DUMARSAIS
jeunes aveugles. Il occupa durant vingt-cinq ans ce poste subordonné, employant les loisirs que lui laissaient ses fonctions à des travaux littéraires ou scientifiques, qui attirèrent l'attention sur lui. C'est alors qu'il écrivit son Essai sur l'état physique, moral et intellectuel de /'aveugle-né, 1 vol. in-8, auquel l'Académie décerna en 1837 le prix tfontyon.
En 1840, l'administration, mécontente de la marche imprimée à l'Institution des jeunes aveugles, révoqua le directeur, qui était alors un congréganiste, et le remplaça par Dufau. Celui-ci transforma aussitôt l'Institution, qui avait pris sous la direction précédente les allures d'un couvent ; il mit franchement en pratique les idées et les procédés alors en honneur dans les écoles publiques, et refondit entièrement les bases de l'enseignement. Les élèves furent répartis en deux catégories générales. Ceux de la première suivirent un cours d'instruction primaire, reçurent des leçons de musique théorique et instrumentale, et firent partie d'un atelier. Dans la seconde catégorie, il fut fait un triage : les uns suivirent le cours d'enseignement supérieur ; d'autres, tout en suivant •ce cours en général, continuèrent leurs études ■musicales; les autres enfin, dépourvus d'intelligence et de facultés musicales, furent appliques à un complément d'apprentissage. Programme bien conçu, qui est encore celui qu'on applique à l'Institution des jeunes aveugles de Paris.
Ce fut Dufau qui créa l'enseignement de l'accord du piano, ou du moins qui lui donna une impulsion toute nouvelle ; il organisa à cet effet une classe régulière, où les élèves purent acquérir les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à l'exercice d'une industrie qui devait bientôt devenir pour les aveugles l'industrie fondamentale. L'exemple de Dufau fut suivi, et l'enseignement de l'accord du piano s'introduisit très vite dans la plupart des institutions étrangères.
Dufau montra toujours un vif intérêt pour le relèvement et le bien-être des aveugles. S'il n'eut pas la première idée d'une société de patronage •et de secours pour les élèves sortis de l'institution, il l'organisa du moins et s'en occupa toute •sa vie.
Ses fonctions de directeur ne l'empêchèrent pas •de continuer à s'occuper de travaux sur les sujets les plus divers. Sa mise à la retraite en 1«55, après quarante ans de services, n'arrêta point son activité : citons, parmi ses écrits de cette derrière période, son ouvrage sur la Mét/w/e d'observation dam son application aux sciences morales et politiques, qu'il publia en 1867, à l'âge de soixante-treize ans.
Le buste de Dufau a été érigé dans l'Institution des jeunes aveugles, par les soins de la veuve de cet homme de bien. [J. Guadet.j
DULAC (François). — Instituteur français, né à Bourges en 1804, mort au Mans le 22 septembre 1873. Après avoir fait ses études au petit séminaire de Bourges, il embrassa la carrière de l'enseignement, et pendant quatre ans il professa dans la classe de cinquième au collège de Donzy (Nièvre). Puis il fut nommé directeur de l'école communale d'enseignement mutuel du Mans, en 1831 ; il exerça ces fonctions pendant quarante et un ans avec un zèle et un dévouement admirables. Un an après son arrivée au Mans, il avait créé dans son école un cours d'adultes, qu'il continua pendant plus de vingt ans. De plus, il fonda successivement un cours gratuit pour les militaires destinés a être moniteurs dans les écoles régimentaires; un cours gratuit, qui dura deux ans, en faveur des instituteurs ; et un autre cours gratuit, qui dura quatre ans, en faveur des élèves de l'école normale. Une caisse d'épargne, dans laquelle les
enfants pouvaient déposer, sou par sou, leur= petites économies, jusqu'à ce qu'elles eussent \ r la somme voulue pour pouvoir ê*re versées à la caisse de la ville, fut fondée par M. Dulac en t>-.*ii ; cette utile institution existe encore : le nombre des déposants était, en 1858, de CGI, et la S< des versements s'élevait à 45,9' 4 francs. Les services de l'éminent instituteur furent récomji ■ par le ministère de l'instruction publique, qui lui décerna successivement trois médailles d'arge T. et les palmes d'officier d'académie et d'oftici l'instruction publique, et qui lui accorda, en 1867, la croix de la Légion d'honneur. La Société pour l'instruction élémentaire lui décerna quatre fois des médailles de bronze. Les anciens élevés de l'école mutuelle du Mans ont érigé sur la tombe de M. Dulac un monument qui a été inauguré en 1874.
DUMARSAIS (César Chesneau). — Né en 1G76 à Marseille, Dumarsais fut élevé par les Oratoriens ; il a vécu à Paris, donnant des leçons pour \ivre, et il y est mort dans la misère en 1756. Quc'qne-uns de ses ouvrages, notamment la Méthode raisonnée pour apprendre la langue latine (1722), et le Traité des Tropes (I730J, lui ont fait en pédagogie une réputation honorable.
Mécontent de la longueur des études latines et préoccupé d'abréger le temps qu'on v emploie, Dumarsais proposait dans sa Méthode des m expéditifs. Son système consistait à remplacer la vraie langue latine avec ses inversions, ses ellipses, sa construction propre, par une langue latine de convention, arrangée et factice, dont les phr disposées à la française, se prêteraient à un mot à mot rigoureux. L'élève doit être occupé pendant untemps plus ou moins long à, l'étude des textes ainsi transformés et francisés, où toutes les difficultés de construction auront disparu. C'estla première partie de la méthode, ce que Dumarsais appelle la routine. Dans la seconde partie, le maître abordera l'enseignement de la grammaire : à la routine succédera la liaison. Alors seulement il sera question de déclinaisons et de conjugaisons, et l'élève fera connaissance avec la véritable construction latine.
En résumé, Dumarsais jette tout de suite le commençant dans l'explication des textes, et pour rendre ce travail possible, il désorganise les phrases latines et les refait sur le patron des phrases françaises; il recule l'étude de la grammaire jusqu'au moment où l'élève a fait une ample provision de mots latins, afin qu'il n'ait à apprendre les règles grammaticales qu'a propos d'exempies déjà connus.
On voit quel est le but de celui que d'Alembert appelait un « grammairien profond et philosophe » : c'est de faire apprendre le latin par l'usage, le plus vite possible, comme on apprend les langues modernes. La question est de savoir d'abord si tel est bien le but qu'on doit poursuivre. Les méthodes d'abréviation et de simplification, malgré les résultats immédiats qu'elles procurent, n'ontelles pas le tort de réduire le travail de l'enfant à une pure étude verbale, en éliminant préci- ment ce qui fait le prix des études classiques, les exercices lents et laborieux où se forment les facultés intellectuelles de l'élève? « Le profit inestimable qui réside dans l'étude d'une langue morte, dit M. Bréal (Quelque* ynots sur l'instruction publique, p. 161), c'est qu'elle dépayse l'esprit et l'oblige à entrer dans une autre manière de penser et de parler. Chaque construction, chaque règle grammaticale qui s'éloigne de l'usage de notre langue, doit être pour l'élève une occasion de réfléchir. La tâche du maître n'est donc pas d'écarter les difficultés de la route, mais seulement de les disposer d'une façon méthodique et graduée. Il ne s'agit pas d'abréger le chemin; car c'est le chemin qui est en quelque sorte la fin qu'on se