CREVIER
CRIMINALITÉ
sont établis depuis 1874. Le Conseil général y consacre une somme de 1000 fr., grossie de quelques dons particuliers. En 1877, 415 concurrents ont été inscrits, dont 126 ont été déclarés admissibles. L'allocation du Conseil général sert à distribuer 8 prix départementaux et ôO prix cantonaux, sous la forme de livrets de caisse d'épargne.
Caisses d'épargne scolaires. — Ce n'est que depuis trois ans à peine que l'institution des. caisses d'épargne scolaires a été introduite dans la Creuse. Au 31 décembre 1878, le nombre de ces caisses d'épargne s'élevait à 101, le nombre des livrets h 1 130, et le total des dépôts à 14 599 fr.
Conférences pédagogiques. — Les conférences pédagogiques, autrefois établies dans la Creuse, ont été quelque temps suspendues; mais elles ont récemment été réorganisées par les soins de M. l'inspecteur d'académie.
Société de secours mutueh. — La société de secours mutuels des instituteurs et des institutrices, rétablie en février 1877, compte actuellement environ 300 membres; l'avoir de la société au 1er janvier 1879 était de 6 983 fr.
B lletin scolaire. — Un bulletin départemental mensuel paraît à Guéret depuis 1865; il reçoit du Conseil général une subvention de 300 fr.
Autres institutions auxiliaires. — Au commencement de 1879, il n'y avait pas encore dans la Creuse de bibliothèques pédagogiques ; une tentative faite en 1877 par quelques instituteurs pour la création d'une bibliothèque n'avait pas réussi. « C'est, disait le dernier rapport de l'inspecteur d'académie, une œuvre à reprendre, pour laquelle j'espère le concours bienveillant du département. » En octobre 1879, les instituteurs, répondant à l'appel qui leur a été fait, ont organisé entre eux des souscriptions, et aujourd'hui 15 bibliotèques pédagogiques sont créées dans le département. La Creuse n'a pas de musées scolaires ni de caisse-; de< écoles; celles-ci auraient peu de chances de succès dans un pays où les fondations et legs en faveur des écoles manquent absolument.
On voit que, malgré les progrès accomplis, il reste encore beaucoup à faire. Aujourd'hui, d'ailleurs, les études sont en honneur, les populations comprennent mieux les avantages de l'instruction. Toutefois, si l'on sait mieux lire, on lit peu. La bibliothèque publique de Guéret, la seule du département, comprend 5000 volumes, débris d'anciennes bibliothèques de châteaux et de monastères, et est alimentée par des dons du ministre et une allocation municipale de 300 fr. On projette d'y adjoindre une bibliothèque populaire, et même une bibliothèque pédagogique pour les instituteurs du canton. En fait de sociétés savantes, on ne peut citer que la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, fondée en 1832 ; elle a créé à Guéret un petit musée de la flore et de la faune locales, que complète une collection minéralogique.
CREVIER (Jean-Baptiste-Louis). — Né à Paris en 1693, mort en 1765. Fils d'un ouvrier imprimeur, il fut un des élèves les plus distingués de Rollin, et professa la rhétorique au collège de Beauvais à Paris. Il publia un grand nombre de volumes historiques assez estimés. Il appartient à la pédagogie par la publication d'une Histoire de C Université de Paris jusqu'en 1600, 7 vol. in-12, 1761, qui est abrégé de l'ouvrage latin de Du Boulay ; et par des Remarques sur le Traité des études de Rollin, in- 12, 1760. Ces deux ouvrages méritent d'être étudiés par tous ceux qui s'occupent d'éducation et d'enseignement. [A. Dcmkès.]
CRIMINALITE. — Le dictionnaire de l'Académie et celui de M. Littré définissent ce mot : « qualité de ce qui est criminel. » Dans le sens où nous le prenons, il est susceptible d'une définition plus précise; car il signifie « le rapport du
nombre et de la nature des faits criminels ou délictueux à la population et à ses diverses manière» d'être. » Nous étudierons brièvement les rapports généraux avec la population et 'es rapports particuliers avec l'instruction.
L'étude de la criminalité ne fournit pas seulement aux magistrats des indications utiles sur la manière dont les lois sont appliquées et sur le nombre d'affaires qu'ont à juger les tribunaux. Elles éclairent aussi sur les maux qui résultent des imperfections de la nature humaine et de l'organisation sociale. La criminalité est un des éléments statistiques de l'état inoral d'une population .
11 est légitime d'en faire usage dans ce but ; mais il faut savoir comprendre la portée des renseignements qu'elle fournit et ne pas l'exagérer.
Il ne saurait y avoir de statistique de la vertu. En supposant qu'on pût enregistrer exactement tous les actes d'héroïsme — ce qui est impossible — on n'aurait pas encore la mesure de la vertu dans une nation. L'héroïsme, qui se traduit par une action d'éclat, a son origine dans un élan généreux, mais momentané, de l'âme. La vertu, plus modeste et plus régulière dans son allure, est de tous les instants; elle est une manière d'être habituelle de l'âme : elle est le support, quelquefois à demi caché, de toute une vie consacrée au devoir et au bien ; on ne la distingue pas toujours bien de près; de loin, on ne la voit pas.
Le mal s'aperçoit plus aisément, du moins lorsqu'il est de nature à causer h la société ou à un de ses membres un dommage que la loi punit, et qu'il donne lieu à un fait matériel appréciable par la statistique, comme une arrestation, un procès, une condamnation. Il fournit ainsi une mesure indirecte ou, plus exactement, un indice dont on se sert pour apprécier, par contraste, l'état moral d'une nation.
Pour tirer de la statistique des crimes une conclusion sur la société, il faut admettre, en premier lieu, que le nombre de ces crimes est, non un effet variable du hasard, mais la conséquence logique d'un certain état de choses. « Tout ce que nous possédons sur la statistique des crimes et des délits, dit Quetelet, ne pourrait être d'aucune utilité, si Ton n'admettait tacitement qu'il existe un rapport à peu près invariable entre les délits connus et jugés et la somme totale des délits inconnus et commis » {Physique sociale, t. I, p. 251).
Il convient, en second lieu, de ne pas attribuer partout et toujours une valeur absolue à ces rapports.
Tous les Etats n'ont pas la même législation pénale , et ceux qui ont des lois uniformes n'ont pas exactement la même police pour les appliquer. On risquerait donc de commettre les plus graves erreurs en assignant des rangs aux nations d'après le nombre des condamnations qu'indique la statistique judiciaire ; mais on peut quelquefois, non sans beaucoup de réserves, assigner des rangs aux. circonscriptions administratives d'un même Etat. On ne peut, d'autre part, rapprocher les chiffres de la statistique pour juger de la situation générale d'un même Etat à deux époques, qu'autant qu'on s'est assuré que, dans l'intervalle, la législation n'a pas changé et que la police n'a pas été sensiblement modifiée. Enfin, quand on compare, à. une même époque et dans un même pays, les diverses espèces de crimes et de délits, il ne faut pas oublier que le rapport qu'on calcule entre les diverses espèces de fautes constatées ne correspond pas toujours exactement au rapport qui doit exister véritablement entre les fautes commises, parce qu'il y a des crimes dont la justice a presque toujours connaissance, comme les vols avec effraction, et d'autres, comme les avortements, qui lui échappent en grande partie.
Quand on a fait la part de ces causes de perturbation, on ne peut pas s'empêcher d'être frappé
CRIMINALITÉ
CRIMINALITÉ
de la régularité avec laquelle se recrute le contingent de la criminalité dans tous les pays. En voici la preuve pour la France :
NOMBRE DES ACCUSES JUGES PAU LES COURS d'aSSISBS POUR CRIMKS.
•ériodes.
Moyenne annuelle
Le nombre de 7 130 accusations, comparé à la population qui était alors de 32 millions d'habitants, correspond à 22 accusés devant les cours d'assises par 100000 habitants; celui de 5113, comparé à une population de 36 millions et demi, correspond à 14 accusés par 100000 habitants. Il y a, d'un côté, une régularité frappante dans cette série de nombres, d'un autre côté, une diminution considérable, en apparence, depuis 1856. Elle est beaucoup moindre en réalité, parce que plusieurs lois, notamment celle du 17 juillet 1856, ont renvoyé devant le tribunal correctionnel un grand nombre d'affaires que jugeait auparavant la cour d'assises.
Les crimes contre les propriétés sont toujours plus nombreux que les crimes contre les personnes ; mais on ne peut pas tirer de conclusion générale des variations du rapport entre ces deux catégories, parce que ces variations ont pour cause principale des changements dans la juridiction qui ont transporté au correctionnel plus d'attentats contre les propriétés que contre les personnes. On peut cependant donner à ce sujet les indications suivantes : l°l'adoucissementdes mœurs tend à rendre les crimes contre les personnes moins fréquents ; 2° mais, d'autre part, la vigilance de la police fait découvrir en plus grand nombre certains crimes, tels que les attentats à la pudeur, qui restaient auparavant plus Ignorés ; 3° d'autre part aussi, certains vices, tels que l'ivrognerie, trouvent plus de moyens de se satisfaire et contribuent à accroître les crimes contre les personnes ; 4° le progrès de la richesse avive la cupidité et augmente le nombre des crimes contre les personnes ; 5° mais, d'autre part, la vigilance de la police qui sait mieux découvrir ces crimes lorsqu'ils ont été commis, a pour effet de les prévenir en plus grand nombre.
NOMBRE MOYEN ANNUEL D ACCUSES JUGES POUR CRIMES CONTRE LES PERSONNES ET LES PROPRIETES.
C'est ainsi qu'en 1876, le nombre des accusations a été de 3693; celui des accusés, de 4764.
Périodes
Personnes.
Propriétés.
Lorsqu'on analyse les crimes contre les personnes, on voit que ce ne sont pas les crimes les plus graves qui ont diminué le plus, mais les attentats moins importants, qui sont précisément du nombre de ceux qui ont pu être renvoyés devant les tribunaux correctionnels. Nous donnons dans le tableau suivant, non le nombre des accusés, mais celui des accusations, lequel est toujours un peu moindre, parce qu'il arrive souvent qu'un crime est commis par plusieurs personnes.