consommation, comprend la consommation improductive et reproductive, l'épargne et la conservation du capital, la faillite, les devoirs de la richesse, l'étude des lois somptuaires, l'assurance, le rôle de l'Etat comme consommateur, et l'étude sommaire du budget et des impôts, la population et ses rapports avec la production et la consommation.
La quatrième année, consacrée à la législation, comprend les lois relatives à la liberté du travail, à la propriété, aux brevets d'invention, modèles et dessins de fabrique, marques de fabrique, aux monopoles et aux professions réglementées, aux mines, à l'expropriation, les lois relatives aux rapports des travailleurs entre eux, apprentis, femmes, à l'inspection des manufactures, aux coalitions, aux prudhommes ; les chambres syndicales, les contrats, la législation monétaire, les effets de commerce, les lois concernant les banques et le crédit, les douanes et la navigation ; la législation des faillites, l'impôt des patentes et le contrat d'assurance.
Le cours de chaque année est disposé de manière à donner aux auditeurs, indépendamment de la branche spéciale ci-dessus indiquée, une notion générale de l'économie politique et de la législation du travail. — Indication relative à deux des procédés pédagogiques de cet enseignement : 1° pour fixer l'idée principale de la leçon dans l'esprit d'un auditoire nombreux et peu familiarisé avec les abstractions, le professeur écrit par avance au tableau noir la proposition qui contient cette idée principale et qui reste ainsi pendant toute la leçon sous les yeux des auditeurs ; 2° pour mieux faire saisir les séries de nombres sur lesquels s'appuient certaines démonstrations économiques, le professeur les traduit ordinairement par des courbes graphiques.
Economie industrielle et statistique, prof. M. Burat (cours créé en 1854).
Le professeur divise les matières de son enseignement en deux années. La première année, il enseigne l'économie industrielle et traite de la production, des agents qu'elle emploie, de leur rémunération ; il examine successivement les questions spéciales qui concernent l'industrie agricole, manufacturière, commerciale ; il montre les services rendus par le crédit et par les voies de communication. La seconde année est consacrée à la géographie physique et commerciale et à la statistique; le professeur traite des climats, des causes qui en déterminent les différents caractères, de la distribution des espèces animales et végétales à la surface du globe ; il passe en revue les principaux produits, en les examinant au triple point de vue de la production, du commerce et de la consommation.
CONSERVATOIRE