‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 302 sur 547 · AYANT REÇU · texte numérisé non relu

AYANT REÇU

une instruction inpérieare.

CRITIQUE. — Critique vient d'un mot grec qui signifie juger. La critique est en effet le talent de juger; elle consiste dans le discernement juste et fin du vrai et du faux, du beau et du laid, du bon et du mauvais dans les mots, dans les choses ou dans les personnes.

Cette définition suffirait à faire comprendre qu'il ne faut pas prendre à la lettre le fameux vers :

La critique est aisée et l'art est difficile.

En toute matière, art, littérature, grammaire, histoire, philosophie, la critique, loin d'être aisée, demande un rare assemblage de qualités ; elle veut un esprit vif et délié, un sens très sûr, un jugement très droit, une absolue sincérité. Ce qui est aisé et aussi détestable qu'aisé, c'est la manie de critiquer, qui est souvent l'envers du véritable esprit critique. Se plaire à critiquer, c'est ne savoir remarquer que le mal, c'est avoir les yeux, l'esprit et le cœur fermés à tout ce qui est bien, à tout ce qui serait sympathique, à tout ce qu'on devrait approuver et aimer; c'est à la fois un manque de discernement, de goût et de délicatesse morale.

Entendue comme elle doit l'être, vouée à la recherche de la justesse et de la justice la plus exacte, la critique peut- elle entrer dans l'enseignement populaire? Est-ce un talent dont le développement puisse être entrepris ou ébauché dans le cercle étroit où s'enferment les études primaires? Peut-on espérer qu'on parviendra, avec le minimum de culture que comporte l'école élémentaire, à initier des esprits simples à cet exercice essentiellement délicat et complexe qui consiste à saisir ce qu'il y a de plus abstrait au monde, des qualités et des rapports d'idées, à noter et à distinguer non des objets matériellement distincts, mais des nuances fines ei, des caractères à peine marqués?

On a répondu diversement à cette question.

Les uns disent que l'esprit critique n'est point fait pour l'enseignement primaire; qu'il exige un tout autre genre d'éducation, une bien plus haute îulture; que fût-il même possible de le développer dans des intelligences médiocres, ce résultat n'aurait rien de souhaitable ; qu'on ne fait pas à l'es-

[E. Levasseur, de l'Institut.]

prit de critique et de libre examen sa part; que l'instituteur, s'il se croit une fois initié à tant de finesses, se prévaudra de son savoir pour critiquer à tort et à travers, pour se poser en censeur, en juge, en connaisseur expert et pour n'être, en somme, dans tout et pour tous, qu'un pédant.

D'autres soutiennent que les jouissances de l'esprit, pour être nobles et délicates, n'en sont pas moins naturelles et accessibles à tout esprit sain ; que l'éducation populaire comporte le développement du sens critique dans la même mesure où elle comporte la connaissance et le sentiment du beau, du vrai, du bon.

L'une et l'autre thèse nous paraît un peu trop absolue. Ne serait-on pas plus près à la vérité en reconnaissant que si l'aptitude à la critique, c'est-à-dire, en somme, l'esprit de discernement, peut se développer à tous les degrés de culture intellectuelle, il n'y a cependant pour chacun de ces degrés qu'un certain -ordre de sujets sur lesquels la critique puisse utilement s'exercer ?

Considérons les principales applications de la critique : critique grammaticale, critique philologique, critique littéraire, critique historique, critique d'art, critique philosophique. Une bien faible partie de ces diverses critiques peut pénétrer dans l'enseignement secondaire, une moindre encore dans l'enseignement primaire. Le seul exercice critique qui ait droit de cité dans l'école est celui qui porte sur l'analyse et l'appréciation des mots de la langue, et il n'est pas besoin d'expliquer quels services il rend à l'enfant. Il y a toutefois une condition pour qu'il soit réellement profitable, c'est qu'il soit réellement un exercice critique et non un plat verbalisme, c'est qu'il oblige l'élève à juger et non pas seulement à se souvenir, à réfléchir et non à répéter, à s'expliquer la règle et non pas seulement à l'appliquer. Les analyses, les exercices grammaticaux, les exercices de composition et de style, les lectures raisonnées et commentées sont autant de moyens d'initier l'élève même de l'école primaire à ce qu'ont d'accessible pour lui la critique grammaticale et la critique littéraire.

Mais c'est surtout à l'école normale que les exercices ayant pour bat de former et d'aiguiser

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