‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 296 sur 547 · ATTENTATS · texte numérisé non relu

ATTENTATS

Contre la vie des enfants

Périodes.

(infanticides volontaires ou involontaires, A la pudeur, avortements, expositions).

Le nombre des délits est toujours beaucoup plus considérable que celui des crimes. 11 doit en être ainsi. Dans la catégorie des délits sont comprises des fautes dont la gravité est très diverse, depuis ie vol jusqu'au simple délit de pêche ou de chasse ; en outre, les lois ajoutent de nouveaux cas de délit plus souvent que des cas de crimes : par exemple, la loi du 23 janvier 1873 sur l'ivresse, qui a donné lieu à 5 287 affaires en 1876. Pour ces deux raisons, le nombre total des délits, qu'il augmente ou diminue, ne saurait fournir, par lui seul, une indication précise sur l'état moral de la société.

Ce nombre était :

Nombre moyen annuel

Périodes.

de délits.

Si nous examinons en particulier les deux espèces de délits qui, avec la chasse, donnent lieu au plus grand nombre de procès, le vol simple et les coups et blessures, nous constatons : pour le premier/que la multiplication des richesses a accru les convoitises; pour le second, que l'adoucissement des mœurs ne paraît pas avoir diminué les querelles et les brutalités ; et que, dans ces deux cas, les coupables tombent plus souvent entre les mains d'une police plus vigilante.

Périodes.

L'homme est déterminé à faire le mal par des causes diverses.

La misère, les mauvais exemples dans la famille et hors de la famille, le manque d'éducation sont au nombre des principales. C'est pourquoi le plus

s simples.

et

blessures

CRIMINALITE

CRIMINALITE

grand nombre des malfaiteurs sort des couches infimes de la société. C'est ce qui explique aussi comment le nombre des récidivistes est si considérable ; ceux-ci forment 47 p. 100 des accusés pour crimes et 38 p. Ï00 des accusés pour délits.

Mais, au nombre des causes qui déterminent au mal, il faut placer aussi les mauvais instincts de la nature humaine, passions violentes ou basses, réfractaires à l'éducation. Ces passions peuvent se rencontrer dans tous les rangs de la société, de môme que, dans toutes les familles, il peut naître des monstres de parents bien constitués ; c'est pourquoi on voit des hommes de toute condition subir des condamnations au criminel. De tels hommes sont une preuve que l'éducation est impuissante à policer certaines natures ; mais ils ne fournissent pas un argument contre l'influence de l'éducation sur la moralité, pas plus que la mort d'un enfant entouré de soins n'en fournit contre l'hygiène.

Quand on sait combien il est plus facile de faire des lois et des règlements que d'élever le niveau intellectuel, et surtout que de modifier les conditions et l'état d'un milieu moral, et quand on constate que l'inclination à faillir reste à. peu près la même pendant une assez longue période, et que les occasions de faillir tendent à augmenter plutôt qu'à diminuer dans une société plus active et plus riche, on ne s'étonne pas de voir que la criminalité présente, dans la suite des années, une sorte de régularité, telle que le montrent les tableaux que nous avons donnés.

On le comprend mieux encore, quand on analyse la criminalité au point de vue des catégories de personnes qui en forment le contingent.

Les hommes sont, en général, plus grossiers et plus violents que les femmes, à qui leur sexe, leurs habitudes de famille, leurs occupations imposent plus de réserve. Voici la proportion des hommes et des femmes sur 100 accusés devant les cours d'assises :

'ériodes.

C'est à l'âge où les passions ont le plus de violence, vers 26 ans pour les hommes, vers 30 ans pour les femmes, qu'on a le plus de propension au crime. En 1874, par exemple, sur 100 criminels, il y en avait :

De moins de 21 ans.

De 21 à 40 ans

De 40 à 60 ans

De plus de Ou ans . .

Cette proportion varie peu d'une année à l'autre.

La vie de famille contribue à moraliser l'homme et à le maintenir dans le devoir. Aussi les célibataires forment-ils toujours la majorité des criminels, quoiqu'on compte dans la société française deux fois plus de gens mariés (15.1 millions) que de célibataires adultes (7.7 millions).

périodes.

Célibataires.

Mariés.

Veufs.

Total

Les criminels, on les trouve surtout parmi les vagabonds ou du moins parmi les hommes qui vivent loin du lieu natal, qui non seulement ne sont pas chefs de famille, mais qui n'ont pas près d'eux de parents ou de mentors. Le recensement de 1876 indique que fi6.7(> p. ÎO'J des Français habitent dans le département où ils sont nés, tandis que la

statistique judiciaire de 1870 donne seulement 60 p. 100 des accusés comme ayant été jugés dans le département où ils sont nés; 40 p. lOO, c'est-à-dire les 2/5 des accusés, étaient nés hors du département, quoiqu'ils ne formassent pas 1/7 de la population.

Les villes fournissent beaucoup d'occasions pour tenter le malfaiteur et de facilités pour le cacher. Les gens sans aveu y confluent volontiers. Aussi y a-t-il proportionnellement beaucoup plus de crimes commis dans les cités que dans les campagnes. Il ne faut pas se laisser égarer par la première vue des rapports numériques à cet égard. Mais il faut songer que la population urbaine n'était, en 1851, que le quart et qu'elle est aujourd'hui à peine le tiers de la population totale : pour qu'il y eût égalité, il faudrait que la population urbaine ne fournît que le tiers ou le quart du contingent de la criminalité. Ce n'est pas ce qui a lieu, puisque sur 100 accusés on trouve :

Domiciliés dans les communes rurales

Domiciliés daus les communes urbaines (communes de plus de 2 000 habitants)

Sans domicile fixe

M. Bertrand, en comparant le recensement de 1855. qui indique le classement de la population par professions, et la statistique judiciaire de 1835 à 1854, a analysé la criminalité d'après les professions. Il a trouvé des résultats qui confirment ceux que nous venons d'indiquer :

Nombre d'accusés Nombre d'accusées

par par

100 000 hommes. 100 000 femmes.^

de chaque catégorie, de chaque catégorie. Classe agricole....... 24.3 4.2

— manufacturière. 40.4 6.4

Ouvriers des industries

textiles 37.6 9.0

Ouvriers des autres industries manufacturières 43.6

Arts et métiers 59.0

Autres professions.. . . 35.0 Gens sans aveu 332.2

Toute la population.

On pourrait multiplier les exemples démontrant les rapports qui existent entre le milieu social et la criminalité, entre la tentation et la chute. Il suffit d'en indiquer sommairement encore quelques-uns. Les attentats à la pudeur sont plus fréquents en été qu'en hiver. Les attentats contre les propriétés sont plus fréquents, au contraire, en hiver qu'en été, parce que la faim excite au vol et que la nuit favorise le voleur.

Si l'on analyse la France par départements, comme l'a fait M. de Guerry, on trouve les résultats suivants :

Les crimes contre les propriétés sont plus nombreux dans les départements du bassin de la Seine, dans l'Ille-et-Vilaine, dans la Vienne, dans l'Alsace, dans le Rhône, dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, dans les Pyrénées-Orientales, que partout ailleurs. La plupart sont des départements riches.

Les crimes contre les personnes sont plus nombreux que partout ailleurs dans la Corse, dans les Pyrénées-Orientales, dans une partie de la Gascogne, du Languedoc et de la Provence et en

CRIMINALITÉ

CRIMINALITÉ

Alsace. Excepté l'Alsace, ce sont tous des départements du Midi, région dans laquelle les passions sont violentes. Aussi est-ce dans cette région qu'il y a le plus d'assassinats : la Corse figure au premier rang.

Cette région est aussi une de celles où certains attentats à la pudeur sont le plus fréquents. Mais elle partage ce triste privilège avec le bassin de la Seine et avec quelques riches départements agricoles de l'Ouest.

Le vol domestique, au contraire, est rare dans le Midi, excepté dans les Bouches-du-Rhône et dans le Vaucluse. Il est plus rare encore dans la région des Alpes et dans celle du Massif Central. Il est très fréquent dans le Rhône, dans la Gironde, dans la Vienne, dans l'Ille-et-Vilaine, dans l'Alsace, dans la Normandie et dans tout le bassin de la Seine. L'abondance des richesses est un appât qui sollicite les voleurs.

Les mêmes phénomènes se produisent à l'étranger comme en France. Ils ont été étudiés, notamment pour l'Angleterre par M. de Guerry, pour la Bavière par M. G. Mayr. Ce dernier a montré, entre autres influences, celle que le prix du seigle, base de l'alimentation végétale en Bavière, a exercée sur les crimes contre les propriétés, de 1836 à 1861 ; à chaque augmentation de prix, qui est une cause de misère, correspond une recrudescence de la criminalité.

D'autres statisticiens ont remarqué, dans un sens contraire, que les bonnes années de récolte de vin en France avaient pour effet de multiplier le nombre des crimes contre les personnes.

Nous nous contentons d'indiquer quelques ouvrages qui pourront servir à une étude plus complète de la criminalité, dont nous indiquons les principaux problèmes, sans chercher à les analyser en détail. Pour la France, le Compte général de V< dministration de la justice criminelle, publication annuelle du ministère de la justice, qui est la source dans laquelle tous les auteurs ont puisé; la statistique de la France et le Traité théorique et pratique de statistique par MM. Block, le Traité de Statistique par M. Dufau, les Eléments de statistique humaine par M. Guillard, les études de M. Fayet publiées dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences morales et politiques (1846); pour différents pays, la France et l'Etranger par M. Legoyt, V Essai sur la statistique morale (1833) et Y Atlas (1865) de M. de Guerry, divers travaux de MM. Wappceus, Engel, G. Mayr-, notamment le manuel intitulé Die Gesetzmâssigkeit im Gesellschaftsleben et le Recueil officiel de la statistique de Bavière (année 1868), l'ouvrage de M. de OEttingen, Die Moralstatistik,

La question particulière du rapport de la criminalité avec l'instruction est déjà en partie résolue par ce qui précède. Il est évident qu'il n'y a pas entre ces deux termes une relation nécessaire et mathématique, puisque nous trouvons d'autres causes qui exercent une influence très marquée sur le nombre des crimes.

On a dit à tort que l'instruction chassait le crime. Pour bannir le crime, il faudrait avoir banni du cœur de l'homme les mauvaises passions et de la société les mauvais conseils et les tentations malsaines : c'est une utopie. L'instruction, en se propageant, contribue à former le sens moral des populations, en même temps qu'à augmenter les moyens de prévenir la misère et par là, elle pèse d'un double poids dans la balance des bonnes influences. Mais c'est une quantité positive de plus dans la longue liste des termes positifs et négatifs d'une formule très compliquée; ce ne sera jamais tout<; la formule.

On a dit, en commettant une erreur plus grave encore, que le progrès de l'instruction amenait après lui le progrès de la criminalité. Comme preuve de

cette assertion calomnieuse on a donné deux arguments tirés de la statistique judiciaire : 1° le nombre des criminels ayant reçu de l'instruction augmente; 2° beaucoup de départements très avancés sous le rapport de l'instruction sont au nombre de ceux dans lesquels on rencontre le plus de criminels. Ce sont des sophismes du genre de ceux que la logique désignait par les mots : cum hoc, ergo propter hoc, et qui consistent à supposer que deux phénomènes qui se produisent en même temps sont nécessairement unis par la relation de cause à effet.

Il est certain que le nombre des accusés entièrement illettrés diminue et que, par conséquent, le nombre des accusés ayant reçu de l'instruction augmente. Le tableau suivant, extrait du tome II (nouvelle série) de la Statistique de l'enseignement primaire, le montre.

Degré d'instruction des accusés jugés contradictoirement par les Cours d'assises.

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