‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 270 sur 547 · CORRESPONDANT · texte numérisé non relu

CORRESPONDANT

fants des villes, s'exerce bien plus vivement sur les travaux d'autrui que sur des travaux personnels ; cela est vrai pour tout le monde, grands et petits, savants illustres et modestes écoliers. Et •cette abstention du maître dans la rédaction de la lettre envoyée est aussi une condition indispensable à la vitalité de l'institution ; du moment que les enfants n'auront plus la conviction profonde que le travail de leurs émules est l'œuvre propre de ceux-ci et qu'ils supposeront que, selon leur expression écolière, on triche, ils n'auront plus la môme ardeur; leur instituteur, à son tour, entrera dans la lice, et la lutte ne tardera pas à s'établir non plus entre les écoles, lutte généreuse et naïve, mais entre les maîtres, lutte par conséquent d'amour-propre, sans juge, c'est-à-dire sans profit, mais non sans inconvénients ; en tout cas, la correspondance scolaire aura cessé de vivre.

Dans certains départements (les Ardennes et le Pas-de-Calais notamment), cette correspondance s'est organisée non seulement entre écoles d'un môme canton, d'un même arrondissement, mais entre écoles d'arrondissements éloignés ou même d'un département voisin; très bonne chose, parce que le fonds d'idées et de notions, tout en ayant certaines parties communes, ce qui permet de bien s'entendre, en est plus riche et plus varié, et que le domaine intellectuel des jeunes correspondants s'en agrandit. Mais il faut bien se garder de l'excès; un tel exercice ne doit pas devenir trop absorbant et entraver la marche régulière de l'enseignement ; c'est ici affaire de tact et de mesure chez les instituteurs ; par exemple, une lettre par semaine suffira amplement, une lettre reçue ou une lettre envoyée. Pour organiser la correspondance entre écoles distantes, n'appartenant pas à un même arrondissement, les instituteurs feraient bien de demander l'intermédiaire de leur inspecteur primaire respectif, ce qui aurait l'avantage de tenir l'inspecteur au courant des travaux de ses •écoles et de les comparer avec les œuvres d'autres arrondissements. Quant aux correspondances entre écoles de départements différents, les inspecteurs d'académie — quelques-uns l'ont déjà fait sans doute — s'empresseraient de prêter leur concours.

Le choix des sujets peut devenir bientôt une difficulté, et c'est ici que les instituteurs auront à s'ingénier ; le cercle des textes à traiter sous forme de correspondance entre enfants des écoles est nécessairement assez restreint; et dans quelques écoles on a tenté, à tort, de subvenir à cette pénurie relative, en substituant aux lettres un échange de devoirs, de compositions de grammaire, d'histoire, etc. A tort, avons-nous dit, parce que dans de telles conditions la correspondance tend à se changer en concours, et il manque à ce concours le juge désintéressé et impartial. Il n'est pourtant pas impossible de trouver assez de sujets pour défrayer quelques années de correspondance, et nous croyons devoir recommander de choisir ces textes non seulement dans les divers incidents de la vie scolaire, tels que visite des autorités, de l'inspecteur, ou des délégués, ou du curé, ou du maire; installation d'une nouvelle carte murale, ouverture d'une bibliothèque scolaire, situation florissante de la caisse d'épargne, fête de l'instituteur, examens, concours, première communion, etc., mais aussi dans les faits de la vie du village ou de la ville; fête patronale, tirage au sort, conseil de révision, élection du conseil municipal ; un accident grave, non pas fictif, mais réel, si par malheur il s'en est produit ; les vendanges, la moisson, une grande battue dans la forêt, une description du village, et encore et toujours une description de la réalité, explication d'une coutume singulière, création d'une industrie nouvelle dans la localité, etc., tout ce qui peut exiger un i Partie.

effort d'attention et d'observation ; c'est pour ce motif que nous conseillerions d'éviter les sujets imaginaires, qui entraînent au lieu commun, à la banalité vague, écueil dangereux. Développons l'esprit d'observation chez nos er.fants ; qui .-,ait regarder, comprendre et expliquer les objets ou les faits qu'il rencontre à chaque instant, au milieu desquels il vit, a acquis une science précieuse dont le bienfait ne se perd jamais. Que de gens ne savent pas regarder! Or bien plus nombreux encore sont les gens qui ne peuvent rendre compte à euxmêmes et aux autres de ce qui a frappé leur vue ou leur esprit. Une telle habitude, un tel pli donné à l'intelligence, a son effet en dehors de ce qu'on appelle l'instruction ; cette aptitude se transforme naturellement dans la pratique de la vie ; on en arrive à se rendre compte de ses actions, de leur valeur, de leur portée, comme de leurs causes et de leurs conséquences, et c'est un des côtés par lesquels l'instruction touche à l'éducation.

Jusqu'ici, à notre connaissance du moins, la correspondance scolaire ne s'est échangée qu'entre écoles de garçons; pourquoi les écoles de filles n'en essaieraient- elles pas? Les jeunes filles ont l'esprit plus vif, plus fin que les jeunes garçons, et si elles ont aussi l'amour-propre plus délicat, le danger des blessures est considérablement amoindri par la distance qui rend la lutte presque impersonnelle.

Une bonne mesure a été prise dans un département du nord, et dans d'autres sans doute : les instituteurs ont un cahier où sont brochées ensemble les minutes des lettres expédiées avec les originaux des lettres reçues ; collection intéressante et pour les générations successives qui passeront par l'école, et pour les inspecteurs qui saisissent sur le vif l'esprit dominant de la commune.

En résumé, la correspondance scolaire est un excellent stimulant qui suscite des idées, développa celles qui sont déjà en cours, exerce à s'exprimer, donne des habitudes de courtoisie, ou à tout le moins de convenances épistolaires, et enfin forme l'esprit critique des écoliers, en même temps que leur est fournie une matière plus attrayante pour les leçons théoriques et pratiques de grammaire et de rédaction.

Gomme toute bonne chose peut avoir ses inconvénients, il importe que l'émulation ne dégénère pas en rivalité d'amour-propre malsain, et que les instituteurs n'y intéressent pas leur personnalité ; la correspondance scolaire doit rester spontanée, naïve, sincère, et être une récréation intellectuelle exceptionnelle plutôt qu'un exercice normal et trop fréquent. [H. Métivier.]

CORRESPONDANT (Le). — Revue catholique fondée à Paris en 1843 par MM. le marquis de Vogué, de Montalembert, et de Falloux.

Ce recueil, qui a paru sans interruption deouis le 15 janvier 1843, a fréquemment publié des articles ayant trait à l'instruction publique. Parmi ceux qu'il peut être utile de consulter comme se rapportant spécialement à l'instruction primaire, nous citerons par ordre chronologique les suivants :

Anonyme. — L'éducation des enfants dans les tilles manufacturières de l'Angleterre. 15 mai 1843.

Anonyme. — Lettre d'un conservateur à M. Guizot sur la question d'enseignement. 15 février 1844.

L. dk Carîjk. — Des principes de la Charte et des intérêts de l'Église en matière d'enseignement. 25 août 1844.

Ch. Ch. — Des écrits de Mgr Parisu sur la liberté d'enseignement. 25 février 1845.

Dunu. — Mémoire sur l'éducation d'une jeune fille sourdemuette, aveugle et sans odorat. 25 juillet 1845.

L. C. Michbl. — De renseignement de la langue maternelle dans les écoles et les familles, par le P. Girard ; de la pédagogie et de son rôle actuel dans la société. 10 août

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