‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 310 sur 547 · DATES · texte numérisé non relu

DATES

DAUNOU

Travail des enfants dans les manufactures. — XIII. Adoption et éducation des enfants indigents, orphelins ou abandonnés. — XIV. Mendicité. Vagabondage. — XV. Jeunes délinquants. Education correctionnelle. — Appendice. Documents législatifs.

DATES. — Nous avons, au mot Chronologie, indiqué la part qui doit être faite à l'étude des dates dans l'enseignement de l'histoire à l'école primaire; d'autre part, notre article Dates dans la iic Partie donne quelques conseils pratiquas et un tableau des dates les plus importantes à faire apprendre.

On trouvera, au mot Ephémérides pédagogiques, un certain nombre de dates appartenant à l'histoire de la pédagogie.

DAUBANTON. — Auteur d'une méthode de lecture, qui eut trois éditions différentes à quelques années de distance. La première est intitulée Lecture par écho, Paris, 1810, in-12; la seconde, Application de la lecture par écho à récriture, Paris, 1811, in-12; la troisième enfin, dédiée au duc d'Orléans, parut sous ce titre, qui en explique l'idée fondamentale : « Méthode de lecture appliquée à l'écriture, par les 34 sons élémentaires de la langue française, ornée de 34 figures, dont le son final de leur nom répond aux 34 sons primitifs de cette langue, par lesquels les enfants de quatre à cinq ans apprennent simultanément à lire couramment dans tous les livres, et à écrire sous la dictée, même les mots les plus difficiles, en trois mois, et même en moins, selon leur docilité et leurs dispositions ; » Paris, 1815, in-12. L'auteur, qui s'intitule professeur de grammaire française (bien qu'il ne respecte guère la syntaxe), d'écriture et d'arithmétique, nous apprend que son ouvrage est une réédition « du mode de lecture par le Quadrille des enfants, inventé par Bertaud » ; et que le premier éditeur de cette méthode fut un M. Alexandre, dont il se dit le continuateur, et qui avait eu l'honneur d'enseigner à lire au duc d'Orléans d'après ce système. |

DAITBIÉ (Julie-Victoire). — Institutrice française, née en 1824, morte en 1874 à Fontenay-le- Château (Vosges). Après avoir reçu quelques leçons de son frère, curé à Bazegney, qui lui enseigna le latin, Mlle Daubié remplit durant plusieurs années les fonctions d'institutrice dans une famille ; elle profita ensuite d'un séjour à Fribourg-en-Brisgau pour apprendre l'allemand. Fort jeune encore, elle vint seule à Paris, afin d'y continuer ses études tout en donnant des leçons ; et bientôt son intelligence et son travail lui conquirent une position honorable dans le monde de l'enseignement. En lKoi», l'Académie de Lyon couronna un mémoire écrit par elle sous ce titre : La Femme pauve au XIXe siècle, par vne femme vauvre. Deux ans plus tard, MUe Daubié sollicita du ministre de l'instruction publique, M. Rouland, la faveur d'être admise à subir les épreuves du baccalauréat ès-lettres : le ministre refusa, « vu, répondit-il, que le fait n'avait pas de précédent. » Mais en 18(i2, le doyen de la Faculté des lettres de Lyon ayant pris sur lui d'admettre Mlle Daubié aux épreuves, la vaillante institutrice, à la suite d'un examen brillant, reçut du ministre le diplôme qui faisait d'elle la première bachelière de France. L'exemple de Mllc Daubié ne devait pas tarder à être imité ; et nous avons vu, dans ces dernières années , plusieurs femmes subir avec succès non seulement l'examen du baccalauréat, mais celui de la licence et même du doctorat. MUe Daubié elle-même obtint le grade de licenciée en 1871.

Dans un volume publié en 1862 (Paris, Claye), et intitulé : Du progrès dans l'enseignement primaire; Justice et Liberté, Mlle Daubié a plaidé avec chaleur la cause des institutrices,

lrePAHTIE.

et surtout des institutrices laïques; un des chapitres de l'ouvrage est consacré à la lettre d'obédience, dont l'auteur réclame énergiquement l'abolition.

En 1872, Mllc Daubié, dont la santé était ébranlée par un excès de travail et par les privations subies durant le siège de Paris, retourna dans sa famille, auprès de sa vieille mère ; mais ce fut pour y mourir, à l'âge de cinquante ans. laissant le souvenir d'une vie consacrée tout entière aux études sérieuses et au bien de ses semblables.

DAUNOU Jcan-Claude-François). — Erudit, historien, et homme politique, Daunou appartient à la pédagogie tant par son enseignement dans les collèges de l'Oratoire avant la Révolution, et son projet <le réforme scolaire publié en 1789, que par le rôle important qu'il joua dans les débats sur l'instruction publique, à la Convention, au conseil des Cinq Cents, et, dans sa vieillesse, à la Chambre des députés sous la monarchie de juillet.

Né à Boulogne-sur-Mer en 1761, il fit son édu cation chez les oratoriens, et dès 1777, quoiqu'il n'eût que seize ans, l'ordre dont il avait été l'élève, dérogeant à la règle en sa faveur, l'admettait dans son sein. Après quelques années passées dans les degrés inférieurs de l'enseignement, nous le voyons, en 1784, chargé de professer la philosophie au collège de sa ville natale, et bientôt après au collège de Montmorency. En 1787, il fut ordonné prêtre. Dès cette époque, il commençait à se faire connaître par des écrits composés à l'occasion de divers concours académiques. Les événements de 1789 furent pour lui le signal d'une activité nouvelle, qui devait bientôt le pousser dans la carrière politique. L'Oratoire était en général favorable aux réformes; Daunou, pénétré des idées philosophiques du dix-huitième siècle, embrassa avec ardeur la cause de la révolution. Sa grande préoccupation, dès ce moment, était l'organisation de l'éducation nationale. Le Journal encyclopédique de 1789 publia une série de lettres dans lesquelles le jeune oratorien exposait un plan remarquable, qui attira sur lui l'attention publique.

« Daunou, dit un de ses biographes, M. Taillandier, distingue quatre éducations qui peuvent se succéder pour le même individu. Il y a d'abord celle de la première enfance : cette éducation est nécessairement domestique. La seconde peut être publique; il fixe en général son commencement à la sixième année de l'élève, et sa fin à la dixième. La troisième correspond à celle que l'on reçoit dans les collèges ; et la dernière est celle qui nous prépare à quelque profession déterminée. La première période de l'éducation doit être en quelque sorte négative, comme l'a dit Rousseau. » Quant à la seconde période, Daunou la considère comme la plus importante. « Pendant la première année, les enfants ne devraient être assujettis qu'a deux heures d'étude par jour, une heure le matin et autant le soir. Cette première année serait surtout consacrée à apprendre à lire, et elle devrait suffire si l'on employait une méthode perfectionnée d'après les judicieux conseils de Dumarsais, de Duclos et des autres grammairiens philosophes. Dès la seconde année, les enfants commenceraient à écrire et se perfectionneraient dans la lecture. Dans la troisième, on prolongerait d'une heure par jour le temps du travail. Les élèves, en continuant de lire et d'écrire, recevraient aussi quelques leçons d'arithmétique. La quatrième année serait spécialement destinée a la grammaire française, à l'orthographe et à l'histoire naturelle.

» Pour mettre ce plan d'études à exécution, Daunou aurait voulu qu'on établit dans chaque centre de population une école qui pût contenir

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quatre classes correspondantes aux quatre années dont il vient de parler. Le même maître pourrait toujours tenir deux de ces classes à des heures différentes. Les trois premières seraient gratuites, la quatrième, qui ne devait point l'être, n'existerait pas dans les villages. Quant aux trois autres, elles pourraient y être modifiées de manière qu'elles fussent aisément gouvernées par un seul maître. »

Pour les collèges, Daunou demande une transformation radicale de l'enseignement, et donne le programme de chacune des huit années d'études. 11 dépeint sous des couleurs fort noires les vices du système des pensionnats. « Oh, s'écrie-t-il, si tous ceux qui ont passé dans des pensionnats les précieuses années de leur jeunesse ; si tous ceux qui ont été préposés à ces sinistres institutions consentaient à nous faire un récit fidèle des désordres dont ils ont été les témoins, ou les auteurs, ou les victimes, moins de parents, nous n'en doutons pas, chercheraient à se décharger de la vigilance à laquelle ils sont naturellement obligés. »

Le plan que Daunou exposait dans ces lettres fut agréé par l'Oratoire. L'auteur le rédigea alors en articles de loi, avec quelques modifications, et l'adressa en 1790 à la Constituante, sous ce titre : Plan d'éducation présenté à l'Assemblée nationale au nom des instituteurs publics de V Oratoire. Voici, en ce qui touche l'enseignement primaire, les dispositions principales de ce projet de loi :

Dans chaque communauté d'habitants, il sera établi autant d'écoles qu'il y aura de fois 60 élèves destinés à les fréquenter (titre Ier, art. Ie'). Dans chaque école, les élèves seront partagés en deux classes au moins, selon leur âge et leurs progrès (art. 2). Dans les chefs-lieux de canton, il y aura une troisième classe, et une quatrième dans les chefs-lieux de districts (art. 6 et 7). Tout châtiment corporel consistant à frapper les enfants sera banni de toute école publique de France (art. 13). — Le titre IV traite de l'enseignement religieux, « que les curés ou vicaires donneront chaque dimanche dans les églises paroissiales aux enfants des premières écoles et des collèges. » — Un titre spécial est consacré à l'enseignement des filles, qui doivent avoir dans chaque commune leur école spéciale, dirigée par une institutrice.

Le projet s'occupe aussi de l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne : celui-ci doit être élevé en commun avec dix-neuf autres enfants de son âge, choisis par le roi.

Le plan d'éducation de l'Oratoire ne fut pas discuté par la Constituante, cette assemblée n'ayant pas eu le temps de s'occuper de l'organisation de l'instruction publique.

Daunou, qui s'était prononcé en faveur de la constitution civile du clergé, fut appelé en 1791, par l'archevêque de Paris, au poste de vicaire métropolitain et de directeur du séminaire diocésain. Les électeurs du Pas-de-Calais l'enlevèrent presque aussitôt à ces fonctions pour l'envoyer siéger à la Convention. A partir de ce moment, il renonça définitivement au caractère ecclésiastique.

A la Convention, Daunou, quoique ferme répu- Dlicain, ne se joignit pas à la Montagne, et resta dans les rangs du centre. Nommé membre du Comité d'instruction publique, il prit part à la rédaction du projet présenté par Lakanal le 2(i juin 1793 (V. Convention, p. 531), et puolia à cette occasion un Essai sur l'instruction publique Paris, Imprimerie nationale, juillet 1793, 5o pages), dont nous avons donné des extraits ailleurs (V. Convention, p. 534 et 535). A la fin de ce remarquable travail, l'auteur résume ses idées sous la forme d'un Projet analytique d'une toi

sur l'instruction publique, que nous reproduisons ci-dessous in extenso ;

Titue 1er. — De l'instruction publique de tous

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