ANDREA
préférer l'analyse orale à l'analyse écrite pour les petites classes : elle permet de soutenir plus aisément l'attention des jeunes enfants, de leur donner le-s incessantes explications qui leur sont nécessaires, d'éviter la sécheresse d'un exercice qui, écrit tout au long, les rebuterait, enfin et surtout d'intercaler suivant le besoin etl'à-propos quelques attrayantes leçons de choses parmi ces leçons sur les mots. Peu à peu on passera à l'exercice écrit, qui sera d'abord et le plus longtemps possible préparé par l'exercice au tableau noir; mais ici deux précautions sont essentielles : d'une part, éviter le plus possible d'employer le temps de l'élève en écritures inutiles, en répétition fastidieuse des mêmes formules ; d'autre part joindre souvent à l'analyse la synthèse, les petites phrases à inventer, à retourner, à modifier, les noms et les épithètes à changer de forme, de nombre, de genre, de place.
Diverses manières de procéder à l'analyse écrite sont usitées. La plus employée consiste à écrire dans une colonne verticale les mots de la phrase et à écrire en regard l'énoncé de ses caractères grammaticaux. Encore diffère-t-on dans l'extension à donner à cet énoncé ; certains maîtres, et non des moins compétents, M. B. Jullien par exemple, veulent qu'on écrive tout au long : « substantif, masculin, singulier, » etc. ; la plupart conseillent des abréviations : sing. ou sg. ou s.; nous avons vu des cahiers entiers d'analyse rédigés d'après ce système d'initiales, comme n. cm. p. (nom commun masculin pluriel). Se représente-t-on à quel point une pareille besogne est propre à développer l'intelligence,à éveiller l'esprit, à captiver l'imagination !
L'autre procédé consiste à tracer sous les mots eux-mêmes un certain nombre de signes de convention désignant leur nature, leur nombre, leur genre, leur rôle dans la proposition. Les systèmes les plus répandus sont, croyons-nous, ceux qu'ont employés Mme Pape-Carpantier dans son Cours d'éducation et d'instruction primaire et M. Aug. Grosselin dans son Manuel de la méthode phonomimique. Chaque maître du reste peut en imaginer d'autres, suivant les besoins de sa classe. Nous donnons au mot Analyse quelques spécimens de ces divers procédés et de ceux des écoles primaires étrangères, dans notre II* Partie.
Quels que soient parmi ces procédés ceux qu'on adopte, et il est peut-être bon de leur faire une part à tous, l'important est de ne jamais perdre de vue le véritable but de l'analyse logique ou grammaticale. Et nous nous rendons pleinement à cette pensée de M. E. Grosselin : « L'analyse doit être consid érée avant tout comme une précieuse gymnastique intellectuelle. » [Ch. Defodon].
ANALYSE DES VOEUX DES CONSEILS GÉ- NÉRAUX. — Publication qui paraît tous les ans depuis 1839 à la librairie administrative de P. Dupon t comme supplément au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. L'un de ses chapitres les plus intéressants est celui de l'instruction publique, dont on trouvera le résumé au mot Conseils généraux.
ANALYTIQUE (Méthode). — En pédagogie, on appelle méthode analytique toute méthode qui fait del'analyselemoyen principal d'enseignement. C'est assez dire que ce nom de Méthode analytique manque de précision, l'analyse pouvant entrer pour une part considérable dans les systèmes pédagogiques les plus différents. Ainsi la méthode de Jacotot est à certains égards la méthode analytique par excellence, puisqu'elle force l'enfanta décomposer de lui-môme les notions qu'on lui présente à dessein dans toute leur complexité ; cependant la synthèse y joue un aussi grand rôle, puisque le même enfant- est appelé à former, à combiner, à composer de toutes pièces, des mots, des phrases, des récits entiers.
Le plus souvent on entend par méthode annh/tique celle qui fait trouver par l'élève tous les élé- 1
ments de la science ; la méthode synthétique les lui donne tout formés et logiquement groupés. La première est évidemment celle par où toute science a commencé, la seconde est celle qui convient à l'exposition d'une science définitivement constituée. L'une remonte pas à pas, comme l'esprit humain l'a dû faire, de ce quisevoitàce qui ne se voit pas, du tout confus aux parties distinctes, des conséquences aux principes, des faits aux idées, des vérités particulières, les premières connues, aux vérités générales. L'autre méthode, plus brève et plus impérieuse, énonce d'enfblée et enseigne d'autorité une suite de propositions, classées non dans l'ordre où elles ont pu être découvertes, mais dans celui que prescrit l'enchaînement logique des idées.
On sait avec quelle confiance et aussi par quel mélange d'idées admirablement justes et d'artifices trop ingénieux, Rousseau, dans son Emile, promettait de mener à bonne fin l'éducation tout entière par les seules ressources de la méthode analytique, présentée dans sa forme la plus hardie, la forme euristique * pure.
Condillac était à peu près du même avis et pour cette raison spécieuse : « Si l'analyse, disait-il, est la méthode qu'on doit suivre dans la recherche de la vérité, elle est aussi la méthode dont on doit se servir pour exposer les découvertes qu'on a faites. Pour exposer la vérité dans l'ordre le plus parfait, il faut avoir remarqué celui dans lequel elle a pu être naturellement trouvée. »
L'opinion de Condillac est trop absolue. Autre chose est inventer, autre chose enseigner. Le professeur qui instruit n'est pas le savant qui découvre. La méthode analytique, exclusivement appliquée, présenterait des inconvénients considérables ; elle condamne l'élève à refaire à lui seul le travail de plusieurs générations de savants : elle oblige des esprits médiocres à reconstruire pièce à pièce l'édifice élevé par le génie. Une pédagogie sage qui veut ménager les efforts et épargner le temps des élèves emploiera souvent la synthèse, c'est-à-dire l'exposition didactique de la vérité ; elle n'aura recours à l'analyse que dans la mesure du possible, et autant qu'il est nécessaire pour stimuler la réflexion personnelle. [G. Compayré.]
ANALYTIQUE-SYNTHÉTIQUE (Méthode de lecture). — V. Lecture •
ANCIEN TESTAMENT. — V. Bible et Israélites.
ANCIENS INSTITUTEURS ET ANCIENNES INSTITUTRICES. — V. beCOUTS.
ANCIENS SOUS-OFFICIERS. — V. Sous-officiers.
ANDREA (Johann-Valentin). —Théologien et pédagogue allemand, né à Herrenberg (1586), mort à Stuttgart en 1654. Préoccupé des moyens de régénérer l'Eglise, il chercha la cause de ses maux dans la mauvaise direction de l'éducation et de l'enseignement et, partant, le remède dans une réforme pédagogique, dont les principaux caractères étaient, selon lui : subordination de toutes les études à colle de la religion ; dans les études profanes, abandon des méthodes scolastiques, appel plus fréquent au jugement et non à la seule mémoire, instruction ne se bornant pas aux langues et à la rhétorique, mais donnant des notions exactes sur le monde réel, enfin exercices du corps. Dans un de ses Dialogues, il donne ces trois règles quant à l'enseignement élémentaire : 1° ne rien apprendre à l'enfant en langue étrangère ; 2" ne lui apprendre que ce qu'il peut comprendre 3° n'essayer de lui faire comprendre que ce qui est de son âge et à sa portée. Il veut qu'on fasse beaucoup lire les bons auteurs plutôt que beaucoup étudier les règles de grammaire. Il combat enfin le procédé d'enseignement dans les écoles par demandes et questions et essaye (notamment dans un petit catéchisme, 1621) de montrer comment on pourrait le vivifier. Ses vues, qu'il avait exposées dès sa jeunesse dans une Esquisse