‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 303 sur 547 · CROQUIS · texte numérisé non relu

CROQUIS

CUOUZET

le jugement ont leur place marquée. Là, en effet, non seulement la critique grammaticale devra recevoir de plus amples développements, entrer plus avant dans la recherche et dans la discussion de la raison des choses, s'élever à une vue plus générale des lois de la grammaire et même de la grammaire comparée, mais en outre toutes les autre3 formes de la critique peuvent contribuer pour leur part à la préparation du futur instituteur. En lui faisant lire des classiques, en lui donnant des rédactions à écrire, en l'exerçant à corriger les fautes de langage des élèves, on lui inculquera quelquesunes des idées principales de la critique littéraire ; il aura appris en quelque sorte à son insu à reconnaître le style d'un siècle ou d'un auteur, à distinguer la vraie éloquence de la fausse et l'or du clinquant. Dans l'étude de l'histoire, on n'aura que l'embarras du choix pour exercer sa critique sur des faits et sur des doctrines. Sans doute il n'aura jamais dans la classe à exposer les règles de la critique historique, mais pour que dans de simples récits à ses élèves il sache lui-même choisir l'important et omettre l'accessoire, présenter sous leur Yrai jour à l'imagination des enfants les hommes, les époques, les événements, pour qu'il ne commette pas devant eux de ces lourdes fautes de jugement qui sont presque plus affligeantes que l'ignorance toute nue, il faut que l'école normale ait éveillé chez lui le sens critique en matière d'histoire. Et de même pour toutes les études: l'instituteur ne sera jamais un critique d'art, mais si un bon professeur de dessin l'a mené au musée, lui a fait remarquer un marbre antique, lui a montré, ne fût-ce que par de belles gravures, les spécimens principaux de l'art aux différentes époques, si on lui a fait observer et comparer dans la ville même l'architecture de la cathédrale, du palais de justice, de quelques vieux hôtels, de quelques édifices modernes, il lui en restera quelques notions utiles, quelques distinctions judicieuses, quelques remarques dont il fera un jour profiter ses élèves et qui lui permettront au moins de combattre les préjugés et le mauvais goût.

Cette éducation des facultés critiques dans tous les domaines est si importante qu'on a jugé en certains pays devoir en faire l'objet d'une préparation toute spéciale pour les élèves des écoles normales. Les exercices que les Américains appellent criticism lessons consistent à faire faire par les différents élèves tour à tour la critique soit des devoirs écrits, soit des leçons orales faites par leurs camarades. Des conférences ayant un objet semblable se font aussi dans plusieurs séminaires d'instituteurs allemands et dans les écoles normales italiennes. Rien n'est plus propre à former le jugement, à stimuler les esprits mous, à redresser et à corriger ceux qui ont une pente au paradoxe ou à l'exagération, à faire naître chez tous ce degré exceptionnel d'attention, cette finesse d'observation et cette profondeur de réflexion qui constituent avant tout l'esprit critique.

CROQUIS. — V. Dessiîi.

CROUSAZ (Jean-Pierre de). — Pédagogue suisse de la première moitié du dix-huitième siècle, né à Lausanne en 1663, mort dans la même ville en 1750. Après avoir voyagé à l'étranger pour compléter ses études, il se fit consacrer ministre, puis fut nommé professeur à l'Académie de Lausanne, dont il devint bientôt recteur. En 1 718, il fit imprimer à Amsterdam un volume intitulé Nouvelles maximes sur l'éducation des enfants. Il y combattait, sous la forme de l'ironie, les idées alors régnantes sur l'éducation. Mais cet écrit semble avoir eu peu de succès, à cause du ton satirique employé par l'auteur ; aussi de Grousaz crut-il devoir le faire suivre d'un ouvrage dogmatique, où il exposa cette fois ses vues d'une façon méthodique et sérieuse. Le Traité de f éducation des

enfants, par J.-P. de Crousaz, professeur en philosophie et en mathématique à Lausanne, dédie à la princesse de Galles, parut à La Haye en 1722, en 2 vol. in-12. Cet ouvrage comprend neuf sections dont voici les titres :

Section I. Importance du sujet. — Section IL Devoir des pères. — Section III. Des qualités d'un bon précepteur. — Section IV. Des instructions (cette section est subdivisée en cinq chapitres : chap. 1, Qui contient quelques avis généraux et la manière de donner les premières leçons ; chap. ?, Où l'on explique la méthode de pousser les connaissances des jeunes gens ; chap. 3, Où l'on traite plus particulièrement de l'utilité du savoir ; chap. 4, Des instructions publiques : l'auteur se prononce pour le système des écoles publiques de préférence à l'éducation domestique; chap. 5, de la manière d'étudier la géographie et l'histoire : De Crousaz recommande de mettre sous les yeux de l'élève des sphères, des cartes, et, pour l'étude de l'histoire, des tailles-douces représentant des villes, des places, des campements, des machines, des édifices, « et autres choses de cette nature qu'on peint toujours mieux aux yeux qu'aux oreilles. » — Section V. Des mœurs. — Section VI. Conseils sur la manière dont on doit instruire les enfants dans la religion et les former à la piété. — Section VII. Des motifs. — Section VIII. Des récréations. — Section IX. Des voyages .

En 1724, de Crousaz, dont la situation à Lausanne était devenue difficile pour diverses raisons, alla remplir à La Haye les fonctions de gouverneur du jeune prince d'Orange; puis il devint professeur à l'université de Groningue, et ensuite gouverneur du prince de Hesse, neveu du roi de Suède. Rentré à Lausanne en 1735, il y reprit sa chaire qu'il occupa jusqu'à sa mort.

En 1737, il publia à Amsterdam deux volumes de mélanges, qui renferment entre autres trois écrits relatifs à l'éducation ; ce sent : 1° Les Pensées libres sur les instructions publiques du bat collège; de Crousaz y insiste sur l'importance de la première éducation, sur la nécessité d'avoir pour les jeunes élèves de bons maîtres, mieux payés ; sur la réforme des méthodes élémentaires : a les classes, dit-il, doivent être propres et riantes, et pour le moins n'avoir rien de sombre et de rebutant; » 2* Des instructions publiques dans les auditoires t ouvrage faisant suite au précédent ; a° Discours de la pédanterie, prononcé dans une distribution de prix à Lausanne en 1715. Malgré les sarcasmes qu'il lance, dans ce discours, à l'adresse des pédants de collège, l'auteur n'a pu échapper lui-même aux reproches qu'il adressait justement à beaucoup de maîtres de son temps, et Rousseau l'a cavalièrement appelé « le pédant do Crousaz. » Il faut reconnaître, comme le dit an compatriote de Crousaz, M. L. Burnier *, dans son Histoire littéraire de l'éducation, que son style es* lourd et diffus, et que chez lui aucune idée neuve et féconde ne saisit le lecteur. « Nulle part on n'y aperçoit un plan d'ensemble, un système. L'auteur utilise Charron, Fleury, Fénelon, surtout Locke. » Ajoutons toutefois que de Crousaz, s'il n'est guère original, a rendu quelques services en vulgarisant un certain nombre d'idées justes et pratiques, à un époque où la pédagogie cherchait encore sa voie.

CROUZET. — Pédagogue et écrivain français, né à Saint- VVaast en Picardie, en 1753. Il débuta comme professeur au collège Montaigu (1780), dont il devint principal en 1791 ; cet établissement reçut à cette époque le nom de collège du Panthéon français. Croizet fut chargé par le département de Paris, dans l'été de 1793, avec son collègue Mahôrault *, de rédiger un plan d'études pour les collèges qu'il s'agissait de réorganiser; ce projet fut publié sous ce titre : Plan d'études provisoires,

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