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CRECHES
Un décret du 17 juillet 18G9 a également reconnu comme établissement d'utilité publique la Société des crèches, qui a son siège à Paris, et qui a pour objet d'aider à fonder et à soutenir les crèches, de perfectionner et de propager l'institution.
Il existait, au 1er décembre 1879, 172 crèches en France, savoir : 30 à Paris, 12 dans la banlieue, 127 dans les autres départements et 3 en Algérie.
Le plus grand nombre de ces crèches se trouve dans les villes d'une certaine importance : il y en a 7 à Lyon, 5 à Bordeaux et à Marseille, 4 à Tours, à Rouen et à Nantes, 3 à Lille, à Avignon, à Angers, à Limoges, et 2 à Nice, à Narbonne, à Toulouse, à Boulogne-sur-Mer et à Beauvais.
Plusieurs, cependant, ont été établies et sont utiles dans des communes rurales, notamment à Peyriac-Minervois (Aude) et à Ares (Gironde).
La plupart des crèches sont des œuvres de bienfaisance, soutenues par des souscriptions privées, et dirigées par des conseils d'administration ou des comités de dames organisés dans les conditions qu'indique le règlement ministériel. Un certain nombre appartiennent à des communautés religieuses. Presque toutes ces œuvres font appel aux subventions de l'Etat, du département ou de la ville. Quelques-unes, en très petit nombre, sont établies dans un bâtiment mis à leur disposition par la ville, ou ont été pourvues par une généreuse libéralité d'un local ou d'une dotation.
Il existe quelques crèches municipales, soutenues et administrées directement par la commune ; nous citerons comme exemple la crèche de Rueil (Seine-et-Oise),qui, fondée et soutenue pendant dix ans par un donateur, est municipale depuis 1871. Le nombre de ces crèches est très limité. Les municipalités paraissent préférer, peut-être avec raison, laisser la bienfaisance privée diriger des établissements pour lesquels l'action administrative ne peut pas suppléer aux visites et à la surveillance maternelle des dames patronnesses ; elles aident l'œuvre à s'organiser, la dotent, quelquefois très généreusement, et la laissent marcher.
Il y a aussi un petit nombre de crèches industrielteS) c'est-à-dire créées par un grand manufacturier dans son usine pour ses ouvrières. Ces crèches, qui rendent de très grands services, forment généralement le premier anneau d'une chaîne d'institutions qui prennent l'enfant depuis sa naissance, le suivent dans un asile, dans des écoles, et se continuent sous diverses formes pour venir à son aide, quand il est lui-même ouvrier de l'usine.
Nous citerons les crèches de la manufacture des tabacs de Nantes, de la faïencerie de M. H. Boulenger à Choisy-le-Roi, de la Société cotonnière à Saint-Etienne-du-Rouvray, etc.
Quelques crèches sont réunies à d'autres œuvres, et notamment à une salle d'asile ou à une maison de secours. C'est là une disposition très favorable .
Le voisinage de la maison de secours assure à la crèche la visite régulière du médecin, quelquefois difficile à obtenir quand la crèche est isolée.
La réunion sous une même direction de la crèche et de l'asile est plus utile encore ; les deux œuvres se complètent l'une l'autre. Les enfants passent de la crèche à l'asile au moment précis où ils sont assez avancés pour en suivre les exercices. .L'asile se résigne à ouvrir et à fermer aux mêmes heures que la crèche, c'est-à-dire, aux heures où l'ouvrière part le matin pour son travail et en revient le soir ; la mère n'a qu'une course à faire pour conduire à la même maison tous ses petits enfants.
En France, la plupart des crèches exigent une rétribution qui, à Paris, est généralement de 0 fr. 20 pour un enfant et 0 fr. 30 pour deux frères ou sœurs. Les familles pauvres en sont exemptées
après appréciation de leur situation, mais le principe, auquel les administrateurs attachent une haute importance morale, est toujours sauvegardé. La crèche Saint-Germain de Chartnne, à Paris, a porté la taxe de la rétribution à 0 fr. 25 ; la crèche Sainte-Marguerite de Grenelle, à 0 fr. 30 pour les enfants au-dessus de vingt mois ; la crèche Saint- Charles, à Beauvais, l'a élevée jusqu'à 0 fr. 35 ou 0 fr. 50 suivant les circonstances ; ces crèches n'ont pas eu à regretter leur essai. Beaucoup de crèches des département?, au contraire, ont abaissé leur rétribution à 0 fr. 10 et môme à 0 fr. 05 ; quelquesunes sont entièrement gratuites, notamment les crèches de Lyon.
Les crèches sont dirigées par des surveillantes laïques ou congréganistes, suivant les conditions particulières de leur fondation, ou suivant la décision de leurs administrateurs. Dans le département de la Seine, douze crèches sur quarante-deux sont dirigées par des surveillantes laïques. La catégorie à laquelle appartient la surveillante ne change d'ailleurs rien au règlement : toutes les crèches du département sont ouvertes indifféremment aux familles des divers cultes.
Le règlement-type que la plupart des crèches ont adopté exige, pour que l'enfant soit admis, que la mère se conduise bien. Cette formule est assez vague pour laisser une grande latitude à l'appréciation des administrateurs ; chaque crèche l'interprète avec plus ou moin3 d'indulgence, suivant les exigences de la localité et suivant les sentiments et les mœurs de la population ouvrière qui est appelée à fréquenter l'établissement ; l'indulgence est la règle la plus habituelle ; nous ne croyons pas que dans aucune crèche la fillemère résolue à revenir au bien soit inexorablement repoussée. Lorsque le mariage est possible, l'œuvre s'efforce de l'obtenir, et la plupart des crèches notent dans leurs comptes rendus annuels le nombre des unions qu'elles sont parvenues à faire régulariser.
L'institution des crèches fait de très grands progrès en France depuis quelques années ; le nombre des établissements a presque doublé depuis dix ans. Le plus grand obstacle que rencontre son développement est la difficulté, surtout dans les grandes villes, de trouver des locaux convenables. Si toutes les villes où la création des crèches serait utile se décidaient à suivre l'exemple qui leur a été donné par Tours, Charleville, Nancy, etc. ; si elles fournissaient à l'œuvre un local, soit en lu: donnant la somme nécessaire pour le construire, soit en mettant à sa disposition une partie d'un bâtiment municipal, une salle prise dans la maison de l'école ou de l'asile, la bienfaisance privée suffirait facilement au reste de la tâche.
PAYS ÉTRANGERS
BELGIQUE. — Les crèches sont nombreuses et très prospères en Belgique. Il y en a neuf dans l'agglomération de Bruxelles, quatre à Anvers, trois à Liège, deux à Gand ; il en existe à Namur, à Louvain, à Bruges, à Tournay, à Verviers, etc.
Ce sont des œuvres privées, subventionnées quelquefois très largement par les villes, les provinces et l'État. Plusieurs sont installées dans de beaux bâtiments construits pour elles avec le produit de libéralités privées. Un seul bienfaiteur, M. le Dr Jourdan, en a construit trois à Bruxelles et une à Louvain.
Presque toutes les crèches de Belgique sont réunies à une école gardienne ou salle d'asile. L'école gardienne occupe le rez-de-chaussée, la crèche le premier étage. Les deux œuvres ouvrent et ferment aux mêmes heures ; elles ont chacune leurs surveillantes particulières, mais toutes deux sont soumises à une directrice supérieure, admi-
CRÈCHES
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nistrées par le môme conseil et le môme comité de dames, et alimentées par la môme caisse. Il en est autrement à la crèche-école gardienne de Saint- Gilles, à Bruxelles ; l'école gardienne est municipale, la crèche est une œuvre privée; cette réunion dans la même maison de deux institutions soumises à deux régimes différents n'a produit aucun inconvénient et peut ôtre citée à nos municipalités françaises comme un exemple rassurant.
Les surveillantes sont généralement laïques, paraissent expérimentées et dévouées, et ont une très bonne tenue.
La rétribution maternelle est habituellement très faible; à Bruxelles elle est presque partout de 0 fr. 05.
Les ressources des œuvres proviennent de la rétribution maternelle, des subventions de l'autorité, des cotisations des membres de l'œuvre, de concerts et d'autres fêtes de bienfaisance qui paraissent être de véritables fêtes publiques dans la ville où elles ont lieu, de quêtes très favorablement accueillies par la population, de troncs placés dans les lieux publics, dans les cafés et les cercles de la ville, et enfin de dons offerts par les nombreuses sociétés populaires qui existent en Belgique.
GRANDE-BRETAGNE. — Les crèches, ou plutôt les Day-nu> séries, se multiplient en Angleterre depuis quelques années. Deux causes paraissent avoir décidé ce mouvement : d'une part, depuis la grande discussion de l'Académie de médecine de Paris en 1869 et 1870, l'attention publique, en Angleterre comme dans les autres pays d'Europe, s'est portée sur la mortalité du premier âge ; à la suite de révélations douloureuses, une loi a été votée en 1872 pour protéger la vie des petits enfants, et l'enquête qui a précédé le vote de la loi a constaté que la multiplication des crèches pourrait exercer une influence favorable sur la situation. D'autre part, quand les School-boards voulurent mettre à exécution la loi de 1870 qui les autorise à rendre dans certaines circonstances l'école obligatoire, ils reconnurent que beaucoup d'enfants étaient dans l'impossibilité de se rendre à la classe parce qu'ils étaient obligés de garder les bâties pendant que les parents allaient au travail. Dans les écoles tenues en Angleterre par les sœurs de Saint-Paul de Chartres, il n'est pas rare de voir les petites filles arriver avec un baby qu'elles gardent sur leurs genoux pendant la •lasse. Dans une des Ragged Schools de Londres, les babies étaient si nombreux qu'il fallut leur réserver une petite salle ; la grande sœur y déposait l'enfant quand elle arrivait, et, si le baby criait, on courait la chercher à- la classe pour qu'elle vînt le calmer.
Préserver la vie des petits enfants, rendre à l'école les aînés, voilà le double but que se proposent les Anglais en ouvrant des Day-nurseries.
Ces établissements sont assez nombreux à Londres ; une enquête faite en 1872 par la Charity Organisation Society en afait découvrir vingt-trois ; il est probable que quelques-unes de celles qui existaient alors sont restées inconnues, et plusieurs ont été ouvertes depuis.
Il en existe à Manchester, à Liverpool, à Glasgow, à Edimbourg, etc.
Dans la plupart de ces établissements, les enfants sont peu nombreux ; ils sont conservés depuis le premier âge jusqu'au moment où ils peuvent être admis à l'école, et quelquefois jusqu'à sept ou huit ans; ils n'y reçoivent d'ailleurs aucune instruction, mais, si les parents le demandent, on les envoie suivre les classes d'une école voisine, et ils reviennent à la nursery passer le reste de la journée et prendre leur repas.
La rétribution maternelle est généralement plus élevée qu'en France ; elle atteint quelquefois 0 fr. 50
et même 0 fr. 60 par jour, sauf à être réduite ou supprimée pour les veuves et pour les femmes surchargées d'enfants. Les Anglais considèrent que le travail des femmes hors du logis est un fait regrettable, et ils ne veulent pas l'encourager , d'autre part, grands partisans des établissements self supportiny, ils veulent autant que possible que chaque enfant paie ce qu'il coûte. Ils n'arrivent pas complètement à. ce résultat, mais ils s'en rapprochent sensiblement quand l'œuvre a le bonheur d'être logée gratuitement. Des souscriptions, des dons, des quêtes couvrent le déficit; nous n'avons pas besoin de dire que les subventions de l'autorité publique sont inconnues.
ITALIE. — Les crèches sont encore peu nombreuses en Italie, quoiqu'elles y soient depuis longtemps connues et appréciées. La plus ancienne a été fondée à Milan en 1850; elle a eu pour résultat immédiat de décider une quinzaine de mères à retirer leurs enfants de l'hospice des Enfants- Abandonnés. Vingt ans après, les tours ayant été supprimés, notamment à Milan et à Gênes, des crèches nouvelles furent créées pour venir en aide aux mères dont l'Etat ne prenait plus les enfants à sa charge.
En ce moment il existe à Milan trois crèches, dirigées par la même société ; deux autres ont été fermées dans ces dernières années parce qu'elles étaient arrivées à la fin de leur bail, et qu'il a été impossible de trouver un local convenable. Depuis leur origine jusqu'au 31 décembre 1878, les crèches de Milan ont reçu 9 309 enfants, dont 3 406 allaités et 5 903 sevrés. Pendant l'année 1878, elles recevaient chaque jour, en moyenne, 190 enfants.
Les deux crèches de Borne ont pour principale ressource une subvention de 10 000 francs donnée par la ville. En 1874 elles recevaient en moyenne 133 enfants; mais l'insuffisance des ressources a contraint, les administrateurs à limiter le nombre des admissions, et la moyenne n'était plus que de 90 en 1877.
Plusieurs crèches ont été récemment fondées à Gênes, à Crémone, à Venise, à Bergame et dans d'autres villes moins importantes. Presque toutes ces crèches sont gratuites ; il ne semble pas qu'elles soient réunies à des salles d'asile.
Un mouvement marqué se produit depuis quelques années en faveur des crèches; les sociétés médicales, qui sont nombreuses en Italie et qui tiennent périodiquement d'importants congrès scientifiques, s'accordent à les considérer comme un des moyens les plus efficaces pour diminuer la mortalité infantile et pour prévenir les abandons.
AUTRICHE-HONGRIE. — La première crèche de Vienne a été ouverte en 1847. Il y en a aujourd'hui dix dans cette ville, dont sept ont été fondées et sont soutenues par la Société centrale des crèches de Vienne.
Plusieurs de ces crèches sont établies au rez-dechaussée de maisons que l'œuvre a fait construire avec cette destination au moyen de fonds empruntés au Crédit foncier. Les étages supérieurs, auxquels on arrive par une entrée distincte de celle de la crèche, sont disposés en petits logements pour des familles d'ouvriers et d'artisans ; le prix de location est modéré; il suffit cependant pour couvrir l'intérêt et l'amortissement du capital employé, en sorte que la crèche est dès à présent installée chez elle sans avoir de loyer a payer, et qu'elle sera un jour propriétaire d'un immeuble libre de charges.
Une des principales ressources de la Société centrale provient de la vente d'un almanach où elle insère chaque année ses comptes rendus et qui a une grande vogue en Autriche; en 1878 il a produit 5 0(J0 florins.
En 18" 8 les sept crèches de la Société centrale ont compté 96 462 journées de présence, soit, en
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moyenne, environ 320 enfants présents chaque jour.
Les enfants sont reçus depuis leur naissance jusqu'à deux ans. Exceptionnellement l'œuvre les conserve jusqu'à dix ans lorsque les parents sont dans l'impossibilité absolue de les garder euxmêmes, et qu'il n'y a dans le quartier aucun autre établissement qui puisse les recueillir.
La rétribution quotidienne est de 3 kreutzers jusqu'à deux ans, et de 5 kreutzers après deux ans (environ sept et douze centimes).
Il y a trois crèches à Prague et à Gratz ; il en existe à Buda-Pcst, à Rcichenberg, à Brunn, etc.
L'Exposition universelle nous a fait connaître les plans et les règlements de plusieurs crèches industrielles, et notamment de celle qui a été établie à côté d'une école et d'un hospice de vieillards par la grande briqueterie d'Inzeldorff, près de Vienne.
Allemagne. — Il y a depuis longtemps des crèches dans plusieurs villes d'Allemagne. La plus ancienne a été fondée à Dresde en 1851 par la reine de Saxe. Il en existe à Hambourg, à Sachsenhausen, à Francfort; il y en a une à Berlin depuis 1869.
Deux crèches ont été fondées en 1877 dans le Wurtemberg par la reine Olga, l'une à Ulm, dans un bâtiment fourni parla ville, l'autre à Hcilbronn, dans les jardins de la Olgahaus; celle-ci peut recevoir 40 enfants; la rétribution y est de 25 pfennings (31 centimes) par enfant, et de 15 pfennings seulement (environ 18 1/2 centimes) quand il y a deux ou plusieurs enfants de la même famille.
La société du tissage mécanique de Linden, près Hanovre, a établi dans son usine une crècheasile où elle garde les enfants de ses ouvrières depuis un mois jusqu'à six ans.
AUTRES PAYS. — Il y a trois crèches à Amsterdam.
En Suisse 7*1 en existe à Bâle, à Genève, et à Neuchâtel.
Il en existe à Athènes depuis 1874, à Saint-Pétersbourg, à Madrid, où une crèche a été fondée par la reine Victoria, femme du roi Amédée.
Lisbonne en a quatre, créées depuis quelques années, et dont l'une a été fondée par l'initiatiye de la reine. Il y en a à Porte et à Vianna do Alemtejo.
A Gopenhagne les crèches paraissent ne pas avoir réussi; à Stockholm elles ont un caractère particulier.
Le gouvernement suédois vient de construire à Paris, boulevard Ornano, pour ses nationaux, un grand établissement destiné à comprendre, à côté d'un temple, une crèche, une salle d'asile et des écoles.
Une crèche a été ouverte récemment à Philadelphie, et un mouvement sérieux se prépare pour en établir d'autres dans les villes industrielles des Etats-Unis.
Enfin, pendant l'Exposition universelle, les commissaires du gouvernement japonais ont étudié les crèches de Paris, et ils se proposent d'en fonder au Japon.
Bibliographie. — Des Crèches, par F. Marbeau (ou- ■vrage couronné par l'Académie française). — Manuel de la Crèche, par F. Marbeau. — Bulletin des Crèehes, années 1846 à 1859. — Bulletin de la Société des Crèches, années 1876 à 1879. — De l'Hygiène des Crèches, rapport et discours de M. le Dr A. Delpech à l'Académie de médecine, septembre 1869 et avril 1870. — Rapports annuels publiés par un grand nombre de crèches de France et des pays étrangers. [E. MarbetU.l
CRETLNISÏHE. — V. Idiots et Crétins.
CREUSE (département de la). — Superficie : 5 568 kil. carrés; population: 278 4.23 habitants; densité moyenne de la population : 50 habitants par kil. carré; 4 arrondissements, 25 cantons, 203 communes. Compris jusqu'en 1850 dans l'ancienne académie de Limoges, le département de
la Creuse appartient depuis 1854 à l'académie de Cl'-rmont.
Population d'âge scolaire : 381C8 enfants de 6 à
13 ans (19 527 garçons, 18641 filles), soit 13 à
14 enfants par 100 habitants.
I. Historique de l'enseignement primaire. — 1° avant 1780. — Les premières traces d'enseignement public remontent à 1580, époque où l'on constate l'existence d'un collège à Felletin : à côté des régents, il y a un grammairien ou maître écrivain, chargé de l'enseignement élémentaire. En 1675, la ville de Felletin cède au collège son «bois taillis » en échange de la gratuité pour les externes. Vers 1750, les magistrats confient le collège K un maître laïque, avec charge de veiller aux intérêts matériels : les régents sont payés au moyen des droits d'entrée, du produit des poids et mesures, de rentes constituées sur les deux terriers, et des bénéfices du pensionnat.
En 1609, les Barnabites de Saint-Paul prennent la direction du collège de Guéret, enrichi par les libéralités de Varillas, conseiller du roi, historiographe de France, et la conservent jusqu'en 1703. Un mandement de. Mgr de Lascaris d'Urfé, évèque de Limoges, en 1686, contient les dispositions suivantes : « Le besoin pressant d'instruction et le défaut presque universel d'éducation que nous avons remarqués nous ont fait souhaiter d'y apporter quelque remède : le moyen le plus efficace serait : 1° d'établir en toutes villes et bourgades des maîtres et des maîtresses.. . ; 2° de donner auxdits maîtres des règlements...; 3° de préposer quelques ecclésiastiques d'une vertu singulière à l'inspection des écoles. » Il serait difficile de dire jusqu'à quel point ces sages prescriptions furent exécutées; toujours est-il qu'à partir de cette époque, des dons et des legs se produisent en faveur des écoles. En 1707, sous le nom de Sœurs de l'instruction chrétienne, une association laïque se constitue à Felletin ; en 1776, mesdemoiselles Tixier, Monnard et Tibort offrent de résider à l'Hôtel-Dieu, et d'y employer leurs revenus à l'établissement d'une école gratuite, qui, en 1790, comptait encore 90 jeunes filles. On a la série des maîtres et des maltresses, de 1598 à 1789, dans un certain nombre de communes, où la moyenne des illettrés est relativement faible ; mais il n'en était pas de même partout, surtout depuis la révocation de l'édit de Nantes (I6S5), qui ruina la ville et le pays d'Aubusson. Aussi le progrès fut-il très lent pendant le xvnr2 siècle : de 76 notices réunies par M. Maggiolo (à qui nous devons tous nos renseignements relatifs à la période antérieure à 1789), il résulte que, de 1685 à 169J, la moyenne des conjoints qui ont signé leur acte de mariage était de 8.04 pour 100 (10 époux et 6.08 épouses) ; de 1786 à 1700, cetie moyenne ne s'élevait qu'à 11.18 pour 10J (14.45 époux et 7.02 épouses). On cite telle paroisse du bailliage de la Marche, en 1789, où un seul habitant savait signer son nom.
2° Depuis 1789. — Les troubles révolutionnaires semblent devoir aggraver cette situation : les écoles publiques se ferment, les fondations sont confisquées; mais quelques laïques et des prêtres assermentés ouvrent des écoles plus ou moins clandestines. Aussi le niveau de l'instruction s'élève, et la moyenne des conjoints lettrés, de 1810 à 1820, est de 22.78, soit 24.71 époux et 20.86 épouses. En 1802, une ancienne prieure du couvent de Blessac et une religieuse de Sainte-Ursule fondent, sous le patronage de l'évoque, l'institut hospitalier et enseignant de Saint-Boch, légalement reconnu en 1808 par le gouvernement impérial.
De 1806 à 1820, les rapports des préfets signalent l'insuffisance des ressources des communes pour subvenir aux nécessités de l'instruction ;en 1813, l'almanach de l'Université compte 51 écoles primaires
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dans la Creuse; en 1821, 1*20 écoles, tant publiques que privées. En 1829, il y a 111 écoles publiques, recevant 2 861 élèves en hiver, 2 085
G II Gt(5
Il est intéressant de jeter un coup d'oeil sur la situation de renseignement primaire dans le département aumomentoù s'élaborait la loi de 1833. Une enquête faite en 1832 établit que 14 1 communes étaient absolument dépourvues d'écoles ; 72 communes en avaient une, et 50 en possédaient 2, 3, 4, et jusqu'à 8 ou 10, distribuées dans les principaux hameaux du territoire. En tout, 203 écoles publiques tenues par des instituteurs laïques, et fréquentées par les deux sexes, si ce n'est une vingtaine d'écoles spéciales aux garçons. On peut y ajouter environ ^0 écoles de filles, dont 5 situées dans les principaux centres, entre les mains des religieuses, et les autres tenues par des institutrices laïques généralement incapables. 64 ins tituteurs étaient sans titre de capacité ; les autres avaient un certificat de capacité de l'académie, mais la plupart étaient au-dessous de leur tâche, et un certain nombre exerçaient d'autres professions : outre 36 cultivateurs, dont plusieurs fermaient leur école pendant l'été, principalement dans les arrondissements d'Aubusson et de Guéret, on comptait 1 clerc de notaire, 1 expert, 4 huissiers, 4 buralistes, 2 boulangers, 1 tuilier, 1 maréchal, 2 aubergistes, 5 marchands ; 4 instituteurs remplissaient l'emploi de secrétaire de mairie, et 7 celui de sacristain, parfois gratuitement. Une institutrice était en même temps sage -femme.
Le choix des livres en usage dans les écoles donne une idée de ce qu'étaient les études : les plus répandus, servant à l'enseignement tout mécanique de la lecture, étaient les Heures du diocèse, la Morale en action, les Aventures de Telérnaque, la Bible, les épîtres et évangiles, divers abrégés d'histoire de France et de géographie; Quelques grammaires, un petit nombre de traités d'arithmétique, et parfois de vieux papiers de famille pour la lecture du manuscrit. On y trouvait encore Y alphabet latin pour les premiers éléments de la lecture, et des livres disparates, comme la Mythologie, limitation de Jésus-Christ, une Veillée de Louis-Philippe au corps de garde, etc. Mais qu'importait d'ailleurs cette disparité, due à l'initiative de chaque famille, dans des écoles soumises partout au régime individuel, au moins en ce qui concernait les. enfants du degré élémentaire? Les résultats devaient être souvent insignifiants; aussi voit-on plus d'une municipalité, peu convaincue de l'utilité des écoles, appréhender l'obligation d'en ouvrir dans la commune et alléguer par avance le manque absolu de ressources. A cette époque, les communes ne s'imposaient aucun sacrifice pour les écoles ; deux seulement possédaient le local, et quatre autres payaient une modique indemnité de loyer. Partout ailleurs, les instituteurs se logeaient à leurs frais, ou dans leur propre habitation, et n'avaient d autres émoluments que la rétribution mensuelle produisant, au taux de 75 cent, à 2 fr., une moyenne de 30 fr. Aussi les enfants indigents étaient-ils presque entièrement privés d'instruction : une vingtaine d'écoles publiques seulement recevaient quelques élèves gratuits dont le total était de^ 120.
Les écoles réunissaient, pendant l'hiver de 1832, environ 5200 élèves des deux sexes, réduits en été à 3 000 : les désertions étaient occasionnées par les travaux des champs et par l'émigration. Le nombre d'élèves par école variait généralement de 12 à 30, et c'est tout ce que permettait le mode individuel; un très petit nombre n'en avaient que 6, 8 ou 10 ; les grandes écoles allaient jusqu'à 40 ou 50.
En 1837, on ne compte encore que 154 communes pourvues d'écoles. En 1840, la loi Guizot est
en pleine exécution : 324 écoles sont peuplées de 13 504 élèves en hiver, et 8945 en été. Ce n'est pourtant qu'en 1854 que toutes les communes ont satisfait à ses exigences, en ce qui concerne les écoles de garçons ; mais 77 seulement sont propriétaires de leur maison d'école, et l'état des logements, des classes, du mobilier scolaire est déplorable; 84 communes de plus de 800 âmes n'ont pas d'école publique de filles ; 33 de celles-ci ont une école libre, et 51 n'ont que des écoles mixtes insuffisantes. En 1866, un nouveau progrès s'affirme: le nombre des écoles est de 4 39, celui des élèves de 24457, sur lesquels 3 798 sont gratuits. En 1877, sur 363 communes, il y en avait encore 3 n'ayant aucune école ; et sur 106 communes de plus de 500 âmes, 57 n'avaient pas d'écoles de filles
Nombre des écoles primaires publiques et libres.
Écoles publiques Écoles libres Total
Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles,
Écoles de garçons École
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes .
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Ecoles de ûlles
Total
Écoles laïques
Écoles congréganistes
de garçons ou mixtes
de ûlles
de garçons ou mixtes
de filles
Total
Nombre d'instituteurs et d institutrices, y compris les adjoints et adjointes.
Instituteurs
Institutrices
laïques
congréganistes laïques
congréganistes
Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves
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En 1832, il y avait 184 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1876, il y en avait 1334 sur 10000 habitants.
Salles d'asile.
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